Boris Vian

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Boris Vian
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Boris Vian, Archives de la Cohérie Boris Vian.

Nom de naissance Boris Paul Vian
Naissance
Ville-d'Avray
Décès (à 39 ans)
Paris 7e
Activité principale
Écrivain, poète, parolier, chanteur, musicien de jazz, critique, compositeur, peintre, ingénieur de l’École centrale, scénariste, traducteur (anglo-américain), conférencier et acteur.
Distinctions
Auteur
Langue d’écriture français

Œuvres principales

Compléments

Boris Vian, né le à Ville-d'Avray (Seine-et-Oise, aujourd'hui Hauts-de-Seine) et mort le à Paris (7e arrondissement), est un écrivain français, poète, parolier, chanteur, critique et musicien de jazz (trompettiste). Ingénieur de l'École centrale (promotion 42B), il est aussi scénariste, traducteur (anglo-américain), conférencier, acteur et peintre.

Sous le pseudonyme de Vernon Sullivan, il a publié de nombreux romans dans le style américain parmi lesquels J'irai cracher sur vos tombes qui a fait scandale et qui lui a valu un procès retentissant. Si les écrits de Vernon Sullivan lui ont attiré beaucoup d'ennuis avec la justice et le fisc, ils l'ont momentanément enrichi à tel point qu'il pouvait dire que Vernon Sullivan faisait vivre Boris Vian. Il a souvent utilisé d'autres pseudonymes, parfois sous la forme d'une anagramme, pour signer une multitude d'écrits.

Boris Vian a abordé à peu près tous les genres littéraires : poésie, document, chroniques, nouvelles. Il a aussi produit des pièces de théâtre et des scénarios pour le cinéma. Son œuvre est une mine dans laquelle on continue encore de découvrir de nouveaux manuscrits au XXIe siècle. Toutefois, sa bibliographie reste très difficile à dater avec précision, lui-même ne datant pas toujours ses manuscrits. Ainsi, Noël Arnaud dans les Vies parallèles de Boris Vian, et Claude J. Rameil qui ont fait des recherches très poussées, ne donnent pas les mêmes dates que les proches de l'auteur sur l'année de publication de certaines œuvres, notamment les Cent sonnets.

Il est également l'auteur de peintures, de dessins et de croquis, exposés pour la première fois à l'annexe de la NRF en 1946. Une exposition à la Bibliothèque Nationale de France lui a été consacrée en 2011-2012.

Pendant quinze ans, il a aussi milité en faveur du jazz, qu'il a commencé à pratiquer dès 1937 au Hot Club de France. Ses chroniques, parues dans des journaux comme Combat, Jazz-hot, Arts, ont été rassemblées en 1982 : Écrits sur le jazz. Il a aussi créé quarante-huit émissions radiophoniques Jazz in Paris, dont les textes, en anglais et en français, étaient destinés à une radio new-yorkaise et dont les manuscrits ont été rassemblés en édition bilingue en 1996.

Son œuvre littéraire, peu appréciée de son vivant, a été saluée par la jeunesse dès les années 1960-1970. L'Écume des jours en particulier, avec ses jeux de mots et ses personnages à clef, a fait de lui un véritable mythe. Il est désormais un classique qu'on étudie dans les collèges et les lycées.

« Si, au cours de sa brève existence, il a multiplié les activités les plus diverses, son nom s'inscrit aujourd'hui parmi les plus significatifs de la littérature française[1]. »

Boris Vian, réputé pessimiste, adorait l'absurde, la fête et le jeu. Il est l'inventeur de mots et de systèmes parmi lesquels figurent des machines imaginaires et des mots devenus courants de nos jours. Mais il a également élaboré des projets d'inventions véritables lorsqu'il était élève ingénieur à l'École centrale. La machine imaginaire la plus célèbre est restée le pianocktail[note 1], instrument destiné à faire des boissons tout en se laissant porter par la musique[note 2].

De santé fragile, surprotégé par sa mère, et par les médecins, il ne s'est jamais ménagé, comme s'il était pressé d'entreprendre toutes les activités possibles, avec le sentiment de la mort qui rôdait autour de lui :

« L'œuvre immense laissée de son vivant, et celle qu'il nous laisse [après sa mort], montrent qu'il écrivait vite, et regorgeait d'idées; on doit ajouter qu'il travaillait dix-huit heures par jour, qu'il dormait peu et que ses vingt ans d'activité comptent double. Il a vécu plus vite et plus longtemps qu'aucun d'entre nous - Noël Arnaud[note 3] »

Il meurt en effet à 39 ans en 1959 d'un arrêt cardiaque, lors de la projection de l'adaptation cinématographique de son livre J'irai cracher sur vos tombes. Adepte d'Alfred Jarry et d'une certaine forme de surréalisme, son adhésion au Collège de 'Pataphysique, fait de lui un Satrape auquel le collège rend hommage en annonçant la mort apparente du « Transcendant Satrape. »

Biographie[modifier | modifier le code]

Enfance[modifier | modifier le code]

Un des étangs de Ville-d'Avray où les enfants Vian vont pêcher les grenouilles.

Malgré son prénom et son physique qui ont longtemps alimenté la légende sur ses origines russes, Boris Vian est issu d'une famille établie en France depuis des siècles. Le nom Vian, selon Philippe Boggio[2], serait d'origine piémontaise : Viana[note 4]. L'aïeul Séraphin Vian, est né en 1832 à Gattières, dans les Alpes-Maritimes, non loin de la frontière italienne[3]. Séraphin, fils d'un cordonnier, petit fils d'un maréchal-ferrant s'est lancé dans l'alchimie du métal[2]. Son fils Henri, le grand-père de Boris formé à la bronzerie d'art, épouse Jeanne Brousse, héritière des papeteries Brousse[4] dont la fortune vient compléter celle des Vian[note 5]. Henri est l'auteur entre autres des grilles ornant la bibliothèque de la villa Arnaga d'Edmond Rostand à Cambo-les-Bains[5], et des bronzes décorant le Palais Rose de l'avenue Foch[6] de Boni de Castellane.

Henri et Jeanne vivent sur un grand pied. Ils habitent à Paris l'hôtel Salé, puis le château de Villeflix, à Noisy-le-Grand. Ils ont leur loge à l'Opéra, une maison à la campagne. C'est dans l'opulence que naît le [7] leur fils Paul[note 6], qui épouse le [8], Yvonne Woldemar Ravenez [9],[note 7], de huit ans son aînée, fille du riche industriel Paul-Louis-Woldemar Ravenez ; Paul a assez de fortune pour ne pas avoir besoin de travailler[10].

Paul et Yvonne s'installent dans un hôtel particulier de Ville-d'Avray, rue de Versailles, où naissent le Lélio et le , Boris[11]. Ils acquièrent ensuite une villa, « Les Fauvettes », rue Pradier, non loin du Parc de Saint-Cloud[11],[12] où naissent deux autres enfants : Alain le et Ninon le [13],[14]. Les Vian y mènent une vie insouciante : ils ont chauffeur, professeur à domicile, coiffeur à domicile, jardinier[15]. Yvonne est musicienne, elle joue Erik Satie, Claude Debussy ou Maurice Ravel à la harpe et au piano. Elle a donné aux deux aînés des prénoms issus d'opéras : Boris pour Boris Godounov et Lélio pour Lélio ou le Retour à la vie d'Hector Berlioz[15]. Ils ont pour voisin Jean Rostand et les enfants Vian iront pêcher dans les étangs environnants des grenouilles avec son fils François[16].

Mais le krach de 1929 ruine Paul Vian qui perd la majeure partie de sa fortune dans les manipulations boursières sur les hévéas de Cochinchine et qui ne peut réintégrer la fabrique de bronze car elle a changé de main[17]. Il est obligé d'abandonner la maison principale et d'aller habiter avec les enfants et le jardinier dans la maison du gardien qu'il a fait rehausser d'un étage tout en conservant une étroite bande de terrain et un carré de pelouse[18]. La villa est louée à la famille Menuhin avec laquelle les Vian ont d'excellents rapports, les enfants jouent avec leur fils Yehudi Menuhin qui est un prodige et qui invite la famille Vian à venir l'écouter à Paris en concert[18], ce qui ravit Yvonne, elle-même musicienne. Ce sont les rares sorties où Yvonne ne s'inquiète pas pour ses enfants. De caractère anxieux et autoritaire, elle favorise tous leurs jeux à condition de garder sa nichée à portée de voix[19].

Le chalet à Landemer et son jardin

Paul s'essaie à travailler, il commence à traduire quelques textes que lui procure Louis Labat (lui-même traducteur de Walter Scott et Arthur Conan Doyle), mais les rentrées d'argent sont insuffisantes et il devient représentant-associé pour le laboratoire homéopathique de l'abbé Chaupitre. Paul abandonne sa luxueuse Packard pour une fourgonnette qui lui sert à faire ses tournées chez les commerçants[20]. Il devient ensuite démarcheur pour une agence immobilière de l'avenue de l'Opéra jusqu'à sa mort le [21]. De l'avis de Noël Arnaud « ce grand bourgeois ruiné gardait une tête qu'il portait haut (1,90 m) [...] et ne s'est jamais mué en prolétaire en faux-col, aigri et revanchard, mais plutôt en aristocrate fin de race[22] »

Mais il reste à la famille Vian un autre « paradis », à Landemer, dans le Cotentin, à l'ouest de Cherbourg, une propriété où sont construits trois chalets en pin situés en haut des falaises où sa mère entretient un jardin luxuriant[note 8]. C'est cet univers que Boris reproduit dans son roman L'Arrache-cœur en inventant force noms de fleurs : « Le Jardin s'accrochait partiellement à la falaise [...] des ormades sauvages, aux tiges filiformes, bossuées de nodosités monstrueuses, qui s'épanouissent en fleurs sèches comme des meringues de sang, des touffes de réviole lustrée gris perle [...][24] ».

À douze ans, à la suite d'une angine infectieuse, Boris souffre de rhumatismes articulaires aigus, qui provoquent une insuffisance aortique. À partir de là, le garçon est élevé dans du coton, à la manière de Wolf, enfant couvé de L'Herbe rouge où l'on retrouve des passages entiers décrivant la façon dont il était surprotégé. Wolf explique à Monsieur Perle qui l'interroge sur ses parents : « Ils avaient toujours peur pour moi, je ne pouvais pas me pencher aux fenêtres, je ne traversais pas la rue tout seul, il suffisait qu'il y ait un peu de vent pour qu'on me mette ma peau de bique [...][25]. »

Paul Vian a par la suite construit une salle où ses enfants peuvent organiser des fêtes. Cette salle de jeu, que Paul « en fameux bricoleur » a relié à la maison, permet aussi d'organiser des tournois de tennis de table, des bals. Les copains de quartier (parmi lesquels se trouve le futur ministre François Missoffe) rejoignent les Vians[26]. C'est là que Boris et ses frères montent leur première formation : L'Accord jazz à partir de 1938[27]. Le fait qu'ainsi ses enfants puissent s'amuser sur place rassure Yvonne, mais a pour conséquence de couper encore davantage Boris et ses frères du monde extérieur. Boris regrettera en partie ce confort de vie qui l'a maintenu dans l'ignorance des faits politiques et sociaux, et il va par la suite se révolter comme Citroën[28], l'un des « trumeaux »[note 9],[29] de L'Arrache-cœur (avec Joël et Noël).

Les études, la guerre, le jazz[modifier | modifier le code]

Carte d'élève centralien de Boris Vian.

Il fait ses études au collège de Sèvres, puis au lycée Hoche de Versailles jusqu'en 1935[30]. À cette époque, il invente toutes sortes d'instruments fantaisistes parmi lesquels le « peignophone », composé d'un peigne et de papier à cigarette[30]. Sa scolarité est souvent interrompue en raison d'accidents de santé. Malgré une fièvre typhoïde, à l'âge de 15 ans, il passe avec dispense son baccalauréat latin-grec, et il fait sa classe de terminale au lycée Condorcet, à Paris en 1936[31]. À 17 ans, il obtient le second baccalauréat (philosophie, mathématiques, allemand)[31]. Il suit les classes préparatoires des grandes écoles scientifiques du lycée Condorcet et entre à l’École centrale en 1939 où il obtient son diplôme d'ingénieur en 1942[32].

Le 6 novembre 1939, Boris rejoint l'École centrale repliée à Angoulême. Mais en voyant passer les convois de réfugiés belges, il mesure l'absurdité d'une situation dont, jusque là, les échos ne lui parvenaient que sous forme de rumeurs. Confronté à une réalité qui le dépasse, il écrit par la suite : « Je ne me suis pas battu, je n'ai pas été déporté, je n'ai pas collaboré, je suis resté quatre ans durant un imbécile sous-alimenté parmi tant d'autres[33]. »

En juillet 1940, fuyant la zone occupée, la famille Vian s'installe dans une villa, rue Laborde à Capbreton. Boris fait partie d’une bande d'amis avec son frère cadet Alain, Jacques Loustalot surnommé « le Major », ainsi que Claude et Michelle Léglise qui sont frère et sœur. Michelle et Boris ont vingt ans tous les deux, ils se retrouveront à Paris. Lorsque Boris vient demander la main de Michèle, la famille Léglise, bourgeoisie vieille France, proche de l'Action française, et anti-sémite est loin d'être enthousiaste[34]. Elle considère cette union comme une mésalliance. Mais les fiançailles ont tout de même lieu le [35]. Et le mariage se déroule les 3 juillet pour le mariage civil, le 5 juillet 1941 à l'église. La cérémonie est célébrée à l'église Saint-Vincent-de-Paul de Paris[36],[37].

Parallèlement à ses études, Boris apprend à jouer de la trompette. Il s'inscrit au Hot Club de France, présidé par Louis Armstrong et Hugues Panassié, dès 1937. Avec son frère Lelio (à l'accordéon et à la guitare), et son autre frère Alain (à la batterie), il monte une petite formation qui anime d'abord les surprises-parties avant de rejoindre en 1942 l'orchestre amateur de Claude Abadie qui joue du dixieland[1], et qui s'efforce de sortir des sentiers battus et des sempiternelles jams de règle chez les musiciens amateurs français[38]. Deux ans plus tard, le 10 janvier 1944, il rencontre Claude Luter et il se joint à lui pour ouvrir un club de jazz le New Orleans Club qui ne fonctionnera que quelques jours à Saint-Germain-des-Prés[39]. Ils vont jouer ensemble, plus tard, au Caveau des Lorientais, et au Tabou. Après la Libération de Paris, on le retrouve avec l'orchestre Abadie qui est considéré comme l'un des meilleurs orchestres de jazz amateur de l'époque[40].

Le jazz et les fêtes sont un moyen pour Boris de compenser l'ennui que lui procurent ses études à l'École centrale. Il rédige Physicochimie des produits métallurgiques, 160 pages, abondamment illustré de graphiques et de dessins techniques, écrit en collaboration avec les élèves du même cours parmi lesquels se trouve Jabès. L'ouvrage est orné d'un avant-propos en alexandrins et en vieux françoys, avec en épitaphe une citation d'Anatole France[41]. Cette brochure ronéotypée de cent soixante pages est la première œuvre écrite de Vian[42]. Toutefois, il préfère les répétitions aux révisions et il exprime violemment le peu de crédit qu'il accorde aux cours « donnés par ces professeurs idiots qui vous bourrent le crâne de notions inutiles, compartimentées, stéréotypées [...] Vous savez maintenant ce que j'en pense de votre propagande. De vos livres. De vos classes puantes et de vos cancres masturbés[...][43] » Sa première chanson date de la même époque : La Chanson des pistons[44],[note 10], chanson gaillarde dans la tradition des grandes écoles, qui comporte 23 couplets où il est beaucoup question de roustons et de zizi[45].

À l'Association française de normalisation (AFNOR), où il est engagé le 24 juillet 1942 et jusqu'en 1946[46], il découvre l'aspect ubuesque du travail de bureau. Mais l'AFNOR a le bon goût de lui verser chaque mois la somme de 4 000 francs, très supérieur à celle proposée par d'autres employeurs. En outre, ce travail lui laisse assez de temps pour se consacrer à la poésie et au Jazz [47]. En 1943, il produit Cent sonnets et Trouble dans les andains[48].

Son travail d'écriture doit beaucoup à son épouse Michelle et à l'ambiance générale de la famille Vian[49] où l'on fabrique jeux de mots, contrepèteries et calembours. Michelle vient de commencer l'écriture d'un roman, et la famille se régale de la manière dont Boris joue à plaisir sur les sonorités. Il passe d'ailleurs beaucoup de temps à compulser l'Almanach Vermot[49]. C'est pour Michelle qu'il a déjà écrit en 1942 un Conte de fées à l'usage des moyennes personnes. Littérature et jazz sont les deux dérivatifs qui permettent au normalisateur de l'AFNOR de ne pas sombrer dans la mélancolie[50].

L'écriture en famille[modifier | modifier le code]

Les exégètes de son œuvre situent parfois ses premiers écrits en 1939, date incertaine puisque l'œuvre de Vian, ses notes, ses ébauches, sa correspondance et ses articles non publiés sont rarement datés, ce qui a obligé ses bibliographes d'origine, Noël Arnaud et Claude Rameil , à augmenter sans cesse leurs premières publications après de nouvelles découvertes[51]. L'écriture est une rituelle obligation du loisir, avec des jeux très raffinés, ou des jeux de collégiens comme ceux du Cercle Legateux, monté par Alain et Boris qui en ont rédigé l'acte fondateur le 26 mai 1941[51].Très vite, le Cercle Legateux devient une entreprise familiale à but non lucratif, dont la présidente d'honneur est Madame Claude Querer, et le président, Alain. L'entreprise est dotée de statuts, chaque membre en possède une carte imprimée frappé du sceau Nana Vili (Alain Vian). Il existe plusieurs sections dont l'une, présidée par Boris, est consacrée à la fabrication de modèles aéronautiques et dont les statuts sont rédigés par Boris sur le mode plaisantin[52].

Réunies dans un petit carnet, on retrouve dans les notes de Boris le goût de la farce égrillarde. Dans les règles de l'association, on lit : « les membres femelles ne devront pas toucher le zizi ». Le président du club est Boris . Un autre cercle Le Cercle Monprince, auquel participe toute la famille, a pour but de parodier le langage administratif et le journalisme pompeux. François, Jean Rostand, Alain et des voisins de la rue Pradier se réunissent pour des tournois, avec tirage au sort et compte rendu[53].Les adultes de la rue Pradier, parmi lesquels Paul Vian et Jean Rostand se révèlent les plus actifs, sont des passionnés des cadavre exquis, des bouts rimés, des jeux d'esprit et d'écriture comme les aiment les surréalistes. Les dimanches ou certains soirs après le dîner on tire au sort des mots à assembler en rimes[53].

Le jeu des bouts-rimés est un exercice auquel se livrait en permanence la famille Vian et son entourage composé de la famille Rostand, la famille Léglise et de certains voisins comme André Martin. Boris Vian qui avait une âme d'archiviste en avait gardé toute la collection, classée dans des sous-chemises découpées dans les bons de commandes du laboratoire de l'abbé Chaupitre. La plupart sont datées de 1940-1941, la dernière date figurant sur une chemise est le [54]. Outre les habitués, on compte des participants occasionnels comme Jean Carmet ou le musicien Jacques Besse[55].

L'exercice se déroulait ainsi : des mots étaient proposés à partir desquels il fallait fabriquer un petit poème. Exemple :

« En hiver 1940-1941, furent proposés : Auspice, Troupier, Frontispice, Soulier, Borda, Concordat, Minutie, Faubourg, Habsbourg à partir desquels Boris composa le poème : Un jeune homme un beau jour consulta les auspices - Quel métier ferait-il? Serait-il troupier? - Son nom s'inscrirait-il plutôt au frontispice - D'un bouquin poussiéreux? Vendrait-il des souliers? - Étant jeune, il pensait préparer le Borda - Les marins sont un peu de l'aristocratie - Prêtre? Il fallait compter avec le Concordat - Horloger? Son travail manquait de minutie - Pour finir il fréquenta dans le Faubourg - La fille, et l'épousa, du dernier des Habsbourg[55] »

Paul Vian n'était pas en reste. Il écrivit entre autres un poème sur la liberté d'esprit qui régnait entre un père et ses enfants. Il possédait un talent capable de rivaliser avec celui de son fils Boris[56]. De cette époque, Boris écrit : « J'étais merveilleusement inconscient. C'était bon[57] »

Ces jeux de société ne sont encore qu'une incitation à l'écriture. Mais le véritable déclencheur pour l'écrivain Boris Vian, est sans doute l'influence de Michelle, qui possède une certaine familiarité avec les mots et qui écrit déjà des articles pour le théâtre et le cinéma. À l'âge de dix-sept ans, elle avait commencé un roman. Les deux époux se lancent dans l'écriture de scénarios pour rire, et, croient-ils pour faire de l'argent. L'un d'eux, intitulé Trop sérieux s'abstenir, était accompagné d'une distribution d'acteurs idéale : Micheline Presle, Jeandeline, Jean Tissier, Bernard Blier, Roger Blin[58].

Le swing et le drame[modifier | modifier le code]

Costume masculin zazou.

Michelle et Boris ne sont peut-être pas des zazous, mais ils ont en commun avec cette population de jeunes gens le goût du swing et des fêtes, où ils emmènent parfois leur enfant, Patrick, né le 12 avril 1942[59]. Leurs surprises-parties sont encore cantonnées à « Viledavret » : c'est ainsi qu'il orthographie la ville dans sa correspondance et dans son journal intime publié ensuite sous le titre Journal à rebrousse-poil[60]. Dans ces fêtes-là, on trouve les zazous de la périphérie chic, là où la police de la zone occupée ne patrouille pas. Ils ne vont pas encore dans les bars du Quartier latin ni dans les caves. Mais l'attitude de Boris Vian est assez voisine de celle des zazous parce qu'ils sont d'abord « très très swing et qu'ils aiment le jazz[61]. » Dans Vercoquin et le Plancton, il fait une description vestimentaire des zazous : « Le mâle portait une tignasse frisée et un complet bleu ciel dont la veste lui tombait aux mollets [...] la femelle avait aussi une veste dont dépassait d'un millimètre au moins une ample jupe plissée en tarlatane de l'île Maurice[62]. »

Attaqués par les journaux conservateurs, les zazous en rajoutent en investissant d'abord les cafés des Champs-Élysées, puis du Quartier latin. Mais malgré les éditoriaux de La Gerbe, l'occupant ne voit pas en eux des ennemis : ils ne sont ni communistes, ni juifs, ni résistants. Seul le journal L’Illustration en fait un portrait teigneux et tellement surréaliste qu'il ressemble à ceux de Boris Vian dans Vercoquin et le Plancton où l'écrivain a rassemblé toute la bande de ses frères, ses amis et Michelle pour laquelle Boris taille parfois des talons compensés à ses chaussures[63].

En 1944, Boris écrit un scénario (Histoire naturelle) et des poèmes qu'il réunit dans un recueil intitulé après plusieurs avatars Un Seul Major, un Sol majeur, en hommage à son ami Jacques Loustalot, dit Le Major, rencontré à Capbreton pendant la drôle de guerre. En 1944, il envoie une ballade à la revue Jazz Hot (qu'il écrivait Jazote) et signe de son anagramme Bison ravi[64].

Mais cette même année, le monde des Vian s'effondre : le père, Paul, est assassiné dans sa maison dans la nuit du 22 au 23 novembre 1944, par deux intrus. « On croira se souvenir qu'ils portaient des brassards FFI[65]. » L'enquête de l'hiver 1944-1945 tourne court. Faute de suspect, le dossier est déclaré clos le [66]. Les chalets de Landemer ont été détruits par les Allemands[65]. Et Boris, considéré comme le « plus sage de ses enfants », a reçu de son père la lourde mission de vendre la maison familiale de « Viledavret » qu'il lui a léguée par testament[66]. Mais après les Menuhin, la villa a été louée à un diplomate sud-américain dont la nombreuse famille a mis à mal le mobilier et les aménagements intérieurs. De sorte que la belle villa de Paul est dépréciée et se vend à bas prix[21].

Cette année-là, avec Michelle, il se réfugie dans l'appartement parisien des Léglise, rue du Faubourg Poissonnière, cependant que François Rostand confie à son père, qui publie chez Gallimard, le manuscrit de Vercoquin et le Plancton. Jean le transmet à Raymond Queneau, secrétaire général des éditions Gallimard, et le , Boris signe son premier contrat d'auteur. À partir de ce jour, Boris et Queneau (que l'on retrouve dans tous les caveaux de Saint-Germain-des-Prés), deviennent des amis très proches, avec sans doute une relation de type père-fils, et en commun ce goût immodéré du jeu avec les mots[67].

Le rat de cave et l'écrivain[modifier | modifier le code]

Le haut de la rue des Carmes, vue depuis la rue des Écoles, donnant sur le Panthéon de Paris. Là se trouvait en 1946 le Caveau des Lorientais.
Rue Dauphine, Paris où se trouvait la cave Le Tabou.

Contrairement à une légende, Boris Vian n'a pas créé Saint-Germain-des-Prés, symbole de l'existentialisme et des zazous. S'il connaît le quartier depuis 1944, il ne commence à le fréquenter très régulièrement qu'en 1946 à la création du Caveau des Lorientais[68]. « Boris, qui prend parfois la trompette, fait régner une ambiance quasi religieuse[69]. » Si les frères Vian ont drainé le Tout-Paris au Tabou, si l'on surnommait Boris « le Prince du Tabou »[70], à partir de 1947, Boris ne participait que très rarement aux bacchanales qui comportaient l'élection de « Miss Vice » et autres fantaisies. Il préférait organiser Rue du Faubourg-Poissonnière des « tartes-parties » réunissant des musiciens de jazz[71].

Au Caveau des Lorientais, ouvert en 1946 rue des Carmes, on danse le Lindy Hop ou le bebop[72] avec Claude Luter et son orchestre. Boris Vian, qui joue dans l'orchestre, se met à jouer comme Bix Beiderbecke le romantique[73]. Comme lui, il place l'embouchure de la trompette au coin des lèvres[74], à ses tout débuts, mais il s'inspire plutôt de Rex Stewart par la suite[1]. Il trouve cette population « très très swing[72] » selon l'expression qu'il affectionne. Boris y vient avec ses amis, et après la fermeture des Lorientais, la même population se retrouve au Tabou, au 33 rue Dauphine, où viennent également des intellectuels : Maurice Merleau-Ponty, dont Boris Vian écrit, dans le Manuel de Saint-Germain-des-Prés, « qu'il contribua à entretenir la confusion sur le sens du terme existentialisme dans le faible cervelet des pisse-copie[75] », Jacques Prévert[72], des journalistes que Vian surnomme les « pisse-copie » et des artistes comme Juliette Gréco, Marcel Mouloudji[76] ou Lionel Hampton[77].

C'est aussi dans ces caves que Boris retrouve ses amis les plus proches Jean-Paul Sartre (le Jean Sol Partre de L'Écume des jours), Simone de Beauvoir (la Duchesse de Bovouard de L'Écume des jours), le peintre Bernard Quentin et surtout Raymond Queneau qui dirige chez Gallimard la collection La Plume au vent et qui compte y insérer Vercoquin et le Plancton après quelques retouches. Queneau a fait connaître son écœurement devant l'épuration au sein du comité des écrivains, et cela ne plaît pas aux radicaux auxquels Jean Paulhan appartient[78]. Queneau est malgré tout convaincu des qualités d'écrivain de Vian et il lui fait signer un nouveau contrat pour Les Lurettes fourrées dont il n'a lu aucune ligne[67].

La publication de Vercoquin et le Plancton se fait attendre. Boris est très déçu, d'autant plus qu'il compte quitter l'AFNOR. En attendant, Queneau l'intègre à une joyeuse bande de journalistes de Combat : Alexandre Astruc, Jean Cau le gauchiste, Robert Scipion[79]. Beaucoup font du journalisme pour entrer sans payer là où il faut être vu. Ces jeunes gens sont lancés à l'assaut des lettres, mais aussi du spectacle. C'est avec eux que Boris est invité à se produire, avec l'orchestre Abadie dans le film Madame et son flirt de Jean de Marguenat[80]. De cette expérience, Boris tire une nouvelle, Le Figurant, insérée dans le recueil Les Fourmis édité par Les éditions du Scorpion en 1949[79].

Le 15 février 1946, Boris quitte l'AFNOR pour entrer à l'Office professionnel des industries et des commerces du papier et du carton. Son salaire est plus élevé, le travail plus léger, ce qui permet à l'écrivain de rédiger son premier « véritable » roman : L'Écume des jours dont l'auteur dit que c'est un mixage de toutes les périodes villdavraisoises. « Il y a beaucoup de bonheur dans l'Écume des jours. Et puis il y a le petit danger de l'homme qui sent pointer quelque chose qui le tenaille à l'intérieur[81] ». En effet, derrière le conte rôde la mort, comme celle qui rôde autour de Boris lui-même, tenaillé par la maladie et dont l'univers au fil des années n'a cessé de se rétrécir[82].

Rédigé à une rapidité folle, le roman est prêt début juin 1946 pour être présenté au prix de la Pléiade sur lequel Boris compte beaucoup. Le livre est dédié à Michelle et Queneau, qui trouve Vian très en avance sur son temps, espère beaucoup puisque Jean Paulhan s'est en quelque sorte engagé[83]. Les membres du jury sont André Malraux, Paul Éluard, Marcel Arland, Maurice Blanchot, Joë Bousquet, Albert Camus, Jean Grenier, Jacques Lemarchand, Jean Paulhan, Jean-Paul Sartre, Roland Tual et Raymond Queneau[83]. Mais malgré le soutien de Sartre, Queneau et Lemarchand, tous les autres membres ont suivi l'avis de Paulhan, et Boris n'aura pas le prix de la Pléiade qui est décerné à Jean Grosjean pour contrebalancer les soupçons de collaboration qui pèsent sur la maison Gallimard[84],[85]. « Vian est outré par l'attitude de Jean Paulhan, le pape de la NRF. Il a changé son fusil d'épaule après avoir assuré Boris de son soutien. Mais il règle encore ses comptes avec Raymond Queneau auquel il en veut toujours d'avoir le premier dénoncé les excès de l'épuration au sein du Comité national des écrivains [86] ». Paulhan a tout simplement procédé à l'un de ces renversements d'alliance dont ses contemporains de la NRF assurent qu'il en a le secret[80].

Cette immense déception provoque la colère de Boris dont on trouve des traces dans L'Automne à Pékin[87] où il fustige « l'abominable contremaître Arland », « Ursus de Jeanpolent » (Jean Paulhan) et « l'abbé Petitjean » (Jean Grosjean). Il lui reste, pour se consoler, le jazz et la peinture, ainsi que sa grande amitié avec le couple Sartre-Beauvoir, et toute la bande des sartriens. Le , Michelle et Boris donnent une « tartine-partie » dans l'appartement des Léglise où Boris assiste, éberlué, à la rupture entre Maurice Merleau-Ponty et Camus, ainsi qu'à la première brouille entre Sartre et Camus[88].

Vercoquin et L'Écume paraissent de façon très, trop rapprochée, sans gros effort de promotion, et ne bénéficient pas de « l'habituel accompagnement des critiques liées à la maison Gallimard. » C'est un échec commercial. Tirés à quatre mille quatre-cents exemplaires chacun, il s'en est vendu quelques centaines, et il n'y a pas de revue de presse[89], malgré la proposition de Gaston Gallimard qui s'est engagé à lui accorder autant de promotion qu'à l'ouvrage de Jean Grosjean[90].

Boris Vian, peintre[modifier | modifier le code]

Rue de l'Université à Paris. Au no 17 se trouvait la Galerie de la Pléiade, où Boris Vian a exposé des peintures en 1946.

L'écrivain considère qu'il n'existe pas de hiérarchie dans l'art. « [...] on était maître de son art ou on n'était qu'un grouillot. Mais pourquoi le peintre se tiendrait-il pour supérieur au musicien, le boxeur au trapéziste ? Car Boris fut aussi peintre, artiste-peintre[91]. » À partir du 8 juin 1946, il se mit à peindre sans interruption pendant une semaine « [...] à en perdre le boire et le manger, ce qui est le signe d'une passion violente et d'un ordre élevé[91]. »

Il suit en cela l'exemple de son ami Queneau et produit une dizaine de tableaux « [...] œuvres néo-cubiques, résolument déprimées, où des personnages somnambuliques glissent le long de damiers qui se dérobent dans le vide[92]. »

Le il accroche ses toiles à la Galerie de la Pléiade. Leur nombre pour cette même exposition varie selon les sources. Boggio avance le chiffre de une, la BNF en annonce quatre[93]. Cette Galerie est située dans une annexe de la NRF, au 17 rue de l'Université. L'exposition était intitulée Peintres écrivains d'Alfred de Musset à Boris Vian[91].

Elle avait été lancée sur une plaisanterie de Raymond Queneau qui annonçait : « Si vous savez écrire, vous savez dessiner[92]. » qui y montrait ses propres aquarelles en compagnie d'auteurs prestigieux classés par ordre alphabétique, commençant par Apollinaire et se terminant par Vian, auteur alors inconnu mais dont le nom figurait sur les cartons d'invitation[94].

Le 17 rue de l'Université, où l'exposition eut lieu, correspond à l'ancien hôtel particulier Bochart de Saron, bâti en 1639 pour François Lhuillier, était toujours occupé par Gallimard en 1988[95].

Cette exposition, a eu le mérite de faire connaître une petite partie de l'œuvre graphique de Vian, qui comprend, outre les peintures, des dessins, des collages réunis dans l'ouvrage de Noël Arnaud et Ursula Vian-Kübler : Images de Boris Vian[note 11]. Les quatre peintures les plus connues datent environ de 1946 : Les Hommes de fer, Allez à Cannes cet été ou Passez vos vacances à Cannes cet été[96], N'allez pas à Cannes cet été et Sans titre. Ces peintures de facture surréaliste, qui étaient exposées avec celles de Picasso, Aragon, Desnos, Tzara, rappellent les paysages de Chirico selon Marc Lapprand, ou bien les premiers tableaux de Max Ernst[97]. C'est au moment où il a écrit ses premiers textes (Cent sonnets) que Vian a réalisé ses premiers collages.

Du au , la BNF a présenté une exposition consacrée à Boris Vian, dans laquelle on a pu voir deux exemples de ses peintures. À la page 6 du dossier de presse de l'exposition, figurent deux tableaux : Passez vos vacances à Cannes cet été, collection particulière, cliché Patrick Léger/Gallimard, archives de la Cohérie Boris Vian, et L'Homme enchaîné, collection privée, archives de la Cohérie Boris Vian[98].

J'irai cracher sur vos tombes[modifier | modifier le code]

Au début de l'été 1946, Boris fait la connaissance d'un jeune éditeur, Jean d'Halluin, un assidu du Flore qui vient de créer Les éditions du Scorpion. Jean demande à Boris de lui faire un livre dans le genre de Tropique du Cancer de Henry Miller, qui plaît beaucoup. En quinze jours, du 5 au 23 août, Vian s'amuse à plagier la manière des romans noirs américains[99], avec des scènes érotiques dont il dit qu'elles « préparent le monde de demain et frayent la voie à la vraie révolution[100]. »

L'auteur est censé être un Américain nommé Vernon Sullivan que Boris ne fait que traduire. Le pseudonyme serait formé du nom de Paul Vernon, batteur amateur de l'orchestre Claude Abadie, pour le prénom[101], et de celui du pianiste Joseph Michael Sullivan dit Joe Sullivan selon Philippe Boggio[102], Claire Julliard[103] , Marc Lapprand[104]. Hypothèse souvent reprise par la presse qu'il faut considérer avec prudence selon Marc Lapprand[104].

D'Halluin est enthousiaste[105]. Boris, en introduction du livre, prétend avoir rencontré le véritable Vernon Sullivan et reçu son manuscrit de ses mains[106]. Il y voit des influences littéraires de James Cain, il met en garde contre la gêne que peuvent occasionner certaines scènes violentes. Jean d'Halluin a même prévu de publier des bonnes feuilles dans Franc-Tireur. Tous deux espèrent un succès sans précédent. Les premières critiques indignées leur donnent l'espoir que le scandale sera égal à celui soulevé par la publication du roman de Miller, et la critique du roman par Les Lettres françaises, qui le traite de « bassement pornographique », fait monter les enchères[107].

« Les journaux examinent à la loupe les écrits du sieur Vian ». Le 1er février, lorsque Vercoquin sort en librairie, Samedi Soir titre « Vernon Sullivan n'a pas signé le dernier Boris Vian[28]. » Et il lui faut bien vite déchanter. D'une part, France Dimanche[note 12] et l'hebdomadaire L'Époque réclament des poursuites pénales identiques à celles qu'a connues Henry Miller[108]. D'autre part, on annonce la parution d'un deuxième Vernon Sullivan. Mais déjà, Jean Rostand, l'ami de toujours, se déclare déçu. Boris a beau se défendre d'être l'auteur du livre, un certain climat de suspicion règne chez Gallimard, qui refuse du même coup L'Automne à Pékin. Selon Philippe Boggio[note 13], seul Queneau a deviné qui était l'auteur et trouve le canular très drôle[109]. Queneau est pour Boris bien plus qu'un ami, c'est un appui indéfectible qui ne s'applique pas uniquement à l'œuvre du jeune auteur, il s'engage aussi à ses côtés et se tient à la barre pour le défendre au moment du procès, le . Il avait même signé par anticipation le la Protestation contre la comparution de Boris Vian, Maurice Raphaël, Jean d'Halluin et Gabriel Pomerand[110].

Queneau viendra encore en tant que témoin à la défense de Jean d'Halluin car « C'est bien la liberté d'expression qu'il s'agit de défendre contre les attaques réactionnaires [110]. » Le compte-rendu du procès intégral est publié par Noël Arnaud dans le Le dossier de l'affaire J'irai cracher sur vos tombes, rédigé par Noël Arnaud, publié le 16 février 1974[111].

Mais « l'honneur » réservé à Henry Miller touche aussi Boris Vian, qui est attaqué en justice par le même Daniel Parker et son « Cartel d'action sociale et morale[109] ». Boris risque deux ans de prison et 300 000 francs d'amende. Il est accusé d'être un « assassin par procuration », parce qu'on rapporte dans la presse un fait divers où un homme a assassiné sa maîtresse en laissant J'irai cracher sur vos tombes à côté du cadavre[112],[113]. Boris doit prouver qu'il n'est pas Vernon Sullivan et, pour cela, il rédige en hâte un texte en anglais qui est censé être le texte original. Il est aidé pour ce travail par Milton Rosenthal, un journaliste des Temps modernes[113].

Finalement, en août 1947, le tribunal suspend les poursuites[note 14].

Parallèlement, en 1948[114], Vian adapte son roman en pièce de théâtre. C'est un drame en trois actes joué pour la première fois le au Théâtre Verlaine par La Compagnie du Myrmidon avec une mise en scène d'Alfred Pasquali, costumes et décors de Jean Boullet. Le personnage de Lee Anderson est interprété par Daniel Ivernel[115]. Cette adaptation ne recueille ni l'assentiment du public[116], ni celui de la critique[117] qui n'épargne ni les actrices[118], ni l'auteur dont le critique le moins malveillant, Georges Huisman, écrit : « Tirons un trait sur cette première pièce et attendons celle que son invention doit nous donner[119]. »

La presse s'est déchaînée avant même la sortie de la pièce. Les rumeurs les plus folles courent : Yves Montand, Martine Carol, Gaby Andreu, Juliette Gréco, Josette Daydé, Simone Sylvestre, Dora Doll feraient partie de la distribution[120]. France Dimanche jure que cette pièce réserve des surprises, l'un des clous devant être un tir réel à la mitrailleuse [121],[122]. Une sélection de ces critiques issue du dossier j'irai cracher sur vos tombes[123] a été publiée dans l'édition du tome IX des œuvres de Boris Vian. Elle est présentée et dirigée par d'Déé[124]. Ce florilège permet de juger à la fois du bouillonnement qui a précédé la représentation, et du lynchage qui s'en est suivi[125]. Finalement Noël Arnaud annonce « le 13 juillet, la pièce est retirée de l'affiche, elle avait duré moins de trois mois[126] ». D'autres sources apportent comme date de la fin des représentations le 24 juillet[127]. Ou encore « le spectacle est abandonné le 24 juillet[128] ». Le texte de la pièce n'est pas publiée du vivant de l'auteur. Il le sera en 1965 chez Jean-Jacques Pauvert puis dans le Dossier de l'affaire J'irai cracher sur vos tombes, de Noël Arnaud, chez Christian Bourgois[129].

Le , la naissance de sa fille Carole lui apporte « un peu de fraîcheur » en cette année particulièrement difficile[130],[131].

Le jazz et le déclin[modifier | modifier le code]

La terrasse du Flore où Boris Vian retrouve ses amis.
La terrasse des Deux Magots, l'autre café de Boris.

Boris se réfugie maintenant dans le jazz, notamment au Club Saint-Germain où il approche son idole Duke Ellington. Il va bientôt être directeur artistique chez Philips et en attendant, il donne régulièrement des chroniques dans le journal Jazz Hot où il tient une « revue de la presse » jusqu'en 1958. Henri Salvador disait de lui : « Il était un amoureux du jazz, ne vivait que pour le jazz, n'entendait, ne s'exprimait qu'en jazz ».

Malgré sa préférence pour un jazz plutôt classique, Boris prend tout de même parti pour Charles Delaunay dans la bataille des anciens et des modernes qui l'oppose à Hugues Panassié en 1947[1]. La querelle porte sur le bebop qui n'est pas du jazz selon Panassié[132] et que Delaunay a été un des premiers à faire découvrir en France avec Dizzy Gillespie[133]. Boris soutient le bebop ce qui ne l'empêche pas d'aimer le jazz traditionnel, notamment celui de Duke Ellington[134].

Duke Ellington est arrivé à Paris sans son orchestre qui est retenu à Londres par les lois syndicales[135]. Boris le suit partout, fait sa promotion, et le premier concert de Duke au Club Saint-Germain est un tel succès qu'il donne ensuite deux concerts à la salle Pleyel[136]. On retrouve encore Boris au café de Flore ou aux Deux Magots, où se rassemblent intellectuels et artistes de la rive gauche, ou bien au Club du Vieux Colombier où il suit Claude Luter à l'ouverture du Club fin 1948. Puis en 1949, on le retrouve aussi à Saint-Tropez où son ami Frédéric Chauvelot vient d'ouvrir une annexe du Club Saint-Germain[137]. Mais bientôt, Boris est obligé de renoncer à la trompette (qu'il appelait la trompinette) à cause de sa maladie de cœur[1].

C'est à cette époque qu'il écrit frénétiquement pour le jazz. Outre les articles de presse pour Combat et Jazz Hot, il anime une série d'émissions de jazz pour la station de radio américaine WNEW[138] qui porte les initiales américaines WWFS signifiant W We're FreSh, le mot fresh, en argot américain signifiant depuis 1848 : insolent, irrespectueux ou impudent[139]. Les textes de ces émissions, dont ni Radio France ni la station de radio américaine n'ont gardé de trace, ont été publiés chez Fayard en 1986 par Gilbert Pestureau et Claude Rameil, puis en livre de poche sous le titre Jazz in Paris[140].

Côté littérature, les choses ne vont pas fort. Jean d'Halluin peine à vendre les remakes de romans américains que produit Boris Vian sous son pseudonyme. Elles se rendent pas compte signé Vernon Sullivan, ne porte pas le nom du « traducteur » (Vian). Ce roman est un échec commercial, tout comme L'Automne à Pékin et les Fourmis qui ne se vendent pas du tout.

En novembre 1948, après la loi d'amnistie de 1947, Boris Vian a officiellement reconnu être l'auteur de J'irai cracher sur vos tombes sur les conseils d'un juge d'instruction, pensant être libéré de tout tracas judiciaire. C'est compter sans Daniel Parker et son cartel moral qui attend la traduction en anglais de l'ouvrage sous le titre I shall spit on your graves et le deuxième tirage de l'ouvrage pour lancer cette procédure. Cette fois, le livre de Boris est interdit en 1949. Le fisc lui réclame des indemnités faramineuses[141]. L'adaptation théâtrale du roman présentée du 22 avril au 24 novembre 1948 au théâtre Verlaine a été un désastre et l'année suivante Boris est condamné à une amende[138]. En 1950, les représentations de la pièce de théâtre L'Équarrissage pour tous qui n'a pas de succès, s'arrêtent. L'écrivain est endetté, le couple se délite, non pour des questions d'argent, mais parce qu'une certaine lassitude s'est installée[142]. L'érosion du couple, qui a commencé à la folle époque de Saint Germain des prés va trouver sa conclusion au seuil des années 1950 avec la demande de divorce de Michèle[143]. Lui-même très infidèle, alors que chacun vivait jusque-là une vie « hors mariage », Boris est très amer et fait « davantage grief à sa femme qu'au percepteur[144]. » Cette année-là, Michèle et Boris vont à Saint-Tropez séparément.

Invité à un cocktail par Gaston Gallimard le 8 juin 1950, Boris rencontre une jeune femme « avec la figure en triangle » Ursula Kübler, danseuse suisse qui a participé aux ballets de Roland Petit. Ursula a la réputation d'une femme de caractère, très indépendante[145]. Elle est hébergée chez un ami de son père, le diplomate américain Dick Eldrige qui habite rue Poncelet où Boris vient lui rendre visite selon les règles des convenances[146]. Il tombe amoureux d'elle, mais il est intimidé, abattu par sa situation conjugale, c'est Ursula qui fait le premier pas vers lui[147]. Déjà, Michelle a envisagé le divorce. Elle est depuis 1949 la maîtresse de Jean-Paul Sartre. Boris et Ursula vont vivre ensemble les années difficiles jalonnées de maladie pour Boris, et de manque d'argent pour le couple.

Les années difficiles et la fin du tunnel[modifier | modifier le code]

Reproduction du diplôme de l’ordre de la Grande Gidouille de Boris Vian, le 22 Palotin 80.
Document tiré du magazine trimestriel Bizarre, J. J. Pauvert, numéro spécial Boris Vian de février 1966.
Reproduction du diplôme de membre du Collège de 'Pataphysique de Boris Vian.

Le roman de Boris L'Arrache-cœur, d'abord intitulé Les Fillettes de la reine a été officiellement refusé par Gallimard. Il est publié finalement en 1953 aux éditions Vrille et n'a aucun succès. À partir de là, Boris renonce à la littérature.

1951 et 1952 seront des années sombres. Boris Vian vient de quitter son épouse Michelle Léglise, dont il a eu deux enfants, Patrick en 1942 et Carole en 1948, et vit difficilement de traductions dans une chambre de bonne, au 8, boulevard de Clichy où il s'installe avec Ursula, qu'il surnomme « l'Ourson »[148] dans un inconfort total.

Pour le moment, Boris n'a plus un sou, mais le fisc s'acharne à lui réclamer des impôts anciens qu'il ne peut payer. Il vit essentiellement de piges. Albert Camus l'a engagé à Combat en 1949, il travaille aussi pour Samedi Soir, France dimanche ainsi qu'une publication considérée comme le refuge des mercenaires de la plume : Constellation[149].

Raymond Queneau est maintenant à l'Académie Goncourt, il est chanté par Juliette Gréco ; il maintient ses distances avec le couple pendant un temps, avant de revenir et de s'en excuser[150].

Boris est « au fond du trou », mais il possède une étonnante faculté à rebondir. Sa pièce Cinémassacre composée de sketches et jouée par Yves Robert et Rosy Varte à La Rose rouge remporte un très grand succès[151]. Ensuite, le « 22 merdre 70 », c'est-à-dire le , il est nommé « Équarisseur de première classe » au Collège de 'Pataphysique où il retrouve Raymond Queneau puis le « 22 Palotin 1980 » (), satrape[32].

Dans ce groupe, il donne libre cours à son imagination pour fournir des communications et des inventions baroques telles que le gidouillographe ou le pianocktail[note 1]. Son titre exact est « Satrape et promoteur Insigne de l'ordre de la grande Gidouille, avec les Sublimes privilèges que de droit »[152]. Dans ce collège, on retrouve d'autres célébrités comme Jean Dubuffet, Joan Miró, Max Ernst, Marcel Duchamp, Eugène Ionesco, Noël Arnaud, René Clair, François Caradec[153].

Dès le mois de février 1954, Boris a déposé ses textes et ses musiques à la SACEM. Un de ses textes avait déjà été enregistré par Henri Salvador. Accompagné d'Ursula, il fait le tour des music-halls, tous deux prennent des leçons de chant, cependant que Marcel Mouloudji chante Le Déserteur pour la première fois au théâtre de l'Œuvre[154]. La chanteuse Renée Lebas le reçoit et lui demande de retravailler ses titres et de les faire arranger par un vrai compositeur pour les mettre à son répertoire. Philippe Clay, Suzy Delair et Michel de Ré lui demandent aussi des chansons. Mais comme Zizi Jeanmaire refuse de les chanter, Vian déclare : « On peut vous refuser une chanson, mais peut-on vous empêcher de la chanter ? »[155].

Le Déserteur, chanson pacifiste de Boris en réaction contre la guerre d'Indochine, s'achevait tout d'abord par un quatrain plutôt menaçant : « Si vous me poursuivez, Prévenez vos gendarmes, Que j'emporte des armes, Et que je sais tirer[156]. » Mais lorsque Mouloudji lui fait remarquer que cette chute ne colle pas avec l'idée de pacifisme, Vian rectifie le texte ainsi : que je n'aurai pas d'armes, et qu'ils pourront tirer. La chanson, créée pour la première fois en 1954 à La Fontaine des Quatre-Saisons, connaît un certain succès au Théâtre de l'Œuvre, puis à l'Olympia l'année suivante. Le scandale viendra plus tard, au moment de la défaite de Diên Biên Phu. Lorsque Boris entame une tournée dans les villes de France aux côtés du comique Fernand Raynaud, sa chanson considérée comme antimilitariste est sifflée notamment à Perros-Guirec où un commando d'anciens combattants veut l'empêcher de chanter, car ils voient en lui un bolchevik piétinant le drapeau français. À Dinard, le maire lui-même prend la tête des anti-Vian[157]. Boris doit parlementer dans chaque ville, jusqu'à finalement obtenir qu'un groupe de militaires du contingent reprennent la chanson en chœur. Pendant ce temps, à Paris, tandis que le journal Le Canard enchaîné prend la défense de l'artiste, l'éditeur Jacques Canetti reçoit des injonctions et le disque sera retiré de la vente après 1 000 exemplaires vendus. La censure reste discrète dans l'immédiat, elle sera plus ferme au moment de la guerre d'Algérie[158]. Ce qui n'empêche pas Boris de poursuivre son tour de chant.

« Censuré Le Déserteur ? En un sens. Sur les listes des programmes de variété des émissions figure le tampon du bannissement. Mais purement à titre préventif : peu de programmateurs auraient songé à diffuser la chanson. C'est d'abord une censure par l'omission ou l'indifférence[159]. » La véritable censure va tomber en 1958 en pleine guerre d'Algérie[159]. Boris ne chante d'ailleurs plus, il laisse Mouloudji et Serge Reggiani défendre la chanson pendant les guerres françaises et pendant les guerres américaines, ce sera Joan Baez[159]. Mais ce n'était plus la peine, la chanson était déjà boycottée par les radios et les maisons de disques[160].

Le 4 janvier 1955, Boris monte sur la scène des Trois Baudets (64 boulevard de Clichy) et chante La Complainte du progrès, J'suis snob, les Lésions dangereuses, les Joyeux bouchers, le Déserteur. Son accompagnateur et arrangeur est Alain Goraguer. Dans la salle, le succès est mitigé, mais Léo Ferré et Georges Brassens sont venus l'écouter, ils lui trouvent du talent. Et le Canard enchaîné ne tarit pas d'éloges sur La Java des bombes atomiques[161].

Jacques Canetti lui propose alors de s'occuper du catalogue de jazz pour les disques Philips. Il est chargé des rééditions, d'écrire des commentaires et de corriger les dates d'enregistrement et les noms des musiciens. C'est un véritable emploi, avec horaires et patron[162].

Seule plage de récréation : Michel Legrand rapporte des États-Unis quelques disques de Rock 'n' roll. Aussitôt, Boris Vian est inspiré et il crée avec ses complices Henri Salvador et Michel Legrand Rock and Rol Mops qu'il édite sous le nom d'Henry Cording [163], le parolier étant Vernon Sinclair. Avec des sonorités anglo-saxonnes, le disque se vend jusqu'aux Pays-Bas. Boris est engagé avec un cachet relativement important. Mais il ne chante plus[163]. En revanche il produit plusieurs autres Rock 'n' roll parodiques.

Le club des Savanturiers[modifier | modifier le code]

Fondé le 26 décembre 1951 par Raymond Queneau, Pierre Kast, France Roche, François Chalais et Boris Vian au bar de la Reliure chez Sophie Babet, rue du Pré-aux-Clercs, le club des Savanturiers, considéré comme une « secte » par Philippe Boggio, a des activités tenues secrètes. Tous ses membres partagent avec Stephen Spriel (Michel Pilotin) la même passion pour la science-fiction[164]. Dans les années 1950 les amateurs de science-fiction ne sont pas nombreux en France, tandis que les Américains raffolent de ce genre de littérature[165].

Les rapports désormais distants de Vian avec Sartre ne l'empêchent pas de publier dans le numéro d'octobre 1951 des Temps modernes un article-manifeste en collaboration avec Stephen Spriel, article définitif sur la science fiction : La Science fiction : nouveau genre littéraire. Dans le même esprit, il donne pour un spectacle au cabaret de la Rose rouge, une première version de la Java martienne[166],[167]

Boris et Stephen Spriel publient en 1951 un article dans Les Temps modernes dans lequel Boris affirme qu'une nouvelle de science-fiction intitulée Deadline décrivait avec une exactitude totale la bombe H (Ivy Mike) qui allait être employée un an plus tard sur l'atoll d'Eniwetok dans les îles Marshall le [168].

Outre Ray Bradbury et H. G. Wells, Boris admire aussi A. E. van Vogt, écrivain canadien qui s'est inspiré des théories d'Alfred Korzybski : « grand pourfendeur des systèmes aristotéliciens[169] ». Raymond Queneau, qui est aussi un admirateur de van Vogt, appuie les propositions de Boris qui signe deux contrats chez Gallimard pour la traduction des deux premiers titres du Cycle du Ā[note 15]. Dans le cercle très fermé des amateurs de science-fiction, on trouve aussi André Breton et Léo Malet.

En 1952, les membres du club sont conviés au Congrès de la science fiction à Londres. Cette association devient en 1953 le Cercle du futur dont Queneau est président. Il est entouré de trois vice-présidents : François Le Lionnais (avec lequel il fonde en 1960 l'Oulipo), Boris Vian, et Gaston Bouthoul[170]. Queneau venait juste d'écrire l'avant-propos de L'Arrache-cœur dans lequel boris Vian le fait apparaitre sous les traits d'un joueur de baise-bol avec son nom en anagramme : Don Évany Marqué, en réponse à une autre anagramme inventée par Queneau pour coiffer un poème hétérogrammatique construit sur les douze lettres de son nom (Don Évané Marquy)[110].

Le club des Savanturiers s'est engagé à faire connaître et à imposer ce genre de littérature, mais les éditeurs hésitent à se lancer dans la science-fiction, et malgré les efforts de France Roche, le cinéma français ne s'y intéresse pas. Le club des Savanturiers se saborde le [171] dans le plus grand secret pour aboutir à une société encore plus secrète, la « Société d'Hyperthétique », qu'il est interdit de mentionner devant toute personne étrangère au cercle des initiés et dont les activités consistent à s'échanger des livres de science-fiction[172]. Boris retrouve là des amitiés solides qui n'ont plus rien à voir avec les mondanités de Saint-Germain-des-Prés. De son amitié avec Pierre Kast naissent des projets de cinéma, et une éphémère société de production. Boris écrit des scénarios, mais la société de production à laquelle Marcel Degliame apporte aussi son financement fait faillite, et tout se termine par un échec[173].

Les automobiles de Boris[modifier | modifier le code]

La Morgan de Boris Vian
Panhard X 77 achetée à Peiny
Une Brasier 1911, voiture légendaire de Vian

« De la BMW décrépite et de la superbe Panhard des débuts à l'Austin-Healey et à la Morgan de la fin, les voitures tiennent une grande place dans la vie de Boris Vian, les siennes, et celles qu'il empruntait à ses amis[174]. »

En 1947, l'Administration des domaines bazarde les rebuts de l'armée allemande. Dans ces tas de ferrailles, Boris sélectionne une BMW 6 cylindres qu'il achète pour une somme dérisoire, qui lui coûte très cher en réparations, mais qui va lui permettre de faire la connaissance des Casseurs de Colombes[175]. Il avait le projet d'enregistrer leurs propos dans un roman Les Casseurs de Colombes qui va rester à l'état d'ébauche et que Noël Arnaud a réussi à décrypter parce qu'il a participé de très près à cet épisode de la vie de l'écrivain[176]. Boris s'y présente lui-même sous le nom du personnage : Ivan Doublezon[177] et il évoque les casseurs de Colombes comme Le Corps des Casseurs dans lequel le personnage central devait être Thomas, mécanicien de Ménilmontant[178]. Le roman ne sera jamais achevé, il reste des textes datés de 1949 à 1950[177].

C'est aussi avec la BMW qu'il va réussir son premier « coup » de vendeur de voitures d'occasion. Alors que la voiture est prête à rendre l'âme (elle a été accidentée dans le garage de Peiny qui l'a fait entrer en marche arrière), Boris la répare sommairement avec son ami Maurice Gournelle[note 16]. Et Peiny, qui ne veut pas se charger d'une transaction douteuse, l'emporte en dépanneuse chez un revendeur place Pereire qui la rachète à Vian, mais qui s'aperçoit trop tard que c'est une ruine. C'est le premier exploit de Boris qui a réussi à rouler un vendeur de voitures d'occasion[179](…) Plus tard, il achète à Peiny une Panhard X 77 grand luxe qui tombe en panne à Lyon lors du premier essai et que Peiny va lui réparer inlassablement. Peiny, son garage et ses mécanos deviennent alors un lieu de bamboche régulier pour Boris et la « fine équipe de Charlebourg »[178].

Avec l'Austin-Healey blanche, Boris fait la tournée des casinos. Elle ne marchait pas très bien, mais Boris y tenait et c'est avec regret qu'il achète sur les conseils de Claude Léon[note 17] une Morgan bleue (il n'y avait pas de Morgan blanche) avec laquelle il termine sa carrière. « La Morgan à quatre roues était l'avant-garde, Boris se souvenait des Morgan à trois roues : quand on évitait un trou avec la roue avant, on était sûr d'écoper avec une roue arrière[174] » et elle avait un dispositif technique qui enchantait Boris : il fallait appuyer sur une pédale tous les cent kilomètres pour envoyer un coup de graisse[174].

La Brasier[note 18] est sans doute restée la plus célèbre et la plus souvent citée dans les biographies de Vian. C'est la voiture qui lui a coûté le plus cher et qui lui a donné le plus de peine. C'était une Brasier 1911 qu'il avait achetée pour 40 000 francs à un vieil homme de 80 ans le . « Célèbre dans tout Saint-Germain, vedette à Saint-Tropez, la Brasier parcourut des milliers de kilomètres à 45 — km/heure — de moyenne[180]. » Il va même jusqu'à la présenter dans un article de Jazz hot no 45 de juin 1950[181]. Marc Lapprand cite les récits de Noël Arnaud (qui participa lui-même à plusieurs virées des casseurs de Colombes). Pour l'ingénieur Vian, admiratif d'une machine qu'il juge inusable, la Brasier reste une machine incomparable. C'est avec elle qu'il fait le voyage de Paris à Saint-Tropez en 1952, pour le court métrage Saint-Tropez, devoir de vacances dont il a rédigé le commentaire. Avec elle encore qu'il se rend à Caen pour les préparatifs du Chevalier des neiges[182]. La Brasier a encore fait l'objet de deux articles, tous deux parus dans Constellation. Le premier s'intitule Et dire qu'ils achètent des voitures neuves, le second Mes vacances comme en 1900[183]. La Brasier est même invitée à son mariage : c'est dans cette voiture que les époux Vian-Kübler trônent pour le discret carton de faire-part[184]. C'est aussi avec la Brasier que Boris Vian pose pour la photo du seul 33 tours où il interprète toutes ses chansons. C'est la seule photo en couleur que l'on connaisse de lui[note 19]. La Brasier y apparaît en jaune pâle alors qu'elle avait été repeinte en blanc (couleur de prédilection de Vian), sans doute parce que la photo a été tirée à partir d'une diapositive et que les couleurs ont été améliorées[185]

Grâce à un vieux sellier rencontré chez les « Casseurs de Colombes », Boris avait fait refaire entièrement l'intérieur du véhicule qu'il a continué d'entretenir alors qu'il possédait aussi l'Austin-Healey, puis la Morgan. Il l'avait remisée chez Peiny à Colombes et il lui rendait visite régulièrement. Elle fut vendue finalement et laissée en plein air recouverte d'une bâche sous laquelle elle se décomposa à cause des intempéries et des dégradations dues aux garnements du coin[186].

Les dernières années[modifier | modifier le code]

Place Blanche, vue sur le Moulin rouge derrière lequel se trouve le 6 bis cité Véron où Boris Vian et Ursula Kübler habitaient.

Après avoir longtemps refusé tout mariage, Boris épouse Ursula Kübler le , la cérémonie civile se déroule à la mairie du 18e arrondissement de Paris, à 16 heures, après un déjeuner dans un restaurant nommé À la grâce de Dieu[187]. Le père d'Ursula, qui est un des intellectuels suisses les plus raffinés, à la fois peintre, illustrateur, grand journaliste et animateur d'une des meilleures revues culturelles de l'après guerre[188] écrit au jeune couple, dans une lettre pleine d'humour datée du 25 novembre 1953 : « Madame Kübler et moi-même, nous serions heureux dans nos sentiments helvétiques, bourgeois, rédactionnels, publicitaires, de pouvoir annoncer l'état-civil nouveau. Pour Noël, pour réjouir aussi le Père Noël, il faudrait s'occuper des détails[189] ». Ursula trouve un petit appartement au 6 bis Cité Véron, près de la place Blanche qui leur paraît très vaste comparé à l'étroite chambre de bonne qu'ils occupaient jusqu'alors[190]. Ils auront pour voisins Pierre et Jacques Prévert[190]. Boris aménage de ses mains ce logement dont la terrasse domine le Moulin rouge[191]. C'est une manière pour lui de prendre ses distances avec Saint-Germain-des-Prés, mais il ne coupe pas totalement les ponts. Son frère Alain a installé rue Grégoire-de-Tours un magasin d'instruments de musique anciens, exotiques ou étranges[192], avec pour associé son autre frère Lélio Vian, dont Boris est un des clients principaux[193]. Et Boris continue à rencontrer ses amis à la discothèque du 83 rue de Seine[194].

Cependant, les activités de Boris l'épuisent. Alain Robbe-Grillet envisage de rééditer l'Automne à Pékin et l'Herbe rouge aux éditions de Minuit, mais Boris se méfie. « Depuis le temps que le sort s'acharne sur lui, il est las, fatigué de la connerie ambiante, de ce succès qui lui échappe depuis toujours », dit Robbe-Grillet[195].

Fatigué, le moral en berne, en juillet 1956, Boris s'effondre : il est frappé d'un œdème pulmonaire, résultat de son surmenage et de ses problèmes cardiaques. Il lui faut un lourd traitement et il se remet lentement aux côtés d'Ursula. Il accepte de tourner un petit rôle, le cardinal de Paris dans Notre-Dame de Paris de Jean Delannoy, par défi. Mais il sait qu'il a « un pied dans la tombe et l'autre qui ne bat que d'une aile[196] ».

L'Automne à Pékin, réédité aux éditions de Minuit, n'a encore une fois, aucun succès. Mais Boris continue d'écrire des chansons pour Henri Salvador, Magali Noël, Philippe Clay. La maison Philips lui propose de diriger une petite collection Jazz pour tous, mais c'est un énorme travail[197].

En 1957, est créé à l'Opéra de Nancy Le Chevalier de neige, un opéra sur un livret de Boris Vian d'après le mythe des Chevaliers de la Table ronde, dont Georges Delerue a écrit la musique. Comme la fonction de directeur artistique lui pèse, Boris cherche un dérivatif. C'est son amie France Roche qui lui en offre l'occasion en lui passant commande d'un livre sur le sujet de son choix. La collection de France Roche aux éditions Amiot-Dumont s'arrête peu après et Boris n'est plus obligé de livrer l'ouvrage[198]. Pourtant il poursuit l'écriture pour le plaisir. Le livre traite du monde de la chanson, ne ménageant pas les éditeurs de musique, il propose d'inventer un appareil qui permet d'analyser les chansons et d'en composer. Il a conçu les plans d'une machine à écrire la musique à partir d'une machine à écrire IBM et préconise la création d'émetteurs de radios libres[199]. Publié en septembre 1958 En avant la zizique… et par ici les gros sous s'arrache, mais uniquement dans les bureaux de Philips et Fontana, par dizaine d'exemplaires[200].

Malgré les avertissements de son médecin, Boris continue de se surmener, multipliant piges, traductions, écriture de chansons. Et la Société Océan-Films à laquelle il a vendu ses droits le somme de produire une adaptation de J'irai cracher sur vos tombes. Entre-temps, Boris écrit le livret d'une comédie musicale-ballet et les chansons de Fiesta, mis en musique par Darius Milhaud[201], et il entame une collaboration avec Le Canard enchaîné qui l'a soutenu pendant l'affaire du Déserteur. Le , il publie son premier article sous le titre Public de la chanson, permets qu'on t'engueule, ceci pour défendre le nouveau disque de Georges Brassens qui n'a pas de succès[202]. Son deuxième article est consacré au lancement de Serge Gainsbourg, en particulier à l'éloge du Poinçonneur des Lilas[202].

Au cours de l'hiver 1958, il part se reposer en Normandie avec Ursula qui voudrait chanter elle aussi. Mais Boris lui répond de se débrouiller par elle-même et il donne des chansons à la chanteuse allemande Hildegard Knef qu'il fait venir cité Véron et qu'il raccompagne devant Ursula avec une certaine muflerie[160]. C'est aussi un des aspects de Boris Vian que sa légende a occulté. Sa timidité naturelle ne l'empêche pas de séduire. Pour lui, l'acte sexuel et l'érotisme sont les pendants sains de l'amour[203].

Au début de l'année 1959, Boris rentre à Paris dans sa Morgan après plusieurs mois de repos en Normandie. La société SIPRO, qui avait acheté les droits d'adaptation à l'écran du roman J'irai cracher sur vos tombes, l'a plusieurs fois mis en demeure de présenter le scénario qu'il était chargé d'écrire et qu'il tarde à donner à ses « nouveaux maîtres » au cinéma. Rentré à Paris, Vian se fait un plaisir de leur remettre ce qu'on lui réclame : un script de cent dix-sept pages d'ironie et de bouffonneries que la Sipro n'apprécie guère. La société lui répond sur papier bleu : « Nous ne comprenons pas très bien ce que vous avez voulu faire [...] Nous sommes obligés de nous mettre en rapport avec un autre adaptateur pour ce travail. Nous faisons toute réserve quant au préjudice que vous nous causez [...][204]. » Considéré par les producteurs comme un scénario-bidon[205], le texte est remanié de façon à s'éloigner le plus possible du roman d'origine dont on a « élagué les incongruités faciles[206]. » Le scénario original de Boris Vian sera publié dans Le Dossier de l'affaire « J'irai cracher sur vos tombes », textes réunis et présentés par Noël Arnaud, Christian Bourgois éditeur, 1974[note 20].

Le matin du , J'irai cracher sur vos tombes, film inspiré de son roman, est projeté au cinéma Le Marbeuf près des Champs-Élysées. Vian a déjà combattu les producteurs. Il est convaincu que l'adaptation n'est pas de style, et il a publiquement dénoncé le film, annonçant qu'il souhaitait faire enlever son nom du générique. Michelle est venue, tous les amis sont là. Mais Boris, que son éditeur Denis Bourgeois (adjoint de Jacques Canetti et directeur du secteur « variétés » chez Philips) a convaincu d'aller à la projection malgré ses hésitations, ignorera ce qu'est devenu son roman à l'écran : accompagné de Denis Bourgeois et Jacques Dopagne à la projection, il s'effondre dans son siège quelques minutes après le début du film et, avant d'arriver à l'hôpital Laennec, meurt d'une crise cardiaque. Le Collège de 'Pataphysique annonce la mort apparente du « Transcendant Satrape »[207].

Il est enterré dans le cimetière de Ville-d'Avray. Rien sur sa tombe qu'il a voulue sobre n’indique son identité[208], hormis des témoignages d’affection laissés par les fans (portraits, poèmes)[209].

Postérité[modifier | modifier le code]

Bibliothèque de Capbreton en hommage à L'Écume des jours.

L'homme et l'œuvre[modifier | modifier le code]

Si les œuvres à succès, signées Vernon Sullivan, ont permis à Vian de vivre, elles ont aussi occulté les romans signés de son vrai nom, œuvres plus importantes à ses yeux. D'après lui, seuls ces derniers avaient une véritable valeur littéraire. L'Écume des jours qui n'a aucun succès du vivant de l'auteur fera de Boris Vian un véritable mythe auprès de la jeunesse après sa mort. Il en est de même pour L'Arrache-cœur, repris dans Le Livre de poche[210].

Dans les années 1960 et 1970, notamment pendant les événements de mai 1968, les jeunes de la nouvelle génération ont redécouvert Vian, l'éternel adolescent, dans lequel ils se sont reconnus. Au fil des années, il devient un classique, ses ouvrages sont donnés à étudier dans des écoles[211]. Ses œuvres complètes sont publiées en 2003, en 15 tomes, aux éditions Fayard. À cette occasion, Ursula Vian-Kübler a organisé une petite fête cité Véron[212]. Finalement récupérées par Gallimard, ses œuvres romanesques négligées de son vivant, entrent à la bibliothèque de la Pléiade en 2010 après avoir connu un succès populaire que son éditeur d'origine n'avait pas prévu[213].

En 2009, un double album, On n'est pas là pour se faire engueuler !, rassemble des reprises ou des interprétations de texte de Vian. Il rassemble ainsi Matthieu Chedid, Thomas Fersen, Juliette Gréco, Zebda ou Jeanne Moreau.

En 2009, les Productions Jacques Canetti, maison de disques indépendante réalise un coffret quatre disques compacts : Boris Vian 100 chansons où l'on trouve, parmi les interprètes : Boris Vian, Serge Gainsbourg, Serge Reggiani, Jacques Higelin, Juliette Gréco, Catherine Ringer, Jean-Louis Aubert, Joan Baez, Têtes Raides, Magali Noël, Mouloudji, Diane Dufresne, Sanseverino, Coluche, et d'autres, ainsi que des bonus[214].

En 2011, l’exposition « Boris Vian »[215] à la Bibliothèque nationale de France éclaire d’un nouveau jour la naissance à la littérature de Boris Vian et le rapport qu'il entretient avec elle, en révélant nombre de manuscrits. Les feuillets des Cent sonnets, du Conte de fées à l’usage des moyennes personnes et de Trouble dans les andains permettent de comprendre combien sont liés écriture et humour dans cette expérience familiale de la littérature destinée à n’amuser que les proches et les voisins. Jeux de mots, personnages à clefs et pseudonymes facétieux sont la marque indélébile de cette première approche littéraire, très vite remplacée par une littérature plus grave et sérieuse, parfaitement représentée par J’irai cracher sur vos tombes. Mais son goût de la facétie a parfois occulté son vrai talent, provoquant un malentendu qui s'est dissipé avec le temps. Incompris par ses éditeurs et ses lecteurs contemporains, il est désormais une référence poétique et humoristique. Ses talents littéraires et musicaux ont été largement salués. L'acteur Jean-Louis Trintignant a connu un grand succès avec son spectacle Jean-Louis Trintignant lit Prévert, Vian et Desnos qui a tourné dans toute la France en 2011 et en 2012[216]. Une affiche présente le spectacle sous le titre Robert Desnos, Jacques Prévert, Boris Vian : Trois poètes libertaires pour la saison 2012-2013[217].

Au cours des années 2000, le théâtre s'est emparé de Boris Vian, piochant à loisir dans les poèmes, les chansons et les textes, pour obtenir des mélanges comme le Cabaret Boris Vian joué à Cannes par l'Ensemble 18 au théâtre de la Licorne, ou encore Cabaret Boris Vian au Studio théâtre de la Comédie-Française programmé pour mai-juin 2013 adaptation Serge Bagdassarian[218] ou encore le Cabaret Boris Vian par la troupe Cavatine et Rondo[219]. Les Petits spectacles ont aussi été créés, notamment en 2009, la compagnie Zigzag a monté Petits spectacles de Boris Vian[220].

Il a beaucoup inspiré Serge Gainsbourg, qui allait l'écouter aux Trois Baudets, et qui a aussi pris comme arrangeur Alain Goraguer[221]. Gainsbourg confiait dans la revue L'Arc : « Là, j'en ai pris plein la gueule [...], il chantait des trucs terribles [...], c'est parce que je l'ai entendu que je me suis décidé à tenter quelque chose d'intéressant [...][222] ».

Inventions et systèmes[modifier | modifier le code]

Outre le « pianocktail », Boris fabriquait des mots qui désignaient de réels instruments. Une feuille de papier à cigarette appliquée sur un peigne et vibrant lorsqu'on soufflait dessus devenait le « peignophone » avec lequel il amusait ses compagnons d'étude au lycée[30]. Plus tard, alors qu'il s'ennuie fermement à l'École centrale, il a travaillé sur quatre projets dont il a rédigé avec soin le dossier. Selon la conférence donnée le à Aubervilliers par Albert Labbouz, il s'agit de : « Un projet de récupérateur pour un groupe évaporatoire », « un projet de poupée de tour », « un projet de pont métallique pour chemin de fer à voie unique » et « un projet de restaurant ouvrier »[223], traité de onze pages où l'on peut lire l'annotation du correcteur : « pas fameux »[45]. Enfin quelques exercices de virtuosité aux compas et aux crayons de couleur[45].

Par la suite, il va réellement déposer un brevet pour une invention qui ne sera jamais appliquée : celle d'un procédé d'éclusage des canaux, consistant à « arrêter le canal à 10 km de son aboutissement et à transporter le navire au-delà sur chariot et rails[223]. » Cette invention fait l’objet d’un communiqué détaillé le . Il envisage le tracé du grand canal des Deux-Mers chanté par Charles Cros[224], qui devrait selon Vian « nous délivrer de la terrible sujétion d’Albion sur Gibraltar[225]. »
Le 18 décembre 1953 il dépose à l'INPI une demande de brevet pour l'invention d'une roue élastique.[226]. Brevet qu'il obtient le 21 juin 1955.[note 21]

Denis Bourgeois rapporte encore son dernier grand projet de machine musicale : une machine à écrire IBM transformée par ses soins, qui aurait pu écrire toutes les combinaisons possibles de la gamme musicale, donc tous les morceaux de musique et toutes les chansons[227]. Ce qui lui aurait permis de lutter contre la médiocrité et « [...] d'être propriétaire de toutes les œuvres du monde entier et d'interdire d'enregistrer toutes les mauvaises[228]. »

On lui attribue l'usage du terme « tube » pour désigner une chanson à succès[229], mot que tout le monde emploie aujourd'hui destiné à remplacer le terme « saucisson » employé jusqu'alors et qui lui déplaisait[230]. Boris Vian inventait un code de langage surréaliste, par exemple le mot « pologner » qu'il avait lancé, signifiait dans le jargon du groupe musical « payer » ou « rapporter ». Après un concert, lorsque Claude Abadie partageait les bénéfices, Boris demandait[231] : « Ça pologne combien ? ». D'après Noël Arnaud, c'est en Belgique que ça polognait le plus agréablement[232].

Les styles de Vian[modifier | modifier le code]

Boris reconnaît Rabelais parmi ses premiers maîtres en littérature. Il tient de lui ses énumérations interminables apparues dans les premiers romans et qui surgissent de nouveau dans son théâtre et ses écrits pataphysiques. Mais Céline aussi maniait le verbe de cette manière-là. Boris le lisait souvent à haute voix[233]. Et il proclamait : « c'est comme ça qu'on doit écrire ! » Mais son attitude est contradictoire : il se refuse à toute influence célinienne sur ses écrits, tout en la reconnaissant : « C'est drôle, Céline a fait beaucoup mieux, je ne me sens pas influencé par Céline, et pourtant ça me rappelle Céline[234]. » Et pourtant, Noël Arnaud voit dans sa manière d'user du langage parlé dans ses écrits, quelque chose qui le rapproche de l'auteur de Mort à crédit[235].

En particulier dans le Journal à rebrousse poil, qui est comme un brûlot, Marc Lapprand croit lire du Céline, précisément celui de Mort à crédit. Mais contrairement à Céline, Vian, « le somnambule, n'aime pas s'étaler en confessions. Tout doit aller très vite : rouler vite avec la Morgan, écrire vite trois romans dans la même année : L'Écume des jours, L'Automne à Pékin et J'irai cracher sur vos tombes. » Pour expliquer la naissance des triplés dans L'Arrache-cœur, il déclare à la radio : « Oui trois d'un coup, je voulais accélérer la procédure[236]. » Maître des décrochages dans la narration de fiction, qui sont des ruptures de cohérence sémantique, il aboutit à l'incongruité, à la drôlerie. Un style que le psychanalyste Alain Costes a comparé au phénomène des rayures en notant les occurrences des contrastes dans la vêture du corps [237].

Le style Vian, c'est aussi ce foisonnement de titres préliminaires qui n'ont aucun rapport avec le titre final de l'ouvrage publié. L'Arrache-cœur était en premier intitulé les Fillettes de la reine, et il a fallu trois titres avant d'aboutir à L'Écume des jours. Vian considère que cela n'a aucune importance si le titre du livre ne correspond pas à son contenu, parce que de toute façon, les gens ne l'ont pas encore lu[237].

Il y a encore le style Vernon Sullivan qui n'est pas le défouloir d'un écrivain mis sur la touche après l'Écume des jours comme on a pu le croire. Le cas Vian tend des pièges aux exégètes, notamment celui qui laisse à croire que la création de Sullivan aurait servi d'exutoire à Vian. Il n'en est rien selon Marc Lapprand, les deux écrivains écrivent de concert, l'un L'Écume des jours, l'autre la même année J'irai cracher sur vos tombes, l'un, L'Herbe rouge, l'autre Les Morts ont tous la même peau toujours la même année. Mais la diversité des styles joue contre lui. Parfois pris au piège de ses postures iconoclastes, satiriques ou contestataires qu'il assume, il souffre de voir L'Arrache-cœur, livre sincère, peu pris au sérieux « c'est drôle quand j'écris des blagues ça a l'air sincère, et quand j'écris pour de vrai, on croit que je blague[238]. »

« Tout se passe comme si écrire des romans devenait une activité louche, sans issue. Dans le fond, ce que certains de ses contemporains ne lui pardonnent pas, c'est de briller partout, dans tous les domaines[239]. »

Bernard Valette détecte toutefois, dans le style Vian « une certaine forme d'intellectualisme, voire de snobisme et de parisianisme », que l'auteur reconnaît lui-même, parfois en chanson : J'suis snob[240]. Mais le style de son « monde inversé » se rapproche de celui de Jean Cocteau ou des premiers dadaistes : il commence par poétiser toute chose en débarrassant le quotidien de sa banalité. Ainsi, dans la nouvelle Le Loup-garou (qui donne son titre au recueil éponyme Le Loup-garou) le Major ayant quitté sa voiture du regard un instant, la retrouve : « en train de brouter l'herbe au pied d'un pommier[241]. » L'auteur de cet univers à la Lewis Carroll aime surtout parodier la littérature sérieuse, démythifiant l'institution littéraire, remettant en question les valeurs établies, y compris celles du roman policier dont il livre des pastiches. Sur le plan narratif, il refuse toutes les facilités des conventions romanesques et de l'illusion réaliste. Dans une certaine mesure, à partir de Vercoquin et le plancton, tous ses romans sont des « Nouveaux romans » avant la lettre[241].

La part de l'ingénieur et de ses connaissances techniques ne sont pas négligeables dans l'écriture poétique de Vian. La technique, introduite dans l'imaginaire, fait partie de l'esthétique du récit. Dans L'Arrache-cœur, la description de l'androïde est un savant mélange de d'idées farfelues et de données scientifiques authentiques, chimiques, physiques ou électriques, qui viennent s'insérer dans la trame narrative, renforçant l'impression de cocasserie[242]. C'est encore l'ingénieur pétri de technique qui invente une foule de gadgets comme la guillotine de bureau destinée à « exécuter l'ordonnance » de Colin dans L'Écume des jours, et encore l'ingénieur Chick qui explique à Colin le fonctionnement du « lapin modifié », mi-chair, mi-métal « qui produit des pilules en se nourrissant de carottes chromées[243] ». La technique, également surréaliste et 'pataphysique, peut même aboutir à Dieu. Vian rédige un Mémoire concernant le calcul numérique de Dieu par des méthodes simples et fausses, chef-d'œuvre de 'pataphysique [242].

« Il y aurait encore à établir un répertoire complet des images surréalistes de Vian. Cette classification prouverait que chez lui l'héritage surréliste est bien préent, et viant. Mais là où Vian se démarque profondément de ce qui pourrait passer pour une allégeance surréaliste, c'est dans l'expression vitale d'un individualisme que rien ne saurait ébranler[244]. »

L'anarchisme et l'engagement politique selon Vian[modifier | modifier le code]

Les positions politiques de Boris Vian, souvent qualifiées d'anarchistes, ont fait l'objet de diverses analyses.

Il entreprend en 1950[245] de rédiger un Traité de civisme, pour lequel il lit des dizaines d'ouvrages spécialisés, et projette, selon Philippe Boggio, « de prouver qu’il existait d’autres interprétations du réel et de l’histoire, plus techniques que celle du stalinisme et des Temps modernes »[246]. De ce travail inachevé et décrit variablement par Vian à ses divers interlocuteurs, il reste, estime Philippe Boggio, « une collection d'aphorismes tranchants, marqués au coin de l'anarchie », témoignant « d’une sorte d’état d’insurrection permanente et solitaire » et de la préconisation du « bonheur pour chacun plutôt que [de] l’égalité pour tous »[247]. Par ailleurs, Vian qualifie L'Équarrissage pour tous (1947) tantôt de « pièce contre la guerre »[248] et tantôt de « vaudeville anarchiste »[249]. En outre, la notoriété internationale de la chanson Le Déserteur (1954), souvent considérée comme un « hymne pacifiste »[250],[251] et que Vian lui-même considère comme « violemment pro-civile » plutôt qu'antimilitariste[252], contribue à conforter cette présomption d'engagement politique. Le Monde libertaire publie, en juillet 1954, le texte de la chanson Le Prisonnier[253] et Vian participe en outre à un gala de soutien à ce journal en 1955[254].

Plusieurs de ses contemporains le considèrent comme un « anarchiste », tel Jean-Paul Sartre, pour qui Vian « était un anarchiste »[255] ou Jimmy Walter, qui l'estime être un « anarchiste passif »[256]. Ursula Kübler le considère comme un « doux anarchiste », pour lequel « l’important c’est le non-conformisme »[257]. En revanche, Marcel Scipion insiste plutôt sur la subtilité de sa position et son refus de s'engager : parmi des gens « tous terriblement de gauche [...] Boris était plus fin, plus en avance, moins dupe [...] il passait pour un apolitique »[258].

Au-delà d'un refus de l'engagement relevé par tous les biographes de Vian, leur point de vue n'est pas non plus uniforme, certains insistant sur l'originalité de ses prises de position, d'autres sur leur violence. Philippe Boggio considère Vian comme « inclassable, plutôt et discrètement fier de l'être, ni de droite ni de gauche, s'évertuant à brouiller les pistes comme Raymond Queneau, jamais là où on l'attend »[259]. Marc Lapprand estime que « Vian est donc plus excentrique qu'anarchiste, plus dandy que révolté »[260]. Pour Emma Baus, « Vian ne peut être affilié à un courant précis ; si ses idées le rapprochent des anarchistes, c’est uniquement des individualistes, de ceux qui ne peuvent supporter qu’on leur dicte une forme de pensée, aussi libre soit-elle »[261]. De son côté, Gilbert Pestureau décrit Vian comme un « libertaire, individualiste forcené et désengagé viscéral, dans ce grand emballement, déballage et chambardement des années 1944 à 1950 [...] Toujours il veut démystifier, refuser l'esprit de sérieux, ne pas être agent de l'Histoire, mais réagir contre tout ordre par un individualisme à la fois épanoui et critique »[249]. Il s'oppose au militarisme, mais aussi à « tout ce qui commande un respect religieux, pouvoir politique, communisme, existentialisme, surréalisme même »[249], non sans « hésitations et contradictions où le pacifisme se heurte aux règlements de compte, où la violence contredit la non-violence »[249].

Pseudonymes[modifier | modifier le code]

La liste complète des pseudonymes de Boris Vian est difficile à établir. Il y a des connexions certaines et d'autres supposées. Marc Lapprand en a analysé vingt-sept, mais il y en a d'autres. Parmi les vingt-sept noms de plume, on trouve vingt-deux figures journalistiques, quatre figures purement littéraires (Joëlle du Beausset, Bison Duravi, Bison Ravi, Sullivan) une figure sociopolitique (Jacques Dupont), quatre noms de femmes, pour les chroniques de jazz : Josèphe Pignerole, Gédéon Molle, S. Culape, pour d'autres articles de presse Gérard Dunoyer, Claude Varnier, Michel Delaroche, Anne Tof de Raspail, Eugène Minoux, Xavier Clarke, Adolphe Schmürz. Dans Vernon Sullivan, les dernières lettres sont tirées du nom de Vian, Sullivan étant aussi le nom de plusieurs musiciens de jazz dont Michael Joseph « Joe » O'Sullivan. « Le pseudonyme Agénor Bouillon a été découvert à l'occasion de la publication de ses œuvres complètes, la liste intégrale de ses pseudonymes s a été publiée à la page 563, OC volume 15[104]. » Cette liste, complète ou non, est reproduite sur divers sites[262],[263]. Selon Marc Lapprand avec ses pseudonymes, Boris Vian « marque ses textes d'un sceau approprié à la fois au style et au lieu de sa production. Écrivain ancré dans son temps, il a rapidement employé tous les ressorts pseudonymiques [...] mais par un revers de fortune, Sullivan a rapidement supplanté Vian romancier[264]. »

La plupart des pseudonymes ne sont attestés qu'une seule fois, à l'exception de : Michel Delaroche (plus de cent fois), Anne Tof de Raspail (9) Eugène Minoux (7), Dédéon Molle (5), Vernon Sullivan (4)[265], Claude Varnier (4) dont deux pour rédiger des articles sur la Brasier 1911[266], Hugo Hachebuisson (3), Xavier Clarke (3), Adolphe Schmürtz (2)[265].

  • Honoré Balzac[267] (sans particule).
  • Baron Visi (anagramme).
  • Bison Ravi (littéraire) (anagramme) pour signer le poème Référendum en forme de ballade publié en mars 1944 dans le magazine Jazz Hot[104].
  • Boriso Viana (jazz) pseudonyme associé à Lydio Sincrazi[104] (cf. ci-dessous).
  • Brisavion (anagramme).
  • Grand capitaine (littéraire).
  • Butagaz (jazz).
  • Bison Duravi (littéraire) dérivé des précédents, pour signer L'ékume des jhours, un poème inédit en quatorze variantes.
  • Andy Blackshick (jazz) dans la revue Jazz News[268].
  • Agénor Bouillon avec Henri Salvador sur un 45 tours (Barclay no 70246).
  • Xavier Clarke (articles de presse) — notamment dans Jazz News et À la manière de, La guerre froide des deux hot s'attiédit à Saint-Germain.
  • S. Culape (jazz) pour Le Spectacle de K. Dunham.
  • Aimé Damour pour Nous avons été trompés ! le Manifeste du Cocu (Comité d'organisation des consommateurs et usagers).
  • Charles de Casanove.
  • Amélie de Lambineuse dans sa lettre Conseils à mes neveux signée : Votre Grand-tante Amélie de Lambineuse pcc Boris Vian[104].
  • Gédéon d'Éon (incertain).
  • Michel Delaroche (plus de cent articles de presse, dont Jazz News no 8 novembre 1949) De petites et de grandes nouvelles[264].
  • Doublezon, c'est le premier pseudonyme employé par Vian pour une œuvre de jeunesse illustré par Alfred Jabès : Le Livre d'or de Doublezon « il a été tiré de cet ouvrage 10 000 exemplaires sur vergé Lafumellé et 30 exemplaires sur baudruche Olla, ainsi qu'un exemplaire numéroté de zéro à 1, non mis dans le commerce[269]. » Il reprend ce pseudonyme pour un personnage qui est son portrait (Ivan Doublezon) dans le roman resté inachevé, Les Casseurs de Colombes.[177] Ce mot est aussi repris comme nom de la devise dans L'écume des jours.
  • Joëlle du Beausset (littéraire) pour La Valse.
  • Gérard Dunoyer (articles de presse) et pour la publication C'est gagné pour Zizi Jeanmaire. Pseudonyme réservé à des textes de nature alimentaires, pour des revues comme Constellation, tout comme le pseudonyme Claude Varnier[265].
  • Jules Dupont (Socio-Politique) pour écrire son Traité de civisme, inachevé et publié « post-mortem »[104]. Ancien combattant de réserve, officier d'académie, chef de service de la compagnie d'assurance La Cigogne parisienne.
  • Fanaton : Boris Vian a emprunté à son adjoint Yves Deneu le pseudonyme de Fanaton que celui-ci avait inventé, pour signer les notes de pochette d'un disque de M. Dupont. Le pseudonyme est une anagramme du nom de l'éditeur : Fontana. (45 tours no 460563).
  • Hugo Hachebuisson, Hugo Hachebouisson (articles de presse) à rapprocher de Hugo Hackenbush, personnage de Groucho Marx dans Un jour aux courses, Les Pères d'Ubu-roi.
  • Zéphirin Hanvélo (avec Henri Salvador) Rapport du brigadier cycliste Zéphirin Hanvélo.
  • Onuphre Hirondelle (avec Henri Salvador).
  • Odile Legrillon pour Du nouveau dans les achats en viager.
  • Otto Link (jazz) et pour Silhouette du Hot-Club : Jean Berdin.
  • Gédéon Mauve pour Panégyrique du savant Cosinus.
  • Eugène Minoux pour présenter certains 45 tours, en particulier de Michel Legrand.
  • Gédéon Molle, Dr G. Molle, Professeur Gédéon Molle (jazz) (articles de presse) notamment Le jazz est dangereux.
  • Jack K. Netty pour présenter quatre pochettes de disque en 1956, est un clin d'œil à l'un de ses « patrons », Jacques Canetti, directeur artistique de Philips dont il est alors l'adjoint, avant un froid entre les deux hommes qui conduit Boris Vian à assumer en toute autonomie la direction artistique de Fontana, filiale créée en 1958 (33 tours 25 cm Philips no 76.089, entre autres disques). Dans la préface de Derrière la zizique, Georges Unglik relève que compte-tenu des dates, ce pseudonyme est nécessairement antérieur à ces tensions[270],[271].
  • Josèfe Pignerole, amateur de Jaze Bande (jazz) article sur Boris Vian (textes rassemblés par Claude Rameil) Écrits sur le Jazz et Lettre au père Noël.
  • Adolphe Schmürz (articles de presse) et pour Quand vos femmes se querellent.
  • Vernon Sinclair pour l'écriture de morceaux de rock parodique (avec Henri Salvador et Michel Legrand). Des historiens du rock'n roll français les considèrent comme les créateurs des quatre premiers morceaux de rock'n and roll français.
  • Lydio Sincrazi pour plusieurs textes de chansons sur un 45 tours Pathé 45 EA 130, Fredo Minablo, un disque produit par Fontana : texte signé Lydio Sincrazi, adapté par Boriso Viana (Boris Vian).
  • Vernon Sullivan (littéraire) (1946), le plus connu. En référence à Paul Vernon, musicien de l'orchestre Abadie et Joe Sullivan, pianiste de jazz dans une prise de position contre le racisme et la discrimination. J'irai cracher sur vos tombes, etc.
  • Anna Tof, Anna Tof de Raspail (articles de presse), anagramme de la maison de disque dont il est directeur artistique en 1958, pour présentation de disques (notamment le 45 tours chez Fontana no 460.574).
  • Claude Varnier (articles de presse) et pour Et dire qu'ils achètent des voitures neuves. Ce nom contient les lettres du nom de Vian, il est en outre signalé comme étant le pseudonyme existant d'un certain Claude Wargnier dans le Dictionnaire des pseudonymes de Henry Coston, Paris, Lecture françaises numéro spécial, 1965, p. 228. Nom passe-partout réservé à l'écriture alimentaire[265].

Œuvres[modifier | modifier le code]

« L'œuvre écrite de Boris Vian, de même que ses notes, ses ébauches, ses articles non publiés, ses correspondances, beaucoup de ses chansons, est rarement datée, ce qui complique la tâche de ses bibliographes depuis la redécouverte de l'auteur de L'Écume des jours au début des années 60 »[51]. Noël Arnaud, qui a passé des années à étudier ces œuvres s'en est approché au plus près dans Les Vies parallèles de Boris Vian (1981), mais aussi dans les préfaces et annotations revues lors de chaque publication et réédition. En particulier la date de la toute première œuvre écrite de Vian est caractéristique du travail « d'archéologue littéraire » fourni par les exégètes de l'auteur : Cent sonnets a été évaluée au plus large après un minutieux examen des manuscrits :

« À l'examen de l'écriture des manuscrits, nous sous sommes aventuré (…) à placer le commencement de la production [de Vian] en 1940 (peut-être 1939). Nous inclinait à cette datation le caractère encore un peu gauche, quasi puéril, de la graphie vianienne des six sonnets composant la section Le Ballot et surtout l'initial sonnet du cycle Le Lycée. Aujourd'hui nous serions moins affirmatifs [...](Noël Arnaud, 1981)[272]. »

Il s'avère finalement, après la première bibliographie attestée, celle de François Caradec (1960), que les Cents sonnets représentent bien l'œuvre inaugurale de l'auteur[273], mais leur écriture s'échelonne jusqu'en avril 1944, comme le montre la découverte du manuscrit daté des cinq derniers sonnets[274].

Boris Vian a écrit onze romans, quatre recueils de poèmes, plusieurs pièces de théâtre, des nouvelles, de nombreuses chroniques musicales (dans le magazine Jazz Hot), des scénarios de films, des centaines de chansons (notamment pour Magali Noël, Serge Reggiani et Juliette Gréco).

Sous son propre nom, il a écrit des romans fantastiques, poétiques et burlesques, les plus connus étant entre autres L'Écume des jours, L'Automne à Pékin, L'Arrache-cœur et L'Herbe rouge. Sous de nombreux pseudonymes il a également publié des romans américains et surtout de nombreux articles. Il est par ailleurs auteur de pièces de théâtre, de nouvelles (L'Oie bleue, La Brume, Les Fourmis…), de chansons, et fervent défenseur de la 'Pataphysique.

Ses chansons, très nombreuses, et dont la liste est difficile à établir, car toutes n'ont pas encore été publiées, ont été chantées notamment par Jacques Higelin, Joan Baez[275]. La plus célèbre est Le Déserteur, chanson antimilitariste composée à la fin de la guerre d'Indochine (soit le ), juste avant la guerre d'Algérie. Cette chanson fut censurée discrètement, mais le disque ne fut pas retiré de la vente. On laissa le stock s'écouler et on ne pressa pas de nouveaux exemplaires. Les modifications apportées par l'auteur au dernier quatrain litigieux, sur les conseils de Marcel Mouloudji n'ont donc eu aucun effet[156].

Dans sa deuxième version, la chanson, chantée par Richard Anthony et par Peter, Paul and Mary sous le titre The Pacifist[276], connut un vif succès dans les années 1960, mais Vian était déjà mort. En 1964, Peter, Paul and Mary l'ont interprété en concert, en français[277].

Les dates de publication, de création ou de représentation des œuvres de Boris Vian varient selon les sources et toutes ne sont pas définitives. Pour les écrits, la date de publication est donnée en premier, pour le théâtre ou le cinéma : soit la date de création soit celle de la publication. Mais les dates varient selon les sources ce qui oblige à inverser les deux méthodes.

Romans et recueils de nouvelles[modifier | modifier le code]

Romans parus sous son nom
Romans parus sous le pseudonyme de Vernon Sullivan
Roman parus à titre posthume
Roman inachevé
Recueils de nouvelles

Boris Vian a écrit une quarantaine de nouvelles, et même une soixantaine si l'on inclut la catégorie des chroniques romancées que Marc Lapprand a établie avec Gilbert Pestureau dans le cinquième volume des Œuvres complètes en 2001 aux éditions Fayard. Cette production exceptionnelle ne peut être comparée qu'avec un seul écrivain de sa génération : Daniel Boulanger (1922)[278]. Gilbert Pestureau a souvent rapproché les nouvelles de Vian des compositions de jazz parce que « la première phrase musicale annonce le thème[279] » et que la nouvelle est un texte court, solidement chevillé, mais qui laisse une place à une touche d'improvisation ou d'inattendu[280]. Le classement est d'autant plus difficile qu'elles ont changé de recueil et les recueils ont changé de titre. Par exemple Les Fourmis sont le titre choisi en 1949 pour éditer aux éditions du Scorpion Les Lurettes fourrées qui parurent finalement en chapeau de l'édition posthume de L'Herbe rouge chez Jean-Jacques Pauvert en 1962 (Le Rappel, les Pompiers, Le Retraité) selon le choix de François Caradec[281].

Théâtre et opéra[modifier | modifier le code]

Poésies[modifier | modifier le code]

« Quand même, décidez-vous : Daniel Rops ou Stendhal. Et ne protestez pas contre Char si Char fait mieux sa publicité que vous[293] »

Essais[modifier | modifier le code]

Chansons[modifier | modifier le code]

Les chansons de Boris Vian sont désormais étudiées dans les écoles. Un dossier du CNDP, avec bibliographie, est disponible en ligne[296]. On trouve une grande partie des chansons de Boris Vian dans le recueil Boris Vian 83 Chansons et Poèmes P/V/G[297]. Mais l'inventaire intégral de ses chansons n'est pas encore terminé, bien que l'on ait déjà rassemblé 484 chansons et thèmes musicaux[298]. Une liste complète offrirait pour le moment 535 titres et 1 111 thèmes musicaux selon le site Liste complète des chansons et poèmes chantés[299].

« - C'est ce que je pensais, dit-il. C'est mon copain Ganard. C'était toujours lui qui faisait le Bon Dieu quand on jouait une pièce à l'école ou quand on était en récréation - C'est bien cela dit l'abbé Grille. Ganard, qui l'aurait cru, n'est-ce pas ? C'était un cancre. Un cancre Ganard. Le Bon Dieu. Qui l'aurait cru ? »[300]

Entre autres :

Rock français[modifier | modifier le code]

Selon Gilles Verlant, Boris Vian est, aux côtés de Henri Salvador, l'un des initiateurs du rock français dans les années 1950[306], alors qu'il détestait le rock (il trouvait les mélodies et textes rock simplistes). Il a écrit et adapté des tubes rock pour s'en moquer[307].

Les quatre premiers rocks en français, selon Gilles Verlant, furent écrits par Boris Vian sur des musiques de Michel Legrand pour Henri Salvador en 1956 : Rock and Roll Mops, Va te faire cuire un œuf, Dis-moi que tu m'aimes et Rock Hoquet chantés par Henri sous le nom de Henry Cording[307].

Citons aussi Rock-feller', Fais-moi mal Johnny pour Magali Noël, D'où viens-tu Billy Boy pour Danyel Gérard. Toujours selon Gilles Verlant, Boris Vian aurait inventé le terme « tube » (chanson à succès) qu'on surnommait auparavant « saucisson »[307].

Traductions[modifier | modifier le code]

Amoureux de la culture américaine, et souvent poussé par la nécessité, Vian a traduit en français divers textes américains, en particulier des romans noirs et des romans de science-fiction :

Lfut bouyeure et les filuants toves
Gyrèrent et bilbèrent dans le loirbe [...]
Tout smouales étaient les borogoves
Et les dcheux verssins hurliffloumèrent [...][308]

Journalisme recueils d'articles[modifier | modifier le code]

Boris Vian, qui qualifiait les journalistes de « pisse-copie », était lui-même un mercenaire de la plume, notamment pour des revues telles que Constellation. En tant que critique musical, il a livré des articles à Jazz Hot, de 1946 à 1958, à Combat[138], et au Canard enchaîné[201], à la revue Les Temps modernes, no 9 à 13, et 108 à 111. Plusieurs textes des écrits sur le jazz, ou des chroniques de presse ont été réunis en recueils. Claude Rameil rappelle que la collaboration de Boris Vian à Jazz hot fut toujours bénévole[309], et que Boris avait lui-même l'intention de réunir tous ses articles de jazz en un seul volume sous le titre Tout le jazz[310]. Les notes préparatoires qu'il a rédigées ont été rassemblées dans Écrits sur le jazz, chapitre les Inédits par Claude Rameil et la cohérie Boris Vian[311]. Plus tard, Henri Salvador a confié à Noël Arnaud « [Boris], il était amoureux du jazz, ne vivait que pour le jazz, n'entendait, ne s'exprimait qu'en jazz »[312].

Filmographie[modifier | modifier le code]

Scénariste[modifier | modifier le code]

Acteur[modifier | modifier le code]

Adaptations au cinéma[modifier | modifier le code]

De ses œuvres[modifier | modifier le code]

De sa vie[modifier | modifier le code]

Documentaire[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article ouvrages consultés pour les sources.

Ouvrages de référence

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. a et b Le pianocktail, mot-valise créé par Vian et inspiré par l'orgue à bouche de Huysmans (dans À rebours) est un piano qui produit de la musique (de jazz) et des mélanges alcoolisés. Il unit ainsi, par une fausse synesthésie artistique, deux plaisirs sensuels, l’ivresse de l’alcool (gustatif) et celle de la musique (auditif) ; son invention est attribuée à Colin dans L'Écume des jours.
  2. Voir l'hommage rendu au piano cocktail.
  3. Les Vies parallèles de Boris Vian, 1981, p.426.
  4. Les spéculations autour de l'origine de ce nom sont assez nombreuses. Elles invitent à la prudence. Parmi celles-ci , un site indique qu'il pourrait provenir d'une modification phonétique de « Vivien » qui aboutirait à Vivian puis au diminutif Vian comme l'indique ce site Vian, Vivien, Vivian, d'autres sites généalogiques voient dans le nom Viana, une origine basque : basque , ou encore se rapprochent de l' analyse de Philippe Boggio, en situant le nom Viana dans la région de Nice (06), tout en y voyant une origine portugaise : Viana:
  5. À la suite de Noël Arnaud dont le texte mentionnait Jeanne Brousse comme la riche héritière d'un groupe de papeteries : « Brousse-Navarre », cette donnée a été reprise par plusieurs biographes. . Il existe bien une papeterie Navarre créée ultérieurement, mais il est impossible de trouver les papeteries Brousse sur internet où ne sont mentionnées que les papeteries Navarre. Les papeteries Brousse, dont Jeanne sera l'héritière à la mort de ses parents, apparaissent dans le livre de Nicole Bertolt D'où viens-tu Boris, 2012, éditions Le Cherche midi, 199 pages, p. 17
  6. L'extrait du registre des actes de naissance du bureau d'état-civil de Versailles contient une inexactitude soulignée par Noël Arnaud « Que les bureaux de l'état civil de Versailles nous pardonnent, mais ce document officiel contient une inexactitude: à la naissance de Boris, Paul é à Paris dans le 3e arrondissement le 4 décembre 1897, n'est pas fabricant de bronzes d'art. Mieux encore, à aucun moment de son existence Paul Vian n'exerça la profession de fabricant de bronze d'art. Les vies parallèles de Boris Vian, Noël Arnaud,p.13 »
  7. Claire Julliard; p. 13, indique qu'Yvonne Ravenez est la fille de Louis-Paul Woldemar. Les spéculations autour de ce patronyme invitent à la prudence. Un site généalogique présente Louis Paul Woldemar né en 1948 ainsi qu'une Yvonne Woldemar-Ravenez Woldemar patronyme, un autre présente Louis-Paul Ravenez sans mentionner Woldemar Ravenez sans Woldemar, un autre présente Woldemar comme l'un des 3 prénoms du patronyme Ravenez Paul Louis Woldemar Ravenez, enfin ici Paul Louis Woldemar Ravenez est mentionné comme chevalier de la Légion d'honneur (voir également Famille Ravenez)
  8. Les Vian habitent le chalet du haut "Le Costil" situé dans la vallée du Hubiland[23]
  9. C'est bien le terme trumeaux et non triplé qu'emploie la mère pour désigner ses enfants dans l'Arrache-cœur.
  10. Le « Piston » est un élève de l’École centrale, dans l’argot de cette école d’ingénieurs.
  11. Éditions Horay,1978, Paris, 221 pages, (ISBN 978-2705800758)
  12. À qui il s'adressera ultérieurement sans succès pour publication de sa Lettre ouverte à Monsieur Paul Faber, Conseiller municipal pour défendre l'antimilitarisme du Déserteur : cette lettre ne fut publiée qu'à titre posthume ; voir Arnaud 1998, p. 505 et (le texte de la lettre).
  13. Le projet de biographie de Philippe Boggio a été soutenu par Ursula Kübler qui l'a aidé dans ses recherches d'archives, par les témoignages apportés par Michelle Vian, Ninon Vian, Alain Vian, Patrick Vian, par la Fondation Boris Vian présidée par d'Déé, animée par Nicole Bertholt, lui a ouvert ses archives cité Véron. Tout comme Antoine Gallimard a ouvert les archives Gallimard sur Boris Vian, notamment la correspondance de l'écrivain avec Gaston Gallimard. (La Fondation Boris Vian porte désormais le nom officiel de « Cohérie Boris Vian »)
  14. Même après la mort de Boris, Queneau sera encore appelé à témoigner dans un autre scandale déclenché cette fois par Boris Vian à l'école provoqué par une adaptation théâtrale de L'Arrache-cœur, Marc Lapprand, p. 161
  15. Le Cycle du Ā se compose de plusieurs titres dont Le Monde des Ā, Les Joueurs du Ā, La Fin du Ā.
  16. Un ancien de l'École centrale.
  17. Juif, batteur de l'orchestre Claude Abadie, qui affirme qu'il ne fut pas arrêté parce qu'il était musicien selon Gérard Régnier, Jazz et société sous l'occupation, p. 168.
  18. La marque Richard-Brasier a vécu de 1897 à 1930, Lapprand, p. 30
  19. La photo de la couverture originale de ce disque reste introuvable. On trouve seulement une reproduction Chansons possibles et impossibles, Boris avec la Brasier
  20. Contient la sténographie, imaginaire, du procès de B. Vian devant la 17e Chambre du Tribunal correctionnel de la Seine, 1950, ainsi que le texte de la pièce de B. Vian et celui du scénario de B. Vian et Jacques Dopagne pour le film tiré du roman de B. Vian, Notice BnF no FRBNF35440722t ; réédition 2006 (ISBN 2267018446 et 9782267018448).
  21. Le brevet concerne une roue élastique à géométrie variable destinée à reduire le risque de crevaison: Il s'agit du seul brevet enregistré dans les archives de l'INPI sous le nom de Boris Vian
  22. José de Zamora 1889 - Sitges, 1971 était un dessinateur de mode espagnol qui fit ses études avec Paul Poiret aux arts décoratifs de Paris. Il était homosexuel, ce qui explique peut-être la féminisation de son nom. Il a écrit quatre nouvelles publiées en 2012 sous le titre (traduction approximative) : Princesses sorcières et autres récits érotiques.
  23. À ne pas confondre avec la Série blême, collection de romans policiers créée par Marcel Duhamel.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d et e Clergeat et al, p. 1 300.
  2. a et b Boggio 1995, p. 7
  3. Julliard, p. 13
  4. Nicole Bertolt, D'où viens-tu Boris", Le Cherche midi, 20 septembre 2012, 199 pages, p. 10, 21, 37 (ISBN 978-2749126241)
  5. "Villa Arnaga"visite virtuelle
  6. Julliard, p. 14
  7. Boggio 1995, p. 8
  8. Julliard, p. 15
  9. Boggio 1995, p. 9
  10. Julliard, p. 9
  11. a et b Boggio 1995, p. 10
  12. Boris VIAN à Ville d’Avray et Paris
  13. Julliard, p. 16
  14. Noël Arnaud, Le Magazine littéraire no 182 du 18 mars 1982 reproduit sur le site de Laurent Cousinne
  15. a et b Boggio 1995, p. 11
  16. Boggio, p. 12
  17. Noël Arnaud 1998, p. 13.
  18. a et b Boggio 1995, p. 13
  19. Boggio 1995, p. 12-13.
  20. Boggio 1995, p. 14
  21. a et b Noël Arnaud 1998, p. 14
  22. Noël Arnaud 1998, p. 15-16.
  23. Urville-Nacqueville, histoire de la commune
  24. L'arrache-cœur cité par Boggio 1995, p. 16
  25. L'Herbe rouge, chapitre XVI, cité par Boggio 1995, p. 17
  26. Julliard, p. 31
  27. Julliard, p. 32
  28. a et b Julliard, p. 135
  29. ce sont bien des trumeaux tels que les définit la mère dans le livre
  30. a, b et c Richaud, p. 26
  31. a et b Boggio 1995, p. 19
  32. a et b Berman, p. 605
  33. Richaud, p. 31
  34. Julliard, p. 55
  35. Boggio 1995, p. 45
  36. Julliard, p. 56
  37. Brigitte Alter, Brochure Capbreton Guide du Patrimoine : Là où je vous emmènerai, Capbreton, ville de Capbreton, , 28 p.
  38. Vian Rameil, p. 411 publié dans Jazz News no 11 de juin 1950
  39. Richaud, p. 48
  40. Richaud, p. 49
  41. Noël Arnaud 1998, p. 35
  42. Julliard, p. 40
  43. Richaud, p. 42
  44. Valère-Marie Marchand,, Boris Vian, le sourire créateur, Paris, Éditions de l'Archipel, (ISBN 978-2-3590-5000-4), p. 60
  45. a, b et c Noël Arnaud 1998, p. 36
  46. Arnaud 1966, p. 83
  47. Boggio 1995, p. 61
  48. Richaud, p. 43
  49. a et b Richaud, p. 38
  50. Richaud, p. 39
  51. a, b et c Boggio 1995, p. 73.
  52. Julliard, p. 59
  53. a et b Boggio 1995, p. 74.
  54. Noël Arnaud 1998, p. 65
  55. a et b Noël Arnaud 1998, p. 66
  56. Noël Arnaud 1998, p. 67
  57. Noël Arnaud 1998, p. 68
  58. Boggio 1995, p. 76.
  59. Julliard, p. 58
  60. Arnaud 2006, p. 486
  61. Vian Arnaud, p. 132
  62. Vercoquin et le Plancton, p. 47-48 cité par Boggio 1995, p. 53
  63. Boggio 1995, p. 57
  64. Richaud, p. 51
  65. a et b Boggio 1995, p. 85
  66. a et b Julliard, p. 89
  67. a et b Richaud, p. 54
  68. Richaud, p. 78
  69. Boggio 1995, p. 175
  70. Boggio 1995, p. 224
  71. Richaud, p. 80
  72. a, b et c Freriks et al, p. 62
  73. Clergeat et al, p. 96
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  75. Manuel de Saint-Germain-des-Prés, 1974, éditions du Chêne, p. 223
  76. Vian Arnaud, p. 119 à 135
  77. Clergeat et al, p. 1229
  78. Boggio 1995, p. 110
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  80. a et b Richaud, p. 55
  81. Richaud, p. 57
  82. Richaud, p. 58
  83. a et b Boggio 1995, p. 123
  84. Herbert R. Lottman 1978, p. 301
  85. Todd 1996, p. 340
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  89. Boggio 1995, p. 183
  90. Julliard, p. 117
  91. a, b et c Noël Arnaud 1998, p. 169
  92. a et b Boggio 1995, p. 155
  93. 1946 BNF peintures de Vian
  94. Boggio 1995, p. 156
  95. Guide bleu Paris, mars 1988, p. 521 (ISBN 2-01-011485-X)
  96. Passez vos vacances à Cannes cet été
  97. Lapprand 2006, p. 181
  98. deux tableaux de Boris Vian
  99. Richaud, p. 65
  100. Richaud, p. 66
  101. Vernon
  102. Boggio 1995, p. 167
  103. Julliard 2007, p. 128
  104. a, b, c, d, e, f et g Lapprand 2006, p. 125
  105. Richaud, p. 70
  106. Boggio 1995, p. 193
  107. Boggio 1995, p. 198
  108. Richaud, p. 72
  109. a et b Boggio 1995, p. 202
  110. a, b et c Lapprand 2006, p. 160
  111. Arnaud 1974, p. 93.
  112. Après le meurtre d'Anne-Marie Masson Boris Vian nous dit Point de vue, page 19, . Archives Cohérie Boris Vian, cliché Michel Urtado
  113. a et b Richaud, p. 75
  114. Vian,d'Déé,Gonzalo 2003, p. 195.
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  119. Arnaud 2006, p. 133
  120. Noël Arnaud 1998, p. 158
  121. Julliard, p. 193
  122. Arnaud 2006, p. 104.
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  124. Vian,D'Déé Gonzalo 2003, p. 199-228.
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  189. extrait des archives de la Fondation Boris Vian, crée en 1981 par Ursula Vian-Kübler et D'dée, pour succéder à la Fond'action les amis de Boris Vian de 1961, qui porte aujourd'hui le nom Cohérie Boris Vian Boggio 1995, p. 394
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  192. voir la petite boutique d'Alain Vian
  193. Valère-Marie Marchand 2009, p. 351
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  208. Tombe de Boris Vian, Ville-d'Avray
  209. Philippe Landru, VIAN Boris (1920-1959). Cimetière de Ville d’Avray, 25 février 2008, sur le site landrucimetieres.fr
  210. Berman, p. 606
  211. étude scolaire du Déserteur
  212. présentation des œuvres complètes de Vian et quelques citations
  213. Bertolt Vian Prévert, p. 99
  214. voir le sommaire complet
  215. L'exposition à la BnF à découvrir sur L'Intermède.com
  216. Jean-Louis Trintignant lit Prévert, Vian et Desnos
  217. Sic Productions
  218. [1]
  219. cavatine et rondo jouent Vian
  220. Petits spectacles de Boris Vian
  221. Boggio 1995, p. 411
  222. texte de Serge Gainsbourg dans le numéro spécial de la revue L'Arc no 90 consacré à Boris Vian en 1984
  223. a et b d'Albert Labbouz et Patrick Winzelle
  224. voir sur Wikisource
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  230. Noël Arnaud 1998, p. 463
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  270. Boris Vian, Georges Unglik 1998, p. 2-4
  271. Unglik 2003, p. 276
  272. Vian Arnaud 2010, p. 5
  273. Vian Arnaud 2010, p. 6
  274. Vian Arnaud 2010, p. 14
  275. liste des chansons et poèmes chantés de Boris Vian
  276. voir le texte de la version anglaise
  277. In Concert (Peter, Paul and Mary album) (en)
  278. Lapprand 2006, p. 116
  279. Gilbert Pestureau, volume V des Œuvres complètes, p. 206, cité par Marc Lapprand
  280. Lapprand 2006, p. 117
  281. Lapprand 2006, p. 115
  282. Vian,D'Déé,Gonzalo 2003, p. 195-354.
  283. Vian,D'Déé,Gonzalo 2003, p. 395.
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  285. Boggio 1995, p. 367
  286. Noël Arnaud 1998, p. 501
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  288. Noël Arnaud 1998, p. 508
  289. a et b Boggio 1995, p. 463
  290. a et b Noël Arnaud 1998, p. 498
  291. Vian,D'Déé,Malina 2003, p. 359.
  292. Le Chasseur français 1975
  293. Tex Tentative de brouillage de cartes adressé à Raymond Guérin qui avait fustigé les critiques littéraires moutons de Panurge Vian Arnaud 2013, p. 499
  294. Introduction de Noël Arnaud, au Manuel de Saint-Germain-des-Prés, édition de 1974, éditions du chêne, p. 5 (ISBN 2-85-108-010-5), p. 5
  295. Boggio 1995, p. 373
  296. dossier chansons de Boris Vian du CNDP
  297. Éditions Capte Note (juin 2009)
  298. Christian Bourgois éditeur, 2005, réédition 2007, 756 pages, réédition en Le Livre de poche-Hachette
  299. a et b Liste complète provisoire
  300. L'Herbe rouge OC 4, p.96 Lapprand 2006, p. 43
  301. Le Déserteur
  302. lire les paroles
  303. Notice sur La Bande à Bonnot sur le site des archives du spectacle.
  304. Jean Lebrun, Philippe Pelletier, Les anarchistes : le moment terroriste, et après ?, France Inter, 26 novembre 2015 (écouter en ligne).
  305. Histoire des arts, La Complainte du progrès de Boris Vian
  306. [3] Boris Vian et le Rock and Roll
  307. a, b et c Émission La Scandaleuse Histoire du rock du 22 juin 2011 sur France Bleu
  308. Cité d'après l'anthologie Les 20 meilleurs récits de science-fiction, choisis et présentés par Hubert Juin, Marabout, 1964, p. 410.
  309. Vian Rameil 2006, p. 13
  310. Vian Rameil 2006, p. 9
  311. Vian Rameil 2006, p. 618-648
  312. Noël Arnaud cité par Vian Rameil 2006, p. 7
  313. Vian Rameil 2006, p. 7
  314. ouvrage sur Worldcat 1985
  315. 15 tomes

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