Société nationale des constructions aéronautiques du sud-ouest

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La Société nationale des constructions aéronautiques du Sud-Ouest était une entreprise de construction aéronautique fondée en 1936 à la suite de la loi de nationalisation de l'industrie aéronautique. Comme ses consœurs créées en même temps, elle regroupait différentes usines et bureaux d'études réparties principalement dans le Sud-Ouest de la France (Bordeaux, Rochefort).

Tout au long de ses vingt années d'existence, la société fabriqua aussi bien ses propres appareils (SO.6000 Triton, SO.1221 Djinn, SO.4050 Vautour...) que des éléments (ailes, empennages, fuselages) d'autres sociétés.

Histoire[modifier | modifier le code]

Au milieu des années 1930, alors que l'Allemagne a entamé son réarmement depuis le début de la décennie, la France est à la traîne. Son aviation ne peut rivaliser avec l'aviation allemande. Une politique de prototypes avaient été initiée en France mais les appareils produits ne répondaient pas aux cahiers des charges ambitieux émis par les Services officiels ou ne pouvait pas être produits en série assez rapidement. Si bien que ceux-ci étaient déjà obsolètes en entrant en service[1]. Ainsi quand le Front populaire arrive au pouvoir en mai 1936, il décide de nationaliser les deux-tiers de l'industrie aéronautique dans le but de pallier au manque de productivité des constructeurs de l'époque et de rationaliser la production[1]. Ainsi par la loi de nationalisation du , le gouvernement français réunit les usines et bureaux d'études des plusieurs entreprises privées au sein de six entreprises d'État (SNCASO, SNCASE, SNCAC, SNCAN, SNCAO, SNCAM)[2],[3]. Créées sous le statut de sociétés anonymes d'économie mixte dont l'État détient deux tiers des actions, elles sont dirigées par un conseil d'administration dont tous les membres sont désignés par l'État et dont le président est Henri de l'Escaille[3].

Ainsi, le , la Société nationale de constructions aéronautiques du Sud-Ouest est créée par l'expropriation des usines Blériot Aéronautique de Suresnes, de la Société des avions Marcel Bloch de Villacoublay, Courbevoie et Châteauroux, de la Société aéronautique du Sud-Ouest de Bordeaux-Mérignac, de l'Usine de construction aéronautique de Bordeaux-Bègles, de la Société aérienne bordelaise de Bordeaux-Bacalan et de la société Lioré et Olivier de Rochefort[4]. Son conseil d'administration est constitué de neuf membres dont le général Fernand Héderer, représentant l'État et Marcel Bloch en tant qu'administrateur délégué[5],[6]. À sa création la SNCASO dispose de 168 000 m2 de surface couverte, 7 000 employés et 1 162 machines-outils[7]. Elle fabrique alors en série dans ses différentes usines des Bloch MB.210, MB.131, MB.220, Salmson CriCri, Potez 540, Blériot-SPAD S.510 ainsi que les prototypes des Bloch MB.170, MB.134, MB.160 et MB.480[8]. Le 27 septembre 1938 Albert Caquot remplace Henri de l'Escaille à la présidence des SNCA[9]. Il prend alors la décision de spécialiser les usines dans certains éléments d'avion afin de rationaliser la production[7]. Pendant toute la période d'avant-guerre, les productions sont victimes de retard du fait des problèmes de l'industrie d'équipements (moteurs, trains d'atterrissage, hélices, radio, armement...) et des problèmes de financement et d'approvisionnements en matières premières. Ainsi les dates de livraison sont dépassées de plusieurs mois[10].

Le 15 février 1940, Marcel Bloch est forcé démissionner de l'administration de SNCASO sous le prétexte des mauvaises performances du Bloch MB.152[11], il est remplacé par René Mazer[12]. Le 20 mai 1940, peu après l'attaque allemande, des mesures sont prises par la SNCASO pour se préparer à un repli des installations et le 10 juin l'ordre d'évacuer les usines parisiennes est donné. Les replis se succèdent face à l'avance allemande : Les bureaux d'études parisien s'installent à Bordeaux, tandis que les usines déplacées à Châteauroux sont saisie par les Allemands. Pendant ce temps la production des MB.174 et MB.175 continue à Bordeaux-Bacalan[13]. Avec l'occupation allemande les usines sont stoppées et le personnel est mis au chômage technique, à ce moment la SNCASO comptait 11 000 employés[14].


Le SO.6000 Triton exposé au Musée de l'Air et de l'Espace à Paris.

Lucien Servanty entre en 1937 à la SNCASO et continue son activité pendant la Seconde Guerre mondiale, sous le contrôle des autorités d'occupation mais réalisa aussi en secret l'étude du SO.6000 Triton, le premier avion à réaction français, qui effectua son premier vol en novembre 1946. En 1941, Daniel Rastel rejoint la SNCASO à Cannes[15] et en 1944, y redevient, à Paris, avec Lucien Servanty, chef pilote. Après la présidence de Georges Héreil, par fusion avec la SNCASE en mars 1957, elle prend le nom de Sud-Aviation.

Réalisations[modifier | modifier le code]

  • SO.30 Bretagne : bimoteur de transport civil, issu du prototype SO.30R Bellatrix en 1945, sera construit à 45 exemplaires ;
  • SO.95 Corse : bimoteur de transport civil développé à partir du SO.90 Cassiopée, et construit à 60 exemplaires.
  • SO.6000 Triton : premier monoréacteur français avec le premier vol à Orléans-Bricy le 11 novembre 1946. Il a été conçu clandestinement pendant la guerre à partir de 1943 ;
  • SO.6020 Espadon : chasseur à réaction qui effectua son premier vol le 12 novembre 1948 ;
  • SO.8000 Narval chasseur embarqué expérimental à 2 hélices propulsives contra-rotatives en 1949 ;
  • SO.4000 bombardier bi-réacteur en 1951 qui deviendra le Vautour SO.4050 ;
  • SO.4050 Vautour II : passe le mur du son le 30 juin 1953 conçu par l'ingénieur Jean-Charles Parot;
  • SO.9000 Trident, intercepteur à moteur-fusée qui fit son premier vol en mars 1953. Le Trident I atteignait Mach 1,53 et le Trident II Mach 1,92 ;
  • SO.1110 Ariel, hélicoptère ;
  • SO.1221 Djinn, hélicoptère léger entraîné par réaction de gaz et dénué de rotor anti-couple.

Projets[modifier | modifier le code]

  • SO.10 : également nommé MB.1010 (pour Marcel Bloch 1010), Bloch 1010 ou encore SNCASO SO.10. Projet de chasseur monomoteur et monosiège (1 pilote), son design plut à Albert Caquot, qui examina sa structure. Ce projet était une évolution du MB.150, pour lequel un moteur Pratt & Whitney R-1830 S1A4-G de 1 470 ch. fut proposé. L'hélice envisagée était une hélice tripale Bloch, l'armement prévu étant constitué de 2 canons Hispano-Suiza et de 8 mitrailleuses MAC. La vitesse maximale était estimée à 720 km/h. Sa longueur était d'environ 12,80 m, son envergure d'environ 9,81 m, son poids à vide d'environ 2 735 kg, son poids en charge d'environ 3 637 kg, et enfin, le rayon d'action estimé était d'environ 1 348,63 km. Ce projet, commencé en 1939, ne put être construit à cause de la Bataille de France, et fut ainsi abandonné[16].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Rimbert 2005, p. 9
  2. Chadeau 1987, p. 235
  3. a et b Rimbert 2005, p. 26
  4. Rimbert 2005, p. 10
  5. Rimbert 2005, p. 30
  6. « La nationalisation et le réarmement », Dassault Aviation (consulté le 28 janvier 2016)
  7. a et b Rimbert 2005, p. 47
  8. Rimbert 2005, p. 47
  9. Rimbert 2005, p. 45
  10. Rimbert 2005, p. 41-42
  11. Guy Vadepied, Marcel Dassault ou les ailes du pouvoir, Fayard,‎ (ISBN 2-213-61337-0), p. 79.
  12. Rimbert 2005, p. 55
  13. Rimbert 2005, p. 54
  14. Mach 1, p. 2118
  15. « SNCASO usine de Cannes », Cannes Aéro Spatial Patrimoine
  16. (en) Jean Liron et Malcom Passingham, « French Projects - 1940 », Air Pictorial,‎ , p. 98-99.

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Florence Rimbert, SNCASO 1936 - 1957, Éditions Aerospatiale-Matra Patrimoine d'EADS,‎ , 160 p..
  • Emmanuel Chadeau, L'Industrie aéronautique en France 1900-1950 : De Blériot à Dassault, Fayard, 552 p. (ISBN 2-213-02001-9).
  • Mach 1 - L'encyclopédie de l'aviation, vol. 8, Éditions Atlas, « Héritage technique », p. 2118-2132

Articles connexes[modifier | modifier le code]