Emmanuel-Joseph Sieyès

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Sieyès (homonymie).
Emmanuel-Joseph Sieyès
Image illustrative de l'article Emmanuel-Joseph Sieyès
Emmanuel-Joseph Sieyès par Jacques-Louis David (1817) conservé au Fogg Museum d'Harvard.
Biographie
Naissance
Fréjus
Décès
Paris
Autres fonctions
Fonction religieuse
Prêtre
Fonction laïque
Homme politique

Emmanuel-Joseph Sieyès ou l'abbé Sieyès (prononcer [sjejɛs]), né le à Fréjus et mort le à Paris, est un homme d'Église, homme politique et essayiste français.

Robespierre, qui le détestait, l'avait surnommé « la taupe de la Révolution ».

Biographie[modifier | modifier le code]

Fils d'un employé des impôts et maître de poste, il fait ses études à Draguignan puis au séminaire de Saint-Sulpice à Paris. Il entre dans les ordres comme prêtre en 1774 mais sans vocation. Par la suite, il devient en 1775 chanoine de

Tombe Sieyès au Père-Lachaise

Tréguier, attaché comme secrétaire de l'évêque de Lubersac, l'aumônier de Madame Sophie, la tante de Louis XVI, puis vicaire général de Chartres en 1787 et conseiller commissaire à la chambre supérieure du clergé.

Sieyès devient célèbre dès 1788 par son Essai sur les privilèges. Mais c'est plus encore sa brochure de 1789 Qu'est-ce que le tiers état ?, texte fondateur de la Révolution française, qui obtint un grand retentissement et assure sa popularité. Il prend ainsi une part active à la Révolution française jusqu'à sa fin, par sa participation au coup d'État du 18 brumaire.

En 1789, élu député du tiers état aux États généraux, il joue un rôle de premier plan dans les rangs du parti patriote du printemps à l'automne 1789 et propose, le 17 juin 1789, la transformation de la Chambre du Tiers état en assemblée nationale. Il rédigea le serment du Jeu de paume et travailla à la rédaction de la Constitution.

Élu dans trois départements à la Convention, il siégea à la Plaine mais dans le procès du roi vota avec la Montagne contre l'appel au peuple pour la mort et contre le sursis. Il abandonna sa charge de prêtre selon les modalités en vigueur de la Constitution civile du clergé.

Pendant la préparation de la constitution de l'an III, le 20 juillet 1795 (2 thermidor), il prononça un discours resté célèbre au cours duquel il proposa la mise en place d'un jury constitutionnaire, premier projet d'un contrôle étendu de la constitutionnalité des actes des organes de l'État.

En 1795, il démissionna du poste de Directeur auquel il était élu, conformément au plan qu'il avait élaboré afin de mettre à mort le Directoire. Il fut président, en 1797, du conseil des Cinq-Cents. En 1798, il fut envoyé comme ambassadeur à Berlin. En 1799, il se résolut à entrer au Directoire, il prépara le coup d'État du 18 brumaire puis il fut nommé consul provisoire par Bonaparte. Il devint président du Sénat conservateur sous l'Empire. Il est nommé comte d'Empire en mai 1808. Pendant la seconde Restauration, c'est-à-dire après les Cent-Jours de la fin de 1815 à 1830, il s'exila durant quinze ans pour régicide à Bruxelles. Il ne rentra en France qu'en 1830.

Il est inhumé le 25 juin 1836 dans la division 30 du cimetière du Père-Lachaise[1].

Académie française[modifier | modifier le code]

Buste de Sieyès par le sculpteur David d'Angers (1838).

En 1795, Sieyès fut en premier lieu membre de la classe des sciences morales et politiques, future Académie des sciences morales et politiques de l'Institut de France.

Lors de la réorganisation de 1803, il fut en outre élu dans la deuxième classe, qui succédait à l'Académie française après plusieurs années de disparition, et où il remplaça, au fauteuil 31, Jean-Sylvain Bailly, guillotiné le 12 novembre 1793.

Après la Seconde Restauration de 1815, Sieyès fut exclu de l'Académie, en 1816, en tant que régicide, et remplacé aussitôt par le marquis de Lally-Tollendal, nommé par ordonnance royale.

Sieyès et la sociologie[modifier | modifier le code]

Dans un manuscrit, Sieyès forge le néologisme « sociologie », cinquante ans avant Auguste Comte. Sous sa plume, le terme reste peu conceptualisé, et pris dans le souci de développer un « art social » : la connaissance positive de la société doit servir à la gouverner[2].

Sieyès et l'art social[modifier | modifier le code]

« L’objet du physicien, déclarait Sieyès, c’est d’expliquer les phénomènes de l’univers physique. Puisque cet univers existe indépendamment de lui, le physicien doit se contenter d’observer les faits et d’en démontrer les rapports nécessaires. Mais la politique n’est pas la physique, et le modèle de la nature ne s’applique pas aux affaires humaines." Pour Sieyès, la société est une construction artificielle, un édifice ; la science de la société devrait donc être, à proprement parler, une architecture sociale.

De même que le jeune Marx devait reprocher à la philosophie hégélienne d’interpréter le monde, sans montrer comment le changer, de même le jeune Sieyès rejeta très tôt l’idée selon laquelle la seule tâche du philosophe serait d’énoncer les faits sociaux.

Sa critique avait d’abord pris pour cible le despotisme des faits sur les principes, qu’il décelait dans la physiocratie. À la veille des États Généraux, il trouva une nouvelle cible dans l’approche historique adoptée par les disciples de Montesquieu et dans leur vénération, leur « extase gothique » pour le modèle de la constitution anglaise[3]. »

— Keith Michael Baker, Condorcet. Raison et politique.

Sieyès participe activement aux travaux de la Convention sur la réforme de la carte administrative, et il propose d'adopter un découpage de la France en carrés de 5 km de côté pour les communes, et de 50 km de côté pour les départements.

Théories[modifier | modifier le code]

Ernest Seillière relève chez Sieyès une exhortation à l'opposition entre le tiers état, vu comme d'origine gallo-romaine, contre l'aristocratie, décrite comme étant d'ascendance germanique[4] (franque); Sieyès proposait de "renvoyer dans les forêts de la Franconie toutes ces familles (nobles) qui conservaient la folle prétention d'être issues de la race des conquérants et de succéder à leurs droits"[5].

Il oppose le gouvernement représentatif (qu'il promeut) et le gouvernement démocratique (qu'il rejette) : « Les citoyens qui se nomment des représentants renoncent et doivent renoncer à faire eux-mêmes la loi ; ils n’ont pas de volonté particulière à imposer. S’ils dictaient des volontés, la France ne serait plus cet État représentatif ; ce serait un État démocratique. Le peuple, je le répète, dans un pays qui n’est pas une démocratie (et la France ne saurait l’être), le peuple ne peut parler, ne peut agir que par ses représentants. » (Discours du 7 septembre 1789)[6].

Sieyès dans la littérature[modifier | modifier le code]

Son nom est toujours associé à ceux de Fouché et de Talleyrand dans « le brelan de prêtres » (selon l'expression ironique de Carnot). Il est mis en scène par Honoré de Balzac dans Une ténébreuse affaireHenri de Marsay fait le récit du complot contre Napoléon auquel Sieyès participe : « Fouché connaissait admirablement les hommes; il compta sur Sieyès à cause de son ambition trompée, sur monsieur de Talleyrand parce qu'il était un grand seigneur, sur Carnot à cause de sa profonde honnêteté[7] ». Un personnage portant ce nom est également présent dans l’œuvre La dernière campagne du Grand Père Jacques, d'Émile Erckmann , où il est cité comme créateur d'une constitution[8].

Stendhal cite Sieyès dans son roman Le Rouge et le Noir au début du chapitre XII : « On trouve à Paris des gens élégants, il peut y avoir en province des gens à caractère ».

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Journal des débats politiques et littéraires,‎ 22 juin 1836 (lire en ligne)
  2. Jacques Guilhaumou, « Sieyès et le non-dit de la sociologie : du mot à la chose », Revue d'histoire des sciences humaines, no 15, 2006 [lire en ligne]
  3. K. M. Baker, Condorcet, Paris, Hermann,‎ 1988, poche (ISBN 978-2-7056-6090-1)
  4. Ernest Seillière, Le Comte de Gobineau et l'aryanisme historique, 1903, [lire en ligne]
  5. Abbé Sieyès, Qu'est-ce que le tiers état ?, ch. II, 1789.
  6. Archives parlementaires de 1787 à 1860, Librairie administrative de Paul Dupont, 1875, [lire en ligne]
  7. Édition Charles Furne, 1845, vol. XII, p. 402 à 405.
  8. http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k102270r

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • Essai sur les privilèges
  • Qu'est-ce que le Tiers État ?
  • Vues sur les moyens d’exécution dont les représentants de la France pourront disposer en 1789.
  • Des Manuscrits de Sieyès. 1773-1799 et 1770-1815, tome I (576 p.) et II (726 p.), publiés sous la direction de Christine Fauré, avec la collaboration de Jacques Guilhaumou, Jacques Vallier et Françoise Weil, Paris, Champion, 1999 et 2007

Les papiers personnels d'Emmanuel-Joseph Sieyès sont conservés aux Archives nationales sous la cote 284AP[1].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Précédé par Emmanuel-Joseph Sieyès Suivi par
François-Antoine de Boissy d'Anglas
Président de la Convention nationale
(20 avril - )
Théodore Vernier
François-Toussaint Villers
Président du Conseil des Cinq-Cents
21 novembre-20 décembre 1797
Antoine Boulay de la Meurthe


Précédé par Emmanuel-Joseph Sieyès Suivi par
Jean-Sylvain Bailly
Fauteuil 31 de l’Académie française
1803-1816
Trophime-Gérard de Lally-Tollendal


Erreur de référence : Des balises <ref> existent, mais aucune balise <references/> n’a été trouvée.