Contre-révolution

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L'expression contre-révolution désigne non seulement l’ensemble des moyens mis en œuvre pour s’opposer à une révolution, mais aussi des courants de pensée opposés, jusqu'au début du XXe siècle, à l'héritage révolutionnaire des XVIIIe et XIXe siècles, puis, aux révolutions de type bolchevik qui ont secoué l'Europe, puis certains pays extra-européens à partir de 1917. Elle inclut tout ce qui, après la révolution, tente d’en annuler, ou d'en limiter tout ou partie des effets, et même bien longtemps après. À la suite de la mise en place de régimes révolutionnaires plus ou moins durables, l'adjectif contre-révolutionnaire est aussi utilisé dans ces pays pour disqualifier des personnalités que les dirigeants souhaitent évincer.

Tout d'abord, pour qu'il y ait une contre-révolution, il faut qu'il y ait, sinon une révolution, du moins une processus politique révolutionnaire. Par révolution, on entend renversement de l'ordre ancien, qu'il soit politique ou économique. Dans ce cadre, les partisans de la contre-révolution sont avant tous ceux qui s'opposent à un processus révolutionnaire ; ces partisans peuvent être actifs dans les domaines théorique (Joseph de Maistre), politique (le cordon sanitaire), militaire (Koltchak), économique (le blocus)…

Le terme de révolution ayant été galvaudé (on parle de révolution à chaque nouveauté technologique), le terme de contre-révolution a aussi connu une modification de sens et de ses acceptions. En effet, à partir de la révolution bolchevique, moment de scission important au sein des mouvements révolutionnaires, communistes, bolchevik, anarchiste, tout mouvement dissident du parti révolutionnaire, toute personnalité qu'on souhaite éliminer (au moins politiquement), est appelé contre-révolutionnaire.

Quelle contre-révolution ?[modifier | modifier le code]

Les processus révolutionnaires ont, dès leurs débuts, généré des mouvements et des idées contre-révolutionnaires. Ces mouvements et idées sont spécifiques à chaque révolution. En effet, définir la contre-révolution revient avant tout à définir en creux la révolution : qui la mène, aux dépens de qui cette révolution est-elle menée ? Dans quel contexte général se mène une révolution ?
Pour définir la contre-révolution, il faut définir la révolution : est-elle politique uniquement ? Sociale ? Un processus révolutionnaire est par nature complexe, avec de multiples causes, des multiples effets, cachés sous l'écume de nombreux événements ; les démêler revient aussi à en définir les oppositions. Le NSDAP au pouvoir en Allemagne défendait la nécessité d'une révolution nationale allemande : doit-on qualifier les acteurs de la conjuration du 20 juillet 1944 de contre-révolutionnaires ? Doit-on adhérer sans réserves aux accusations de Vychinski relatives aux menées contre-révolutionnaires de Boukharine ? Les exemples de ce type peuvent être multipliés.

Contre la Révolution : d'abord des penseurs[modifier | modifier le code]

En face des théories révolutionnaires, une pensée contre-révolutionnaire se développe très vite, avec Edmund Burke, dès 1790, Jacques Mallet du Pan, Joseph de Maistre, ou avec les « aristocrates noirs » en France[1] comme Montlosier, Louis de Bonald ou l'abbé Maury. Ce mouvement en France compte plus de 300 députés (sur 1 200) dans l'Assemblée constituante de 1789, ils s'y expriment peu (excepté l'excellent orateur Jacques Antoine Marie de Cazalès car ce sont essentiellement des militaires peu habitués à cet exercice) mais ont laissé de nombreux compte-rendus à leurs commettants (électeurs), conformément au mandat impératif : majoritairement ils veulent réformer la monarchie absolue au profit d'une monarchie parlementaire. Impuissante à s'exprimer pacifiquement, sa presse étant baillonnée (par exemple Les Actes des Apôtres supprimés en 1791), ses partisans massacrés à partir du , la contre-révolution est affaiblie par l'émigration qui la prive d'une partie de ses soutiens à l'intérieur du pays. On estime à 150 000 au moins le nombre des émigrés, dont un grand nombre d'officiers qui auraient pu encadrer une paysannerie peu favorable aux excès des révolutionnaires parisiens[2].

Parmi les principaux penseurs dits « contre-révolutionnaires », on peut citer Joseph de Maistre en Savoie, Louis de Bonald, Augustin Barruel, Antoine Blanc de Saint-Bonnet et Pierre-Paul Royer-Collard en France, Edmund Burke en Angleterre, et Juan Donoso Cortés en Espagne. On peut les répartir en deux grandes catégories : les uns, comme Burke et Royer-Collard, s'inscrivent dans une grande mesure au sein de la tradition libérale, d'autres se font les défenseurs d'un traditionalisme antilibéral — comme Blanc de Saint-Bonnet — ou d'un autoritarisme radical — comme Donoso Cortés.

« L'école antilibérale » (XIXe siècle)[modifier | modifier le code]

Beaucoup de clercs de l'Église catholique romaine sous le conseil de Papes (Pie IX, syllabus) et dans la conduite des Cardinal Pie, abbé Augustin Barruel (S.J.), Mgr Gaume, Mgr de Ségur, Mgr Jouin et la Revue internationale des sociétés secrètes vont prêcher une doctrine en opposition avec les principes révolutionnaires de 1789.

L'école « légitimiste »[modifier | modifier le code]

Par la suite, sont contre-révolutionnaires les mouvements politiques qui nient toute légitimité à la Révolution de 1789, ou la partie du discours d’un mouvement politique qui nie cette légitimité, et qui militent afin d’en annuler une partie des effets. L’historien René Rémond les appelle les légitimistes. C’est ainsi que la plupart des monarchistes post-révolutionnaires (Carlisme, Miguelisme), en tant que partisan d’un retour partiel ou complet à l’Ancien Régime, sont contre-révolutionnaires. Le parti légitimiste disparaît en 1902 à la suite du ralliement à la République de la majorité de ses députés à la demande du pape. Ils rejoignent alors le parti conservateur. Le mouvement contre-révolutionnaire des légitimistes survit actuellement en France, notamment par l'Union des cercles légitimistes de France, le bimestriel le Lien légitimiste et l'Institut de la maison de Bourbon.

L'école « nationaliste » et « maurrassienne »[modifier | modifier le code]

Au XXe siècle, la contre-révolution prend une nouvelle forme avec le nationalisme contre-révolutionnaire actif notamment sous le Régime de Vichy, qui selon René Rémond est plus un régime contre-révolutionnaire (malgré le nom de sa politique, dite de Révolution nationale), qu’un régime fasciste : la devise Travail, Famille, Patrie remplace la devise républicaine Liberté, Égalité, Fraternité.

Maurras, par le biais de son mouvement l'Action française, construit une nouvelle forme de nationalisme, cette fois de tendance contre-révolutionnaire, en réaction face au catholicisme libéral de Marc Sangnier et au jacobinisme de la IIIe République. C'est ce qu'il appelle le « nationalisme intégral », qui n'est autre que la monarchie qu'il souhaite restaurer.

Article détaillé : Nationalisme français.

Le « catholicisme traditionnel »[modifier | modifier le code]

Les thèses contre-révolutionnaires et anti-libérales vont revivre par le biais de l'action politique et spirituelle du catholicisme traditionnel de Mgr Lefebvre et de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X (ou FSSPX). Les fidèles de la Tradition catholique militent en effet activement pour tenter de restaurer les principes politiques qui ont façonné la « chrétienté » (religion d'État, doctrine et règne du Christ Roi, Syllabus…) et s'opposent à ceux de la Révolution française (de 1789), du libéralisme, du modernisme et du progressisme dans l'Église.

Pour beaucoup de ces catholiques le sceau et l'emblème de la contre-révolution est la dévotion au Sacré-Cœur qu'ils arborent sur le drapeau national avec la devise « Espoir et salut de la France ».

Parmi les maisons d'édition les plus connues de ce courant on peut citer les Éditions de Chiré.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Personnages
Mouvements politiques
Guerres
Maison d'édition
Effets

Bibliographie[modifier | modifier le code]

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  • Thomas Molnar, La Contre-révolution (The Counter-Revolution). Traduit de l'anglais par Olivier Postal Vinay. Paris, Coll. « 10/18 », Union générale d'éditions, 1972.
  • Jacques Godechot, La contre-révolution (1789-1804), 2e ed. Paris : Presses universitaires de France, 1984. 426 p. (Quadrige). ISBN 2-13-038554-0
  • Jean Tulard, La Contre-Révolution: origines, histoire, postérité, Perrin 1990
  • Jean-Clément Martin, Contre-Révolution, Révolution et Nation en France, 1789-1799, éditions du Seuil, collection Points, 1998
  • Jean-Clément Martin, sous la direction, Dictionnaire de la Contre-Révolution, Paris, Perrin, 2011, 551 pages.
  • Dominique Ancelle, Galerie contre-révolutionnaire, Éditions Clovis, 2008
  • Jérôme Besnard, La Contre-Révolution , Le Monde, 2012. ISBN : 978-2-36156-076-8.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Journal politique ou gazette des gazettes, Bouillon,‎ 1790 (lire en ligne), p. 49
  2. Jacques de Saint Victor, La première contre-révolution (1789-1791) : la coterie des Aristocrates Noirs, PUF,‎ 2010