Château de Bellevue (Meudon)

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Château de Bellevue.
Château de Bellevue
Le château de Bellevue au temps de Mme de Pompadour. Vue depuis la cour.
Le château de Bellevue au temps de Mme de Pompadour. Vue depuis la cour.
Présentation
Propriétaire Personne privée
Société privée
Commune
Protection  Inscrit MH (1974)
 Inscrit MH (1990)
Géographie
Pays Drapeau de la France France
Région Île-de-France
Département Hauts-de-Seine
Commune Meudon
Localisation
Coordonnées 48° 49′ 19″ N 2° 13′ 40″ E / 48.8218482, 2.227746948° 49′ 19″ Nord 2° 13′ 40″ Est / 48.8218482, 2.2277469  

Géolocalisation sur la carte : Île-de-France

(Voir situation sur carte : Île-de-France)
Château de Bellevue

Géolocalisation sur la carte : France

(Voir situation sur carte : France)
Château de Bellevue
Le château de Bellevue vu depuis l'est. Par Jacques André Portail.
Le pavillon de Brimborion (au premier plan) et le château de Bellevue (en haut).

Le château de Bellevue était un château construit au XVIIIe siècle pour Madame de Pompadour à Meudon (Hauts-de-Seine), sur le bord du plateau dominant la Seine.

Histoire[modifier | modifier le code]

En 1748, Louis XV achète un terrain situé sur le plateau de Meudon, entre le château de Meudon et celui de Saint-Cloud. Le directeur général des Bâtiments du Roi Le Normant de Tournehem complète la propriété en négociant des achats et des échanges avec des particuliers et des religieux, et le Premier architecte du Roi, Ange-Jacques Gabriel, propose des projets pour y construire une résidence de plaisance qui doit s'appeler Bellevue, en référence au magnifique panorama qui se découvre depuis cette propriété.

Dès l'année suivante, le Roi cède le terrain à Madame de Pompadour, qui s'adresse à son architecte, Jean Cailleteau dit « Lassurance » (Lassurance le jeune). Assisté par Jean-Charles Garnier d'Isle pour les jardins, ce dernier édifie très rapidement le château de Bellevue, dont les travaux sont achevés dès 1750. Alors même que la mauvaise qualité du sol exigea de profondes fondations, le chantier fut mené tambour battant : jusqu'à 800 ouvriers y travaillèrent. Louis XV venait lui-même surveiller les travaux, dînait rapidement sur place et s'entretenait avec les hommes de l'art.

En contrebas, au bord de la Seine, Madame de Pompadour acquiert en 1750 un petit pavillon édifié sous la Régence, appelé Brimborion, qui est relié au plateau par la partie du jardin aménagée au nord du château et intégré au domaine.

La favorite revend le château au roi en 1757 pour la somme de 325 000 livres[1]. Ce dernier fait remanier la distribution et le décor intérieur sous la direction d'Ange-Jacques Gabriel. Celui-ci construit en 1767, deux ailes en retour en rez-de-chaussée, absorbées en 1773 dans une extension qui les relie au bâtiment principal. Il fait travailler Jacques Verberckt, Jules-Antoine Rousseau, Jacques Caffieri, Jean Restout, Chardin et Fragonard.

Au décès de Louis XV en 1774, le château est attribué à ses filles, Mesdames Adélaïde, Sophie et Victoire. Celles-ci font transformer le décor intérieur par Richard Mique et réaliser à Brimborion un jardin anglais orné de fabriques dont certaines rappellent celles des hameaux de Chantilly ou de Trianon.

Sous la Révolution, Mesdames prennent le chemin de l'émigration. Le château est livré au pillage et défiguré par des constructions adventices. Dès l'an XI, la maison dite « des Colonnes » mord ainsi sur le jardin anglais.

Vue 2009 de la maison construite par l'architecte François Guenepin, au 62 route des Gardes.

Le château lui-même est démoli en 1823 à l'initiative du promoteur Achilles Guillaume, qui lotit le domaine en 1825. Il fait construire de belles maisons par l'architecte François Guenepin (V. des exemples conservés 62 route des Gardes et, peut-être, 2 rue du Bassin) sur de vastes parcelles en respectant le plan général du domaine, transformant les ailes du château pour créer une place qui portera son nom. À sa mort, le lotissement n'est pas achevé. Il est traversé vers 1838 par la ligne de chemin de fer où Dumont d'Urville trouvera la mort en 1842. Au fil des années, les vastes parcelles sont subdivisées en lots plus modestes. En 1925, la compagnie Pharos effectue un ultime lotissement entre les avenues du 11 novembre, Eiffel et la rue Bussières.

Les derniers vestiges du château disparaissent de 1943 à 1972, à l'exception de la glacière et de la terrasse (48° 49′ 19″ N 2° 13′ 40″ E / 48.82194, 2.2278). Une grande partie du jardin anglais de Mesdames, respecté par Guillaume, notamment l'une des fabriques, la « Tour des Dames de France », subsiste jusque dans les années 1960.

Architecture extérieure et jardins[modifier | modifier le code]

Plan d'ensemble du domaine de Bellevue vu depuis la Seine coulant en contrebas

Par sa conception, Bellevue marque une date importante dans l'évolution du château français. Le bâtiment, de plan massé, quasiment carré, est une construction à deux étages, typique des maisons de plaisance qui deviennent alors à la mode et dont on trouvera le développement parfait au Petit Trianon. Elle comprend neuf travées en façade et six sur les côtés. Le décor quasiment identique des quatre façades, simplement couronnées de frontons triangulaires décorés en haut-relief par Guillaume II Coustou, souligne encore le caractère ramassé du bâtiment. Au premier étage, dix-huit consoles placées entre les travées portent des bustes, pour la plupart des portraits d'empereurs romains sélectionnés par Tournehem dans le magasin des marbres de Folichancourt.

De taille relativement modeste, Bellevue fait davantage penser à la maison d'un riche particulier qu'à un château royal. De fait, il a été conçu à l'origine non pas pour le Roi lui-même mais pour la marquise de Pompadour, qui souhaitait y recevoir Louis XV dans l'intimité.

À l'intérieur, on a conservé sur l'axe principal l'enfilade classique vestibule-salon, mais les pièces situées au centre des petits côtés sont orientées selon un axe perpendiculaire. Au rez-de-chaussée, le vestibule et le salon, servant aussi de salle à manger d'apparat, sont dallés de marbre. L'escalier principal est coiffé d'un lanterneau vitré. La diminution du nombre de pièces s'accompagne d'une réduction drastique des espaces réservés au service, rejetés dans les dépendances qui s'ordonnent dans un quadrilatère rejeté au sud du château. Les deux bâtiments bas édifiés de part et d'autre de la cour d'honneur, de plan ovale fermée par une grille, abritent pour celui du nord l'appartement des bains, orné de peintures de François Boucher, la conciergerie, la ménagerie et les poulaillers, et pour celui du sud un théâtre « à la chinoise », le service de la bouche, les écuries pour trente-sept chevaux, les remises et la chapelle du commun.

Dessiné par Garnier d'Isle, le parc est divisé en deux parties : l'une, au nord, s'étage habilement au-dessus de la Seine, en s'adaptant ingénieusement, par des allées courbes se croisant en X, à un terrain en très forte pente ; l'autre, au sud, au-delà de la cour, comprend deux séries de bosquets de part et d'autre d'un tapis vert. L'accès se fait selon un axe transversal est-ouest parallèle au grand côté du château.

Décors intérieurs[modifier | modifier le code]

Portrait de Madame Victoire par Adélaïde Labille-Guiard (1788). Madame Victoire représentée devant une statue de l'Amitié au château de Bellevue.

À Bellevue, Madame de Pompadour a fait réaliser des décors intérieurs du plus grand raffinement. Les deux niches du vestibule sont ornées de « la Musique » d'Étienne Maurice Falconet et de « la Poésie » de Lambert-Sigisbert Adam (Adam l'aîné) (les deux œuvres se trouvent aujourd'hui au Musée du Louvre). Le grand salon et le salon de compagnie sont ornés de boiseries de Jacques Verberckt, de dessus-de-porte de Jean-Baptiste Oudry et de trumeaux de Carle Van Loo. L'escalier est peint en trompe-l'œil par Paolo Antonio Brunetti. Au premier étage, la chapelle, située au centre, comporte un tableau d'autel de François Boucher, L'Adoration des bergers (Lyon, musée des Beaux-Arts). L'appartement du roi comprend un cabinet doré réalisé par Verberckt et Boucher.

Le mobilier du château, de style rocaille, commandé par la Marquise de Pompadour intégrera les collections royales lors de la revente du domaine à Louis XV. Mesdames Victoire, Adélaïde et Louise de France, propriétaires du château à l'époque de Louis XVI, y commanderont d'importants ensembles mobiliers à la dernière mode néo-classique. Aujourd'hui, certains meubles d’ébénisterie et de menuiserie de Bellevue sont conservés au Musée du Louvre, au Château de Versailles et au Musée des Arts décoratifs à Paris.

Éléments subsistants[modifier | modifier le code]

Ruines des glacières du château de Bellevue

Il ne subsiste que peu de choses du domaine de Bellevue ; l’ensemble étant protégé :

Postérité[modifier | modifier le code]

La maquette[modifier | modifier le code]

Le département des cartes et plans de la Bibliothèque nationale de France conserve la maquette du château de Bellevue précieusement protégée par une cloche et posée sur le plateau d’un meuble en forme de Guéridon à cinq pieds en bois doré et sculpté. La maquette a été réalisée par P. N. Le Roy en 1777. Présente dans les appartements de Mesdames à Versailles jusqu’en 1792, saisie et confiée au garde-meuble de 1807 à 1815, elle a été achetée en 1827 par la Bibliothèque nationale et attribuée au département. Elle a été présentée en 1875 lors de l’exposition cartographique du Congrès international des sciences géographiques et en 1989, dans « 1789, Le patrimoine libéré »[8]

Pour approfondir[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Christian Bisch, Meudon-Bellevue, 1750-2000 : du château de la marquise de Pompadour aux laboratoires du CNRS, Presses du CNRS
  • Paul Biver, Histoire du château de Bellevue, Paris, Enault, 1933
  • Jean-Marie Pérouse de Montclos (dir.), Guide du patrimoine Île-de-France, Paris, Hachette, 1992
  • F. et M.-J. Villadier, Bellevue, deux siècles d'histoire, Meudon, s.d.
  • Catalogue de l'exposition Madame de Pompadour et les arts, château de Versailles, Paris, R.M.N, 2002
  • Les Gabriel, ouvrage collectif présenté par Michel Gallet et Yves Bottineau, Paris, Éditions Picard, 1982 et 2004
  • F. Villadier, Bellevue, le château de la marquise de Pompadour à Meudon, Meudon, s.d.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]


Sur les autres projets Wikimedia :