Charles Gravier de Vergennes

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Charles Gravier, comte de Vergennes

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Portrait par Antoine-François Callet.

Naissance 29 décembre 1719
Dijon
Décès 13 février 1787 (à 67 ans)
Versailles
Nationalité Drapeau du Royaume de France Royaume de France
Profession
Homme d'État
Conjoint
Anne Duvivier (1730-1798)
Descendants
Constantin Gravier de Vergennes (1761-1832); Louis Gravier de Vergennes (1765-1821)
Famille

Charles Gravier, comte de Vergennes est un diplomate et homme d'État français, né le 29 décembre 1719 à Dijon et mort le 13 février 1787 à Versailles. Secrétaire d'État des Affaires étrangères de Louis XVI de 1774 à sa mort, il fut, selon le jugement de l'historien Albert Sorel, « le plus sage ministre que la France eût rencontré depuis longtemps, et le plus habile qui se trouvât aux affaires en Europe ». Son nom reste ainsi particulièrement attaché à cette fonction puisque l'on dit traditionnellement des ministres des Affaires étrangères qu'ils s'assoient dans le « fauteuil de Vergennes ». Malgré des différences de styles et d'école, Vergennes, issu du courant traditionnel diplomatique du duc de Fleury, peut être considéré comme le continuateur de la politique de redressement du duc de Choiseul. Celui-ci, questionné en 1774 sur le choix de ministre, répondit alors : « Je ne vois que le comte de Vergennes pour les affaires étrangères. »

Biographie[modifier | modifier le code]

Origines et jeunesse[modifier | modifier le code]

Charles Gravier, comte de Vergennes, naît à Dijon, dans une famille de noblesse de robe qui avait été anoblie en 1681 par la charge de trésorier en cette ville[1].

Son père était maître ordinaire en la Chambre des comptes de Bourgogne et son grand-père est trésorier général de France à Dijon. Son frère, le marquis Jean Gravier de Vergennes, fut président en la Chambre des comptes de Bourgogne et ambassadeur.

Il étudie au collège des Jésuites de sa ville natale puis à la faculté de Droit.

Sa carrière de diplomate du roi[modifier | modifier le code]

L’ambassadeur Charles Gravier de Vergennes en costume turc ; portrait d’Antoine Favray (1766).

Il est formé à la diplomatie par son grand-oncle, Théodore de Chavigny, ambassadeur à Lisbonne en 1740 puis il le suit à Munich en 1743 au moment de la guerre de Succession d'Autriche. Il s'initie alors aux arcanes de la politique du Saint-Empire.

Sa défense réussie des intérêts français à la cour de Trèves et Hanovre entre 1751 et 1754 l'amène à être envoyé à Constantinople en 1754, d'abord en tant que ministre plénipotentiaire, puis en tant qu'ambassadeur. Il y reste 14 ans et se convainc de l'impérieuse nécessité du maintien de l'empire ottoman pour la défense des intérêts français.

Il est rappelé en 1768, officiellement pour épouser Anne Duvivier (1730-1798), (fille d'Henri Duvivier et de Maria Bulo de Péra et veuve de Francesco Testa (ca. 1720-1754), membre de l'une des plus anciennes et distinguées familles latines de Péra). Les mauvaises langues la prétendaient une ancienne esclave. Mais il aime toujours Louise Nicaise des Roches, qui tombe enceinte de lui.

Il connaît quelques années de disgrâce à cause de ses mauvaises relations avec Choiseul. Celui-ci l'envoie comme ambassadeur à Stockholm de 1771 à 1774 pour aider le parti aristocratique des « Chapeaux » (en) avec des conseils et de l'argent. La révolution au travers de laquelle Gustave III de Suède raffermit son pouvoir est un grand succès diplomatique pour la France.

Ministre des Affaires étrangères pendant la guerre d'Indépendance américaine[modifier | modifier le code]

Avec l'accession de Louis XVI au trône de France en 1774, Maurepas, sur les conseils de l'abbé de Véri, choisit Vergennes comme Secrétaire d'État des Affaires étrangères au motif qu'il est « sans entours ». Devant tout à Maurepas, ce dernier escompte qu'il lui sera fidèle. Il a alors pour politique d'être en relations amicales avec l'Autriche, de limiter l'ambition de l'empereur Joseph II, de protéger la Turquie et de s'opposer à la Grande-Bretagne. Pour lui l'équilibre sur le continent doit permettre d’effacer le désastre du traité de Paris. La France affaiblie, veut éviter les erreurs de la politique française entre 1743 et 1758 dû à l'équipe Antoine Louis Rouillé, le cardinal de Bernis, du parti de madame de Pompadour menant au désastre de la guerre sur un double front, maritime et terrestre. Il s'agit d'attendre l’occasion favorable pour battre l’Angleterre tout en s’efforçant de maintenir une politique d'équilibre européen. Il réorganise les services de la diplomatie française, sait travailler avec les ambassadeurs et sait s’entourer.

Vergennes vers 1785, à l'apogée de sa carrière (portrait par Alexis-Joseph Mazerolle).

Sa haine des Britanniques et son désir de venger les défaites de la guerre de Sept Ans l'amène à soutenir les colons américains révoltés et à faire entrer la France dans la guerre d'indépendance des États-Unis d'Amérique. Il cède à la demande de Beaumarchais de procurer secrètement des armes et des volontaires aux Américains. En 1777, il déclare la France prête à former une alliance offensive et défensive avec le nouveau pays que forment les treize colonies. Il signe ce traité d'alliance franco-américain le 6 février 1778

Durant la guerre de succession de Bavière, Vergennes refuse le soutien à l'Autriche du chancelier Kaunitz du fait de la guerre contre l’Angleterre, il est nécessaire d'éviter une guerre continentale possible et de promouvoir une politique active de neutralité. En 1779, la convention de Teschen permet de maintenir la Bavière indépendante, la diplomatie française a ainsi permis de maintenir l’équilibre sur le continent européen.

Entre 1783 et 1789, l'Autriche de Joseph II est en net repli diplomatique et stratégique, Vergennes et la France apparaissent à chaque fois comme arbitre, maintenant l’équilibre entre les puissances. La politique de Vergennes a ainsi acquis un puissant pouvoir d’influence.

Pour les affaires intérieures, Vergennes demeure conservateur et intrigue notamment contre Necker, qu'il regarde comme un dangereux réformateur, républicain, étranger et protestant. En 1781, il est nommé secrétaire des Finances et soutient la nomination de Calonne comme contrôleur général des finances en 1783. Pour pallier l'impasse financière de l'État, il conseille au roi de réunir l'Assemblée des notables, mais il meurt le 13 février 1787, peu de temps avant sa réunion.

Le tombeau de sa famille nivernaise, se trouve dans le cimetière de Raveau (Nièvre) où son fils, Jean-Charles Gravier, baron de Vergennes, puis sa descendance possédaient le château de Mouchy (baronnie de Passy) de 1782 à 1871. Lui-même avait acquis le château de Toulongeon à La Chapelle-sous-Uchon près d'Autun (Saône-et-Loire), que Théodore Chevignard de Chavigny venait de faire reconstruire par l'architecte Samson-Nicolas Lenoir. Ce château sera pillé et détruit sous la Révolution française et les terres vendues comme biens nationaux.

Honneurs et titres[modifier | modifier le code]

  • La famille Gravier de Vergennes sera admise au XVIIIe siècle aux honneurs de la Cour.
  • En 1765 Charles Gravier de Vergennes fit ériger sa terre de Toulongeon en comté de Vergennes[2] [3].
  • En 1778 Les seigneuries de l’Orme et autres furent érigées en marquisat sous le nom de Vergennes par lettres patentes[4]pour le frère aîné du précédent, qui fut aussi ambassadeur.
  • Baron d'empire en 1814[1].

Hommages[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Régis Valette, Catalogue de la noblesse française subsistante au XXIe siècle, 2002, p. 96.
  2. Annuaire de la noblesse de France, Volume 57, 1901, page 210.
  3. Inventaire-sommaire des Archives départementales antérieures à 1790: Côte-d'Or : Archives civiles, série B : Chambre des comptes de Bourgogne, Volume 1, 1863, page 10.
  4. Arch dép de la Côte d'0r série C 12142

Sources et bibliographie[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

  • Jean-François Labourdette, Vergennes, Paris, 1991.
L'étude française la plus récente et complète
  • J.F. Labourdette, « Vergennes ou la tentation du "ministériat" », La Revue Historique, janvier-mars 1986, pp. 73-107.
  • J.F. Labourdette, « L'ambassade de Monsieur de Chavigny à Lisbonne (1740-1743) », Bulletin du centre d'Histoire des Espaces atlantiques, série no 1, 1983, p. 27-80.
  • Arnaud de Maurepas, Antoine Boulant, Les ministres et les ministères du siècle des Lumières (1715-1789). Étude et dictionnaire, Paris, Christian-JAS, 1996, 452 p.
  • C. de Chambrun, A l'école d'un diplomate : Vergennes, Paris, 1944
  • P. Fauchelle, La Diplomatie française et la Ligue des neutres de 1780 (1776-83), Paris, 1893
  • (en) John Jay, The Peace Negotiations of 1782-83 as illustrated by the Confidential Papers of Shelburne and Vergennes, New York, 1888
  • L. Bonneville de Marsangy, Le Chevalier de Vergennes, son ambassade à Constantinople, Paris, 1894
  • L. Bonneville de Marsangy, Le Chevalier de Vergennes, son ambassade en Suède, Paris, 1898
  • A. Gautier, Anne Duvivier, comtesse de Vergennes (1730-1798), ambassadrice de France à Constantinople, Le Bulletin, Association des anciens élèves, Institut National des Langues et Civilisations Orientales (INALCO), novembre 2005, pp. 43-60.
  • Marie de Testa, Antoine Gautier, Deux grandes dynasties de drogmans, les Fonton et les Testa, in Drogmans et diplomates européens auprès de la Porte ottomane, éditions ISIS, Istanbul, 2003, pp. 129-147.

Liens externes[modifier | modifier le code]