Sainte Ampoule

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La Sainte Ampoule dans son reliquaire originel

La Sainte Ampoule était une fiole contenant une huile sacrée qui aurait servi lors du baptême de Clovis. Son nom viendrait du latin ampulla (petit flacon, fiole) ou du saxon ampel (coupe, fiole).

Une portion de ce baume était mélangée à du saint chrême pour servir à l'onction des rois de France lors de la cérémonie du sacre. Elle était conservée à l'abbaye Saint-Remi de Reims.

Bien que la Sainte Ampoule et une grande partie de son contenu aient été détruit à la Révolution, l'archevêque de Reims en conserve aujourd'hui un infime reste sauvé miraculeusement des révolutionnaires et conservé dans une ampoule de substitution, utilisé notamment pour le sacre de Charles X en 1825 et précieusement conservé jusqu'à nos jours par la ville de Reims.

La sainte Ampoule et le sacre des rois de France[modifier | modifier le code]

Baptême de Clovis

Selon Hincmar, archevêque de Reims (vers 802-882), un ange, sous la forme d'une colombe, aurait apporté cette fiole à Remi de Reims, futur saint Rémi, pour oindre le front de Clovis lors de son baptême. Grégoire de Tours ne parle pas de ce miracle qui appartenait toutefois à la tradition orale de l'Église de Reims. Par là même, Hincmar accrédite l'idée que « Dieu, donc, et Dieu seul fait le roi, avec l'aide visible de l'office sacerdotal. »[1] On peut ajouter que parmi les 4000 citations vérifiées par Devisse, Hincmar n'a pas une seule fois été infidèle au texte d'origine : « Nous sommes en mesure de dire, aujourd'hui, que nous n'avons jamais trouvé de falsification délibérée du texte, par modification, altération ou captation du sens » [2]. L'on trouve mention du « saint chrême envoyé du Ciel » dans la liturgie rémoise remontant au VIIIe siècle au plus tard, ainsi que dans les œuvres de Godescal d'Orbais [3].

Le premier roi à avoir été sacré à Reims fut Louis le Pieux en 816, le dernier Charles X. À partir du sacre d'Henri Ier en 1027 jusqu'au sacre de Charles X en 1825, on compte trente rois de France qui ont reçu la sainte onction à Reims, avec trois notables exceptions : Louis VI le Gros à Orléans, Henri IV à Chartres et Louis XVIII qui n'a pas été sacré.

L’ancien reliquaire, contenant la sainte Ampoule, ne sortait de l'abbaye Saint-Rémi de Reims que les jours du sacre. Louis XI voulut l’avoir près de lui à son lit de mort et fut obéi. C’est la seule fois que l’Ampoule quitta l'abbaye pour un but autre que celui que l’usage lui donnait.

Les clefs du tombeau de saint Rémi, qui la renfermait, étaient placées dans la chambre de l'abbé : c’était lui qui ouvrait et fermait la porte.

Les évêques de Laon, ducs et pairs du royaume, avaient le privilège de porter la sainte ampoule au cours de la cérémonie du sacre des rois de France.

Chevaliers de la sainte Ampoule[modifier | modifier le code]

La basilique Saint Rémi, point de départ de la sainte Ampoule.
La Cathédrale Notre-Dame de Reims, le lieu du sacre.

Il s’était formé un ordre de chevaliers, et plus tard, de « barons de la sainte Ampoule ». Lors du sacre de Louis XIII, les barons portaient le dais qui protégeait le prieur de l'abbaye Saint Remi, porteur de l'Ampoule[4]. Selon Favin, ces chevaliers n'étaient qu'au nombre de quatre, et devaient, pour être reçus, posséder les abbayes de Terrier, de Belestre, de Sonastre et de Louverey, qui relevaient de l'abbaye de Reims. Lors du sacre d'un roi de France, c'était le rôle des chevaliers, ou des barons, de la sainte Ampoule que de porter dans la cathédrale le dais d'argent au dessus du prieur de l'abbaye de Reims, porteur de la sainte Ampoule[4].

Les habitants du Chêne-Populeux (aujourd'hui Le Chesne) avaient le privilège d’accompagner la sainte ampoule aux cérémonies du sacre, soit parce que leurs pères avaient été les vassaux [réf. nécessaire] de saint Remi, soit parce qu’ils avaient défendu la fiole contre les Anglais.

Otages de la sainte Ampoule[modifier | modifier le code]

On appelait alors « otages de la sainte Ampoule » les quatre seigneurs chargés d'escorter l'Ampoule de la basilique Saint-Remi de Reims jusqu'à la cathédrale de Reims. Ces « otages » (du vieux français hostage, « le logement », dérivé lui-même du latin hospes, l'hôte) demeuraient avec la sainte Ampoule qu'ils accompagnaient, et qu'ils avaient pour mission de défendre jusqu'à la mort.

Le rituel prévoyait que les quatre « otages », chacun précédé de son écuyer, entraient à cheval dans la cathédrale, et chevauchaient ainsi aux quatre coins du dais d'argent porté au dessus de l'abbé de la basilique Saint-Rémi par les chevaliers de la sainte Ampoule. Tous se rendaient alors, avec toute la majesté nécessaire, du grand portail jusqu'à l'autel ; là, l'abbé remettait la sainte Ampoule à l'archevêque. Les otages de l'Ampoule prenaient place dans les quatre premières stalles, du côté de l'Évangile, pour assister au sacre[5].

Charles-Daniel de Talleyrand-Périgord, père de Talleyrand, fut otage de la sainte Ampoule le 11 juin 1775, lors du sacre de Louis XVI, en même temps que Jean-Louis-Roger de Rochechouart[6].

Destruction et réapparition[modifier | modifier le code]

Elle a été brisée solennellement pendant la Révolution française le 7 octobre 1793 à Reims (sur l'actuelle place Royale), par le conventionnel Philippe Rühl[7] sur le socle de la statue de Louis XV préalablement déboulonnée, cassée et destinée à être livrée à une fonderie de canons[8].

D'après Achille Jubinal[9], il est certain toutefois que des fragments de l'ampoule aient été conservés par des habitants ayant assisté à l'acte de Rühl, fragments qui seraient ramenés dans la cathédrale de Reims peu après. D'après des sources plus sujettes à débat, la veille, le curé constitutionnel Jules-Armand Seraine et un officier municipal, Philippe Hourelle, auraient retiré ce qu'ils pouvaient du contenu de la sainte Ampoule et le cachèrent, puis en auraient donné une partie respectivement à Messieurs Bouré, curé de Berry-au-Bac, et Lecomte, juge au tribunal de Reims. De plus, lors de la destruction du reliquaire, un dénommé Louis Champagne Prévoteau aurait recueilli deux fragments de verre de l'ampoule sur lesquels subsistaient des restes du baume[10],[11]. Le 22 mai 1825. L'archevêque de Reims aurait donc procédé au transvasement de tous ces fragments, à l'exception de ceux de Philippe Hourelle perdus par ses héritiers, dans du saint chrême[12] puis dans un nouveau reliquaire prêt à temps pour le sacre de Charles X quatre jours plus tard, maintenant conservé au Palais du Tau[13],[14]. Ces faits restent toutefois contestés par plusieurs historiens[15],[16].

En 1906, lors de son expulsion de l'archevêché suite à la loi de séparation des Églises et de l'État, Mgr Louis-Joseph Luçon, archevêque de Reims, transféra le chrême dans une ampoule de verre qu'il emporta avec lui[17]. Le prétendu baume du sacre est toujours conservé à l'archevêché de Reims[18].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Jean Devisse, Hincmar, archevêque de Reims, 1976.
  2. Jean Devisse, Hincmar, archevêque de Reims, 1976, t. II, p. 1097-1098
  3. F. Baix, « Les sources liturgiques de la Vita Remigii de Hincmar », Miscellanea historica in honorem A. de Meyer, Louvain, 1946, pp. 211-227
  4. a et b Alexandre Le Noble, Histoire du Sacre et du Couronnement des Rois et Reines de France, 1825, p. 643-644
  5. La Liturgie du sacre, par André Lavédan, 1926, sur catholicapedia.net (consulté le 22 octobre 2010), p. 3
  6. Jacques Dyssord, Les belles amies de Monsieur de Talleyrand, Nouvelles Editions Latines,‎ 2001, p. 35
  7. Adolphe Chéruel, Dictionnaire historique des institutions, mœurs et coutumes de la France, Paris, 1899 -http://www.blason-armoiries.org/institutions/a/ampoule.htm
  8. Félix Lacointa, Du Sacre des rois de France de son origine et de la Sainte Ampoule, éd. Broché, (ISBN 0000000087940) - http://www.asonimage.fr/A-2110-du-sacre-des-rois-de-france-de-son-origine-et-de-la-sainte-ampoule.aspx
  9. Achille Jubinal, Fiche de la Sainte Ampoule, encyclopédie du XIXe siècle, 1838.
  10. Christian Léon, Le saint Chrême au baptème de Clovis, 23 févier 2012, Mon Figaro.
  11. « La Sainte Ampoule et le Sacre des Rois de France », extraits du Procès-verbal du 25 janvier 1819 constatant la conservation de plusieurs parcelles de la Sainte-Ampoule et du Baume que renfermait ce précieux reliquaire.
  12. Le Moniteur des 23,24 et 26 mai 1825, cité sur La Sainte Ampoule et le Sacre des Rois de France (2de partie) : de la révolution à nos jours.
  13. [image] « Reliquaire de Charles X pour la Sainte Ampoule », sur le blog du « Mesnil-Marie ».
  14. [image] « Ampoule et aiguille du reliquaire de Charles X », sur le blog du « Mesnil-Marie ».
  15. Laurent Theis, Au cœur de l'histoire, 7 décembre 2011
  16. Clausel de Coussergues, Du Sacre des Rois de France, Paris, 1825, p. 127.
  17. [image] « Contenu de la Sainte Ampoule à l'archevêché de Reims ».
  18. La Sainte Ampoule et le Sacre des Rois de France (2de partie) : de la révolution à nos jours.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Ordre pour oindre et couronner le roi de France : Lyon, 1575 [« Consecratio et coronatio regis Francie »] (trad. Jean de Foigny, ill. Murielle Charlotte Henry), Reims, Jean Goy,‎ 1987, 4 p. de pl. en coul. : ill., couv. ill. ; 30 cm, 36 p. (lien notice BnF?).
  • Ordre pour oindre et couronner le roi de France, L'Atelier graphique,‎ 1995.
  • abbé Jean Goy, À Reims, le sacre des rois de France, Roizy, Jean Goy,‎ 1980, ill., couv. ill. ; 22 cm, 118 p. (lien notice BnF?).
  • abbé Jean Goy, La Sainte Ampoule au Sacre des Rois de France, Reims,‎ 1994.
  • Marc Bloch (préf. Jacques Le Goff), Les Rois thaumaturges : étude sur le caractère surnaturel attribué à la puissance royale particulièrement en France et en Angleterre, Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque des histoires »,‎ 1983, réédition, 6 p. de pl. ; 23 cm, XLI-542 p. (ISBN 2-07-022704-9, lien notice BnF?).
  • Richard A. Jackson, Vivat Rex : Histoire des sacres et couronnements en France, Presses universitaires de Strasbourg,‎ 1995, réédition.
  • Jacques Le Goff, Éric Palazzo, Jean-Claude Bonne, Marie-Noël Colette et Monique Goullet (avec la collab. de), Le sacre royal : à l'époque de Saint Louis : d'après le manuscrit latin 1246 de la BNF, Paris, Gallimard, coll. « Le temps des images »,‎ 2001, 15 p. de pl. en coul. : ill., couv. ill. en coul. ; 21 cm, 333 p. (ISBN 2-07-075599-1, lien notice BnF?).
  • Michel Le Moël, Le sacre des rois de France, Fontenay-sous-Bois, SIDES, coll. « Histoire et arts »,‎ 2000, ill. en noir et en coul., couv. ill. en coul. ; 21 cm, 47 p. (ISBN 2-86861-112-5, lien notice BnF?).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]