Nicolas de Condorcet

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Nicolas de Condorcet

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Huile sur toile représentant le marquis de Condorcet.

Nom de naissance Marie Jean Antoine Nicolas de Caritat, marquis de Condorcet
Naissance 17 septembre 1743
Ribemont, Drapeau du Royaume de France Royaume de France
Décès 29 mars 1794 (à 50 ans)
Bourg-la-Reine, Drapeau de la France France, Ire République
Famille
Sophie de Condorcet, son épouse

Marie Jean Antoine Nicolas de Caritat, marquis de Condorcet, né le 17 septembre 1743 à Ribemont et mort le 29 mars 1794 à Bourg-la-Reine, est un philosophe, mathématicien, et homme politique français, représentant des Lumières. Il est célèbre pour ses travaux pionniers sur la statistique et les probabilités, son analyse des différents modes de scrutin possibles et du « paradoxe de Condorcet », et son action politique, tant avant la Révolution que sous celle-ci. Siégeant parmi les Girondins, il propose ainsi des réformes du système éducatif ainsi que pénal. La Convention nationale ordonne son arrestation en 1793, et on le trouve mort dans sa cellule peu après son incarcération.

Biographie[modifier | modifier le code]

Né à Ribemont (Aisne) en 1743, il est l’un des descendants de la famille Caritat. Les Caritat tiennent leur titre de la ville de Condorcet (Dauphiné) dont ils sont originaires. Il perd son père[1] le 22 octobre 1743 lors de manœuvres en Alsace. Sa mère, très dévote et qui a voué son enfant à la Vierge, l'élève et l'habille en fille jusqu'à 9 ans, âge auquel elle confie son éducation à un précepteur jésuite à domicile, puis, grâce à l'intervention de son oncle paternel évêque de Gap, Auxerre et Lisieux, est formé au collège des Jésuites de Reims à onze ans, enfin il est envoyé à quinze ans au collège de Navarre à Paris[2]. Par réaction à cette éducation religieuse, il fera partie de la première génération des idéologues[3].

Condorcet se distingue rapidement par ses capacités intellectuelles. Les premières distinctions publiques qu’il reçoit sont en mathématiques. À l'âge de 16 ans, ses capacités d’analyse sont remarquées par d'Alembert et Clairaut, et bientôt, il devient l’élève de d’Alembert. C'est à cet âge qu'il soutient sa thèse de mathématiques[4]. Il refuse la carrière militaire à laquelle sa famille le destine, pour se consacrer à celle de mathématicien[2].

Le mathématicien[modifier | modifier le code]

Marquis de Condorcet

De 1765 à 1774, il se concentre plus particulièrement sur les sciences. En 1765, il publie son premier travail sur les mathématiques, intitulé Essai sur le calcul intégral, qui reçoit un accueil très favorable. Dès 1767-1769, il écrit ses premiers articles sur l'arithmétique politique et le calcul des probabilités, défrichant ainsi la nouvelle discipline statistique [5]. Condorcet est influencé par les savants des Lumières de l'Italie du Nord et par leurs essais de formalisation du réel (Cesare Beccaria, les Pietro et Alessandro Verri, Paolo Frisi[5], etc.). Il envisage ainsi des calculs en matière de jurisprudence (voir le texte inachevé « Sur les lois criminelles en France »)[5]. Mais il faut attendre 1784 pour que Condorcet développe une théorie d'ensemble de l'arithmétique politique[5].

Le 25 février 1769, soutenu par d'Alembert, il est élu à l’Académie royale des sciences.

En 1772, il publie de nouveaux travaux sur le calcul intégral, unanimement acclamés. Peu après, il se lie d'amitié avec Turgot, qui allait devenir administrateur sous Louis XV (1772), puis contrôleur général des Finances sous Louis XVI (1774).

En 1786, il épouse Sophie de Grouchy, la sœur du futur maréchal de Grouchy, lui-même déjà beau-frère de Cabanis.

Du ministère Turgot au parti girondin[modifier | modifier le code]

Statue du Marquis de Condorcet par Pierre Loison, vers 1853. Première statue du Pavillon Colbert au Pavillon Sully, cour Napoléon, palais du Louvre.

L'inspecteur général de la Monnaie et l'ingénieur[modifier | modifier le code]

En 1774, Condorcet est appelé au ministère par Turgot. Dès lors, Condorcet déplace son centre d’intérêt des mathématiques vers la philosophie et la politique. La première année, il écrit essentiellement des pamphlets, défendant les idées des amis de Julie de Lespinasse[5]. Les années suivantes, il prend la défense des droits de l'homme et soutient les droits des minorités, dont ceux des femmes, des juifs et des Noirs (il adhère à la Société des amis des Noirs). Il soutient les idées novatrices des États-Unis tout juste indépendants, et propose en France des projets de réformes politiques, administratives et économiques.

Nommé inspecteur général de la Monnaie en 1775 par Turgot[5], il est chargé d'une expertise sur les canaux (en particulier un projet de canal souterrain en Picardie[5]) avec Charles Bossut et d'Alembert. Cette expertise « présente un épisode de la lutte du parti encyclopédiste face aux ingénieurs des Ponts et Chaussées »[5]. Il faut alors mesurer non seulement la résistance que présente le fluide face au bateau, mais aussi calculer le rapport du coût aux bénéfices[5]. Avec Turgot, il propose aussi une réforme de la jauge, visant à évaluer le contenu des navires afin d'établir une juste fiscalité[5]. Celle-ci se heurte à l'opposition de la Ferme générale et de la Cour des aides, ainsi que de Lavoisier[5]. Inspecteur général installé à l'Hôtel de la Monnaie, il convainc sa mère et son oncle, évêque à Evreux, de quitter Ribemont pour le rejoindre[2].

L'académicien[modifier | modifier le code]

En 1776, Turgot est démis de son poste de contrôleur général. Condorcet choisit alors de démissionner de son poste d’inspecteur général de la Monnaie, mais sa démission fut refusée, et il reste en poste jusqu’en 1791. Plus tard, Condorcet écrira la Vie de M. Turgot (1786), où il exposera le bien-fondé des théories économiques de Turgot.

Condorcet continue à se voir attribuer des fonctions prestigieuses : en 1773[6], il est nommé secrétaire de l’Académie des sciences, et en 1782, secrétaire de l’Académie française. Il s'intéresse alors au « Rapport sur un projet pour la réformation du cadastre de Haute-Guyenne de 1782 », problème scientifique qui soulève deux types d'enjeux : comment effectuer l'opération d'arpentage ? comment estimer à leur juste valeur les terres[5] ? Il avait préalablement écrit l'article sur l'arpentage dans le Supplément paru en 1776[5]. Or, selon la théorie physiocrate en vigueur, l'impôt juste est proportionnel au produit net des terres, exigeant donc un cadastre précis et rationnel, qui n'existait pas encore[5].

À partir du printemps 1785, il milite auprès des politiques afin que l'arithmétique politique soit enseignée comme science à part entière, et lui donne un rôle central en ce qui concerne l'instruction publique ; celle-ci sera l'ancêtre de la statistique moderne[5].

Le député girondin[modifier | modifier le code]

Statue en bronze de Condorcet par Jacques Perrin, Quai de Conti, Paris, 1894.

Porte-parole des Lumières, Condorcet voit dans la Révolution la possibilité d'une réforme rationaliste de la société. Après la prise de la Bastille, il est élu au conseil municipal de Paris. En 1790 il fonde avec Sieyès la Société de 1789 et dirige le Journal de la Société de 1789, la Bibliothèque de l'homme public (1790-1792), la Chronique de Paris (1792-1793) et le Journal d'instruction sociale (1793). Il prend en outre une part active à la cause des femmes, en se prononçant pour le droit de vote des femmes dans le Journal de la Société[7], et en publiant en 1790 De l’admission des femmes au droit de cité. Il est alors un des maîtres à penser des jeunes nobles libéraux comme le chevalier de Pange ou André Chénier.

En 1791, il est élu député de Paris au sein de l’Assemblée législative, dont il devient secrétaire. En cette fonction, il prône l’institution de la République. Il est l'un des inspirateurs de l'établissement du système métrique: la proposition de Talleyrand à l'Assemblée nationale constituante, provient largement de ses conseils, qui font suite à ses travaux sous Turgot. Aux côtés de Borda, Laplace, Lagrange et Monge, il fait ainsi partie de la Commission nommée par l'Assemblée et qui doit déterminer quelle mesure utiliser, notamment entre l'alternative de la mesure du pendule ou la mesure du quart du méridien. Le 26 mars 1791, l'Assemblée décrétait le « mètre » comme unité nationale et étalon du système unifié de poids et mesures devant remplacer la multitude des unités utilisées en France. La longueur du mètre était établie comme égale à la dix millionième partie du quart du méridien terrestre, ce qui concordait avec le projet des Lumières et celui de l'édification, par la Révolution, d'un ordre rationnel, en ce qu'il s'agissait, selon ses promoteurs, d'une « unité qui dans sa détermination, ne renfermait rien ni d'arbitraire ni de particulier à la situation d'aucun peuple sur le globe » [8].

En avril 1792, Condorcet présente un projet de réforme du système éducatif visant à créer un système hiérarchique[2], placé sous l’autorité d’hommes de savoir, qui agiraient comme des gardiens des Lumières et qui, indépendants du pouvoir, seraient les garants des libertés publiques. Le projet est jugé contraire aux vertus républicaines et à l'égalité, livrant l'éducation de la Nation à une aristocratie de savants[9].

En 1792, il est réélu député de l’Aisne à la Convention nationale. Il y siège avec les Brissotins. Il est également membre du comité de constitution qui adopta à peu près sans modifications le projet de constitution[10] qu’il avait rédigé mais qui n'est finalement pas adopté par l’Assemblée.

Condorcet se trouve bientôt en mauvaise posture. Deux courants de pensée s’affrontent quant à la manière de réformer l’État français : les Girondins, et les Montagnards, ces derniers dirigés par Robespierre. Girondin et opposé à la peine de mort, Condorcet vote contre l’exécution de Louis XVI, prônant la condamnation aux galères à vie, idée qu’il est d’ailleurs l’un des seuls à défendre.

Les Girondins perdent le contrôle de l’Assemblée en faveur des Jacobins, en 1793. Le Jacobin Marie-Jean Hérault de Séchelles propose alors une nouvelle constitution, très différente de celle de Condorcet. Mais celui-ci la critique, ce qui le fait condamner pour trahison. Le 8 juillet 1793,sur proposition du conventionnel montagnard François Chabot, la Convention vote un décret d'arrestation contre lui. Il fut décrété d'accusation le 3 octobre, avec les girondins.

La fuite et l'arrestation[modifier | modifier le code]

Averti par Cabanis du décret d'arrestation à son encontre, Condorcet est contraint de se cacher et trouve refuge pendant neuf mois dans la demeure de Mme Vernet, rue Servandoni, à Paris. Il en profite pour écrire l’un de ses ouvrages les plus appréciés par la postérité, Esquisse d’un tableau historique des progrès de l’esprit humain qui fut publié après sa mort, en 1795. Le 25 mars 1794, il quitte sa cachette, convaincu de ne plus y être en sécurité et d'être un trop grand danger pour Madame Vernet, sa généreuse hôtesse. Il tente de fuir Paris. Il est arrêté à Clamart deux jours plus tard, et mis en prison à Bourg-Égalité (Bourg-la-Reine). On le retrouve deux jours plus tard mort, dans sa cellule. Les circonstances de sa mort restent énigmatiques (suicide par un poison issu d'une bague qu'il portait, meurtre ou accident vasculaire cérébral, attaque dont il avait été victime deux ans auparavant)[11].

Œuvre[modifier | modifier le code]

Théoricien des systèmes de votes et du jury pénal[modifier | modifier le code]

Page de titre de l’Essai sur l’application de l’analyse à la probabilité des décisions rendues à la pluralité des voix.
Articles détaillés : Méthode Condorcet et Paradoxe de Condorcet.

Dans de nombreux ouvrages (Essai sur l’application de l’analyse à la probabilité des décisions rendues à la pluralité des voix de 1785 - Essai sur la constitution et les fonctions des assemblées provinciales - Sur les élections), Condorcet s’intéresse à la représentativité des systèmes de vote, tant dans le cadre politique que dans le cadre judiciaire : l'essai de 1785 ne concerne pas tant le vote politique que le délibéré d'un jury, puisqu'il insiste sur le caractère correct, c'est-à-dire vrai ou faux, de la décision finale — il ne s'agit donc pas de déterminer une préférence (pour tel ou tel candidat) mais un fait (untel a-t-il commis tel crime?). Partant de l'hypothèse d'une très légère propension de l'homme de la rue à juger en accord avec les faits plutôt que de façon erronée, il démontre que plus il y a de votants, plus les chances que le résultat du vote aboutisse à une décision correcte sont importantes. Cette démonstration mathématique soutient sa préférence, en matière pénale, pour le jury populaire plutôt que pour les magistrats individuels.

Ses travaux sur le jury le conduisent à condamner la peine de mort. Dans une lettre à Frédéric II de Prusse, il explique les motifs de son opposition à cette peine: selon lui, les crimes graves et affreux qui en sont susceptibles conduisent le jury populaire — institution qu'il défend dans sa correspondance avec Turgot de 1771, au cours de laquelle il préconise d'écarter les préjugés de classe en évitant que des riches ne jugent des pauvres, et inversement, ainsi que dans l'Essai sur l’application de l’analyse à la probabilité des décisions rendues à la pluralité des voix (1785) — à ne pas pouvoir juger de façon sereine et éclairée, d'où une propension importante à l'erreur judiciaire. Tout comme dans ses travaux sur les modes de scrutin, Condorcet montre ainsi comment les mathématiques peuvent être employés pour soutenir l'analyse de problèmes sociaux et politiques.

Dans les autres essais, il démontre que le scrutin uninominal peut très bien ne pas représenter les désirs des électeurs dès lors que le premier candidat ne récolte pas plus de la moitié des voix: c'est le paradoxe de Condorcet, qui montre un biais inhérent à ce type de scrutin, dans la mesure où le candidat préféré d'une majorité d'électeurs peut n'être pas élu, en raison de la division de ceux-ci et de la dispersion conséquente des voix, conduisant ainsi un candidat qui n'obtient qu'une majorité relative à être élu. En effet:

Considérant une assemblée de 60 votants ayant le choix entre trois propositions a, b et c. Les préférences se répartissent ainsi (en notant a > b, le fait que a est préféré à b) :

  • 23 votants préfèrent : a > c > b
  • 19 votants préfèrent : b > c > a
  • 16 votants préfèrent : c > b > a
  • 2 votants préfèrent : c > a > b

Le candidat a sera élu, ayant remporté 23 voix, soit la majorité. Néanmoins, a n'est pas le choix préféré de la majorité des électeurs, puisque 35 électeurs (19 + 16) préféraient b à a, mais qu'ils n'ont pas réussi à faire élire b car ils ont chacun préféré voter pour leur candidat préféré dans l'absolu, c'est-à-dire b ou c. En termes concrets: si la gauche (ou la droite) possède une majorité dans le pays, mais présente deux candidats plutôt qu'un, elle perdra les élections face au candidat unique de l'autre camp. Ce « paradoxe » sera développé au XXe siècle par les théoriciens du choix social, et notamment par le théorème d'impossibilité d'Arrow.

Pour pallier ce biais, Condorcet propose un autre système, la méthode Condorcet, dans lequel l'unique vainqueur est celui, s'il existe, qui comparé tour à tour à tous les autres candidats, s'avèrerait à chaque fois être le candidat préféré. Néanmoins, il considère que ce système est peu réalisable à grande échelle et échange une correspondance très riche avec Jean-Charles de Borda concepteur d’un autre système, la méthode Borda, qui élabore un système de vote pondéré auquel on accorde une certaine note à chaque candidat — ce qui permet la prise en compte du « paradoxe de Condorcet ».

L'invention du droit d'auteur[modifier | modifier le code]

En 1776, il publie les Fragments sur la liberté de la presse[12] qui serviront de base aux propositions que l'Abbé Sieyès fera avec lui près de vingt ans plus tard en 1790, un an après l'abolition des privilèges, pour établir un droit d'auteur ; plus précisément, pour instituer une responsabilité des auteurs en tant que propriétaires de leurs œuvres. Si l'essentiel de l'écrit de 1776 porte sur la question des délits d'auteurs (pour en distinguer la responsabilité qui revient à l'auteur, à l'imprimeur, et au libraire), cet écrit comporte également quelques pages sur la « propriété » intellectuelle[13] qui limitent les privilèges de l'auteur et plaident ouvertement pour la libre circulation des écrits. Le projet de Sieyès et Condorcet est critiqué puis modifié par Beaumarchais qui, avec Mirabeau, renforce les droits des auteurs, par exemple en accordant à l'auteur et à ses descendants le droit exclusif d'autoriser la reproduction de ses œuvres pour une durée de cinq ans post mortem (cinq ans encore au-delà de la mort de l'auteur) à la place de la durée de dix ans seulement (commençant à la publication de l'œuvre et limitée par la mort de l'auteur) accordée par le projet initial.

Autres travaux[modifier | modifier le code]

En 1786, Condorcet travaille à nouveau sur le calcul intégral et les équations différentielles, montrant une nouvelle manière de traiter les calculs infinitésimaux. Ces travaux ne furent jamais publiés. En 1789, il publie la Vie de Voltaire, où il se montre tout aussi opposé à l’Église que Voltaire. Il donne vingt-quatre articles sur l’analyse mathématique au Supplément de l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert. Il s'intéresse aussi aux assurances agricoles (article anonyme dans le Journal de Paris[5]), à la mesure du risque et à celle de la valeur des pertes[5].

Posterité[modifier | modifier le code]

Transfert au Panthéon de Paris[modifier | modifier le code]

À l’occasion des fêtes du bicentenaire de la Révolution française, en présence de François Mitterrand, président de la République, les cendres de Condorcet sont symboliquement transférées au Panthéon de Paris en même temps que celles de l’abbé Grégoire et de Gaspard Monge, le 12 décembre 1989. En effet, le cercueil censé contenir les cendres de Condorcet est vide : inhumée dans la fosse commune de l’ancien cimetière de Bourg-la-Reine – désaffecté au XIXe siècle –, sa dépouille n’a jamais été retrouvée.

Descendance de Condorcet[modifier | modifier le code]

Du mariage de Condorcet avec Sophie de Grouchy naît, au mois de mai 1790, une fille unique : Alexandre-Louise Sophie de Condorcet, qui sera appelée toute sa vie Élisa, prénom qu'elle n'avait pas reçu. "Élisa" épouse, en 1807, le général Arthur O'Connor, réfugié, ami de Cabanis, qui avait mis, en 1804, son épée au service de la France, croyant par là servir la liberté. Le général meurt en 1852, et Elisa en 1859. Ils sont inhumés dans le parc du château familial de Bignon. Les époux O'Connor-Condorcet ont cinq enfants, dont un seul, Daniel O'Connor laisse une postérité : deux fils, dont le général Arthur O'Connor qui se marie, en 1878, à Marguerite Elizabeth de Ganay. De cette union, naissent deux filles : la première, Elizabeth O'Connor, se marie à Alexandre Étignard de La Faulotte ; la seconde, Brigitte O'Connor, au comte François de La Tour du Pin qui lui donne trois enfants : Philis, Aymar et Patrice de La Tour du Pin[14].

Hommages[modifier | modifier le code]

De nombreuses villes françaises ont donné le nom de Condorcet à l'une de leurs voies publiques. En hommage à celui qui proposa le premier système d'Instruction publique en France[15] afin de permettre « une instruction publique commune à tous les citoyens »[16] comme le prévoyait la Constitution de 1791, de nombreux établissements scolaires portent le nom de Condorcet.

Armes de la famille Condorcet[modifier | modifier le code]

Condorcet

Les armes peuvent se blasonner ainsi : D'azur au dragon volant d'or, lampassé et armé de sable à la bordure du même.

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • 1765 : Du calcul intégral.
  • 1767 : Du problème des trois corps.
  • 1768 : Essai d’analyse.
  • 1773 : Éloges des académiciens de l’Académie royale des sciences, morts depuis l’an 1666 jusqu’en 1699.
  • 1774 : Lettres d’un théologien à l’auteur du Dictionnaire des trois siècles.
  • 1775 : [ci-dessous, plusieurs brochures prônant les réformes économiques de Turgot]
  • 1775 : Lettre d’un laboureur de Picardie à M. N. (Necker) auteur prohibitif à Paris.
  • 1775 : Réflexions sur les corvées. Monopole et monopoleur.
  • 1775 : Rapport sur un projet de réformateur du cadastre.
  • 1775 : Réflexions sur la jurisprudence universelle.
  • 1776 : [ci-dessous, pendant sa fonction de secrétaire de l’Académie des Sciences, il rédigea de nombreux Éloges de savants français et étrangers]
  • 1776 : Réflexions sur le commerce des blés.
  • 1776 : Fragments sur la liberté de la presse[17].
  • 1776 : Pensées de Pascal, édition corrigée et augmentée.
  • 1776 : Éloge de Pascal.
  • 1776-1777 : rédaction de 22 articles sur l’analyse mathématique, dans le cadre du Supplément de l’Encyclopédie
  • 1777 : Éloge de Michel de l’Hôpital.
  • 1778 : Sur quelques séries infinies.
  • 1778 : Nouvelles Expériences sur la résistance des fluides (en collaboration avec d’Alembert et Bossuet).
  • 1780 : Essai sur la théorie des comètes.
  • 1781 : Réflexions sur l’esclavage des nègres.
  • 1781-1784 : Mémoire sur le calcul des probabilités, in Mémoires de l’Académie royale des sciences.
    • Tome Ier. Réflexions sur la règle générale qui prescrit de prendre pour valeur d’un événement incertain la probabilité de cet événement multipliée par la valeur de cet événement en lui-même (1781) ;
    • Tome II. Application de l’analyse à cette question : déterminer la probabilité qu’un arrangement régulier est l’effet d’une intention de le produire ;
    • Tome III. Sur l’évaluation des droits éventuels (1782) ;
    • Tome IV. Réflexions sur la méthode de déterminer la probabilité des événements futurs d’après l’observation des événements passés (1783) ;
    • Tome V. Sur la probabilité des faits extraordinaires. Application de l’article précédent à quelques questions de critique (1784).
  • 1782 : Discours de réception à l’Académie française.
  • 1782 : Lettre sur Swedenborg.
  • 1783 : Dialogue entre Aristippe et Diogène.
  • 1783-1788 : Essai pour connaître la population du royaume.
  • 1784-1789 : Collaboration, avec d’Alembert, Bossut, Joseph Jérôme Lefrançois de Lalande (1732-1807), etc., à la partie Mathématiques de l’Encyclopédie méthodique.
  • 1785 : Essai sur l’application de l’analyse à la probabilité des décisions rendues à la pluralité des voix.
  • 1785-1789 :
    • Œuvres complètes de Voltaire, éditées par Condorcet, Beaumarchais, etc. (édition de Kehl).
    • Vie de Voltaire.
  • 1786 : Vie de Turgot.
  • 1786 : De l’influence de la révolution d’Amérique sur l’Europe.
  • 1786 : Traité de calcul intégral (inachevé).
  • 1788 : Lettres d’un bourgeois de New Haven à un citoyen de Virginie, sur l’inutilité de partager le pouvoir législatif entre plusieurs corps.
  • 1788 : Lettres d’un citoyen des États-Unis à un Français, sur les affaires présentes de la France.
  • 1788 : Essai sur la constitution et les fonctions des assemblées provinciales.
  • 1789 : Vie de Voltaire.
  • 1789 : Réflexions sur les pouvoirs et instructions à donner par les provinces à leurs députés aux États généraux. Sur la forme des élections.
  • 1789 : Réflexions sur ce qui a été fait et sur ce qui reste à faire.
  • 1789 : Au corps électoral sur Esclavage des Noirs.
  • 1789 : Déclaration des droits.
  • 1789 : Éloge de M. Turgot.
  • 1790 : Dissertation philosophique et politique sur cette question : s’il est utile aux hommes d’être trompés ?
  • 1790 : Opinion sur les émigrants.
  • 1790 : Sur le mot « pamphlétaire ».
  • 1790 : Le Véritable et le Faux Ami du peuple.
  • 1790 : Sur l’admission des femmes au droit de cité.
  • 1791 : De la République, ou Un roi est-il nécessaire à la conservation de la liberté ?
  • 1791 : Discours sur les conventions nationales.
  • 1791 : Discours du 25 octobre sur les émigrants à l’Assemblée législative
  • 1792 : Cinq Mémoires sur l’instruction publique (1791-1792).
  • 1792 : Discours sur les finances.
  • 1792 : Sur la liberté de la circulation des subsistances.
  • 1792 : La République française aux hommes libres.
  • 1792 : Ce que c’est qu’un cultivateur ou un artisan français.
  • 1792 : Sur la nécessité de l’union entre les citoyens.
  • 1792 : De la nature des pouvoirs politiques dans une nation libre.
  • 1793 : Sur la nécessité d’établir en France une constitution nouvelle.
  • 1793 : Ce que les citoyens ont droit d’attendre de leurs représentants.
  • 1793 : Que toutes les classes de la société n’ont qu’un même intérêt.
  • 1793 : Sur le sens du mot Révolutionnaire.
  • 1793 : Tableau général de la science qui a pour objet l’application du calcul aux sciences politiques et morales.
  • 1794 : Moyens d’apprendre à compter sûrement et avec facilité.
  • 1795 (posthume) : Esquisse d’un tableau historique des progrès de l’esprit humain.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Antoine de Caritat, originaire du Dauphiné, était lors de son mariage officier au Régiment de Barbançon, en garnison à Ribemont
  2. a, b, c et d « Ribemont patrie natale de Condorcet », sur L'Union,‎ 22 avril 2012
  3. François Picavet, Les Idéologues. Essai sur l'histoire des idées et des théories scientifiques, philosophiques, religieuses, etc. en France depuis 1789, F. Alcan,‎ 1891, p. 93
  4. Marie Jean Antoine Nicolas de Caritat, marquis de Condorcet, sur Larousse.fr
  5. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m, n, o, p et q Pierre Crépel, « Comment la mesure en arithmétique politique est venue à Condorcet », in La mesure. Instruments et philosophies, dir. Jean-Claude Baune, éd. Champ Vallon, 1994, p. 175-185.
  6. ALENGRY Frank, [1971], Condorcet : guide de la Révolution française, Genève : Slatkine Reprints, p. 10
  7. Article de 1789
  8. Histoire de la mesure, brève introduction sur le site métrologie-française
  9. Keith Michael Baker, « Condorcet », dans Dictionnaire critique de la Révolution française, dir. François Furet et Mona Ozouf, Paris, 1988, p. 240.
  10. Ladite constitution est publiée sur Wikisource : Voir Projet de constitution Girondine
  11. Selon Histoire et dictionnaire de la Révolution française, 1789-1799, par Tulard, Fayard et Pierro, p. 612 et 671, Robert Laffont, collection Bouquins 1987,ISBN/2-221-04588-2, Condorcet se serait empoisonné à l’aide d’une substance que Cabanis (médecin et physiologiste) aurait fournie aux Girondins à la veille de la proscription, mais selon les époux Badinter (Condorcet : un intellectuel en politique, Fayard, 1988), la thèse de la mort par œdème pulmonaire serait plus convaincante.
  12. Œuvres de Condorcet, tome 11, disponibles sur Gallica, http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5804698z.image.f262.tableDesMatieres
  13. Œuvres de Condorcet, tome 11, disponibles sur Gallica, [lire en ligne]
  14. inter Thiérache, périodique d'information de la vie économique et culturelle, septembre 1976, édité par "La Tribune de la Thiérache", PB
  15. Rapport et projet de décret relatifs à l'organisation générale de l'instruction publique. Présentation à l'Assemblée législative : 20 et 21 avril 1792. http://www.assemblee-nationale.fr/histoire/7ed.asp
  16. http://www.conseil-constitutionnel.fr/conseil-constitutionnel/francais/la-constitution/les-constitutions-de-la-france/constitution-de-1791.5082.html
  17. Œuvres de Condorcet, ed. A. Condorcet O’Connor and M. F. Arago, vol. 11 (Paris : Firmin Didot Frères, 1847), p. 252, [1]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Madeleine Arnold-Tétard : Sophie de Grouchy, marquise de Condorcet, la dame de cœur, préface du professeur Jean Paul De Lagrave, éditions Christian, 2006.
  • Élisabeth Badinter et Robert Badinter, Condorcet : un intellectuel en politique, Fayard, 1988.
  • Keith Michael Baker, Condorcet : from Natural Philosophy to Social Mathematics, Chicago, London, University of Chicago Press, 1975 ; trad. fr. Condorcet : raison et politique, présentation par François Furet, Paris, Hermann, 1988.
  • Olivier de Bernon : Condorcet, Raison et connaissance, Riveneuve éditions, 2009.
  • Annika Blichmann, Schulreform und Reformschule in Frankreich. Die "Ecole élémentaire Vitruve" im Horizont der Geschichte, Jena 2008, (ISBN 978-3-938203-68-2)
  • Anne-Marie Chouillet, Pierre Crépel, Condorcet : homme des Lumières et de la Révolution, Fontenay-aux-Roses, ENS éditions, 1997.
  • Condorcet, homme des Lumières et de la Révolution, Fontenay aux Roses, ENS éditions Fontenay / Saint-Cloud, 1997.
  • Charles Coutel, Condorcet : instituer le citoyen, Paris, Le Bien commun, 1996.
  • P. Crépel et Chr. Gilain (sous la dir. de), Condorcet : mathématicien, économiste, philosophe, homme politique, colloque international, Paris, S.I. Minerve, 1989.
  • Joffre Dumazedier et Éric Donfu, La leçon de Condorcet, une conception oubliée de l'instruction pour tous nécessaire à une République, Paris, L'Harmattan, 1994.
  • Gilles-Gaston Granger, La Mathématique sociale du marquis de Condorcet, Paris, Hermann, 1989 (2e édition).
  • Catherine Kintzler, Condorcet, l’instruction publique et la naissance du citoyen, Paris, Folio-Essais, 1987.
  • Jean-Paul de Lagrave (dir.), Condorcet (1743-1794) : le condor des Lumières, Montréal : Département de philosophie, UQAM, 1993, 340 p.
  • Anne-Cécile Mercier, « Le référendum d'initiative populaire : un trait méconnu du génie de Condorcet », Revue française de droit constitutionnel 3/2003 (no 55), p. 483-512.
  • Henri de Montfort : Les idées de Condorcet sur le suffrage, Société française d’imprimerie et de librairie, Poitiers, 1915 ; réédition Slatkine, Genève, 1970.
  • Antoine Diannyere, Condorcet (Notice sur la vie et les ouvrages de Condorcet, suivie de conseils à sa fille), Le Livre d'histoire-Lorisse, Paris 2000. (ISBN 2-84435-180-8)

Filmographie[modifier | modifier le code]

Michel Soutter, Condorcet, 1989, (d'après l'œuvre de Robert et Élisabeth Badinter) avec Pierre Arditi.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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