Charles X de France

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Charles X
Portrait de Charles X.
Portrait de Charles X.
Titre
Roi de France et de Navarre
16 septembre 18242 août 1830
(&&&&&&&&&&&021465 ans, 10 mois et 16 jours)
Couronnement 29 mai 1825,
en la cathédrale de Reims
Président du Conseil Comte de Villèle
Vicomte de Martignac
Comte de Polignac
Duc de Mortemart
Prédécesseur Louis XVIII
Successeur Louis XIX (non proclamé)
Henri V (non proclamé)
Louis-Philippe Ier (roi des Français)
Lieutenant-général du Royaume
14 avril2 mai 1814
(&&&&&&&&&&&&&01818 jours)
Monarque Louis XVIII
Héritier présomptif
des trônes de France et de Navarre
6 avril 181416 septembre 1824
(&&&&&&&&&&&0381610 ans, 5 mois et 10 jours)
Monarque Louis XVIII
Prédécesseur Louis, comte de Provence
Successeur Louis, dauphin de France
Biographie
Dynastie Maison de Bourbon
Nom de naissance Charles-Philippe de France
Date de naissance 9 octobre 1757
Lieu de naissance Versailles (France)
Date de décès 6 novembre 1836 (à 79 ans)
Lieu de décès Görz (Autriche)[1]
Père Louis, dauphin de France
Mère Marie-Josèphe de Saxe
Conjoint Marie-Thérèse de Savoie
Enfant(s) Louis de France, duc d’Angoulême
Sophie de France
Charles-Ferdinand, duc de Berry
Marie-Thérèse de France
Héritier Louis, dauphin de France
Résidence Palais des Tuileries

Charles X de France
Monarques de France

Charles X (château de Versailles, 9 octobre 1757Görz, Empire d'Autriche, 6 novembre 1836), surtout connu sous le titre de comte d'Artois (1757-1824), fut roi de France et de Navarre de 1824 à 1830.

Succédant à ses deux frères, Louis XVI et Louis XVIII, il est le Roi de France le plus âgé, à son avènement (66 ans) comme à son décès (79 ans). Attaché aux conceptions et aux valeurs de l'Ancien Régime sans être pour autant réactionnaire comme on l'a souvent dit, il tenta d'incarner la continuité de l'État et de la monarchie après le violent passage révolutionnaire, tout en acceptant en majorité les valeurs de son temps. Très pieux, il semble que Charles X attachait une certaine importance à la condition sociale de ses peuples. Populaire chez les paysans de la province, qui avaient mal vécu la Première République (insurrections royalistes), Charles était au contraire moqué par les Parisiens (souvent républicains et robespierristes) ; déjà tendu sous l'Ancien régime, la rupture entre la capitale et la monarchie est définitivement consommée.

Sacré en 1825, il est renversé en 1830 par une nouvelle révolution qui l'oblige à s'exiler. Il abdique en faveur de son petit-fils le duc de Bordeaux, sous la régence de son cousin le duc d'Orléans, fils de Philippe Égalité. Orléans profite de la situation pour évincer le duc de Bordeaux et se faire reconnaître « roi des Français » en dix jours à peine.

Charles X est le dernier Bourbon (de la branche aînée) a avoir été sacré roi de France.

Biographie[modifier | modifier le code]

Naissance et baptême[modifier | modifier le code]

Charles-Philippe, comte d'Artois, et sa sœur Marie Clotilde de France.

Petit-fils de Louis XV, roi de France et de Navarre, Charles-Philippe est le cinquième fils du dauphin Louis-Ferdinand et de son épouse, la dauphine, Marie-Josèphe de Saxe. Charles est ondoyé le 9 octobre 1757, jour de sa naissance, par l'abbé de Bouillé, doyen des comtes de Lyon[2].

L'enfant est le plus jeune frère du roi Louis XVI, alors duc de Berry, et du comte de Provence, futur Louis XVIII. Deux filles le suivront Marie-Adélaïde-Clotilde, future reine de Sardaigne et Élisabeth, victime de la terreur révolutionnaire.

Il est d'abord titré comte d'Artois, en mémoire de Robert de France, comte d'Artois, frère de saint Louis, mais le choix de ce titre serait également lié aux conséquences de la tentative d'assassinat menée par Damiens contre Louis XV[3].

L'enfant est baptisé le 19 octobre 1761, le lendemain du baptême du futur Louis XVI et du futur Louis XVIII, avec les prénoms Charles Philippe par l'archevêque Charles Antoine de La Roche-Aymon dans la chapelle royale du château de Versailles, en présence de Jean-François Allart, curé de l'église Notre-Dame de Versailles. Sa marraine est sa tante Sophie-Philippine de France, et son parrain le roi Charles III d'Espagne (ce qui explique le choix de ses prénoms), représenté par Louis Auguste de France, duc de Berry[4].

Mariage et famille[modifier | modifier le code]

Le comte d’Artois

Il épouse le 16 novembre 1773 Marie-Thérèse de Savoie dont il a quatre enfants :

Sa préférence va à son plus jeune fils, Charles-Ferdinand, qui lui ressemble beaucoup, au physique comme au moral. L'aîné, Louis-Antoine, au contraire, est timide et souffre de myopie et de tics nerveux.

En 1772, âgé de 15 ans, il est colonel général des Cent-Suisses et Grisons. Il assiste au sacre de son frère Louis XVI en 1775, où il « tient lieu de duc de Normandie », pair du Royaume et est apanagé par lui du comté du Poitou et des duchés d'Angoulême et de Mercœur.

Louise d'Esparbès de Lussan[modifier | modifier le code]

En 1785 (ou 1786)[5], il s'attache durablement à Louise d'Esparbès de Lussan, épouse de Denis de Polastron (1758-1821), demi-frère de la future duchesse de Polignac, confidente de la reine, liaison qui ne lui donnera aucune descendance.

Devenue par son mariage vicomtesse de Polastron elle se trouve donc être la belle-sœur de la comtesse de Polignac, gouvernante des enfants de France, amie de la reine Marie-Antoinette. Également proche de cette dernière, le comte d'Artois se rend comme elle impopulaire par ses dépenses inconsidérées, et le public leur attribue une liaison, à tort sans doute.

Denis de Polastron, le mari de Louise, embrasse la carrière militaire, et combat lors de la guerre d'indépendance américaine, durant laquelle il est nommé colonel dans le régiment de La Fayette ; il mourra à l'âge de 63 ans en 1821. Louise d'Esparbès de Lussan meurt précocement de la tuberculose en 1804 à l'âge de 39 ans.

Carrière politique[modifier | modifier le code]

Philosophie politique[modifier | modifier le code]

40 francs or Charles X, 1830 Marseille.Exemplaire limité à 1020 exemplaires

Bon vivant et léger, il entraîne dans un tourbillon de fêtes mondaines sa belle-sœur, la reine Marie-Antoinette. Il acquiert le château de Maisons où il s'en va chasser en joyeuse et galante compagnie dont fait partie la jeune vicomtesse de Beauharnais… En 1777, à la suite d'un pari avec sa jeune belle-sœur, il fait construire en deux mois la célèbre folie de Bagatelle dans le bois de Boulogne qu'il décore et meuble avec faste.

Il commence à s'intéresser à la politique à l'âge de 29 ans avec la première grande crise de la monarchie, en 1786, après laquelle il prend la tête de la faction réactionnaire à la cour de Louis XVI. Le comte d'Artois devient le chef de file des réformateurs de ce que Jean-Christian Petitfils appelle la « révolution royale », c'est-à-dire le projet radical de Calonne.

Il se heurte donc aux notables réunis en assemblée : Charles accepte la suppression des privilèges financiers de l'aristocratie, mais non la réduction des privilèges sociaux dont jouissent l'Église et la noblesse. Il pense qu'on peut réformer les finances de la France sans renverser la monarchie. Selon ses propres mots, « le temps est venu de réparer mais non de démolir ». Il suscite la colère du tiers état en s'opposant à toute initiative d'accroître son droit de vote en 1789.

En liaison avec le baron de Breteuil, il noue des alliances politiques pour chasser Necker. Ce plan échoue quand Charles essaie de le faire renvoyer le 11 juillet, sans que Breteuil soit au courant, beaucoup plus tôt que prévu à l'origine. C'est le début d'une brouille qui se change en haine réciproque.

Émigration[modifier | modifier le code]

Le comte d'Artois est l'un des premiers à émigrer, le 16 juillet 1789. Il parcourt les diverses cours de l'Europe pour chercher des défenseurs à la cause royale. Il se trouve à Turin — chez son beau-père et son beau-frère — de septembre 1789 à juillet 1791, où il porte alors le titre de « marquis de Maisons », ainsi qu'à Bruxelles, Coblence, résidence de son oncle maternel l'archevêque-électeur de Trêves et Liège.

Il quitte Hamm en août 1794 comme « comte de Ponthieu ». Il se rend enfin en Grande-Bretagne et assiste aux conférences de Pillnitz, en 1791.

Nommé lieutenant général du royaume par son frère le comte de Provence (alors connu sous le titre de « Monsieur » avant le 21 janvier 1793) après la mort de leur frère Louis XVI, du 28 janvier 1793 à 1814.

À la mort de son neveu Louis XVII le 8 juin 1795, il est appelé Monsieur. Il veut opérer, avec le secours des Anglais, un débarquement à l'île d'Yeu sur les côtes de Vendée (1795) afin d'aider les insurgés Vendéens, mais il n'y peut réussir. Il se rend en Grande-Bretagne où il passe le reste de la Révolution et du Premier Empire.

Restauration[modifier | modifier le code]

Le comte d'Artois, en uniforme de colonel général des Carabiniers (1815).
Comte d'Artois (futur Charles X) par Jean-François Thuaire

En 1814, il est nommé lieutenant-général du royaume, il pénètre en Suisse allemande, à la suite des alliés, et fait son entrée à Berne le 15 avril. Au premier moment, il sait se concilier les esprits par l'aménité de ses manières ; mais il se perd bientôt dans l'opinion en signant, avec un empressement excessif que condamne Louis XVIII même, un traité qui enlève à la France toutes les places conquises depuis 1792.

Après le second retour de Louis XVIII (1815), il affecte de se tenir éloigné des affaires et d'employer tout son temps soit à la chasse qui est pour lui une passion, soit à des pratiques religieuses. Il oublie la guerre. Mais, au-delà des apparences, il reste secrètement actif dans la sphère politique, en étant le chef occulte du parti ultra-royaliste.[réf. nécessaire]

Les archives de la Maison du Roi sous le règne de Charles X sont conservées aux Archives nationales dans la sous-série O/3[6].

Roi de France et de Navarre[modifier | modifier le code]

Charles X par Sir Lawrence.
La cérémonie du sacre de Charles X à Reims.

À la mort de son frère Louis XVIII, en 1824, il monte sur le trône et décide de renouer avec la tradition du sacre, dont son prédécesseur s'était dispensé pour des raisons autant politiques que physiques, ne souhaitant ni provoquer de critiques ni affronter les fatigues de Reims. Le sacre se tient le 29 mai 1825 en la cathédrale de Reims et marque un retour à la logique d'Ancien Régime tout en affectant d'ignorer les changements de la société française depuis la Révolution française et l'Empire napoléonien. Ce sacre reprend les phases principales du cérémonial de l'Ancien Régime comme les sept onctions ou les serments sur les Évangiles. Malgré tout, on peut observer certains changements comme le fait que le roi prête un serment de fidélité à la Charte de 1814 ou encore le fait que les grands princes participent au cérémonial en aidant l'archevêque de Reims. Ce sacre a eu lieu sur plusieurs jours : le 28 mai il y a eu la cérémonie des vêpres ; le 29 mai ce fut la cérémonie du sacre en elle-même ; le 30 mai ce fut la remise de récompense pour les chevaliers de l'ordre du Saint-Esprit et enfin ce sacre se termina le 31 mai par le toucher des écrouelles. Ainsi le sacre de Charles X apparaît comme un compromis entre la logique d'Ancien Régime et les changements de la société française depuis la Révolution française. Ce sacre symbolisait pour le roi et pour les élites un retour à l'image de la monarchie absolue en essayant d'effacer de manière relative les idées de la Révolution et de l'Empire. Malgré tout ce sacre a eu un effet limité sur la population puisque comme les mentalités de celle-ci n'étaient plus celles de l'Ancien Régime, ce sacre provoqua dès lors une certaine incompréhension de sa part.

Il débute par quelques mesures libérales, et abolit la censure des journaux, mais il ne tarde pas à se jeter dans les bras des ultra-royalistes, dont Jean-Baptiste de Villèle est le chef, et s'aliène l'opinion par la loi du sacrilège, la concession d'indemnités aux émigrés, par la loi dite du « milliard des émigrés » ; le licenciement de la garde nationale, le rétablissement de la censure (1825-1827). Son règne est marqué par la domination des « ultras », la frange revancharde des royalistes, opposée à la Charte de 1814.

Son catholicisme dévot indispose le peuple de Paris, volontiers anticlérical voire anticatholique ; comme à l'enterrement de Louis XVIII, il est habillé de violet, couleur de deuil des rois de France, le bruit court qu'il est évêque ; des caricatures le montrent en train de célébrer la messe devant les membres de sa famille[7].

Pour calmer les mécontents, il forme en janvier 1828 un ministère modéré, présidé par le vicomte de Martignac. Ce ministère réparateur a déjà réussi à ramener les esprits, lorsqu'il est brusquement congédié et remplacé, le 8 août 1829, par le ministère de Jules de Polignac, qui fait renaître toutes les défiances.

En effet, peu de mois après, et malgré le respectueux avertissement donné par l'adresse des 221 députés, Charles X tente de rétablir son autorité face au développement de l'opposition libérale. Il promulgue pour cela les « ordonnances de Saint-Cloud » qui dissolvent les chambres, convoquent les collèges électoraux en changeant de mode d'élection, et suspendent la liberté de la presse (25 juillet 1830).

Deux événements importants marquent la politique étrangère de Charles X :

Révolution de Juillet[modifier | modifier le code]

Ces ordonnances inconstitutionnelles excitent immédiatement une réprobation universelle ; Paris se soulève les 27, 28 et 29 juillet : ce sont les Trois Glorieuses de 1830, ou « Révolution de Juillet », qui renversent finalement Charles X. Le 30, Louis-Philippe, duc d'Orléans, est nommé lieutenant général du royaume par les députés insurgés, poste qu'il accepte le 31. Il s'enveloppe alors d'un drapeau tricolore avec M. de La Fayette et paraît ainsi à son balcon.

Abdication[modifier | modifier le code]

Le 2 août, Charles X, retiré à Rambouillet, abdique et convainc son fils aîné le dauphin Louis-Antoine de contresigner l'abdication.

Il confie à son cousin le duc d'Orléans la tâche d'annoncer que son abdication se fait au profit de son petit-fils Henri, duc de Bordeaux, âgé de dix ans, faisant du duc d'Orléans le régent.

Leur résolution est annoncée dans une lettre du roi déchu au duc d'Orléans :

« Mon cousin,
Je suis trop profondément pénétré des maux qui affligent et qui pourraient menacer mes peuples pour n'avoir pas cherché un moyen de les prévenir. J'ai donc pris la résolution d'abdiquer la couronne en faveur de mon petit-fils le duc de Bordeaux.
Le dauphin, qui partage mes sentiments, renonce aussi à ses droits en faveur de son neveu.
Vous aurez, en votre qualité de lieutenant général du royaume, à faire proclamer l'avènement de Henri V à la Couronne. Vous prendrez d'ailleurs toutes les mesures qui vous concernent pour régler les formes du nouveau gouvernement pendant la minorité du nouveau roi…
Vous communiquerez mes intentions au corps diplomatique et vous me ferez connaître le plus tôt possible la proclamation par laquelle mon petit-fils sera reconnu sous le nom de Henri V. »[réf. nécessaire]
Charles X (1830).

Il existe une controverse sur l'abdication : Charles X ne peut forcer son fils à renoncer à ses droits, car la dynastie de France est successive et non héréditaire. Ce dernier, devenu fictivement « Louis XIX » entre le moment où son père signe l'abdication et le moment où lui-même la contresigne, aurait pu conserver la Couronne pour lui-même et reprendre en main l'armée et le pays, mais finalement, il renonce par obéissance ou par faiblesse.

Malgré l'abdication, le duc d'Orléans prend le pouvoir sous le nom de « Louis-Philippe Ier ». Le 3 août, en effet, devant les Chambres réunies, il annonce bien l'abdication de Charles X, contresignée par le dauphin… mais ne mentionne pas qu'elle est effectuée en faveur du duc de Bordeaux.

Par ailleurs, Charles X - déjà en exil - interdit à la duchesse de Berry, la mère du duc de Bordeaux, d'amener son fils à Paris ; il embarque à Cherbourg sans laisser de consigne à ses fidèles ; c'est alors le début de la monarchie de Juillet.

En exil, Charles X porte le titre de courtoisie de « comte de Ponthieu », nom de localité qui sera donné à une rue de Paris. Le roi déchu se retire d'abord au palais de Holyrood, en Écosse. Grâce à ses bonnes relations avec les Habsbourg-Lorraine, il s'installe au Château de Prague, où il reçoit des visites de Chateaubriand. Il part ensuite à Budweis (actuelle České Budějovice) puis doit fuir une épidémie de choléra et arrive enfin à Görz (alors en Autriche), actuelle Gorizia en Italie et Nova Gorica en Slovénie (ville divisée en 1947 par la ligne militaire Morgan).

Il meurt dans cette ville du choléra le 6 novembre 1836 et est inhumé à Kostanjevica (Nova Gorica, Slovénie).

Mort[modifier | modifier le code]

Tombeaux de Charles X et de Louis XIX au couvent de Kostanjevica (Nova Gorica).

« […] Mme Adélaïde [sœur de Louis-Philippe] mande à M. de Talleyrand que la Cour ne prendra pas le deuil à l'occasion de la mort de Charles X, faute de notification […] (la mort) divise, à Paris, sur tous les points. Chacun y porte le deuil à sa façon, depuis la couleur jusqu'à la laine noire, avec des gradations infinies, et des aigreurs nouvelles à chaque aune de crêpe en moins. Puis, les uns disent le comte de Marnes et Henri V, les autres Louis XIX. Enfin, c'est la tour de Babel ; on n'est même pas d'accord sur la maladie dont Charles X est mort ! […] Il y a eu division sur la question du deuil jusque dans la famille royale actuelle : la Reine, qui l'avait pris spontanément le premier jour, a été très peinée que le Ministère le lui ait fait quitter. Le Cabinet a craint la controverse des journaux […]. »

— duchesse de Dino, de Rochecotte, les 21 et 28 novembre 1836 dans Chronique de 1831 à 1862, Plon, 1909, pp.107 et 108.

À la mort de Charles X, l'effet de la double abdication du 2 août 1830 aurait dû conduire à la proclamation de son petit-fils, le duc de Bordeaux, sous le nom de Henri V.

Pourtant, le fils aîné de Charles X, le dauphin Louis Antoine, signe une proclamation dans laquelle, tout en confirmant sa renonciation de 1830, il déclare que « dans les circonstances actuelles », l'intérêt de son neveu exige qu'il soit « chef de la maison de France » et investi de l'autorité royale, sous le nom de « Louis XIX » et avec le titre de courtoisie de « comte de Marnes », jusqu'au jour où « la monarchie légitime sera rétablie » : il transmettrait alors la Couronne à son neveu.

Cette subtilité s'explique par le fait que, la mort de Charles X investissant ipso facto le dauphin de la royauté, il suffit de notifier le décès aux cours européennes pour notifier également « l'élévation » au trône du dauphin sous le nom de Louis XIX ; en revanche, la reconnaissance de l'accession au trône d'Henri V implique la notification de la double abdication de 1830, dont on peut redouter que les Cours refusent de la recevoir dès lors qu'elles ont toutes reconnu la monarchie de Juillet.

Depuis 2000 règne au Luxembourg un descendant commun — au sixième degré dans les deux branches — de Charles X et de Louis-Philippe. Le grand-duc Henri de Luxembourg est en effet :

Dans la culture populaire[modifier | modifier le code]

Dans la caricature[modifier | modifier le code]

Marquant le début de l'âge d'or de la caricature du XIXe siècle, Charles X est, selon les termes d'Annie Duprat, l'objet d'une satire riche et diversifiée dans les premières semaines qui suivent sa chute en 1830. À travers la presse et l'estampe, l'imagerie, d'une grande variété de thèmes et de formes, joue fréquemment sur sa physionomie dégingandée à travers de multiples représentations animales (âne, girafe, dindon, cheval, tigre, chat, canard, paon, lapin, etc.). La bigoterie du roi est rappelée par des éléments du costume. Sa fuite est également plaisantée, comparée à celle du bey lors de la prise d'Alger par les troupes du maréchal de Bourmont en juillet 1830[8].

Arts décoratifs[modifier | modifier le code]

Le nom de Charles X est resté associé à un style dans les arts décoratifs. Ce style reste proche de celui du Premier Empire. Mais ce qui caractérise la courte période de son règne est un regain d'intérêt artistique pour le Moyen Âge et l'essor du style troubadour.

Littérature[modifier | modifier le code]

Même si elles sont parues avant, certaines œuvres de Chateaubriand comme le Génie du Christianisme sont caractéristiques de l'esprit du règne.

Théâtre[modifier | modifier le code]

Le Mariage de Figaro, interdit par Louis XVI, fut joué lors d'une représentation privée au château de Genevilliers avec pour acteurs principaux, Marie-Antoinette, dans le rôle de la comtesse, et le comte d'Artois, dans le rôle de Figaro.

Cinéma[modifier | modifier le code]

Télévision[modifier | modifier le code]

IMDb[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Aujourd'hui Nova Gorica, en Slovénie, (it) [1]
  2. Registre des baptêmes (1757) de l'église Notre-Dame de Versailles, Archives départementales des Yvelines
  3. Selon les souvenirs, en partie extrapolés, de la Marquise de Créquy : à la suite de cette tentative de régicide, les États d'Artois se rassemblent sous la présidence du marquis de Créquy, premier baron de la province, pour exprimer à Louis XV leur désolation de ce que le criminel soit artésien, et en réparation proposent que la province paye cette année le double de ce qu'elle doit fournir en argent et en hommes pour le service de la couronne. Louis XV ne veut pas accepter ce sacrifice, et pour témoigner à cette province son absence de toute rancune, fait donner le titre de comte d'Artois à son quatrième petit-fils, né justement cette année-là.
  4. Registre des baptêmes (1761) de l'église Notre-Dame de Versailles, Archives départementales des Yvelines
  5. Henri Pigaillem, Dictionnaire des favorites, Pygmalion 2010
  6. Voir la salle des inventaires virtuelle des Archives nationales https://www.archives-nationales.culture.gouv.fr/siv/rechercheconsultation/consultation/pog/consultationPogN3.action?nopId=c614wvehskz--gn04m3u2grd4&pogId=FRAN_POG_03&search=
  7. Le bruit devait souvent se répéter. Louis Blanc écrit dans Histoire de dix ans, Pagnerre, à Paris 1842, (2e éd.) p. 179 : « Lorsqu’il s’était agi d’inaugurer le monument expiatoire élevé à Louis XVI, Charles X devait figurer dans cette cérémonie en habit violet, le violet étant la couleur de deuil pour les rois. Eh bien, le bruit courut parmi les soldats que son intention était de paraître en public, revêtu d’un costume d’évêque. »
  8. Annie Duprat, « Le roi a été chassé à Rambouillet », Sociétés & Représentations, no 12, 2001, p. 30-43. Lire en ligne.

Annexes[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Sources partielles[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • 1831 : Jules Lacroix, Charles X, Paris, E. Renduel, 15 p.
  • 1837 : Alissan de Chazet, Charles X, esquisse historique, Paris, Ledentu, 71 p.
  • 1889 : marquis de Villeneuve, Charles X et Louis XIX en exil. Mémoires inédits du marquis de Villeneuve, publiés par son arrière-petit-fils, Paris, Plon, Nourrit et Ce, VIII + 322 p.
  • 1893 : Henry Manayre, Charles X (1757-1836), Paris, chez l'auteur, 16 p.
  • 1927 : Pierre de La Gorce, La Restauration. Tome II : Charles X, Paris, Plon, 343 p.
  • 1927 : Jean-Paul Garnier, Le Sacre de Charles X et l'opinion publique en 1825, Jouve 1927, 147 p.
  • 1958 : Jacques Vivent, sous le pseud. de « Villebrumier », Charles X, dernier roi de France et de Navarre, Paris, le Livre contemporain, 411 p.
  • 1967 : Jean-Paul Garnier, Charles X, le roi, le proscrit, Paris, Fayard, coll. « Les Grandes études historiques », 483 p.
  • 1972 : José Cabanis : Charles X : roi ultra, Paris, Gallimard, coll. « Leurs figures », 521 p.
  • 1980 : Éric Le Nabour, Charles X : le dernier roi, préface d'Alain Decaux, Paris, Jean-Claude Lattès, 405 p.
  • 1988 : André Castelot, Charles X : la fin d'un monde, Paris, Perrin, 587 p.
  • 1990 : Georges Bordonove, Charles X : dernier roi de France et de Navarre, Paris, Pygmalion, coll. « Les Rois qui ont fait la France », 313 p. + 8 p. de planches.
  • 1991 : Landric Raillat, Charles X : le sacre de la dernière chance, Paris, Olivier Orban, 345 p.
  • 1999 : Yves Griffon, Charles X, roi méconnu, Paris, Rémi Perrin, 299 p.
  • 1999 : Paul et Pierrette Girault de Coursac, Provence et Artois : les deux frères de Louis XVI, F.X. de Guibert.

Liens externes[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]