Antoine Barnave

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Barnave (homonymie).

Antoine Barnave

Description de cette image, également commentée ci-après

Antoine Barnave
(peinture de Joseph Boze, musée Carnavalet, Paris)

Nom de naissance Antoine-Pierre-Joseph-Marie Barnave
Naissance 22 octobre 1761
Grenoble
Décès 29 novembre 1793 (à 32 ans)
Paris
Nationalité Drapeau de la France France
Profession Homme politique

Antoine-Pierre-Joseph-Marie Barnave est un homme politique français né à Grenoble le 22 octobre 1761 et guillotiné à Paris le 29 novembre 1793[1].

Les débuts[modifier | modifier le code]

Antoine Barnave

Issu d’une vieille famille protestante de la haute bourgeoisie de Grenoble, fils de Jean-Pierre Barnave, avocat auprès du Parlement de Grenoble, et de Marie-Louise de Pré de Seigle de Presle, le jeune Antoine suit des études de droit à Grenoble et obtient le diplôme de bachelier, puis de licencié en droit à l’université d'Orange (1780). En 1783, il est choisi parmi les jeunes avocats pour prononcer le discours de clôture du Parlement de Grenoble. Il se fait remarquer par son indépendance d’esprit en discourant sur « la division des pouvoirs ». Comme la plupart des représentants de la bourgeoisie, il souhaite qu’« une nouvelle distribution de la richesse entraîne une nouvelle distribution du pouvoir ». La même année, il a la douleur de perdre un frère plus jeune.

Lors de la journée des Tuiles du 7 juin 1788, Barnave rédige un libelle l’Esprit des Édits appelant à soutenir le Parlement de Grenoble suspendu par le Pouvoir central, et se rapproche d’un autre avocat promis lui aussi à un bel avenir, Jean-Joseph Mounier. Barnave et Mounier vont obtenir la réunion des députés des trois ordres du Dauphiné le 21 juillet au château de Vizille. La résolution de Mounier réclamant le rétablissement des parlements provinciaux et la convocation des États généraux y est adoptée. Le 7 janvier 1789, Mounier et Barnave sont élus comme représentant du Tiers état.

L’Assemblée nationale[modifier | modifier le code]

Caricature de Barnave en politicien jouant double jeu.

Barnave va y jouer rapidement un rôle important, d’abord au sein de la réputation du Dauphiné en soutien de Mounier. Ce dernier est en désaccord avec la radicalisation des évènements[Quoi ?], et penche pour un compromis monarchique. Barnave s’éloigne alors de lui et va constituer avec Adrien Duport et les frères Charles et Alexandre de Lameth, un groupe d'action politique dénommé le « triumvirat », siégeant à l'extrême gauche de l'Assemblée et fer de lance de la Révolution. Le 22 juillet 1789, au lendemain du lynchage par la foule de l’intendant général Foullon et de son gendre Berthier de Sauvigny, il monte à la tribune et réplique aux députés indignés par cet acte : « Messieurs, on veut vous attendrir en faveur du sang versé hier à Paris. Ce sang était-il donc si pur, qu'on n'osât le répandre ? », phrase qui passe à la postérité, et à laquelle quelqu'un, dans l'assemblée, répliqua : "Oh! le tigre !", surnom féroce qui resta à Barnave.

Barnave est un des rares orateurs à pouvoir rivaliser avec Mirabeau. Il acquiert par son éloquence un peu froide et son ardent amour pour la liberté une très haute influence et une grande popularité. Après les Journées des 5 et 6 octobre 1789, les monarchiens sont effondrés et Barnave obtient gain de cause contre son ancien ami Mounier sur le soutien de l’Assemblée au veto suspensif du Roi (alors que Mounier préconisait un veto absolu). Le triumvirat Duport, Barnave et Alexandre Lameth est classé « à gauche » et participe à la création de la Société des amis de la Constitution et de la Liberté, qui deviendra le Club des Jacobins. Ils intriguent afin d’écarter Mirabeau et La Fayette du pouvoir, craignant qu’ils ne confisquent l’un comme l’autre la Révolution à leur profit.

En mai 1790, un conflit ponctuel oppose l’Espagne et l’Angleterre et pose le problème du pacte de famille franco-espagnol, et donc des pouvoirs du roi en matière de déclaration de guerre. Cette question oppose vivement Barnave à Mirabeau et l’Assemblée vote finalement une motion de compromis : « Le droit de la paix et de la guerre appartient à la Nation. La guerre ne pourra être décidée que par un décret du Corps législatif sur la proposition formelle et nécessaire du roi et sanctionné ensuite par Sa Majesté ».

Buste d'Antoine Barnave, Musée de Grenoble

Le 1er août, Barnave est élu maire de Grenoble. Il accepte dans un premier temps, mais se désiste quelques mois plus tard, invoquant les contraintes de son mandat. Il accède à la présidence de l’Assemblée constituante le 25 octobre 1790 pour une durée de 15 jours. Sa popularité atteint son apogée.

Cependant Barnave et ses amis sont partisans du système censitaire et défendent le droit de propriété. Ils se sentent dépassés par une gauche démocrate et égalitaire. Barnave est attaqué par Brissot qui lui reproche dans son journal le Patriote Français ses prises de positions sur le statut des « gens de couleurs » dans les colonies françaises. Barnave se montre hostile à ce qu’on leur accorde le droit de citoyen[2]. Ainsi, au cours de débats à l'assemblée constituante, Barnave s'exclama : « le nègre ne peut croire qu'il est l'égal du blanc »[3]. Cette position ternit sa popularité auprès de nombreux patriotes, et figure dans l'acte d'accusation qui l'envoie à l'échafaud en novembre 1793 sous la Terreur [4]. Il ne réussit dans un premier temps à empêcher le vote d'un décret qui accordait l'égalité des Blancs avec une partie des hommes de couleur libres (les propriétaires citoyens actifs et non les affranchis) le 15 mai 1791. Mais le 24 septembre 1791, dans un nouveau contexte de régression feuillante, il parvient à faire abroger le décret, rompant complètement avec les Jacobins qui le radient du club le lendemain. Le vote du 24 septembre sera au contraire accueilli avec satisfaction par Marie-Antoinette[5].

En décembre 1790, Barnave, qui se représente à la présidence de l’Assemblée, est battu par un obscur constitutionnel. Le triumvirat, attaqué sur sa droite par Mirabeau, est de plus en plus déconsidéré au Club de Jacobins, malgré leurs positions communes lors de l’affaire du serment à la Constitution civile du clergé. La motion Barnave écarte ainsi de l’Assemblée tous les ecclésiastiques refusant de prêter serment au maintien de la Constitution civile (janvier 1791) ou celle de l’émigration des tantes du roi. Mais on reprochait à Barnave de s'être battu en duel en août 1790 pour régler un différend, et de sacrifier ainsi à des pratiques d'Ancien Régime [6]À l’occasion de la tentative de fuite de Mmes Adélaïde et Victoire, tantes du roi, Barnave dépose un amendement pour interdire à tous membres de la famille royale de s’éloigner de Paris.

Après la mort de Mirabeau, la Cour cherche de nouveaux alliés notamment auprès du triumvirat. Barnave et ses amis fondent le 27 avril un nouveau journal, le Logographe, qui affiche sa confiance dans une monarchie limitée. Barnave et Lameth sont attaqués par Robespierre et les anti-esclavagistes sur la question des droits de gens de couleur qui revient en discussion, puis Robespierre obtient, contre l’intervention de Duport un vote de l’Assemblée sur la non-rééligibilité de ses membres. Le triumvirat contrôle toujours au Club des Jacobins le fameux Comité des correspondances, lien essentiel avec les sociétés provinciales affiliées, mais l’extrême-gauche, très minoritaire à l’Assemblée, progresse dans les clubs (clubs des Jacobins et des Cordeliers).

La fuite du roi[modifier | modifier le code]

Carte d’entrée à la salle du Manège signée par Barnave.

Lors de sa tentative de fuite (21 et 22 juin 1791), Louis XVI est arrêté à Varennes. Barnave est envoyé par l’Assemblée, en compagnie de Pétion et de Latour-Maubourg, pour ramener la famille royale à Paris. Les trois députés rejoignent la berline royale au lieu-dit du Chêne fendu, sur la commune de Boursault.

Pendant les trois jours que dure le voyage de retour, Barnave est touché par les malheurs de Marie-Antoinette. Il entame avec elle une correspondance secrète (par l’intermédiaire du Chevalier de Jarjayes). Il rejoint alors les monarchistes constitutionnels du club des Feuillants, ce qui lui vaut la haine du peuple parisien et des Jacobins lesquels dénoncent « Barnave noir derrière, et blanc devant ». Le 15 juillet 1791 il prononce devant l’assemblée un discours sur « L’inviolabilité royale, la séparation des pouvoirs et la terminaison de la Révolution française[7] ». Il exhorte le roi, par l’entremise de sa correspondance avec Marie-Antoinette, à se rallier sincèrement à la Constitution, à condamner les menées des émigrés, et obtenir de l’Empereur Romain Germanique, frère de la reine, la reconnaissance du nouveau régime.

Pendant le mois d’août et jusqu’au 30 septembre, date de clôture de la Constituante, Barnave et les modérés, malgré l’opposition de Robespierre et de la gauche, arrivent à sauver la monarchie, sans pour autant lui assurer les moyens de son action. Quant à Marie-Antoinette, elle joue manifestement un double jeu[8].

L’armoire de fer[modifier | modifier le code]

Barnave reste à Paris jusqu’au 5 janvier 1792. Il continue à prodiguer ses conseils à la Cour par la correspondance ou les entrevues secrètes avec Marie-Antoinette. Il conseille notamment au roi de se servir de son droit de veto contre les décrets sur les émigrés et sur les prêtres réfractaires. Il se retire ensuite à Grenoble, mais à la suite de la journée du 10 août 1792, une correspondance des plus compromettantes pour lui est découverte dans l'armoire de fer du cabinet du roi au palais des Tuileries.

La fin[modifier | modifier le code]

Barnave emprisonné.

Arrêté le 19 août dans sa maison familiale de Saint-Egrève, il est incarcéré dans la prison de la citadelle de la Bastille, puis au couvent de Sainte-Marie-d’en-Haut, transformé en prison politique. En juin 1793, il est isolé au fort Barraux. L’approche des armées sardes près de la frontière entraîne son transfert à la prison de Saint-Marcellin. Il n’y reste que peu de temps, la Convention demande sa comparution devant le Tribunal révolutionnaire. Le 18 novembre il est incarcéré à la Conciergerie. Son procès se tient les 27 et 28 novembre. Malgré une plaidoirie brillante qu’il prononce lui-même, il est condamné à mort et guillotiné[9] le 29 novembre 1793, en même temps que l’ancien Garde des Sceaux, Duport-Dutertre.

Antoine Barnave est inhumé à la Chapelle expiatoire à Paris.

L’œuvre[modifier | modifier le code]

En prison, Barnave écrit De la Révolution et de la Constitution, qui ne paraîtra qu’en 1843 sous le titre Introduction à la Révolution française. Ses manuscrits sont alors publiés par M. Bérenger sous le titre d’Œuvres de Barnave, et seront réimprimés à plusieurs reprises à partir de 1960.

L’ouvrage de Barnave entend montrer que la révolution est l’aboutissement d’une longue évolution depuis le Moyen Âge, que la propriété agraire amena la formation de gouvernements aristocratiques. Selon lui le développement du commerce et de l’industrie entraîna la transformation des sociétés agraires traditionnelles, un progrès de la bourgeoisie qui afficha son désir de plus en plus irrésistible de participer au gouvernement. Le livre de Barnave frappa Jean Jaurès et Albert Mathiez.

La bibliothèque municipale de Grenoble détient de nombreux manuscrits de Barnave et de sa mère.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Antoine Barnave
  2. Certainement influencé par la situation de Charles de Lameth, allié aux planteurs de Saint-Domingue à la suite de son mariage avec la fille de l’un d’eux, M. Picot.
  3. Jean Sévillia, Historiquement correct. Pour en finir avec le passé unique, Paris, Perrin,‎ 2003 (ISBN 978-2-262-01772-9 et 2262017727), p. 254
  4. Jean-Jacques Chevallier, Barnave ou les deux faces de la Révolution, Presses Universitaires de Grenoble, 1979
  5. Jacques Thibau, Le temps de Saint-Domingue, l'esclavage et la révolution française, Paris Jean-Claude Lattès, 1989 ; Jean-Daniel Piquet, L'émancipation de Noirs dans la Révolution française (1789-1795), Paris, Karthala, 2002, p. 107-111
  6. Jean-Jacques Chevallier, Barnave ou les deux faces de la Révolution, Presses universitaires de Grenoble, 1979
  7. Dans son discours Barnave s’attache également à défendre la propriété privée : « Si la Révolution fait un pas de plus, elle ne peut le faire sans danger ; dans la ligne de la liberté, le premier acte qui pourrait suivre serait l’anéantissement de la royauté ; dans la ligne de l’égalité, le premier acte qui pourrait suivre serait l’attentat à la propriété. ».
  8. Marie-Antoinette suit partiellement les conseils de Barnave, mais joue sur le pourrissement de la situation en incitant son frère, l’Empereur, à déclarer la guerre
  9. Au passage de la charrette, une bande de royalistes se réjouit : « Alors, Barnave, ce sang-là est-il donc si pur ? ».

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Pierre d’Amarzit, Barnave, le conseiller secret de Marie-Antoinette, éd. Le Sémaphore, 302 p. (ISBN 2-912283-21-3 et 978-2912283214).
  • Correspondance secrète entre Barnave et Marie-Antoinette recueillie et présentée par Alma SODERAJELM, annottée et préfacée par Georges Lefebvre, Paris, Armand Colin, 1937.
  • Jean-Jacques Chevallier, Barnave ou les deux faces de la Révolution, Presses Universitaires de Grenoble, 1979.
  • Marie-Antoinette Correspondance (1770-1793) établie et présentée par Evelyne Lever <Années 1791 et 1792>

Liens externes[modifier | modifier le code]