Horace Walpole

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Horace Walpole

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Horace Walpole

Nom de naissance Horatio Walpole
Activités Romancier Politicien
Naissance
Décès (à 79 ans)
Londres
Langue d'écriture Anglais
Mouvement Roman gothique
Genres Roman

Horace Walpole (né Horatio) (, Londres - ), 4e comte d'Orford, plus jeune fils de Robert Walpole (Premier ministre britannique), est un homme politique, écrivain et esthète britannique.

Il écrit Le Château d'Otrante, qui lance la vogue du roman gothique (gothic tale en anglais).

On lui doit également le concept de sérendipité.

Il étudie au collège d'Eton, puis à King's College de Cambridge.

Il prend conscience de son homosexualité assez tôt, et il aurait eu une liaison avec le poète Thomas Gray et Henry Fiennes Clinton, 9e comte de Lincoln (futur second duc de Newcastle). Gray l'accompagne lors de son Grand Tour, mais ils se querellent et Walpole retourne en 1741 en Angleterre, où il entre au Parlement.

Lors d'un voyage à Paris en 1765 il connut la marquise du Deffand - aveugle et âgée de 68 ans - avec laquelle il se lia et entretiendra une correspondance soutenue jusqu'à sa mort en 1780.

Il n'a aucune ambition politique, mais il demeure député après la mort de son père en 1745. Sans lien avec la politique de son père, il est très dévoué envers le roi George II et la reine Caroline.

Il prend leur parti contre leur fils, Frederick, prince de Galles, que Walpole évoquera plus tard avec rancune dans ses mémoires.

Strawberry Hill[modifier | modifier le code]

Strawberry Hill House en 2012 après sa restauration.

La demeure de Walpole, Strawberry Hill, près de Twickenham, est un ensemble fantaisiste de style néogothique qui crée une nouvelle tendance architecturale.

En 1764, il publie son roman gothique Le Château d'Otrante (The Castle of Otranto), créant un style littéraire allant de pair avec l'architecture.

Grand défenseur du style gothique à l'époque pré-romantique, Walpole loua en 1747 puis acquit en 1749 à une dame Chenevix, qui tenait à Londres un célèbre magasin de jouets, ce qu'il appela "la petite maison-joujou". Il en redécora l'intérieur, l'embellit et agrandit le parc, puis, à partir de 1753, entreprit d'y matérialiser ses visions esthétiques sur des plans et dessins dressés par un "comité du goût" composé de lui-même et de ses amis Richard Bentley et John Chute, puis, de 1759 à 1763 en fit doubler les dimensions en faisant élever la "Holbein chamber" la grande galerie, la "tribune" et une tour ronde abritant au premier étage un salon dont la décoration ne fut achevée qu'en 1771.

Le 10 juin 1765, reçevant à dîner toute la France, soit 24 personnes dont le duc et la duchesse du Châtelet, ainsi que le duc de Liancourt, il s'amusa à étonner les domestiques de ses hôtes en portant une extraordinaire cravate en bois sculptée par Grinling Gibbons (Victoria et Albert Museum).

"Ce ne sont que des babioles qu'il tentait de faire passer pour des curiosités par ses ridicules prétentions ou encore parce qu'elles étaient associées dans l'histoire à quelque célébrité." (Macaulay, Edinburgh review, octobre 1833 - cité par Frégnac).

Passionné par les souvenirs historiques, Walpole constitua une très importante collection de tableaux, dont des primitifs (fort peu prisés à cette époque) des portraits de famille par Reynolds, des médailles, miniatures, émaux et quantité d'objets d'art, dont des bronzes de la Renaissance, des porcelaines de Sèvres, des sculptures antiques...où se glissèrent de nombreux faux; il en assura la renommée par une description qui fut publiée et l'ouvrit au public (quatre visiteurs par jour). Certaines de ces pièces de valeur appartiennent aux collections royales anglaises (The Lennox and Darnley Jewel, précieux bijou de la Renaissance), au Victoria et Albert Museum (série de huit fauteuils vénitiens attribués à Brustolon), au British Museum (rare pendentif allemand de l'Annonciation, XVIème siècle), au Metropolitan Museum (armure ancienne acquise en 1771 par Walpole de la collection Crozat et ayant transité au XIXème siècle par les collections Demidoff et Wallace, et alors restaurée) - selon Frégnac (1969).

Le château, source du Gothic Revival, fut abondamment copié, comme à Arbury hall et Fonthill Abbey, élevé par Wyatt pour Beckford en 1798.

En 1757 il y établit une petite imprimerie et maison d'édition, la première véritable private press: la Strawberry Hill Press, qu'il appelle parfois Officina Arbuteana, ou Elzevirium.

Il avait légué l'usufruit du domaine à Mrs Damer, la fille de son cousin Henry Conway et sculptrice qui, trouvant la charge trop lourde, le transmit à son petit-neveu et héritier légal, lord Waldegrave. En 1842 les collections mises en vente aux enchères avec un énorme retentissement - - on publia des parodies du catalogue - atteignirent la somme "jugée absurdement élevée" (Frégnac) de 32 000 livres.

Strawberry Hill a été entièrement restauré et ouvert au public en 2012.

Le Château d'Otrante et le roman gothique[modifier | modifier le code]

Le Château d'Otrante lance la vogue du roman gothique (gothic tale en anglais).

L'inventeur de la sérendipité[modifier | modifier le code]

(1754) : Le fait de découvrir quelque chose par accident et sagacité alors que l'on est à la recherche de quelque chose d'autre (accident and sagacity while in pursuit of something else).

(serendipity en anglais) que l'on peut traduire par deux périphrases : découverte heureuse ou inattendue ou don de faire des trouvailles)

Le mot apparaît pour la première fois dans une lettre adressée à son ami Horace Mann envoyé du roi George II à Florence le 28 janvier 1754, Walpole venant de lire le conte persan Voyages et aventures des trois princes de Serendip[1].

Il désigne ainsi des « découvertes inattendues, faites par accident et par sagacité », et par « sagacité accidentelle ».
Il s'était inspiré du titre d'un conte d'origine persane intitulé Voyages et aventures des trois princes de Serendip, dans lequel les héros, tels des chasseurs, utilisaient des indices pour décrire un animal qu'ils n'avaient pas vu.

Voici le passage de douze lignes de la lettre[2] :

« ...cette découverte est presque de l’espèce que j’appelle serendipity, un mot très expressif que je vais m’efforcer, faute d’avoir mieux à vous narrer, de vous expliquer : vous le comprendrez mieux par l’origine que par la définition. J’ai lu autrefois un conte de fées saugrenu, intitulé Les Trois Princes de Serendip : tandis que leurs altesses voyageaient, elles faisaient toute sorte de découvertes, par accident et sagacité, de choses qu’elles ne cherchaient pas du tout : par exemple, l’un des princes découvre qu’une mule borgne de l’œil droit vient de parcourir cette route, parce que l’herbe n’a été broutée que sur le côté gauche, où elle est moins belle qu’à droite – maintenant saisissez-vous le sens de serendipity ? L’un des exemples les plus remarquables de cette sagacité accidentelle (...). »

1762-1797[modifier | modifier le code]

À partir de 1762 Walpole fit paraître ses Anecdotes de peintures en Angleterre, fondé sur le manuscrit des notes de George Vertue. Ses mémoires de la scène sociale et politique géorgienne, bien que partisans, sont une source de première main pour les historiens.

Il est l'auteur de l'épigramme souvent citée : « La vie est une comédie pour ceux qui pensent et une tragédie pour ceux qui ressentent. », et il a dit aussi : "J'estime qu'il est préférable d'être mort plutôt que d'être amoureux de qui que ce soit".

Son père, fait comte d'Orford en 1742, amateur d'art éclairé, avait fait édifier le château de Hougthon Hall où il assembla une des plus belles collections de tableaux de son époque à laquelle Horace consacra à 26 ans ses Aedes walpolaniae. Son frère aîné Robert (vers 1701-1751) transmit le titre et le patrimoine familial à son fils George (1730-1791), 3ème comte d'Orford, qui en 1779 vendit la collection à Catherine II de Russie; elle se trouve en majeure partie au musée de l'Ermitage.

À la mort de ce neveu célibataire et malade mental, Walpole, devenu le quatrième et dernier comte d'Orford, hérita à son tour d'un Hougton Hall en mauvais état et hypothéqué, mais n'y vécut pas.

Sa nièce[modifier | modifier le code]

Sa nièce Maria (1739-1809), fille de son autre frère Edward, épousa en premières noces le comte James Waldegrave (+ 1763) dont elle eu Elizabeth-Laura (1760-1816), qui épouse... le 4e comte Waldegrave (1751-1789).

Le 7e comte épousa Frances (†1879), une des grande hôtesses de l'époque victorienne, qui fit ajouter au château une salle à manger et une salle de bal où elle reçut les personnalités politiques d'Angleterre et d'Europe.

Voisine et amie intime d'Henri d'Orléans, duc d'Aumale, exilé en Angleterre de 1848 à 1870, elle lui légua le double portrait de la mère et de la fille, appelé Les Deux Waldegrave, commandé par Walpole au peintre Joshua Reynolds, qui le peignit en 1761 (n°2 du cat. de l'exposition « l'Art anglais dans les collections de l'Institut de France », Musée Condé, Chantilly, 13/10/2004-3/01/2005, Somogy, 2004, p.48, reprod. p. 49).

Une photographie de Philip Henry Delamotte (1820-1889) montre ce tableau en 1863 dans une pièce de Strawberry Hill, qui fut vendu en 1888 à la Congrégation de Saint-Vincent-de-Paul qui installa un collège dans le parc du château, qui servit de résidence aux prêtres.

Cette famille n'est pas liée à Hugh Walpole (1884-1941), romancier populaire du XXe siècle.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Claude Frégnac, Horace Walpole et ses collections à Strawberry Hill (Plaisir de France, septembre 1969, pp.50 à 58, ill. dont un portrait de Walpole dessiné par George Dance, 1793).
  • Gwynn S., (en), The life of Horace Walpole (London, Butterworth, 1932);.
  • (en) Theodore Remer, Serendipity and the Three Princes(University of Oklahoma Press, 1965);
  • Goy-Blanquet, D., "Serendipity : Suite anglaise", dans Les Aventures des trois princes de Serendip, Suivi de Voyage en sérendipité (Editions Thierry Marchaisse, 2011).

La riche correspondance de Walpole était en cours de publication par l'université de Yale en 1969.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Serendip désigne en persan l'île de Ceylan, aujourd'hui Sri Lanka. Le mot vient de l'arabe « Sarandib », déformation du tamoul "Seren deevu" venant du sanscrit « Suvarnadweepa » signifiant « île dorée ».
  2. (trad. dans Les Aventures des trois princes de Serendip et Voyage en sérendipité, Thierry Marchaisse, 2011)