Grotte

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Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Grotte (homonymie).
La grande salle de la grotte Valea Cetății (județ de Brașov, Roumanie)
Grotte de la flûte de pan (Guilin, Chine). L'éclairage bleu se reflète sur le lac intérieur.
Grotte de Acsibi, Salta (Argentine)

En géomorphologie, une grotte est une cavité souterraine naturelle comportant au moins une partie horizontale accessible ; ce qui la distingue d'un aven, d'un gouffre, d'un abîme, etc. La première édition du Dictionnaire de l'Académie française (1694) précise qu'elle peut être « naturelle ou faite par artifice ».

Une grotte peut se former dans des structures minérales solubles par l'eau : principalement les roches carbonatées (cavités karstiques) ainsi que le gypse et l'anhydrite, voire le sel gemme, le grès et le quartzite, le gneiss et le granite, le basalte et certains conglomérats (cavités pseudokarstiques).

Étymologie et traductions[modifier | modifier le code]

Le mot grotte est emprunté à l'Italien grotta qui remplace en 1537 le moyen français croute, lui-même issu du latin crupta (crypta) ayant pour origine le verbe grec kruptein « cacher, couvrir ».

Les désignations correspondantes sont balme en francoprovençal et baouma (francisé en baume) en langue d'Oc. À l'instar de cette dernière, le terme anglais cave a une acception plus vaste en désignant aussi des cavités verticales.

Grottes et cavernes naturelles[modifier | modifier le code]

Géomorphologie[modifier | modifier le code]

Une grotte est qualifiée d’active si l'infiltration des eaux s'y poursuit, contribuant ainsi à la transformation de la cavité par creusement, dépôts de sédiments et formations de spéléothème. Certaines grottes reliées à un réseau hydrogéologique dynamique peuvent comporter un lac souterrain.

Faune et flore[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Biospéologie.

L'étude de la faune et de la flore cavernicoles est l'objet de la biospéologie. Elle porte sur des espèces troglobies vivant exclusivement en cavités souterraines, troglophiles n'y passant qu'une partie de leur vie et trogloxènes dont la présence y est occasionnelle. Concernant les animaux à sang chaud, généralement, les espèces volantes (chauve-souris, oiseaux) les ont plus facilement colonisées[1]. Les grottes (aven-pièges notamment) sont des lieux importants pour les paléontologues en tant qu'ayant souvent mieux conservé les ossements fossiles. Les peintures rupestres préhistoriques renseignent aussi sur les paléoenvironnements des époques correspondantes.

Exploitation par l'Homme[modifier | modifier le code]

Grotte peinte par Joseph Wright en 1774

Certains groupes d'hommes préhistoriques se sont abrités dans des grottes, y exprimant parfois un art pariétal. Par la suite, certaines grottes ont été aménagées en habitat troglodytique.

Des grottes préhistoriques jusqu'aux interprétations psychanalytiques jungiennes du XXe siècle, en passant par le mythe de la caverne de Platon, les grottes souterraines ou marines se sont vu attribuer des fonctions sociales, initiatiques, religieuses ou symboliques diverses.

Des grottes sanctuaires, généralement bien accessibles et situées près des zones habitées, abritent des objets religieux (par ex. la grotte de Lourdes) et sont parfois assorties de légendes ou croyances diverses. La traduction anglo-saxonne appropriée pour ces grottes sanctuaires est grotto.

De nombreuses grottes naturelles remarquables sont visitées partout dans le monde, générant souvent des activités touristiques significatives.

En Asie du Sud-Est notamment, des grottes ont servi de cimetière à des générations de familles, abritant les restes parfois momifiés des ancêtres. D'autres sont depuis longtemps exploitées pour le guano des oiseaux et/ou des chauve-souris ainsi que pour les nids d'hirondelles. Des grottes ont aussi servi d'abri à certains brigands et pirates, suscitant de nombreuses histoires de « grotte aux trésors ». Elles ont aussi servi de caches durant les guerres civiles ou les invasions (cf. les muches en Picardie et les souterrains d’Audenarde en Belgique).

Architecture : les grottes artificielles[modifier | modifier le code]

Grotte de l'actuelle Villa Haas.
Grotte du parc du château de Wilhelmsthal.

Les grottes artificielles sont l'une des expressions du style maniériste. Dans l’Antiquité les grottes étaient vénérées comme habitat des divinités et des nymphes ; avec la redécouverte des Anciens, ce type d'édifice a fait l'ornement des jardins princiers d'Italie puis de France vers le milieu du XVIe siècle. Les deux célèbres grottes des jardins du Palazzo Pitti ont été commencées par Vasari et achevées par Ammanati et Buontalenti entre 1583 et 1593. L'une de ces grottes abritait à l’origine les Prisonniers de Michel-Ange. Il y aurait eu une grotte aménagée encore antérieurement dans les jardins des Médicis à la Villa Castello, près de Florence, par Niccolo Tribolo († 1550). Faisant fi du manque d'eau, la villa du Pratolino possédait une Grotte de Cupidon (toujours debout), équipée de jets d'eau cachés destinés à arroser à l'improviste les hôtes inattentifs[2]. La Fontaine de la fée Morgane à Grassina, non loin de Florence, est une fabrique de jardin construite en 1573-4 sur les immenses terrains de la villa Riposo de Bernardo Vecchietti. Elle est ornée de sculptures dans le style de Giambologna.

Entrée de la grotte de la Villa Torrigiani

Le parement extérieur des grottes artificielles pouvait être architecturé ou au contraire prendre l'apparence d'un rocher ou d’une corniche rocheuse, ou enfin d’un porche rustique ; On trouvait ordinairement à l'intérieur un temple ou des fontaines, des stalactites et même des imitations de pierres précieuses et des trompes (parfois en céramique) ; hermès, sirènes et naïades dont les amphores se vidaient dans un bassin, donnaient le ton. Les grottes, fraiches et saturées d'humidité, offraient une retraite appréciable sous le soleil d'Italie, mais elles se prêtèrent aussi bien au climat pluvieux de l'Île-de-France ; à Versailles, on put voir dans les jardins une grotte dont les parois étaient ornées de coquillages et qui aurait servi les amours de Louis XIV  ; près de Moscou, à Kuskovo, le domaine de Sheremetev comporte une remarquable grotte d'été, aménagée en 1775.

Les grottes pouvaient également être utilisées comme bains : au Palais du Te, le Casino della Grotta comporte une logetta (balcon) et une suite de pièces entourant une grotte. Les convives pouvaient s'y changer, avant d'aller se baigner sous la petite cascade tombant sur un sol de galets et de coquillages maçonnés à même le sol et les parois.

Grotte-pavillon de Kuskovo, Moscou (1775).

Les grottes artificielles étaient des lieux de recueillement privilégiés ; elles ont servi de chapelles ou, comme à la Villa Farnese de Caprarola, de petit théâtre au décor grotesque. Elles étaient souvent associées à des fontaines en cascade dans les jardins de la Renaissance.

La grotte que Bernard Palissy a conçue pour Catherine de Médicis au château des Tuileries à Paris était célèbre en son temps. Il y a aussi des grottes dans les jardins d’André Le Nôtre à Versailles. En Angleterre, l’une des plus anciennes grottes artificielles est celle de Wilton House, construite dans les années 1630, sans doute par Isaac de Caus.

Au XVIIIe siècle, l'architecture baroque reprit à son compte le thème de la grotte pour aménager les parcs des châteaux : voyez par ex. Pommersfelden ou le château de Wilhelmsthal. Les grottes se prêtaient aussi aux jardins d'ornement. La grotte d’Alexander Pope est pour ainsi dire le dernier exemple de jardin paysager d’Angleterre, à Twickenham[3]. On trouve des grottes dans les célèbres jardins paysagers de Painshill Park[4], de Stowe, de Clandon Park et de Stourhead[5],[6],[7]. La grotte de Scott se présente comme une enfilade de pièces s’enfonçant à 20 m dans les collines crayeuses des faubourgs de Ware, dans le Hertfordshire ; creusée à la fin du XVIIIe siècle, les pièces et le tunnel sont ornés de coquillages, de silex et de verroteries. Et s’il n'était guère aisé aux Romantiques de visiter réellement la Grotte de Fingal, dans les Hébrides, elle imprégnait leur imaginaire, popularisée par l’ouverture « Les Hébrides » de Felix Mendelssohn, plus connue sous le titre de « la Grotte de Fingal ». Au XIXe siècle, avec la vogue des Cervin en miniature et des jardins rocaille, une grotte artificielle n'avait rien de déplacé dans un parc, comme on peut le voir à Ascott House. En Bavière, le Linderhof de Louis II évoque la grotte mythique du Venusberg, à laquelle le Tannhäuser de Wagner fait allusion.

La vie dans les grottes[modifier | modifier le code]

Dans le monde souterrain règne un silence absolu. Dans cette obscurité, aucune plante ne peut pousser. Sauf lorsqu'il y a de la lumière artificielle. Ce milieu semble peu propice à la vie. Pourtant, le monde animal a pu y prospérer.

Les animaux dans les grottes[modifier | modifier le code]

La chauve-souris[modifier | modifier le code]

Chauve-souris dans une galerie

Les chauves-souris sont des mammifères. Ce sont en effet les seuls mammifères volants grâce à la transformation de leurs membres antérieurs en ailes. Contrairement à certaines croyances, les chauves-souris ont une assez bonne vue mais, tout comme la nôtre d'ailleurs, elle est mal adaptée pour voir la nuit : l'écholocation. Les chauves-souris ont une remarquable longévité par rapport aux autres petits mammifères: elle est d'environ 5 ans pour une pipistrelle mais peut atteindre 20 à 30 ans (voire 40 ans) pour d'autres espèces !

Le niphargus[modifier | modifier le code]

Le Rubicon qui traverse la grotte de Remouchamps héberge des crustacés cavernicoles, dont le type le plus caractéristique est le niphargus. Cette crevette aveugle, d'un blanc translucide, mesure de 1 cm à 3,5 cm. Elle se nourrit d'argile, de proie vivantes ou mortes et de débris végétaux.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Laroulandie V. (2000), Taphonomie et achéozoologie des oiseaux en grotte : application aux sites paléolithiques du Bois Ragot (Vienne), de Combe Saunière (Dordogne) et de La Vache (Ariège). Thèse de Doctorat de l'Université de Bordeaux I, F, no 2341
  2. D'après Webster Smith, « Pratolino », The Journal of the Society of Architectural Historians, no 20,‎ 4 décembre 1961, p. 155-168.
  3. D'après Frederick Bracher, « Pope's Grotto: The Maze of Fancy Pope's Grotto: The Maze of Fancy », The Huntington Library Quarterly, no 12,‎ 2 février 1949, p. 141-162; Anthony Beckles Willson, « Alexander Pope's Grotto in Twickenham », Garden History, vol. 26, no 1,‎ été 1998, p. 31-59.
  4. D'après Alison Hodges, « Painshill, Cobham, Surrey: The Grotto », Garden History, vol. 3, no 2,‎ printemps 1975, p. 23-28
  5. D'après (en) James Turner, « The Structure of Henry Hoare's Stourhead », The Art Bulletin, vol. 61, no 1,‎ mars 1979, p. 68-77
  6. (en) Malcolm Kelsall, « The Iconography of Stourhead », Journal of the Warburg and Courtauld Institutes, no 46,‎ 1983, p. 133-143
  7. (en) Kenneth Woodbridge, « Henry Hoare's Paradise », The Art Bulletin, vol. 47, no 1,‎ mars 1965, p. 83-116

Galerie[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

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