Plan Marshall

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Carte de l'Europe pendant la Guerre froide montrant les pays ayant reçu l'aide du plan Marshall.

Le plan Marshall (après son élaboration, il fut officiellement appelé « Programme de rétablissement européen », en anglais European Recovery Program : ERP) était un plan américain pour aider la reconstruction de l'Europe après la Seconde Guerre mondiale.

L'administration Truman le préféra au plan Morgenthau qui prévoyait de faire payer les réparations par l'Allemagne. En effet, plusieurs experts se souvenaient des effets désastreux d'une telle politique après la Première Guerre mondiale : la question des réparations allemandes avait en partie déclenché une hyperinflation, entravé la reprise économique et facilité la prise du pouvoir par les nazis. L'initiative fut baptisée, par les journalistes, du nom du Secrétaire d'État des États-Unis, le général George Marshall, qui, lors d'un discours à l'Université Harvard () exposa la volonté du gouvernement des États-Unis de contribuer au rétablissement de l'Europe.

Histoire[modifier | modifier le code]

George Marshall, alors qu'il est Secrétaire d'État des États-Unis.

Jusqu'en 1947 la politique des vainqueurs consistait à réduire les capacités productives de l'Allemagne, politique qui empêchait la reprise européenne. Conseillé par le général Marshall et d'autres personnalités officielles ou non, le Président Harry Truman modifia la politique américaine. Le Plan fut présenté une première fois par le secrétaire d'état James F. Byrnes au cours d'un discours tenu à Stuttgart le . De plus, le général Lucius D. Clay avait demandé au patron d'industrie Lewis H. Brown de dresser un bilan de la situation économique en Allemagne et d'évaluer les besoins de la reconstruction.

Le plan final est annoncé par Marshall le à Harvard. Au Congrès, l'aile républicaine qui prône une politique isolationniste critique un plan qui décide de dépenses massives à l'étranger mais cette opposition s'efface quand l'URSS intervient en Tchécoslovaquie en février 1948. Truman signe le plan Marshall le . Sur le plan économique Charles Kindleberger en fut un architecte clé[1]. Les États-Unis demandent aux États européens de s'accorder entre eux au sein de l'OECE pour établir un plan de reconstruction. L'Administration de Coopération Économique (ECA) est chargée d'examiner les projets de reconstruction en vue d'accorder l'aide. Du côté soviétique, le Comecon ou CAEM est créé.

Entre 1947 et 1951, les États-Unis consacrent plus de treize milliards de dollars de l'époque (dont onze milliards en dons) au rétablissement de 16 pays européens en réponse à l'Organisation européenne de coopération économique (OECE, aujourd'hui l'OCDE). Le montant total de l'aide correspondrait à entre 130 milliards et 230 milliards de dollars en 2012[2], soit environ 4 % du PNB pendant cinq ans.

Les Américains ont ainsi contribué à la coopération européenne[3], prélude à la construction européenne (Voir CEE).

Le mécanisme retenu consistait pour les États-Unis à fournir un crédit à un État européen. Ce crédit servait à payer des importations en provenance des États-Unis. L'État européen bénéficiaire encaissait, en monnaie locale, le produit des ventes de ces importations sur son marché national, ainsi que les droits de douanes afférents. Parallèlement cet État devait octroyer à des agents économiques nationaux (entreprises ou administrations) des crédits destinés à des investissements d'un montant deux fois supérieur au crédit qu'il avait lui-même reçu. L'État bénéficiaire devait en outre faire la preuve qu'il autofinançait sa part, sans recourir à la création monétaire. Par ce montage, les États-Unis encourageaient un effort significatif d'équipement et d'épargne en Europe.

La reconstruction européenne, relativement rapide, fut largement stimulée par l'aide américaine, tandis que l'économie américaine évita ainsi la récession à cause d'une surproduction massive qu'aurait pu entraîner la cessation des hostilités[réf. nécessaire].

Le plan Marshall a été rejeté par l'Union soviétique et les pays du futur bloc de l'Est. En effet, Staline craignait que le plan Marshall ne serve à conquérir le glacis de sécurité de l'URSS. L'URSS exerce en conséquence des pressions contre les pays qu'elle occupe et qui avaient montré leur intérêt. L'insistance des États-Unis concernant la libéralisation économique des pays bénéficiant du plan a certainement joué un rôle aussi, le libre-marché étant incompatible avec une économie dirigée. Comme le précise la doctrine Jdanov, chaque État était amené à « choisir son camp ». L'année 1947 est par cet aspect considérée comme le début de la Guerre froide. En 1949 commence le Comecon liant les pays de l'Europe de l'Est.

Une première aide financière parvint en Grèce et en Turquie en janvier 1947. Seize pays ont accepté l'aide financière, plus l'Allemagne de l'Ouest à partir de 1949[3].

Entre 1948 et 1951, le PNB de l’Europe de l’Ouest a fait un bond de 32 % (passant de 120 à 159 milliards de dollars) ; la production agricole a augmenté de 11 % et la production industrielle d'environ 40 %[4].

Motivations[modifier | modifier le code]

Enfants allemands dans l'île de Usedom en 1946
Panneau indiquant l'aide du Plan Marshall à Recklinghausen en 1953
Médaille Commémorative 1982 du Plan Marshall

On trouve plusieurs types de motivation :

  • L'Europe est à reconstruire. Ses infrastructures ont beaucoup souffert. L'appareil productif a été partiellement détruit ou surexploité et mal entretenu pendant les hostilités.
    On meurt de froid et on ne mange pas à sa faim en Allemagne, les barrières économiques et les restrictions de commerce avec ce pays forcent ses partenaires commerciaux habituels à détruire des surplus agricoles. Il faut donc rétablir des circuits normaux et éviter que l'investissement ne soit sacrifié à l'urgence d'alimenter les populations.
  • Il s'agit aussi de trouver des débouchés pour les produits américains. Les États-Unis ont connu pendant la guerre une forte croissance liée à l'industrie de guerre et la question à l'étude depuis 1941 à Washington est de savoir comment maintenir le plein emploi après la guerre. La solution mise en place sera, via le plan Marshall de trouver des débouchés à l'étranger financés par des prêts remboursables en dollars. Ces prêts sont émis via la banque mondiale et contrôlés via le FMI (accords de Bretton Woods). La particularité de ces deux institutions est que les États-Unis sont seuls à y avoir un droit de veto, ce qui leur permet de dicter leurs conditions, en particulier, d'obliger les pays européens ruinés à accepter que des conditions soient liées aux prêts du FMI. L'une des conditions de l'époque était que les dettes contractées par le pays recevant cette aide ne soient plus émises dans la monnaie du pays mais en or ou son équivalent en dollars dont le prix était de 34 $ l'once d'or. Ces prêts en dollars sont la garantie pour les États-Unis de ne pas avoir de perte de valeur si les pays emprunteurs dévaluent ; d'autre part les dollars dépensés pour acheter des produits autres qu'américains finiront toujours par revenir aux États-Unis pour acheter des biens américains[5].
  • Enfin la doctrine Marshall matérialise la crainte des Américains que les institutions démocratiques occidentales ne s'effondrent au profit de l'URSS communiste. Par l'aide financière, les États-Unis cherchent à prévenir l'accession au pouvoir des partis communistes en Europe de l'Ouest. Les Américains estiment que la pauvreté de l'Europe, qui fait le lit du discours communiste, doit être résolue.

Contexte : le bilan de la Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Plan Marshall à Berlin-Ouest

En 1945, une grande partie du continent européen est ravagée par la guerre : les nazis ont pillé les ressources de la France, de la Scandinavie et de l'Europe de l'Est. Les bombardements ont réduit en cendres de nombreuses villes allemandes (Dresde, Cologne, Berlin…) ou polonaises (Varsovie). Londres a subi la guerre aérienne à outrance et des centaines de milliers de logements ont été détruits. En France, on ne compte plus les villes martyres (Le Havre, Brest…). Une grande partie des canaux, des infrastructures portuaires, des ponts, des voies ferrées sont hors d'usage. De nombreux civils sont sans-abri.

La situation des États-Unis est différente : le territoire américain n'a pas subi de dommages (à part l'attaque de Pearl Harbor). L'agriculture, les réserves d'or et les infrastructures industrielles de ce pays ne sont pas affectées et le pays avait vendu du matériel militaire dans le cadre du « cash and carry», notamment à la France au début du conflit, ce qui contribua au relèvement économique des États-Unis.

L'endiguement (doctrine Truman)[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Doctrine Truman.

Selon le gouvernement américain de l'époque, la situation dramatique dans laquelle étaient les Européens, aggravée par les hivers froids, constituaient le terreau favorable à l'implantation du communisme. Les partis communistes italien et français remportaient en effet des succès électoraux. La doctrine du président Harry Truman est fondée sur l'endiguement (containment) du communisme déjà fortement implanté par la force des armées soviétiques en Europe orientale.

Dépenses générales[modifier | modifier le code]

Le Plan Marshall: Aide par pays et par secteurs

Assistance économique, du au (en millions de dollars de l'époque).

Pays Total Dons Prêts
Total pour tous les pays $13 325,8 $11 820,7 $1 505,1
Autriche 677,8 677,8 --
Belgique-Luxembourg 559,3 491,3 68,0a
Danemark 273,0 239,7 33,3
France 2 713,6 2 488,0 225,6
Allemagne, (RFA) 1 390,6 1 173,7 216,9b
Grèce 706,7 706,7 --
Islande 29,3 24,0 5,3
Irlande 147,5 19,3 128,2
Italie (incluant Trieste) 1 508,8 1 413,2 95,6
Pays-Bas (*Indonésie)c 1 083,5 916,8 166,7
Norvège 255,3 216,1 39,2
Portugal 51,2 15,1 36,1
Suède 107,3 86,9 20,4
Turquie 225,1 140,1 85,0
Royaume-Uni 3 189,8 2 805 384,8
Régional 407,0d 407,0d --

Notes :

  • a. Le total du prêt inclut 65 millions pour la Belgique et 3 millions pour le Luxembourg : le détail de concession entre les deux pays ne peut pas être identifié.
  • b. Inclut un prêt initial de 16,9 millions, plus 200 millions représentant une part partagée proportionnellement des concessions converties en prêts aux termes d'un accord signé le .
  • c. Aides du plan Marshall aux Indes néerlandaises (Indonésie) prolongées aux Pays-Bas avant le transfert de souveraineté du 30 décembre, 1949. Les aides totales pour les Indes néerlandaises sont de :
    Total : 101,4 millions, concessions 84,2 millions, prêts 17,2 millions.
  • d. Inclut la contribution des États-Unis au fonds permanent social européen des syndicats (EPU), 361,4 millions; Compte de fret général, 33,5 millions; autorisations européennes d'assistance technique (multi-pays ou régional), 12,1 millions.

De 1948 et 1951, l'aide américaine s'est élevée à 13 milliards de dollars au total, c'est-à-dire 1,2 % du PNB des États-Unis[3]. Elle a permis à l'Europe occidentale de ne pas s'effondrer et à l'économie américaine de rester prospère[3]. En France, Jean Monnet, premier Commissaire au Plan, avait commandé des produits américains (pétrole, nourriture, machines outils), réglés par les États-Unis, puis avait stocké la contre-valeur en francs, que l'inflation avait grignotés. Dans les années 1960, 20 % de la somme prêtée a été remboursée et le solde considéré comme un don.

Critiques[modifier | modifier le code]

Dès les années de mise en œuvre du plan Marshall, des économistes libéraux dits « classiques » en dressent la critique : la subvention américaine des économies occidentales pourrait prévenir les réformes nécessaires telles que l'arrêt de la planification centralisée et la restauration du libre-marché. Parmi ces critiques, on trouve Ludwig von Mises ou Wilhelm Röpke.

Les critiques des années 1980 précisent que la croissance de nombreux pays européens avait été rétablie bien avant l'arrivée à grande échelle de l'aide provenant des États-Unis, et était même rapide chez certains destinataires[réf. nécessaire]. Tandis que le plan Marshall soulagea les premières difficultés et le rétablissement des secteurs principaux[réf. nécessaire], la croissance d'après-guerre était en grande partie un processus indépendant[réf. nécessaire]. La première personne à argumenter de la sorte fut l'historien de l'économie Alan S. Milward[réf. nécessaire]. Les socialistes européens affirmèrent qu'un montant équivalent d'argent consacré à la reconstruction aurait pu être obtenu en nationalisant les possessions de riches Européens ayant déposé leur argent dans les banques des États-Unis pendant la Seconde Guerre mondiale[réf. nécessaire].

La conception du Plan Marshall comme aide américaine est remise en cause par certains travaux d'historiographie récents. Le géopoliticien français Bruno Colson voit ainsi dans le plan Marshall une subvention à l'exportation des produits américains.

Divers[modifier | modifier le code]

Le Plan Marshall dont le lancement a été contemporain de l'ISO (Organisation Internationale de Normalisation) en 1945 a fortement encouragé la standardisation industrielle et la diffusion d'un modèle homogène de développement industriel et commercial.

Al Gore, juste avant d'accéder à la vice-présidence des États-Unis, écrivit en 1992 un livre intitulé "Sauver la planète Terre, l'esprit humain et l'écologie", dans lequel il reprend l'expression "Plan Marshall" dans une proposition élaborée afin de lutter contre les problèmes écologiques de la fin du XXe et début du XXIe siècles.

En 2005, la Région wallonne a nommé son plan de redressement économique : « actions prioritaires pour l’avenir de la Wallonie », mais il est plus connu sous le nom de « plan Marshall pour la Wallonie »[6]. À la différence du plan de l'après-guerre, qui consistait à injecter de l'argent extérieur, le plan wallon traduit la volonté d'impulser de l'intérieur un rebond rapide par l'exécution de mesures fortes.

Cette action pourrait avoir valeur d'exemple. En effet, le mécanisme visait à faire converger les intérêts et les modes de développement de 2 ensembles dont les échanges étaient structurellement déséquilibrés, en créant une écluse, pour éviter une concurrence destructrice et créer un cercle vertueux. Or la question se pose maintenant de manière analogue dans les rapports entre les pays émergents et les vieux pays industriels.

Deux plaques (l'une en français, l'autre en anglais) commémorant le 50e anniversaire du Plan Marshall ont été apposées par The American Club of Paris le au niveau du 258 rue de Rivoli à Paris (8e).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Charles P. Kindleberger - The Tech, 9 juillet 2003
  2. Selon le site universitaire Measuringworth, 13 milliards de dollars de 1947 correspondent à 134 milliards de dollars de 2012 si on tient compte de l'évolution des prix ; 227 milliards de dollars de 2012 si on tient compte de l'évolution des salaires ; et aux alentours de 200 milliards de dollars de 2012 si on envisage la capacité d'investissement de la somme.
  3. a, b, c et d Bernard Vincent (dir.), Histoire des États-Unis, Paris, Champs Flammarion, 1997 (ISBN 2080813765), p. 229
  4. « Il y a 60 ans, le plan Marshall » - Échos des USA, no 8, mars-avril 2007, p. 7 [PDF] (voir archive)
  5. (en) Michael Hudson, Super Imperialism : The Origin and Fundamentals of U.S. World Dominance, Pluto Press, 2003 (ISBN 978-0-7453-1989-6), p. 140
  6. Site officiel du plan Marshall pour la Wallonie

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]