Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers

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Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers
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Page de titre du premier tome, 1751

Auteur sous la dir. de Denis Diderot et, partiellement, de D’Alembert
Pays d'origine Drapeau de la France France
Lieu de parution Paris
Éditeur Le Breton, Durand, Briasson, Michel-Antoine David
Date de parution 1751-1772
Nombre de pages 17 volumes de texte, 11 volumes de planches
Chronologie
Supplément à l'Encyclopédie Suivant

L’Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers est une encyclopédie française, éditée de 1751 à 1772 sous la direction de Diderot et D’Alembert.

L’Encyclopédie est un ouvrage majeur du XVIIIe siècle et la première encyclopédie française. Par la synthèse des connaissances du temps qu’elle contient, elle représente un travail rédactionnel et éditorial considérable pour l’époque, mené par des encyclopédistes constitués en « société de gens de lettres ». Enfin, au-delà des savoirs qu’elle compile, le travail qu’elle représente et les finalités dont la chargent ses auteurs deviennent un symbole de l’œuvre des Lumières, une arme politique et, à ce titre, l’objet de nombreux rapports de force entre les éditeurs, les rédacteurs, le pouvoir séculier et ecclésiastique.

Contexte[modifier | modifier le code]

La genèse et la publication de l'Encyclopédie se situent dans un contexte de renouvellement complet des connaissances. La représentation du monde communément admise au Moyen Âge était progressivement remise en cause par l'émergence au XVIe siècle du modèle héliocentrique de Copernic défendu au XVIIe siècle par Galilée à la suite de ses expérimentations avec sa fameuse lunette astronomique (1609). À la fin du XVIIe siècle, la théorie de la gravitation universelle de Newton fournit un formalisme mathématique en mesure d'expliquer le mouvement de la Terre et des planètes autour du Soleil (Principia, 1687). La preuve optique du mouvement de la Terre fut définitivement apportée en 1728 par les travaux de James Bradley sur l'aberration de la lumière. Les théories de Newton furent diffusées dans les années 1720 - 1730 par Maupertuis hors d'Angleterre, puis par Voltaire en France.

La nouvelle science astronomique nécessitait, pour expliquer le mouvement de la Terre, des expérimentations et un formalisme mathématique qui étaient étrangers à la méthode scolastique encore en vigueur dans les universités, et qui pour cette raison était déjà critiquée par Descartes. L'astronomie avait besoin du secours des mathématiques et de la mécanique pour sa théorisation. À terme, la plupart des sciences étaient touchées par ce changement, que le philosophe des sciences Thomas Kuhn appela une révolution scientifique[1]. Aucune compilation d'ensemble des connaissances d'une envergure suffisante pour rendre compte de ce changement de paradigme n'avait été effectuée depuis la publication au XIIIe siècle des grandes « encyclopédies » médiévales (notamment le Speculum maius de Vincent de Beauvais).

Dans le Discours préliminaire de l'Encyclopédie, d'Alembert expliqua les motivations de l'immense travail entrepris par l'équipe des encyclopédistes. Il critiqua sévèrement les abus de l'autorité spirituelle dans la condamnation de Galilée par l'Inquisition en 1633 en ces termes :

« Un tribunal (...) condamna un célèbre astronome pour avoir soutenu le mouvement de la terre, et le déclara hérétique (...). C'est ainsi que l'abus de l'autorité spirituelle réunie à la temporelle forçait la raison au silence ; et peu s'en fallut qu'on ne défendit au genre humain de penser. »

L'encyclopédie fournit une compilation des connaissances de l'époque dont la cohérence était obtenue par la riche documentation des articles d'astronomie, et les renvois vers des articles de différentes disciplines[2].

L’aventure éditoriale[modifier | modifier le code]

Un projet de traduction (1728-1745)[modifier | modifier le code]

À l’origine, l’Encyclopédie ne devait être que la traduction en français de la Cyclopædia d’Ephraïm Chambers, dont la première édition date de 1728. La France ne possédait alors aucun ouvrage de ce genre, les métiers et les arts mécaniques étant tenus pour mineurs.

Savant renommé et membre de la Royal Society[3], Gottfried Sellius propose en janvier 1745[4] à l’éditeur parisien André Le Breton de traduire la Cyclopaedia. Jusqu'à sa mort pourtant, en 1740, Chambers avait refusé les offres alléchantes d'éditeurs français[5], sujets, comme beaucoup, à l'anglomanie. Sellius propose dans la foulée comme cotraducteur John Mills, un Anglais qui vivait en France.

En février 1745, Mills, aidé par Sellius, rend à Le Breton un rapport d'audit où il prévoit que la traduction nécessitera 4 volumes de textes (1.000 pages en tout), 1 volume de 120 planches et enfin un supplément contenant un lexique français avec des traductions en latin, allemand, italien et espagnol réservé à l'usage des « voyageurs étrangers ». Dans la foulée, Mills réclame à l'éditeur de figurer en nom propre sur le document appelé privilège, laquelle mention lui garantissait des droits de propriété sur ses textes. L'éditeur promet de le faire. Quelque temps plus tard, Mills découvrait que Le Breton n'avait pas effectué la demande : une querelle s'ensuivit, car la date d'expiration de la demande était dépassée. De peur de voir le projet et ses revenus lui échapper, Mills céda une part de ses droits à Le Breton. Satisfait, celui-ci accomplit les formalités d'usage et la demande de privilège est enregistrée pour 20 ans le 27 février 1745. Le 5 mars 1745, Le Breton Sellius et Mills signent le contrat de traduction qui les liera. Un prospectus de souscription est diffusé dans la foulée ; il contient déjà quelques articles traduits en français (atmosphère, fable, sang,…), annonce le premier tome comme disponible à la vente en juin 1746 au prix total de 135 livres et les volumes suivants pour décembre 1748.

Les mois suivant, Mills se montre de plus en plus nerveux : avant de poursuivre le travail, il réclame une avance à Le Breton qui traîne des pieds. L'appel à souscription enregistrait un certain succès et fut clôt le 31 décembre 1745 à un niveau qui garantissait à Le Breton (et à Mills) de substantiels bénéfices. Sans doute décidé à se débarrasser de ce collaborateur trop encombrant, Le Breton argua que les traductions de Mills contenaient des contresens, des approximations et surtout une augmentation sensible du volume en termes de mots - ce qui est pourtant normal quand on passe de l’anglais au français, celle-ci étant moins compacte que celle-là[réf. nécessaire]. Se pourrait-il que Mills ait eu recours aux éditions Chambers de 1741 ou de 1743, plus volumineuse que celle de 1728 ? Le document liant l'éditeur de Chambers et Le Breton reste imprécis sur ce point, toujours est-il que Le Breton se rend compte que l'audit de Sellius et Mills était en dessous des réalités économiques : la traduction du Chambers ne tiendra jamais en si peu de pages ! En janvier 1746, paniqué par le nombre croissant de mot à traduire, Mills réclame de l'argent et cette fois menace d'un procès quand il se rend compte que Le Breton n'a pas du tout respecté l'accord de répartition. Malin, Le Breton fait alors annuler le document et en réclame un autre le 13 janvier à son nom et à celui de trois autres éditeurs, excluant de facto Mills. Dégoûté, se sentant escroqué, Mills en vient aux mains le 7 août et reçoit un violent coup de canne de la part de Le Breton. Un procès eut lieu, mais Le Breton fut acquitté en raison des circonstances[6].

1746-1750 : Un projet de plus grande ampleur[modifier | modifier le code]

Le 18 octobre 1745, Le Breton décide de s'associer à trois autres éditeurs, Antoine-Claude Briasson, Michel-Antoine David et Laurent Durand, pour pouvoir faire face à l'augmentation des coûts d'édition. Le 21 janvier 1746, les quatre associés se voient renouveler le privilège d'édition pour 20 ans.

Diderot n'est pas inconnu des trois nouveaux associés de Le Breton : il était en train de cotraduire pour eux le Dictionnaire universel de médecine de Robert James dont le premier volume sort en 1746.

Après avoir renvoyé Mills, et s’étant mis en quête d’un rédacteur en chef réellement capable de gérer la traduction (on parle déjà d'une « adaptation »), Le Breton engage le 27 juin 1746 l’abbé Gua de Malves qui souhaitait embarquer dans l'aventure, entre autres, le jeune Étienne Bonnot de Condillac, Jean le Rond d'Alembert et Denis Diderot, ces deux derniers ayant signé le contrat en tant que témoins. Un grand dîner, le soir même, réunit les éditeurs, Gua de Malves, Diderot et D'Alembert ; Le Breton régla la note de 44 livres et porta la somme sur le registre des comptes relatif à l'Encyclopédie.

Dans une lettre datée de mai-juin 1746, D'Alembert écrit au marquis d'Adhémar que, déjà, il « traduit une colonne d'anglais par jour » et qu'il est payé « 3 louis par mois ». Le contrat stipule par ailleurs que Diderot a la possibilité de demander à « refaire traduire tous les articles jugés inacceptables ». Plus tard, dans son Discours préliminaire, il justifiera l'abandon d'une simple traduction d'abord parce que Chambers avait puisé dans des ouvrages français « la plus grande partie des choses dont il a composé son Dictionnaire » et aussi parce « qu’il restoit beaucoup à y ajoûter ».

Au bout de treize mois, le 3 août 1747, Gua de Malves est renvoyé en raison de ses méthodes trop rigides et Le Breton place Diderot et d’Alembert officiellement à la tête d’un projet de rédaction d’une encyclopédie originale le 16 octobre 1747. Diderot gardera cette charge pendant les 25 années suivantes et verra l’Encyclopédie achevée.

Sous leur impulsion, ce modeste projet prend rapidement une tout autre ampleur avec un désir de synthèse et de vulgarisation des connaissances de l’époque ; le Prospectus destiné à engager les souscripteurs, rédigé par Diderot, est publié à 800 exemplaires en novembre 1750.

1751 : parution du premier volume[modifier | modifier le code]

Première page du texte

Pour mener à bien leur projet, Diderot et D’Alembert, s’entourent d’une société de gens de lettres, visitent les ateliers, s’occupent de l’édition et d’une partie de la commercialisation.

Le premier volume paraît en 1751 et contient le Discours préliminaire rédigé par D’Alembert.

1752-1753 : première interdiction[modifier | modifier le code]

En février 1752, les Jésuites font pression sur le Conseil d’État pour obtenir la condamnation et l'interruption de la publication de l'Encyclopédie - s'appuyant entre autres sur le scandale provoqué par la thèse[7] présenté à la Sorbonne par l'abbé de Prades, collaborateur de l'Encyclopédie. Ils obtiennent gain de cause : le Conseil d'état interdit de vendre, d’acheter ou de détenir les deux premiers volumes parus. C'est par l'appui de Malesherbes, directeur de la librairie et chargé de la censure, mais défenseur du projet encyclopédique, que la publication peut reprendre en novembre 1753. D’Alembert, prudent, décide cependant de ne plus se consacrer qu’aux parties mathématiques.

La levée de cette interdiction ne met cependant pas fin aux oppositions à l'ouvrage même si elles se confondent parfois avec les attaques portées en général contre le Parti philosophique. Le récollet Hubert Hayer et l'avocat Jean Soret publient de 1757 à 1763 un périodique appelé La Religion vengée ou Réfutation des auteurs impies. Abraham Chaumeix suit en 1758, avec ses Préjugés légitimes contre l’Encyclopédie et essai de réfutation de ce dictionnaire, en 8 volumes.

1756 : Les emprunts à La Description des Arts et métiers[modifier | modifier le code]

Illustration de l’Encyclopédie pour laquelle Duhamel du Monceau a écrit l'article « Corderie »

Dès sa création, le roi demande à l’Académie de réaliser un appui au développement industriel et artisanal. En 1712, Réaumur est chargé d’un programme d'édition portant sur 250 arts, la Description des Arts et Métiers. Réaumur et l’Académie mettent au point les méthodes, élaborent le style des gravures et accumulent une immense documentation, mais le projet s’interrompt en 1725[8].

« L’infidélité et la négligence de mes graveurs, dont plusieurs sont morts, ont donné la facilité à des gens peu délicats sur les procédés de rassembler des épreuves de ces planches, et on les a fait graver de nouveau pour les faire entrer dans le Dictionnaire encyclopédique. J’ai appris un peu tard que le fruit d’un travail de tant d’années m’avait été enlevé »

— Réaumur, lettre à Samuel Forney, le 23 février 1756

Selon toute vraisemblance, Diderot et D'Alembert auraient fait reproduire des centaines de gravures dans leur Encyclopédie au point qu'un procès pour plagiat fut intenté par Pierre Patte contre Panckoucke qui, entre 1771 et 1783, les réimprimait au format in-4°, à Neuchâtel, en 19 volumes, avec des augmentations et annotations de J.-E. Bertrand. L'historien Maurice Tourneux conteste le plagiat et fait valoir que la maison d'édition Libraires associés avait racheté au moins les cuivres des planches en toute légalité, pour un montant équivalent à 250 000 F.

Par ailleurs, poursuivant l’œuvre de Réaumur, Henri Louis Duhamel du Monceau relançait en 1757 la Description des Arts et Métiers à laquelle Diderot empruntera des éléments notamment pour les articles « Agriculture », « Corderie », « Pipe » et « Sucre ».

1759 : révocation du privilège[modifier | modifier le code]

Jusqu'en 1759, la publication des volumes 3 à 7 se poursuit, mais les opposants fulminent.

Après la tentative d’assassinat de Robert François Damiens contre Louis XV (le 5 janvier 1757), le parti dévot saisit l’occasion de signaler le laxisme de la censure. Il pense que le but de l’Encyclopédie est d’ébranler le gouvernement et la religion (ce qui est en partie vrai, puisqu'on trouve dans l'Encyclopédie des attaques évidentes contre l'Église et le gouvernement en place).

Planche d’anatomie.

Le pape Clément XIII condamne l’ouvrage, il le met à l'Index, le 5 mars 1759, et il « enjoint aux catholiques, sous peine d'excommunication, de brûler les exemplaires en leur possession ».

Le 8 mars 1759, à la suite des remous causés par la parution de De l’esprit de Claude-Adrien Helvétius, le privilège de l’Encyclopédie est révoqué.

D’Alembert abandonne définitivement le projet.

Article détaillé : Lettre à D'Alembert.

Dans le même temps, les libraires doivent aussi faire face à une accusation de plagiat de planches dessinées par l'Académie des sciences et destinées à la Description des arts et métiers.

Dès septembre 1759, Malesherbes permet de contourner la suppression du privilège en obtenant la permission de publier des volumes de planches ; ils paraîtront à partir de 1762. La rédaction et la publication du texte se poursuivront clandestinement.

1762-1765 : achèvement du texte[modifier | modifier le code]

En 1762, le vent politique change : l’expulsion des Jésuites sur un arrêt du Parlement fait souffler un vent de liberté. Les volumes 8 à 17 paraissent, sans privilège et sous une adresse étrangère. En 1764, Diderot découvre la censure exercée par Le Breton lui-même sur les textes de l’Encyclopédie. En 1765, Diderot achève le travail de rédaction et de supervision, avec une certaine amertume.

1765-1772 : fin de la publication[modifier | modifier le code]

Les deux derniers volumes des planches paraissent sans difficulté en 1772.

1769-1778 : Le procès de Luneau de Boisjermain[modifier | modifier le code]

À partir de 1769, les libraires, Briasson en particulier, et Diderot, durent encore se défendre au procès intenté par un souscripteur mécontent, Pierre-Joseph Luneau de Boisjermain, qui se plaignait de l'augmentation du prix de l'ouvrage par rapport à ce qu'annonçait le Prospectus de novembre 1750. En effet, le projet initial avait été largement dépassé par la fougue des Encyclopédistes et était passé de 10 à 26 volumes. En conséquence, les libraires avaient fait passer le prix à 850 livres au lieu des 280 livres du prix de souscription original. En 1771, les associés durent remettre au juge les documents pertinents, qui restèrent en sa possession jusqu'à l'énoncé du jugement[9]. La question fut tranchée en 1778, en faveur des libraires, trois ans après la mort de Briasson.

Après 1776[modifier | modifier le code]

Le Supplément[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Supplément à l'Encyclopédie.

En 1776-1777, Charles-Joseph Panckoucke et Jean-Baptiste-René Robinet font paraître un Supplément en 4 volumes de textes et 1 de planches. Deux volumes de tables paraissent en 1780. Il est à noter que Diderot ne participe pas en tant que rédacteur d'articles à cette entreprise (voir dans l'article Encyclopédistes la listes des contributeurs au Supplément).

Les 17 volumes initiaux, les 11 volumes de planches, le Supplément de 4 volumes, son volume de planches et les Tables de Mouchon en 2 volumes, constituent les 35 volumes de l'édition de base, dite de Paris, de l'Encyclopédie.

Réédition, adaptations, contrefaçons[modifier | modifier le code]

Par ailleurs, l’édition originale fut rapidement suivie de rééditions, d’adaptations et d’éditions contrefaites.

Déjà en 1770, un éditeur suisse entreprend la publication d'une encyclopédie similaire, d'inspiration plus européenne et protestante : l'Encyclopédie dite d'Yverdon.

Une encyclopédie monumentale, issue de celle de Diderot et D’Alembert dont elle se veut une version améliorée et enrichie, paraît de 1782 à 1832 sous le nom d'Encyclopédie méthodique, dite « Encyclopédie Panckoucke ». Celle-ci comprend plus de 150 volumes de texte et plus de 50 volumes de planches.

Ainsi, si la première édition fut tirée à 4 225 exemplaires, on compte près de 24 000 exemplaires, toutes éditions confondues, vendus au moment de la Révolution française.

Dans sa forme "enrichie", l'Encyclopédie arriva en Angleterre en 1799, via Panckoucke qui vendit les droits.

L’aventure économique[modifier | modifier le code]

Cet ouvrage, énorme pour l’époque, a occupé un millier d'ouvriers pendant vingt-quatre ans.

Prix de vente[modifier | modifier le code]

Les conditions d’acquisition, énoncées à la dernière page du prospectus, sont les suivantes. Pour 10 volumes in-folio dont 2 de planches : 60 livres en acompte, 36 livres à la réception du premier volume prévue pour juin 1751, 24 livres à la livraison de chacun des suivants échelonnés de six mois en six mois, 40 livres à la réception du huitième volume et des deux tomes de planches. En tout, 372 livres.

Vu le prix élevé, on peut en déduire que le lecteur était issu de la bourgeoisie, de l’administration, de l’armée ou de l’Église[10].

La première édition in-folio revient finalement à un total de 980 livres, tandis que l'édition ultérieure in-quarto en coûtera 324 et l'in-octavo 225[11]. Pour mettre ces chiffres en perspective, il faut savoir que Diderot a gagné en moyenne 2 600 livres par an pendant ses 30 années de travail sur l'Encyclopédie et qu'un artisan spécialisé gagnait alors 15 livres par semaine[12], soit environ 750 livres par année.

Tirage[modifier | modifier le code]

L' Encyclopédie fut tirée à 4 255 exemplaires[13] - quantité très importante à une époque où un tirage courant ne dépassait pas les 1 500 exemplaires. De ce nombre, Robert Darnton estime qu'environ 2 000 exemplaires ont été diffusés en France et le reste à l'étranger[14].

Vente de l'ouvrage[modifier | modifier le code]

Le prospectus de 1750 apporte un millier de souscriptions. L’interdiction temporaire des tomes 1 et 2 a attisé les curiosités sur l’ouvrage. On compte alors plus de 4 000 souscriptions. Suite aux remous causés par De l’esprit, à l’interdiction du privilège et l’interdiction papale, Le Breton est accessoirement condamné à rembourser les souscripteurs : aucun ne se présentera en ce sens. Il ne faut pas confondre les acheteurs et le lectorat. Comme les cabinets de lecture se multipliaient, il est probable qu’un public plus large y ait consulté l’ouvrage.

L’esprit encyclopédique[modifier | modifier le code]

L’Encyclopédie est représentative d'un nouveau rapport au savoir. Elle « marque la fin d'une culture basée sur l'érudition, telle qu'elle était conçue au siècle précédent, au profit d'une culture dynamique tournée vers l'activité des hommes et leurs entreprises »[15]. Elle permet à un plus grand nombre de personnes d'accéder au savoir.

Esprit philosophique[modifier | modifier le code]

Frontispice de l’Encyclopédie (détail) : on y voit la Vérité rayonnante de lumière; à droite, la Raison et la Philosophie lui arrachent son voile (peint par Charles Nicolas Cochin et gravé par Benoît-Louis Prévost en 1772 (Frontispice entier)

Jules Michelet écrit : « l’Encyclopédie, livre puissant, quoi qu’on ait dit, qui fut bien plus qu’un livre, — la conspiration victorieuse de l’esprit humain[16]. »

En ce siècle des Lumières, l’évolution de la pensée est liée à l’évolution des mœurs. Les récits de voyages — celui de Bougainville, par exemple — incitent à la comparaison entre les différentes civilisations : la morale et les habitudes apparaissent relatives à un lieu et à un temps. Les bourgeois viennent désormais frapper aux portes de la noblesse, ils deviennent la noblesse de robe par opposition à la noblesse d’épée. Mais la logique du déterminisme (héréditaire) et du libre arbitre s’opposent. De nombreux bourgeois se sentent frustrés que la situation soit bloquée (en particulier par rapport au Royaume-Uni).

De nouvelles valeurs s’imposent : la nature qui détermine le devenir de l’homme, le bonheur terrestre qui devient un but, le progrès par lequel chaque époque s’efforce de mieux réaliser le bonheur collectif. Le nouvel esprit philosophique qui se constitue est basé sur l’amour de la science, la tolérance. Il s’oppose à toutes les contraintes de la monarchie absolue et à la religion. L’essentiel est alors d’être utile à la collectivité en diffusant une pensée concrète où l’application pratique l’emporte sur la théorie, et l’actualité sur l’éternel.

Esprit scientifique[modifier | modifier le code]

Cette évolution s’inspire de l’esprit scientifique. Les méthodes expérimentales, appliquées à des questions philosophiques, aboutissent à l'empirisme, selon lequel toute notre connaissance dérive, directement ou indirectement, de l’expérience par les sens. L’Encyclopédie marque aussi l’apparition des sciences humaines.

En outre, l’esprit scientifique se manifeste par son caractère encyclopédique. Le XVIIIe siècle ne se spécialise pas, il touche à tous les domaines : science, philosophie, arts, politique, religion, etc. Ainsi s’explique la production de dictionnaires et de sommes littéraires qui caractérisent ce siècle et dont l'Encyclopédie est l’ouvrage le plus représentatif. On peut citer : L’Esprit des lois de Montesquieu (31 livres), l'Histoire naturelle de Buffon (36 volumes), l'Essai sur les origines des connaissances humaines de Condillac, le Dictionnaire philosophique de Voltaire (614 articles). Fin du XVIIe siècle, Fontenelle, dans Entretiens sur la pluralité des mondes (1686), et Pierre Bayle, dans le Dictionnaire historique et critique (1697), vulgarisaient déjà cette pensée fondée sur les faits, l’expérience et la curiosité pour les innovations.

Esprit critique[modifier | modifier le code]

Quant à l’esprit critique, il s’exerce principalement contre les institutions. À la monarchie absolue, on préfère le modèle anglais de gouvernement (monarchie constitutionnelle). La critique historique des textes sacrés attaque les certitudes de la foi, le pouvoir du clergé et les religions révélées. Les philosophes s’orientent vers le déisme qui admet l’existence d’un dieu sans église. Ils critiquent également la persécution des Huguenots par la monarchie française (voir l’article Réfugiés).

Le pendant positif de cette critique est l’esprit de réforme. Les encyclopédistes prennent parti pour le développement de l’instruction, l’utilité des belles-lettres, la lutte contre l’Inquisition et l’esclavage, la valorisation des arts « mécaniques », l’égalité et le droit naturel, le développement économique qui apparaît comme source de richesse et de confort.

Pour défendre leurs idées, les auteurs ont oscillé entre le ton polémique (voir l’article Prêtres de D’Holbach) et des techniques d’autocensure qui consistaient à déguiser ses idées en s’appuyant sur des exemples historiques précis. L’examen scientifique des sources leur permettait une remise en question des idées léguées par le passé. L’abondance des annotations historiques décourageait une censure à la recherche d’idées subversives. Certains encyclopédistes ont préféré faire passer des vues iconoclastes par des articles apparemment anodins. Ainsi, l’article consacré au capuchon est l’occasion de ridiculiser les moines.

Même si la quantité a parfois nui à la qualité, il faut souligner la singularité de cette aventure collective que fut l'Encyclopédie : pour la première fois, on y décrit à égalité avec les savoirs « nobles » tous les savoir-faire : la boulangerie, la coutellerie, la chaudronnerie, la maroquinerie. Cette importance accordée à l’expérience humaine est une des clefs de la pensée du siècle : la raison se tourne vers l’être humain qui en est désormais la fin.

Esprit bourgeois[modifier | modifier le code]

Planche de l’Encyclopédie : Chambre obscure.

L'article « Encyclopédiste » met en avant le profil du collaborateur moyen de l'Encyclopédie : il appartient à la classe émergente du XVIIIe siècle, la bourgeoisie. En particulier, Diderot et D'Alembert sont bourgeois, les éditeurs sont bourgeois, le lecteur moyen est bourgeois. Il n'est donc pas surprenant de retrouver cette tendance dans l'Encyclopédie. Les dimensions pratique et concrète de l'Encyclopédie en témoignent.

  • le titre : dictionnaire des arts et métiers
  • les planches
  • le matérialisme tant reproché à certains auteurs

L’article « Réfugiés » en est un exemple parfait. Il valorise le travail, la richesse, et l’industrie, par opposition aux valeurs de la noblesse, à savoir, les faits d’armes, le refus du négoce et de l’agriculture.

La question de l'unité[modifier | modifier le code]

Ces caractéristiques (esprit bourgeois, scientifique et critique) sont des impressions globales qui se dégagent quand on tente d'appréhender globalement la ligne éditoriale de l'Encyclopédie. Il ne faut cependant pas croire que cela ressortisse à une intention ou une stratégie délibérée et qu'une quelconque unité ait été recherchée par les directeurs ou les éditeurs.

Les dissensions entre Diderot et D'Alembert, ou avec les éditeurs, les renvois brisés (voir ci-après) et les articles contradictoires montrent à suffisance l'improvisation relative dans la conception générale du corpus.

Si l'Encyclopédie fut bien la « machine de guerre des Lumières », ainsi qu'on l'a dit, « Ce n'est pas une machine de guerre cohérente où s'est exprimé le rôle historique de la bourgeoisie capitaliste, seule classe assurée de ses buts et de ses moyens, comme on l'a tant de fois affirmé ; son public (...) est moins animé par la cohésion sociale et idéologique que par la généralisation extrêmement étendue d'un besoin de connaissance. »[17]

Pour le public du XVIIIe siècle, toutefois, « l'ouvrage représente un modèle de cohérence. Il montre que la connaissance est ordonnée et non chaotique, que le principe directeur est la raison opérant sur les données des sens et non la révélation parlant par l'intermédiaire de la tradition, enfin que les critères rationnels appliqués aux institutions contemporaines contribuent à démasquer l'absurdité et l'iniquité partout. Ce message imprègne le livre, y compris les articles techniques. »[18]

Les renvois[modifier | modifier le code]

Pour échapper aux limitations du classement alphabétique, l’Encyclopédie de Diderot innove en utilisant quatre types de renvois :

  • des renvois classiques dits de mots, pour une définition qui se trouve dans un autre article ;
  • des renvois dits de choses, pour confirmer ou réfuter une idée contenue dans un article par un autre article ;
  • des renvois dits satiriques ou épigrammatiques ;
  • des renvois dits de génie, qui peuvent conduire à l’invention de nouveaux arts, ou à de nouvelles vérités[19].

Les renvois sont une technique développée par les concepteurs pour contrer la censure, comme la définition des moines, (qui est en fait une satire violente contre l'intégrisme religieux), ne se trouve pas à l'article "Moine" où les censeurs seraient susceptible de la trouver, mais dans les renvois au mot "capuchon", où personne ne l'attend.

Sa parution par volume et par ordre alphabétique fait que les articles sont souvent brouillons, un thème non abordé dans l'article dédié peut réapparaître sous forme de chapitre dans l'article du lieu de naissance du savant en cause (les travaux d'Isaac Newton étant, par exemple, dans l'article Woolsthorpe)[20]. Le pic de célébrité de l'ouvrage fait que les tomes V à VIII (correspondant aux quatre lettres E-F-G-H) sont de loin plus développés, au-delà de la place utilisée dans un dictionnaire usuel[20].

La publication séparée, chronologiquement, des schémas par rapport au texte, pose d'autres problèmes de compréhension (les planches de l'article coniques étant publiées près de 14 ans après le texte lui-même)[20].

Certains textes sont copiés d'ouvrages antérieurs dont le contenu est ainsi éparpillé dans différents articles[20] : tel est le cas des Elemens de physique de Pieter van Musschenbroek.

Les sources de l’Encyclopédie[modifier | modifier le code]

L'Encyclopédie se compose de travaux originaux et de nombreux emprunts.

Les travaux originaux[modifier | modifier le code]

L'Encyclopédie contient un certain nombre de travaux entièrement nouveaux, résultant de recherches originales. C'est particulièrement vrai dans le domaine des sciences et des techniques, au point de devenir par endroit, un lieu de polémique, les auteurs utilisant l'ouvrage pour exposer leur point de vue, ou se répondre d'un article à l'autre.

Comme les termes techniques avaient été longtemps ignorés des encyclopédies, et n'étaient apparus qu'avec le Dictionnaire Universel de Furetière (1690), il n'existait que peu d'ouvrages de référence sur lesquels pût se baser pour la description des arts et des métiers, à l'exception de la collection Description des arts et métiers encore en cours. Diderot se réserva donc, en plus de la coordination générale, cette part du travail, la plus complexe et la moins recherchée :

« Diderot portait à un degré merveilleux les aptitudes de son rôle. Il n'avait pas seulement à son service une multitude d'idées originales, il possédait encore la puissance incroyablement rapide de s'assimiler ce qu'il tenait à savoir, et de l'apprendre d'aussi bonne foi que si sa vie entière en eût dépendu, ou que ses talents eussent dû s'y consommer sans fin. Qui ne sait, pour l'avoir lu souvent, comment il se rendit maître des arts mécaniques dont il s'était chargé d'être le démonstrateur, comment il s'en emparait pratiquement avant de les expliquer théoriquement? Afin de traiter en pleine autorité une si grande abondance de matières spéciales, il passait des journées entières au milieu des ateliers, il visitait les fabriques, il étudiait, et exerçait une foule de métiers. Plusieurs fois, il voulut se procurer les machines, les voir construire, mettre la main à la tâche, et se faire apprenti pour connaître, en ouvrier, le secret, de tant de manœuvres. Finalement, il n'ignorait plus aucun détail de l'art des tissus de toile, de soie, de coton, ou de la fabrication des velours ciselés, et les descriptions qu'il en donnait sortaient en droite ligne de ses expériences[21]. »

Les emprunts[modifier | modifier le code]

À côté de travaux nouveaux, les collaborateurs ont aussi beaucoup emprunté à des ouvrages existants — allant de la citation en guise de référence, à l'article entier. Tantôt avoués, tantôt pas, ces emprunts sont progressivement identifiés par la recherche moderne. La liste des sources proposée ici est donc encore incomplète. Une question très pointue consiste aussi à déterminer avec précision l'édition de l'ouvrage concrètement utilisée.

Pour les planches, sur le plan conceptuel :

Pour la Description des arts :

Pour l'histoire des idées et de la philosophie :

Autres personnages de référence[modifier | modifier le code]

Parmi les autorités citées comme référence dans l'Encyclopédie, sans en être des collaborateurs directs, on trouve les noms de Gottfried Wilhelm Leibniz et de l'abbé Claude Sallier, garde de la Bibliothèque royale.

Réception de l’Encyclopédie[modifier | modifier le code]

Enthousiasme du public[modifier | modifier le code]

La publication de l'Encyclopédie a suscité dans le public un enthousiasme extraordinaire, qui s'est manifesté jusque dans les milieux des courtisans proches de Louis XV, comme en atteste une anecdote racontée par Voltaire en 1774 :

« Un domestique de Louis XV me contait qu’un jour, le roi, son maître, soupant à Trianon en petite compagnie, la conversation roula d’abord sur la chasse, et ensuite sur la poudre à tirer. Quelqu’un dit que la meilleure poudre se faisait avec des parties égales de salpêtre, de soufre et de charbon. Le duc de La Vallière, mieux instruit, soutint que, pour faire de bonne poudre à canon, il fallait une seule partie de soufre et une de charbon sur cinq parties de salpêtre bien filtré, bien évaporé, bien cristallisé.
Il est plaisant, dit M. le duc de Nivernais, que nous nous amusions tous les jours à tuer des perdrix dans le parc de Versailles, et quelquefois à tuer des hommes ou à nous faire tuer sur la frontière, sans savoir précisément avec quoi l’on tue.
Hélas ! nous en sommes réduits là sur toutes les choses de ce monde, répondit Mme de Pompadour ; je ne sais de quoi est composé le rouge que je mets sur mes joues, et on m’embarrasserait fort si on me demandait comment on fait les bas de soie dont je suis chaussée.
– C’est dommage, dit alors le duc de La Vallière, que Sa Majesté nous ait confisqué nos Dictionnaires encyclopédiques, qui nous ont coûté chacun cent pistoles ; nous y trouverions bientôt la décision de toutes nos questions.
Le roi justifia sa confiscation ; il avait été averti que les vingt et un volumes in-folio, qu’on trouvait sur la toilette de toutes les dames, étaient la chose du monde la plus dangereuse pour le royaume de France, et il avait voulu savoir par lui-même si la chose était vraie, avant de permettre qu’on lût ce livre. Il envoya, sur la fin du souper, chercher un exemplaire par trois garçons de sa chambre, qui apportèrent chacun sept volumes avec bien de la peine. On vit à l’article POUDRE que le duc de La Vallière avait raison ; et bientôt Mme de Pompadour apprit la différence entre l’ancien rouge d’Espagne, dont les dames de Madrid coloraient leurs joues, et le rouge des dames de Paris. Elle sut que les dames grecques et romaines étaient peintes avec de la pourpre qui sortait du murex, et que, par conséquent, notre écarlate était la pourpre des anciens ; qu’il entrait plus de safran dans le rouge d’Espagne et plus de cochenille dans celui de France. Elle vit comme on lui faisait ses bas au métier, et la machine de cette manœuvre la ravit d’étonnement.
– Ah ! le beau livre ! s’écria-t-elle. Sire, vous avez donc confisqué ce magasin de toutes les choses utiles, pour le posséder seul et pour être le seul savant de votre royaume.
Chacun se jetait sur les volumes, comme les filles de Lycomède sur les bijoux d’Ulysse ; chacun y trouvait à l’instant tout ce qu’il cherchait[23]. »

Quant à Diderot, il s'en remet à la postérité pour juger de son œuvre : « Cet ouvrage produira sûrement avec le temps une révolution dans les esprits, et j’espère que les tyrans, les oppresseurs, les fanatiques et les intolérants n’y gagneront pas. Nous aurons servi l’humanité. »[24]

Mais de son vivant et durant la publication protecteurs et opposants s'affrontent, parfois vivement. L'Encyclopédie n'est pas qu'un ouvrage de références ; elle est aussi une tribune, un manifeste et sa publication est donc aussi un acte politique, qui heurte.

Opposants notoires[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Cacouac.

Les éditions subséquentes[modifier | modifier le code]

Le succès de cette publication suscite très vite projets concurrents, copies pirates et réimpressions diverses :

  • Encyclopédie in-folio de Lucques (1758), sous la direction d'Ottaviano Diodati, tirée à 1 500 exemplaires.
  • Encyclopédie in-folio de Livourne (1771-1775), sous la direction de Giuseppe Aubert, tirée à 1 500 exemplaires.
  • Encyclopédie in-folio de Genève (1771-1773), sous la direction de Panckoucke, tirée à 4 000 exemplaires.
  • Encyclopédie in-quarto de Genève et de Neuchâtel, également sous la direction de Panckoucke, tirée d'abord à 4 000 exemplaires, suivie de deux autres tirages de 2 000 exemplaires. Cette édition est connue sous le sigle STN (Société typographique de Neuchâtel).
  • Encyclopédie in-octavo de Berne et Lausanne (1778), similaire à l'édition Pellet de Genève, dont le tirage total est évalué entre 5 500 et 6 000 exemplaires.
  • Encyclopédie d'Yverdon (1770-1780), publiée conjointement par la Société typographique de Berne et le libraire Pierre Gosse de La Haye, sous la direction de Fortuné-Barthélémy de Félice, qui transforme l'esprit de l'ouvrage original[26].
  • Encyclopédie méthodique, projet mis en œuvre par Charles-Joseph Panckoucke en 1782, mais qui n'aboutira que 50 ans plus tard, avec 210 volumes.

Robert Darnton estime à 24 000 exemplaires le nombre total d'exemplaires de l' Encyclopédie imprimés avant 1789[27]

Principaux contributeurs[modifier | modifier le code]

Diderot signe des articles sur une grande variété de sujets, principalement de littérature et d'esthétique, mais aussi en archéologie, médecine, chirurgie, herboristerie, cuisine, théorie des couleurs, mythologie, mode, etc. « Il manifeste un goût certain pour les religions éloignées du christianisme, les hérésies obscures, les secrets et les mystères, les croyances populaires et le merveilleux[28] ». Il a donné aussi des centaines d'articles sur la géographie.

D'Alembert a fourni les grands textes d'introduction (Discours préliminaire, Avertissement) et quelque 1 600 articles.

Le contributeur le plus prolifique est Louis de Jaucourt, aussi appelé chevalier de Jaucourt, qui a fourni un total de 17 395 articles, soit 28% du volume de texte[29].

Le baron d'Holbach a produit 425 articles signés et un grand nombre d'articles non signés sur la politique et la religion.

À ces noms s'ajoutent les contributions de quelque 160 collaborateurs provenant de milieux divers. Leur qualité est inégale, de l'aveu même de Diderot :

« Parmi quelques hommes excellents, il y en eut de faibles, de médiocres & de tout à fait mauvais. De là cette bigarrure dans l’ouvrage où l’on trouve une ébauche d’écolier, à côté d’un morceau de maître ; une sottise voisine d’une chose sublime, une page écrite avec force, pûreté, chaleur, jugement, raison, élégance au verso d’une page pauvre, mesquine, plate & misérable. » Denis Diderot

Controverse entre Diderot et Rousseau au sujet de l'article « Droit naturel »[modifier | modifier le code]

Diderot a publié en 1755 l'article « Droit naturel » de l'Encyclopédie. À partir de 1757, les relations entre Diderot et Rousseau se détériorent, entre autres sur la question de la valeur de l'homme dans la société. Diderot en effet comprend mal le principe de solitude exprimé par Rousseau et écrit dans Le Fils naturel, que « l'homme de bien est dans la société, et qu'il n'y a que le méchant qui soit seul ». Rousseau, qui attribue à Diderot les indiscrétions sur sa liaison avec Louise d'Épinay, se sent attaqué[30].

Dans la version de 1760 du Contrat social, dite « Manuscrit de Genève », il introduit un chapitre intitulé « La Société générale du genre humain », dans laquelle on trouve une réfutation de l'article « Droit naturel » écrit par Diderot. Voulant éviter toute polémique, Rousseau supprime le chapitre dans la version définitive du Contrat social publiée en 1762[31].

Jean-Pierre Marcos a effectué une analyse de cette controverse[32].

L’Encyclopédie en chiffres[modifier | modifier le code]

Extrait de la Table de Mouchon : la page « Entendement ».

Imprimé à 4 255 exemplaires, l'ouvrage de base compte 17 volumes de texte, 11 volumes d’illustrations et 71 818 articles. Sa rédaction s'est étalée sur 15 ans et sa publication sur 21 ans.

Le Supplément (1776-1777) compte 4 volumes d’articles et un volume d’illustrations.

L'ensemble totalise 74 000 articles, 18 000 pages de texte et 21 700 000 mots[33].

Le pasteur genevois Pierre Mouchon[34] a produit une Table analytique et raisonnée des matières contenues dans les XXXIII volumes in-folio du Dictionnaire des sciences, des arts et des métiers[35] en deux volumes (944 p., Paris et Amsterdam, 1780[36]). Cette Table dite « de Mouchon » compte 75 000 entrées, 44 000 articles principaux, 28 000 articles secondaires et 2 500 illustrations.

Détail de la publication[modifier | modifier le code]

Légende :

  • T = volume de texte
  • P = volume de planches
  • S = volume du supplément
  • B = volume de tables

Les liens externes conduisent vers la version numérisée dans Gallica.

Détails des volumes de l'Encyclopédie
Tome Date de parution Contenu
T 01 1751-06 A – Azymites
T 02 1752-01 (daté 1751) B – Cézimbra
T 03 1753-10 Cha – Consécration
T 04 1754-10 Conseil – Dizier, Saint
T 05 1755-11 Do – Esymnete
T 06 1756-10 Et – Fne
T 07 1757-11 Foang – Gythium
T 08 1765-12 H – Itzehoa
T 09 1765-12 Ju – Mamira
T 10 1765-12 Mammelle – Myva
T 11 1765-12 N – Parkinsone
T 12 1765-12 Parlement – Polytric
T 13 1765-12 Pomacies – Reggio
T 14 1765-12 Reggio – Semyda
T 15 1765-12 Sen – Tchupriki
T 16 1765-12 Teanum – Vénerie
T 17 1765-12 Vénérien – Zzuéné
P01 1762
P 02 et P 02b 1763
P 03 1765
P 04 1767
P 05 1768
P 06 1769
P 07 1771
P 08 1771
P 09 1772
P 10 1772
S 01 1776 A – Blom-Krabbe
S 02
S 03
S 04 1777 Naalol – Zygie

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Thomas Kuhn, La Structure des révolutions scientifiques, 1962
  2. Colette Le Lay, sous la direction de Jacques Gapaillard, Les articles d’astronomie dans l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert, Mémoire de D.E.A. d’Histoire des Sciences et des Techniques, Faculté des Sciences et des Techniques de Nantes Centre François Viète, 1997, lire en ligne
  3. Et peut-être franc-maçon, tout comme André Le Breton.
  4. Irène Passeron, « Quelle(s) édition(s) de la Cyclopœdia les encyclopédistes ont-ils utilisée(s) ? », Recherches sur Diderot et sur l’encyclopédie, no 40-41,‎ 2006 (lire en ligne)
  5. Chambers se trouve d'ailleurs à Paris en 1739 pour promouvoir la nouvelle édition de sa Cyclopaedia (2 vol., 2.466 pages).
  6. in art. "Mills, John", Encyclopaedia Britannica, 10th Edition (1902).
  7. Texte de l'édition d'Amsterdam, 1752. Dans cet exemplaire, les deux parties de l'Apologie telle que rédigée par Prades sont suivies par la prétendue 3e partie, rédigée par Diderot.
  8. Bruno Dupont de Dinechin, Duhamel du Monceau : un savant exemplaire au siècle des lumières, CME, 1998, 442 p.
  9. (en) Robert Collison, Encyclopædias: their history throughout the ages : a bibliographical guide with extensive historical notes to the general encyclopaedias issued throughout the world from 350 B.C. to the present day, New York, Hafner,‎ 1964, p. 132
  10. En particulier l’évêque Gregorio Barnaba Chiaramonti, le futur pape Pie VII : Nous savons qu’il souscrivit à l’Encyclopédie raisonnée des Sciences et des Arts, écrit Jean Leflon dans Un Pape romagnol : Pie VII, « Studi romagnoli », 16, 1965, p. 241-255, cité par Davide Gnola, La biblioteca di Pio VII in Il libro in Romagna. Produzione, commercio e consumo dalla fine del secolo XV all’età contemporanea. Convegno di studi (Cesena, 23-25 marzo 1995), a cura di Lorenzo Baldacchini e Anna Manfron, Firenze, Olschki, 1998, II, p. 697-712[1]
  11. Robert Darnton, L'aventure de l'Encyclopédie, Paris, Perrin, 1982, p. 207
  12. Robert Darnton, L'aventure de l'Encyclopédie, Paris, Perrin, 1982, p. 209
  13. Robert Darnton, L'aventure de l'Encyclopédie, Paris, Perrin, 1982, p. 29
  14. Madeleine Pinault, L'Encyclopédie, Paris, PUF, collection «Que sais-je ?», 1993, p. 41.
  15. Madeleine Pinault, L'Encyclopédie, Paris, PUF, collection «Que sais-je?», 1993, p. 11.
  16. Histoire de France.
  17. Daniel Roche, La France des Lumières, Fayard, 1993, p. 520.
  18. Robert Darnton, L'aventure de l'Encyclopédie, p. 401
  19. Diderot, Article « Encyclopédie ».
  20. a, b, c et d Dans le dédale de l'Encyclopédie, Les Génies de la Science, mai-juillet 2009, no 39 p. 58-61
  21. Frédéric Loliée, « Introduction », p. XV, dans Paul Guérin, Dictionnaire des dictionnaires. Lettres, sciences, arts, encyclopédie universelle, Paris, Librairie des imprimeries réunies, Motteroz,‎ 1886-1895, 7 volumes (lire en ligne)
  22. J. Proust, Diderot et l'Encyclopédie, p. 177-178 note 67
  23. Anonyme, « Préface », dans La Grande Encyclopédie, Paris,‎ 1885 (lire en ligne), p. 3-4
  24. Lettre de Denis Diderot à Sophie Volland, 26 septembre 1762.
  25. François Moureau, Le roman vrai de l'Encyclopédie, Gallimard, collection « Découvertes », p. 134.
  26. Madeleine Pinault, L'encyclopédie, Paris, Presses Universitaires de France, collection « Que sais-je? », 1993, p. 103-123.
  27. Robert Darnton, L'aventure de l'encyclopédie, Paris, Perrin, 1982, p. 47.
  28. Madeleine Pinault, L'Encyclopédie, Paris, P.U.F., 1993, p. 51
  29. Madeleine Pinault, L'Encyclopédie, Paris, PUF, collection «Que sais-je?», 1993, p. 54.
  30. Jean-Jacques Rousseau, Les confessions, Th. Lejeune,‎ 1827, p. 171
  31. Raymond Trousson, Jean-Jacques Rousseau, Tallandier, p. 452
  32. Jean-Pierre Marcos, « La Société générale du genre humain, Reprise et critique rousseauiste de la réponse de Diderot au « raisonneur violent » dans l'article Droit naturel de L'Encyclopédie », Les Papiers du Collège international de philosophie, Papiers no 28, février 1996, lire en ligne
  33. Source : ARTFL
  34. Sur cet auteur, voir http://www.iro.umontreal.ca/~vaucher/Genealogy/Documents/Mouchon/Mouchon.html
  35. En ligne sur Google livres
  36. Parue conjointement chez Panckoucke et Marc-Michel Rey.

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Généralités[modifier | modifier le code]

Les encyclopédistes[modifier | modifier le code]

  • (en) Frank A. Kafker, The recruitment of the Encyclopedists. In : Eighteenth-Century Studies, Vol. 6, No. 4 (Summer, 1973), p. 452-461.
  • (en) John Morley, Diderot and the Encyclopædists, London, MacMillan & Co,‎ 1886
    Recensé dans : Morley's Diderot. In : The New York Times, 18 April 1886 ([2]).

Interdictions et démêlés judiciaires[modifier | modifier le code]

  • Pierre-Joseph Luneau de Boisjermain, Précis sur déliberé prononcé le 22 juin 1772 entre Pierre-Joseph-François Luneau de Boisjermin & les sieurs Le Breton & Briasson & les héritiers des feus sieurs David & Durand, libraires associés à l'impression de l'Encyclopédie, Paris, P.G. Simon, 1772, 16 p.

Contenu intellectuel[modifier | modifier le code]

La présente bibliographie se focalise sur le projet éditorial et les généralités. Les publications de sélections d'articles sont référencées dans l'article spécifique sur lequel elle porte : Denis Diderot ou Grammaire dans l'Encyclopédie par exemple.

  • (en) Richard N. Schwab, Inventory of Diderot’s Encyclopédie, Oxford, The Voltaire Foundation, 1971–1984.

Réception, rééditions, suppléments[modifier | modifier le code]

  • [Extraits]: Encyclopédie, ou, Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers, 1761-1772: les articles les plus significatifs de Diderot ... [et al.], choisis et présentés par Alain Pons, coll. J'ai lu l'essentiel, E-5. [Paris]: J'ai lu, 1963. 560, [7] p.
  • (en) Kathleen Hardesty Doig, The Supplément to the Encyclopédie, Springer,‎ 1977 (ISBN 978-90-247-1965-5)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]