Edgar Quinet

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Edgar Quinet

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Edgar Quinet vu par André Gill. Portrait paru en 1873 dans Le Trombinoscope de Touchatout

Nom de naissance Edgar Quinet
Activités Écrivain & historien
Naissance 17 février 1803
Bourg-en-Bresse
Décès 27 mars 1875 (à 72 ans)
Versailles
Langue d'écriture Française

Œuvres principales

  • Tablettes du juif errant
  • La Grèce moderne
  • Ahasverus
  • L'enseignement du Peuple
  • Aucune machine ne vous exemptera d'être homme

Compléments

Jean Louis Edgar Quinet, né à Bourg-en-Bresse (Ain) le 17 février 1803 et mort à Versailles le 27 mars 1875, est un écrivain, historien et homme politique français.

Enfance et Vie personnelle[modifier | modifier le code]

Edgar Quinet est né à Bourg-en-Bresse, dans le département de l'Ain. Son père, Jérôme Quinet, fut commissaire de l'armée de tendance républicaine. Profondément écœuré par l'épopée napoléonienne, il démissionna et se dévoua à l'avancement des sciences et des mathématiques. Sa mère, Eugénie Rozat Lagis, exerça une grande influence sur lui. Bien que calviniste, elle le laissa baptiser dans le catholicisme. Il fut envoyé à l'école à Bourg puis à Lyon. Son père voulait qu'il quitte rapidement l'école pour s'engager dans l'armée ou se lancer dans les affaires. Cependant, le jeune Quinet, qui était attiré par la littérature, finit par avoir gain de cause et put prolonger ses études.

Edgar Quinet se marie une première fois le 21 décembre 1834 avec Minna Moré, qui est allemande. La cérémonie a lieu à Boehl près de Grundstadt non loin de Heidelberg. Il est veuf en mars 1851 et se marie en secondes noces le 21 juillet 1852 avec Hermione Ghikère Asaky (1821-1900) à Bruxelles. Hermione, fille du poète moldave Georges Assaki (1788-1869), était son auditrice au Collège de France et divorcée depuis 1849 du prince Mourousi, petit-fils du prince régnant de Valachie et de Moldavie.

Carrière littéraire[modifier | modifier le code]

Sa première publication, les Tablettes du juif errant, parut en 1823. Frappé par la Philosophie der Geschichte de Herder, il entreprit de la traduire et commença par apprendre l'allemand. Il publia sa traduction en 1827, et obtint une reconnaissance rapide. Parallèlement, il fut présenté à Victor Cousin et à Jules Michelet. Il avait visité l'Allemagne et l'Angleterre avant la publication de son œuvre. Cousin lui obtint un poste pour participer en 1829 à la mission d'exploration scientifique en Grèce, qui accompagnait l’expédition de Morée, durant laquelle il se lia avec Jean-Baptiste Vietty. À son retour, il publia La Grèce moderne.

Ses espoirs de poste permanent après la révolution de 1830 furent balayés par sa réputation de républicain. Il était aussi franc-maçon, membre du Grand Orient de France[1]. Mais il rejoignit la Revue des deux Mondes, produisant notamment Les Épopées françaises du XIIe siècle et Chansons de geste. Son premier ouvrage important, un poème en prose intitulé Ahasverus, fut publié en 1833. Il a été le titulaire de la chaire de Langues et littératures de l’Europe méridionale au Collège de France (1841-1852  : révoqué ; rétabli en 1870-1875)[2].

Participation à la vie politique[modifier | modifier le code]

La deuxième République[modifier | modifier le code]

Edgar Quinet, républicain convaincu, s'inscrit dans le processus démocratique dès 1848. En février 1848, il participe à la campagne des banquets au côté d'autres universitaires de renom, comme Michelet. Avec l'avènement de la IIe République, il se fait élire député de l'Ain à la Constituante de 1848, puis réélire en 1849. Bien qu'hostile aux insurrections des Journées de Juin 1848, qu'il estime dangereuses pour la démocratie[3], il reste néanmoins opposé aux monarchistes et aux bonapartistes qui réclament l'ordre.

Le second Empire ou l'exil[modifier | modifier le code]

Le coup d'État du 2 décembre 1851 de Louis Napoléon Bonaparte est un véritable deuil privé pour Edgar Quinet. Il pense alors pouvoir lutter, mais lorsque son collègue Baudin, lui aussi député de l'Ain est tué sur les barricades le 3 décembre 1851, il comprend alors que toute lutte est vaine[4]. Cette déconvenue le détache durablement de ses élans romantiques[5]. Avec d'autres écrivains engagés, comme Victor Hugo, il doit s'exiler. Malgré l'amnistie accordée par Napoléon III en 1859, il refuse de rentrer en France. Sa vie est bouleversée. "Au moment où je posais le pied de l'autre côté de la frontière et où je dis à la patrie un adieu peut-être éternel, je me retournai et la terre manqua sous mes pas. Depuis cette heure, mon esprit se sentit déraciné comme la feuille que le vent a détaché de l'arbre... Je n'étais plus l'hôte de personne. Sitôt que j'avais trouvé un foyer quelque part, la menace arrivait ; il fallait songer à partir[6]". En effet, la Belgique, sa terre d'accueil se méfie de lui et le surveille : elle a peur des « rouges ». Néanmoins, Genève lui offre une chaire de philosophie morale, en 1868. La ville suisse le reconnait alors en tant que champion de la liberté.

Grâce à ses publications, en particulier La Révolution, dont l'édition française est écoulée en six jours en 1865, il devient alors "la conscience du parti républicain", en influençant toute une génération de jeunes républicains des années 1860. Il lutte pour faire sortir les républicains de la mystification, de la mythologie de la révolution. Il est lu passionnément par Jean Jaurès ou encore Jules Ferry, malgré la censure. Il publie ainsi dès 1850 L'enseignement du Peuple, qui, plus tard, influence fortement la politique d'éducation de Ferry. Il entretient aussi des relations avec les républicains. En 1857, alors que Napoléon III impose des candidatures officielles, et que ses préfets font pression sur les candidats, certains républicains arrachent quelques mandats. Il les exhorte alors à ne pas prêter serment, ce serait blanchir de la "masse des crimes de décembre[7]".

Le retour en France[modifier | modifier le code]

Tombe d'Edgard Quinet dans le cimetière du Montparnasse à Paris.

De retour d'exil en 1870, il vit une véritable ferveur patriotique et démocratique. Il se présente aux élections du 10 septembre 1870 dans le département de l'Ain, mais il n'est pas élu. En revanche, il termine cinquième à Paris derrière Louis Blanc, Victor Hugo, Giuseppe Garibaldi (qui n'était même pas candidat) et Léon Gambetta. À l'Assemblée de Bordeaux, il s'oppose régulièrement, par des discours et des écrits, à la politique d'Adolphe Thiers, et en particulier à la restitution de l'Alsace et de la Lorraine. Vivant douloureusement la défaite face aux Prussiens et le retour des forces conservatrices menées par Thiers, Quinet s'isole. Il rejette violemment ce qu'il appelle « la République sans républicains »[8]. Il meurt en 1875, juste avant que le régime ne s'ancre durablement dans la république grâce aux lois constitutionnelles de 1875.

Ses idées[modifier | modifier le code]

Edgar Quinet est connu de nombreux écoliers pour une dictée, celle de son texte Aucune machine ne vous exemptera d'être homme (La révolution religieuse au XIXe siècle) où il met en garde contre la croyance naïve en un progrès des transports mécaniques et des communications que nous n'aurions plus qu'à attendre pour voir arriver le paradis sur Terre. Il avertit que « plus ce progrès se développe, et avec eux les pouvoirs, plus les hommes devront être vigilants à ce que ces pouvoirs ne soient pas tournés contre eux par des personnes inciviques ou malveillantes ». Il cite l'exemple de Caligula et des magnifiques voies romaines qui couvraient tout l'Empire et ne servaient plus qu'à « acheminer à ses quatre coins les ordres d'un dément ».

Les idées qu'il exprime à travers son œuvre en font un précurseur dans bien des domaines :

  • il a entrevu les dangers de l'hégémonie prussienne (Le système politique de l'Allemagne - 1831)
  • il jette les bases de "l'enseignement national, obligatoire et laïque" et préconise l'Enseignement primaire supérieur pour les jeunes filles (L'enseignement du peuple - 1850)
  • il exprime ses idées sur la démocratie dans La République (1872) et L'Esprit nouveau (1874).

Citations[modifier | modifier le code]

  • Il s'agit ici non seulement de réfuter le papisme, mais de l'extirper; non seulement de l'extirper, mais de le déshonorer. (Le Livre de l'Exilé).
  • "La Terreur avait été la première calamité; une seconde, qui perdit la République, fut le procès fait à la Terreur" [9].

Œuvre[modifier | modifier le code]

  • Considérations philosophiques sur l’art, thèse de philosophie, F.-G. Levrault, Strasbourg, 1839.
  • Les Tablettes du Juif-errant, ou ses récriminations contre le passé, sans préjudice du présent, A. Beraud, Paris, 1823.
  • De la Grèce moderne, et de ses rapports avec l’antiquité, F.-G. Levrault, Paris, 1830.
  • Rapport à M. le Ministre des travaux publics sur les épopées françaises du XIIe siècle restées jusqu’à ce jour en manuscrits dans les bibliothèques du Roi et de l’Arsenal, F.-G. Levrault, Paris, 1831.
  • De l’Allemagne et de la Révolution, Paulin, Paris, 1832.
  • Ahasvérus, Ad. Guyot, Paris (et Baillères, Londres), 1834.
  • Napoléon, poème, A. Dupont, Paris, 1836.
  • Prométhée, E. Laurent, Bruxelles, 1838.
  • Allemagne et Italie : philosophie et poésie, Desforges, Paris/Leipzig, 1839.
  • 1815 et 1840, Paulin, Paris, 1840.
  • Avertissement au pays, Paulin, Paris, 1841.
  • Du Génie des religions, Charpentier, Paris, 1842.
  • De la Liberté de discussion en matière religieuse : discours prononcé au Collège de France, le 10 mai 1843, Lange Lévy, Paris, 1843.
  • Réponse à quelques observations de M. l’archevêque de Paris, Comptoir des imprimeurs unis, Paris, 1843.
  • L’Ultramontanisme, ou l’Église romaine et la société moderne, Comptoir des imprimeurs unis, Paris, 1844.
  • Le Christianisme et la Révolution française, Comon, Paris, 1845.
  • Mes vacances en Espagne, Comptoir des imprimeurs unis, Paris, 1846.
  • La France et la Sainte-Alliance en Portugal, 1847, Joubert, Paris, 1847.
  • Les Révolutions d’Italie, Chamerot, Paris, 1848-1851.
  • La Croisade autrichienne, française, napolitaine, espagnole, contre la République romaine, Chamerot, Paris, 1849.
  • L’Enseignement du peuple, Chamerot, Paris, 1850.
  • L’État de siège, Chamerot, Paris, 1850.
  • L’Impôt sur le capital dans la république de Florence, lettre à M. Emile de Girardin, Chamerot, Paris, 1850.
  • Le Champ de bataille de Waterloo, De Vigny, Paris, 1851.
  • Révision, Librairie nouvelle, Paris, 1851.
  • Les Esclaves, poème dramatique en 5 actes et en vers, Vanderauwera, Bruxelles, 1853.
  • Fondation de la République des Provinces-Unies : Marnix de Sainte-Aldegonde, Delahays, Paris, 1854.
  • Merlin l’enchanteur, Michel Lévy frères, Paris, 1860.
  • L’Expédition du Mexique, imprimerie Pache, Lausanne 1862, 20 p. & W. Jeffs, Londres, 1862, 39 p. [1]
  • Histoire de la campagne de 1815, Michel Lévy frères, Paris, 1862.
  • Pologne et Rome, E. Dentu, Paris, 1863.
  • La Révolution, Lacroix, Paris, 1865 ; rééd. chez Belin, avec une préface de Claude Lefort, 1987.
  • Le Réveil d’un grand peuple, Le Chevalier, Paris, 1869.
  • La Création, Librairie internationale, Paris, 1870.
  • Le Siège de Paris et la défense nationale, Librairie internationale, Paris, 1871.
  • La République. Conditions de la régénération de la France, Dentu, Paris, 1872.
  • L’Esprit nouveau, Dentu, Paris, 1875.
  • Le Livre de l'Exilé, Dentu, Paris, 1875.
  • Histoire d'un enfant (Histoire de mes idées) Hachette et Cie, Paris 1905.

Hommages[modifier | modifier le code]

Plusieurs lycées, dont un à Bourg-en-Bresse sa ville natale, portent son nom.

Un amphithéâtre de la Sorbonne porte également son nom.

Une station du métro de Paris porte son nom, ainsi qu'un boulevard à Paris.

La dernière classe de croiseur cuirassé français dans la marine française fut la classe Edgar Quinet

Une rue du centre de Bucarest porte son nom : strada Edgar Quinet.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Michel de Soulages et Hubert Lamant, Dictionnaire des Francs-Maçons européens, Dualpha Éditions, Coulommiers, 2005, 1065 pages, isbn 2-915461-13-9, p. 784
  2. « Professeurs depuis 1530 »
  3. Michel Winock, Les Voix de la Liberté, p. 550, ed. Seuil 2001
  4. Michel Winock, Les Voix de la Liberté, p. 550, ed. Seuil 2001
  5. Daniel Lindenberg, introduction à L'enseignement du peuple, de Edgard Quinet, Pluriel 2001
  6. Edgar Quinet, Le Livre de l'exilé, Dentu, 1875 p. 1
  7. Edgar Quinet, Lettres d'exil, op. cit., I, p. 224
  8. Daniel Lindenberg, introduction à L'enseignement du peuple, de Edgard Quinet,Pluriel 2001
  9. Edgard Quinet, La révolution, Lacroix, Paris, 1865, p.628

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Notices d’autorité : Fichier d’autorité international virtuel • Bibliothèque nationale de France • Système universitaire de documentation • Bibliothèque du Congrès • Gemeinsame Normdatei • WorldCat
  • Ernest Seillière, Edgar Quinet et le mysticisme démocratique, Société d’économie sociale, Paris, 1919.
  • Henri Tronchon, Le jeune Edgar Quinet ou l'aventure d'un enthousiaste, Paris, Publications de la Faculté des Lettres de Strasbourg, 1937.
  • Madeleine David, Edgar Quinet et l'histoire des religions, Paris, PUF, 1953.
  • Georgette Vabre-Pradal, La Dimension historique de l’homme ou le Mythe du Juif errant dans la pensée d’Edgar Quinet, A. G. Nizet, Paris, 1961.
  • John Bartier, Edgar Quinet et la Belgique ; in: Edgar Quinet, ce juif errant - Actes du colloque international de Clermont-Ferrand: Centenaire de la mort d'Edgar Quinet (1978); publication de la Faculté des Lettres et Sciences humaines de l'Université de Clermont-Ferrand II, Nouvelle série, fascicule 2 (1978), pp. 149–167.
  • Willy Aeschimann, La Pensée d’Edgar Quinet : étude sur la formation de ses idées, Paris/Genève, Anthropos/Georg, 1986.
  • François Furet, La Gauche et la Révolution au milieu du XIXe siècle. Edgar Quinet et la question du jacobinisme, Hachette, Paris, 1986.
  • O. Bétourné, I. Aglaia Hartig, "Edgard Quinet et Hannah Arendt: retour au politique" in Penser l’histoire de la Révolution française, La Découverte, 1989.
  • Tatiana Antolini-Dumas, L'Espagne et le Portugal d'Edgar Quinet, Presses Universitaires du Septentrion, Villeneuve d'Ascq, 1998.
  • Laurence Richer, Edgar Quinet : l’aurore de la République, Bourg-en-Bresse, Musnier-Gilbert, 1999.
  • Simone Bernard-Griffiths, Edgar Quinet Merlin romantique : le Mythe romantique de Merlin dans l'œuvre d'Edgar Quinet, Champion, Paris, 1999.
  • Michel Winock, Les voix de la liberté, les écrivains engagés du XIXe siècle, Éditions du Seuil, Paris, 2001.
  • Claude Quétel, « Edgar Quinet », Historia, no 796,‎ avril 2013, p. 21 (ISSN 0998-0091)

Articles connexes[modifier | modifier le code]