Expédition de La Pérouse

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Louis XVI donnant ses instructions à La Pérouse.

L’expédition de La Pérouse est une expédition « de découverte » commandée à partir de 1785 par Jean-François de La Pérouse, et sous l'impulsion du roi de France Louis XVI, dans le but d'effectuer une exploration de l'océan Pacifique dans la lignée de James Cook voire d'effectuer une circumnavigation du globe. Les navires de l'expédition, La Boussole et L'Astrolabe, s'échouèrent à Vanikoro ce qui mit un terme à l'expédition en 1788. Des survivants s'installèrent temporairement sur place avant de disparaître.

Le sort de l'expédition, resté mystérieux plusieurs années, donna lieu à plusieurs expéditions de recherche. Entre 1791 et 1794, une expédition à la recherche de Monsieur de Lapérouse est confiée au contre-amiral Antoine Bruny d'Entrecasteaux. En 1825, Dumont d'Urville, alors capitaine de frégate, en est vivement frappé par le sort de cette expédition. Il prend la tête d'une nouvelle entreprise de circumnavigation qui part de Toulon le 25 avril. Il faut attendre 1826-1827 pour que le capitaine marchand Peter Dillon découvre les restes du naufrage à Vanikoro, Îles Santa Cruz (Îles Salomon), au nord du Vanuatu. Plusieurs plongées sur le site permettent de localiser les épaves dans les années 1960, ainsi que plusieurs missions d'archéologie sous-marine, conduite par l'association Salomon, entre 1981 et 2009.

Genèse[modifier | modifier le code]

En 1783, après le traité de Paris, Jean-François de La Pérouse est choisi par le marquis de Castries, ministre de la Marine, et par Louis XVI[Note 1] pour diriger une expédition autour du monde[Note 2] visant à compléter les découvertes de James Cook dans l'océan Pacifique[Note 3].

Le roi Louis XVI lança une des plus grandes expéditions de découverte de son époque. Il souhaitait rectifier et achever la cartographie de la planète, établir de nouveaux comptoirs commerciaux, ouvrir de nouvelles routes maritimes autour du monde, enrichir les connaissances et les collections scientifiques.

Tous les savants furent invités à faire connaître l'espèce de recherches les plus propres à hâter les progrès des connaissances humaines ; et plusieurs d'entre eux s'embarquèrent sur les bâtiments de la Pérouse, avec la mission expresse de s'occuper de celles qui avaient été désignées (voir : Robert de Lamanon et Jean-André Mongez).

Ainsi, pendant près de trois années, La Boussole , vaisseau commandé par La Pérouse à qui le commandement de l'expédition fut confié, et l'Astrolabe vaisseau commandé par Paul Fleuriot de Langle, parcoururent tous les océans du globe (Brésil, Chili, Île de Pâques, Îles Sandwich, Alaska, Californie, Macao, Philippines, Japon, Kamchatka, Australie…).

L'expédition, composée de 220 hommes, quitte Brest le 1er août 1785 sur deux navires, la Boussole et l'Astrolabe, des gabares, navires marchands de 500 tonneaux reclassifiés comme frégates pour la circonstance.

Composition[modifier | modifier le code]

De nombreux scientifiques participent à l'expédition : un astronome, un médecin, trois naturalistes, un mathématicien, trois dessinateurs, des physiciens, un interprète, un horloger, un météorologue, ainsi que des prêtres possédant une formation scientifique. Les objectifs sont nombreux : géographiques, scientifiques, ethnologiques, économiques (prospection des possibilités de chasse à la baleine ou de collecte de fourrures), mais aussi politiques avec l'établissement éventuel de bases françaises ou de coopération coloniale avec les alliés espagnols aux Philippines. Le programme d'exploration doit le conduire dans le Pacifique Nord et le Pacifique Sud, y compris sur les côtes d'Extrême-Orient et d'Australie. Les résultats de l'expédition furent connus par courrier dans les escales ayant des liaisons avec les pays européens.

Préparatifs[modifier | modifier le code]

Plaque commémorative à Brest
La Boussole en haute mer, vue par un artiste du XXème siècle.

Dès mars 1785, La Pérouse a proposé que Paul Monneron, qui a été choisi comme ingénieur en chef de l'expédition, aille à Londres afin d'obtenir les dernières conclusions sur les remèdes antiscorbutiques préconisés par Cook. Sa mission consiste aussi à prendre des renseignements sur les articles d'échange utilisés par Cook. Accessoirement, il peut aussi acheter des instruments scientifiques de fabrication anglaise[Note 4]

Aspect plus connu de cette mission, Joseph Banks[Note 5] intervient auprès de la Royal Society pour obtenir qu'elle prête deux boussoles d'inclinaison ayant appartenu à Cook. Monneron achète également les instruments scientifiques figurant sur la liste dressée par Fleurieu, en ayant recours aux plus grandes firmes anglaises, en particulier Ramsden. Il dépasse même les directives de Fleurieu en faisant par exemple l'acquisition de deux sextants d'un type nouveau.

Le voyage de Monneron constitue sans doute le meilleur exemple de ce que représente le précédent de Cook, une référence fidèlement copiée, mais que l'on espère dépasser par la minutie des préparatifs.

De leur côté, les astronomes et les géographes de l'expédition de La Pérouse calquent leurs méthodes de travail sur celles de Cook, fondées sur l'association des deux façons de calculer la longitude — distance de la lune au soleil et chronomètre de précision — suivie de triangulations au théodolite, ou de relèvements pris du navire, analogues à ceux que le navigateur anglais a effectués pour ses cartes des îles du Pacifique. Pour les relèvements, la méthode préconisée par Fleuriot de Langle est exactement à l'imitation de celle de Cook. En matière de géographie, La Pérouse démontre de manière décisive la rigueur et la sûreté des méthodes éprouvées par Cook. À partir de son voyage, la résolution du problème des longitudes devient une évidence et la cartographie atteint une précision scientifique. Gêné comme l'avait été Cook par les brumes continuelles enveloppant la côte nord-ouest de l'Amérique, il ne réussit toutefois pas davantage à en dresser la carte complète, mais il contribue à en diminuer les lacunes.

En route vers l'Alaska[modifier | modifier le code]

Ténériffe[modifier | modifier le code]

L'île de la Trinité[modifier | modifier le code]

Le 18 octobre, à l'île de la Trinité[Note 7],[Note 8].

Sainte-Catherine[modifier | modifier le code]

Le 9 novembre, l'expédition est à l'île Sainte-Catherine[Note 9].

Le Cap Horn[modifier | modifier le code]

La rencontre avec la population de l'île de Pâques et de ses « monuments ».

L'expédition contourne le cap Horn en janvier 1786.

Chili[modifier | modifier le code]

Du 24 février à mi-mars, l'expédition fait une enquête sur la colonie espagnole du Chili à La Conception.

Île de Pâques[modifier | modifier le code]

Les frégates l'Astrolabe et la Boussole au mouillage devant l'île de Maui.

Elle passe par l'île de Pâques le 10 avril. Pour La Pérouse la découverte du monde est aussi celle des hommes

Hawaï[modifier | modifier le code]

Le 28 et 29 mai, l'expédition est à Mowee (aujourd'hui Maui) dans l'archipel des îles Sandwich (aujourd'hui Hawaii)[Note 10]

L'Alaska[modifier | modifier le code]

Le naufrage de deux chaloupes au pied du mont Saint Elias en Alaska en 1786 coûte la vie à 21 personnes.

L'expédition atteint l'Alaska, où La Pérouse débarque près du mont Saint-Élie à la fin de juin 1786 et explore les environs. Une barge et deux chaloupes transportant 21 hommes sont perdus dans les courants violents de la baie nommée « Port des Français » par La Pérouse (aujourd'hui baie Lituya). Joseph de Raxi de Flassan commandait le canot de l'Astrolabe[Note 11].

Californie[modifier | modifier le code]

Ensuite, il fait escale à Monterey à la mi-septembre 1786[Note 12] en Californie, où il décrit les missions franciscaines et rédige des notes critiques sur le traitement des Amérindiens[Note 13].

Îles Mariannes[modifier | modifier le code]

Le 14 décembre 1786, l'expédition est aux Iles Mariannes.

Japon et Russie[modifier | modifier le code]

Macao[modifier | modifier le code]

Le port de Macao en 1787, au moment du passage de l'expédition de La Pérouse.

Il traverse ensuite à nouveau le Pacifique, relâchant à la colonie portugaise de Macao du 3 janvier au 5 février, où il vend les fourrures achetées en Alaska, partageant le profit avec son équipage. Le naturaliste et chroniqueur de l'expédition, Jean-Nicolas Dufresne (1747-1812), est débarqué à Macao le 1er février 1787[1], pour rapporter en France le journal des mémoires de la première partie de l'expédition de La Pérouse.

Manille[modifier | modifier le code]

Après une escale à Manille alors sous influence espagnole, on effectue des réparations de fin février à mi-avril. La Pérouse quitta les Philippines le 10 avril, pour se rendre sur les côtes de Tartarie et des îles du Japon. Cette portion du globe n'était alors connue que par des traditions recueillies par les missionnaires. La Pérouse est le premier qui ait levé les doutes que ces récits confus avaient fait naître.

Formose, Corée[modifier | modifier le code]

Carte de La Pérouse de Manille à la Sibérie.

Il se dirige vers les côtes nord-est de l'Asie. Le 6 mai, il est aux côtes de Formose. Le 19 mai, ce sont les côtes de Corée. Puis le 21 mai, il redécouvre l'île Quelpart (Jeju-Do), décrite seulement une fois auparavant par un Européen, Hendrik Hamel, qui y fit naufrage en 1653. Il visite la côte est de la péninsule coréenne, et continue vers le nord le long des côtes de Tartarie.

Tartarie, Japon[modifier | modifier le code]

Vue des environs de Petropavlosk, lors de l'escale au Kamtchatka.

Le 25 juin, l'expédition est à Terney en Tartarie. Se trouvant, le 24 juillet, par 51° 1/2 de latitude, la profondeur de l'eau diminua tout à coup, et l'on fut obligé de s'arrêter. La Pérouse chercha vainement un passage où ses frégates pussent entrer sans danger. Il traversa plusieurs fois le canal en allant alternativement de l'est à l'ouest, et s'assura que les hauts fonds qui l'avaient arrêté barraient entièrement le passage. Le vent du sud, qui commença à souffler avec assez de violence, et qui le poussait vers ces dangers, rendit sa position périlleuse. Heureusement une belle baie, qu'il découvrit à la côte de Tartarie, lui offrit un asile sûr ; et les frégates vinrent s'y mettre à l'abri. Cette baie fut appelée baie de Castries au fond du détroit de Tartarie.

Des canots visitèrent les lieux où les frégates n'avaient pu pénétrer. On ne trouva aucun passage ; il fut même impossible de s'avancer jusqu'à l'embouchure du fleuve Amour, dont on n'était pas éloigné. L'opinion de La Pérouse fut que l'île Ségalien, qui lui restait dans l'est, se trouve effectivement détachée de la côte de Tartarie, mais que le canal qui les sépare est obstrué par les dépôts du fleuve Amour, qui se décharge précisément à l'endroit le plus resserré. La Pérouse, en revenant au sud, ne s'écarta pas de la côte de l'île Ségalien et y découvrit par 45° 10' de latitude, au sud du cap Crillon, le détroit qui porte son nom. Les récits des missionnaires avaient jusqu'alors confondu sous le nom de terre de Jesso toutes les terres qui sont au nord du Japon. La découverte de ce détroit nous a fait connaître qu'elles forment deux îles, dont l'une est Ségalien, détachée par le détroit de la Pérouse, et l'autre, l'île Chika, séparée de la grande île du Japon par le détroit de Sangaar, que l'on connaissait depuis longtemps. De Vries, navigateur hollandais, qui découvrit la terre des États, située à l'est du détroit de La Pérouse, en 1643, avait pris les terres de Ségalien et de Chika pour les pointes avancées d'une grande baie, dans laquelle il n'avait pas voulu risquer de s'engager. La fréquence des brumes, qui a si fort embarrassé la navigation des frégates françaises, a été sans doute la cause de son erreur.

Le 15 août au détroit de La Pérouse (entre le Japon et Sakhaline), les habitants d'Hokkaido lui montrent une carte, mais il ne trouve pas le détroit et met le cap au nord vers la péninsule du Kamtchatka, qu'il atteint en septembre 1787. La Pérouse, après avoir vérifié les découvertes des Hollandais, traversa les îles Kouriles, entre l'île de la Compagnie, ainsi nommée par de Vries, et l'île Murikan ; le détroit reçut le nom de canal de la Boussole.

Russie[modifier | modifier le code]

Il vint ensuite relâcher au Kamtchatka, et se repose chez des Russes. Du 6 au 29 septembre, l'expédition s'arrête à Saint-Pierre et à Saint-Paul (Avatcha, Petropavlovsk) au Kamtchatka[Note 14]. Il reçoit des instructions de Paris par le truchement du vice-consul de France à Kronstadt, de faire un rapport sur la colonisation en Australie.

Barthélemy de Lesseps, oncle du constructeur du Canal de Suez, interprète de russe, quitte l'expédition pour ramener par voie de terre, à travers la Sibérie, les études, dessins et spécimens déjà recueillis[Note 15]. Au terme d'un voyage d'un an, il revient en France[2] et rend compte au roi.

Pacifique[modifier | modifier le code]

La mort de Fleurieu et de onze de ses hommes sur les plages de Manoua en 1788. (Gravure de N. Ozanne, 1797)

Samoa[modifier | modifier le code]

Reprenant la mer, il relâche aux Samoa, dans l'îles des Navigateurs à mi-décembre à Maouna (auj. baie de Tutuila). Juste avant son appareillage, les Samoans attaquent ses hommes et en tuent douze, dont le second de l'expédition, Fleuriot de Langle, commandant de l'Astrolabe.

Article détaillé : Robert de Lamanon.

Tonga, Norfolk[modifier | modifier le code]

Il est fin décembre, aux îles des amis, puis le 17 janvier à l'île de Norfolk.

Australie[modifier | modifier le code]

Dernière lettre de La Pérouse, écrite à Botany Bay.

Il navigue ensuite vers Botany Bay, qu'il atteint le 26 janvier 1788, juste au moment où le capitaine Arthur Phillip transfère la colonie à Port Jackson (Sydney). Les Britanniques le reçoivent avec courtoisie, mais ne peuvent lui fournir des vivres, car ils n'en ont pas de disponibles.

Il donne ses journaux et lettres afin qu'ils soient transmis en Europe et obtient du bois et de l'eau fraîche. Il repart à mi-mars.

« Je remonterai aux îles des Amis, et je ferai absolument tout ce qui m'est enjoint par mes instructions relativement à la partie méridionale de la Nouvelle-Calédonie, à l'île Santa-Cruz de Mendana, à la côte sud de la terre des Arsacides de Surville, et à la terre de la Louisiade de Bougainville, en cherchant à connaître si cette dernière fait partie de la Nouvelle-Guinée, ou si elle en est séparée. Je passerai, à la fin de juillet 1788, entre la Nouvelle-Guinée et la Nouvelle-Hollande, par un autre canal que celui de l'Endeavour, si toutefois il en existe un. Je visiterai, pendant le mois de septembre et une partie d'octobre, le golfe de la Carpentarie et toute la côte occidentale de la Nouvelle-Hollande jusqu'à la terre de Diemen, mais de manière cependant qu'il me soit possible de remonter au nord assez tôt pour arriver au commencement de décembre 1788 à l'île de France[Note 16]. »

Trajet emprunté par l'expédition de La Pérouse jusqu'à Botany Bay.

Vanikoro[modifier | modifier le code]

Vanikoro vue par l'expédition d'Entrecasteaux (1793)

Il appareille pour la Nouvelle-Calédonie (côte ouest), les îles Santa Cruz, les îles Salomon, les Louisiades et les côtes de l'ouest et du sud de l'Australie. Puis il disparaît avec ses hommes.

Opérations de recherche[modifier | modifier le code]

L'expédition d'Entrecasteaux[modifier | modifier le code]

Statue de La Pérouse à Albi.
Article détaillé : Expédition d'Entrecasteaux.

Une expédition partit à la recherche de La Pérouse en septembre 1791. Dirigée par Antoine Bruny d'Entrecasteaux, elle part de Brest le 28 septembre avec deux frégates La Recherche et L'Espérance. Elle atteint l'île des Pins le 16 juin 1792 ; puis le 19 mai 1793, l'expédition découvrit une île nouvelle que d'Entrecasteaux baptisa l'île de La Recherche. Or c'est sur cette île (également appelée Vanikoro) que les survivants de l'expédition La Pérouse (et peut-être La Pérouse lui-même) avaient trouvé refuge. L'expédition poursuivit sa route vers Surabaya sans jamais l'atteindre.

Suite à des rumeurs, Jules Dumont d'Urville se mit également à la recherche de La Pérouse.

Peter Dillon[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Peter Dillon.

Il fallut attendre 1826-1827 pour que le capitaine marchand Peter Dillon découvre les restes du naufrage à Vanikoro, Îles Santa Cruz (Îles Salomon), au nord du Vanuatu. Il découvrit la cloche de l'Astrolabe (le deuxième navire commandé par Fleuriot de Langle) et des pierriers de bronze qui avaient été conservés par les habitants. Quant à la Boussole pas la moindre trace. Il apprit sur l'île de Vanikoro « comment deux grands navires s'étaient échoués par une nuit de grande tempête : l'un aurait coulé, l'autre se serait échoué et les survivants auraient pu s'installer sur un point de Vanikoro, nommé Paiou. Cinq ou six mois après, une partie des survivants seraient repartis à bord d'un petit bateau fabriqué avec les débris du grand. L'autre partie resta à Vanikoro, se mêla aux affrontements des indigènes. Le dernier des survivants serait mort peu avant la venue de Peter Dillon ».

Dans les années qui suivirent, deux autres explorateurs français passent par Vanikoro : Legoarant de Tromelin retrouve les ancres et les canons qui sont déposés, depuis 1884, au pied du monument dressé en l'honneur de La Pérouse par la ville d'Albi.

Les années 1960[modifier | modifier le code]

En juin 1962, un plongeur néo-zélandais fixé à Port Vila accompagne Pierre Anthonioz dans son expédition. Reece Discombe prospecte le récif de part et d'autre du gisement de l'Astrolabe et repère rapidement, par 15 mètres de fond, des formes d'ancres et de canons pris dans le corail. Il remonte un plomb de sonde qu'il pense être de La Boussole.

En février 1964, Reece Discombe revient sur les lieux et il remonte des pierriers, une poulie de bronze. En mars, avec l'amiral de Brossard de la Marine nationale, il retrouve beaucoup d'objets dont une partie est exposée au musée d'Albi, dont une cloche attribuée à La Boussole.

Les recherches de l'association Salomon[modifier | modifier le code]

Monument en hommage à La Pérouse à Vanikoro.

L'Association Salomon, créée en 1981 par Alain Conan, Nantais d'origine et vivant en Nouvelle-Calédonie, se donne pour but de lever le mystère sur la fin tragique de l'expédition de La Pérouse. Plusieurs campagnes de fouilles ont été menées avec l'aide de la marine nationale qui a apporté un concours matériel et humain, et le ministère de la Culture qui a dépêché des équipes du Département des recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines (DRASSM). À terre, ce sont les archéologues de l'Institut de recherche pour le développement (IRD) qui ont œuvré.

En 1981, environ trois cents pièces sont sorties des eaux : de la vaisselle, de la monnaie… mais l'issue de cette campagne ne lève pas le voile sur l'identification des deux navires La Boussole et L'Astrolabe. Une nouvelle campagne en 1986 permet l'identification des deux épaves. L'Astrolabe s'est échoué sur un rocher non loin de La Boussole qui se serait déchiré sur les récifs de Vanikoro. En 1990, les archéologues essayent, sans succès, de retrouver à terre les traces d'un campement français. La tradition orale des indigènes évoquait en effet un camp, où les Français se seraient installés après le naufrage. En 1999, le camp où ont résidé les naufragés est enfin mis au jour, dans le lieu-dit Païou, sur la rive droite de la rivière Lauwrence. Malgré des conditions climatiques difficiles, au milieu de la pluie et de la boue, les archéologues de l'IDR dégagent les preuves incontestables de l'installation d'un camp. Les restes d'une palissade sont découverts, ainsi que de nombreux objets, notamment des boutons d'uniformes de marine. La campagne de fouille est filmée par France 3 pour le magazine Thalassa et le documentaire est diffusé sous le titre « Le mystère de Vanikoro », le 12 janvier 2001[3]. En mer, de nombreux objets sont remontés à la surface.

En 2003, l'expédition est marquée par la découverte du squelette d'un compagnon de La Pérouse. Quelques mois plus tard grâce au travail de l'Institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale au fort de Rosny-sous-Bois, il a été établi un portrait-robot. Il s'agirait d'un scientifique de l'expédition (Jean-André Mongez ? Joseph Lepaute Dagelet ?) mais son nom reste un mystère. À nouveau l'expédition est filmée pour Thalassa « Sur les traces de Lapérouse : portés disparus »[4] et diffusée le 11 juin 2004. En 2005, les frégates sont identifiées. La découverte d'un sextant portant le nom « Mercier », nom de son fabricant, apporte la confirmation (avec bien d'autres éléments) que le comte de La Pérouse aurait bien sombré sur le site dit de « La Faille » et n'aurait donc pas survécu au naufrage. En 2008, la 8e expedition[5] sur les traces de Lapérouse à Vanikoro a duré un mois (du 15 septembre au 15 octobre), fouilles sur terre et en mer. Cent cinquante objets ont été remontés par les plongeurs depuis la faille où gît l'épave de la Boussole. Pas de découverte majeure, mais beaucoup d'objets que les hommes de Lapérouse avaient glanés au cours de leur périple : de la porcelaine de Nankin, une statuette amérindienne. À terre, aucune trace de tombes.

Au total, quelque 2000 objets ont été retrouvés et rassemblés. Les plus belles pièces sont actuellement exposées au Musée de la Marine, à Paris. D'autres sont à voir au musée Lapérouse à Albi[6].

Postérité[modifier | modifier le code]

Selon une anecdote apocryphe à l'authenticité invérifiable, Louis XVI, passionné par la marine et l'exploration des mers, peu avant de passer sur l’échafaud, en 1793, aurait demandé : « A-t-on des nouvelles de Monsieur de La Pérouse ? »[7]. La disparition subite du navigateur et de son équipage était, en effet, à l'époque, l’objet de tous les fantasmes.

L'expédition et son sort sont cités dans le roman Vingt mille lieues sous les mers de Jules Verne.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Le roi Louis XVI avait des connaissances très étendues en géographie la lecture des voyages lui avait donné une grande prédilection pour tout ce qui avait quelque rapport à la navigation ; ceux de Cook surtout, qui l'avaient frappé davantage, lui inspirèrent le désir d'ordonner une campagne de découvertes et de faire participer les Français à la gloire que ce navigateur avait procurée à sa nation. Les vues du monarque s'étendirent en même temps sur les avantages commerciaux les plus prochains et sur les plus éloignés. Un projet de campagne fut d'abord esquissé d'après ses propres idées, et lui fut soumis. L'original subsiste encore, et l'on y voit des notes en marge, écrites de sa propre main, soit pour approuver les mesures proposées, soit pour les rectifier et suppléer à ce qui avait été omis. Toutes ces notes annoncent une connaissance approfondie de la géographie, de la navigation et du commerce. Partout où la navigation pouvait exposer à des dangers, il insiste pour que les deux bâtiments qu'on lui propose d'envoyer en découverte ne se séparent point. Enfin on lit au bas du projet, écrit également de la main du prince, le passage suivant : « Pour résumer ce qui est proposé dans ce Mémoire, et les observations que j'ai faites, il y a deux parties, celle du commerce et celle des reconnaissances. La première a deux points principaux : la pêche de la baleine dans l'Océan méridional au sud de l'Amérique et du cap de Bonne-Espérance ; l'autre est la traite des pelleteries dans le nord-ouest de l'Amérique, pour être transportées en Chine et, si l'on peut, au Japon. Quant à la partie des reconnaissances, les points principaux sont, celui de la partie nord-ouest de l'Amérique, qui concourt avec la partie commerciale, celui des mers du Japon, qui y concourt aussi, mais pour cela je crois que la saison proposée dans le Mémoire est mal choisie ; celui des îles Salomon et celui du sud-ouest de la Nouvelle-Hollande. Tous les autres points doivent être subordonnés à ceux-là ; on doit se restreindre à ce qui est le plus utile et qui peut s'exécuter à l'aise dans les trois années proposées. »
  2. Minutieusement préparée par son ami, Charles Pierre Claret de Fleurieu.
  3. Voici les instructions que La Pérouse reçut du Roi :

    « Le sieur La Pérouse, y est-il dit, s'occupera avec zèle et intérêt de tous les moyens qui peuvent améliorer la condition des peuples qu'il visitera, en procurant à leurs pays les légumes, les fruits et les arbres utiles d'Europe ; en leur enseignant la manière des les semer et de les cultiver ; en leur faisant connaître l'usage qu'ils doivent faire de ces présents, dont l'objet est de multiplier sur leur sol les productions nécessaires à des peuples qui tirent presque toute leur nourriture de la terre.

    Si des circonstances, qu'il est de la prudence de prévoir dans une longue expédition, obligeaient jamais le sieur de La Pérouse de faire usage de la supériorité de ses armes sur celles des peuples sauvages, pour se procurer, malgré leur opposition, les objets nécessaires à la vie, tels que des substances, des bois, de l'eau, il n'userait de la force qu'avec la plus grande modération, et punirait très sévèrement ceux de ses gens qui auraient outrepassé ses ordres.

    Le roi regarderait comme un des succès les plus heureux de l'expédition, qu'elle pût être terminée sans qu'il en eût coûté la vie à un seul homme. »

  4. Le fonds ancien des archives de la Marine contient une intéressante série de lettres envoyées par Monneron à La Pérouse et au maréchal de Castries pendant sa mission en Angleterre. Se présentant comme un agent accrédité pour un seigneur espagnol, Monneron se met à la recherche des hommes ayant connu Cook, mais d'un rang subalterne. Il a la chance de lier connaissance avec John Webber, l'artiste de la Resolution, auteur d'un tableau justement célèbre de Cook, mais aussi de nombreux dessins sur la côte du Nord-Ouest de l'Amérique. Outre les renseignements qu'il recherche, Webber lui fournit de nombreuses indications : attitude à observer avec les indigènes, prix pratiqués en Angleterre pour les fournitures nécessaires au voyage (qui lui montrent qu'il n y a aucun avantage financier à faire venir d'Angleterre les objets destinés aux échanges). Surtout, il lui conseille des recettes antiscorbutiques, insistant sur le malt, si bien que Monneron en expédie plusieurs tonneaux à Paris, et qu'il fait cuisiner des préparations à partir d'aliments antiscorbutiques.
  5. Extrait du Journal de La Pérouse: « … Je dois ici témoigner ma reconnaissance au chevalier Banks, qui, ayant appris que M. de Monneron ne trouvait point à Londres de boussole d'inclinaison, voulut bien nous faire prêter celles qui avaient servi au célèbre capitaine Cook. Je reçus ces instrumens avec un sentiment de respect religieux pour la mémoire de ce grand homme. M. de Monneron, capitaine au corps du génie, qui m' avait suivi dans mon expédition de la baie d'Hudson, fut embarqué en qualité d'ingénieur en chef ; son amitié pour moi, autant que son goût pour les voyages, le déterminèrent à solliciter cette place : il fut chargé de lever les plans, d'examiner les positions. M. Bernizet, ingénieur-géographe, lui fut adjoint pour cette partie. Monneron fit faire à son compte un « ballon en toile doublé intérieurement en papier Joseph collé sur la dite toile, ayant 26 pieds de hauteur sur 22 pieds six pouces de diamètre » (soit 8,58 m de hauteur sur 7,42 m de diamètre) ; il paya pour cet article 730 livres 16 sols… »
  6. Extrait du Journal de La Pérouse : le 30 août 1785 au matin à Ténériffe « … Mr de Monneron, capitaine au corps de génie, fit aussi le voyage du Pic dans l'intention de le niveler jusqu'au bord de la mer ; c'était la seule manière de mesurer cette montagne qui n'eût pas été essayée. Les difficultés locales ne pouvaient l'arrêter si elles n'étaient insurmontables, parce qu'il était extrêmement exercé à ce genre de travail… »
  7. Extrait du Journal de La Pérouse : « le 18 octobre 1785 Ile-de-La-Trinité… Je dis à M De Langle que celui des deux bâtimens qui se trouverait le plus à portée, enverrait son canot pour s' informer des ressources que nous pourrions trouver dans cette relâche. Le lendemain 18 octobre au matin, l'« Astrolabe » n'étant qu'à une demi-lieue de terre, détacha la biscayenne commandée par M. de Vaujuas, lieutenant de vaisseau. M. de La Martinière, et le père Receveur, naturaliste infatigable, accompagnèrent cet officier : ils descendirent au fond de l'anse, entre deux rochers ; mais la lame était si grosse, que le canot et son équipage auraient infailliblement péri, sans les secours prompts que les Portugais lui donnèrent ; ils tirèrent le canot sur la grève pour le mettre à l'abri de la fureur de la mer : on en sauva tous les effets, à l'exception du grapin, qui fut perdu. M. de Vaujuas compta dans ce poste environ deux cents hommes, dont quinze seulement en uniforme, les autres en chemise. Le commandant de cet établissement, auquel on ne peut donner le nom de colonie, puisqu'il n' y a point de culture, lui dit que le gouverneur de Rio-Janéiro avait fait prendre possession de l'île de la Trinité depuis environ un an ; il ignorait ou il feignait d'ignorer que les Anglais l'eussent précédemment occupée… …/… Dès la pointe du jour j'avais aussi envoyé à terre un canot commandé par M. Boutin, lieutenant de vaisseau, accompagné de MM. de Lamanon et Monneron ; mais j'avais défendu à M. Boutin de descendre, si la biscayenne de l'« Astrolabe » était arrivée avant lui : dans ce cas, il devait sonder la rade, et en tracer le plan le mieux qu'il lui serait possible dans un si court espace de temps. M. Boutin ne s' approcha en conséquence que jusqu'à une portée de fusil du rivage ; toutes les sondes lui rapportèrent un fond de roc, mêlé d'un peu de sable. M. de Monneron dessina le fort tout aussi bien que s' il avait été sur la plage ; et M. de Lamanon fut à portée de voir que les rochers n' étaient que du basalte, ou des matières fondues, restes de quelques volcans éteints. Cette opinion fut confirmée par le père Receveur qui nous apporta à bord un grand nombre de pierres toutes volcaniques, ainsi que le sable, qu'on voyait seulement mêlé de détrimens de coquilles et de corail. d'après le rapport de M. de Vaujuas et de M. Boutin, il était évident que nous ne pouvions trouver à la Trinité l'eau et le bois qui nous manquaient. Je me décidai tout de suite à faire route pour l'île Sainte-Catherine, sur la côte. »
  8. Extrait des observations de Paul Mérault Monneron : « Île de la Trinité. Sous voile, le 17 octobre 1785. L'île de la Trinité, située dans l'hémisphère méridional, à cent quatre-vingts lieues environ de la côte du Brésil, est restée inhabitée jusqu'à la dernière guerre que les Anglais, dit-on, l'ont occupée, dans la vue sans doute d'avoir des moyens plus faciles de faire des prises françaises, espagnoles et hollandaises : on assurait qu'ils avaient abandonné ce poste à la paix. L'intention de M. De La Pérouse était de vérifier la chose : Lorsque nous eûmes pris connaissance de cette île, nous ne tardâmes pas d'apercevoir le pavillon de Portugal sur un coteau situé dans l'enfoncement d'une petite baie dans le sud-est de l'île. M. De La Pérouse, ayant fait mettre un canot à la mer, m'ordonna de m'y embarquer pour tâcher de faire quelques remarques sur ce poste. L'officier qui commandait cette embarcation, avait ordre de ne mettre à terre que dans le cas où on pourrait l'exécuter sans risque. »
  9. Extrait du Journal de La Pérouse: le 9 novembre 1785 Ile Sainte-Catherine L'île Sainte-Catherine s'étend depuis le 27e degré 19e minute 10e seconde de latitude sud, jusqu'au 27e degré 49e minute ; sa largeur de l'est à l'ouest n' est que de deux lieues ; elle n' est séparée du continent, dans l'endroit le plus resserré, que par un canal de deux cents toises. C' est sur la pointe de ce goulet qu'est bâtie la ville de Nostra-Senora-Del-Destero, capitale de cette capitainerie, où le gouverneur fait sa résidence ; elle contient au plus trois mille âmes et environ quatre cents maisons ; l'aspect en est fort agréable. …/… Je fus, le même jour, avec M. de Langle et plusieurs officiers, faire ma visite au commandant de ce poste, qui me fit saluer de onze coups de canon ; ils lui furent rendus de mon bord. J' envoyai le lendemain mon canot, commandé par M. Boutin, lieutenant de vaisseau, à la ville de Nostra-Senora-Del-Destero, pour faire mes remercîmens au gouverneur, de l'extrême abondance où nous étions par ses soins. MM. de Monneron, de Lamanon et l'abbé Mongès accompagnèrent cet officier, ainsi que M. de La Borde Marchainville et le père Receveur, qui avaient été dépêchés par M. de Langle pour le même objet ; tous furent reçus de la manière la plus honnête et la plus cordiale.
  10. Le 29 mai 1786, l'expédition fait escale aux îles Sandwich. Extrait des observations de Paul Mérault Monneron : Au mouillage, le 29 mai 1786. Latitude, 20 degrés 34 minutes. Longitude à l'ouest du méridien de Paris, 158 degrés 25 minutes. Si j' avais un mémoire à faire sur l'avantage de la position de ces îles sous un ou sous plusieurs points de vue, je serais obligé de chercher des documents dans la relation du troisième voyage de Cook ; mais si l'utilité d'une telle discussion était démontrée, il est évident qu'elle se ferait avec une plus grande sagacité à Paris qu'en pleine mer. À bord de la Boussole, le 5 juin 1786. signé Monneron.
  11. Extrait des observations de Paul Mérault Monneron : Située à la côte du nord-ouest de l'Amérique, par 58 degrés 38 minutes de latitude. Au mouillage en divers points de cette baie, depuis le 2 juillet jusqu'au 1er août 1786. l'impossibilité, selon mon sens, d'établir utilement une factorerie française dans cette baie, rendrait toute discussion sur ce point embarrassante pour moi ; un mémoire appuyé sur des suppositions vagues, ne méritant pas plus de confiance que celui qui pose sur des faits incertains. Aussi ai-je vu avec une grande satisfaction, par un écrit que M. De La Pérouse a eu la bonté de me communiquer, qu'il dissuadait le gouvernement, d'un pareil établissement, au moins jusqu'à l'époque de son retour en France. Je produirai, dans ce temps, toutes les notes nécessaires pour discuter cette matière dans le plus grand détail ; et si le gouvernement prend quelque parti sur cet objet, il sera très-facile d'en démontrer l'avantage ou les inconvénients. Il n' est pas difficile de présumer que l'âpreté de ce climat, le peu de ressources de ce pays, son éloignement prodigieux de la métropole, la concurrence des Russes et des Espagnols, qui sont placés convenablement pour faire commerce, doivent éloigner toute autre puissance européenne que celles que je viens de nommer, de former aucun établissement entre Monterey et l'entrée du prince-Williams. d'ailleurs, je crois qu'avant toutes choses, et sur-tout avant de songer à former un établissement, on doit en balancer la dépense et les profits pour en déduire le nombre de personnes employées à la factorerie. Cette connaissance est d'une nécessité indispensable pour travailler aux moyens de pourvoir à la sûreté de ces individus et des fonds qui leur seraient confiés, soit contre les naturels du pays, soit contre les ennemis du commerce de France. à bord de la « Boussole », le 19 décembre 1786. signé Monneron.
  12. Sa relation de voyage et son magnifique atlas sont la première reconnaissance qui en fut faite, le Capitaine Cook n'étant pas passé par la Californie.
  13. Au cours de son escale de dix jours à Monterey, La Pérouse est avant tout frappé par la fertilité « inexprimable » du lointain territoire espagnol. « Nul pays n'est plus abondant en poisson et en gibier de toutes espèces » écrit-il. Et il ajoute : « nos cultivateurs d'Europe ne peuvent avoir aucune idée d'une pareille fertilité ». Il mentionne également avec admiration combien la baie de Monterey est « poissonneuse à l'excès », couverte de pélicans, et emplie de baleines : « On ne peut exprimer ni le nombre de baleines dont nous fûmes environnés, ni leur familiarité; elles soufflaient à chaque minute à demi-portée de pistolet de nos frégates, et occasionnaient dans l'air une très grande puanteur. » À deux lieues de Monterey se trouvait la mission de Carmel fondée en 1770, ainsi qu'un village indien de 50 cabanes qui abritaient 740 Indiens convertis à la foi catholique. La Pérouse qui observe attentivement tous les détails de la vie de cette colonie du bout du monde, critique aussi diplomatiquement que possible la dureté du système franciscain envers les Indiens : « Les punitions corporelles sont infligées aux Indiens des deux sexes qui manquent aux exercices de piété, et plusieurs péchés dont le châtiment n'est réservé en Europe qu'à la justice divine, sont punis ici par les fers ou le bloc. »
  14. Après la Tartarie […] M De Langle, qui avait mouillé une heure avant moi, se rendit tout de suite à mon bord; il avait déjà débarqué ses canots et chaloupes, et il me proposa de descendre avant la nuit, pour reconnaître le terrain, et savoir s'il y avait espoir de tirer quelques informations des habitans. Nous apercevions, à l'aide de nos lunettes, quelques cabanes, et deux insulaires qui paraissaient s'enfuir vers les bois. J'acceptai la proposition de M De Langle ; je le priai de recevoir à sa suite M Boutin et l'abbé Mongès ; et après que la frégate eut mouillé, que les voiles furent serrées, et nos chaloupes débarquées, j'armai la biscayenne, commandée par M De Clonard, suivi de Mm Duché, Prevost et Collignon, et je leur donnai ordre de se joindre à M De Langle, qui avait déjà abordé le rivage. Ils trouvèrent les deux seules cases de cette baie abandonnées, mais depuis très-peu de temps, car le feu y était encore allumé ; … aucun des meubles n'en avait été enlevé : on y voyait une portée de petits chiens, dont les yeux n'étaient pas encore ouverts ; et la mère qu'on entendait aboyer dans les bois… […] étaient tellement fondées, qu'aussitôt que notre horizon s' étendait un peu, nous en avions une parfaite connaissance. Le canal commença à se rétrécir par les 50 degré, et il n' eut plus que douze ou treize lieues de largeur. Le 22 au soir, je mouillai à une lieue de terre, par trente-sept brasses, fond de vase. J' étais par le travers d'une petite rivière; on voyait à trois lieues au nord un pic très-remarquable; sa base est sur le bord de la mer, et son sommet, de quelque côté qu'on l'aperçoive, conserve la forme la plus régulière; il est couvert d'arbres et de verdure jusqu'à la cime: je lui ai donné le nom de pic La Martinière, parce qu'il offre un beau champ aux recherches de la botanique, dont le savant de ce nom fait son occupation principale. Comme, en prolongeant la côte de l'île depuis la baie d'Estaing, je n' avais aperçu aucune habitation, je voulus éclaircir mes doutes à ce sujet; je fis armer quatre canos des deux frégates, commandés par M De Clonard, capitaine de vaisseau, et je lui donnai ordre d'aller reconnaître l'anse dans laquelle coulait la petite rivière dont nous apercevions le ravin. Il était de retour à huit heures du soir, et il ramena, à mon grand étonnement, tous ses canots pleins de saumons, quoique les équipages n eussent ni lignes, ni filets. Cet officier me rapporta qu'il avait abordé à l'embouchure d'un ruisseau, dont la largeur n' excédait pas quatre toises, ni la profondeur un pied; qu'il l'avait trouvé tellement rempli de saumons, que le lit en était tout couvert…
  15. Beaucoup de membres de l'expédition préfèreront garder leur récolte, par peur de perte ou d'endommagement lors de la périlleuse traversée de la Sibérie prévue.
  16. Extrait de sa dernière lettre au ministre de la marine, datée du 7 février.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Jean-Dominique Bourzat, Les après-midi de Louis XVI, [lire en ligne], p. 111
  2. Fleuriot de Langle, La tragique expédition de Lapérouse et Langle, p. 183
  3. http://www.dailymotion.com/video/xe763p_le-mystere-de-vanikoro-1_news#.UQVDJL9Cl8k
  4. http://www.dailymotion.com/video/xl14gu_monsieur-de-laperouse-sur-les-traces-de-laperouse_webcam#.UQVEVL9Cl8k
  5. Actu Vanikoro 2008
  6. ww.laperouse-france.fr
  7. John Dunmore, La Peyrouse dans l'Isle de Tahiti ou le danger des présomptions: drame politique et moral en quatre actes : édition critique, MHRA,‎ 2006, p. 9

Annexes[modifier | modifier le code]

Sources et bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean-François de Lapérouse, Voyage autour du monde sur l'Astrolabe et la Boussole, Éditions La Découverte, 1991, poche 2005
  • « Expédition de La Pérouse », dans Louis-Gabriel Michaud, Biographie universelle ancienne et moderne : histoire par ordre alphabétique de la vie publique et privée de tous les hommes avec la collaboration de plus de 300 savants et littérateurs français ou étrangers, 2e édition,‎ 1843-1865 [détail de l’édition]
  • Jean-Baptiste Barthélémy de Lesseps, Le voyage de Lapérouse, Pôles d'images, 2005
  • Jules Dumont d'Urville, Voyages de découvertes sur l'Astrolabe, J.Tastu, 1832-34
  • John Dunmore, La Pérouse, Explorateur du Pacifique, Payot, 1986
  • Fleuriot de Langle, La tragique expédition de Lapérouse et Langle, Librairie Hachette, Paris 1954
  • (en) Robert J. King, « William Bolts and the Austrian Origins of the Lapérouse Expedition », dans Terrae Incognitae, vol.40, 2008, p. 1-28.
  • Jules Verne, Lapérouse, Magellan & Cie, 2008
  • Peter Dillon, À la recherche de Lapérouse, Pôles d'images, 1985
  • Anne Pons, Lapérouse, Gallimard Folio Bibliographie no 73, 2010
  • Jean-Christophe Galipaud et Valérie Jauneau, Au-delà d’un naufrage - Les survivants de l’expédition Lapérouse, Actes Sud/Errances, 2012

Liens externes[modifier | modifier le code]