Appel du 18 Juin

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Plaque commémorative à Vienne (Isère) avec le texte de l'appel du 18 Juin.

L'appel du 18 Juin[a] est le premier discours prononcé par le général de Gaulle[1] à la radio de Londres, sur les ondes de la BBC, le . Ce texte est un appel aux armes où de Gaulle incite à ne pas cesser le combat contre le Troisième Reich et où il prédit la mondialisation de la guerre.

Ce discours — très peu entendu sur le moment, mais publié dans la presse française le lendemain et diffusé par des radios étrangères — est considéré comme le texte fondateur de la Résistance française, dont il demeure le symbole.

La version sonore de ce discours, que l'on peut encore écouter de nos jours, est celle de l'appel du puisque l'appel du 18 Juin n'a pas été enregistré.

Historique[modifier | modifier le code]

De Gaulle arrive à Londres le avec l'intention de négocier avec les Britanniques, alliés de la France, la poursuite de la guerre, après avoir exposé son plan à Paul Reynaud[2]. Il rencontre le Premier ministre britannique, Winston Churchill, dans l'après-midi[3]. De Gaulle expose son projet de maintenir la France dans le combat même en cas de fin des combats décidée par le gouvernement installé à Bordeaux. Il émet le souhait de pouvoir s'exprimer à la radio dès que la nouvelle de la demande d'armistice tombera[4]. Churchill donne son accord de principe et met à disposition la BBC[4]. À l’époque, la BBC émet en grandes ondes sur 1 500 m de longueur d'onde et en petites ondes sur 265 m[5]. Elle a un rayonnement international qui lui permet de diffuser en Europe, et donc en France[5]. En grandes ondes, la radio du Luxembourg et celle de Londres figurent parmi le peu d'émetteurs reçus par les postes de radio[5],[6].

Le à 12 heures 30, le maréchal Pétain, nouveau chef du Gouvernement français, a fait un discours officiel à la radio où il annonce qu'il faut cesser le combat et son intention de demander à l'ennemi la signature d'un armistice. Churchill et de Gaulle conviennent dès lors que le second s'exprimera dès le lendemain sur les ondes[3]. Mais le Premier ministre, vieux partisan de la fermeté contre Hitler et de la poursuite de la lutte, doit, aidé en cela par Edward Spears, écarter les réticences de certains membres du cabinet, notamment le ministre des Affaires étrangères lord Halifax, Neville Chamberlain et Clement Attlee[7], qui ne veulent pas gêner les négociations engagées par le gouvernement Pétain et attendre de voir s'il va effectivement signer l'armistice[7],[8].

Dans l'après-midi du , Élisabeth de Miribel, dans l'appartement que de Gaulle et son aide de camp Geoffroy de Courcel occupent à Seamore Place à Londres[9], tape à la machine le texte du discours, dont le général de Gaulle a rédigé un premier brouillon dès le à Bordeaux au petit matin[10]. De Gaulle transmet les éléments de son discours au ministre de l’Information Duff Cooper qui en communique le projet à Churchill[7],[11]. L'après-midi, le général corrige son texte « en fumant cigarette sur cigarette »[11].

On sait depuis quelques années que le Gouvernement britannique avait imposé des corrections[12],[7]. Après avoir déjeuné le jour même avec Duff Cooper, ministre britannique de l’Information, le général de Gaulle doit rendre son texte plus neutre, le cabinet de guerre britannique voulant ménager le nouveau chef du Gouvernement français : le début du discours évoquant la trahison du gouvernement de Pétain qui s'est « mis en rapport avec l'ennemi » est modifié[13],[14]. La version réellement prononcée sera longtemps occultée, car c'est la version écrite originale qui sera publiée dans le Bulletin officiel des Forces françaises libres du , dans le premier numéro du Journal officiel de la France libre le , puis dans les Mémoires de guerre, et dans l'ensemble des recueils de discours du général de Gaulle.

De Gaulle lit son discours sur les antennes de la BBC à Broadcasting House à 18 heures, heure locale, le mardi , discours annoncé dans le programme de la BBC à 20 h 15 et diffusé à 22 h.

Le texte issu du Ministry of Information (MOI) est communiqué par la BBC à la presse britannique du lendemain[15], il est publié par The Times du , page 6 col. 3, et le Daily Express, et repris par quelques journaux régionaux français, Le Petit Provençal à la une (colonnes 5 et 6) de son édition de Marseille du mercredi [16].

Le texte[modifier | modifier le code]

On sait qu'à la demande Gouvernement britannique, le texte a été changé, notamment les deux premières phrases d'introduction qui ont été remplacées par :

« Le Gouvernement français a demandé à l’ennemi à quelles conditions honorables un cessez-le-feu était possible. Il a déclaré que, si ces conditions étaient contraires à l’honneur, la dignité et l’indépendance de la France, la lutte devait continuer[13],[17]. »

Il s'agit ici du texte sans les modifications, publié ensuite dans sa version écrite :

« Les Chefs qui, depuis de nombreuses années sont à la tête des armées françaises, ont formé un gouvernement.
Ce gouvernement, allégeant la défaite de nos armées, s'est mis en rapport avec l'ennemi pour cesser le combat.
Certes, nous avons été, nous sommes submergés par la force mécanique terrestre et aérienne de l'ennemi.
Infiniment plus que leur nombre, ce sont les chars, les avions, la tactique des Allemands qui nous font reculer. Ce sont les chars, les avions, la tactique des Allemands qui ont surpris nos chefs au point de les amener là où ils en sont aujourd'hui.
Mais le dernier mot est-il dit ? L'espérance doit-elle disparaître ? La défaite est-elle définitive ? Non !
Croyez-moi, moi qui vous parle en connaissance de cause et vous dis que rien n'est perdu pour la France. Les mêmes moyens qui nous ont vaincus peuvent faire venir un jour la victoire.
Car la France n'est pas seule ! Elle n'est pas seule ! Elle n'est pas seule ! Elle a un vaste Empire derrière elle. Elle peut faire bloc avec l'Empire britannique qui tient la mer et continue la lutte. Elle peut, comme l'Angleterre, utiliser sans limite l'immense industrie des États-Unis.
Cette guerre n'est pas limitée au territoire malheureux de notre pays. Cette guerre n'est pas tranchée par la bataille de France. Cette guerre est une guerre mondiale. Toutes les fautes, tous les retards, toutes les souffrances n'empêchent pas qu'il y a dans l'univers tous les moyens nécessaires pour écraser un jour nos ennemis. Foudroyés aujourd'hui par la force mécanique, nous pourrons vaincre dans l'avenir par une force mécanique supérieure. Le destin du monde est là.
Moi, général de Gaulle, actuellement à Londres, j'invite les officiers et les soldats français, qui se trouvent en territoire britannique ou qui viendraient à s'y trouver, avec leurs armes ou sans leurs armes, j'invite les ingénieurs et les ouvriers spécialistes des industries d'armement qui se trouvent en territoire britannique ou qui viendraient à s'y trouver, à se mettre en rapport avec moi.
Quoiqu'il arrive, la flamme de la résistance française ne doit pas s'éteindre et ne s'éteindra pas.
Demain comme aujourd'hui, je parlerai à la radio de Londres[18],[19]. »

Le contexte politico-diplomatique et militaire[modifier | modifier le code]

L'appel répond au discours radiophonique du fait la veille à 12 heures 20 par le maréchal Pétain, devenu président du Conseil :

« À l’appel de Monsieur le Président de la République, j’assume à partir d’aujourd’hui la direction du gouvernement de la France. Sûr de l’affection de notre admirable armée qui lutte, avec un héroïsme digne de ses longues traditions militaires, contre un ennemi supérieur en nombre et en armes ; sûr que, par sa magnifique résistance, elle a rempli ses devoirs vis-à-vis de nos alliés ; sûr de l’appui des anciens combattants que j’ai eu la fierté de commander, sûr de la confiance du peuple tout entier, je fais à la France le don de ma personne pour atténuer son malheur. En ces heures douloureuses, je pense aux malheureux réfugiés, qui dans un dénuement extrême sillonnent nos routes. Je leur exprime ma compassion et ma sollicitude.
C’est le cœur serré que je vous dis aujourd’hui qu’il faut cesser le combat. Je me suis adressé cette nuit à l’adversaire pour lui demander s’il est prêt à rechercher avec moi, entre soldats, après la lutte et dans l’honneur, les moyens de mettre un terme aux hostilités. Que tous les Français se groupent autour du gouvernement que je préside pendant ces dures épreuves et fassent taire leur angoisse pour n’obéir qu’à leur foi dans le destin de la patrie[20]. »

Dans la version écrite de son appel, le général de Gaulle commence par faire le constat de la situation politique dont il a pris connaissance avec consternation la veille à Bordeaux[3] : à la suite de la démission de Paul Reynaud, le gouvernement (où il avait une place et qui devait continuer le combat) est remplacé par celui de Pétain, nommé président du Conseil par le président Albet Lebrun[21]. Dans ce nouveau gouvernement, le général Weygand, commandant en chef des armées, devient ministre de la Défense nationale. Pour De Gaulle, ce sont les chefs militaires qui sont la cause du désastre et qui veulent maintenant cesser de combattre.

Le le chef du gouvernement, Paul Reynaud, avait retiré le portefeuille de ministre de la Défense et de la Guerre à Édouard Daladier pour exercer lui-même ces fonctions, et nommé le général Weygand comme généralissime à la place du général Gamelin. Weygand nomme de Gaulle le général à titre temporaire, avec effet le , comme commandant de la 4e DCR, puis le cite de façon très élogieuse le à l'ordre de l'armée pour son action à la Bataille d'Abbeville[22].

Entre le et le , l'armée belge faisait défection, et la Grande-Bretagne décidait, sans concertation avec le commandement français, de replier son armée en rembarquant par Dunkerque la totalité de son corps expéditionnaire de 200 000 hommes, ainsi que 140 000 Français, laissant le reste de l'armée française seule face aux Allemands.

Le , Reynaud avait nommé, contre l'avis de Pétain et Weygand[23], de Gaulle sous-secrétaire d'État à la Défense et à la Guerre, avec, à sa demande, mission prioritaire d'obtenir un appui militaire renforcé de Churchill[24] qu'il avait rencontré le 9[25]. De Gaulle avait participé les 11 et à l'ultime réunion du Conseil suprême interallié lors de la conférence de Briare[26],[27], où il avait fait forte impression sur les Britanniques[28] et où Churchill avait tenté de convaincre le gouvernement français de continuer la guerre, tandis que le général Weygand avait vainement tenté d'obtenir l’intervention des 25 escadrilles de chasse de la RAF qui avaient été promises en 1939 pour pousser la France à entrer en guerre, mais que Churchill réservait en cas d'attaque directe de l'Angleterre.

Le , depuis Londres, de Gaulle a dicté au téléphone la note de Jean Monnet à Paul Reynaud, intitulée Anglo-French Unity, projet d'une Union franco-britannique votée le jour même par la Chambre des communes, consistant dans la fusion des armées, notamment des marines, des territoires, des colonies et du gouvernement français dans l'Empire britannique. Il fait valoir à Paul Reynaud que dans le cadre « d'un gouvernement unique franco-britannique, monsieur le président, vous […] pouvez être président du cabinet de Guerre franco-britannique »[29].

Le représentant de Churchill auprès du gouvernement français, le général Edward Spears, est venu à Bordeaux le [1] pour tenter de convaincre Paul Reynaud et Georges Mandel, ministre de l'Intérieur, de rejoindre Londres, mais sans succès[30],[2]. Reynaud allait démissionner et Mandel était sur le point d'embarquer à bord du paquebot Massilia pour continuer la guerre depuis l'Afrique du Nord. Résolu de longue date à refuser la défaite et à continuer le combat, de Gaulle décide de repartir à Londres ce même jour et Spears l'accompagne dans l'avion mis à disposition de De Gaulle par Churchill pour son voyage de retour en France la veille[31]. Sur les modalités du départ, les versions de Spears et de De Gaulle divergent[30],[31]. Pour de Gaulle la version du général Spears[32] (Spears étant le demandeur[32] et de Gaulle faisant croire à un enlèvement[32],[33]) est de l'ordre de « récits romanesques » et pour son aide de camp, Geoffroy de Courcel, elle est « du plus haut comiquen en même temps que tout à fait invraisemblable »[31]. Jean Lacouture juge la version de Spears « pittoresque »[30].

Le contenu du message[modifier | modifier le code]

C'est un appel adressé aux officiers et aux soldats français qui se trouvent déjà sur le territoire britannique, où qui viendraient à s'y trouver, à prendre contact avec lui afin de poursuivre le combat avec les Britanniques.

Pour le général de Gaulle, la bataille de France, qui vient certes d'être gagnée par les Allemands, ne signifie pas la fin de la guerre. Car « cette guerre est une guerre mondiale » et la France pourra s'appuyer sur la force industrielle de ses alliés et notamment celle des États-Unis. S'adressant aux soldats français, ce message d'espoir se termine par un appel à la « résistance », dont la flamme « ne doit pas s'éteindre et ne s'éteindra pas », faisant entrer le terme dans le vocabulaire politique du XXe siècle.

Pour autant, contrairement à une idée courante, l'appel du 18 Juin n'est pas une invitation générale à constituer des réseaux de résistance sur le territoire français. En militaire, de Gaulle s'adresse avant tout, et de manière explicite, aux militaires (officiers et soldats) et aux spécialistes des industries de l'armement (ingénieurs et ouvriers) en les appelant à appuyer l'effort de guerre du Royaume-Uni. En effet, l'Union soviétique (pacte germano-soviétique) et les États-Unis (en position de neutralité) n'étaient pas alors engagés à soutenir la France.

Mais aussi, ainsi qu'en atteste la seule retranscription établie — en allemand — par les services d'écoutes helvétiques, l'appel, tel qu'il a donc été diffusé ce , ne se présente pas comme une rupture avec le Gouvernement français :

« Le Gouvernement français a demandé à l’ennemi à quelles conditions honorables un cessez-le-feu était possible. Il a déclaré que, si ces conditions étaient contraires à l’honneur, la dignité et l’indépendance de la France, la lutte devait continuer[13],[17]. »

Le général de Gaulle explique dans ses Mémoires de Guerre les raisons qui lui ont fait ménager le Gouvernement français dans son appel :

« Pourtant, tout en faisant mes premiers pas dans cette carrière sans précédent, j'avais le devoir de vérifier qu'aucune autorité plus qualifiée que la mienne ne voudrait s'offrir à remettre la France et l'Empire dans la lutte. Tant que l'armistice ne serait pas en vigueur, on pouvait imaginer, quoique contre toute vraisemblance, que le gouvernement de Bordeaux choisirait finalement la guerre. N'y eût-il que la plus faible chance, il fallait la ménager. C'est pour cela que, dès mon arrivée à Londres, le 17 après-midi, je télégraphiai à Bordeaux pour m'offrir à poursuivre, dans la capitale anglaise, les négociations que j'avais commencées la veille au sujet du matériel en provenance des États-Unis, des prisonniers allemands et des transports vers l'Afrique[34]. »

Réception[modifier | modifier le code]

L'affiche, rédigée au 4, Carlton Gardens à Londres, est placardée le exclusivement dans des rues de Londres.

L'appel radiophonique du 18 juin n'a été entendu que par peu de Français[35][36],[37]. En effet, les troupes étaient prises dans la tourmente de la débâcle, quand elles ne poursuivaient pas le combat, tout comme la population civile[35]. Les Français réfugiés en Angleterre n’étaient pas au courant de la présence du général, beaucoup ignoraient son existence.

Quelques hommes politiques français dirent l’avoir entendu le soir du , comme Pierre Mendès France, André Philip et Maurice Schumann

Les plus avertis n'en entendent parler que les jours suivants, par un communiqué de la version officielle dans la presse britannique en particulier, ou par ouï-dire.

L'information est également reprise par la suite dans certains journaux français (Le Progrès de Lyon, Le Petit Marseillais, en troisième page, Le Petit Provençal, en première page, dans la version prononcée à la radio qui censure deux phrases jugées trop sévères à l’encontre du Gouvernement français[35],[38]) et étrangers. Au Québec, seul le journal Le Soleil signale l’appel du général. Le journal Shenbao, « le quotidien de Shanghai », évoque le général les 24 et [39]. Le Los Angeles Times, le New York Times et The Times vont aussi en parler dès le lendemain[40].

Ce n'est donc qu'ultérieurement, après avoir lancé d'autres appels encourageant les Français de la métropole, de l'Empire et du monde entier à résister, que ce discours sera notoirement connu. Par sa médiatisation, la condamnation à mort du général de Gaulle par le tribunal militaire permanent de la 13e région, séant à Clermont-Ferrand, le suivant, a largement contribué à le faire connaître en France ; l'information paraît ainsi en une de Paris-Soir et du Figaro.

L'appel du 18 Juin marque néanmoins le début de la France libre qui, formée uniquement de volontaires (au début très peu nombreux), poursuit le combat sur terre, sur mer et dans les airs auprès des Britanniques et représente, face au régime de Vichy, la France qui se bat. L'évasion la plus impressionnante fut celle de l'île de Sein au nombre de 133 pêcheurs. Le général de Gaulle vint rendre hommage à l'épopée patriotique des Sénans en 1946[41] et en 1970[42].

Éléments du discours[modifier | modifier le code]

Pour s’exprimer, Charles de Gaulle a choisi l’appel, qui fait partie des pratiques de rhétorique publique. L’appel suscite souvent l’émotion, et présente une direction à emprunter. Selon les mots du philosophe et rhétoricien Philippe-Joseph Salazar[43], ce genre, pour être efficace, doit « désigner le mal, choisir son moment » et « stimuler un destin, c’est-à-dire que chacun se sente personnellement face à un choix radical »[43]. Ici, de Gaulle mobilise toutes ces composantes afin de soulever le peuple français. L’appel rejoint aussi la notion militaire de l’ordre du jour, puisqu’il pointe du doigt les actions qui doivent être entreprises, les ennemis à abattre et l’objectif à remplir[43]. Lors de cet appel du 18 juin, le général mobilise la « propagande d’agitation », théorisée par Robert Bernier, qui selon ce dernier, vise à « faire bouger un auditoire dans une direction » avec un certain succès. À travers ce discours, il souhaite inciter les français à ne pas accepter l’armistice, il s’engage donc dans un acte perlocutoire, théorisé par le linguiste John Langshaw Austin, qui consiste à faire faire quelque chose à quelqu’un en disant ce que l’on dit, comme énoncé dans son ouvrage Quand dire, c’est faire (1970).

Charles de Gaulle rappelle le contexte des évènements, est réaliste et présente la situation telle quelle ; procédé efficace lorsque l’on veut ensuite susciter l’espoir[44], selon les linguistes Jean-Michel Adam et Thierry Herman. Il utilise de nombreux procédés stylistiques, comme les répétitions, qui marquent l’implication et la volonté du général à défendre la France. Les répétitions de la phrase exclamative, prononcée dans son discours : « [Car la France] n’est pas seule ! Elle n’est pas seule ! Elle n’est pas seule »[45] permet de charger le discours d’émotion, d’autant plus que la radio assure une certaine dramaturgie grâce à l’écoute de la voix. Lors de ce discours, il utilise la première personne afin de se positionner en tant que leader, et reste optimiste, afin d’être la source d’une espérance. Il emploie l’anaphore, afin d’apporter un effet d’amplification à son texte, un effet de puissance qui augmente à chaque mot : « Cette guerre n’est pas limitée au territoire malheureux de notre pays. Cette guerre n’est pas tranchée par la bataille de France. Cette guerre est une guerre mondiale »[45].

Construction d'un homme et d'un symbole[modifier | modifier le code]

Au travers de cet appel, de Gaulle devient l’élément déclencheur de l’engagement et de la résistance des français, ce qui va contribuer à faire de lui un symbole de l’esprit résistant et de « l’honneur, [de] la raison [et de] l’intérêt national », selon ses propres mots. De ce fait, par cette prise de parole publique, Charles de Gaulle savait qu’elle figure il allait désormais incarner, en évoquant le « rassemblement de la nation » et « l’esprit de fierté »[15].

L’appel du 18 Juin symbolise l’« hyperparole présidentielle » du général. Il va se construire et se présenter en tant que leader, la réponse positive à ce discours légitimerait alors l’action de Charles de Gaulle. Il se fait « déjà président en parlant comme un président »[43]. Pour Jean Lacouture, le 18 juin « n’est dans cette carrière fracassante ni un miracle ni une révolution. C’est un paroxysme ». Cet évènement va poser la première pierre de la carrière politique du général, qui y voyait lui-même une opportunité : « Et puis pourquoi ne pas le dire, il y avait l’ambition. J’étais un ambitieux politique et il y eut la rencontre de la circonstance et de l’ambition. » Il confirme alors son « entrée décisive et définitive en politique ». De Gaulle est un homme de communication, il sait et saura toujours écrire ; en tant que militaire il connait l’utilité de la radio, et sait comment être « chef » même en politique. De Gaulle est vu comme « un animal politique ». Il dira à Gaston Palewski : « la radio, c’est une arme redoutable »[46]. Pour de Gaulle, c’était l’outil idéal pour diffuser son message : « La première chose à faire était de hisser les couleurs. La radio s’offrait pour cela »[47].

Confusions et variantes[modifier | modifier le code]

Plusieurs précisions sont à apporter au sujet de l'appel du .

  • Si le texte du est connu, il n'existe aucun enregistrement du discours lu par le Général. Les documentaires lui substituent souvent l'appel du 22 Juin (dont l'enregistrement, lui, nous est parvenu), mais sans toujours préciser qu'il ne s'agit pas (et qu'il ne peut s'agir) de celui du 18. Si la teneur des deux textes est assez proche, le général de Gaulle présente une argumentation plus solide, le jour même de l'armistice franco-allemand.
L'affiche « À tous les Français » , placardée le , à ne pas confondre avec l'appel du 18 Juin.
  • Par ailleurs, l'appel du 18 Juin est très souvent confondu avec le texte de l'affiche « À tous les Français » qui fut signée au 4, Carlton Gardens à Londres, et placardée le sur les murs de Londres. L'un et l'autre textes ont été publiés en première page du no 1 du Bulletin officiel des Forces françaises libres le .
  • Avant le , le texte de l'appel existe déjà en plusieurs versions, la plus fidèle aux intentions du général de Gaulle datant probablement du [8]. Le texte du 18 juin est notamment inspiré du discours prononcé par de Gaulle le 21 mai à Savigny-sur-Ardres au lendemain de la bataille de Montcornet[48].
  • Un notaire français, Jacques Fourmy[35], et l'historien suisse Christian Rossé, ont retrouvé les retranscriptions de l'appel réalisées par les services d'écoute de l'Armée suisse, texte authentique paru pour la première fois et retraduit en français dans la Revue Historique et Archéologique du Maine, 1990, p. 57-59. Cela constitue sans doute le seul enregistrement papier original. « Dans les archives fédérales suisses de Berne, le compte-rendu du discours du général du Gaulle apparaît dans le Bulletin no 153 publié par le Gruppe Ohr (Service écoute de la division presse et radio de l'État-Major suisse) à 6 heures le , à la page 3[17]. ».
  • Le Petit Provençal publie le communiqué de la BBC à la une (colonnes 5 et 6) de son édition de Marseille du mercredi [49].
  • The Times du , page 6 col. 3, et le Daily Express ne transmettent pas le texte prononcé par le général à la BBC, mais celui issu du Ministry of Information (MOI) qui deviendra l'Appel retenu par l'Histoire.
  • Le général de Gaulle a en outre été filmé, le , prononçant une version légèrement différente de son appel, pour les actualités cinématographiques[50].
  • Quelques photographies du général de Gaulle lisant face à un micro de la BBC sont souvent utilisées pour illustrer l'appel du 18 Juin, mais aucune ne semble dater de ce jour-là[51].
  • Il existe des divergences concernant l’heure de diffusion de l’appel. Il aurait été enregistré à 18 heures, annoncé à 20 h 15 et diffusé à 22 heures. La fondation Charles-de-Gaulle évoque les mêmes horaires. Selon le professeur d’histoire Pierrick Hervé, Charles de Gaulle se serait présenté à la BBC à 18 heures et aurait prononcé son discours peu après[52]. Selon une autre source, l’appel aurait été diffusé à 20 heures et résumé brièvement et de façon moins accusatrice à 23 heures[46].

Mémoire[modifier | modifier le code]

Monument élevé en 1963 à Jersey par les Français libres, remerciant les habitants de l'île pour l'aide qu'ils leur ont apportée, lorsqu'ils ont franchi la Manche pour rejoindre de Gaulle à la suite de son appel.

Jean-Louis Crémieux-Brilhac souligne que la célébration de l'appel du 18 Juin a commencé dès le  : dans un discours prononcé au Caire devant le Comité national français d'Égypte et relayé par la radio de Londres, le général de Gaulle fait coïncider son appel du avec la naissance de « la France libre »[15]. Le même jour, à l'appel de l'Association des Français de Grande-Bretagne, se tient une « Manifestation pour commémorer le premier appel du Général de Gaulle » au Cambridge Theatre (en) à Londres sous la présidence de l'amiral Muselier qui prononce l'allocution inaugurale, avec un discours du professeur René Cassin et une lecture de l'appel du général de Gaulle[15].

Le , l'appel du 18 Juin a été classé par l'Unesco sur le registre international Mémoire du monde, où sont recensés depuis 1992 les documents du patrimoine documentaire d'intérêt universel, en vue d'assurer leur protection. L'inscription, proposée conjointement par l'Institut national de l'audiovisuel (INA, France) et la BBC, concerne quatre documents considérés comme les témoignages clés de l'événement : le manuscrit du texte de l'appel radiodiffusé du 18 Juin, l'enregistrement radiophonique de l'appel du 22 juin, le manuscrit de l'affiche « À tous les Français » du 3 août et l'affiche elle-même. L'exactitude du dossier remis à l'Unesco à cette occasion est néanmoins contestée par l'historien François Delpla[53].

Le , à l'initiative de la Fondation de la France libre[54], le « 18 Juin » a été institué par décret journée nationale non chômée « commémorative de l'appel historique du général de Gaulle à refuser la défaite et à poursuivre le combat contre l'ennemi »[55]. Cette journée rend hommage à « l'ensemble des résistants français, c'est-à-dire tous ceux qui ont refusé la défaite et continué à se battre, que cela soit dans les Forces françaises libres, à la tête d'un journal clandestin, sur les bancs de l'Assemblée consultative provisoire d'Alger ou dans un maquis »[56].

Plusieurs timbres commémoratifs ont été émis par La Poste :

  • un timbre de 20 centimes, pour le vingtième anniversaire, émis le  ;
  • un timbre en 1964[57] ;
  • un timbre pour le cinquantième anniversaire, émis en 1990[58],[59] ;
  • un timbre pour le soixante-dixième anniversaire, émis en 2010[60].

De même, plusieurs pièces commémoratives ont été frappées par la Monnaie de Paris :

Parodies[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. D'après le Lexique des règles typographiques en usage à l’Imprimerie nationale, p. 63, le mois prend une majuscule initiale pour un évènement historique quand l'année n'est pas mentionnée, exemples : « la nuit du 4 Août », le « 9 Thermidor ».

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Daniel Laurent, « L'Appel du 18 Juin », Les Dossiers HistoQuiz, La Seconde Guerre mondiale, sur histoquiz-contemporain.com (consulté le 18 décembre 2017).
  2. a et b Roussel 2002, p. 117-124.
  3. a, b et c Roussel 2002, p. 124-125.
  4. a et b Roussel 2002, p. 125.
  5. a, b et c « La radiodiffusion en 1939-1940 : Jean-Paul Claudel, « Le parc des récepteurs de radio au début de la Guerre », sur archives.charles-de-gaulle.org, fondation Charles-de-Gaulle (consulté le 7 décembre 2017).
  6. L'émetteur français d'Allouis, capable du même rayonnement que les deux précités, tombant, tout comme celui du Luxembourg, au mains des Allemands, sera utilisé pour brouiller Radio Londres après le et reprendre la diffusion de Radio-Paris, poste de propagande allemande.
  7. a, b, c et d Roussel 2002, p. 129.
  8. a et b Franck Ferrand, « Le 18 Juin », émission Au cœur de l'histoire, Europe 1, .
  9. Roussel 2002, p. 124-125, 127.
  10. Élisabeth de Miribel, La Liberté souffre violence, Paris, Plon, 1981.
  11. a et b « Le 18 juin heure par heure », sur archives.charles-de-gaulle.org, fondation Charles-de-Gaulle (consulté le 7 décembre 2017).
  12. Jean-Louis Crémieux-Brilhac, La France libre – De l'appel du 18 Juin à la Libération, Paris, Gallimard, 1996, p. 49.
  13. a, b et c Roussel 2002, p. 129-130.
  14. Éric Roussel, 16 juin 1940 : le naufrage, Paris, Gallimard, , 249 p. (ISBN 978-2-07-073494-8).
  15. a, b, c et d Jean-Louis Crémieux-Brilhac, « Du 18 Juin aux 18 juin : comment l'appel du 18 juin 1940 est devenu l'acte fondateur de la Résistance », Espoir, no 123,‎ (lire en ligne).
  16. « L'appel dans la presse quotidienne : articles parus le 19 juin 1940 dans la presse quotidienne française au lendemain de l'appel du 18 Juin » [php], sur charles-de-gaulle.org, Fondation Charles-de-Gaulle (consulté le 1er juillet 2016)
  17. a, b et c Mathieu van Berchem, « Lumière suisse sur l’Appel du général de Gaulle », Swissinfo.ch, .
  18. Lacouture 1984, p. 369-370.
  19. Roussel 2002, note 33, renvoyant p. 937-938, à Maurice Schumann, Un certain 18 juin, Paris, Plon, 1980, chap.  « Appel du général de Gaulle aux Français » (version écrite), p. 127.
  20. Ferro 1987, p. 85-86.
  21. Ferro 1987, p. 84-85.
  22. Roussel 2002, p. 76-86.
  23. Roussel 2002, p. 88.
  24. Roussel 2002, p. 88-91.
  25. Roussel 2002, p. 95-98.
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  54. Robert Chambeiron, Résistant – Entretiens avec Françoise Bechtel, Paris, Fayard, , 192 p. (ISBN 978-2-213-68434-5, lire en ligne).. En 2005, la Fondation de la France libre avait proposé au Haut Conseil de la mémoire combattante que le 18 juin soit une « journée de la Résistance ». La formulation définitive est le produit d'une entente entre Robert Chambeiron et Georges Caïtucoli, alors secrétaire général de la fondation.
  55. Décret no 2006-313 du 10 mars 2006 instituant le 18 juin de chaque année une Journée nationale commémorative de l'appel historique du général de Gaulle à refuser la défaite et à poursuivre le combat contre l'ennemi, JORF no 67 du 19 mars 2006, p. 4142, texte no 2, NOR DEFD0600178D, sur Légifrance.
  56. « Instauration d'une journée nationale de la Résistance », question écrite no 09704 de Françoise Henneron (sénatrice du Pas-de-Calais), JO Sénat du 23 juillet 2009, p. 1823 ; réponse du secrétariat d'État à la Défense et aux Anciens combattants, JO Sénat du , p. 2298.
  57. « Les timbres de l'appel du 18 juin 1940 », sur France-Libre.net, Fondation de la France libre.
  58. Arrêté du 28 février 1989 fixant les programmes philatéliques des années 1988 et 1989 (compléments) et de l'année 1990 (1re partie), JORF no 53 du 3 mars 1989, p. 2876, NOR PTTP8900069A, sur Légifrance.
  59. Arrêté du 9 octobre 1989 fixant les programmes philatéliques de l'année 1989 (compléments) et de l'année 1990, JORF no 254 du 31 octobre 1989, p. 13582, NOR PTTP8900921A, sur Légifrance.
  60. Arrêté du 16 février 2010 fixant le programme philatélique de l'année 2010 (compléments) et de l'année 2011 (2e partie), JORF no 46 du 24 février 2010, p. 3516, texte no 37, NOR INDI1001479A, sur Légifrance.
  61. Arrêté du 3 juin 1994 relatif à la frappe et à la mise en circulation de dix pièces commémoratives de 500 F et de dix pièces commémoratives de 100 F, JORF no 133 du 10 juin 1994, p. 8392–8395, NOR ECOT9416194A, sur Légifrance.
  62. Arrêté du 4 février 2010 relatif à la frappe et à l'émission de pièces de collection de 5 000 EUR, 1 000 EUR, 500 EUR, 250 EUR, 200 EUR, 100 EUR, 50 EUR, 20 EUR, 15 [EUR, 10 EUR, 5 EUR, 2 EUR, 1 ¹⁄₂ EUR, JORF no 48 du 26 février 2010, p. 3706, texte no 27, NOR ECET1002268A, sur Légifrance.

Annexes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

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