Bal

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Le Bal paré, gravure d'Augustin de Saint-Aubin (1773).

Le bal est une assemblée de personnes réunies pour danser. Reflet de la société, cette pratique fait le lien entre la danse savante des scènes de spectacle et la danse populaire des cérémonies privées. Elle évolue avec les codes de bienséance mais reste souvent un moment romanesque.

Un bal à la cour impériale russe.

Histoire[modifier | modifier le code]

À toute époque il y eut des bals. Ils sont attestés dès le Moyen Âge (« bal » est le déverbal de l'ancien français « baller » qui désigne dans la littérature courtoise le fait de danser à la cour au milieu du XIIe siècle[1]) et leur vogue s'amplifie à la Renaissance, notamment sous la forme de danses de couple et sous l'influence de Catherine de Médicis qui en fait un usage de polissage des mœurs de la cour et de quasi diplomatique. Cependant des transmissions verticales ont constamment lieu entre danse populaire (telle la carole ou la contredanse) et danse savante, et ce dans les deux sens mais seule cette dernière est évoquée dans les écrits des aristocrates (telle la basse danse pratiquée lors du ballet de cour, du bal d'apparat et des bals d'appartement sous Louis XIV)[2].

Pratiqués à la cour jusqu'à la fin du XVIIe siècle, les bals deviennent « publics» à Paris en 1715, grâce au Régent. Le 31 décembre, il prend une ordonnance qui autorise les bals publics à l'Opéra durant la période du carnaval, à raison de trois bals par semaine. Organisés effectivement dans un lieu public, ils restent cependant réservés à une élite avant de devenir moins sélectifs sous Louis XVI[3]. Les jours de bal, la salle de spectacle est transformée grâce à un cabestan, comme le raconte Cahusac : les directeurs de l'Opéra « firent faire une machine avec laquelle on élevait le parterre et l'orchestre au niveau du théâtre scène. La salle fut ornée de lustres, d'un cabinet de glaces dans le fond, de deux orchestres aux deux bouts, et d'un buffet de rafraîchissements dans le milieu »[4].

L'année suivante, en 1716, la Comédie-Française obtient la même autorisation, provoquant une forte concurrence entre les deux maisons, qui durera jusqu'en 1721. Au cours du XVIIIe siècle se développent les bals publics dans les parcs et les jardins d'agrément. Les danses sont encore celles de l'élite sociale mais ne sont plus réservées à l'aristocratie[5].

Les bals avec leurs couples enlacés se développent à Paris vers 1810 avec la mazurka, dans les années 1815 avec la valse, après 1840 avec la polka[6]. Le 3 février 1839, la revue La France musicale écrit : « Les bals de l'Opéra jouissent cette année d'une vogue extraordinaire. Jamais ces fêtes de nuit n'avaient été fréquentées par une société plus nombreuse et plus brillante. Le quadrille français avec costumes des quatre Nations est une des innovations chorégraphiques les plus heureuses qu'on ait trouvé depuis longtemps. Il a été exécuté aux derniers bals avec un ensemble, une précision et un entraînement qui font le plus grand honneur à l'orchestre de Jullien et à Jullien lui-même »[7]. Apparaissent également au XIXe siècle de nouvelles formes de bal qui se diffusent dans toutes les couches sociales : bal de régions (tel le bal musette), bal par profession (bal de domestique, d'artisan), bal patriotique sous la Troisième République.

Durant l'entre-deux-guerres, de nouvelles danses se propagent provenant des Etats-Unis (fox-trot, shimmy, charleston...), de la zone caribéenne (biguine, rumba...) ou d'Amérique du Sud (tango, samba...). Des dancing se créent qui se différencient des salles de bal précédentes par l'introduction de ces nouvelles danses, et par la présence de danseurs professionnels faisant des démonstrations ou donnant des cours de danse aux clients[8]. Ils se distinguent également par une mixité sociale plus grande[8].

Pendant la Seconde Guerre mondiale, les bals sont condamnés moralement[note 1] en France par le régime de Vichy qui maintient leur interdiction ordonnée par la Troisième République dès la déclaration de guerre le 9 septembre 1939. Malgré des interdictions répétées[note 2], les bals subsistent cependant pendant toute cette période car ils ne sont pas un simple divertissement mais ont aussi une fonction sociale : clore les moments des travaux collectifs, permettre aux jeunes gens de se rencontrer ou braver leurs parents[9]. C'est aussi un moyen d'expression : les zazous contestent le régime de Vichy en swinguant, dans des clubs en sous-sol[10].

Le bal, qui avait dès ses origines un rôle matrimonial, le garde dans le milieu rural après la Seconde Guerre mondiale puis décline au profit des sorties en discothèque. Il tend cependant à se maintenir dans les bals populaires de fêtes locales ou grâce au renouveau des danses sociales[11]. Le bal demeure parfois l’unique moyen d’accéder à la musique vivante, et peut déclencher des vocations[note 3]. Les danses ne sont plus forcément en couple : on danse seul, parmi les autres, le jerk, le disco, le funk. Et la rave party de la fin du XXe siècle et du début du XXIe siècle réinvente les transes collectives[10].

Dans un tout autre registre, le Bal des débutantes créé par Ophélie Renouard à l'Hôtel de Crillon de Paris en 1992 remet au goût du jour le cérémonial de présentation à la cour des jeunes filles de la bonne société en robe blanche, cérémonie initiée en 1780 par le roi anglais George III à l'occasion du bal d'anniversaire de son épouse la reine Charlotte[12].

En 1993, Michel Reilhac, ancien danseur, face au déclin du bal « ringardisé », crée le « bal moderne » au théâtre national de Chaillot dans le cadre du Festival Paris quartier d'été, avec comme principe des néophytes qui sont invités à apprendre des mini-chorégraphies créées spécialement à leur intention par de grands noms de la danse[13].

Le bal dans la littérature et le cinéma[modifier | modifier le code]

Le bal, lieu où l'on se montre et moment romanesque, a inspiré des centaines d'auteurs : Saint-Simon, Honoré de Balzac, Alexandre Dumas dans Les Trois Mousquetaires, Guy de Maupassant, Léon Tolstoï dans Anna Karénine, Francis Scott Fitzgerald, Jacques Prévert, Giuseppe Tomasi di Lampedusa dans Le Guépard, fameuse scène reprise dans le film de Visconti, Marguerite Duras, ...[14].

En 1978, le film La Fièvre du samedi soir de John Badham lance le disco.

Et les chorégraphes n'hésitent pas également à inclure des scènes de bals dans leurs spectacles, dans un curieux retour entre danses savantes et danses populaires : songeons par exemple à Roméo et Juliette (ballet) de Serge Prokofiev, à La Grande Ville de Kurt Jooss, à The Show Must Go On de Jérôme Bel, et à plusieurs des pièces de Pina Bausch[10].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. À la différence d'autres divertissements (comme les manifestations sportives, le cinéma ou même le bal classique), les bals populaires semblent incompatibles avec le régime de Vichy, permettant un rapprochement des corps et un érotisme diffus bien éloignés de la régénération morale souhaitée.
  2. Preuve que les autorités, à travers de nombreux arrêtés préfectoraux et circulaires, sont impuissantes à empêcher ces bals clandestins, parvenant parfois à condamner non les danseurs mais les organisateurs (par la fermeture de leurs locaux qui ont accueilli un bal) et musiciens (par confiscation de leurs instruments de musique), condamnation qui peut aller de la simple amende jusqu'à l'internement administratif pour les récidivistes.
  3. Ainsi, Pierre-Jules Billon a eu envie de jouer de la batterie dès qu’il a entendu un orchestre de bal. Pour les gamins de la campagne c’était le seul moyen d’accéder à la musique. Source : Marc Dazy, « Pierre-Jules Billon, batteur baroque », titre de l’article paru dans Le Progrès le 07/01/1999.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Rey 1998, p. 301.
  2. Louison-Lassabliere 2003, p. 240-243.
  3. Montandon 2000, p. 23.
  4. Cahusac 1754, p. 175.
  5. Lamoureux 2009, p. 42.
  6. Favier 1997, p. 221.
  7. Faul 2006, p. 44-45.
  8. a et b Jacotot 2013.
  9. Quillévéré 2010, p. 40-45.
  10. a, b et c Vernay 2014.
  11. Galland et Lambert 1993, p. 126-127.
  12. Hovenden Longley 2012, p. 376.
  13. Vernay 2013.
  14. Bonneau 2000.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Par date de parution décroissante.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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