Affaire du collier de la reine

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Le Collier de la Reine (reconstitution) et portrait de Marie-Antoinette

L’affaire du collier est une escroquerie qui eut pour victime, en 1785, le cardinal de Rohan, évêque de Strasbourg, et qui éclaboussa la réputation de la reine Marie-Antoinette.

Contexte[modifier | modifier le code]

Les joailliers parisiens Paul Bassange et Charles Auguste Bœhmer

En 1772, Louis XV souhaita faire un cadeau à Madame du Barry. Il demanda aux joailliers parisiens Bœhmer et Bassange de créer un collier de diamants inégalable[1]. Cela prit aux bijoutiers un temps certain, du fait de la qualité des pierres à collecter ; Louis XV mourut entre-temps.

Le collier se composait de nombreux gros diamants disposés selon un dessin élaboré : des festons (guirlandes), des pendentifs et des panicules font partie de la composition. Les bijoutiers, n'ayant plus de commanditaire, espéraient le vendre à Marie-Antoinette. En 1778 le nouveau roi, Louis XVI, souhaita lui offrir le collier, mais elle le refusa[1]. Selon madame Campan, la Reine aurait déclaré que l'argent serait mieux dépensé pour l'équipement d'un navire de guerre. Certains prétendent que Marie-Antoinette aurait refusé le collier parce qu'elle n'avait pas envie de porter un bijou qui avait été conçu pour une autre femme, surtout si cette femme était une courtisane détestée par la Reine. Selon d'autres, Louis XVI lui-même aurait changé d'avis. Après avoir vainement essayé de placer le collier en dehors de la France, les bijoutiers tentèrent encore une fois de le vendre à Marie-Antoinette après la naissance du dauphin Louis-Joseph en 1781. La Reine refusa à nouveau.

Les protagonistes[modifier | modifier le code]

Jeanne de Valois-Saint-Rémy, comtesse de La Motte.
Nicolas de La Motte, entre 1787 et 1789

L’instigatrice de cette affaire fut Jeanne de Valois-Saint-Rémy, qui descendait par son père du roi de France Henri II et de sa maîtresse Nicole de Savigny. En tant que descendante des Valois, fait attesté officiellement par Cherin, généalogiste du Roi, elle touchait d’ailleurs une pension de Louis XVI.

Article détaillé : Jeanne de Valois-Saint-Rémy.

Son enfance cependant avait été des plus misérables. Depuis Henri II, la lignée était descendue au plus bas selon les mémoires du comte Beugnot. Son père avait épousé une paysanne, qu’il laissa bientôt veuve. Jeanne était envoyée mendier sur les chemins par sa mère, en demandant « la charité pour une pauvre orpheline du sang des Valois ». Une dame charitable, la marquise de Boulainvilliers, étonnée par cette histoire, prit des renseignements, et vérifications faites, entreprit les démarches pour lui obtenir une pension du roi, et lui fit donner une bonne éducation dans un couvent situé près de Montgeron.

En 1780, Jeanne épouse à Bar-sur-Aube, un jeune officier, Nicolas de La Motte. Le ménage, peu après, usurpe le titre de comte et comtesse de La Motte. Jeanne ne se fait plus désormais appeler que comtesse de La Motte-Valois. À cette date, elle fait un voyage à Saverne, pour rejoindre Mme de Boulainvilliers qui lui présente son ami le cardinal Louis de Rohan-Guéméné, à qui elle fait appel financièrement pour sortir de la misère avec laquelle elle continue de se débattre plus ou moins, puis devient sa maîtresse. C’est là aussi qu’elle rencontre le mage Joseph Balsamo, qui se fait appeler comte de Cagliostro. Celui-ci gravite aussi autour du cardinal de Rohan, en lui soutirant de l’argent en échange de prétendus miracles.

Mme de La Motte tente de se mêler à la Cour. Elle parvient à convaincre le cardinal qu’elle a rencontré la reine Marie-Antoinette dont elle dit être devenue l’amie intime. L’amant de Mme de La Motte, Marc Rétaux de Villette (un ami de son mari), possédant un talent de faussaire, imite parfaitement l’écriture de la reine. Il réalise pour sa maîtresse de fausses lettres signées « Marie-Antoinette de France » (alors qu’elle ne signait, que Marie-Antoinette, les reines de France ne signant que de leur prénom, Marie-Antoinette n’était d'ailleurs pas de France mais de Lorraine ou d’Autriche). La comtesse va ainsi entretenir une fausse correspondance, dont elle est la messagère, entre la reine et le cardinal dont le but affiché serait de les réconcilier.

La reine et le cardinal ont un vieux contentieux : en 1773 le cardinal, qui était alors ambassadeur de France à Vienne, s’était aperçu que l’Impératrice Marie-Thérèse, la mère de Marie-Antoinette, jouait un double jeu et préparait en sous-main le démantèlement de la Pologne, de concert avec la Prusse et la Russie. Il avait écrit une lettre à Louis XV pour l’en avertir, lettre qui avait été détournée par le duc d’Aiguillon, ministre des Affaires Étrangères, qui l’avait remise à la comtesse du Barry, favorite de Louis XV, détestée par Marie-Antoinette. La comtesse l’avait lue publiquement dans un dîner, et le ton de cette lettre était ironique et très irrespectueux envers l’Impératrice, et prêtait à Marie-Antoinette un caractère volage.

D’autre part, la vie dissolue du cardinal à Vienne, ses dépenses effrénées, ses maîtresses affichées, ses parties de chasse fastueuses en tenue laïque, avaient scandalisé Marie-Thérèse. L'impératrice avait demandé à Versailles le rappel de cet ambassadeur et l’avait obtenu.

Depuis ces épisodes, la reine, fidèle à la mémoire de sa mère, était plus qu’en froid avec le cardinal. Ce dernier se désespérait de cette hostilité. La comtesse de La Motte fit espérer au cardinal un retour en grâce auprès de la souveraine. Ayant de gros besoins d’argent, elle commença par lui soutirer au nom de la reine 60 000 livres (en deux versements), qu’il lui accorda tandis que la comtesse lui fournissait des fausses lettres reconnaissantes de la reine, annonçant la réconciliation espérée, tout en repoussant indéfiniment les rendez-vous successifs demandés par le cardinal pour s’en assurer.

Le comte de la Motte avait découvert par l'entremise de Cagliostro qu’une prostituée, Nicole Leguay[2] que la Motte fait appeler Mlle d'Essigny ou baronne d’Oliva pour l'introduire dans son salon), opérant au Palais-Royal, s'était forgé une réputation due à sa ressemblance avec Marie-Antoinette. Mme de La Motte la reçoit et la convainc de bien vouloir, contre une somme de 15 000 livres, jouer le rôle de la reine recevant en catimini un ami, dans le but de jouer un tour[3].

La nuit du 11 août 1784, le cardinal se voit confirmer un rendez-vous au Bosquet de Vénus dans les jardins de Versailles à onze heures du soir. Là, Nicole Leguay « l’obligeante hétaïre », déguisée en Marie-Antoinette dans une robe de mousseline à pois (copiée d'après un tableau d'Élisabeth Vigée Le Brun[4]), le visage enveloppé d’une gaze légère noire, l’accueille avec une rose et lui murmure un « Vous savez ce que cela signifie. Vous pouvez compter que le passé sera oublié ». Avant que le cardinal ne puisse poursuivre la conversation, Mme de La Motte apparaît avec Rétaux de Villette en livrée de la reine avertissant que les comtesses de Provence et d’Artois, belles-sœurs de la reine, sont en train d’approcher. Ce contretemps, inventé par Mme de La Motte, abrège l’entretien. Le lendemain, le cardinal reçoit une lettre de la « reine », regrettant la brièveté de la rencontre. Le cardinal est définitivement conquis, sa reconnaissance et sa confiance aveugle en la comtesse de La Motte deviennent plus que jamais inébranlables.

Jouant sur la réputation de passion de la reine pour les bijoux, Mme de La Motte va entreprendre le coup de sa vie, en escroquant cette fois le cardinal pour la somme de 1,6 million de livres (qui équivaut pour l'époque à trois châteaux entourés chacun de 500 ha de terres).

L’escroquerie[modifier | modifier le code]

Le Collier de la Reine, reconstitution en zircone, château de Breteuil

Le 28 décembre 1784, se présentant toujours comme une amie intime de la reine, elle rencontre les joailliers Bœhmer et Bassange qui lui montrent le collier de 2 840 carats[5] qu'ils souhaitent rapidement vendre car ils se sont endettés pour le constituer[6]. Tout de suite elle imagine un plan pour entrer en sa possession. Elle déclare au joaillier qu’elle va intervenir pour convaincre la reine d’acheter le bijou, mais par le biais d’un prête-nom. De fait, le cardinal de Rohan reçoit en janvier 1785 une nouvelle lettre, toujours signée « Marie-Antoinette de France »[7], dans laquelle la reine lui explique que ne pouvant se permettre d’acquérir ouvertement le bijou, elle lui fait demander de lui servir d’entremetteur, s’engageant par contrat à le rembourser en versements étalés dans le temps — quatre versements de 400 000 livres — et lui octroyant pleins pouvoirs dans cette affaire.

En outre la comtesse s’est ménagé la complicité de Cagliostro, dont le cardinal est fanatique (il ira jusqu’à déclarer « Cagliostro est Dieu lui-même ! »). Devant le cardinal, le mage fait annoncer par un enfant médium un oracle dévoilant les suites les plus fabuleuses pour le prélat s’il se prête à cette affaire : la reconnaissance de la reine ne connaîtra plus de bornes, les faveurs pleuvront sur la tête du cardinal, la reine le fera nommer par le roi premier ministre. Le 1er février 1785, convaincu, le cardinal signe les quatre traites et se fait livrer le bijou qu’il va porter le soir même à Mme de La Motte dans un appartement qu'elle a loué à Versailles. Devant lui, elle le transmet à un prétendu valet de pied portant la livrée de la reine (qui n’est autre que Rétaux de Villette). Pour avoir favorisé cette négociation, l’intrigante bénéficiera même de cadeaux du joaillier.

Immédiatement les escrocs ont desserti maladroitement le collier en abîmant les pierres précieuses et commencé à revendre les pierres. Rétaux de Villette a quelques ennuis en négociant les siennes. Leur qualité est telle, et, pressé par le temps, il les négocie si en dessous de leur valeur, que des diamantaires juifs soupçonnent le fruit d’un vol et le dénoncent. Il parvient à prouver sa bonne foi et part à Bruxelles vendre ce qu'il lui reste. Le comte de La Motte part de son côté proposer les plus beaux diamants à deux bijoutiers anglais de Londres. Ceux-ci, pour les mêmes raisons que leurs collègues israélites, flairent le coup fourré. Ils envoient un émissaire à Paris : mais aucun vol de bijoux de cette valeur n’étant connu, ils les achètent, rassurés. Les dernières pierres sont donc vendues à Londres.

Pendant ce temps, la première échéance est attendue par le joaillier et le cardinal pour le 1er août. Toutefois, l’artisan et le prélat s’étonnent de constater qu’en attendant, la reine ne porte pas le collier. Mme de La Motte les assure qu’une grande occasion ne s’est pas encore présentée, et que d’ici là, si on leur parle du collier, ils doivent répondre qu’il a été vendu au sultan de Constantinople. En juillet cependant, la première échéance approchant, le moment est venu pour la comtesse de gagner du temps. Elle demande au cardinal de trouver des prêteurs pour aider la reine à rembourser. Elle aurait, en effet, du mal à trouver les 400 000 livres qu’elle doit à cette échéance. Mais le bijoutier Bœhmer va précipiter le dénouement. Ayant eu vent des difficultés de paiement qui s’annoncent, il se rend directement chez la première femme de chambre de Marie-Antoinette, Mme Campan, et évoque l’affaire avec elle[8]. Celle-ci tombe des nues et naturellement va immédiatement rapporter à la reine son entretien avec Boehmer. Marie-Antoinette, pour qui l’affaire est incompréhensible, charge le baron de Breteuil, ministre de la Maison du roi, de tirer les choses au clair. Le baron de Breteuil est un ennemi du cardinal de Rohan, ayant notamment convoité en vain son poste d'ambassadeur à Vienne. Découvrant l’escroquerie dans laquelle le cardinal est impliqué, il se frotte les mains, et compte bien lui donner toute la publicité possible.

Le scandale[modifier | modifier le code]

Photocopie de la lettre de Louis XVI ordonnant l'embastillement du cardinal de Rohan adressée au gouverneur de Launay

La prétendue comtesse, sentant les soupçons, s’est entre-temps arrangée pour procurer au cardinal un premier versement de 35 000 livres, grâce aux 300 000 livres qu'elle a acquis de la vente du collier et dont elle s'est déjà servie pour s'acheter une gentilhommière. Mais ce versement, d’ailleurs dérisoire, est désormais inutile. Parallèlement, la comtesse informe les joailliers que la prétendue signature de la reine est un faux, afin de faire peur au cardinal de Rohan et l'obliger à régler lui-même la facture par crainte du scandale. L’affaire éclate. Entre-temps, les mêmes aigrefins, menés par l'ex-inspecteur des mœurs, agent secret et escroc Jean-Baptiste Meusnier, en profitent pour soutirer 60 000 autres livres à d'autres bijoutiers[9].

Le roi est prévenu de l'escroquerie le 14 août 1785. Le 15 août, alors que le cardinal — qui est également grand-aumônier de France — s’apprête à célébrer en grande pompe la messe de l’Assomption dans la chapelle du château de Versailles, il est convoqué dans les appartements du roi en présence de la reine, du garde des sceaux Miromesnil et du ministre de la Maison du roi Breteuil[10].

Il se voit sommé d’expliquer le dossier constitué contre lui. Le prélat comprend qu’il a été berné depuis le début par la comtesse de La Motte. Il envoie chercher les lettres de la « reine ». Le roi réagit : « Comment un prince de la maison de Rohan, grand-aumônier de France, a-t-il pu croire un instant à des lettres signées Marie-Antoinette de France !  ». La reine ajoute : « Et comment avez-vous pu croire que moi, qui ne vous ai pas adressé la parole depuis 15 ans, j’aurais pu m’adresser à vous pour une affaire de cette nature ? ». Le cardinal tente de s’expliquer. « Mon cousin, je vous préviens que vous allez être arrêté. », lui dit le roi. Le cardinal supplie le roi de lui épargner cette humiliation, il invoque la dignité de l’Église, le souvenir de sa cousine la comtesse de Marsan qui a élevé Louis XVI. Le roi se retourne vers le cardinal : « Je fais ce que je dois, et comme roi, et comme mari. Sortez[11]. » Au sortir des appartement du roi, il est arrêté dans la Galerie des Glaces au milieu des courtisans médusés. Le scandale éclate !

Le cardinal est emprisonné à la Bastille. Il commence immédiatement à rembourser les sommes dues, en vendant ses biens propres, dont son château de Coupvray (à la fin du XIXe siècle, les descendants de ses héritiers continueront de rembourser sporadiquement par fractions les descendants du joaillier). La comtesse de La Motte est arrêtée, son mari s’enfuit à Londres (où il bénéficie du droit d'asile) avec les derniers diamants, Rétaux de Villette étant déjà en Suisse. On interpelle aussi Cagliostro et le 20 octobre Nicole Leguay à Bruxelles avec son amant dont elle est enceinte.

Le procès[modifier | modifier le code]

Le roi laisse au cardinal le choix de la juridiction qui aura à se prononcer sur son cas : ou bien s’en remettre directement au jugement du roi en huis clos, ou être traduit devant le Parlement de Paris. Ceci s’avère fort malhabile de la part de Louis XVI : le cardinal décidant de mettre l’affaire dans les mains du Parlement qui est toujours, plus ou moins, en fronde contre l’autorité royale.

Le 22 mai 1786, le procès public s’ouvre devant les 64 magistrats de la Tournelle et la Grand-chambre du Parlement présidée par le marquis Étienne François d'Aligre assisté de conseillers honoraires et maîtres des requêtes. Le 30 mai, le parlement rend son verdict, face à une presse qui se déchaîne. Le cardinal est acquitté (aussi bien pour l'escroquerie que pour le crime de lèse-majesté envers la reine et ce malgré un mémoire à charge réalisé par un homme d'intrigue, sieur Bette d'Etienville et le réquisitoire du procureur Joseph Omer Joly de Fleury) à 26 voix de conseillers contre 23. La prétendue comtesse de La Motte, elle, est condamnée à la prison à perpétuité à la Salpêtrière, après avoir été fouettée et marquée au fer rouge sur les deux épaules du « V » de « voleuse » (elle se débattra tant que l’un des « V » sera finalement appliqué sur son sein). Son mari est condamné aux galères à perpétuité par contumace, et Rétaux de Villette est banni, il s'exile à Venise où il écrit en 1790 Mémoire historique des intrigues de la Cour, et de ce qui s'est passé entre la Reine, le comte d'Artois. Enfin, Nicole Leguay est déclarée « hors de cours » (mise hors de cause après avoir ému le tribunal avec son bébé dans les bras), Cagliostro après avoir été embastillé puis soutenu par Jacques Duval d'Eprémesnil, défendu par le brillant avocat Jean-Charles Thilorier, est bientôt expulsé de France (1786).

Marie-Antoinette est au comble de l’humiliation. Elle prend l’acquittement du cardinal comme un camouflet. De la part des juges, cet acquittement signifie qu’on ne saurait tenir rigueur au cardinal d’avoir cru que la reine lui envoyait des billets doux par l'intermédiaire d'une aventurière, lui accordait des rendez-vous galants dans le parc de Versailles et achetait des bijoux pharaoniques par le biais d’hommes de paille en cachette du roi. C’était sous-entendre que de telles frasques n'auraient rien eu d'invraisemblable de la part de la reine. Et c’est bien dans cet esprit que le jugement fut rendu, et pris dans l’opinion.

La reine, désormais consciente que son image s'est dégradée auprès de l'opinion, obtient donc du roi qu’il exile le cardinal de Rohan à l'abbaye de la Chaise-Dieu, l’une des abbayes en commende du cardinal, après l’avoir démis de son poste de grand aumônier. Il restera trois mois dans cette abbaye, après quoi il ira sous des cieux plus cléments, à l’abbaye de Marmoutier près de Tours. Ce n’est qu’au bout de trois ans, le 17 mars 1788, que le roi l’autorisera à retrouver son diocèse de Strasbourg.

Retentissement[modifier | modifier le code]

Le résultat de cette affaire fut résumé par l'exclamation, au lendemain du verdict, de Fréteau de Saint-Just, magistrat du Parlement de Paris : « Un cardinal escroc, la reine impliquée dans une affaire de faux ! Que de fange sur la crosse et le sceptre ! Quel triomphe pour les idées de liberté ! »[12]

Bien que Marie-Antoinette ait été étrangère à toute l'affaire (l'historienne Évelyne Lever suggère cependant que la comtesse de La Motte-Valois, ayant ses entrées à la Cour et qui raconte avoir des entrevues saphiques avec la reine, aurait pu avertir cette dernière non sur l'escroquerie du collier mais de la scène du Bosquet, voire que la reine aurait assisté à la scène cachée derrière un buisson[13].), l’opinion publique ne voulut pas croire à l’innocence de la reine.

Accusée depuis longtemps de participer, par ses dépenses excessives, au déficit du budget du royaume, elle subit à cette occasion une avalanche d’opprobres sans précédent. Les libellistes laissèrent libre cours aux calomnies dans des pamphlets où « l’Autrichienne » se faisait offrir des diamants pour prix de ses amours avec le cardinal. Mme de la Motte qui a nié toute implication dans l'affaire, reconnaissant seulement être la maîtresse du cardinal, est parvenue à s'évader de la Salpêtrière et publie à Londres un récit, dans lequel elle raconte sa liaison avec Marie-Antoinette, la complicité de celle-ci depuis le début de l'affaire et jusqu'à son intervention dans l'évasion.

Par le discrédit qu'il jeta sur la Cour dans une opinion déjà très hostile et le renforcement du Parlement de Paris, ce scandale aura indirectement sa part de responsabilité dans le déclenchement de la Révolution française quatre ans plus tard et dans la chute de la royauté. « Cet évènement me remplit d'épouvante, comme l'aurait fait la tête de Méduse », écrit Goethe dans sa correspondance. Peu après, il ajouta : « Ces intrigues détruisirent la dignité royale. Aussi l’histoire du collier forme-t-elle la préface immédiate de la Révolution. Elle en est le fondement… »[14].

L’Affaire du collier de la reine dans la fiction[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Fraser 2001, p. 226–228
  2. Marie Nicole Leguay (1758/1760-1786), modiste ou actrice selon les biographies.
  3. Webster 1981, p. ??
  4. Delorme 1999, p. 187
  5. Une reproduction en zircon est visible dans le château de Breteuil.
  6. Louis XV envisagea un moment de l'acheter pour la comtesse du Barry
  7. Ce qui est manifestement un faux, la reine signant toujours de son nom de baptême.
  8. Une autre version raconte que Louis XVI a acheté à Bœhmer un bracelet pour la reine, le joaillier livre lui-même le bijou à Versailles et glisse un billet à la reine la félicitant pour son acquisition du collier. Marie-Antoinette brûle le billet et demande à Mme Campan de tirer l'affaire au clair.
  9. Muchembled 2011, chapitre « La double affaire du collier de la reine »
  10. Jean-Christian Petitfils, Louis XVI, Perrin 2005, coll. Tempus, T.I p. 586
  11. Funck-Brentano 1901, p. ??
  12. Petitfils, Op. Cit. p. 616
  13. Évelyne Lever se base sur une lettre de Marie-Antoinette au diplomate Florimond de Mercy-Argenteau dans laquelle elle évoque ses promenades nocturnes sur les terrasses de Versailles
  14. Le Grand Cophte (1790), pièce inspirée à Goethe par l’histoire de Cagliostro.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Mémoires des protagonistes[modifier | modifier le code]

  • Lamotte-Valois, Affaire du Collier, Mémoires inédits du Comte de Lamotte-Valois sur sa vie et son époque (1754-1830), publiés d’après le manuscrit autographe avec un historique préliminaire, des pièces justificatives et des notes de Louis Lacour, Paris, Poulet-Malassis et De Broise, 1858.
  • Cagliostro, Mémoire Pour Le Comte de Cagliostro, Accusé : Contre M. Le Procureur-General, Accusateur, Kessinger Publishing,‎ 1786 (lire en ligne)
  • Nicole d'Oliva, Mémoire pour la demoiselle Le Guay d'Oliva, fille mineure émancipée d'âge, accusée, contre M. le Procureur-Général, accusateur : En présence de M. le Cardinal Prince de Rohan, de la Dame de La Motte-Valois, du Sieur de Cagliostro, & autres ; tous co-accusés, Paris, P. G. Simon & N. H. Nyon, imprimeurs du Parlement,‎ 1786 (lire en ligne)
  • Jean-François Georgel, Memoires pour servir à l'histoire des evenemens de la fin du dix-huitième siècle depuis 1760 jusqu'en 1806-1810, Paris,‎ 1817 (lire en ligne)
  • Mme Campan, Mémoires sur la vie privée de Marie-Antoinette, Baudouin, 1823.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

La plupart des ouvrages couvrant les dernières années de la monarchie française comportent des développements plus ou moins long sur l'Affaire. Il en est de même naturellement des nombreuses biographies de Louis XVI et de Marie-Antoinette. La bibliographie ci-après recense les ouvrages essentiellement centrés sur le sujet.

  • Louis Combes, Marie-Antoinette et l'affaire du collier, G. Decaux 1876, Un des rares historiens à croire en la culpabilité de la reine
  • Frantz Funck-Brentano, L’affaire du collier, d’après de nouveaux documents recueillis en partie par A. Bégis, Paris,‎ 1901
  • Frantz Funck-Brentano, Marie-Antoinette et l'Énigme du collier, J.Tallandier 1926
  • Louis Hastier, La Vérité sur l'affaire du collier, Fayard 1955
  • Alexander Lernet-Holenia, La Comtesse de Lamotte et l'Affaire du collier, Paris-Bruxelles, Elsevier-Séquoia 1974
  • Jacques de Boistel, Un Faux-mystère : l'Affaire du collier, éd. du Trident, 1986
  • Éric de Haynin, Louis de Rohan, le cardinal "Collier", Perrin 1997
  • Jean Poggi, L'Affaire du collier de la reine, De Vecchi 2001
  • Évelyne Lever, L’Affaire du collier, éditions Fayard, 2004.
  • Jean-Claude Fauveau, Le prince Louis cardinal de Rohan-Guéméné ou les diamants du roi, L’Harmattan, 2007
  • Philippe Delorme, Marie-Antoinette : épouse de Louis XVI, mère de Louis XVII, Pygmalion,‎ 1999
  • (en) Antonia Fraser, Marie Antoinette, The Journey, Anchor,‎ 2001 (ISBN 0-7538-1305-X)
  • (en) Nesta Webster, Marie-Antoinette in time, Paris, La Table ronde,‎ 1981 (ISBN 2710300613)
  • Robert Muchembled, Les Ripoux des Lumières, éditions du Seuil,‎ 2011, « La double affaire du collier de la reine »

Lien externe[modifier | modifier le code]