Jules Michelet

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Michelet.

Jules Michelet

Description de cette image, également commentée ci-après

Portrait de Jules Michelet par Thomas Couture.

Activités Historien, écrivain
Naissance 21 août 1798
Paris (France)
Décès 9 février 1874 (à 75 ans)
Hyères (France)
Langue d'écriture Français

Œuvres principales

  • Introduction à l’Histoire universelle (1831)
  • Histoire de France (1833-1841)

Jules Michelet, né le 21 août 1798 à Paris et mort le 9 février 1874 à Hyères, est un historien français.

Biographie[modifier | modifier le code]

Cette section ne cite pas suffisamment ses sources. Pour l'améliorer, ajouter en note des références vérifiables ou les modèles {{Référence nécessaire}} ou {{Référence souhaitée}} sur les passages nécessitant une source.

Origines et formation[modifier | modifier le code]

Jules Michelet naît dans une famille aux traditions protestantes. Son père est un maître-imprimeur, ruiné par les ordonnances de Napoléon contre la presse et emprisonné pour dettes impayées. Sa mère, Angélique Constance Millet, est originaire d'une famille paysanne de Renwez, un village des Ardennes[1].

Initié par son père au travail de l'imprimerie, Jules a eu la possibilité d'entrer à l’Imprimerie impériale où une place lui était offerte. Cependant, son père refusa, préférant s’imposer des sacrifices pour l’envoyer étudier au lycée Charlemagne. Jules y poursuit des études de lettres et est reçu à l’agrégation des lettres le 21 septembre 1821.

Débuts professionnels[modifier | modifier le code]

Il est nommé professeur d’histoire au collège Rollin. Il se marie peu après, en 1824.

Cette période est des plus favorables pour les érudits et les hommes de lettres en France, et Michelet a de puissants appuis en Abel-François Villemain et Victor Cousin, entre autres. Bien qu’il ait des idées politiques fermes que lui a transmises son père — un républicanisme fervent teinté de romantisme libre-penseur —, il est d’abord et avant tout un homme de lettres et un enquêteur sur l’histoire du passé. Il appartient à cette école qui pense que l’histoire doit être avant tout un cours d’enseignement philosophique, et ses premiers ouvrages sont des manuels scolaires destinés, en premier lieu, à ses élèves. Il publie tout d’abord Tableau chronologique de l’histoire moderne de 1453 à 1739 en 1825, puis Tableaux synchroniques de l’histoire moderne de 1453 à 1648 en 1826. Son ouvrage suivant, Précis d’histoire moderne, publié en 1827, est un livre solide et soigné, meilleur que tout ce qui est paru auparavant, écrit dans un style sobre et néanmoins captivant. La même année, il est nommé maître de conférence à l’École normale.

La Monarchie de Juillet[modifier | modifier le code]

Les événements de 1830, qui portent au pouvoir ses professeurs Abel-François Villemain et François Guizot, permettent à Michelet d'obtenir une place aux Archives nationales ainsi que le titre de professeur suppléant de Guizot à la Faculté des Lettres de Paris. Cela lui donne accès à une riche documentation historique et lui permet d'étayer et d'approfondir ses idées.

En 1831, son Introduction à l’histoire universelle se démarque des ouvrages précédents par le style. Elle met en évidence ses capacités de synthèse et son talent d’écrivain, ainsi que ses étranges qualités de visionnaire qui font réfléchir, mais qui le rendent aussi moins digne de confiance en tant qu’historien. Il y expose sa vision de l’histoire comme un long combat de la liberté contre la fatalité.

Peu après, il commence son œuvre majeure, l’Histoire de France, qui va l'occuper pendant les trente années suivantes. Il accompagne cette production de nombreux autres livres, surtout d’érudition, tels que :

  • les Œuvres choisies de Vico (1835, 2 volumes), en particulier une traduction libre de Scienza nuova de Giambattista Vico de 1744 sous le titre : La Science nouvelle, ou Principes de la philosophie de l’Histoire, avec une biographie de l’auteur ;
  • les Mémoires de Luther écrits par lui-même que Michelet traduisit et mit en ordre (1835) ;
  • les Origines du droit français (1837) ;
  • Histoire romaine : république (1839) ;
  • Le Procès des Templiers (1841), second tome en 1851.

Ces ouvrages, et principalement les Origines du droit français, sont écrits dans la première manière de Michelet, c’est-à-dire dans un style concis et énergique, capable de donner relief aux sujets les plus arides et de revivifier le passé. Il dit de lui-même : « Augustin Thierry avait appelé l’histoire narration ; Guizot, analyse ; je l’appelle résurrection ».

1838 est une année très importante dans la vie de Michelet. Il est dans la plénitude de ses moyens, ses études ayant nourri chez lui son aversion naturelle envers les principes d’autorité et les pratiques ecclésiastiques, et à un moment où l’activité accrue des jésuites suscite une inquiétude réelle ou feinte, il est nommé à la chaire d’histoire au Collège de France. Assisté de son ami Edgar Quinet, il commence une violente polémique contre cet ordre impopulaire et les principes qu’il représente, polémique qui range leurs conférences, surtout celles de Michelet, parmi celles qui avaient à l’époque le plus de succès. Les textes de ses conférences, plus religieuses qu’historiennes ou littéraires, parurent dans trois livres, où il dénonçait la trahison de l’Église romaine face au peuple :

  • en 1843, Des jésuites en collaboration avec Edgar Quinet ;
  • en 1845, Du prêtre, de la femme, de la famille ;
  • en 1846, Le peuple.

Ces livres ne sont pas encore empreints du style apocalyptique qui, en partie emprunté de Lamennais, caractérise les derniers ouvrages de Michelet, mais ils contiennent en prémices la presque totalité de son curieux credo éthique, politique et religieux – un mélange de romantisme[2], appuyé par les arguments les plus excentriques et par une grande éloquence.

Château de Vascœuil dans l’Eure, où Michelet passa une partie de sa vie.

Le clergé fut assez puissant pour faire interdire ses cours, et sa carrière publique en fut définitivement brisée, puisqu’il ne récupéra jamais son professorat.

La Deuxième République[modifier | modifier le code]

Lors de la révolution de 1848, Michelet, au contraire de nombreux autres hommes de lettres, n’accepte pas d’entrer dans la vie politique active, bien que l’occasion lui en soit offerte. Les débordements de cette révolution, les tirs de la troupe sur le peuple notamment, le convainquent que la démocratie ne sera possible que lorsqu’une foi sera définie et enseignée à l’ensemble des citoyens.

Il se consacre avec plus de force à son travail littéraire. Outre la reprise de sa grande Histoire de France, momentanément interrompue au sixième volume au règne de Louis XI, il entreprend et termine, pendant les années qui séparèrent la chute de Louis-Philippe et l’établissement définitif de Napoléon III, une enthousiaste Histoire de la Révolution française.

En 1849, il se marie avec Athénaïs Mialaret, fille du secrétaire de Toussaint Louverture, femme douée de certaines aptitudes littéraires, et aux sympathies républicaines, qui semble avoir davantage stimulé ses capacités.

Le Second Empire[modifier | modifier le code]

Le coup d’État de Napoléon III a pour conséquence de resserrer le contrôle des voix qui critiquent le clergé et la royauté. Ainsi, une décision ministérielle d'avril 1852 destitue Michelet de son cours au Collège de France, ainsi que ses deux collègues et amis Edgar Quinet et Adam Mickiewicz. De même, refusant de prêter serment à l’Empire, il perd sa place aux Archives. De la mi-1852 à octobre 1853, il vit à Nantes, dans la propriété de la Haute-Forêt, tout près du boulevard qui porte aujourd'hui son nom[3],[4], où il est en contact avec les milieux républicains, en particulier avec Ange Guépin. Il poursuit son histoire de la Révolution française jusqu'à la chute de Robespierre. En octobre 1853, les Michelet partent pour quelques mois en Italie, puis reviennent à Paris.

Alors que la rédaction de sa grande œuvre historique se poursuit, une foule de petits livres assez surprenants l’accompagnent et la diversifient. Parfois, il s’agissait de versions plus étendues de certains passages, parfois de ce qu’on peut appeler des commentaires ou des volumes d’accompagnement.

Michelet n'a pas vécu assez longtemps pour achever sa dernière grande entreprise, une vaste fresque du XIXe siècle. On trouva sur sa table de travail le troisième volume entièrement fini, incluant la bataille de Waterloo. Si certains pensent que sa meilleure critique est peut-être contenue dans l’incipit du dernier volume – « l’âge me presse » –, on peut dire également qu’il est mort comme il avait vécu : en travaillant.

Le retour de la République[modifier | modifier le code]

Jules Michelet décède en 1874, puis est d'abord enterré au cimetière d'Hyères.

Le 18 mai 1876, il est inhumé au cimetière du Père-Lachaise à Paris (division 52) lors de funérailles officielles et publiques. La police estime à plus de 25 000 le nombre de personnes présentes.

L'œuvre de Michelet[modifier | modifier le code]

Signature de Jules Michelet

Ses influences[modifier | modifier le code]

Michelet semble avoir un goût presque exclusif pour l'œuvre des philosophes des Lumières : Locke (sa thèse latine), Condorcet, David Hume. Mais au-delà de l'évidente filiation intellectuelle qui le relie aux lumières (Voltaire et Montesquieu étaient parmi ses favoris), d'autres philosophes l'ont profondément inspiré, et tout particulièrement Leibniz.

Bien que Lucien Febvre lui ait donné un rôle populiste et progressiste[5], Jules Michelet est resté assez réfractaire sur son siècle. Il affirme dans son Histoire du XIXe siècle un pessimisme convaincu, proche d'autres républicains de la IIIe République, comme Taine et Ernest Renan[6]. « Notre siècle par ses grandes machines (l'usine et la caserne) attelant les masses à l'aveugle, a progressé dans la fatalité […] Au fatalisme de 1815 et d'Hegel succède le fatalisme médical, physiologique […] Socialisme, militarisme et industrialisme »[7]. Il s'opposera à tous les monismes socialistes à propos de l'histoire de la Révolution française[8]. Dans Le Banquet, il reproche aux socialistes de s'abandonner à la religion en les suspectant d'ultra-cléricalisme[9].

L'historicisme[modifier | modifier le code]

Il fut le premier représentant de l'historicisme en France, bien avant l'école des Annales. Dans une citation fameuse, il définit l'histoire comme une « résurrection »[10].

Dans Quelques-uns parmi les meilleurs il traitait des sciences naturelles, sujet nouveau pour lui, auquel on dit que sa femme l'avait amené. Le premier d’entre eux était Les Femmes de la révolution, esquisses détachées de sa grande histoire (1854), où la faculté naturelle et inimitable de Michelet pour le dithyrambe laisse trop souvent la place à l’argumentation ennuyeuse et peu concluante qui fait penser à une prédication. Dans le suivant, L’Oiseau (1856), il se découvrait une veine nouvelle et très réussie. Ce sujet de l’histoire naturelle ne fut pas traité du point de vue de la science tout court, ni de celui du sentiment, ni de l’anecdote ou des commérages, mais de celui du panthéisme démocratique fervent de l’auteur.

Michelet restait fidèle à son système d’études psychologiques. Comme historien, il cherchait l’âme des faits ; dans ces ouvrages il rechercha l’âme de l’insecte et de l’oiseau. Taine écrivit : « L’auteur ne sort pas de sa carrière ; il l’élargit. Il avait plaidé pour les petits, pour les simples, pour le peuple. Il plaide pour les bêtes et les oiseaux. »

Ces œuvres remarquables, mi-pamphlets, mi-traités moraux, se succédèrent de façon ininterrompue pendant cinq ou six ans, à douze mois d’intervalle généralement. L’Amour (1859), un des livres les plus populaires de l’auteur fut suivi par La Femme (1860), un livre sur lequel, selon l’Encyclopædia Britannica, on pourrait fonder une critique entière de la littérature et du caractère français, et où Michelet ne fit que distinguer le plaisir sensuel de la passion amoureuse et de l’union de deux cœurs.

À l’homme réconcilié avec les animaux (L’Oiseau et L’Insecte), puis avec lui-même (L’Amour et La Femme), il ne restait plus qu’à apprendre l’amour de la création. Tels furent les buts de La Mer (1861) et de La Montagne, publié quelques années plus tard.

Dans un autre genre parut en 1862 La Sorcière. Développé à partir d’un épisode de l’histoire, il porte au plus haut degré toutes les étrangetés de l’auteur. C’est un cauchemar et rien de plus, mais un cauchemar de la plus extraordinaire vraisemblance et puissamment poétique. Il y démontra en effet avec audace la fonction utile et salutaire de la sorcière au Moyen Âge face au savoir officiel détenu et édicté par l’Église.

Cette série, dont chaque élément était en même temps une œuvre d’imagination et de recherche, n’était pas encore terminée, que les derniers volumes révélèrent un certain relâchement. L’ambitieuse Bible de l’humanité (1864), une ébauche historique des religions, a tout sauf peu de valeur. Dans La Montagne (1868), le dernier de sa série d’histoire naturelle, les effets de style du genre staccato sont poussés plus loin même que ceux de Victor Hugo. Nos fils (1869), le dernier de la suite des petits livres publiés durant la vie de l’auteur, est un traité de l’éducation, fidèle à l’Émile de Jean-Jacques Rousseau, écrit avec une grande connaissance des faits et avec les habituelles largeur et profondeur de vue de Michelet, et cela malgré des capacités d’expression déclinantes.

On retrouve ses pleines capacités dans un livre posthume, Le Banquet, publié en 1878. L’image des populations industrieuses et affamées de la côte ligure est (qu’elle soit vraie ou non) une des meilleures choses qu’ait faites Michelet. Pour compléter cette liste d’ouvrages de tous les genres, on peut mentionner deux volumes d’extraits ou d’abrégés, écrits et publiés à différentes occasions : Les Soldats de la révolution et Légendes démocratiques du Nord, où il expose l’héroïsme des peuples européens pour gagner leur liberté.

La publication de cette série de livres, et l’achèvement de son Histoire, occupèrent Michelet durant les deux décennies du Second Empire. Il vécut en partie en France, en partie en Italie, et avait l’habitude de passer l’hiver sur la Côte d’Azur, surtout à Hyères. Enfin, en 1867, la grande œuvre de sa vie fut achevée. Dans l’édition habituelle elle occupe dix-neuf volumes. Le premier de ceux-ci traite de l’histoire ancienne jusqu’à la mort de Charlemagne, le second de l’époque qui vit l’apogée de la France féodale, le troisième du XIIIe siècle, le quatrième, le cinquième et le sixième de la Guerre de Cent Ans, le septième et le huitième de l’établissement du pouvoir rural sous Charles VII et Louis XI. Le XVIe et le XVIIe siècle sont traités chacun en quatre volumes, dont une grande partie n’est liée que de façon lointaine à l’histoire de France proprement dite, surtout dans les deux volumes intitulés Renaissance et Réforme. Les trois derniers volumes continuent l’histoire du XVIIIe siècle jusqu’au déclenchement de la Révolution.

L’hostilité sans compromis de Michelet envers le Second Empire n’empêcha pas que sa chute et les désastres qui l’accompagnèrent le stimulassent encore une fois pour le pousser à agir. Non seulement il écrivit des lettres et des pamphlets durant la guerre, mais lorsqu’elle fut achevée il entreprit de compléter par une Histoire du XIXe siècle la gigantesque tâche qu’il s’était assignée et que ses deux grandes histoires avaient déjà presque terminée. Concernant sa carrière publique, la nouvelle république ne lui rendit pas entièrement justice, refusant de lui redonner son professorat au Collège de France, dont il prétendait n’avoir jamais été légalement privé.

Les Origines du droit français, cherchées dans les symboles et les formules du droit universel de Michelet furent éditées par Émile Faguet en 1890 et la seconde édition parut en 1900. Voir Gabriel Monod, Jules Michelet : Études sur la vie et ses œuvres (Paris, 1905).

Postérité[modifier | modifier le code]

Postérité générale[modifier | modifier le code]

L’historien a joué un rôle dans la popularisation du personnage de Jeanne d'Arc. Pour les diverses tentatives de récupérations politiques et religieuses du personnage de Jeanne d'Arc où Michelet joue un rôle important, voir l’article Mythes de Jeanne d'Arc.

Controverses[modifier | modifier le code]

Michelet vu par A.Gill en 1869

C'est surtout par rapport à Michelet que les historiens François Furet et Denis Richet ont déclaré que « L'histoire après tout, n'est pas une école de morale »[11]. Jules Michelet est considéré, à part pour son étude du Moyen Âge, comme un des auteurs de l'histoire officielle (en raison de son travail historique mandaté par Louis-Philippe et de son manque de rigueur sur les faits historiques, expliqué plus haut).

L'historien Pierre Chaunu, dans ses entretiens avec François Dosse, porte ce jugement : « connaissez-vous quelque chose de plus nul que Michelet ? […] le culte de Michelet… soit…, il est vrai qu'il y a de belles pages, mais sur le plan de la recherche historique, c'est nul[12]. »

L'historien Louis Chevalier, dans son introduction aux Paysans, de Balzac, lui reproche son manque de rigueur et ses critiques injustifiées : « Les conceptions historiques de Balzac sont celles de la plupart des historiens. Non de tous comme le montre l'indignation de Jules Michelet de voir Un peintre de genre s'amuser à peindre une taverne de valetaille et de voleurs et, sous cette ébauche hideuse, écrire hardiment un mot qui est le nom de la plupart des habitants de la France. Le malheur est qu'aucun historien ne trouvera jamais dans les Paysans de Michelet ce qu'il découvre dans ceux de Balzac […][13] »

Son portrait sur le site internet de l'Académie des sciences morales et politiques résume parfaitement la controverse : « Héros pour Victor Hugo, charlatan si l'on en croit Sainte-Beuve, Jules Michelet n'oubliera jamais qu'il est sorti du peuple, ce peuple dont il fera le grand acteur de l'histoire de la France. Chef de la section historique aux Archives nationales, Michelet se trouvait directement au contact des documents. Il vivra donc au cœur de l'histoire, qu'il raconte tout d'abord dans cette Histoire de France dont les six premiers volumes, traitent des origines jusqu'à la fin du règne de Louis XI. Estimant qu'il ne pouvait connaître la monarchie sans étudier la Révolution, dont il se pensait le fils, dont il se voulait le conteur, l'apôtre et le propagandiste, Michelet mettra en chantier, à partir de 1847, cette Histoire de la Révolution française qu'il achèvera en 1853. Généralités hâtives, parti pris, idée fausse - mais qui donne à l'œuvre son mouvement lyrique - d'une nation tout entière actrice… On peut certes adresser bien des reproches à Michelet, écrire que son Histoire de la Révolution est à peine un livre d'histoire, mais le livre se lit toujours et sa récente réédition dans la collection Bouquins lui a donné un nouveau public, attiré par l'élan de la plume, l'enthousiasme du conteur, plus que par la vérité historique. »[14]

Marcel Pagnol, dans ses mémoires (cf. La Gloire de mon père), l'a décrit de manière synthétique comme étant le propagandiste des idées de la IIIe République à travers une relecture complète de l'Histoire de France. De lui découlent certains mythes républicains comme Clovis, François Ier, Henri IV, Louis XIV, la Révolution Française, Napoléon. De lui découlent surtout d'importantes erreurs historiques, sur Louis XI, les guerres de religion et Louis XVI notamment[Lesquelles ?].

L'historien du haut Moyen Âge Pierre Riché reproche à Michelet d'avoir propagé le mythe des Terreurs de l'an mille dans le premier chapitre de son livre IV de l'Histoire de France « L'an mille » lorsqu'il écrit :

« Cet effroyable espoir du Jugement dernier s'accrut dans les calamités qui précédèrent l'an mille ou suivirent de près. Il semble que l'ordre des saisons se fût interverti, que les éléments suivissent des lois nouvelles. Une peste terrible dévasta l'Aquitaine, la chair des malades semblait frappée par le feu, se détachait de leurs os et tombait en pourriture… Une famine ravagea tout le monde depuis l'Orient, la Grèce, l'Italie, la France, l'Angleterre. »

Michelet décrit ensuite des scènes de cannibalisme et les paysans qui se réfugient dans les églises et qui font donation de leurs terres aux prêtres et aux moines[15].

La thèse de Michelet selon laquelle la chute de Constantinople en 1453 aurait provoqué le basculement brutal du Moyen Âge à la Renaissance par un afflux en Occident de savants en provenance de Constantinople est aujourd'hui réfutée par tous les historiens, à la suite des travaux de Charles H. Haskins sur la Renaissance du XIIe siècle, publiés en 1927[N 1]. Haskins a en effet montré qu'un mouvement important de traduction des œuvres scientifiques et philosophiques grecques et arabes a eu lieu dès le XIIe siècle, ce qui a été confirmé par tous les médiévistes ultérieurs, par exemple Jacques Verger[16].

Dans La Sorcière[17] Michelet accrédite la légende du droit de cuissage, bien qu'on n'ait jamais trouvé la trace d'une telle pratique dans le droit positif français ni dans aucune archive[18].

Citation[modifier | modifier le code]

« Chaque époque rêve la suivante »

Hommages[modifier | modifier le code]

  • En 1961, s'est tenue à l'Hôtel de Rohan, aux Archives nationales une exposition placée sous le haut patronage d'André Malraux, ministre d'État chargé des affaires culturelles intitulée « Michelet, sa vie, son œuvre 1798-1874 ». Un catalogue de 164 pages recense les 559 pièces exposées.

Listes de ses œuvres[modifier | modifier le code]

  • Principes de la philosophie de l'histoire de Vico (1827)
  • Précis de l'histoire de France jusqu'à la Révolution (1833)
  • Histoire de France (Tomes I et II [jusqu'à la date de 1270], 1833; tome III [jusqu'à la mort de Charles V], 1837; Tome IV [le règne de Charles VI], 1840; Tome V [Charles VII], 1841 (nouvelle préface en 1869) ; tome VI [“Louis XI et le Téméraire”], 1844) :
    • Hetzel : 5 volumes
    • A. Lacroix (1876) : 19 volumes
    • E. Flammarion (1893), dite "Édition définitive, revue et corrigée" : 16 volumes
    • Éditions Saint-Clair (années 1960) : 18 volumes
    • Équateurs (2008) : 17 volumes : de la Gaule à Louis XVI, avec dans le tome 2 TABLEAU DE LA FRANCE
  • Introduction à l’Histoire universelle (1831)
  • Histoire de la Révolution française (tome I, 1847; tome II [1789-1791], 1847; tome III [1790-1791], 1849; tome IV [1792], 1850 ; tome V [1792-1793], 1851 ; tomes VI et VII [1793-1794], 1853)
  • L’insecte (1857)
  • La Sorcière (1862)
  • La Mer (1861)
  • La Femme (1859)
  • L’Amour (1858)
  • Le Peuple (1846)
  • Des jésuites en collaboration avec Edgar Quinet(1843)
  • Histoire de France au XVIe siècle. La Renaissance (1855)
  • Histoire de France au XVIe siècle. Réforme (1855)
  • L’Oiseau (1856), Les Bibliophiles de France ont publié en 1952 une édition illustrée, avec des eaux-fortes d'André Jacquemin.
  • Histoire de France au XVIIe siècle. Guerres de religion (1856)
  • Histoire de France au XVIIe siècle. La Ligue (1856)
  • Histoire de France au XVIIe siècle. Henri IV et Richelieu (1857)
  • Histoire de France au XVIIe siècle. Richelieu et la Fronde (1858)
  • Histoire de France au XVIIe siècle. Louis XIV et la révocation de l'édit de Nantes (1860)
  • Histoire de France au XVIIIe siècle. Louis XIV et le duc de Bourgogne (1862)
  • Histoire de France au XVIIIe siècle. La Régence (1863)
  • Bible de l'Humanité (1864)
  • Histoire de France au XVIIIe siècle. Louis XV (1866)
  • Histoire de France au XVIIIe siècle. Louis XV et Louis XVI (1867)
  • La Montagne (1868)
  • Nos Fils (1869)
  • La France devant l'Europe (1871)
  • Le Banquet (1879 [inachevé; posthume])
  • Les Soldats de la révolution (1878 [posthume])
  • Légendes démocratiques du Nord (1854; réédité comme La Pologne martyre en 1863)
  • Du prêtre, de la femme et de l’humanité (1845)
  • Pologne et Russie (1851)
  • Le Peuple russe et le socialisme (1851)
  • Les Femmes de la Révolution (1854)
  • Le Procès des Templiers
  • Histoire romaine : république
  • Histoire du XIXe siècle
  • Origine du droit français (1837)
  • Mémoires de Luther écrit par lui-même (1835)
  • Œuvres choisies de Vico (1835)
  • Précis d’histoire moderne (1827)
  • Tableau synchronique d’histoire moderne de 1453 à 1648 (1826)
  • Tableau chronologique de l’histoire moderne de 1453 à 1739 (1825)
  • Voyage en Angleterre (2005, Éditions Sulliver)

Les papiers Michelet sont conservés à la Bibliothèque historique de la ville de Paris. Ils se composent de volumes de correspondances, de notes ou encore de manuscrits de ses œuvres, constitués par plusieurs dons et legs qui s'échelonnent de 1901 à 1974.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Œuvres traduites en portugais[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Voir l'article Chute de Constantinople

Références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Edward K. Kaplan, Michelet's Poetic Vision: A Romantic Philosophy of Nature, Man and Woman, Amherst, 1977, p. XVII.
  2. Alain Pons, De la « nature commune des nations » au Peuple romantique. Note sur Vico et Michelet, Romantisme, Année 1975, Volume 5, Numéro 9, p. 39-49
  3. Pied 1906, p. 201
  4. « Le studieux exil nantais de Michelet » par Luc Douillard
  5. Febvre, Lucien. Michelet 1798-1874, Genève-Paris, Éditions des Trois Collines, collection « Les classiques de la liberté », 1946
  6. François Furet, « Michelet », in Dictionnaire critique de la Révolution française, Paris, Flammarion, 1988
  7. Cité par Jean-Louis Cornuz dans Jules Michelet, un aspect de la pensée religieuse au XIXe siècle, Paris, Droz et Giard, 1955.
  8. Paul Viallaneix, Michelet et la Révélation de 1789, Romantisme, Année 1985, Volume 15, Numéro 50, p. 61-74
  9. Paul Viallaneix, Evangéliste de la Révolution française, Archives des sciences sociales des religions, Année 1988, Volume 66, Numéro 66-1, p. 43-51
  10. Viallaneix, « Résurrection » de Michelet, 1960
  11. La Révolution française, François Furet et Denis Richet, 1965
  12. Pierre Chaunu, François Dosse, L'Instant éclaté. Entretiens, Aubier, 1994, p. 138
  13. Louis Chevalier, Préface des Paysans, Gallimard, Folio classique, 2006 p. 23 (ISBN 2-07-036675-8)
  14. [Académiciens célèbres sur le site de l'Académie des sciences morales et politiques, http://www.asmp.fr/presentation/academiciens_celebres.htm]
  15. Pierre Riché, Les Grandeurs de l'an mille, Bartillat, p. 14
  16. Jacques Verger, La Renaissance du XIIe siècle (Milan, 1996), Paris, Le Cerf, 1999 « Les traducteurs », p. 89-98
  17. La Sorcière publiée par l'Université du Québec à Chicoutimi, p. 43 et suiv.
  18. Alain Boureau, Le Droit de cuissage. La Fabrication d'un mythe, XIIIeXXe siècle, 1995, Éditions Albin Michel, ISBN 2-226-07634-4

Sources[modifier | modifier le code]