Napoléon (film, 1927)

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Napoléon

Description de l'image  Choumoff - Albert Dieudonné Napoleon.jpg.
Réalisation Abel Gance
Scénario Abel Gance
Acteurs principaux
Pays d’origine Drapeau de la France France
Sortie 1927
Durée 330 min.

Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution

Napoléon est le titre de référence d'un film historique français, réalisé par Abel Gance, sorti initialement en 1927, dont le titre à l'écran est Napoléon vu par Abel Gance. Le film est également référencé dans de nombreux ouvrages sous le titre Napoléon Bonaparte, reprenant à tort le titre de la version sonore de 1935.

Synopsis[modifier | modifier le code]

Le parcours de Bonaparte, de 1781 à Brienne jusqu'au 16 avril 1796 alors que va s'achever la campagne d’Italie.

Production[modifier | modifier le code]

Le projet d'Abel Gance[modifier | modifier le code]

Abel Gance voulait rendre hommage à l'Empereur en lui consacrant une fresque à la mesure de l'épopée. C'est pourquoi il entreprit non pas un film, mais six.

Il pensa à ce projet dès 1921, après avoir vu Naissance d'une nation de D. W. Griffith, et s'en entretint avec lui lors d'un déplacement aux États-Unis. Il voulait Ivan Mosjoukine dans le rôle principal, mais celui-ci refusa, ne pouvant se consacrer exclusivement aux deux années que demanderait la réalisation de cette fresque[1],[2].

Cependant, suite à la faillite en cours de tournage de son principal bailleur de fonds, le financier allemand Hugo Stinnes, Gance dut réduire son projet à la réalisation du premier film seulement, gardant espoir de tourner la suite de son projet en totalité. Malgré les présentations triomphales de ce premier film, Gance ne parvint jamais à achever l'ensemble de son immense projet.

Il vendit son scénario Napoléon à Saint Hélène au cinéaste allemand Lupu Pick qui le réalisa en 1929.

En 1960, Gance tourna en Yougoslavie un Austerlitz qui peut en être considéré comme le troisième volet, même si on ne saurait y retrouver le souffle initial.

Aspects techniques[modifier | modifier le code]

Au-delà de l'ampleur du sujet abordé, Napoléon est aussi resté dans l'histoire pour son approche révolutionnaire. Vingt-cinq ans avant les autres tentatives de format large (Cinérama, CinemaScope), Abel Gance met en œuvre trois caméras projetant sur trois écrans, permettant ainsi différents effets[3],[4] :

  • une image d'une largeur trois fois supérieure au format habituel par juxtaposition ;
  • la répétition de la même image sur les trois écrans ;
  • la projection de trois points de vue d'une même scène (procédé préfigurant le split screen) ;
  • l'obtention d'une symétrie par inversion de l'image latérale.

Gance a d'ailleurs dit de cette technique, qu'il nomme « Polyvision » : « Dans certains plans de Napoléon, j'ai superposé jusqu'à seize images, elles tenaient leur rôle « potentiel » comme cinquante instruments jouant dans un concert. Ceci m'a conduit à la polyvision ou triple écran présentant à la fois plusieurs dizaines d'images. La partie centrale du triptyque c'est de la prose et les deux parties latérales sont de la poésie, le tout s'appelant du cinéma. »[réf. nécessaire]

Ces effets permettent au réalisateur de souligner les exploits et de renforcer le côté « patriotique » du film (en particulier avec les vues de batailles) dans une vision plus épique, voire mythique, qu'historique des événements. Mais plus que la technique, c'est surtout la volonté artistique de son auteur de s'affranchir du cadre qui marque, l'utilisation du triptyque et d'un montage très nerveux n'en étant que les moyens[5].

Tournage[modifier | modifier le code]

Le tournage, commencé le 15 janvier 1925, (Paris, château de Versailles, Petit Trianon, Grand Trianon, Briançon, Corse), s'arrête le 21 juin, par suite de la faillite d'un de ses principaux bailleurs de fonds, le financier allemand Hugo Stinnes. Gance passe alors plusieurs mois à tenter de remettre l'affaire à flot et y parvient en faisant reprendre la production par la Société Générale de Films dirigée par Jacques Grinieff. Le tournage reprend de janvier à juin 1926[6].

450 000 mètres de pellicule furent impressionnés par dix-huit appareils et le montage exigea plus d'un an de travail[7].

Deux scènes de ce film furent montées en triple écran dont celle, finale, du départ de l'armée d'Italie.

Exploitation initiale à Paris (1927-1928)[modifier | modifier le code]

Abel Gance avec Arthur Honegger

La grande première se tient le 7 avril 1927 à l'Opéra Garnier. On projette un montage de 5 200 mètres[8] avec triptyque final, la partition musicale est d'Arthur Honegger. C'est la version courte, dite « Opéra », qui connaitra dix représentations.

Les 8/9, et 11/12 mai 1927, deux projections sont organisées pour la presse et les distributeurs. C'est la version longue dite « Apollo », métrage de 12 800 m, sans triptyque.

En novembre 1927, on projette au cinéma Marivaux, en exclusivité parisienne, la version d'avril (avec triptyque et orchestre), exploitée en épisodes. En matinée on joue La jeunesse de Bonaparte, le Siège de Toulon et le départ de l'Armée d'Italie, et en soirée les scènes du Club des Cordeliers, La Terreur et Départ de l'Armée d'Italie.

En février 1928, est présentée au Gaumont Palace une version mutilée tandis que s'inaugure le 10 de ce mois, non loin de là, le Studio 28 où l'on projette des essais en triptyques réalisés par Abel Gance (Danses, Galops et Marine), ainsi que le documentaire de Jean Arroy : Autour de Napoléon[9].

Version de 1935 : Napoléon vu et entendu par Abel Gance[modifier | modifier le code]

Connue sous les titres de Napoléon Bonaparte et Napoléon, vu et entendu par Abel Gance. Beaucoup pensent qu'il s'agit là d'une simple sonorisation selon les dialogues initialement écrits pour la version muette de 1927, avec des ajouts de quelques scènes. En fait, cette version de 1935 n'est pas simplement le film de 1927 sonorisé, car elle répond à une structure narrative complètement différente.

Le Napoléon de 1927 nous montrait l'histoire « en direct », au temps présent. Napoléon Bonaparte commence dans une veillée d'une auberge de Grenoble, peu avant les Cent Jours, où l'on retrouve des personnages comme Stendhal et son éditeur, ou bien des protagonistes qui ont connu l'épopée napoléonienne et vont l'évoquer devant le spectateur. Ce sont donc les flash-back qui sont constitués d'extraits de la version de 1927. Le film se termine par les habitants de cette auberge sortant acclamer le passage de l'Empereur, revenant de l'Ile d'Elbe. Puis, par un puissant raccourci, Gance, à travers le personnage d'un grognard, achève son récit en faisant se confondre le visage fatigué de cet homme, après la défaite de Waterloo, avec celui d'un des soldats anonymes sculptés sur la frise de l'Arc de Triomphe.

Seuls quelques comédiens de la version d'origine figurent dans ce nouveau montage (comme Antonin Artaud) - le décès de plusieurs interprètes du Napoléon muet contraignit Abel Gance à les remplacer ou à les faire postsynchroniser (selon les cas) par d'autres acteurs pour les séquences additionnelles tournées fin 1934.

Napoléon Bonaparte sortit le 11 mai 1935 dans la salle parisienne Le Paramount. Gance utilisait pour la première fois son invention mise au point avec le constructeur André Debrie, la Perspective Sonore[10]. Ce système consistait, au lieu d'avoir une seule source sonore dans la salle (généralement les haut-parleurs placés derrière l'écran), à distribuer les sons au travers d'un réseau de 32 haut-parleurs disséminés dans la salle[11]. Souvent présentée comme l'ancêtre de la stéréophonie, la Perspective sonore voulait en fait, dépasser la notion du réalisme et, en variant les provenances des sons, instaurer une véritable dramaturgie sonore.

Napoléon Bonaparte fut restauré en 1988 par Bambi Ballard pour la Cinémathèque française.

Version de 1971 : Bonaparte et la Révolution[modifier | modifier le code]

Bonaparte et la Révolution, produite par Claude Lelouch avec le soutien d'André Malraux, est basée sur le métrage de 1934 avec une introduction d'Abel Gance lui-même. Quelques scènes sont ajoutées de même qu'une narration en voix off de Jean Topart. La durée de la version intégrale est de h 35 et celle de la version pour la télévision de 3 heures[12].

Cette version est souvent considérée comme très inégale, souffrant des différences de style entre les montages. Au gré des séquences, certains personnages sont tantôt interprétés par les comédiens de la version d'origine, tantôt par ceux des séquences additionnelles ; ainsi, Marat est-il successivement interprété par Antonin Artaud et Henri Virlojeux, et Louis XVI par pas moins de trois acteurs différents.

Les reconstitutions[modifier | modifier le code]

Cinq restaurations argentiques de ce film ont été à ce jour réalisées[13] :

  1. De 1953 à 1959 : par Henri Langlois et Marie Epstein (19 bobines), présentée au festival de Venise en 1953 ;
  2. De 1969 à 1982 : première restauration par Kevin Brownlow, historien anglais du cinéma, avec le BFI, (6 630 m soit h 50[14]), présentée au festival de Telluride (Colorado, États-Unis) le 1er septembre 1979 ;
  3. En 1983 : seconde restauration de Kevin Brownlow, toujours avec le BFI, mais cette fois avec la Cinémathèque française (7 155 m soit h 13), présentée au Havre les 13 et 14 novembre 1982 et à Paris au Palais des Congrès les 23, 24, et 25 juillet 1983 ;
  4. En 1991/1992 : restauration par Bambi Ballard avec la Cinémathèque française (7 500 m soit h 28), présentée sous la Grande Arche de la Défense les 29, 30, et 31 juillet 1992 ;
  5. En 2000 : troisième et dernière restauration de Kevin Brownlow avec réintroduction des teintages et virages, (h 30 soit 7 542 m). Présentée au Royal Festival Hall de Londres en juin 2000.

Ces restaurations successives, présentées en divers points du monde (Paris, Rome, New York, Londres, Telluride, Monte Carlo, etc.), ont toutes rencontré un grand succès.

Cependant, entre les versions remontées par Gance à différentes époques, celles recoupées par différents distributeurs, les restaurations et les propres coupes qu'elles durent subir certaines fois[15], la situation patrimoniale du film était devenue des plus confuses. Des personnes comme Claude Lelouch et Kevin Brownlow identifiaient 19 versions du film, Francis Ford Coppola, un probable total de 23... C'est pourquoi en 2008, la Cinémathèque française a décidé d'arrêter toute exploitation du film, et désigné le réalisateur et chercheur Georges Mourier, pour entreprendre une vaste expertise du fonds « Napoléon » à l'échelon national (Cinémathèque française, Archives françaises du film et Cinémathèque de Toulouse), ainsi que la reconstruction et la restauration numérique de la version originelle dite « Apollo ».

En 2014, la salle de vision privée du palace parisien Royal Monceau, avenue Hoche à Paris, s'équipe pour la projection en cinéma numérique des fameux « triptyques »[16] de Napoléon[17].

Fiche technique[modifier | modifier le code]

Distribution[modifier | modifier le code]

et parmi les interprètes de la version remontée et sonorisée de 1934 (intitulée Napoléon Bonaparte) mais n'apparaissant pas dans celle de 1925/1927:

Autour du film[modifier | modifier le code]

  • Autres acteurs pressentis pour le rôle : Edmund van Daële, Lupu Pick, René Fauchois, Ivan Mosjoukine.
  • Albert Dieudonné avait interprété le rôle de Napoléon Bonaparte au théâtre en 1913. La légende veut qu'il ait été tellement imprégné de son rôle et de son personnage qu'il mourut fou en 1976 en se prenant pour Napoléon.
  • Si le film est intitulé Napoléon, son scénario ne s'arrête qu'en 1796, au moment où Bonaparte n'est que général.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Abel Gance, Napoléon : épopée cinégraphique en cinq époques, scénario édité par Jacques Bertoin, préface de Jean Tulard, Éditions Jacques Bertoin, Paris, 1991 (ISBN 978-2-87949-002-1)
  • Jean Arroy, En tournant Napoléon avec Abel Gance: Souvenirs et impressions d'un sans-culotte, Éditions la Renaissance du Livre, Paris, 1927.
  • Kevin Brownlow, Napoléon, le grand classique d'Abel Gance, Armand Colin, Paris, 2012 (Traduction de Abel Gance Gance's Classic Film de Kevin Brownlow - Alfred A. Knopf, New York - 1983, 2004)
  • Raymond Lefèvre, Cinéma et Révolution, Edilig, Paris, 1988.
  • Jacques Lourcelles, Dictionnaire du Cinéma - Les films, Robert Laffont/Bouquins, Paris, 1992 (ISBN 2-221-05465-2)
  • Dimitri Vezyroglou, « Le Bonaparte d’Abel Gance : un héros pour « apprentis fascistes » ou pour néo-romantiques ? », in Sociétés & Représentations, no 26, 2008, p. 115-130.
  • Georges Mourier, "La Comète Napoléon" Avec Introduction de Joël Daire, directeur du Patrimoine de la Cinémathèque française, in Journal of Film Preservation FIAF N°86. Avril 2012.

Filmographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Cf Lettres d'Abel Gance et d'Ivan Mosjoukine, in L'Enfant du Carnaval, documentaire filmé, version française, éditions Bach (DVD), Galina Dolmatovskaïa
  2. Archives BnF: Lettre de Mosjoukine à Gance.
  3. Jean-Jacques Meusy, « La Polyvision, espoir oublié d’un cinéma nouveau », 1895, no 31 (Abel Gance, un nouveau regard), octobre 2000, pp. 153-211
  4. Valérie Peseux, La projection grand spectacle, Commission supérieure technique de l'image et du son, Paris : Dujarric, 2004, pp. 74-77
  5. Les inventions techniques d'Abel Gance : mythe ou réalité ? - Conférence de Georges Mourier du 15 novembre 2013 à la Cinémathèque française
  6. Roger Icart, Abel Gance ou le Prométhée foudroyé, Éditions L'Âge d'Homme, 1983
  7. Roger Icart, Abel Gance ou le Prométhée foudroyé, Éditions L'Âge d'Homme, 1983, p. 171
  8. Georges Mourier, Journal of Film Preservation no 86, avril 2012
  9. Kevin Brownlow, Napoléon, le grand classique d'Abel Gance, Paris : Armand Colin, 2012, p. 182
  10. Brevet no 750681 du 10 mai 1932 d'Abel Gance et André Debrie.
  11. Valérie Peseux, Archives no 87, Institut Jean Vigo, avril 2001, p. 4
  12. Roger Icart, Abel Gance ou le Prométhée foudroyé, Éditions L'Âge d'Homme, 1983, p 468
  13. Georges Mourier, « La Comète Napoléon », Journal of Film Preservation no 86, avril 2012
  14. Les durées sont calculées à une cadence de 20 images/seconde
  15. La version projetée au Radio City Music Hall de New York en janvier 1981 par Francis Ford Coppola (American Zoetrope) en collaboration avec Robert Harris (Images Film Archive) était un montage ramené à 4 heures24 im/s, environ 6 584 m) de la première restauration de Kevin Brownlow présentée à Telluride.
  16. Ratio : 4,00.
  17. Le Cinéma Katara, Le Royal Monceau, Paris, 2014, p. 3
  18. Voir Napoléon vu par Abel Gance (1927), technical specifications, IMDb.
  19. Napoleon (1927)-Release Info-IMDb.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]