Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais

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Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais

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Portrait de Beaumarchais par Jean-Marc Nattier (1755)

Autres noms Beaumarchais
Activités Philosophe, Écrivain et dramaturge
Naissance
Paris, Drapeau du Royaume de France Royaume de France
Décès (à 67 ans)
Paris, Drapeau français République française
Langue d'écriture Français
Mouvement Les Lumières
Genres Roman, Théâtre, poésie

Œuvres principales

Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais, né le 24 janvier 1732 à Paris où il est mort le 18 mai 1799 ; homme d'affaires français, musicien, poète et dramaturge est surtout connu pour ses talents d'écrivain.

L’une des figures emblématiques du siècle des Lumières, il est considéré comme un précurseur de la Révolution française et de la liberté d'opinion ainsi résumée dans sa pièce Le Mariage de Figaro : « Sans la liberté de blâmer, il n'est point d'éloge flatteur ».

Biographie[modifier | modifier le code]

Origine et famille[modifier | modifier le code]

Pierre-Augustin Caron est né le 24 janvier 1732 à Paris en France, où il a travaillé toute sa vie.

Fils d’horloger et frère de Vincent Caron, il est l’inve craint pas de confondre l'horloger du roi devant toute la cour.

Caron est également l’inventeur d’un mécanisme de perfectionnement destiné aux pédales de harpes.

Il se marie une première fois le 27 novembre 1756 avec Madeleine-Catherine Aubertin, veuve Franquet[1].L'épousée est de dix ans son aînée mais possède des biens. Il se fait dès lors appeler « de Beaumarchais », nom d’une terre qui appartient à son épouse et qui donne l'illusion de la noblesse.

Madeleine-Catherine meurt dès l'année suivante à 35 ans. Immédiatement, le jeune veuf - il a 25 ans - est soupçonné d'assassinat et se trouve confronté au premier de la longue suite de procès et de scandales qui marqueront son existence.

Ses travaux et ses rencontres[modifier | modifier le code]

Madame Adélaïde solfiant, les filles du roi étaient des musiciennes consommées

Nonobstant les ennuis de sa vie privée, il commence à être connu. Il se lie d’amitié avec le financier de la Cour, Joseph Pâris Duverney qui favorise son entrée dans le monde des finances et des affaires. Il se lance alors dans les spéculations commerciales et déploie un tel génie en ce genre qu’en peu d’années il acquiert une grande fortune et achète une charge de secrétaire du roi qui lui confère la noblesse.

En 1759, faveur insigne, il est nommé professeur de harpe de Mesdames, les quatre filles du roi Louis XV, qui résident à la cour.

Patronné par un prince du sang, Louis-François de Bourbon, prince de Conti, il devient bientôt lieutenant général des chasses et commence à écrire de petites parades pour des théâtres privés (Les Bottes de sept lieues, Zirzabelle, Jean Bête à la foire) qui jouent sur un comique de mots et de corps proche de la farce.

Menant un train de vie aisé mais toujours à la merci d'une disgrâce, il se remarie en 1768 avec madame de Sotenville, la très riche veuve du garde général des Menus-Plaisirs née Geneviève-Madeleine Wattebled. Celle-ci meurt dès 1770, à 39 ans, après seulement deux ans de mariage, lui laissant une importante fortune. Face à ce second veuvage précoce, Beaumarchais est accusé de détournement d’héritage.

Intrigues et procès[modifier | modifier le code]

Les années 1770-1773 sont pour Beaumarchais des années de procès et de défaveur : outre ses démêlés avec le comte de la Blache, il est occupé par la succession testamentaire de Joseph Pâris Duverney qui va entraîner l’affaire Goëzman. Il y manifeste un art consommé des factums, allant jusqu’à renouveler le genre, mais il y perd sa fortune, ses alliés et ses droits civiques.

Cependant expert en intrigues et marchandages de toutes sortes, il est en mars 1774 une première fois envoyé à Londres pour négocier la suppression du libelle les Mémoires secrets d’une femme publique de Théveneau de Morande, dirigé contre la comtesse du Barry, favorite royale, mission où il espère regagner les faveurs de la Cour. Cependant, le roi meurt en mai suivant et la comtesse du Barry est bannie de la cour par Louis XVI.

Le 8 avril 1775, sous les conseils de Sartine, il est chargé par le nouveau souverain d’empêcher la publication d’un nouveau pamphlet, l’Avis à la branche espagnole sur ses droits à la couronne de France à défaut d’héritiers, d’un certain Angelucci, qui prétend que le roi a « l’aiguillette nouée ».

Cette mission, qui conduisit Beaumarchais en Angleterre, aux Pays-bas, dans les États allemands et en Autriche, où il fut pour un temps incarcéré pour motif d’espionnage, devient sous sa plume une aventure picaresque.

La même année, il est chargé à Londres de récupérer des documents secrets détenus par le chevalier d’Éon.

La guerre d’indépendance des États-Unis[modifier | modifier le code]

À partir du mois de juin 1777, il se lance dans une nouvelle aventure et il se fait l’avocat d’une intervention française dans la guerre d'indépendance des États-Unis. Il entame alors une correspondance enflammée avec le comte de Vergennes, où il défend la cause des Insurgents. Dès le mois de septembre 1775, Beaumarchais joue un rôle politique en tant qu’intermédiaire entre les Insurgents et la France, et il rencontre fréquemment Arthur Lee, député secret des Insurgents.

Le 10 juin 1777, le secrétaire d’État aux affaires étrangères lui confie une somme importante pour soutenir secrètement les Américains[2]. Initié secrètement par Louis XVI et Vergennes, Beaumarchais reçoit l’autorisation de vendre poudre et munitions pour près d’un million de livres tournois sous le couvert de la compagnie portugaise Rodrigue Hortalez et Compagnie qu’il monte de toutes pièces. La société Rodrigue Hortalez et Cie, devait lui permettre, pensait-t-il, de s’enrichir en vendant armes et munitions et en envoyant une flotte privée pour soutenir les Insurgés[3].

Cette péripétie, alors que Beaumarchais s'implique dans les grandes spéculations boursières sous Louis XVI, est le sujet central du roman historique de Lion Feuchtwanger intitulé Beaumarchais, Benjamin Franklin et la naissance des États-Unis, paru en 1946. En fin de compte, bien qu'il ait reçu plus tard les félicitations publiques du Congrès, il engagea dans cette opération une grosse somme (plus de cinq millions) dont, après d'interminables débats, ses héritiers ne purent recouvrer qu'une faible part[4].

Il milite au sein de la Société des auteurs et compositeurs dramatiques, fondée en 1777 à son initiative, et obtient à la Révolution la reconnaissance des droits d'auteur. Ceux-ci sont automatiques à la création d’une œuvre. Ils garantissent à son auteur ses droits patrimoniaux et moraux (la reconnaissance de la paternité de l’œuvre notamment). Dans De la littérature industrielle, Sainte-Beuve présente l’action de Beaumarchais comme un tournant décisif de l’histoire de la littérature, car l’écrivain passe du statut de bénévole, de passionné ou de mendiant (dépendant de ses mécènes) à celui d’industriel et de gestionnaire : « Beaumarchais, le grand corrupteur, commença à spéculer avec génie sur les éditions et à combiner du Law dans l’écrivain ».

Il se lance dans l'édition des Œuvres de Voltaire, et, après avoir acquis les caractères de Baskerville, loue pour vingt ans le fort à Kehl en décembre 1780[5].

En 1786, il épouse en troisièmes noces Marie-Thérèse Willermaulaz. Née en 1751, la nouvelle épousée, âgée de 35 ans, a dix-neuf ans de moins que son mari. Ils se sont rencontrés en 1774 et ont eu une fille, Amélie-Eugénie, en 1777. Marie-Thérèse lui survivra et mourra au début de la Restauration en 1816.

En 1788, après d’importants travaux de reconstruction inachevés, il vend à Aimé Jacquot et Jean Hérisé la papeterie de Plombières-les-Bains qu’il avait acquise en 1780[6].

En février 1789, il cède aux frères Claude Joseph et François Grégoire Léopold Desgranges les papeteries qu'il possède en Lorraine à Arches et Archettes.

La Révolution française[modifier | modifier le code]

En 1790, il a 58 ans et se rallie à la Révolution française qui le nomme membre provisoire de la commune de Paris. Mais il quitte bientôt les affaires publiques pour se livrer à de nouvelles spéculations ; moins heureux cette fois, il se ruine presque en voulant fournir des armes aux troupes de la République.

Cependant son esprit brillant et frondeur ne convient pas à l'austère et vertueuse République. Il devient suspect sous la Convention et est emprisonné à l’Abbaye pendant la Terreur. Il échappe cependant à l’échafaud et se tient caché quelques années. Il s’exile à Hambourg puis revient en France en 1796.

Il écrit ses Mémoires, chef-d’œuvre de pamphlet, et meurt d’apoplexie à Paris le 18 mai 1799 à l'âge de 67 ans. Il est enterré au cimetière du Père-Lachaise (division 28) à Paris.

Sa descendance[modifier | modifier le code]

De son union avec Marie Thérèse Willer-Lawlaz (1753-1816) qu’il épouse le 8 mars 1786, il eut une fille, Amélie-Eugénie de Beaumarchais (1777-1816).

Amélie-Eugénie épouse en 1796, André Toussaint Delarue (1768-1863), beau-frère du comte Mathieu Dumas dont elle aura trois enfants :

  • Palmyre (1797-1835) qui intente, en 1814, un procès afin d’obtenir le remboursement des sommes avancées par son père pour financer la livraison d’armes destinées à la Révolution américaine. Palmyre aura une descendance directe sous l’Empire et la Restauration via les familles Poncet, puis Roulleaux-Dugage ;
  • Charles-Édouard (1799-1878) qui deviendra général de brigade, épouse Marthe Paule Roederer dont il aura un fils, Raoul (1835-1900), qui sera colonel de cavalerie. Charles-Edouard Delarue obtiendra en 1835 800 000 dollars et la branche de la famille des deux petits-fils sera ensuite autorisée à relever le nom de Beaumarchais (décret impérial de 1853).
  • Alfred-Henri (1803-?) qui travaillera dans l'administration des finances, [7].

Jean-Pierre Delarüe Caron de Beaumarchais, coauteur du Dictionnaire des littératures de langue française, figure parmi les descendants.

Œuvres[modifier | modifier le code]

Statue de Beaumarchais par Louis Clausade, 4e arrondissement de Paris.

Théâtre[modifier | modifier le code]

Trilogie de Figaro, ou Le Roman de la famille Almaviva, selon l’appellation donnée par Beaumarchais dans une préface de La Mère coupable :

Factums[modifier | modifier le code]

  • Concernant l’affaire Goëzman : « Le 17 juillet 1770, le financier Pâris-Duverney meurt et les dispositions qu’il a prises dans son testament en faveur de Beaumarchais sont contestées par le comte de La Blache, son légataire universel. Un procès s’ensuit et les biens de Beaumarchais sont finalement saisis lorsqu’en 1773 il publie à propos des agissements du rapporteur à son procès, le juge Goëzman, quatre mémoires dont l’esprit et la dialectique ont un retentissement considérable et font condamner le juge, le 26 février 1774. » (Michaud)
  • Requête d’atténuation pour le sieur Caron de Beaumarchais, A Nosseigneurs de parlement, les chambres assemblées, Knapen, Paris, 1773
  • Supplément au mémoire à consulter pour Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais, Quillau, Paris, 1773.
  • Addition au supplément du mémoire à consulter pour Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais (...) servant de réponse à madame Goëzman (...) au sieur Bertrand d’Airolles, (...) aux sieur Marin,(...) et Darnaud-Baculard (...), P.-D. Pierres, Paris, 1774.
  • Quatrième mémoire à consulter pour Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais... contre M. Goëzman, (...) madame Goëzman et le sieur Bertrand, (...) les sieurs Marin, (...) Darnaud-Baculard (...) et consorts (...), J.-G. Clousier, Paris, 1774.

Œuvre (éditions)[modifier | modifier le code]

  • Œuvres complètes de Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais, publiées par P.-P. Gudin de La Brenellerie, L. Collin, Paris, 1809. 7 volumes in-8° avec gravures. I-II. Théâtre ; III-IX. Mémoires ; V. Époques ; VI-VII. Correspondance.
  • Le Tartare à la Légion, édition établie, présentée et annotée par Marc Cheynet de Beaupré, Le Castor Astral, Collection "Les Inattendus", 1998, 232 pp. (Cet ouvrage retrace les liens entre Beaumarchais et Joseph Pâris Duverney, détaillant les phases du procès qui opposa Beaumarchais au comte de La Blache, relatif à la succession du financier. Outre le texte annoté du dernier mémoire à consulter de l’affaire, il donne un éclairage intéressant sur les circonstances ayant présidé à la rédaction du Mariage de Figaro et du Barbier de Séville).

Opéra[modifier | modifier le code]

Cinéma[modifier | modifier le code]

Le Mariage de Figaro et Le Barbier de Séville ont fait l’objet de nombreuses adaptations cinématographiques en plusieurs langues, pour la télévision essentiellement. Le personnage historique lui-même a été porté à l’écran, notamment dans les films suivants :

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. http://gw.geneanet.org/pierfit?lang=fr;p=madeleine+catherine;n=aubertin
  2. Louis de Loménie, dans Beaumarchais et son temps, a blâmé le peuple des États-Unis et leur gouvernement pour leur ingratitude et leur injustice envers Beaumarchais. L’ouvrage de Loménie a été critiqué et réfuté sur une autre phase de la vie de Beaumarchais par Paul Huot : Beaumarchais en Allemagne, Paris, 1869. Un autre jugement assez sévère sur Beaumarchais a été exprimé par un de ses compatriotes dans la Revue rétrospective, Paris, 15 mars 1870, p. 168.
  3. « Le gouvernement français se décida alors à reconnaître l’indépendance des États-Unis et à envoyer M. Gérard pour ministre auprès du Congrès. Il était temps, car l’on était très peu satisfait des secours que la France faisait parvenir par l’intermédiaire du sieur Caron de Beaumarchais. La correspondance de cet homme choquait universellement par son ton de légèreté qui ressemblait à l’insolence. J’ai conservé la copie d’une de ces lettres.
    Messieurs, je crois devoir vous annoncer que le vaisseau l’Amphitrite, du port de 400 tonneaux, partira au premier bon vent pour le premier port des États-Unis qu’il pourra atteindre. La cargaison de ce vaisseau qui vous est destiné consiste en 4 000 fusils, 80 barils de poudre, 8 000 paires de souliers, 3 000 couvertures de laine ; plus quelques officiers de génie et d’artillerie, item un baron allemand, jadis un aide de camp du prince Henri de Prusse ; je crois que vous pourrez en faire un général et suis votre serviteur, C. DE BEAUMARCHAIS.» in Mémoires (Pontgibaud) ».
  4. Louis de Loménie, Beaumarchais et son temps: études sur la société en France au XVIIIe siècle)
  5. Association Voltaire à Ferney, Lieux voltairiens : Kehl
  6. Ministère de la Culture - Base Mérimée : usine de papeterie à Plombièresl
  7. Deux mourront à la naissance : Palmyre (1798) et Alfred-Henri (1803).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Marie-Nicolas Bouillet et Alexis Chassang (dir.), « Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais » dans Dictionnaire universel d’histoire et de géographie,‎ 1878 (Wikisource)
  • Thomas Balch, Les Français en Amérique pendant la guerre de l’Indépendance des États-Unis 1777-1783, 1872 [détail de l’édition]
  • Louis de Loménie, Beaumarchais et son temps, études sur la société en France au XVIIIe siècle d’après des documents inédits, Michel Lévy frères, Paris, 1856.
  • Paul Huot, Beaumarchais en Allemagne : révélations tirées des archives d’Autriche, Paris : A. Lacroix, Verboeckhoven, 1869, 218 p. disponible sur Gallica (sur l’affaire Angelucci).
  • Frédéric Grendel, Beaumarchais ou la calomnie, Paris 1973, 566 p.
  • Gunnar von Proschwitz, Introduction à l’étude du vocabulaire de Beaumarchais, Slatkine Reprints, Genève, 1981.
  • René Pomeau, Beaumarchais ou la bizarre destinée, PUF, 1987, 227 p.
  • Jean-Pierre de Beaumarchais, Beaumarchais : Le Voltigeur des Lumières, Paris, Gallimard, 1996.
  • Sarah Maza, Vies privées, affaires publiques. Les causes célèbres de la France prérévolutionnaire, Paris, Fayard, 1997, 384 p. (sur les procès et les factums).
  • Maurice Lever, Pierre Augustin Caron de Beaumarchais, t. I, L’Irrésistible ascension. 1732-1774, Fayard, 1999, t. II, Le Citoyen d’Amérique. 1775-1784, Fayard, 2003, t. III, Dans la tourmente. 1785-1799, Fayard, 2004.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]