Bataille de Valmy

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Bataille de Valmy
La bataille de Valmy. le 20 septembre 1792, peinture d'Horace Vernet, 1826.
La bataille de Valmy. le 20 septembre 1792, peinture d'Horace Vernet, 1826.
Informations générales
Date 20 septembre 1792
Lieu Entre Sainte-Menehould et Valmy
Issue Victoire française
Abolition de la royauté le lendemain
Belligérants
Flag of France (1790-1794).svg Royaume de France Flag of the Kingdom of Prussia (1750-1801).svg Royaume de Prusse
Drapeau du Saint-Empire Saint-Empire
Flag of Royalist France.svg Armée des émigrés
Commandants
Flag of France (1790-1794).svg François-Christophe Kellermann
Flag of France (1790-1794).svg Charles-François Dumouriez
Flag of the Kingdom of Prussia (1750-1801).svg Charles-Guillaume-Ferdinand de Brunswick
Flag of the Habsburg Monarchy.svg Clerfayt
Forces en présence
32 000 hommes engagés[1] 34 000 hommes[1]
Pertes
300 morts ou blessés[1] 180 morts ou blessés[1]
Première Coalition
Batailles
Guerre de la Coalition

Porrentruy — Marquain — Verdun — Thionville — Valmy — Lille — 1er Mayence — Jemappes — Namur — Maastricht — Francfort — Neerwinden — Landau — St-Amand (en) — Famars — San Pietro — 2e Mayence — 1er Arlon — Valenciennes — Dunkerque — Hondschoote — Avesnes (en) — Méribel — Menin — 1re Wissembourg — Kaiserslautern — Maubeuge — Wattignies — Wœrth — 2e Wissembourg — Martinique — St-Florent (en) — Bastia (en) — Guadeloupe — 2e Arlon — 1er Landrecies — Villers-en-Cauchies (en) — Troisvilles (en) — Mouscron (en) — Tourcoing — Tournai — Ouessant (navale) — Fleurus — Calvi — Tripstadt (en) — Sprimont — Luxembourg — Helder — Gênes (navale) — Groix (navale) — Quiberon — Hyères (navale) — 3e Mayence — Ettlingen (en) — Friedberg — Neresheim — Irlande (1796) — Droits de l'Homme (navale) — Amberg — Friedberg — Terre-Neuve (en) — Würzbourg (en) — Biberach — Emmendingen — Schliengen (en) — Kehl — Fishguard — Cap Saint-Vincent (navale) — Neuwied — Diersheim (en) — Santa Cruz de Ténérife (navale) — Camperdown (navale)


Guerre du Roussillon
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Campagne d'Italie
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Coordonnées 49° 04′ 46″ N 4° 45′ 56″ E / 49.079444444444, 4.7655555555556 ()49° 04′ 46″ Nord 4° 45′ 56″ Est / 49.079444444444, 4.7655555555556 ()  

Géolocalisation sur la carte : France

(Voir situation sur carte : France)
 Différences entre dessin et blasonnement : Bataille de Valmy.

La bataille de Valmy[2] est la première victoire décisive de l'armée française pendant les guerres de la Révolution ayant suivi le renversement de la monarchie des Bourbons. Elle eut lieu le 20 septembre 1792 lorsqu'une armée prussienne commandée par le duc de Brunswick essaya de marcher sur Paris. Les généraux François-Christophe Kellermann et Charles-François Dumouriez réussirent à stopper l'avance prussienne près du village de Valmy situé à l'est de Paris, en Champagne-Ardenne.

En ces premiers mois des guerres de la Révolution — plus tard appelée guerre de la Première Coalition — le nouveau gouvernement français était presque sans légitimité aucune, par conséquent, la petite victoire à Valmy devint une victoire psychologique décisive pour la Révolution et ses partisans[3][réf. incomplète]. L'issue de la bataille est considérée comme « miraculeuse » et est présentée comme une « défaite décisive » de l'armée prussienne[4]. Après la bataille, la jeune Convention nationale est suffisamment revigorée pour déclarer la fin officielle de la monarchie en France, et l’avènement de la Première République. Valmy permet à la Révolution de s'établir durablement, étant ainsi considérée comme l'une des batailles les plus décisives de l'Histoire[1],[5],[6][réf. incomplète].

Contexte historique[modifier | modifier le code]

Après que l’Assemblée nationale législative a déclaré la guerre à l'Empereur du Saint Empire, François Ier, le 20 avril 1792, les forces anti ou contre-révolutionnaires envahissent la France le 18 août 1792.

Au printemps, les armées françaises accumulent les échecs en Belgique, certaines unités tuent leurs officiers et se dispersent[1].

Une armée de 150 000 hommes, formée d'une combinaison de troupes de Prusse, d'Autriche, et de Hesse, à laquelle se sont joints 20 000 émigrés, s’est avancée contre la France sur toute la ligne de ses frontières, entre Dunkerque et la Suisse. Elle est sous le commandement du duc de Brunswick, représentant de Frédéric Guillaume II. Le 10 août 1792, Louis XVI est déclaré « suspendu ». Le 12 août au lever du soleil, les troupes légères prussiennes pénètrent sur le territoire français. Le 15, l’armée prussienne vient camper entre Sierck et Luxembourg, et le général Clairfayt, à la tête des Autrichiens, coupe la communication entre Longwy et Montmédy. Le 19, le maréchal Luckner subit une attaque de 22 000 Autrichiens à Fontoy. Le 23, Longwy tombe. Les troupes françaises n’ont subi que des revers depuis la déclaration de guerre.

Le 2 septembre, la place forte de Verdun, réputée imprenable, capitule : la route de Paris est alors ouverte. Les commandants en chef des armées françaises deviennent suspects ; aussi, avant qu’une action sérieuse puisse être entreprise, les trois armées de Rochambeau, de Lafayette et de Luckner sont réparties entre les généraux Dumouriez et Kellermann.

Campagne précédant la bataille[modifier | modifier le code]

Le 23 août, après un bombardement de trois jours, Longwy se rend aux alliés qui marchent alors lentement vers Verdun indéfendable.

Le colonel Beaurepaire qui défend la place de Verdun, indigné de la lâcheté du conseil municipal qui veut capituler, prend un pistolet et se suicide. Le jeune et vaillant Marceau, qui voulait comme Beaurepaire s’ensevelir sous les ruines de la ville, finit par se rendre le 3 septembre 1792, après la défaite du 20 août. Il a perdu ses équipages, ses chevaux, son argent.

« Que voulez-vous qu’on vous rende ? lui demanda un représentant du peuple.

- Un autre sabre pour venger notre défaite[7][réf. incomplète]. »

Le duc de Brunswick mène une campagne méthodique, prudente et lente[8]. Le 2 septembre, il prend possession de Verdun au nom du roi de France. L’armée d’invasion réunie à Verdun est forte de 80 000 hommes[réf. nécessaire]. Pressé par les émigrés et par le roi de Prusse, il avance à travers les plaines de la Champagne et marche droit sur Paris. Il s’arrête cependant à quelques lieues de Châlons. Il compte sur l’impréparation des troupes françaises, essentiellement composées de gardes nationaux sans expérience ni entraînement[8].

Mais Dumouriez, qui entraînait ses nouvelles troupes à Valenciennes avec des engagements fréquents mais réduits[réf. nécessaire] dans le dessein d’envahir la Belgique, comprend que les Prussiens vont vers Paris, se porte dans l’Argonne par une marche rapide, à courte distance de l’avant-garde prussienne[réf. nécessaire] et barre la route de Paris. Il exploite la difficulté du terrain en faisant barrer les défilés de l’Argonne par des paysans armés[8]. Son objectif est de faire des clairières de l'Argonne un Thermopyles de la France, mais « mais nous serons plus heureux que Léonidas »[8]. Il enjoint à Kellermann de l’assister depuis Metz[réf. nécessaire]. Kellermann se rapproche lentement[réf. nécessaire] et, avant qu’il n'arrive, l’armée coalisée passe par La Croix-aux-Bois, passage du nord de l’Argonne qui n’était pas gardé[8]. Alors que le ministre de la Guerre Joseph Servan avait ordonné de couvrir la Marne[8], Dumouriez fait une manœuvre de nuit, sous la pluie, qui regroupe ses troupes en changeant le front pour faire face au nord, avec son aile droite dans l’Argonne et sa gauche s’allongeant vers Châlons-sur-Marne. C'est sur cette position que Kellermann fait sa jonction à Sainte-Menehould le 19 septembre 1792.

Dumouriez campe à une lieue en avant de Sainte-Menehould, sur un plateau peu élevé au-dessus des prairies à droite du chemin qui conduit à Châlons. Cette position s’appuie sur la droite à l’Aisne qui descend de Sainte-Menehould, des prairies marécageuses et un étang en couvrent la gauche. Une vallée étroite sépare le camp des hauteurs de l’Iron et de la Lune où campent les Prussiens. Entre ces deux élévations se trouve un bassin de prairies d’où sortent quelques tertres dont le plus élevé est celui qui se trouve couronné par le moulin de Valmy. Deux petites rivières séparent cet espace qui tombent dans l’Aisne au-dessus et au-dessous de Sainte-Menehould. L’Auve est au sud et la Bionne est au nord. Le quartier général est placé à Sainte-Menehould à une égale distance du corps d’armée et de l’avant-garde commandée par le général Dillon, sur la rive droite de l’Auve. Un bataillon de troupes de ligne se trouve dans le château de Saint-Thomas. Vienne-le-Château, Moiremont et La Neuville-au-Pont sont occupés par trois autres bataillons d'infanterie et de la cavalerie. Le front du camp est couvert de batteries qui couvrent le vallon dans tous ses prolongements. La gauche du camp se termine sur le chemin de Châlons, la rive droite de l’Auve est laissée à l’armée de Kellermann.

Kellermann, arrivé le 18 septembre à Dampierre-le-Château, y reçoit le soir une dépêche de Dumouriez lui indiquant en arrière et sur la gauche une position excellente, formant équerre avec la sienne, ce qui sera déterminant pour couvrir une attaque sur Kellerman en la canonnant par les flancs depuis les positions de Dumouriez. Le lendemain, Kellermann obéit et fait passer l’Auve à ses troupes. Mais à peine est-il rendu sur l’emplacement désigné par Dumouriez que, frappé par ses inconvénients, il court à Sainte-Menehould pour faire observer au général en chef combien cette position est dangereuse: la gauche destituée d’appui, est soumise aux hauteurs qui descendent du moulin de Valmy. La droite touche un étang qui gêne sa communication avec la gauche de l’armée de Sainte-Menehould. Le ruisseau d’Auve, seule retraite en cas d’échec, est trop rapproché des arrières du camp. Une armée fuyant en désordre s'y retrouverait embourbée. Si les deux armées sont attaquées, elles seraient battues par le seul fait du terrain. Kellermann prévient Dumouriez qu’il est décidé à repasser l’Auve le lendemain 20 septembre, à la pointe du jour, mais il n’a pas le temps de s'exécuter. L’armée prussienne, instruite de son arrivée et jugeant bien la difficulté de sa position, est déjà en marche pour l’attaquer.

Le duc de Brunswick a en effet passé les défilés du nord et pivoté pour couper Dumouriez de Châlons. La manœuvre prussienne est presque achevée. Kellermann, commandant en l’absence momentanée de Dumouriez, fait avancer son aile gauche et prend position sur le plateau adossé au moulin entre Sainte-Menehould et Valmy.

Forces en présence[modifier | modifier le code]

Déroulement[modifier | modifier le code]

carte de la bataille de Valmy

À trois heures du matin, le 20 septembre, les Prussiens et les Autrichiens sont déjà en mouvement et bientôt l’avant-garde prussienne, commandée par le prince de Hohenlohe-Singelfingen, rencontre celle du général Kellermann, sous les ordres du général Deprez-Crassier[9], établie en avant du village de Hans pour éclairer cette partie et couvrir la gauche de l’armée. L’attaque prussienne fait prendre conscience qu’il s’agit d’une affaire sérieuse et non d’une escarmouche d’avant-postes, les coalisés veulent en finir et écraser d’un seul coup les deux petites armées qui s’opposent à leur marche.

L’avant-garde prussienne se porte directement sur Hans, entre la Bionne et la Tourbe, tandis que le gros de l’armée remonte la rivière à Somme-Tourbe suivi des Autrichiens du général Clairfayt.

À la première nouvelle de l’attaque de son avant-garde, Kellermann prend aussitôt ses dispositions pour une bataille en règle : il ordonne de plier les tentes, de prendre les armes et de déblayer la route en arrière en faisant filer les équipages par le grand chemin de Sainte-Menehould. Il n’est plus question de repasser l’Auve, le temps presse.

Jusque vers sept heures, un brouillard épais empêche les deux armées de connaître leurs dispositions respectives. Lorsqu’il se dissipe un peu, l’artillerie commence à tirer de part et d’autre[1], et le feu se soutient avec vivacité, sans être vraiment meurtrier pour aucun parti. Vers dix heures, Kellermann, placé au centre de la ligne, étudie les manœuvres de l’ennemi lorsque son cheval est tué sous lui d’un coup de canon. Presque dans le même temps, des obus éclatent au milieu du dépôt de munitions et font sauter deux caissons d’artillerie, blessant beaucoup de monde alentour. Dans le désordre ainsi causé, les conducteurs s’enfuient avec d'autres caissons. Faute de munitions, le feu diminue d’intensité. Une partie de l’infanterie opère alors un mouvement de recul et ajoute à la confusion. Kellermann s’y rend en personne, et reprend la première position.

Le duc de Brunswick voyant que le feu de son artillerie n’a pas réussi à ébranler les troupes françaises, veut essayer une attaque de vive force. Vers les onze heures, le feu de ses batteries redouble. Il forme trois colonnes d’attaque soutenues par la cavalerie. Les deux colonnes de gauche se dirigent sur le moulin de Valmy, la droite se tenant à distance. Ces attaques en ordre oblique sont la tactique habituelle des Prussiens.

Kellermann comprend que dans cet état d’esprit, il n’est pas non plus possible de maintenir la discipline tout en restant statique. Aussi, il ordonne d’avancer. Il dispose son armée en colonnes par bataillon. Quand elles sont formées, il les parcourt et leur adresse cette courte harangue : « Camarades, voilà le moment de la victoire ; laissons avancer l’ennemi sans tirer un seul coup de fusil, et chargeons-le à la baïonnette. »

L’armée, pleine d’enthousiasme et déjà aguerrie par une canonnade de quatre heures, répond aux paroles de son général par des cris multipliés de : Vive la nation ! Kellermann lui-même, et alors que soufflé par l'explosion d'un caisson de munitions français il est tombé de cheval, met son chapeau au bout de son sabre et répète : Vive la nation ! en passant devant les troupes sur un nouveau cheval. En un instant, tous les chapeaux sont sur les baïonnettes et un immense cri s’élève de tous les rangs de l’armée. La clameur dure près d'un quart d’heure, est reprise d’un bout à l’autre de l’armée et renaît sans cesse, atteignant une force « qui faisait trembler le sol »[8].

Ces mouvements, cet enthousiasme, annoncent une armée qui brûle de combattre. L’ennemi s’étonne, ses colonnes s’arrêtent : « La victoire est à nous ! » crie Kellermann, et l’artillerie française redouble son feu sur les têtes de colonnes prussiennes[pas clair]. Devant tant de détermination, le duc de Brunswick donne le signal de la retraite.

Le feu continue jusqu’à quatre heures du soir. Encore une fois l’ennemi reforme ses colonnes et essaie une nouvelle attaque. Mais la bonne contenance de l’armée française, son ardeur manifestée par de nouveaux cris, suffit à l’arrêter une seconde fois. Vers sept heures du soir, les coalisés regagnent leurs premières positions, laissant aux Français le champ de bataille. Le lendemain, 21 septembre, Kellermann, dont la position, malgré la retraite de l’ennemi, n’en est pas moins hasardeuse, s’établit sur les hauteurs de Voilemont, son front couvert par l’Auve et sa droite appuyée sur la gauche de Dumouriez.

La bataille est marquée surtout par une intense canonnade (les Français tirent 20 000 coups de canon[réf. nécessaire]) au cours de laquelle la nouvelle artillerie française créée par Gribeauval montre sa supériorité[1]. Les deux armées ont assisté à la bataille sans vraiment y prendre part. Dumouriez a pris toutes ses dispositions pour venir au secours de Kellermann en cas d’échec, ou pour prendre part à l’affaire si elle devenait générale. Clairfayt s’est contenté de montrer trois têtes de colonnes vers Valmy et Maffrievart pour tenir les Français dans l’incertitude et menacer en même temps la tête du camp de Sainte-Menehould et les derrières de la droite de Kellermann. Avec ses 100 000 Austro-Prussiens engagés contre seulement 24 000 Français, le duc de Brunswick était si sûr de vaincre, qu’il avait cru pouvoir se passer de l’assistance efficace de Clairfayt et des Autrichiens.

Il y a finalement 300 morts côté français, 184 chez les Prussiens.

Portée stratégique et conséquences[modifier | modifier le code]

La retraite des Prussiens étonne bien des observateurs. Les suppositions vont bon train : le duc de Brunswick n’aurait-il pas été acheté par Georges Danton avec les diamants de la couronne royale de France, volés quatre jours plus tôt (16 septembre 1792) au Garde-Meuble de la Couronne[10] ? Quelques jours plus tôt, l’invasion de la Pologne par la Russie et l’Autriche a aussi commencé ; or la Prusse a besoin de cette armée pour participer au partage. On envisage une négociation entre Dumouriez et Brunswick (absent au début de l'engagement qui n'aurait été qu'un simulacre). Une autre hypothèse est que la victoire aurait été achetée par un accord entre le général Kellermann et le duc de Brunswick tous deux de la même obédience maçonnique[11].

Or, présentée parfois, surtout après la disgrâce de Dumouriez, comme une simple canonnade où la vigueur citoyenne et des tractations occultes auraient fait reculer une armée d'invasion troublée par une dysenterie due à la consommation de raisins verts ou de mirabelle, la victoire de Valmy est toutefois aussi le résultat des choix du commandement qui permirent de rétablir une situation stratégique compromise.

Avant la bataille, les débris vaincus de troupes françaises inexpérimentées venaient de perdre leurs chefs et leurs places fortes et reculaient devant une armée entraînée, deux fois plus nombreuse, qui n'avait plus d'obstacle vers l'ouest pour prendre Paris et y libérer Louis XVI. La défense même de la capitale, retardée par le veto du roi, semblait incertaine, dans le chaos politique de la mise en place de la Convention.

La manœuvre de Dumouriez qui concentre ses troupes sur les arrières de l'ennemi, est un choix tactique qui :

  • facilite la jonction avec Kellermann ;
  • coupe potentiellement l'approvisionnement et les communications de l'armée d'invasion ;
  • permet de prendre pour terrain de la bataille décisive un plateau favorable au déploiement de l'artillerie, seul point fort des troupes françaises ;
  • met les forces françaises dans une situation où il leur suffit de tenir le terrain alors que l'ennemi doit les disperser complètement pour pouvoir poursuivre son mouvement.

Continuer vers l'ouest pour Brunswick, en ignorant les armées françaises aurait en effet été dangereux : il aurait pu se faire prendre à revers lors du siège de Paris qu'il allait conduire. Il lui était également impossible de temporiser, car il risquait d'être pris en tenaille par une sortie des Parisiens, sans être ravitaillé. Il lui fallut donc se confronter au plateau choisi par les Français, cas inhabituel d'une armée contrainte au demi-tour après avoir pourtant forcé le passage. N'ayant pas pu disperser les Français, il n'eut d'autre choix que de repasser au nord-est, pour retrouver ses liaisons avec ses arrières. Les troupes de Dumouriez pouvaient alors le poursuivre et être renforcées depuis la capitale par la levée en masse de la nouvelle République.

Éric Hazan relève l’importance de la clameur, qui permet de remporter la bataille. Certes, le gain est faible, car l’armée prussienne est intacte, la route de Paris est toujours ouverte et sans défense[12].

Plus que la valeur tactique de la défense du plateau (liée surtout à la puissance de l'artillerie), plus même que le caractère du commandement (Kellermann dynamisant des recrues et évitant la panique) ou que l'enthousiasme des troupes, c'est cette manœuvre stratégique (peut-être involontaire ?) qui est à mettre au crédit du général dans ce « miracle de Valmy ».

Le 21 septembre 1792, la nouvelle parvient à Paris. Assurée de la sauvegarde du pays, sûre de sa force, la Convention nationale proclame l'abolition de la royauté, à laquelle se substitue la République. Kellermann passe pour le sauveur de la patrie. 80 000 ennemis, qui avaient marché comme en triomphe, reculent alors et l’armée française inexpérimentée, devant des soldats aguerris et disciplinés, s’aperçoit que le courage et le patriotisme peuvent la rendre redoutable. La bataille de Valmy est donc à l’origine du mythe du citoyen en arme qui fonde la conscription (ou service militaire). Les conséquences de cette bataille furent l’évacuation du territoire français par l’armée coalisée le 22 octobre suivant. Goethe, qui a assisté à la bataille aux côtés du duc de Saxe-Weimar a affirmé en 1822 avoir prononcé alors ces mots prophétiques : « D’aujourd’hui et de ce lieu date une ère nouvelle dans l’histoire du monde ». En réalité cette formule pourrait bien être inspirée d'une phrase contemporaine de Christoph Friedrich Cotta, complétée par une formule imitée de la rhétorique de Napoléon Bonaparte[13].

Personnalités ayant participé à cette bataille[modifier | modifier le code]

Du côté des troupes françaises[modifier | modifier le code]

Statue de Kellermann et obélisque à Valmy
Le Duc de Chartres à Valmy, 1792, Éloi Firmin Féron, 1848, Ministère de la Défense (France). Le duc de Chartres (futur roi Louis-Philippe Ier) et son frère le duc de Montpensier rendant compte de la bataille de Valmy au maréchal de Rochambeau, prés du moulin de Saint-Sauve (20 septembre 1792).

Du côté des attaquants[modifier | modifier le code]

Goethe en 1791

Le site[modifier | modifier le code]

Moulin de Valmy dans les champs à l’été 2007

On peut retrouver sur le site un monument à Kellermann représentant le général haranguant ses troupes. Une chapelle a aussi été construite sur le site. Elle renferme le cœur de la princesse Ginetti, l’arrière-petite-fille du général, qui par ses dons avait permis l’aménagement du site.

En prévision du 150e anniversaire de la bataille, le maire de Valmy, André Procureur, décide de réinstaller un moulin à Valmy grâce à une souscription nationale. Le moulin vient alors d’Attiches. Les travaux, commencés en 1939 sont interrompus par la guerre et une toiture provisoire est installée. Les travaux reprennent après la guerre et le moulin est inauguré le 20 septembre 1947.

Entièrement détruit par une tempête le 26 décembre 1999, le moulin de Valmy a été reconstruit (par l’entreprise Création bois) en 2005 en partie grâce à une souscription lancée par le député-maire (UMP) de Châlons-en-Champagne Bruno Bourg-Broc.

Dans le village de Valmy, les statues des vénézuéliens Francisco de Miranda et Simón Bolívar rappellent l’aide apportée durant la bataille par les libérateurs de l’Amérique du Sud.

Un Centre d'interprétation historique du site de la bataille de Valmy est en projet. Prévu pour une ouverture en 2011, le bâtiment de 570 m2 permettra d'accueillir expositions et conférences ainsi qu'un « musée » de Valmy.

Polémique[modifier | modifier le code]

L’intention de Jean-Marie Le Pen d’utiliser la mémoire du site pour y lancer sa campagne présidentielle le 20 septembre 2006 crée polémique.

Le président de la Communauté de communes de la Région de Sainte-Menehould, Bertrand Courot, gestionnaire du site, refuse de mettre les lieux à disposition du Front national et de son président et d’y permettre une « récupération ». La protestation est aussi menée par l’association « les Fils de Valmy » ; pour son président Jean Relinger « On peut suspecter que sa venue n’est pas guidée par les idéaux progressistes de Valmy mais par une raison d’opportunisme électoraliste qui bafouent les valeurs républicaines ». « Je ne peux pas l’empêcher de venir. C’est un lieu public », rétorque Patrick Brouillard, le maire de Valmy, 290 habitants. « Et la sécurité en cas de manifestation, c’est du domaine du préfet »[14].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean-Paul Bertaud, Valmy : la démocratie en armes, Paris, Gallimard/Julliard, coll. « Archices » (no 39),‎ 1989, 328 p. (ISBN 978-2070288649).
  • Jean-Pierre Bois, Dumouriez : héros et proscrit, un itinéraire militaire, politique et moral entre l'Ancien Régime et la Restauration, Paris, Perrin,‎ décembre 2004, 484 p. (ISBN 978-2262020583).
  • Antoine de Jomini - « Histoire critique et militaire des guerres de la Révolution » (1816), éd. Magimel, Anselin et Pochard, Paris
  • Charles Mullié, Biographie des célébrités militaires des armées de terre et de mer de 1789 à 1850, 1852 [détail de l’édition]
  • Arthur Chuquet, Les Guerres de la Révolution : 2. Valmy, 1887
  • Campagne du Duc de Brunswick contre les Français en 1792, publiée en allemand par un officier prussien témoin oculaire et traduite en français sur la quatrième édition à Paris chez A.Cl.FORGET rue du Four-Honoré No 487 An III de la République.
  • Léonce Bourliaguet, Les Canons de Valmy.
  • Goethe, La campagne de France: Valmy, no.6, Édité par Henri Gautier, Paris, 1896.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e, f, g et h A. G., « Bataille de Valmy », Les 1001 batailles qui ont changé le cours de l’histoire, Flammarion, 2012, ISBN 978-2-0812-8450-0, p. 480
  2. La bataille de Valmy est également appelée bataille du camp de la lune nom du lieu ou campent les Prussiens
  3. Soboul, p.269.
  4. (en) Alistair Horne, La Belle France, USA, Vintage,‎ 2004 (ISBN 978-1-4000-3487-1, lire en ligne), p. 197.
  5. (en) Michael Lee Lanning, The Battle 100: The Stories Behind History's Most Influential Battles, Chicago, Sourcebooks, Inc.,‎ 2005 (ISBN 1-4022-0263-6, lire en ligne)
  6. Creasy, p. 328ff.
  7. Source: Charles Mullié
  8. a, b, c, d, e, f et g Olivier Hazan, Une histoire de la Révolution française, La Fabrique, 2012, ISBN 978-2-35872-038-0, p. 187
  9. [PDF] « Le général gessien Deprez-Crassier s’était distingué à Valmy », sur Association des Mémoires Ornésiennes (consulté le 6 juillet 2013)
  10. Henri Kubnick, Farces et mystifications de l'histoire, Hachette,‎ 1971, p. 157
  11. Henri Prouteau, Littérature et franc-maçonnerie, H. Veyrier,‎ 1991, p. 157
  12. Hazan, op. cit., p. 187-188
  13. François Genton : « Goethe à Valmy et Christoph Friedrich Cotta », Savantes Délices. Périodiques souabes au siècle des Lumières, Paris : Didier Erudition, 1989, p. 315-324. La phrase de Goethe est citée aussi dans : Françoise Knopper/Jean Mondot, L'Allemagne face au modèle français de 1789 à 1815, Toulouse, 2008, p. 80 et dans 'Les 1001 batailles…, op. cit.
  14. L’Union, 11 juillet 2006