Traité Eden-Rayneval

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Anticipation, ou la mort prochaine du Traité de commerce français. Caricature de James Gillray anticipant le conflit au Parlement britannique sur le traité d'Eden

Le traité Eden-Rayneval est un accord commercial signé entre la France et la Grande-Bretagne le 26 septembre 1786. Les signataires sont William Eden, 1er baron Auckland et Mathias Joseph Gérard de Rayneval premier commis de Charles Gravier de Vergennes le ministre des affaires étrangères de la France.

La signature, le 3 septembre 1783, du traité de paix de Versailles avait conclu entre les deux nations la liberté des mers et la liberté du commerce confisqués par les conflits antérieurs. l'une de ses dispositions prévoyait "l'établissement de nouveaux arrangements de commerce entre les deux nations sur le fondement de la réciprocité et de la convenance mutuelle". Ces arrangements devaient être terminés et conclus dans un délai de deux ans à partir du 1er janvier 1784.

Deux années n'y suffiront pas, entrecoupées de tentatives anglaises visant à organiser un commerce de contrebande sur les côtes françaises, encouragé en sous-main par des fermiers généraux que cette pratique favorise ; et de la riposte française, par un arrêté du Conseil d'État qui ordonne la saisie et la confiscation de toutes les étoffes anglaises entrées en France, puis en octobre, une disposition du même type qui vise les fers, aciers polis, armes et quincaillerie de même origine.

C'est au tour de l'Angleterre de composer et de s'attacher à réussir un traité qu'elle ne peut éluder. Elle s'y attèle avec détermination sous la conduite du ministre Eden qui, en avril 1786, s'installe à Paris avec des dossiers nourris d'informations précises qui lui ont été fournies par une enquête préalable auprès des manufacturiers, et des consignes précises du premier ministre britannique, William Pitt le Jeune, fortement marqué par les idées d'Adam Smith.

Conçu pour mettre un terme définitif aux conflits entre l’Angleterre et la France, après la Guerre d’indépendance américaine, il vise à mettre fin à la guerre économique entre ces deux pays, et instaure un système de réduction progressive des droits de douane. En Grande-Bretagne, il est inspiré par la sécession des États-Unis, et par la publication de la Richesse des nations.

Le traité prend effet au 10 mars 1787. Il comprend 47 articles. Les principaux d'entre eux stipulent que pour leur entrée en Angleterre d'une part les droit sur les vins, eaux de vie et huiles seraient diminués; d'autre part les objets de luxe, les glaces, l'article de Paris ne paieraient plus qu'un droit de 12 %.

Par compensation, les droits d'entrée en France sur les étoffes de laine et de coton, sur la faïence et la poterie seraient réduits également à 12 % ; même traitement pour les fers et la quincaillerie. En revanche, les étoffes de soie ou mêlées de soie resteraient prohibées en Angleterre, tandis qu'aucun des grands articles de fabrication anglaise ne seraient interdits en France.

Ce traité est très favorable à l'Angleterre, et l'abaissement de la protection de certaines industries françaises l'avantage rapidement. Il bouleverse le fragile mais relatif équilibre économique en France. Il se traduit rapidement par l’invasion du marché français de produits anglais moins chers et souvent de meilleure qualité, l’abaissement général des prix. Dès l'année 1787, et plus encore en 1788 et 1789, cette invasion provoque la mise au chômage de milliers d’ouvriers, l'appauvrissement et la faillite de milliers d’artisans plongés dans l’état de prolétaires.

Car à cette époque, et pour une soixantaine d'années encore, l’Angleterre bénéficie d’une avance technologique certaine. Un foisonnement d’idées et d’initiatives donnent corps à ce qu’il est convenu depuis d’appeler Révolution industrielle.

Autour de l’activité textile qui en est le moteur, un ensemble de conceptions nouvelles y révolutionnent en effet la manière de fabriquer : matériels plus performants, division du travail, mécanisation, développement de grosses unités de production, économie de main d’œuvre et discipline draconienne, augmentation des rythmes de travail, recherche du plus bas prix, concurrence ouverte, production de masse, toutes les données de l’industrie moderne se mettent peu à peu en place inspirées par une réflexion économique et politique de conquête des marchés, de liberté des échanges, que les théories Adam Smith (laissez-faire, laissez passer) visent à justifier. « En Angleterre, un courant d’eau fait, par son impulsion, agir en même temps des machines à décarder, à dégrossir et à réduire par degré le coton à la ténuité nécessaire pour l’adaptation à la filature, dont l’opération se fait par d’autres machines, que le même courant d’eau fait mouvoir ».

Cette invasion de toiles anglaises conduit la France à encourager la modernisation rapide de cette industrie; des sociétés d'encouragement sont créées par les Chambres de commerce pour aider les entrepreneurs à s'équiper de machines textiles anglaises (la Jenny et la Water Frame), et les inventeurs à créer leurs propres machines. Cela accroit encore les difficultés des artisans.

De ce fait le traité fait partie des griefs cités au départ de la Révolution française. Il provoque, dès la fin de 1788, une vague française de bris de machines textiles qui se produit en même temps que l'éclatement de la Révolution, et accompagne les troubles frumentaires; violence contre les machines qui contribue et accompagne l’effervescence révolutionnaire, dont les plus notables ont lieu à St Étienne, à Rouen, à Troyes, à Paris lors de l'émeute à la fabrique de papiers peints Réveillon, dans le Faubourg Saint-Antoine, les 27 avril-28 avril 1789.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  • (en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Eden Agreement » (voir la liste des auteurs)
  • Jean Delecluze, Polémique industrielle à Rouen à la veille de la Révolution Française de 1789, Cahiers des Études Normandes, Publication de l'Université de Rouen, no 152.
  • J.P. Allinne, À propos des bris de machines textiles à Rouen, pendant l'été 1789, Annales de Normandie no 1, mars 1981


Liens externes[modifier | modifier le code]

  • (en) texte du traité sur le site libertyfund.org
  • Jeff Horn, Machine-breaking in England and France during the Age of Revolution, Labour/Le Travail, Spring 2005, [1] (23 Aug. 2009).