Louise de France

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Mère Thérèse de Saint-Augustin
Vénérable catholique
Image illustrative de l'article Louise de France
Mère Thérèse de Saint-Augustin,
Huile sur toile, vers 1771
Vénérable
Naissance
Versailles
Décès   (50 ans)
Saint-Denis
Nom de naissance Louise-Marie de France
Autres noms Madame Louise
Nationalité Drapeau de la France Française
Vénéré par Ordre du Carmel
Fête 23 décembre

Louise-Marie de France, dite Madame Louise ou Madame Dernière, (1737 - 1787, était la plus jeune des enfants de Louis XV et de Marie Leszczyńska. Elle fut appelée Madame Louise après son baptême en 1747. Elle entra au Carmel en 1770 sous le nom de Thérèse de Saint-Augustin, et y eut la charge de maîtresse des novices puis d'économe. Elle fut élue prieure à trois reprises. Décédée en 1787, elle est déclarée vénérable en 1873.

Biographie[modifier | modifier le code]

La Fille du roi[modifier | modifier le code]

Louise-Marie de France (1748).
Portrait par Jean-Marc Nattier.

Louise-Marie de France est née le à Versailles. Elle est le dixième enfant que la reine, âgée de 35 ans, met au monde. Les médecins assurent à la souveraine qu'un autre accouchement pourrait lui être fatal. La reine qui a peur de perdre les bonnes grâces de son mari, qui n'a que 27 ans et est toujours ardent, préfère taire les mises en garde du médecin mais refuse peu à peu sa porte au roi.

C'est aussi l'époque où Louis XV affiche sa première favorite sous le regard résigné mais indulgent de son « principal ministre » et ancien précepteur le cardinal de Fleury, qui ne connaît que trop la timidité maladive et la propension à l'ennui que sont les handicaps du roi.

Le roi délaisse la reine, et à ceux qui l'interrogent sur une onzième grossesse de la reine il répond que le nourrisson sera « Madame Dernière ». Louise-Marie de France fut appelée Madame Septième puis, à partir de son baptême en 1747, Madame Louise.

En 1738 la princesse est envoyée avec les trois plus jeunes Mesdames de France ses sœurs à la prestigieuse Abbaye de Fontevraud dont l'abbesse, une dame de haute naissance, est chargée par Louis XV de l'éducation des filles de France .

Madame Louise s'y fait remarquer par son esprit, mais aussi par son orgueil. Ainsi, encore enfant, elle n'hésite pas à réclamer que les personnes à son service se lèvent quand elle entre dans une pièce parce qu'elle est, dit-elle, « la fille de votre roi ». À quoi il lui est répondu par sa préceptrice : « Et moi, Madame, je suis la fille de votre Dieu. »

« Madame » Louise[modifier | modifier le code]

En 1750, à l'âge de 13 ans, elle revient avec sa sœur Madame Sophie à la cour où le roi la surnomme affectueusement « Chiffe ».

Légèrement bossue, elle reste toujours une princesse à part, fuyant le monde, cherchant réconfort et courage dans la religion. Louis XV a plusieurs projets de mariage pour elle, notamment en 1766 avec l'empereur Joseph II du Saint-Empire, mais aucun ne voit le jour .

Déjà en 1748, alors que Louise, âgée de 11 ans, était encore à Fontevraud, la rumeur prétendait que son père lui destinait le prince Charles Édouard, prétendant Stuart au trône anglais. Madame Louise, 11 ans, déclara alors :

« N'ai-je pas sujet d'être bien inquiète puisqu'on me destine un époux, moi qui n'en veux d'autre que Jésus-Christ ? »

On raconte aussi que, ne manquant pas de caractère, la princesse n'hésite pas à exagérer sa déformation physique quand elle croise un ambassadeur, afin de faire tourner court tout projet matrimonial.

De plus Madame Louise supporte mal la cour avec ses intrigues, ses jalousies et son cérémonial qui, la mettant sans cesse en représentation, est vécu comme un esclavage.

Les deuils[modifier | modifier le code]

Les années 1760 sont pour la famille royale un temps de deuil et pour Louise un temps de réflexion et de mûrissement. Quelques mois après le retour de Madame Louise à la cour, sa sœur Madame Henriette, la fille préférée du roi, meurt à 25 ans seulement. C'est à cette période que les premiers signes de l'impopularité du roi apparaissent.

En 1759, la duchesse de Parme, sœur jumelle d'Henriette, meurt à Versailles bientôt suivie par leur neveu, le duc de Bourgogne, fils aîné du dauphin en 1761, puis par leur nièce Isabelle de Parme (épouse du futur Joseph II du Saint-Empire) morte en couches à 22 ans en 1763.

L'unique fils du couple royal, le dauphin Louis-Ferdinand, s'éteint à l'âge de 36 ans en décembre 1765, ainsi que leur grand-père maternel, le roi de Pologne au Château de Lunéville en février 1766. Sa belle-sœur la dauphine Marie-Josèphe meurt en 1767.

Enfin la mort de la reine Marie Leszczyńska en juin 1768 met un terme à cette série de deuils.

Quelque temps plus tard, la présentation à la cour de la comtesse du Barry, nouvelle favorite de Louis XV pousse Madame Louise à faire officiellement part de son désir d'entrer au Carmel, un ordre cloîtré et austère où elle souhaite, loin de la cour superficielle et perverse, prier pour le salut de son père.

Le Carmel[modifier | modifier le code]

Son entrée au Carmel[modifier | modifier le code]

Visite de Louis XV à Madame Louise de France au carmel de Saint-Denis
Huile de Maxime Le Boucher

En 1770, alors que la cour prépare le mariage du nouveau dauphin, futur Louis XVI et de Marie Antoinette, à la stupéfaction générale, Louise sollicite de son père l'autorisation de se faire carmélite. Elle fait appel à Christophe de Beaumont, archevêque de Paris pour intercéder en sa faveur auprès de son père, le . Le Roi, bien qu'affligé par cette décision, donne son accord écrit le 16 février[1].

Sa phrase : « Moi carmélite, et le roi tout à Dieu », témoigne de sa croyance sincère et de sa volonté de racheter par ce sacrifice en accord avec sa vocation l'âme de son père, en vue d'expier les péchés de ce dernier[2]. Avant même son entrée au Carmel, elle avait commencé, en cachette, à porter l'habit de religieuse au palais, et vivre, comme elle le pouvait une vie monacale[3].

Elle choisit d'entrer au carmel de Saint-Denis, le « plus pauvre carmel de France » où, d'après la rumeur, la règle passe pour être très rude. Ce Carmel, qui menaçait de fermer à cause de ses trop faibles moyens financiers, se trouve ainsi sauvé par l'arrivée d'une carmélite apportant une forte dot[4] et susceptible d'attirer d'importantes oboles. Comme nom de religieuse, elle choisit « Thérèse de Saint-Augustin » en hommage à sainte Thérèse d'Avila, mystique et réformatrice de l'Ordre du Carmel.

Madame Louise prend l'habit le 10 octobre 1770. C'est la jeune Marie-Antoinette d'Autriche, venue épouser le futur Louis XVI qui lui remet son voile. Elle prononce ses vœux religieux le , et c'est Marie-Joséphine de Savoie (épouse du futur Louis XVIII), dans une cérémonie très officielle, qui lui remet le voile noir de carmélite[4].

Missions au Carmel[modifier | modifier le code]

À peine entrée au Carmel, elle se voit confier la charge de Maîtresse des novices. Ce n'est pas moins de 13 jeunes novices qu'elle doit diriger, guider et parfois modérer dans leur enthousiasme[5].

Fin 1771, elle est nommée à la charge d'économe du monastère. Elle fait effectuer plusieurs travaux qu'elle suit avec soin. En 1779 elle fait reconstruire l'église (délabrée) par Richard Mique[6].

Prieure du couvent[modifier | modifier le code]

Elle est élue prieure[7] en 1773, 1776 et 1785. Elle refuse d'user de son statut de fille de Roi pour en tirer des privilèges ou intervenir auprès d'autres personnes en faisant jouer son statut. Cependant, lorsque la défense de la pureté de la foi, ou l’intérêt de l’Ordre du Carmel est en jeu, elle se démène sans compter, établissant une correspondance importante[8].

Louis XV meurt le . Son petit-fils, Louis XVI, neveu de Madame Louise, monte alors sur le trône.

Lorsque Joseph II chasse de son empire tous les religieux contemplatifs, elle organise leur arrivée en France, accueille dans son couvent les Carmélites qui arrivent de leurs différents Carmels, avant de leur trouver une place dans d'autres Carmels. Ainsi, en , elle accueille 13 religieuses carmélites chassées du Carmel de Bruxelles. Les religieuses s'entassent donc, durant un certain temps, à 58 dans leur Carmel de St Denis. Quelques années plus tard, avec la révolution, les persécutions et la fermeture des couvents, le flux de carmélites repart dans l'autre sens[8],[9].

Son décès[modifier | modifier le code]

Elle meurt le à Saint-Denis, brutalement frappée par la maladie. Quelques mois plus tard, la Révolution chasse sa dynastie du trône, et persécute les religieux[10].

Ses derniers mots sont : « Au paradis ! Vite ! Au grand galop ! »[11]

En 1793 les révolutionnaires qui profanèrent les tombes des rois de France dans la Basilique Saint-Denis viennent également dans le cimetière de son Carmel, situé autour du cloître, pour déterrer son corps et le jeter dans la fosse commune, avec les restes de la famille royale[9].

Béatification[modifier | modifier le code]

Le procès ordinaire a lieu de 1855 à 1867. Le pape Pie IX introduit son procès en béatification le . Cette même année il déclare Mère Thérèse de Saint-Augustin comme « Vénérable ». Le procès (nécessaire à l'époque) de non culte a lieu en 1885-1886. Le procès de sainteté se déroule en 1891-1892. Le procès des vertus a lieu de 1896 à 1904. Le décret validant ces procès est publié le 28 novembre 1906.

La béatification de Mère Thérèse de Saint-Augustin est reprise à Rome le , comme cause historique de canonisation selon la nouvelle procédure[12]. Une association est fondée en janvier 1986 pour soutenir cette cause de béatification.

Les décrets sur les vertus héroïques de Thérèse de Saint-Augustin ont été publiés le [13]. À ce jour, il ne manque qu'un miracle officiellement reconnu et attribué à Mère Thérèse de Saint-Augustin pour que l'Église la déclare officiellement « Bienheureuse »[12].

Citations[modifier | modifier le code]

  • « Agréez, ô mon bien-aimé ! ô le plus aimable des Époux ! agréez ce cœur qui brûle d’être à vous. Vous avez tant de droits à sa possession ! Régnez seul, et régnez pour toujours sur mon âme et sur toutes ses facultés, sur ma volonté et sur toutes ses affections, sur mon corps et sur tous ses sens […] Que ma mémoire ne soit plus occupée que du souvenir de vos bienfaits ; que mon esprit fasse ses occupations les plus chères de la méditation de vos qualités aimables ; que mon cœur ne soit rempli que des ardeurs ineffables dont vous brûlez ici pour moi. Que tout mon corps soit purifié aux approches de votre chair adorable ; qu’il se sacrifie pour votre gloire, par le travail et l’infirmité, et que ses efforts uniques, ses vœux les plus habituels soient de vous imiter et de devenir semblable à vous. » (« Méditations eucharistiques, Entretien avec notre Seigneur au Saint-Sacrement, pour l’octave de la Fête-Dieu »)[14]
  • « Tout ce qui ne vient pas de Dieu ne saurait être bon et les scrupules ne sont pas de lui. Faisons-nous non une conscience large, mais une conscience paisible. »(Mère Thérèse de Saint-Augustin, conseils à ses novices) [15]
  • « Toutes mes sœurs ont plus sacrifié à Dieu que moi, car elles lui ont fait le sacrifice de leur liberté, au lieu que j’étais esclave à la Cour, et mes chaînes, pour être plus brillantes, n’en étaient pas moins des chaînes. »[16]
  • « Ma fille, lorsque nous avons quelque chose de plus pénible à soutenir qu’à l’ordinaire, soit du genre de vie que nous avons embrassé, soit de l’influence des saisons, souvenons-nous de ce que Jésus-Christ a souffert pour nous ; représentons-nous ce poids immense de gloire auquel il veut nous faire participer, et dont la comparaison, avec le poids le plus lourd que nous ayons à supporter dans ce monde, est si propre à le faire disparaître. »[16]

Portrait[modifier | modifier le code]

Voir aussi Louise de France Carmelite, portrait, anonyme, XVIIIe siècle, Musée du Louvre sur la page Les Demoiselles de Saint-Cyr illuminent les Ténèbres de Couperin.

Sources et liens[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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Biographies[modifier | modifier le code]

  • Victor Retaux, Madame Louise de France, Léon de la Brière, Paris, 1900. [lire en ligne]
  • Abbé Proyart, Vie de madame Louise de France: religieuse carmélite, fille de Louis XV. [lire en ligne]
  • Victorine de Clavimont, Mme Louise de France, carmélite. [lire en ligne]
  • Bernard Hours, Madame Louise, Princesse au Carmel, éd. Cerf, 1987.
  • Abbé Christian-Philippe Chanut et Marie del Perugia, Madame Louise de France, fille de Louis XV, carmélite et vénérable, éd. Cerf, 2012.

Documents[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. La lettre écrite du Roi a été perdue. Une copie est conservée dans les annales du carmel de St Denis (Voir Madame Louise de France - Le départ au Carmel)
  2. Bernard Vincent, Louis XVI, Gallimard Folio Biographies, 2006, p. 23.
  3. « J’avais pris, dès lors quelques renseignements sur la vie que mènent les carmélites et, sans avoir encore de vocation exclusive pour l’ordre dans lequel je me consacrerais au Seigneur, j’étais néanmoins assez décidée pour le leur, à moins que des difficultés insurmontables ne m’en fermassent l’entrée. », voir Madame Louise de France - L’appel au Carmel sur carmel.asso.fr
  4. a et b Madame Louise de France - L’entrée au Carmel
  5. Madame Louise de France - Maîtresse des novices
  6. Thérèse de Saint-Augustin s'opposera même à son architecte concernant le travail le dimanche : celui-ci pour gagner du temps fait travailler ses ouvriers les dimanches et jours de fêtes. Thérèse refuse que le repos dominical soit profané et pour bien le signifier… indique aux ouvriers comme au responsable des travaux qu'elle refuse de payer ces jours-là ! Voir Madame Louise de France - Chef de travaux
  7. La prieure est élue pour 3 ans
  8. a et b Madame Louise de France - Carmélite et princesse
  9. a et b Madame Louise de France - Témoignage de l’auteur de la présentation
  10. Voir les Carmélites de Compiègne et les Pontons de Rochefort
  11. Vénérable Marie-Louise de France sur nominis
  12. a et b Madame Louise de France - La cause de béatification sur carmel.asso
  13. Vénérable Louise de France sur canalblog
  14. Madame Louise de France - L’entrée au Carmel sur le site carmel.asso.fr
  15. Madame Louise de France - Fontevraud sur le site carmel.asso.fr
  16. a et b Madame Louise de France - Testaments spirituels sur le site carmel.asso.fr