Albert Mathiez

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Albert Mathiez

Description de l'image  Albert Mathiez.jpg.
Biographie
Naissance
Décès (à 58 ans)
Nationalité Drapeau de la France France
Vie universitaire
Formation École normale supérieure
Titres Agrégé d'histoire
Docteur ès lettres
Président-fondateur de la Société des études robespierristes
Approche disciplinaire Histoire religieuse de la Révolution française

Principaux travaux

  • La Théophilanthropie et le culte décadaire
  • La Vie chère et le mouvement social sous la Terreur

Albert-Xavier-Émile Mathiez, né le au lieu-dit de La Fouillie-des-Oreilles, sur la commune de La Bruyère (Haute-Saône), et mort le à Paris, est un historien français, spécialiste de la Révolution française.

Biographie[modifier | modifier le code]

Famille[modifier | modifier le code]

Issu d'une famille de petits paysans propriétaires franc-comtois installés depuis plusieurs générations dans la région de Luxeuil, Albert Mathiez est le fils aîné de Constant-Aristide-Eugène Mathiez (1849-1909), un paysan franc-comtois devenu aubergiste en 1881, et de Delphine-Adélaïde Thiébaud, fille de cultivateur de deux ans sa cadette, mariés le 19 mars 1873.

Né 10 janvier 1874 à 17 heures, il est baptisé « Albert-Xavier-Émile ». Trois ans après la naissance d'un second enfant, une fille, en 1885, le couple divorce, et Delphine Thiébaud émigre aux États-Unis avec sa cadette.

De son côté, Constant Mathiez s'installe dans le petit village de Saint-Germain, au nord de Lure, où il ouvre un cabaret et se remarie, avant de mourir à l'âge de 59 ans[1].

Des études secondaires et supérieures brillantes[modifier | modifier le code]

Au collège de Lure, Albert Mathiez remporte un grand nombre de prix durant trois ans (1887-1890), particulièrement en langues, en science et en histoire, avant de rejoindre le Lycée Gérome de Vesoul à l'automne 1890. Remarqué par l'inspecteur général, il est envoyé à Paris l'année suivante et entre en 1891 au lycée Lakanal, à Sceaux, où il se lie d'amitié avec Albert Lévy, fils d'un rabbin alsacien, Louis-Victor Bourrilly et Charles Péguy[1]. Là, il se prépare au concours d'entrée à l’École normale supérieure, dont il suit les cours après son service militaire de 1894 à 1897. Albert se distingue par ses opinions « avancées » et se proclame socialiste. Son caractère devient de plus en plus violent suite à un accident survenu en 1896 où il perd l’œil gauche. Il obtient l’agrégation d'histoire et géographie en 1897.

Carrière universitaire[modifier | modifier le code]

Professeur au lycée de Montauban puis au lycée de Châteauroux, il se spécialise dans l’histoire révolutionnaire, rédigeant un mémoire sur les journées des 5 et 6 octobre 1789, et prépare une thèse d’histoire sous la direction d’Alphonse Aulard, qui le dirige vers l’histoire religieuse, domaine encore alors à défricher.

Après quelques années passées dans des lycées de province, Mathiez est professeur au lycée Voltaire, à Paris, quand le Ministère l'envoie comme chargé de cours à la faculté des lettres de Nancy en février 1908 puis à celle de Lille (octobre 1908-avril 1909), pour suppléer Philippe Sagnac. Devenu professeur à la faculté des lettres de Besançon en 1911, il est titulaire de la chaire d'Histoire moderne et contemporaine à Dijon de 1919 à 1926. En octobre 1926, il devient suppléant de Philippe Sagnac à la chaire d'histoire de la Révolution française de la Sorbonne.

Un historien engagé[modifier | modifier le code]

Socialiste jusqu'en 1920, il s'enthousiasme pour la révolution d'Octobre et entre au Parti communiste français après le congrès de Tours en 1920.

Mais lorsque Boris Souvarine est exclu en 1922, il en démissionne aussitôt[2]. Il participe en décembre à la fondation de l'Union fédérative des travailleurs socialistes révolutionnaires, avant de s'associer, en 1923, à l'Union socialiste communiste, nouvelle formation politique constituée à Dijon.

Puis il se rapproche de la SFIO et soutient le Cartel des gauches lors des élections législatives de 1924.

En 1926-1927, il publie plusieurs articles dans la Nouvelle revue socialiste de Jean Longuet. De même, par réaction à la politique nationaliste du gouvernement de Raymond Poincaré, issu du Bloc national, il adhère au pacifisme dans les années 1920. En 1926, il signe un Appel aux consciences qui dénonce les clauses du traité de Versailles sur la responsabilité du déclenchement de la guerre et demande leur abrogation. Cinq ans plus tard, il adhère à la Ligue des combattants pour la paix, qu'il quitte cependant dès septembre 1931, au retour d'une tournée en Allemagne, jugeant que l'esprit de revanche qui règne dans ce pays hypothèque les chances de réconciliation[1].

Le 26 février 1932, il meurt en chaire en présence de ses étudiants, à l'amphithéâtre Michelet de la Sorbonne, d’une hémorragie cérébrale.

Apport à l'histoire de la Révolution française[modifier | modifier le code]

Prolongeant l’étude pionnière d’Aulard sur le Culte de la Raison et de l’Être suprême (1892), il soutient en 1903 une thèse principale sur La Théophilantropie et le culte décadaire à la Faculté des lettres de l’Université de Paris. Puis, en 1904, il présente sa thèse secondaire portant sur Les Origines des cultes révolutionnaires (1789-1792), qui fait grand bruit, traitant à la suite d’Émile Durkheim le phénomène religieux comme un fait social et envisageant les manifestations de la foi révolutionnaire comme un ensemble cohérent perceptible dès les débuts de la Révolution[3].

Mais, en 1907, Mathiez se dirige vers Robespierre et fonde avec Charles Vellay (1876-1953), docteur ès lettres et éditeur des œuvres de Saint-Just, la Société des études robespierristes, dont il devient le président[4] et qui regroupe des historiens et des hommes politiques. Cette société publie sous sa direction une revue, d'abord baptisée Les Annales révolutionnaires (1908-1923), avant de prendre le nom d’Annales historiques de la Révolution française[5]; celle-ci entre en concurrence avec La Révolution française, que dirige Aulard. La brouille s’installe dès lors entre les deux hommes, le premier prenant la défense de Danton, tandis que le second se fait le champion de Robespierre.

En 1922, il se décide à présenter en une large synthèse ses vues d'ensemble sur la Révolution : ce sont les trois volumes de La Révolution française publiés dans la collection Armand Colin et régulièrement réédités (Club français du livre en 1967, 10/18 en 1975 ou Denoël en 1985).

Il s’intéresse de plus en plus à l’histoire économique et sociale de la Révolution. et publie en 1927 La Vie chère et le mouvement économique sous la Terreur qui marque une grande étape pour les recherches d’histoires révolutionnaires.

Enfin en 1929, il publie, aux éditions Armand Collin (cette fois avec un appareil critique — notes et index — que la collection de 1922 ne permettait pas) La réaction thermidorienne qui retrace l'histoire des quinze derniers mois de la Convention nationale (rééditée en 2010 par La Fabrique).

Œuvres[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c (en) James Friguglietti, « The Ardent Historian of an Ardent History: Albert Mathiez », (en) John Hall Stewart, Morris Slavin et Agnes Monroe Smith, Bourgeois, sans-culottes, and other Frenchmen : essays on the French Revolution in honor of John Hall Stewart, Waterloo, Ont., Canada, Wilfrid Laurier University Press,‎ 1981, 139 p. (ISBN 0889200971), p. 113-130.
  2. Albert Mathiez, La réaction thermidorienne, introduction de Yannick Bosc et Florence Gauthier, La Fabrique, 2010, p. 53.
  3. « Mathiez Albert », dans François Laplanche, Les sciences religieuses, Éditions Beauchesne, 1996, 678 p., p. 460-461.
  4. Charles Vellay, de son côté, est le secrétaire général, jusqu'à son départ en 1909. Il fonde la Revue historique de la révolution française et de l'Empire qu'il dirige de 1910 à 1918, puis L'Acropole, revue du monde hellénique en 1925. Voir la Revue d'histoire moderne et contemporaine, 1910, vol. 13, p. 263, la Revue des curiosités révolutionnaires, Hector Fleischmann, 1911, vol. 1, p. 116, ou Dimitri Kitsikis, Propagande et pressions en politique internationale: la Grèce et ses revendications à la Conférence de la paix (1919-1920), Presses universitaires de France, 1963, vol. 9, 537 p., p. 236.
  5. Jacques Godechot, Les Révolutions, 1770-1799, Presses Universitaires de France, 1963, no 36, 410 p., p. 13.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Colloques
  • Albert Mathiez (1874-1932), colloque de Dijon, 28-29 novembre 1974, Société des études robespierristes, 1974.
  • Voies nouvelles pour l'histoire de la Révolution française, colloque Albert Mathiez-Georges Lefebvre, pour le centième anniversaire de leur naissance (1874-1974), Société des études robespierristes, 1975.
Ouvrages
  • James Friguglietti, Albert Mathiez, historien révolutionnaire (1874-1932) (traduit de langlais par Marie-Françoise Pernot), Société des études robespierristes, 1974, 261 p.
  • Albert Troux :
    • Albert Mathiez, professeur et historien 1874-1932, Imprimerie G. Thomas, 1932.
    • Un grand historien comtois : Albert Mathiez [1874-1932]. Conférence faite le dimanche 24 février 1935 à la Société des conférences populaires de Vesoul, G. Thomas, 1935, 40 p.
Articles
  • Jean-Pierre Chantin, « Les adeptes de la théophilanthropie. Pour une autre lecture d'Albert Mathiez », in Rives nord-méditerranéennes, no 14, 2003, [lire en ligne].
  • James Friguglietti, « La querelle Mathiez-Aulard et les origines de la Société des études robespierristes », in Annales historiques de la Révolution française, 2008, no 353, p. 63-94, [lire en ligne].
  • Florence Gauthier, « Albert Mathiez, historien de la Révolution Française. Le métier d'historien face aux manipulations de l’histoire », in Annales historiques de la Révolution française, 2008, no 353, p. 95-112, [lire en ligne].
Préface
  • Georges Lefebvre, À la mémoire d'Albert Mathiez, in Études sur Robespierre (Voir Œuvres), p. 9-15.

Voir aussi[modifier | modifier le code]