Journée des Tuiles
La journée des Tuiles est le nom donné à une émeute qui s'est déroulée le 7 juin 1788 à Grenoble au cours de laquelle des protestataires, dans le cadre de la fronde parlementaire consécutive à la tentative de réforme de Lamoignon, ont affronté à coup de tuiles les troupes royales. Cette émeute marquante du début de la Révolution française fait 3 morts et 20 blessés dans la population et un assez grand nombre de blessés dans le régiment de Royal-Marine[1].
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L'émeute [modifier]
Le jeudi 8 mai 1788, un lit de justice enregistre l'édit sur la réforme judiciaire du garde des sceaux Lamoignon, réforme qui, notamment, supprime leur droit de remontrance aux cours souveraines (Parlement de Paris et parlements de provinces, Cour des aides, cour des comptes...) et crée une Cour plénière chargée de l'enregistrement et de la conservation des actes royaux, édits et ordonnances. Les membres de cette Cour plénière seront nommés par le roi et les conseillers parlementaires se voient désormais confinés à de simples fonctions de juges judiciaires n'ayant plus à connaitre que des affaires criminelles contre les nobles et des affaires civiles impliquant des litiges supérieurs à 20 000 livres.
Les parlements — bastions avancés de la société d'ordres, des privilèges et des exemptions fiscales — perdent ainsi le contrôle sur les lois du royaume, procédure leur permettant de refuser d'adopter un texte en fonction des particularités provinciales. Le parlement de Paris, entraîné par les conseillers Duval d'Eprémesnil et Goislard de Montsabert, entre aussitôt en rébellion. Il proclame ne tolérer aucune innovation à la constitution et inscrire dans le marbre les lois fondamentales du royaume, en y incluant entre autres l'inamovibilité de la magistrature.
L'opposition gagne de même tout le pays, chaque parlement s'accrochant à ses immunités régionales et défendant la légitimité des justices féodales et seigneuriales. C'est le cas de Grenoble dans le Dauphiné où une bonne partie de la ville (avocats, procureurs, huissiers, clercs et commis de la basoche, procéduriers, écrivains publics, portes-chaises...) vit de la présence de son parlement.
Le 7 juin, tandis que sonne le tocsin, le peuple s'associe aux magistrats qui ont reçu l'injonction du duc de Clermont-Tonnerre, gouverneur général en Dauphiné, de s'exiler volontairement hors de la ville. Les parlementaires sont en effet en session depuis le 20 mai en dépit de leur mise en vacance, contestant la réforme qui démembre le ressort de leur parlement et affecte une grande partie de ses compétences à un tribunal de grand bailliage.
Une partie des manifestants monte sur les toits et c'est une pluie de tuiles qui s'abat sur les soldats du régiment Royal-Marine aux abords du collège jésuite (aujourd'hui Lycée Stendhal, dans l'actuelle rue Raoul Blanchard). Les soldats du roi doivent se replier, le palais du gouverneur est pillé et le duc de Clermont-Tonnerre n'échappe que de peu à l'écharpage. Vers la fin de l'après-midi, les émeutiers sont maîtres de la ville tandis que le duc de Clermont-Tonnerre, peu sûr du régiment Royal-Marine qui donne des signes d'indécision, capitule et réinstalle les parlementaires dans le palais de justice. L'ordre n'est rétabli que le 14 juillet suivant par les dragons du maréchal de Vaux qui vient de remplacer le duc de Clermont-Tonnerre.
La journée des Tuiles du 7 juin 1788 sera suivie le 14 juin, par une assemblée des notables des trois Ordres (9 membres du clergé, 33 de la noblesse et 59 du Tiers-État) dans l'Hôtel de Lesdiguières afin d'obtenir la réintégration des Parlements et la convocation des États du Dauphiné. Cette assemblée préparait ainsi la Réunion des états généraux du Dauphiné du 21 juillet à Vizille près de Grenoble, prélude à la Révolution française. L'assemblée du 21 juillet, à l'initiative des avocats Antoine Barnave et Jean-Joseph Mounier, appellera aux États Généraux et sera la première à y réclamer le vote par tête, c'est-à-dire un vote par député, au lieu du vote par ordre (par lequel le Clergé et la Noblesse ont la majorité), ce qui revient à renverser le rapport de force en donnant une prépondérance au Tiers état.
Tableau d'Alexandre Debelle [modifier]
En 1889, un siècle après les faits, le peintre Alexandre Debelle, également conservateur du musée de Grenoble, a peint une toile décrivant l'émeute, intitulée La journée des Tuiles, 13 juin 1788, qui se trouve actuellement exposée au musée de la Révolution française de Vizille.
Voir aussi [modifier]
Notes et références [modifier]
- Prudhomme 1888, p. 490
Bibliographie [modifier]
- Auguste Prudhomme, Histoire de Grenoble, Alexandre Gratier, 1888
- Jean Sgard, Les trente récits de la Journée des Tuiles, Presses universitaires de Grenoble, 1988 (ISBN 2706103108 et 978-2706103100)
