Aménagement du territoire

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Un exemple d'aménagement du territoire : l'autoroute française A63 traversant les Landes.

L'aménagement du territoire est « l'action et la pratique (plutôt que la science, la technique ou l'art) de disposer avec ordre, à travers l'espace d'un pays et dans une vision prospective, les hommes et leurs activités, les équipements et les moyens de communication qu'ils peuvent utiliser, en prenant en compte les contraintes naturelles, humaines et économiques, voire stratégiques. »[1] Cette discipline traduit l'ensemble d'actions menées par des acteurs publics (ou privés dans le cadre de missions de service public qui leur sont confiées) qui interviennent sur un territoire donné et en façonnent son paysage (routes, ponts, usines, etc.).

L'aménagement du territoire est également un champ disciplinaire des sciences géographiques. Il se différencie de l'urbanisme dans le sens où il n'est pas spécifique à l'aménagement des espaces urbains, même s'il reste lié à ce domaine. Le domaine de l'aménagement a longtemps été classé parmi les champs de la géographie. Aujourd'hui, plusieurs chercheurs[Qui ?] tendent à faire reconnaître cette discipline comme une science à part entière.

Les professionnels de l'aménagement du territoire sont appelés des aménageurs.


Définition[modifier | modifier le code]

L'aménagement du territoire « se propose de substituer un nouvel ordre à l'ancien, de créer une meilleure disposition, une meilleure répartition dans l'espace de ce qui constitue les éléments de fonctionnement d'une société ; meilleure par rapport aux buts, c'est-à-dire non seulement à des fins économiques, mais davantage encore pour le bien-être et l'épanouissement de la population ; termes vagues mais qui définissent néanmoins clairement la finalité sociale, humaine, de l'aménagement du territoire. »[2] L'aménagement du territoire est une action géographique au sens fort du terme, c'est-à-dire qu'il contribue à modifier la géographie d'un certain territoire en agissant sur une ou plusieurs de composantes-réseaux de communication, développement urbain ou localisations industrielles. Mais toute action géographique est une action d'aménagement.

Histoire de l'aménagement du territoire[modifier | modifier le code]

L'aménagement du territoire est apparu comme un domaine d'action autonome, identifié dans les politiques globales des États développés au cours des années 1930 et il s'est généralisé dans les années 1950. C'est par leurs politiques d'aménagement du territoire que les acteurs publics agissent pour corriger les déséquilibres et orienter les développements spatiaux à partir d'une appréhension d'ensemble et d'un projet global et prospectif.[3]

En 1930, les motivations étaient les suivantes :

  • en Union soviétique, après le rejet par Staline des thèses des "désurbanistes", dans la recherche d'un équilibre entre les fractions européennes (où était concentrée l'industrie) et asiatique (où se trouvait l'essentiel des ressources naturelles) ;
  • en Italie, pour réduire les disparités entre le Nord du pays et le Mezzogiorno ;
  • en Grande-Bretagne, pour faire face aux premières difficultés des régions d'ancienne industrialisation[4].

La situation en France[modifier | modifier le code]

En France, le terme apparut à la fin de la Seconde Guerre mondiale (en Grande-Bretagne, le titre de Town and Country planning fut donné à un ministère en 1943) et l'idée fut popularisée par le livre-slogan de Jean-François Gravier (Paris et le désert français, 1947). C'est la dimension "disparités régionales", et plus précisément une volonté de réduire la croissance de l'agglomération parisienne, qui a longtemps présidé en France aux politiques officielles de l'aménagement du territoire

En février 1950, Eugène Claudius-Petit, ministre de la Reconstruction et de l'Urbanisme, proposa "un plan national d'aménagement du territoire", fit créer le Fonds national d'aménagement du territoire (loi du 1er juin 1950) et une direction du même nom, tandis que deux rapports de son ministère (décembre 1950 et juillet 1952) tentaient de définir les objectifs et les moyens de la politique proposée. Le gouvernement Mendès-France en 1954-1955 créa les comités d'expansion économique et mit au point la procédure d'agrément préalable aux constructions (et extensions) de locaux industriels en région parisienne[4].

Enfin, en 1963, fut créée la Délégation à l'aménagement du territoire et à l'action régionale, alors rattachée au Premier ministre (puis à divers ministères). La DATAR a notamment poursuivi la politique de décentralisation industrielle, puis tertiaire, établi les schémas directeurs des grands équipements (infrastructures, universités, recherche, etc.), tenté (sans y parvenir) d'élaborer un schéma général d'aménagement de la France (baptisé SESAME). Elle a également promu les métropoles d'équilibre, puis les villes moyennes et enfin les pays. Dans les années 1990, elle a donné la priorité aux réseaux de ville, à la reconversion des anciennes régions industrielles en crise et au développement des technopôles[4].

De 2006 à 2009, la DATAR a été transformée en Délégation interministérielle à l'aménagement du territoire et à l'attractivité régionale (DIACT.) Il y avait là plus qu'un changement d'appellation: une orientation nouvelle qui veut prendre en compte la mondialisation de l'économie et placer sur un même plan l'aménagement et la recherche de la compétitivité, alors que la DATAR avait toujours privilégié le premier. On est revenu (décret du 14 décembre 2009) au sigle DATAR avec un intitulé légèrement modifié (Délégation interministérielle à l'aménagement du territoire et à l'attractivité régionale)[4].

La situation dans le monde francophone[modifier | modifier le code]

La situation à l'étranger[modifier | modifier le code]

Un champ disciplinaire de la géographie[modifier | modifier le code]

Les objectifs[modifier | modifier le code]

Les deux objectifs majeurs, et parfois contradictoires, des politiques d'aménagement du territoire consistent en l'accompagnement du développement économique des territoires, et en la réduction des inégalités spatiales en termes économiques ou sociaux. Ces objectifs sont réunis dans la formulation d'un « développement équilibré du territoire », qui est énoncé dans un nombre de documents de planification et de textes de loi. Que signifie « équilibré » ? Un sociologue comprendra sans doute « qui assure à tous les ménages des niveaux de vie semblables ». Pour des géographes comme Jean-François Gravier, il s’agit plutôt de répartir la population et les activités aussi également que possible sur tout le territoire. Cette politique pose un grave problème : lorsque 75 % de la population vit dans des villes et 30 % dans de grandes agglomérations, équiper également les territoires revient à équiper inégalement les ménages, car les ressources sont limitées. Les cinq premières régions urbaines françaises produisent la moitié de la richesse nationale[5]. L’aménagement du territoire induit ainsi un transfert considérable des grandes agglomérations (et surtout de leurs périphéries, plus peuplées) vers les petites villes et l’espace rural.

Les champs d'intervention de l'aménagement du territoire[modifier | modifier le code]

Dans une perspective de développement durable, l'aménagement du territoire intervient dans différents secteurs pour parvenir aux objectifs énoncés ci-dessus :

Les échelles territoriales[modifier | modifier le code]

L'aménagement du territoire existe :

Les précautions à prendre par rapport aux aléas naturels[modifier | modifier le code]

La multiplication de phénomènes climatiques extrêmes qui découle du réchauffement climatique global pousse les experts à repenser l'aménagement du territoire en fonction des aléas naturels. Par exemple, la tempête Xynthia (2010) a frappé plusieurs pays européens, elle a entraîné en France des inondations très importantes du littoral, et a occasionné de nombreuses victimes humaines ainsi que des dégâts matériels. Cela pose la question de savoir s'il est concevable d'urbaniser dans des zones inondables[6].

Les questions sur l'aménagement du territoire vis-à-vis des aléas naturels concernent aussi l'utilisation du génie civil. Les scientifiques ont montré que les fonctions de protection/les finalités des écosystèmes sont parfois à privilégier dans les décisions d'aménagement du territoire. C'est par exemple le cas du bassin de la Durance où la morphologie des plantes est utilisée pour lutter contre les inondations[7].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Pierre Merlin, « Aménagement du territoire », dans Pierre Merlin et Françoise Choay (dir.), Dictionnaire de l'urbanisme et de l'aménagement, Paris, PUF, , 3e éd., 902 p. (ISBN 2-13-050587-2), p. 38-43.
  2. Eugène Claudius-Petit.
  3. http://geoconfluences.ens-lyon.fr/glossaire/amenagement-du-territoire
  4. a, b, c et d Merlin et Choay 2015, p. 42-43
  5. Laurent Davezies, La République et ses territoires : la circulation invisible des richesses, Paris, Seuil, coll. « La République des idées », , 109 p. (ISBN 978-2-02-092558-7).
  6. Bruno Barroca et Gilles Hubert, « Urbaniser les zones inondables, est-ce concevable ? », Développement durable et territoires En ligne, Dossier 11 | 2008, mis en ligne le 06 novembre 2008, consulté le 22 janvier 2014, DOI : 10.4000/developpementdurable.7413
  7. « Risques naturels : se protéger grâce à la nature », sur irstea.fr, (consulté le 7 août 14)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]


Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]