Louis Auguste Le Tonnelier de Breteuil

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les autres membres de la famille, voir Tonnellier.
Le baron de Breteuil. (Portrait par François-Guillaume Ménageot. Paris, musée du Louvre.)

Louis Charles Auguste Le Tonnellier, baron de Breteuil, baron de Preuilly, est un diplomate et homme politique français né à Azay-le-Ferron (Indre) le 7 mars 1730 et mort à Paris le 2 novembre 1807.

Biographie[modifier | modifier le code]

Né à Azay-Le-Ferron, il fut le petit-fils de Louis Nicolas Le Tonnelier de Breteuil[1] et de Jean-Prosper Goujon de Gasville, et donc le neveu de la célèbre savante Gabrielle Émilie Le Tonnelier de Breteuil et de son frère l'abbé Élisabeth Théodore Le Tonnelier de Breteuil. Le baron de Breteuil reçut une excellente éducation à Paris et s'engagea dans l'armée où il servit avec le grade de guidon de gendarmerie durant la guerre de Sept Ans. Le 24 janvier 1752, il épousa Mademoiselle Parat de Montgeron. Le couple eut une fille unique, Marie-Élisabeth Émilie, mariée au comte de Goyon de Matignon.

Carrière diplomatique[modifier | modifier le code]

Breteuil servit avec distinction dans la diplomatie royale. Il fut d'abord ministre plénipotentiaire auprès de l’électeur de Cologne (1758) puis fut ambassadeur en Russie (1760) auprès d'Élisabeth Ire puis de Catherine II. Il sut diplomatiquement être absent lors de la révolution de palais qui porta cette dernière sur le trône.

Ambassadeur en Suède, il sut se faire apprécier de Gustave III et défendre les intérêts de la France dans un grave conflit qui opposait deux factions de la Diète. Mais il demanda son rappel en 1766.

Il fut ensuite envoyé à Vienne, puis à Naples, puis de nouveau à Vienne. Il fut, au nom de Louis XVI, médiateur durant la guerre pour la succession au trône de Bavière qui, après la mort de l'électeur palatin Charles-Théodore, décédé sans postérité, opposait la Prusse et l'Autriche et fut l'acteur principal de la négociation du Traité de Teschen, signé le 13 mai 1779, qui permit de résoudre ce différend. Mais, en 1780, il fut remplacé à Vienne par le cardinal de Rohan, ce qui marqua le début d'une hostilité entre les deux hommes qui allait se révéler de grande conséquence.
Il accepte alors d’être grand viguier d’Andorre. En prenant ce poste que toutes les personnalités refusaient, il évite alors à cette principauté d’être rattachée à Pampelune et sauve ainsi son indépendance.

Ministre de la Maison du roi[modifier | modifier le code]

Le baron de Breteuil revint en France en 1783 et fut nommé ministre de la Maison du roi et de Paris.

En 1784, il fut chargé, avec le contrôleur général des finances, Charles Alexandre de Calonne, de négocier le rachat par Louis XVI du Domaine de Saint-Cloud au duc d'Orléans. En récompense, le baron fut chargé de l'administration du domaine et s'installa au Pavillon du Mail, qu'on appela désormais le Pavillon de Breteuil et qui existe toujours à Sèvres.

C'est lui qui fit arrêter son ennemi le cardinal de Rohan impliqué dans l'Affaire du collier de la reine. Sa loyauté à la reine dans un moment difficile lui valut la reconnaissance de Louis XVI, mais il sous-estima l'antipathie de l'opinion à l'égard de Marie-Antoinette, que la brutale partialité avec laquelle il traita le cardinal de Rohan ne fit que renforcer.

Ayant été ministre des transports, il fallut choisir un sens de circulation dans le pays. Les Anglais ayant choisi de conduire à gauche, il n'était pas plus évident de choisir le contraire de nos concurrents de l'époque : les Français conduiront donc à droite.

En tant que ministre de Paris, il se montra éclairé et généreux et prépara d'importantes réformes dans les hôpitaux et les prisons, notamment pour améliorer la condition des prisonniers. Il fit démolir les maisons situées sur les ponts et le quai de Gèvres, et c'est grâce à lui que furent conservés les bas-reliefs de Jean Goujon, qui décorent la fontaine du marché des Innocents, à Paris. Il protégea les arts et les gens de lettres.

Membre de l'Académie des sciences le 11 décembre 1785, il intercéda auprès du Roi pour que Jean-Dominique Cassini (Cassini IV) obtienne des fonds pour équiper l'Observatoire de Paris de nouveaux instruments.

En raison d'un désaccord avec Calonne, le baron de Breteuil démissionna de ses fonctions le 24 juillet 1788 et se retira dans son château.

Sous la Révolution[modifier | modifier le code]

Ayant conservé la confiance du roi, le baron de Breteuil fut consulté par celui-ci sur l'évolution de la situation à la veille de la Révolution française. Il s'opposa à la convocation des états généraux et conseilla à Louis XVI une série de mesures répressives énergiques pour venir à bout de l'agitation de juin et juillet 1789.

Lors du renvoi de Jacques Necker et des ministres libéraux le 11 juillet 1789, Louis XVI nomme le baron de Breteuil pour lui succéder comme principal ministre, cent heures à peine avant la prise de la Bastille. Dès le 16 juillet, Louis XVI doit toutefois rappeler Necker et Breteuil émigre le 17 ou 18 juillet 1789 en Allemagne puis en Suisse.

A Soleure, en novembre 1790, il reçoit une lettre de Louis XVI lui donnant pouvoir pour « traiter avec les cours étrangères et proposer en son nom toutes les mesures qui pourraient tendre à rétablir l'autorité royale et la tranquillité intérieure dans le royaume ». Mais, dans cette entreprise, il entre inévitablement en conflit avec la diplomatie des Princes et de leur principal conseil, son vieux rival Calonne.

Après l'échec de la fuite de la famille royale, qu'il a contribué à préparer avec la cour de Suède, Breteuil reçoit de Louis XVI l'ordre de pacifier ses relations avec les princes. Mais sa méfiance à l'égard des frères du roi – le comte de Provence et le comte d'Artois – et sa défense des prérogatives royales, bien que justifiées à certains égards, paraissent aux yeux des souverains étrangers comme la preuve des dissensions internes à la famille royale, dont ils prennent prétexte pour ne pas intervenir en France. Breteuil est l'objet d'attaques violentes de la part de l'entourage des princes, qui soutient qu'il cherche à faire usage de pouvoirs qui ont été expressément révoqués par Louis XVI. Après l'exécution de Marie-Antoinette, Breteuil s'incline et se retire à Hambourg.

Il regagne la France en 1802. À son retour, il tente, mais sans succès, d'obtenir la restitution du pavillon de Breteuil, devenu bien national. Vivant dans un grand dénuement, il n'est sauvé de la misère que par l'héritage d'une cousine : par testament, la marquise de Créquy lui laissa son château de Montflaux à Saint-Denis-de-Gastines. Il meurt en 1807.

Publications[modifier | modifier le code]

Il a laissé des Mémoires, publiés en 1859.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Madame du Châtelet, de René Vaillot

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Arnaud de Maurepas, Antoine Boulant, Les ministres et les ministères du siècle des Lumières (1715-1789). Étude et dictionnaire, Paris, Christian-Jas, 1996, 452 p.
  • Munro Price, « The ministry of the hundred hours : a reappraisal », French History, Vol 4 No 3 (1990), pp 317-339
  • Munro Price, The Baron de Breteuil : A First Minister in Emigration, The French Emigrés in Europe, 1789-1814, Institut Français, Londres, juillet 1999
  • Torsten Westlund, En fransk ambassadör bland hattar och mössor (Un ambassadeur français parmi les chapeaux et les bonnets), Trellis Förlag, 2004, 399 p.