Caribert Ier

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Caribert Ier
Caribert par Jean-Joseph Dassy
Caribert par Jean-Joseph Dassy
Titre
Roi de Paris
561567
Prédécesseur Clotaire Ier
Successeur Chilpéric Ier
Gontran
Sigebert Ier
Biographie
Dynastie Mérovingiens
Date de naissance Vers 521
Date de décès 567
Père Clotaire Ier
Mère Ingonde
Conjoint Ingeberge
Méroflède
Marcowefa
Théodechilde
Enfant(s) Berthe
Bertheflède
Clotilde

Caribert Ier (nommé Charibert par Grégoire de Tours - signifie « Brillant dans l'armée[1] », hari (troupe, bande armée)[2] et bert (brillant[1], bonheur[3]) en vieux francique) (v. 521 - près de Bordeaux, 567), roi de Paris de 561 à 567. Il est le fils de Clotaire Ier et de sa première épouse Ingonde.

Biographie[modifier | modifier le code]

Le conflit pour la succession : l'expédition contre Chramn (558)[modifier | modifier le code]

En 558, Caribert et Gontran furent envoyés par Clotaire pour reprendre le Limousin à leur frère Chramn, qui s’en était emparé. Leurs armées se firent face au pied de la montagne noire où ils incitèrent Chramn à rendre les terres appartenant à leur père. Il refusa et une tempête empêcha la bataille. Chramn en profita pour duper ses frères en envoyant un messager les informant de la mort de Clotaire, qui se battait contre les saxons. Caribert et Gontran se rendirent aussitôt en Burgondie[4].

Clotaire Ier avait réunifié le royaume franc de Clovis Ier avec peine mais n'avait pas partagé le royaume avant sa mort[5].

Le second partage du regnum francorum (561)[modifier | modifier le code]

Partage du royaume à la mort de Clotaire. Grandes Chroniques de France, XIVe siècle, Castres, musée Goya.

À la mort de leur père en 561, les fils de Clotaire allèrent enterrer leur père à Soissons dans la basilique qu'il avait commencé à faire construire sur le tombeau de saint-Médard[6]. Il se ligua avec ses frères Gontran et Sigebert contre Chilpéric, son demi-frère, qui avait pris possession du château de leur oncle Childebert avec la portion du royaume qui allait avec, pour le forcer à repartager le royaume. Le royaume fut donc à nouveau divisé en quatre et le sort lui attribua le royaume de Paris[7]. Les rapports de forces déterminèrent en réalité les attributions, la mise à l'écart des plus faibles faisait partie des usages de la succession royale franque et il se peut que les trois fils d'Ingonde éprouvèrent de la défiance envers leur demi-frère[8]. De plus, dans la tradition germanique, le mode de succession des rois sur le trône, la tanistry (nom celtique désignant la succession par le cadet et non par le fils), se faisait entre frère, de l'aîné au benjamin, puis aux oncles et aux neveux[9].

Le royaume des Francs en 561 après sa division en sous-royaumes.

Caribert reçut l'ancien royaume de Childebert Ier, situé entre la Somme et les Pyrénées[10], ayant Paris pour capitale et comprenant le bassin parisien, l'Aquitaine et la Provence. Ce teilreich était la portion du regnum francorum la plus riche en fisc (terre, forêt ou mine appartenant à la couronne[11]) et la plus facile à défendre.

En recevant le royaume de Childebert, il devint le gardien du tombeau de Clovis. Son royaume fut cependant menacé par des autonomistes dans les possessions méridionales, notamment en Aquitaine. Parmi les fidèles de sa cour, apparaissait le jeune Gondovald, prétendument fils de Clotaire et donc frère putatif de Caribert[12]. En matière fiscale, il voulut imposer la ville de Tours, qui depuis le règne de Clotaire ne payait plus par hommage à saint Martin, en tentant de reconstituer les registres de l'impôt qui avaient été brûlés. Mais l'évêque Eufronius obtint de lui une nouvelle suppression d'impôt[13].

À la suite du mariage de Sigebert et de Brunehilde, il invita le poète Venance Fortunat pour qu'il rédige un éloge panégyrique. Fortunat loua sa culture en lettre et en droit. Il célébra en Caribert le plus grand des rois francs, le seul véritable héritier de son oncle Childebert Ier autant par ses qualités que par son royaume, en appelant au témoignage d'Ultrogothe, veuve de Childebert, que Caribert avait honorée. Fortunat rappelait qu'il était l'aîné de ses frères et qu'en lui seul renaissait l'intelligence politique de leur père qui d'ailleurs, le considérait comme son fils préféré[14]. En outre, il regorgeait de vertus impériales et chrétiennes : aussi bon que Trajan, aussi juste que Salomon, aussi clément que David. Il célébra son caractère pacifique en argumentant sur la prospérité engendrée par son règne : « Vos devanciers ont agrandi la patrie par les armes, mais en versant le sang ; vous, en régnant sans infliger la défaite, vous conquérez davantage.[15] ». De plus, il affirma que Caribert parlait mieux latin que bien des Romains et célébra sa beauté, reflet de sa bonté[16].

Les déboires matrimoniaux : le problème de la succession[modifier | modifier le code]

Buste imaginaire de Caribert Ier

Il pratiqua la « monogamie sérielle[17]», mélange de mariage et de concubinage[18]. Il épousa Ingeberge, femme probablement de sang royal[réf. nécessaire], dont il eut quatre enfants[réf. nécessaire]. Un d'eux mourut en bas âge, les trois autres furent des filles devenues religieuses. Excédée par la débauche de son mari qui posséda plusieurs maîtresses, et peut-être pour l'assagir, Ingeberge fit introduire à la cour un artisan de lainerie pour l'atelier royal, père de deux de ses maîtresses. Il la délaissa pour épouser les deux filles de l'artisan : Méroflède et Marcowefa. Il épousa d'abord Méroflède. Avant sa mort, Clotaire Ier avait désigné un clerc courtisan nommé Emery (Emeritus) à l'évêché de Saintes. Cette nomination étant contraire au droit canon, il craignit que l'archevêque de Bordeaux ne donna pas son approbation. Aussi, il autorisa Emery à se faire ordonner par l'évêque de son choix, ce que fit Emery. Après la mort de Clotaire Ier, Caribert dut faire accepter à l'évêque de Bordeaux le principe des nominations royales sur les sièges épiscopaux[17]. Mais Léonce, l'archevêque de Bordeaux, convoqua un synode à Saintes pour traiter l'affaire. Un vote des prélats déclara illicite la nomination et le sacre, un prêtre bordelais nommé Héraclius fut élu à la place d'Emery. Léonce envoya un prêtre nommé Noncupat (Nuncupatus)[19] informer Caribert des résultats du synode. La nouvelle déplut au roi et le prêtre fut jeté sur un chariot d'épines avant d'être expulsé[17]. Méroflède mourut, il épousa alors Marcowefa[20]. En choisissant la moniale Marcowefa comme femme, il choisit d'épouser une proche parente d'une précédente épouse, ce qui était considéré comme un inceste par le droit canon. Une épidémie se mit à ravager les Gaules, dont le royaume de Paris, ce qui fut perçu comme une punition d'une faute en matière matrimoniale. Les évêques demandèrent aux fidèles de reporter les mariages pour obtenir la fin de l'épidémie[21]. Depuis de nombreuses années, les évêques réclamaient la tenue d'un concile, Caribert en donna l'autorisation. Il s'agissait du concile de Tours, tenu le 18 novembre 567[22]. Venus de tout le royaume, les prélats émirent deux canons. Le premier rappelait que les lois romaines et le droit ecclésiastique interdisaient à une moniale de se marier, les évêques ajoutèrent que Caribert avait récemment émis une loi renforçant cette disposition[23]. Le second évoquait la question de l'inceste, résumé par les textes des conciles gaulois qui interdisaient à un homme d'épouser sa belle-sœur[24]. Dans les deux dispositions du concile, la peine prescrite pour le contrevenant était l'excommunication. Dans l'assemblée se trouvait Prétextat de Rouen qui condamna le roi de Paris pour les faits qui lui furent reprochés[25]. Caribert fut excommunié par l'évêque Germain de Paris[17],[26] pour inceste et sacrilège. Caribert abandonna ses épouses face à l'hostilité du clergé. Il épousa lors d'un quatrième mariage une religieuse nommée Théodechilde.

Le royaume des Francs en 567 après la division du royaume de Paris.

Sa vie conjugale doit être perçue comme la nécessité pour le souverain d'engendrer une descendance masculine. Caribert était déjà âgé et se devait d'avoir un héritier qui le succéderait sur le trône tandis que ses cadets, Gontran et Chilpéric, en étaient déjà pourvu. De plus, il avait besoin de l'appui de fidèles qui pouvaient l'abandonner si son royaume disparaissait avec lui[18].

En 566, il nomma son neveu par alliance Bertrand évêque de Bordeaux[réf. nécessaire] et maria sa fille Berthe au roi Aethelberth[27] de Kent, le plus méridionale des état anglo-saxons[17],[28].

Il meurt le , âgé de moins de 50 ans, près de Bordeaux, alors qu'il visitait ses possessions méridionales[29]. À sa mort, malgré quatre épouses, il ne laissa que des filles. Ses trois frères se disputèrent âprement son héritage. Un partage de son royaume se fit en 568[30] où Paris fut maintenu dans l'indivision. Les revenus fiscaux de la ville furent partagés en trois et chaque roi jura de ne pas entrer dans la ville sans le consentement des deux autres[31]. Senlis fut également indivisée[32].

Epouses et enfants[modifier | modifier le code]

  • Méroflède, fille d'un cartier, elle fut la servante de la première épouse. Elle est la sœur de Marcowefa la 3e épouse.
    • Bertheflède, religieuse à Tours puis au Mans.
  • Marcowefa (?-567), sœur de Méroflède, la deuxième épouse.
  • En 566, Théodechilde, religieuse, fille d'un berger, elle donna à Caribert un fils mort jeune qui n'aurait pas régné. Veuve, elle tenta de sauver le royaume de Paris en prenant le contrôle du trésor royal puis s'offrit au roi Gontran qui l'enferma dans un couvent dans la région d'Arles. Elle tenta de s'en évader avec l'aide d'un Goth avec qui elle comptait fuir en Espagne. D'elle, il eut :

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Les reines pourpres Tome 1 : Les voiles de Frédégonde, de Jean-Louis Fetjaine, éditions Belfond, 2006, p. 14.
  2. Ivan Gobry, Clotaire II, collection « Histoire des rois de France », éditions Pygmalion, p. 11.
  3. Maurice Bouvier-Ajam, Dagobert Roi des Francs. « Figures de proue », éditions Tallandier, 2000, p. 39.
  4. Grégoire de Tours, Histoire des Francs, livre IV, 16.
  5. Ivan Gobry, op. cit., collection « Histoire des rois de France », éditions Pygmalion, p. 12.
  6. Grégoire de Tours, op. cit., livre IV, 19, 21, 54.
  7. Id., op. cit., livre IV, 22.
  8. Dumézil (2008), pp. 108-109.
  9. Michel Rouche, Clovis, Paris, Éditions Fayard,‎ 1996 (ISBN 2-2135-9632-8), p. 233.
  10. Ivan Gobry, op. cit., collection « Histoire des rois de France », éditions Pygmalion, p. 13.
  11. Dumézil (2008), p. 93.
  12. Id. (2008), p. 259.
  13. Id. (2008), p. 301.
  14. Id. (2008), p. 199.
  15. Venance Fortunat, Carmina. VI, 2 v.37-38.
  16. Dumézil (2008), pp. 142-143.
  17. a, b, c, d et e Grégoire de Tours, op. cit., livre IV, 26.
  18. a et b Dumézil (2008), p. 143.
  19. Grégoire de Tours confond l'homme avec sa fonction, car le terme signifie désigné, nommé. Ivan Gobry, Clotaire II, collection « Histoire des rois de France », éditions Pygmalion, p. 16.
  20. Ivan Gobry, op. cit., collection « Histoire des rois de France », éditions Pygmalion, p. 17.
  21. Concile de Tours II, Lettre des évêques de la province de Tours au peuple. « La colère du Seigneur pourra être apaisée par la chasteté des corps ». (ed. cit. p. 395).
  22. Tours II c.1.
  23. Tours II c.21.
  24. Tours II c.22. Ce texte rappelle des prescriptions des conciles d'Orléans I et d'Epaone.
  25. Le nom de Prétextat, agissant en tant qu'évêque de Rouen, se situe en tête de la liste des souscriptions du concile de Tours II.
  26. http://books.google.fr/books?id=PeI-zIpH4yUC&pg=PA87Jean Heuclin, Homme de Dieu et fonctionnaires du roi, p. 87
  27. Grégoire le Grand, Ep. XI, 35 ; R.A. Markus, « The Chronology of Gregorian Mission to England : Bede's Narrative and Gregory's Correspondence », in id., From Augustine to Gregory the Great. History of Christianity in the Late Antiquity, Londres, 1983, pp. 16-30.
  28. Grégoire de Tours, op. cit., livre IX, 26.
  29. Ivan Gobry, op. cit., collection « Histoire des rois de France », éditions Pygmalion, p. 24.
  30. Le texte du partage est évoqué par le Pacte d'Andelot (Grégoire de Tours, op. cit., livre IX, 20).
  31. Grégoire de Tours, op. cit., livre VI, 27 ; VII, 6.
  32. Pacte d'Andelot, Grégoire de Tours, op. cit., livre IX, 20.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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