Victor Riqueti de Mirabeau

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Victor Riqueti de Mirabeau

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Naissance 5 octobre 1715
Pertuis
Décès 13 juillet 1789 (à 73 ans)
Argenteuil
Nationalité Drapeau de la France France
Profession

Victor Riqueti, marquis de Mirabeau, dit « l'ami des hommes », né à Pertuis le 5 octobre 1715, et mort à Argenteuil le 13 juillet 1789, est un économiste et philosophe français.

Biographie[modifier | modifier le code]

Famille[modifier | modifier le code]

Victor Riqueti, qui reçut le baptême à l'église paroissiale de Pertuis, fut marquis de Mirabeau, comte de Beaumont-de-Pertuis, vicomte de Saint-Mathieu, baron de Pierre-Buffière et en cette qualité premier baron du Limousin, seigneur de Roquelaure, de Négréaux, de Saint-Auquille, de Pierre-Aigue, du Bignon, Chéronnac, de Brie, Champagnac, Puyméreau[1]…, ce à la mort de son père (1737) et du fait de son mariage (1743).

Le marquis de Mirabeau est le premier de sa famille à délaisser la carrière militaire pour se diriger vers celle des lettres. Il fait partie de l’école des physiocrates et publie notamment l’Ami des hommes ou Traité sur la population (1756) et surtout Philosophie rurale ou économie générale et politique de l'agriculture, réduite à l'ordre immuable des lois physiques et morales qui assurent la prospérité des empires (1763). Il est le père du Honoré-Gabriel Riqueti, comte de Mirabeau, et de André Boniface Louis Riqueti, vicomte de Mirabeau, deux grandes figures de la Révolution française.

Un jeune officier (1728-1743)[modifier | modifier le code]

Victor Riqueti reçoit une éducation très stricte. Il est d’abord reçu dans l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem au Grand Prieuré de Saint-Gilles, le 1er septembre 1718, à l’âge de trois ans[2]. Il entre en 1728, à treize ans, à l'armée comme enseigne, et devient capitaine de grenadiers au régiment de Durfort-Duras, dont son père avait été colonel et qu’il avait vendu en 1712 au marquis de Gensac. Il se distingue aux sièges de Kehl et de Philippsburg, à l’attaque des hauteurs de Dettingen, où il est blessé, et aux combats de Hispersberg et de Clausen[3].

Le marquis de Mirabeau fait la campagne de Bavière en 1741-1742 dans le régiment de son père qui est décédé en 1737, et il est décoré de la croix de l’ordre royal et militaire de Saint-Louis en 1743. Comme il ne peut acheter un régiment, il quitte l’armée.

En 1740, le marquis de Mirabeau, sur le conseil d’un ami qui lui conseille de se rapprocher de Versailles achète le château du Bignon[4]. C’est dans ces lieux que se réunissaient les physiocrates. Mirabeau achète aussi un hôtel particulier à Paris en 1741. Pendant six années quand il n’est pas à la guerre, il dilapide l’héritage de son père, mort en 1737, en compagnie de son cousin Luc de Clapiers, marquis de Vauvenargues et du poète Lefranc de Pompignan.

Son mariage (1743)[modifier | modifier le code]

Le 21 avril 1743, le marquis de Mirabeau épouse Marie Geneviève de Vassan, vicomtesse de Saint Mathieu, baronne de Pierre-Buffière etc., veuve de Jean François de Ferrières, chevalier, marquis de Sauvebœuf. Elle est fille de Charles, marquis de Vassan, etc., brigadier des armées du roi, chevalier de l’ordre royal et militaire de Saint-Louis, et d’Anne Thérèse de Ferrières de Sauvebœuf, première baronne du Limousin, vicomtesse de Saint Mathieu etc. La mariée est fort riche, mais point belle, selon ses contemporains. Cela n’est pas très grave, le marquis se marie sans la voir précédemment et continue à avoir de nombreuses maîtresses.[réf. nécessaire]

En 1757, le marquis de Mirabeau se sépare de sa femme avec éclat. Il a cru pouvoir la reléguer au fin fond de la province par une lettre de cachet. Elle décide de venir à Paris en 1772, et commence à lui faire des procès pour obtenir une séparation des biens, que son mari s’est appropriés. Il vit alors publiquement avec Madame de Pailly, une Suissesse qui est sa maîtresse depuis 1756. Il obtient grâce à ses amis ministres 54 lettres de cachet contre les siens[5][Quoi ?]. Après bien des procès, et malgré l’appui de ses amis, il se retrouve ruiné et malade.

Un économiste et un philosophe[modifier | modifier le code]

Dès 1735, le marquis de Mirabeau s’intéresse aux théories d’économie politique. Quand il est en garnison à Bordeaux, Mirabeau père fait la connaissance de Montesquieu, et après avoir quitté l’armée Mirabeau fils lui écrit et lui envoie son premier travail, son Testament politique en 1747. Il préconise pour la prospérité de la France un retour aux valeurs de la noblesse française médiévale. L’ouvrage qui suit est écrit en 1750 et a comme titre : Utilité des états provinciaux. Il prône que les institutions provinciales s’épanouissent à partir de la province et soient organisées par elle, et est empreint de nostalgie nobiliaire.

En 1756, a lieu la parution de l’Ami des hommes ou Traité sur la population. L’ouvrage va contribuer à la renommée de son auteur. Économiste politique, il paraphrase en partie François Quesnay (1694-1774) et ses amis de l’école des Physiocrates, mais ce livre a été vraiment écrit avant que le marquis fasse la connaissance du médecin de Madame de Pompadour.[réf. nécessaire] D’après l’auteur la vraie richesse ne consiste que dans la population. Or la population dépend de sa subsistance, et la subsistance ne se tire que de l’agriculture. Ainsi pour ce physiocrate convaincu, tout dépend de l’agriculture. Mirabeau se range derrière l’idée que Plus vous faites rapporter à la terre et plus vous la peuplez. La cinquième partie est datée de 1760.

En 1760, le marquis de Mirabeau est emprisonné, pendant cinq jours, à la prison du château de Vincennes.

Néanmoins fier d’avoir fait parler de lui et d’avoir été censuré[précision nécessaire], le marquis rédige de nombreux autres écrits philanthropiques, entre autres la Théorie de l’Impôt. À l’occasion de ce dernier ouvrage en 1760, il est emprisonné, pendant cinq jours, à la prison du château de Vincennes, puis exilé, pendant deux mois, au Bignon. Il s’en est pris aux fermiers généraux avec une véhémence qui annonce déjà celle de son fils.

Dans son château, l’école des physiocrates est vraiment fondée, et en 1765 le marquis achète Le journal de l’agriculture, du commerce, et finances, qui devient la revue de l’école.

Léopold II d'Autriche, futur empereur, le margrave de Bade, Turgot et les rois Stanislas II de Pologne et Gustave III de Suède sont ses lecteurs et sont en partie influencés par ses idées.[réf. nécessaire] Il est même fait grand croix de l’Ordre de Vasa.

Les admirateurs du marquis de Mirabeau sont parfois des personnalités fort différentes. Le Dauphin, Louis de France (1729-1765) qualifie l’Ami des hommes de « bréviaire des honnêtes gens » et le cite sans cesse[réf. nécessaire]. Il veut même confier l’éducation du futur Louis XVI à Mirabeau, mais finalement un militaire très catholique et conservateur lui sera préféré[6]. L'ami des hommes offre aussi l’hospitalité à Jean-Jacques Rousseau, mais il le remercie juste par quelques formules de politesse[7].

Le marquis de Mirabeau fait cultiver ses terres du Bignon, près de Paris, avec les nouvelles techniques agricoles de l'agronomie appliquée.

En 1763, il écrit une Philosophie rurale. Puis, entre 1767 et 1768, des Lettres sur la dépravation, la restauration et la stabilité de l’ordre rural, qui illustrent la continuité de son approche moralisante.

La fin de sa vie[modifier | modifier le code]

Sa fortune diminue du fait de l’état d’abandon où il laisse ses principales terres, par de ruineux essais agricoles et par l’entreprise, infructueusement dispendieuse, d’une grande exploitation de mines. Il achète, en Gascogne, le duché de Roquelaure, dont il espère obtenir le titre.

Son jeune frère, Jean Antoine Riquetti, le chevalier de Mirabeau, général des galères de Malte, revient en France, en 1767, et prend en charge le château des Mirabeau et aide le marquis dans ses procès désastreux. Néanmoins, le château du Bignon doit être vendu.

Le marquis de Mirabeau meurt à Argenteuil, le 13 juillet 1789, la veille même du jour de la prise de la Bastille. Dans l’église paroissiale des Bénédictins d’Argenteuil, une simple pierre couvre son tombeau en 1790, quand la municipalité lui rend hommage.

Famille, mariage et descendance[modifier | modifier le code]

Le marquis de Mirabeau est le fils de Jean-Antoine de Riquety (1666-1737), un brigadier des armées du roi, infirme des deux bras après avoir été blessé de multiples fois. Il refuse pour cette raison la charge de lieutenant-général pour le roi en Dauphiné. Sa mère, Françoise de Castellane, est la fille du marquis Jean-François de Castellane. Son père a été Page du Grands maîtres de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem et son frère est général des galères de Malte.

Le 21 avril 1743, le marquis de Mirabeau épouse Marie Geneviève de Vassan. Ils ont dix enfants :

Les papiers personnels de la famille Riquetti de Mirabeau et de Victor Riquetti de Mirabeau sont conservés aux Archives nationales sous la cote 119AP[8].

Œuvres de Victor Riqueti de Mirabeau[modifier | modifier le code]

Les principaux écrits du marquis de Mirabeau sont :

  • Voyage de Languedoc et de Provence, édition entièrement différente de celle d’Amsterdam et plus correcte que celle d’Avignon, 1745.
  • Examen des Poésies sacrées de Le Franc de Pompignan, 1755.
    Petit ouvrage fastidieux et ridicule panégyrique, que Pompignan a la maladresse d’adopter dans une édition de luxe qu’il donna de ses poésies.
  • L’Ami des hommes, ou Traité de la Population, Hambourg : Chretien Hérold, 1756-1762, 6 vol. in-12 Texte en ligne .
  • Dialogue entre le Surintendant d’O et L.D.H., contenu dans : Précis de l’organisation, ou Mémoire sur les États provinciaux, 1757-1758.
  • Réponse du correspondant à son banquier, 1759.
  • Lettres sur la dépravation de l’ordre légal… ; Lettres sur la restauration de l’ordre légal, précédé du Discours sur cette question, quelle est la vertu la plus nécessaire aux héros, et quels sont les héros à qui cette vertu a manqué, 1759.
  • Lettre sur les corvées, 1760.
  • Tableau économique avec ses explications, 1760.
  • Théorie de l’Impôt, Paris, 1760.
  • Mémoire sur l’agriculture, envoyé à la très louable société d’agriculture de Berne; avec l’extrait des six premiers livres du Corps complet d’économie rustique de feu M. Thomas Hale, 1762.
  • avec François Quesnay, Philosophie rurale ou Économie générale et particulière de l’agriculture, réduite à l’ordre immuable des lois physiques et morales qui assurent la prospérité des empires, Amsterdam (Paris) : libraires associés, 1763, in-4°, XXVI-412 p. (ou 3 vol. in-12) Texte en ligne ; abrégé sous le titre Éléments de la philosophie rurale, La Haye : libraires associés, 1767-1768, in-12, II-CVI-241 p. et tableau.
  • Éphémérides du citoyen, 1765-1772.
  • Lettres sur le commerce des grains, 1768.
  • Les Économiques, par L. D. H. (L’Ami des hommes.), Dédiées au grand-duc de Toscane. Amsterdam, 1769.
  • Lettres d’un ingénieur de province un intendant des ponts-et-chaussées, роur servir de suite à l’Ami des homme, Avignon (Paris), 1770.
  • Lettres économiques, Amsterdam, 1770.
  • Les Devoirs, imprimé à Milan, au monastère de Saint-Ambroise, en 1770. Ce titre est une allusion à l’un des traités les plus connus du saint archevêque de Milan.
  • Leçons économiques (Abrégé), Abrégé des principes de l’économie politique, 1773.
  • Science (la), ou les Droits et les Devoirs de l’Homme. Par L. D. H., Lausanne, Grasset, 1774.
  • Lettres sur la législation, Ou l’ordre légal dépravé, rétabli et perpétué, L. D. H. Berne, 1775.
  • Nouvelles éphémérides économiques. Troisième partie. Événements publics. no 1er Éloge funèbre de M. François Quesnay, prononcé… dans l’assemblée de ses disciples par M. le Mis de Mirabeau, 1775.
  • Entretiens d’un jeune prince avec son gouverneur, ouvrage divisé en trois parties… 1785.
  • Recueils de contes et nouvelles, par M. le marquis de M***, 1785.
  • Mémoire concernant l’utilité des États provinciaux, relativement à l’autorité royale, aux finances, au bonheur, & à l’avantage des peuples, 1787.
  • Rêve d’un goutteux, (vers la fin de 1788)[9].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. La Chesnaye-Desbois
  2. La Chesnaye-Desbois.
  3. Nouvelle Biographie générale, depuis les temps les plus reculés jusqu’à nos jours avec les renseignements bibliographiques et l’indication des sources à consulter, sous la dir. de Mr. le Dr. Hoefer, p. 627
  4. Le château de Bignon.
  5. Revue de Saintonge & d’Aunis, Bulletin de la Société des archives historique…, 1896, p. 312
  6. Bernard Vincent, Louis XVI, Gallimard Folio biographies, 2006, page 31.
  7. Nouvelle Biographie générale, depuis les temps les plus reculés jusqu’à nos jours avec les renseignements bibliographiques et l’indication des sources à consulter, sous la dir. de Mr. le Dr. Hoefer, p. 627
  8. Archives nationales
  9. Nouvelle biographie générale, depuis les temps les plus reculés jusqu’à nos jours avec les renseignements bibliographiques et l’indication des sources à consulter, sous la dir. de Mr. le Dr. Hoefer, p. 627, B.N.F. et La France littéraire, ou Dictionnaire bibliographique des savants…, p. 154 et 155.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • René de La Croix de Castries, Mirabeau ou l’échec d’un destin, Paris, Fayard, 1960.
  • Louis de Loménie, Les Mirabeau : nouvelles études sur la Société française au XVIIIe siècle, Paris, Dentu, 1879-1891, 2 vol.
  • Anthony Mergey, « La question des municipalités dans l’Introduction au Mémoire sur les États provinciaux du marquis de Mirabeau (1758) », Revue de la recherche juridique - Droit prospectif, 2, 4, 2006, p. 2523-2548 (ISSN 0249-8731))
  • Henri Ripert, Le Marquis de Mirabeau, ses théories politiques et économiques, Paris, A. Rousseau, 1901.
  • Albert Soboul (avant propos d’), Les Mirabeau et leur temps, Société des études, Centre aixois d’études et de recherches sur le XVIIIe siècle, 1968.