Bertrand Barère

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Bertrand Barère
Portrait de Barère, huile sur toile de Jean-Louis Laneuville, Kunsthalle de Brême, 1794.
Portrait de Barère, huile sur toile de Jean-Louis Laneuville, Kunsthalle de Brême, 1794.
Fonctions
Député des Hautes-Pyrénées
15 mai 181513 juillet 1815
Législature Chambre des députés
Groupe politique Libéral
Député des Hautes-Pyrénées
14 avril 179726 décembre 1799
Législature Conseil des Cinq-Cents
Groupe politique Montagne
Membre du Comité de salut public
6 avril 17931er septembre 1794
Groupe politique Plaine
Député des Hautes-Pyrénées
4 septembre 179226 octobre 1795
Législature Assemblée nationale législative
Convention nationale
Groupe politique Plaine
Député de la sénéchaussée de Bigorre
24 avril 178930 septembre 1791
Législature États généraux
Groupe politique Tiers état
Biographie
Date de naissance 10 septembre 1755
Lieu de naissance Tarbes
Date de décès 13 janvier 1841 (à 85 ans)
Lieu de décès Tarbes
Nationalité Français
Profession Avocat

Signature

Bertrand Barère, né le 10 septembre 1755 à Tarbes où il est mort le 13 janvier 1841, est un homme politique et juriste français.

Avocat méridional, élu à la Constituante, puis à la Convention où il est une des têtes politiques de la Plaine (la majorité des députés) avant de se rallier — comme elle et jusqu’au 9 thermidor — à Robespierre, Bertrand Barère est l'un des orateurs les plus importants de la Révolution : l’énoncé de ses motions et de ses rapports occupe plus de douze colonnes du Moniteur, contre huit pour Robespierre et deux pour Danton.

Rapporteur attitré du Comité de salut public (où il détient le record de longévité : dix-sept mois), ses discours lui valent un succès prodigieux à la Convention : il est l’aède des soldats de l’an II avec ses carmagnoles et donne un visage avenant, par sa verve, aux mesures terroristes du gouvernement révolutionnaire, de là son surnom d’Anacréon de la guillotine que lui donna son collègue à la Convention Charles-Jean-Marie Alquier [1].

Proscrit sous le Directoire, amnistié sous le Consulat et l’Empire, exilé sous la Restauration, rentré en France sous Louis-Philippe, il meurt à 85 ans, conseiller général à Tarbes. Pendant cette dernière période, il sera élu à trois reprises député par les électeurs des Hautes-Pyrénées : 1797, 1815, 1834, ces élections, sauf celle des Cent-Jours, étant à chaque fois annulées par les pouvoirs en place.

Période précédant la Révolution[modifier | modifier le code]

Bertrand Barère est né le 10 septembre 1755 à Tarbes, ancienne capitale de la Bigorre, aujourd’hui préfecture du département des Hautes-Pyrénées dans une famille bourgeoise de magistrats, d’avocats et de prêtres. Son père, Jean Barère, fils de procureur, procureur lui-même, a occupé les fonctions de premier consul et d’échevin de la ville de Tarbes et a été président du Tiers aux assemblées des États de Bigorre.

À quinze ans, le jeune Barère, après une scolarité brillante, obtient une dispense d’âge pour commencer ses études de droit à Toulouse. À vingt ans, il devient avocat au Parlement de Toulouse. Il ajoute alors à son nom celui de Vieuzac[2] que son père n’a jamais porté (il ne le portera lui-même que jusqu’à l’abolition des titres de noblesse en juin 1790). L’année suivante, il prend possession d'une charge de conseiller du roi à la Sénéchaussée de Bigorre que lui a achetée son père.

À trente ans, il épouse à Vic-en-Bigorre une riche héritière de 12 ans, issue de la petite noblesse de la province, Élisabeth de Monde, en présence du prince de Rohan-Rochefort, lieutenant général des armées de Sa Majesté.

De physique et d’esprit séduisant - « C’est le seul homme que j’aie vu arriver du fond de sa province avec un ton et des manières qui n’auraient jamais été déplacées dans le grand monde et à la cour » écrira de lui Mme de Genlis – Barère aime parler. Il affectionne en particulier les concours d’éloquence des Académies de sa province. Déjà primé pour un panégyrique de Louis XII, il est admis à l’Académie de Montauban, en 1787, pour un discours sur Lefranc de Pompignan. En 1788, l’Académie des Jeux floraux de Toulouse le compte parmi ses membres, impressionnée par son éloge de Jean-Jacques Rousseau, citoyen de Genève. Entretemps, il se fait agréer à l’Académie des Sciences de Toulouse.

Inscrit à la Loge l’Encyclopédique de Toulouse, il fait apprécier sa compétence en législation et surtout son talent dans la rédaction des rapports, et son art à dégager les choses essentielles et à les exprimer en formules exactes.

En 1788, il part à Paris pour suivre un procès familial, y passant une partie de l’hiver, fréquentant la Société des amis des Noirs et la Loge du Cercle Social où il rencontre Mirabeau, Condorcet, La Fayette, Brissot, Pétion et les Orléanistes. Ayant appris la mort de son père, il revint chez lui au début de 1789 au moment de la convocation des États Généraux. Brillant orateur, juriste érudit et grand travailleur, il est élu, le 23 avril 1789, député du Tiers par les États de Bigorre.

Député à la Constituante[modifier | modifier le code]

Le Serment du Jeu de paume par David.
Barère, assis à gauche du groupe central de trois députés, tient un cahier sur ses genoux et s’apprête à consigner le serment prononcé par Bailly. Parce qu’il se spécialisait, avec son journal, dans ce qu’on pourrait appeler la chronique parlementaire, le peintre en fait le logographe en titre de l’Assemblée.

Le 19 juin 1789, Barère crée un journal modéré, le Point du Jour, ou Résultat de ce qui s’est passé la veille à l’Assemblée Nationale, pour rendre compte des discussions et décrets de l’Assemblée et donner son avis sur les réformes à mettre en place (voir en note[3] un extrait du Point du Jour).

Après la nuit du 4 août, il abandonne, dans une lettre à ses électeurs, ses droits seigneuriaux à Vieuzac et quelques semaines plus tard, à la tribune de l’Assemblée, il fait don à la Nation de sa charge à la Sénéchaussée de Bigorre.

Il fréquente alors le salon de Mme Genlis, ancienne maîtresse du duc d’Orléans où se retrouvent Talleyrand, David et de jeunes députés comme Lameth et Barnave. Les enfants du prince assistent à ces réceptions. Le petit provincial, ébloui d’être admis dans une telle société, y courtise la belle Pamela, que, probablement, le duc a eu autrefois de sa liaison avec Mme de Genlis. Le duc qui affectionne Pamela veut lui faire une donation. Comme elle n’a pas atteint sa majorité, il faut la pourvoir d’un tuteur. Elle choisit Barère qui devient un familier. « Il se plaisait, dit-il du duc d’Orléans, à causer avec moi… Sous l’apparence de la légèreté et du trait d’esprit, il exprimait des pensées fortes et des opinions justes… S’il eût pu vaincre son indécision naturelle et sa timidité politique, il aurait prouvé qu’il pouvait régner[4]. »

À cette époque, Barère pense, comme beaucoup d’autres, que le modèle politique de l’Angleterre, la monarchie constitutionnelle et le bicamérisme, est celui qui convient à la France. Il le dit dans ses Mémoires : « Quant à moi qui pensais alors (comme je le pense encore depuis les diverses phases de la Révolution) que la République ne convient pas mieux aux Français que le Gouvernement anglais aux Ottomans, je me rangeai dans la majorité de l’Assemblée qui ne croyait devoir obtenir de la force des événements et des lumières du siècle autre chose qu’une Monarchie constitutionnelle. »

Il se fait admettre aux Jacobins, mais s’en détache lorsque Mirabeau, Sieyès, Talleyrand, La Fayette et Bailly fondent la Société de 1789 pour réaliser un compromis avec l’aristocratie et la cour. De peur de se compromettre, il revient cependant aux Jacobins le 15 décembre. Aux personnes qui dans la salle s’empressent d’aller le féliciter de son retour, il répond : « Hé ! Messieurs, est-ce que j’aurais attendu le 15 décembre pour devenir patriote ? Soyez sûrs que je l’ai toujours été et que je le serai toute ma vie[5]. »   À l’Assemblée, il se fait remarquer par des propositions de réforme des institutions judiciaires, des finances et de l’administration. Il entre au Comité des lettres de cachet que préside Mirabeau, puis au comité des domaines et de féodalité où il met à l’ordre du jour la question de la restitution des biens confisqués aux Protestants depuis la révocation de l'édit de Nantes. L’Assemblée, émue par son discours sur les Protestants, en vote l’impression.

Lors de la création des départements, il se bat pour que le Bigorre, de trop petite taille et menacé par les exigences du Béarn et de l'Armagnac, devienne le département des Hautes-Pyrénées, en prenant le complément de superficie aux alentours et pour que Tarbes en soit le chef-lieu. Il n’hésite pas à se mettre en vedette : le 21 décembre 1790, il présente la requête de la veuve de Jean-Jacques Rousseau (faisant doubler la rente accordée par l’Assemblée) et le 2 avril 1791, il monte à la tribune pour faire un éloge de Mirabeau mort dans la matinée.

Dans le débat sur les colonies des 11-15 mai 1791, après l'annonce de la mort de Vincent Ogé au Cap-Français, il intervient en faveur de l'égalité des hommes de couleur libres avec les Blancs ce qui lui vaut le 12 mai de figurer dans une liste, forgée par des colons, de députés ayant voulu la fin des colonies et voté pour l'Angleterre[6]. Le vote ayant échoué, il fait voter le lendemain une tentative de compromis : la promulgation d'un décret constitutionnalisant le statu quo pour les esclaves avec pour contrepartie la continuation des débats sur les droits des hommes de couleur libres[7]. Le 15 mai, il faudra une nouvelle concession proposée par Jean-François Rewbell, pour que les droits soient accordés à une partie des hommes de couleur libres[8].

Le 16 juillet 1791, un mois après la fuite de Louis XVI et la veille de la Fusillade du Champ-de-Mars, les pétitions réclamant le remplacement du monarque entraînent une rupture aux Jacobins. Les triumvirs – Barnave, Duport, Lameth – suivis par la quasi-totalité des députés affiliés, dont Barère, installent un nouveau club, à quelques pas, dans l’église du couvent des Feuillants. Partisans d’une monarchie constitutionnelle, ils veulent « terminer la Révolution » et isoler, à gauche, les démocrates de la masse des députés patriotes. Mais, vainqueurs en juillet, ils vont perdre peu à peu le contrôle des évènements.

Dès ce moment, Barère va se détacher des modérés. À l’Assemblée, il vote maintenant avec Robespierre. Aux Feuillants, qui justement l’ont élu président, il prêche la réconciliation avec les Jacobins, mais sans persuader. Il décide alors, avec Boissy d’Anglas, Vadier, Sieyès, Philippe d’Orléans, Talleyrand de revenir au club de Robespierre.

Le 30 septembre 1791, l’Assemblée Constituante tient sa dernière séance. Un décret, voté sur proposition de Robespierre interdit aux Constituants de siéger dans l’Assemblée prochaine. Barère quitte son siège avec regret. Il s’était fait connaître. Par son journal, sa participation aux principaux comités, son talent de rapporteur, il était même devenu une personnalité marquante de l’Assemblée.

L'intermède de la Législative[modifier | modifier le code]

Toujours populaire dans son département (il adresse régulièrement à ses électeurs des lettres chaleureuses d’information où il met en avant ses services) et comme il s’est spécialisé dans les questions d’ordre juridique, il est envoyé par ses compatriotes au Tribunal de Cassation qui siège au Palais de Justice. Au bout de trois mois, en janvier 1792, il demande un congé pour partir dans les Pyrénées régler la succession de ses parents. Après un arrêt à Vic-en-Bigorre chez ses beaux-parents où vit sa femme, il arrive à Tarbes où les Jacobins et la garde nationale forment un cortège pour l’accueillir. Il va, jusqu’au 2 août 1792 où il est rappelé à Paris, visiter son département et prêcher la cause de la Révolution.

Après la chute de la monarchie, le 10 août 1792, il est appelé par le nouveau ministre de la Justice Danton à participer à un comité judiciaire de quatre secrétaires chargés de documenter le ministre et de préparer ses discours.

Le 2 septembre, les électeurs des Hautes-Pyrénées le désignent comme député à la Convention, par 274 suffrages sur 278 votants.

Député à la Convention[modifier | modifier le code]

Élus par moins de 10 % des électeurs, les 749 Conventionnels sont tous issus du mouvement révolutionnaire. Deux coalitions rivales, les Montagnards et les Girondins entrent aussitôt en lutte pour le contrôle de la Convention (de composition fluctuante, sans lignes politiques claires, ne sont pas des partis au sens moderne du terme). La majorité des députés, « la Plaine » (qui ne sont pas des « modérés »), suivent les Montagnards ou les Girondins selon les circonstances. Barère siège avec la Plaine mais il va se rapprocher de la Montagne.

À la Convention où deux coalitions rivales, les Montagnards et les Girondins entrent aussitôt en lutte pour le contrôle de l’assemblée, la majorité des députés appartient à « la Plaine » — « le Marais » disent ses détracteurs — et suivent les uns ou les autres selon les circonstances, la Gironde quand il s’agit de défendre la propriété et la liberté contre les excès de la gauche, la Montagne à l’heure des périls quand il faut lutter contre la contre-révolution. Barrère, comme Sièyes ou Cambon, est une des têtes politiques de la Plaine mais il va, poussé par les évènements, se rapprocher de Robespierre.

La découverte des papiers trouvés dans l’armoire de fer des Tuileries après le 10 août le met en cause[9]avec d’autres députés. Cela s’ajoute à son passé d’ancien feuillant et d’habitué des salons orléanistes. Comme l’écrit Michelet, il se sent « prenable par des endroits dangereux ». « Monsieur de Vieuzac… écrira Camille Desmoulins un an plus tard dans le Vieux Cordelier, toi, mon cher Barère, toi l’heureux tuteur de Paméla, toi le président des Feuillants…toi dont je pourrais relever bien d’autres fautes, si je voulais fouiller dans le Vieux Sac… » Marat le compte parmi les faux républicains : « Barère est l’un des hommes les plus dangereux, un politique fin et rusé, habitué à nager entre deux eaux et à faire échouer toutes les mesures révolutionnaires par l’opium du modérantisme[10]. » Pour effacer ces impressions, il lui faut faire figure de patriote intransigeant et ne laisser aucun prétexte à ceux qui cherchent à le dénoncer.

Le 29 septembre 1792, il est élu au Comité chargé de rédiger la nouvelle Constitution avec Condorcet, Danton, Sieyès, Brissot, Gensonné, Vergniaud, Pétion et Thomas Paine.

Il préside la Convention (le président est nommé pour une quinzaine) quand commence le procès du roi. Le 4 janvier 1793, contre les Girondins qui réclament l’appel au peuple, c’est lui qui, dans une intervention décisive (et le plus remarquable de ses discours selon l’historien Georges Lefebvre), entraîne la Plaine à refuser de s’associer à la manœuvre. « C’est Barère, écrit Jaurès[11], qui fixa les tragiques incertitudes de la Convention. C’est lui, je crois, qui détruisit le mieux le sophisme de l’inviolabilité royale. »

Pendant le printemps tragique de 1793 (menaces d’invasion, soulèvements dans les campagnes, insurrection de la Vendée, difficultés économiques entraînant à Paris une vague d’agitation orchestrée par les « Enragés » qui réclament le « maximum » des prix et des changements sociaux), alors qu’il n’y a pas de direction homogène et efficace, Barère prononce, le 18 mars à la Convention, au nom de la Plaine, un discours de soutien aux mesures révolutionnaires réclamées par la Montagne, qui est un véritable manifeste. « Distribuant les blâmes à droite et à gauche, il dégage avec netteté les trois données fondamentales du moment. – On ne gouverne pas en temps d’exception selon les méthodes normales : il faut donc accepter les moyens révolutionnaires – La bourgeoisie ne peut s’isoler du peuple : il faut donc satisfaire ses demandes – Mais la bourgeoisie doit demeurer l’élément dirigeant dans cette alliance : la Convention doit donc prendre l’initiative des mesures révolutionnaires[12]. »

Le 6 avril, la Convention crée le Comité de Salut public, réclamé par Danton et Robespierre dès le 10 mars et y place des hommes qui ne sont pas trop impliqués dans le conflit entre Gironde et Montagne et qui souhaitent l’unité : sept députés de la Plaine et deux de la Montagne (Danton et son ami Delacroix). Barère est le mieux élu de tous avec 360 voix (Danton n’en obtient que 233).

Membre du Comité de Salut public[modifier | modifier le code]

Le Comité de salut public devient très vite le véritable pouvoir exécutif de la Convention. Dominé par Danton jusqu’au 10 juillet 1793, il est remanié à cette date. Robespierre devient membre le 27 juillet. Jeanbon Saint-André et Prieur de la Marne y entrent juste après. Le 14 août, Barère fait entrer Carnot et Prieur de la Côte-d’Or, officiers de carrière, pour s'occuper plus particulièrement des affaires militaires. Le 5 septembre, la pression des sans-culottes fait entrer Billaud-Varennes et Collot d’Herbois.

Composé de onze membres, il se réunit au deuxième étage du pavillon de Flore, devenu le pavillon de l’Égalité et ses délibérations demeurent secrètes. C’est Robespierre qui en est le membre essentiel, dans la mesure où il sert de liaison avec la Convention, le Club des Jacobins et la Commune. Carnot dirige la guerre, Lindet les approvisionnements. Barère prend en charge la diplomatie, l’instruction publique et les arts. Grand travailleur (il a, comme d’autres, un bureau particulier où il peut coucher), il s’occupe aussi du secrétariat et à ce titre est appelé à faire des comptes rendus à la Convention plusieurs fois par semaine. Passé maître dans ce genre d’exercices grâce à sa rapidité d’assimilation, sa verve, son aisance à solliciter les faits et à en tirer tout le parti possible, il devient le rapporteur attitré du Comité. « Lorsque après de longues heures de débats, qui nous tenaient souvent une partie de la nuit, raconte Prieur, nos esprits fatigués ne pouvaient plus qu’avec peine se rappeler les circuits que les discussions avaient parcourus et perdaient de vue le point principal, Barère prenait la parole. À la suite d’un exposé rapide et lumineux, il posait nettement la question et nous n’avions plus qu’un mot à dire pour la résoudre. »

Robespierre l’apprécie d’abord : « Barère sait tout, connaît tout, est propre à tout. » C’est un des rares députés qu’il fait inviter parfois à dîner chez les Duplay. Son comportement « sans principes » et peu vertueux[13] finira par l’irriter mais il le défend le 4 septembre au club des Jacobins, où certains ne voient en lui qu’un modérantiste, démagogue par opportunisme : « J’ai toujours vu dans Barère un homme faible, mais jamais un ennemi du bien public… Je le vis toujours au Comité s’occupant avec ardeur des intérêts de la patrie, cherchant, saisissant tous les moyens qui pouvaient conduire au grand but de la rendre heureuse… Il a été chargé perpétuellement d’être auprès de la Convention l’organe du Comité de salut public chaque fois qu’il a été utile de lui faire connaître notre travail. Il a rempli cette mission avec un zèle, une franchise vraiment dignes d’un républicain et avec une énergie qui s’accroit tous les jours. »

Le rapporteur du Comité[modifier | modifier le code]

Barère prononçant une carmagnole à la Convention. Gravure de Vivant Denon d’après Isabey.
Barère est le rapporteur en titre du Comité de Salut public à la Convention. Fin 1793, avec les premières victoires révolutionnaires, il laisse sa verve méridionale s’épandre en débordements lyriques. Les députés de la Convention raffolent de ces hymnes exubérants, au ton claironnant mêlé de gouaillerie. Ils leur donnent le nom de carmagnoles pour marquer leur analogie avec la chanson familière des patriotes.

Car la tâche principale de Barère, ce sont ses rapports. Il en fait plusieurs par semaine à la Convention, parfois deux, trois dans la même journée. Comme tel, il doit s’initier à tout[14]. Son talent pour résumer les choses, dégager les points importants, mettre de la clarté facilite à tous l’examen et la décision. Il interprète fidèlement la pensée des autres, alors même qu’elle diffère de ses propres conceptions. Il sait agrémenter ses discours, s’exprimer d’un ton jovial, amuser même par des plaisanteries souvent grivoises. « Souvent, raconte Prieur de la Côte d'Or, tandis que nous mangions à la hâte un morceau de pain sur la table du Comité, Barère par quelque bonne plaisanterie ramenait le sourire sur nos lèvres. »

La Convention a besoin de réconfort dans les moments dramatiques de 1793. Barère sait, en reconnaissant à peu près les faits, même s’il les exagère ou les déforme pour les besoins de la cause révolutionnaire, les expliquer d’une manière favorable et donner des raisons d’espérer quand même. « C’est, dit Michelet, un incomparable menteur pour atténuer les défaites, créer des armées possibles, prophétiser des victoires. »

Encore deux mois de courage, avait promis Barère au mois d’août et l’on en aura fini avec les suppôts de la tyrannie. Le 1er octobre, il lui avait fallu confesser son erreur. « L’inexplicable Vendée existe toujours… » Et l’aveu de la couardise dont avaient fait preuve les armées révolutionnaires : « La terreur panique a tout frappé, tout dissipé comme une vapeur. » Heureusement il avait une bonne nouvelle : « La liberté est entrée dans Lyon ! Que maintenant la République se venge : « Cette ville rebelle doit être ensevelie sous ses ruines… Ce seul mot dira tout : Lyon fit la guerre à la Liberté, Lyon n’est plus[15]. »

Ecoutons-le dans son fameux discours du 23 août 1793 sur la levée en masse :

« Dès ce moment, jusqu’à celui où les ennemis auront été chassés du territoire de la République, tous les Français sont en réquisition permanente pour le service des armées. Les jeunes gens iront au combat ; les hommes mariés forgeront les armes et transporteront les subsistances ; les femmes feront des tentes, des habits et serviront dans les hôpitaux ; les enfants mettront le vieux linge en charpie, les vieillards se feront porter sur les places publiques pour exciter le courage des guerriers, prêcher la haine des rois et l’unité de la République. »

ou dans un discours plus ordinaire de l’été 1793 :

« Il est des hommes indignes d’être républicains qui disent que tout est perdu, parce que l’ennemi s’est emparé d’un bout de votre territoire. Quoi ! Vous désespérez de la chose publique, lorsque vous avez des armées nombreuses qui feront retentir de leur audace les despotes qui vous attaquent ! L’année dernière, les ennemis avaient pénétré jusqu’à Soissons ; alors vous aviez un roi en prison et non jugé, et pas de Constitution. Aujourd’hui vous avez un gouvernement et vous êtes entendus par huit mille commissaires des assemblées primaires qui vont aller dans les départements ranimer le courage des patriotes. N’en doutez pas, citoyens, vos ennemis seront anéantis ! »

C’est Barère qui fait placer la Terreur à l’ordre du jour : « Les royalistes veulent du sang. Eh bien ! ils auront celui des conspirateurs, de Brissot et de Marie-Antoinette… » C’est lui qui après l’exécution de la reine, a ce commentaire : « La guillotine a coupé un puissant nœud de la diplomatie des cours d’Europe. » C’est lui qui fait décréter que les prisonniers de guerre anglais seront exécutés : « Il paraît qu’on épargne les prisonniers, c’est inconcevable. Il n’y a que les morts qui ne reviennent pas… La générosité consiste à ménager le sang des républicains ! » Le général Moreau ayant fait insérer le décret dans l’ordre du jour de l’armée, ose ajouter cette phrase : « J’ai trop bonne opinion de l’armée française pour croire qu’il soit exécuté. » Le décret ne sera en effet pas appliqué, sauf exception.

Le 31 juillet 1793, à la Convention, Barère propose, pour fêter la prise des Tuileries du 10 août 1792, de s'attaquer aux « cendres impures » des tyrans sous prétexte de récupérer le plomb des cercueils. La profanation des tombeaux et des corps royaux de la Basilique Saint-Denis a lieu d'août 1793 à janvier 1794[réf. nécessaire].

« La Terreur, écrit Jean-Clément Martin[16]repose sur l’exaltation d’individus qui ont conscience de vivre un épisode essentiel de l’histoire et qui adoptent un langage et des aspirations véritablement révolutionnaires, mais irréalistes… Un langage radical, véritable code, est requis sous peine d’être suspect. »

Avec les premières victoires militaires, Barère dépouille chaque jour la correspondance des généraux et des représentants en mission. Sa maîtrise consiste à savoir relever dans ces notes le détail susceptible d’être arrangé, paré pour lancer une de ces fameuses carmagnoles à la tribune de la Convention. Souvent il arrive avec des drapeaux. « Il faut que, tout débat cessant, il ait la parole : « Barère à la tribune ! Barère à la tribune ! » Toujours à l’aise, son fin visage éclairé par un secret orgueil, le Gascon se dirige à travers la presse. Il gravit les degrés, puis se dresse au milieu d’un redoublement de transports. Alors, ayant d’un geste commandé le calme, il commence : « Citoyens, encore un jour brillant pour la Maison d’Autriche ! » C’est la prise d’Ypres, celle de Bruxelles ou de Namur. Il en relève l’exposé par des traits émouvants et des mots caustiques. Tour à tour explosent les rires et les bravos. Quand il a terminé, qu’il gagne sa place, l’auditoire s’abandonne au désordre d’une joie excessive ; on hurle, on danse, on fait voler les chapeaux en l’air, beaucoup pleurent de félicité..."[15]

Ses discours (citons la mort de Bara, le petit tambour, les victoires du général Marceau, la perte du vaisseau Le Vengeur du peuple, etc..) lui valent un succès prodigieux à l’Assemblée. Il en est de même aux Jacobins. Suspecté naguère, il y jouit d’une grande faveur au printemps 1794 en y répétant ses discours de la Convention. Le 1er juin, Couthon arrivant de l’Assemblée, parle en ces termes : « Si Barère n’était pas parmi vous, je me ferais un plaisir de vous faire part des nouvelles. Mais Barère est dans votre sein ; je pense que vous serez content de l’entendre. »

« Ne fais donc pas tant mousser les victoires, raille Saint-Just ; n’as-tu jamais craint les armées ? » Dans son discours du 8 thermidor, la veille de sa chute, Robespierre égratigne ses déploiements d’éloquence: « On nous parle beaucoup de nos victoires avec une légèreté académique qui ferait croire qu’il n’en coûte à nos héros ni sang, ni travaux. Racontées avec moins de pompe, elles paraîtraient plus grandes. Ce n’est pas avec des phrases de rhéteur ni même par des exploits guerriers que nous subjuguerons l’Europe, mais par la sagesse de nos mœurs, par la grandeur de nos caractères… Surveillez la victoire ! »

Le 9 thermidor[modifier | modifier le code]

Du 22 prairial au 9 thermidor, c’est la Grande Terreur. Le 22 prairial, pour « déblayer » les prisons (le mot est de Barère), Couthon fait supprimer interrogatoire, défense et témoins. « Tout ce qui se passe est horrible, dit Saint-Just, mais nécessaire. » 1285 condamnations à mort sont prononcées du 10 juin au 27 juillet. Barère dira vingt ans plus tard : « Nous n’avions qu’un sentiment, celui de notre conservation. On faisait guillotiner son voisin pour que le voisin ne vous fît pas guillotiner vous-même. »

La préparation du complot du 9 thermidor (27 juillet 1794) est bien connue. Le Comité de Salut public s’est divisé. Robespierre n’y paraît plus depuis plus d’un mois. Collot d’Herbois, Billaud-Varenne, Carnot se sentent menacés et prennent contact avec d’autres groupes : les anciens représentants en mission rappelés par Robespierre pour avoir « abusé des principes révolutionnaires », le Comité de sûreté générale mené par Vadier, un ami de Barère, et Amar, qui n’accepte pas de voir rogner ses prérogatives en matière de police, les députés de la Plaine qui subissent, tout en le déplorant, le régime de la Terreur. Or le renversement de la situation militaire avec la victoire de Fleurus le 26 juin a changé la donne. « Les victoires s’acharnaient sur Robespierre comme des furies » écrira plus tard Barère.

Barère a-t-il participé à ce complot ? Le 5 thermidor, il est à l'origine de la réunion de réconciliation des deux comités, réconciliation acceptée, semble-t-il, par Couthon et Saint-Just mais rejetée par Robespierre[17]. Le 8 thermidor (voir Chute de Robespierre), il adopte une attitude attentiste, tentant de jouer les conciliateurs. Il attend l’arrestation de Robespierre, le 9 au soir, pour présenter le décret mettant ses partisans hors la loi, mesure qui va largement contribuer à paralyser l'insurrection. Ce n’est donc que tardivement, en homme prudent, qu’il choisit son camp.

« Ce fut lui la tête pensante du 9 thermidor » écrit cependant l’historien Denis Richet[18]. Barère, c’était la Plaine, ralliée au gouvernement révolutionnaire tant que celui-ci lui avait semblé indispensable pour sauver la Révolution, mais désireuse d’effacer terreur et dictature dès lors que la Révolution lui semblait sauvée. »

La fin de la Convention et le Directoire[modifier | modifier le code]

Déportation de Barère, gravure d’époque.
La déportation des anciens membres du Comité de salut public, Barère, Billaud-Varenne et Collot d’Herbois, le lendemain de la journée insurrectionnelle du 12 germinal (1er avril 1795) provoque des troubles violents dans Paris.

Les membres des anciens comités pensaient garder le pouvoir, mais la vague de rejet de la Terreur et du gouvernement révolutionnaire va les emporter. La Convention reprend d’abord le pouvoir exécutif en décidant de renouveler le Comité de salut public par quart tous les mois. Le 1er septembre 1794, au renouvellement du Comité, le nom de Barère est tiré. Billaud-Varennes et Collot d’Herbois donnent leur démission le même jour. Puis se pose le problème des responsabilités de la Terreur. La presse dénonce ceux qui l’ont organisée, « les chevaliers de la guillotine ». Sous la pression de l’opinion, la Convention doit ouvrir le procès de Carrier, condamné à mort le 23 novembre, puis de Fouquier-Tinville guillotiné le 7 mai 1795. Ils se défendent en arguant qu’ils n’ont fait qu’exécuter les décrets de la Convention.

Le 2 germinal an III-22 mars 1795, la Convention met en accusation Barère, Billaud-Varenne, Collot et Vadier qui s’est enfui. Barère se défend : « Je n’ai jamais provoqué d’actes d’accusation ni dénoncé aucun de mes collègues. Je n’ai point été en mission : nul pays, nul individu ne peuvent m’accuser de leur avoir nui. » Il compose aussi une brochure, Les Alors[19], qui a pour objet de montrer que la Convention tout entière est responsable et qu’il ne faut pas renier l’œuvre collective. Lindet, Prieur, Cambon s’affirment solidaires. Carnot déclare à l’Assemblée qu’en les condamnant, elle se condamnerait elle-même. Le procès traîne en longueur à l’avantage des accusés quand survient la journée du 12 germinal an III (1er avril 1795), spontanée ou non, on ne sait. La Convention est envahie pendant quatre heures par des manifestants réclamant du pain et la constitution de 1793. Ils sont dispersés par des bataillons des sections fidèles, mais c’est l’occasion pour la droite de l’Assemblée de décréter la déportation sans jugement en Guyane des accusés. Ils quittent Paris pour l’île d’Oléron au milieu de violents affrontements.

Collot et Billaud-Varenne sont embarqués aussitôt pour Cayenne, mais pas Barère, son bâtiment n’étant pas prêt. Ce qui permet à son collègue Boursault, lorsque la Convention apprend la nouvelle, de faire ce mot à succès, : « C’est la première fois que Barère néglige de suivre le vent. » A la Convention, les amis de Barère font alors rapporter le décret de déportation. Il attend quatre mois à Saintes une seconde comparution devant un tribunal, mais la Convention renonce à le faire juger et confirme à nouveau la déportation. Il s’évade alors et se cache à Bordeaux.

Le 26 octobre 1795, la Convention, qui laisse la place au Directoire, vote une amnistie politique dont il est exclu. Il écrit à Carnot, le nouveau Directeur, son ancien collègue du Comité, qui ne répond pas. Il se cache toujours, ce qui ne l’empêche pas de publier le 19 février 1798, au moment des préparatifs de débarquement en Angleterre un ouvrage, La liberté des Mers ou le Gouvernement anglais dévoilé, où il suggère l’idée d’un blocus continental. Sans résultat pour lui, sinon de devoir vendre une ferme qu’il possédait aux environs de Tarbes pour payer l’éditeur.

Début 1798, toujours caché, il est néanmoins élu au nouveau Conseil des Cinq-Cents par les électeurs des Hautes-Pyrénées (105 Jacobins sont élus dans toute la France). Mais le Directoire fait invalider son élection par la loi du 22 floréal an VI (11 mai 1798). En avril 1799, arrive à Bordeaux un ordre du Directoire prescrivant de l’arrêter. Il s’enfuit alors à Paris où il se cache à Saint-Ouen.

Du consulat à la mort[modifier | modifier le code]

Le 24 décembre 1799, Bonaparte décide une amnistie générale concernant d’importantes personnalités de « droite » et de « gauche » : Carnot, Barthélemy, Barère, Vadier en font partie.

Barère propose ses services au Premier Consul (Carnot va être ministre de la guerre d’avril à octobre 1800, Barthélemy va entrer au Sénat). Cambacérès lui propose une préfecture qu’il refuse. On lui demande alors de soutenir le nouveau régime dans des articles journalistiques et des écrits divers rédigés sur l’ordre du Premier Consul. Puis, en 1803, Bonaparte va lui confier la rédaction d’un rapport hebdomadaire sur l’opinion publique. Il va aussi fonder un journal, Le Mémorial antibritannique, subventionné par le gouvernement, qui paraît tous les deux jours.

Les choses se gâtent lors de l’avènement de Napoléon à l’Empire. Barère reste celui qui a présidé la Convention pendant le procès de Louis XVI et son nom symbolise la Révolution terroriste. Le baron de Méneval, qui fut secrétaire de Napoléon, écrit dans ses Mémoires (III, 154) : « L’Empereur cherchait de quelle manière il pourrait se servir de cet homme que son nom tristement fameux écartait de toutes les fonctions publiques. Il l’avait autorisé à lui adresser des actes périodiques sur des objets de politique intérieure et sur l’état de l’esprit public. Enfin l’idée lui vint de le charger de la rédaction d’un journal. Il fit les frais d’une feuille qui prit le titre significatif de Mémorial antibritannique. Cette feuille n’eut pas de succès. L’empereur fut mécontent de la rédaction… Il cesse de s’intéresser à un homme pour lequel il ne pouvait avoir d’estime. »

En 1807, Barère reçoit l’ordre de mettre un terme à son journal. Il se consacre alors à des travaux littéraires. En février 1814, il part pour son pays natal. Sa femme, qui a pris le nom de MMe de Vieuzac et vit toujours à Vic-en-Bigorre, refuse de le voir, ne lui ayant jamais pardonné la mort du roi.

Aux Cent-Jours, les électeurs des Hautes-Pyrénées le nomment député. La seconde Restauration l’oblige à partir en exil, en sa qualité de régicide. Il s’établit à Bruxelles où il se lie avec David.

La révolution de 1830 lui rouvre les portes de la France. Rentré en 1830, il est élu à la députation des Hautes-Pyrénées en 1834 mais l’élection est cassée. Il meurt en 1841 conseiller général à Tarbes.

Historiographie[modifier | modifier le code]

Les Mémoires de Barère publiées en 1842.

La figure de Bertrand Barère, dont les Mémoires ont été publiées en 1842 avec la collaboration d'Hippolyte Carnot, le fils de « l’organisateur de la victoire », reste controversée et assez énigmatique.

On a peu écrit sur lui. La seule biographie de référence en français est celle, déjà ancienne, de Robert Launay en 1929, Barère, l’Anacréon de la guillotine, rééditée en 1989 avec une préface de Jean Tulard. Elle lui est peu favorable.

Leo Gershoy, un historien anglo-saxon de la Révolution française, lui a consacré une biographie en 1962, Barère, a reluctant terrorist (le terroriste de mauvais gré).

Jean-Pierre Thomas, dans son ouvrage Bertrand Barère La Voix de la Révolution, chez Desjonquères, 1989, retrace la vie de l'homme politique et l'écrivain.

Olivier Blanc, dans ses ouvrages, Les hommes de Londres (1989), La corruption sous la Terreur (1992) et Les espions de la Révolution et de l'Empire (2003) fait de Barère de Vieuzac « un homme de Londres », travaillant pour le cabinet de Pitt et payé pour aggraver la crise révolutionnaire.

Pierre Serna, dans un article[20], Barère penseur et acteur d'un premier opportunisme républicain face au directoire exécutif, voit plutôt en Barère, un penseur et acteur d’une république « du juste milieu », dont la caractéristique est un appareil exécutif fort et structuré.

Dans la fiction[modifier | modifier le code]

Sources de l'article[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Publications[modifier | modifier le code]

Outre plusieurs écrits politiques et de nombreux Discours, Barère est l’auteur de plusieurs écrits littéraires, parmi lesquels des Éloges de Louis XII, de L'Hôpital, de Montesquieu, de Jean-Jacques Rousseau, les Beautés poétiques des Nuits d’Young et les Veillées du Tasse. Ses Mémoires ont été publiés par Lazare Hippolyte Carnot, auteur d’une notice historique, et David d'Angers en 1834.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. d'après Jean Tulard, dans introduction à la biographie de Robert Launey, Barère, l’Anacréon de la guillotine, Paris, Tallandier, 1989.
  2. propriété achetée par son père en 1769 ne comportant aucune demeure, mais une prairie, un moulin et un foulon, à laquelle étaient attachés des droits seigneuriaux. Le seigneur de Vieuzac avait pour vassaux tous les habitants du village qui devaient utiliser son moulin et son foulon, recevoir de lui son curé, etc...
    Barère ajoute « de Vieuzac » à son nom vers 1782. Il intitule ainsi son premier opuscule académique, publié cette année-là: Éloge de Louis XII,etc. discours présenté par M. Barère de Vieuzac, avocat au Parlement de Toulouse. Cet allongement de son nom est aussi mentionné sur son contrat de mariage le 14 mai 1785. Rappelons que Danton, quand il s'installe, jeune avocat, à Paris intitule son cabinet: Cabinet de M. d’Anton, avocat ès conseils (source : L’État actuel de Paris de 1788).
  3. « Vous êtes appelés, messieurs, après deux cents ans d’inertie et de pouvoir arbitraire, pour régénérer la nation et non pour river ses fers… » Le Point du Jour, 19 juin 1789. « La disette des grains afflige la capitale et les provinces ; les cris de la misère se font entendre d’un bout du royaume à l’autre ; cependant l’on assure que la France recèle encore dans son sein, des subsistances en blés pour plus de six mois. Faut-il donc périr au milieu de l’abondance ? … Il est des moments dans lesquels, pour le salut public, il faut violer les lois générales : on nous assure de toutes parts, qu’un grand nombre de propriétaires, ne peuvent vendre leurs grains dans les lieux de leur résidence, la circulation étant interrompue… Pourquoi ne ferait-on pas également des recherches exactes et générales dans les couvents, dans les maisons ou communautés considérables, pour faire circuler dans les marchés, le superflu de leur consommation… Pourquoi l’assemblée nationale, en s’occupant du rétablissement de la circulation des grains, n’accorderait-elle pas des primes d’encouragement à ceux qui approvisionneraient les divers marchés du royaume ? Pourquoi ne pas renouveler le prononcé des peines contre les accapareurs et contre toute personne convaincue de receler des blés… Mettons-nous donc, Messieurs, dans une infatigable activité pour découvrir, déconcerter et punir les projets désastreux des ennemis du peuple. Nommons à l’instant des commissaires chargés d’examiner les causes de la disette, les moyens d’y pourvoir et le genre de secours que l’assemblée nationale peut et doit donner à la France indigente… » Le Point du Jour du 21 juin 1789. « On a fait lecture du travail concernant la formation des trente bureaux de l’assemblée. La méthode qu’on a observée ne peut que produire les meilleurs effets. Cette composition tend à confondre heureusement toutes les provinces pour ne former qu’une même opinion et un même esprit national. Elle servira à étouffer les cris discordants des privilèges et des constitutions particulières ; elle fera disparaître enfin, par cette division des députés de la même province, dans divers bureaux et par la réunion de tous les esprits aux grands principes, cette variété si funeste des usages locaux, des administrations isolées, qui feraient de ce vaste et beau royaume, un mélange bizarre de lois gothiques, de tyrannies féodales et d’antiques abus… Les vrais politiques y percevront aisément le germe des restaurations qui doivent substituer une grande nation à des provinces divisées et étrangères l’une à l’autre et remplacer la France féodale par la France libre et éclairée. » Le Point du Jour du 3 juillet 1789. Un état libre et régénéré doit se doter de lignes directrices et organiser son fonctionnement au mieux des intérêts communs. C’est pourquoi Barère déclare : « Sans doute le premier usage que l’assemblée fera de son temps et de ses lumières, sera employé à la déclaration des droits de la nation et à la constitution de l’état sur des bases inébranlables. C’est sous l’empire de l’opinion publique, c’est par son active influence, qu’un si grand ouvrage doit être entrepris et exécuté. On a dit souvent que la raison était souveraine du monde et que les usages en sont les tyrans ; il paraît que le règne de ces usages est fini. Ce n’est plus le temps où, sous le voile imposant de droits constitutionnels, un petit nombre de représentants avait trop de force pour empêcher et où le grand nombre n’en avait jamais assez pour agir… » Le Point du Jour du 29 juin 1789. Une étude détaillée des écrits de Barère permet, comme on le voit, de donner une image plus vraie du personnage et de sa pensée, de s'approcher donc de la vérité nécessaire en histoire aussi. (source histopresse)
  4. Barère, Mémoires, I, 295
  5. compte-rendu de la séance du 15 décembre dans l’Orateur du Peuple.
  6. Archives Parlementaires, première série tome 26, p. 25_26
  7. Pour son discours voir,Archives Parlementaires, première série, tome 26 p.46-47
  8. Jean-Daniel Piquet, L'émancipation des Noirs dans la révolution française, 1789-1795, Paris, Karthala, 2002.
  9. Il aurait répondu aux avances de la Cour qui, cherchant à s’attacher en secret des complicités nouvelles, distribuaient à cet effet des fonds importants de la Liste civile des Tuileries. Son nom figure dans les papiers trouvés dans l’armoire de fer, mais, écrit le ministre Bertrand de Molleville dans ses Mémoires, les éléments matériels ne furent pas suffisants pour l’inculper. Selon d’autres sources, il aurait perçu de l’argent du comte de Narbonne, toujours dans le même but de l’attacher au parti de la cour.
  10. Publiciste, 21 juin 1793
  11. Jaurès, Histoire socialiste de la Révolution française
  12. François Furet et Denis Richet, La Révolution française, Fayard, 1973, p.195
  13. Barère a de nombreuses maîtresses, dépense beaucoup. A Clichy, il lui arrive d'organiser de joyeuses parties dans sa villa, la Folie-Boutin avec ses amis Vadier et Vouland du Comité de sûreté générale. Plus grave, Robespierre apprendra par ses espions qu'il a une intrigue avec un jeune aristocrate de sa province, Mlle d'Avisard, enfreignant ainsi le décret banissant tous les nobles.
  14. Voir, par exemple, son rapport sur la nécessité d'étendre l'usage de la langue française, qui s'attaque aux dialectes les plus éloignés du français : breton, alsacien, basque et corse : « Le fédéralisme et la superstition parlent bas-breton ; l'émigration et la haine de la République parlent allemand ; la contre-révolution parle italien et le fanatisme parle basque » (rapport Barère du 8 pluviôse an II)
  15. a et b passage extrait de Robert Launey, Barère, l’Anacréon de la guillotine, Tallandier, 1989
  16. La Révolution française, Belin, 2004, p.201
  17. Albert Mathiez, La Révolution française, Armand Colin, collection 10/18, 1978, T.2, p.365.
    Nous savons aussi par un interrogatoire de Simon Duplay, le neveu du logeur de Robespierre, que Barère a diné avec celui-ci, chez lui, une dizaine de jours avant le 9 thermidor (Albert Mathiez, Les divisions dans les comités à la veille du 9 thermidor)
  18. Dictionnaire critique de la Révolution française, article Coups d’Etat
  19. Il y passe en revue les principales mesures du gouvernement révolutionnaire avec les approbations émises alors par tel ou tel : « Alors Danton s’écriait…alors, Dubois-Crancé dénonçait à la Convention… alors un député demandait…
  20. Annales Historiques de la Révolution française, avril 2003, numéro 332, p. 101-128.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Olivier Blanc:
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    • Les Espions de la Révolution et de l’Empire, Paris, Perrin, 1995.
  • Jean-Pierre Boudet, « Barère journaliste » dans Barère, un parcours, Tarbes, 2005.
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    • « Fraternité chez Barère en l’an II », Fontenoy St Cloud, colloque CNRS la langue de la Révolution française, 1991.
    • « Le Proscrit, le malheureux, l’infortuné, le pauvre : le libéralisme égalitaire de Bertrand Barère », Mulhouse, IIIe symposium humaniste de Mulhouse, 1991.
    • Trente ans après: Bertrand Barère sous la Restauration ou la rhétorique du Ténare, Université Paris 1 Panthéon Sorbonne, mémoire de thèse, 1992.
    • « Barère vil gascon, un élément écran de l’historiographie », Lengas, 1993, no 34, p. 69-109.
    • « Barère et le salon imaginaire ou le XXe siècle », Paris, Annales historiques de la Révolution française, avril 1993, no 292, p. 213-236.
  • Maïté Bouyssy, « Loin des idéologues. Apports et références de l’humanisme européen chez Bertrand Barère sous le Directoire », dans Républiques en miroir. Le Directoire devant la Révolution atlantique. Modélisations, confrontations, interréciprocité des républiques naissantes, actes du colloque international organisé les 25 et 26 janvier 2008, à paraître.
  • Françoise Brunel, « Les institutions républicaines: projet démocratique, horizon d'attente et/ou utopie (an II, an V) », dans Vovelle Michel (présentation de), La Révolution française, idéaux singularités, influences, Grenoble, Presse Universitaires de Grenoble, 2002, p. 319-328.
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  • Jean-Pierre Thomas, Bertrand Barère, la voix de la Révolution, Desjonquères, 1989.
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  • Michel Vovelle, La Révolution française, image et récit, Paris, Messidor, 1986, tome 3, chapitre 16, p. 300-335 (On peut aussi apprécier le jugement de l'historien Michel Vovelle : « Recrue relativement tardive du parti montagnard, Barère a joué un rôle important dans le gouvernement révolutionnaire... Sa personnalité a été diversement appréciée : on ne peut lui dénier une constance qui en fait au-delà de Thermidor un Montagnard fidèle. » (La Révolution française, images et récit, Paris, Messidor, 1989, tome IV p. 31.)
  • Sophie Wahnich, Marc Belissa, « Les Crimes des Anglais, trahir le droit », Annales historiques de la Révolution française', 1995, no 300, p. 233-248.
  • Koichi Yamazaki:
    • « Un discours de Barère prononcé avant la Révolution », Paris, Annales historiques de la Révolution française, novembre 1985, no 262, p. 500-509.
    • « Les éloges de Montesquieu par Barère », dans Study Series, Hitotsubashi university, Center for historical science literature, mars 1989, no 18, 49 pages.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]