Bernard-René Jordan de Launay

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Marquis de Launay

Description de l'image  Le Marquis de Launay.png.
Nom de naissance Bernard-René Jordan de Launay
Naissance 8 ou 9 avril 1740
Paris
Décès 14 juillet 1789 (à 49 ans)
Paris
Nationalité Française
Pays de résidence Royaume de France
Activité principale Gouverneur de la Bastille
Ascendants
René Jourdan de Launay (père)
Charlotte Renée Aubry d'Armanville (mère)
Conjoint
Ursule Philippe
Geneviève Thérèse Le Boursier

Bernard René Jourdan, marquis de Launay[1] (8 ou 9 avril 174014 juillet 1789) est le dernier gouverneur de la Bastille. Lui-même fils d'un précédent gouverneur, il est commandant de sa garnison le 14 juillet 1789, au moment de la prise de la Bastille.

Biographie[modifier | modifier le code]

Arrestation du gouverneur de la Bastille, peinture de Jean-Baptiste Lallemand
« C’est ainsi que l’on se venge des traitres. »
Gravure de 1789 dépeignant des soldats ou des miliciens portant les têtes de Jacques de Flesselles et du marquis de Launay sur des piques.
Photocopie de la lettre de cachet signée par Louis XVI le 16 août 1785 et adressée au gouverneur de Launay. Elle concerne l'embastillement du cardinal de Rohan dans l'affaire du collier de la reine.

Le marquis Bernard-René la Jordanie de Launay est né dans la nuit du 8 au 9 avril 1740 à la Bastille, où son père occupe la fonction de gouverneur. À l'âge de huit ans, il est nommé au poste honoraire de mousquetaire du Roi. Il entre par la suite au régiment des Gardes françaises.

En 1776, il succède à Antoine-Joseph de Jumilhac au poste de gouverneur de la Bastille. Il sera le dernier d'entre eux. Il rachète la charge de gouverneur en versant à son prédécesseur la somme de 300 000 livres[2] (la charge de gouverneur de la Bastille était négociée, comme beaucoup de charges sous l'Ancien Régime). L'acquéreur du gouvernement de la Bastille était toujours certain de faire une bonne affaire s'il vivait longtemps. Une année, ou deux, dans la charge lui permettait largement de rembourser ses avances.

Jusqu'en 1777, il est le seigneur de Bretonnière, paroisse de Golleville, en Normandie.

Aucun événement notable ne vient marquer les treize années passées au poste de gouverneur de la Bastille, si ce n'est une grosse bévue qu'il commet le 19 décembre 1778 : comme les ordres n’arrivent pas, il ne fait pas tonner le canon — comme le voulait la tradition — afin de saluer la naissance de Madame Royale, fille aînée du roi Louis XVI et de la reine Marie-Antoinette.

14 juillet 1789[modifier | modifier le code]

Le 14 juillet 1789, au moment de la prise de la Bastille, aucun ordre ne parvient de Versailles, et le gouverneur de Launay doit s'en remettre à son seul jugement. Deux solutions s'offrent à lui : user de la force pour défendre loyalement la Bastille face à ses assiégeants, ou bien accepter la demande de ces derniers afin d'éviter le conflit.

Contrairement à Sombreuil, gouverneur de l'hôtel des Invalides, qui accepte plus tôt ce même jour les demandes des révolutionnaires, le marquis de Launay refuse de remettre les armes et la poudre que les assaillants sont venus chercher[3]. Il promet en même temps de ne pas tirer, à moins d'être attaqué, et entame des pourparlers avec deux délégués de l'hôtel de ville, mais les discussions prennent du temps. Une partie de la foule commence à s'impatienter et finit par entrer dans la cour extérieure de la forteresse après qu'un petit groupe casse les chaînes de sécurité du pont-levis[4]. Après sommation, la garnison ouvre le feu[3],[4],[5],[6],[7],[8] . Les assiégeants interprètent ceci comme une trahison de la part de Launay[5],[6],[7],[8]. Les combats qui s'ensuivent durent environ quatre heures, causant environ 100 pertes humaines parmi la foule et un mort parmi les défenseurs de la Bastille.

Pris de panique, de Launay menace de faire sauter la forteresse entière et le quartier environnant. Lâché par ses troupes, il finit par capituler en échange de la vie sauve pour lui et ses hommes, ce que les assaillants acceptent. Selon la légende, on ne trouve pas drapeau blanc, et le gouverneur doit brandir une serviette, voire son mouchoir personnel. Il fait passer ses conditions par une fente de la Bastille. Les portes sont donc ouvertes à la foule, qui prend la Bastille.

De Launay est arrêté et conduit sous escorte à l'hôtel de ville par un des chefs de l'insurrection, le soldat (et futur général) Pierre-Augustin Hulin. En place de Grève, la foule furieuse se jette sur lui et le lynche, en dépit de l'accord passé et de la tentative de médiation entamée par Ethis de Corny, procureur du roi de la ville de Paris. De Launay est ainsi poignardé à plusieurs reprises avec des baïonnettes et reçoit un coup de feu. Selon des témoignages, ce lynchage aurait été déclenché par de Launay lui-même qui, désespéré, aurait donné un coup de pied dans l'aine à un cuisinier au chômage nommé Desnot. Après le meurtre, sa tête est sciée par un boucher, Mathieu Jouve Jourdan. Elle est fixée au bout d'une pique et promenée dans les rues de la capitale. De Launay est ainsi une des premières victimes de la Révolution française, aux côtés d'autres défenseurs de la Bastille, également lynchés[7].

Témoignages de ses contemporains[modifier | modifier le code]

Selon Antoine de Rivarol, il avait « perdu la tête avant qu'on ne la lui coupât ».

La situation était telle que le baron Besenval, commandant militaire de l’Île de France, avait en vain demandé au maréchal de Broglie de le remplacer par un officier plus sûr et plus ferme.

Un des officiers assiégés, le lieutenant Deflue, laissera ce portrait peu flatteur :

« C’était un homme sans grandes connaissances militaires, sans expérience et de peu de cœur. (…) Dès le premier jour, j’appris à connaître cet homme par tous les préparatifs qu’il faisait pour la défense de son poste et qui ne rimaient à rien, et par son inquiétude continuelle et son irrésolution, je vis clairement que nous serions bien mal commandés si nous étions attaqués. Il était tellement frappé de terreur que la nuit, il prenait pour des ennemis les ombres des arbres et des autres objets environnants. Les Messieurs de l’état-major, le lieutenant du roi, le major de la place et moi-même, nous lui faisions très souvent des représentations, d’une part pour le tranquilliser sur la faiblesse de la garnison dont il se plaignait sans cesse, et d’autre part pour l’engager à ne pas se préoccuper de détails insignifiants et à ne pas négliger les choses importantes. Il nous écoutait, paraissait nous approuver et ensuite il agissait tout autrement, puis, un instant après, il changeait d’avis ; en un mot, dans tous ses faits et gestes, il faisait preuve de la plus grande irrésolution[9]. »

Descendance[modifier | modifier le code]

Jordan de Launay a eu trois filles de deux épouses[10] :

  • avec Ursule Philippe :
    • Adrienne Renée Ursule (née en 1764), épouse d’Henri François Joseph Chapelle, baron de Jumilhac, seigneur de Guigneville mestre de camp de cavalerie ; le contrat de mariage en date du 1er août 1839 de Adèle Anthoine-Maillard de Villetron, brue de Pauline-Élisabeth Regnard de Villetron, précise que la mariée apporte notamment en dot (article 8) la somme de 10 000 francs au comptant issue d'un don manuel de la baronne de Jumilhac qui la portait en grande affection. Adèle Maillard de Villetron est la grand mère de François Leuret, docteur et sénateur de la Gironde élu en 1945 ;
  • avec Geneviève Thérèse Le Boursier :
    • Catherine Geneviève Philippine (née en 1769), épouse de Philippe Charles Bruno d’Agay, comte d’Agay maître des requêtes ordinaires, fils de François Marie Bruno d’Agay,
    • Charlotte Gabrielle Ursule (née en 1770).

Peintures[modifier | modifier le code]

L'arrestation du marquis de Launay a fait l'objet d'une toile des peintres Charles Thévenin et Jean-Baptiste Lallemand.

Au cinéma[modifier | modifier le code]

Le rôle du marquis de Launay est interprété au cinéma par :

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Bien que les historiens aient pris l’habitude d’orthographier « Launay », l'intéressé signait « Launey » (l’orthographe des noms propres ne s'est rationalisée qu’au cours du XIXe siècle).
  2. La Bastille. Mémoires pour servir à l'histoire secrète du gouvernement Français Par Dufey page 290
  3. a et b Hampson, Norman, 1963. A social history of the French Revolution. P.74-75
  4. a et b Paris and the Politics of Revolution. At Liberty, Equality, Fraternity: Exploring the French Revolution, by Lynn Hunt and Jack Censer
  5. a et b George Rudé, Harvey J. Kaye. 2000. Revolutionary Europe, 1783-1815. P.73
  6. a et b Philip G. Dwyer, Peter McPhee. 2002. The French Revolution and Napoleon. P.18
  7. a, b et c GEO EPOCHE Nr. 22 - 05/06 - Französische Revolution
  8. a et b François Furet, Mona Ozouf, Arthur Goldhammer. 1989. A Critical Dictionary of the French Revolution. P. 125
  9. Cité par Claude Quétel, La Bastille, p. 353.
  10. Notes prises aux archives de l’état-civil par le comte de Chastellux, Archives nationales (inventaire après décès), archives départementales de la Seine (état-civil reconstitué).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]