Étienne Clavière

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Étienne Clavière

Description de l'image  Etienne Claviere.jpg.
Naissance 27 janvier 1735
Genève
Décès 31 octobre 1793 (à 58 ans)
Paris
Nationalité Canton de Genève

Étienne Clavière, né à Genève, le 27 janvier 1735, et suicidé dans la prison de la Conciergerie à Paris, le 8 décembre 1793, est un banquier, un homme d'affaires, un spéculateur et une personnalité politique de la Révolution française.

Lors de la « Révolution de Genève », en 1782, il fut membre du parti démocratique et prit une part active aux événements, puis s'investit en France dans les grandes spéculations boursières sous Louis XVI.

Il fut en 1790 à l'origine de la création des assignats, de la fabrication de faux assignats, et devint ministre des finances, une première fois imposé à Louis XVI jusqu'à sa révocation le 12 juin 1792, une seconde fois d'août 1792 dans le ministère girondin jusqu'à leur chute le 2 juin 1793.

Biographie[modifier | modifier le code]

Issu d'une famille calviniste, son père était un gros négociant en toile, originaire du Dauphiné et établi à Genève[1]. Avant la Révolution, Étienne Clavière était un financier genevois s’occupant de spéculations financières mais aussi de la propagande des idées nouvelles. Il se crée des liens utiles dans le milieu des finances de tous pays mais aussi dans le milieu des lettres, il côtoie philosophes et écrivains politiques.

Il fut membre du parti démocratique de la petite république genevoise dont il devint un des chefs. Ce parti obtint un grand succès, ce qui provoqua en 1782 l’intervention des troupes de l’État de Berne soutenu par la France et la Sardaigne qui ramenèrent l’ordre ancien. Étienne Clavière et une vingtaine de ses compatriotes furent exilés. Ils s’installèrent en Irlande avec le dessein de fonder une manufacture d’horlogerie.

À Paris, il connut un exil assez heureux, accumula une fortune considérable par des spéculations brillantes sur la Caisse d'Escompte, la Compagnie des Indes et la Compagnie des Eaux.

Mirabeau, qui s'était intéressé à cette dernière, le remarque et en fit son conseiller financier. Associé également avec Talleyrand, il était un des très grands « manieurs d'argent » de l'époque: il réussit des coups de bourse extraordinaires, spécialement sur les fonds de la dette américaine, et s'enrichit encore. En 1788, il fonda une société pour l’achat de terrains aux États-Unis, il suggéra à Jacques Pierre Brissot de se rendre dans le Nouveau Monde afin d’effectuer les transactions nécessaires.En même temps, il patronnait Jacques Pierre Brissot, le futur chef des Girondins, qui partagea un peu de sa fortune boursière, et fondait avec lui la Société des amis des Noirs.

Étienne Clavière s’établit en France et parvint à se faire nommer administrateur-gérant de la Compagnie d’assurance sur la vie. Il fit, en juin 1788, l’acquisition d’une belle propriété située aux environs de Paris à Suresnes, où il s’installa et vécut fort aisément. Il apporta sa collaboration au journal de Mirabeau, le Courrier de Provence, et se montra hostile envers Jacques Necker qu'il remplaça.

En 1789, Étienne Clavière, devenu membre du club des Jacobins, fit paraître un ouvrage où il explique comment remédier à la crise financière qui mine la France[2]. Il présenta des requêtes à l’Assemblée constituante, rédigea des lettres destinées aux ministres et aux députés. Il usa de tous les moyens que lui permettaient sa situation financière, qui était des plus confortables, pour se montrer à son avantage.

En 1791, il est élu député suppléant de l’Assemblée législative par le département de la Seine. Il n’est donc pas surprenant de voir figurer le nom d’Étienne Clavière sur la liste des ministres girondins que Brissot imposa à Charles François Dumouriez lorsque ce dernier eut à désigner les hommes qui composeraient son ministère.

En mars 1792, Étienne Clavière se voit remettre le portefeuille des Contributions. Ses attaques envers la Cour furent particulièrement violentes. Il réussit à convaincre rapidement le roi de sanctionner le décret du 24 mars accordant légalité aux blancs et au hommes de couleur libres ; décret qui devint ainsi la loi du 4 avril 1792. Il contribua aussi auprès de Brissot au choix des commissaires Sonthonax et Polverel pour l'application de la loi à Saint-Domingue [3]

Mais il fut renvoyé par Louis XVI pour s'être permis d'écrire au roi une lettre dont le principe était peu respectueux de l'autorité royale[4], en même temps que Joseph Servan (1741-1808) et Roland, le 13 juin 1792, et il est remplacé par Jules-Émile-François-Hervé de Beaulieu. Après la journée du 10 août 1792, il reprend sa place au sein du Conseil exécutif comme ministre des finances. Soupçonné, probablement à raison, d’être un agent de l’étranger, il partagea le sort des Girondins, mais ne figura pas parmi les vingt-deux inculpés du procès d’octobre 1793. Décrété d’arrestation le 2 juin 1793, il ne reçut son acte d’accusation que le 8 décembre 1793.

Le bilan de ses ministères furent désastreux. Il avait notamment détourné près de deux millions lors de la liquidation de la Compagnie d'assurance sur la vie, et une somme au moins égale de la Caisse d'Escompte et il est probable qu'une partie importante de ces sommes servirent à financer des missions occultes à l'étranger, surtout en Angleterre. Il participa aussi largement au trafic du baron de Breteuil et du baron de Batz, qui alimentaient les caisses des Emigrés à partir des fonds publics. Enfin, il faut noter qu'une des plus grosses fabriques de faux assignats de l'époque se trouvait près de chez lui à Suresnes.

On ignore pourquoi Étienne Clavière fut épargné le 31 octobre 1793, peut-être bénéficiait-il d’une mystérieuse protection. Il se faisait peu d’illusion sur l’issue de son procès. Ses camarades de cellule endormis, muni d’un couteau de table qu’il avait dissimulé lors de la prise de son repas, il se porta un coup mortel au cœur. Apprenant le suicide de son mari, sa femme s’empoisonna.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Marcel Dorigny, « Clavière Étienne », dans Jean-René Suratteau et François Gendron (dir.), Dictionnaire historique de la Révolution française, Quadrige/PUF, 2005 (ISBN 2-13-053605-0), p. 226.
  2. Mirabeau en fit l’éloge dans un article de son journal le Courrier de Provence.
  3. Jean-Daniel Piquet, L'émancipation des Noirs dans la révolution française (1789-1795), Paris Karthala,2002.
  4. Aimé Cécile Renaud, Mémorial, ou Journal historique de la Révolution française, Paris, Duponcet, 1801, tome I. p. 188.

Bibliographie[modifier | modifier le code]