Batailles de Saratoga

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Batailles de Saratoga
Reddition du Général Burgoyne par John Trumbull.
Informations générales
Date 19 septembre et 7 octobre 1777
Lieu Saratoga, État de New York
Issue Première bataille : victoire britannique à la Pyrrhus ;
Deuxième bataille : victoire américaine décisive
Reddition britannique le 17 octobre.
Belligérants
Drapeau des États-Unis États-Unis Drapeau du Royaume de Grande-Bretagne Royaume de Grande-Bretagne
Commandants
Horatio Gates
Benedict Arnold
Benjamin Lincoln
Enoch Poor
Ebenezer Learned
Daniel Morgan
John Burgoyne
Simon Fraser
F.A. Riedesel
Forces en présence
9 000 hommes (première bataille)[1]
plus de 12 000 hommes (seconde bataille)[2]
plus de 15 000 hommes (au moment de la reddition)[3]
7 200 hommes (première bataille)[4]
6 600 hommes (seconde bataille)[2]
Pertes
90 morts
240 blessés[5],[6]
440 morts
695 blessés
6 222 prisonniers[7],[5]
Guerre d'indépendance des États-Unis
Batailles
Campagne de Boston (1774-1776)

(Powder Alarm) · Lexington et Concord · Boston · Bunker Hill


Invasion du Canada (1775)

Fort Ticonderoga · Fort Saint-Jean · Longue-Pointe · Québec · Saint-Pierre · Les Cèdres · Trois-Rivières · Ile Valcour


Campagne de New York et du New Jersey (1776-1777)

Long Island · Kips Bay · Harlem Heights · Pell's Point · White Plains · Fort Washington · Iron Works Hill · Trenton · Assunpink Creek · Princeton · Millstone · Bound Brook · Short Hills


Campagne de Saratoga (1777)

Fort Ticonderoga · Hubbardton · Fort Anne · Fort Stanwix · Oriskany · Bennington · Forts Clinton et Montgomery · Saratoga


Campagne de Philadelphie (1777-1778)

Bound Brook · Short Hills · Staten Island · Cooch's Bridge · Brandywine · Clouds · Paoli · Germantown · Red Bank · Gloucester · White Marsh · Matson's Ford · Valley Forge · Quinton's Bridge · Crooked Billet · Barren Hill · Monmouth


Front de l'Ouest (1775-1782)

1er Fort Henry · Boonesborough · Illinois · Fort Vincennes · Fort Pitt · Fort Laurens · Chillicothe · Saint-Louis · Kentucky · Défaite de La Balme · Piqua · Coshocton · Lochry · Long Run · Gnadenhütten · Little Mountain · Expédition Crawford · Bryan Station · Blue Licks · 2e Fort Henry


Front du Nord (1777)

Wyoming Valley · Big Runaway


Front du Sud (1775-1781)

Williamsburg · Great Bridge · Moore's Creek Bridge · Rice Boats · Alligator Bridge · Beaufort · Kettle Creek · Brier Creek · Stono Ferry · Savannah · Charleston · Camden · Kings Mountain · Cowpens · Pyle · Guilford Court House · Hobkirk's Hill · Eutaw Springs · Baie d'Hudson


Campagne de Floride (1779-1781)

Fort Bute · Bâton-Rouge · Fort Charlotte · Mobile · Pensacola


Campagne de Yorktown (1781)

Cap Henry · Blandford · Greenspring Farm · Baie de Chesapeake · Yorktown


Guerre des Antilles (1775-1783)

Nassau · Barbade (en) · Dominique · Sainte-Lucie (1re) · Sainte-Lucie (2e) · Saint-Vincent (en) · La Grenade (1re) · La Grenade (2e) · Río Hondo (en) · Cayo Cocina (en) · San Fernando (en) · 12 décembre 1779 (en) · 1re Martinique · 2e Martinique · Bermudes · Fort San Juan (en) · Indes occidentales néerlandaises (en) · Saint-Eustache (en) · Fort-Royal · Tobago · Brimstone Hill · Saint-Christophe · Demerara et Essequibo (en) · Montserrat · Roatán (en) · Saintes · Canal de la Mona · Black River (en) · Nassau (2e) (en) · Hispaniola · 6 décembre 1782 · 15 février 1783 · Turques-et-Caïques · l'Alliance et la Sybil · Nassau (3e) (en)


Campagne des Indes (1778-1783)

Pondichéry · 1er Négapatam · Porto Praya · Sadras · Provédien · 2e Négapatam · Trinquemalay · 1er Gondelour · 2e Gondelour


Campagne d'Europe (1778-1783)

1er Ouessant · Flamborough Head · 1er Cap Saint-Vincent · 2e Saint-Vincent · Jersey · Dogger Bank · 2e Ouessant · Gibraltar · Cap Spartel

Coordonnées 42° 59′ 56″ N 73° 38′ 15″ O / 42.998889, -73.637542° 59′ 56″ Nord 73° 38′ 15″ Ouest / 42.998889, -73.6375  

Géolocalisation sur la carte : New York

(Voir situation sur carte : New York)
 Différences entre dessin et blasonnement : Batailles de Saratoga.

Géolocalisation sur la carte : États-Unis

(Voir situation sur carte : États-Unis)
 Différences entre dessin et blasonnement : Batailles de Saratoga.

Les batailles de Saratoga (19 septembre et 7 octobre 1777) marquent le point culminant de la campagne de Saratoga, donnant une victoire décisive aux Américains sur les Britanniques dans la guerre d'indépendance des États-Unis. Le général britannique John Burgoyne conduit une importante armée d'invasion en amont de la vallée du lac Champlain depuis le Canada, espérant retrouver une force semblable venant de New York et marchant vers le nord ; cette force venant du sud n'arrivera jamais et Burgoyne se trouve encerclé par des forces américaines dans le nord de l'État de New York. Burgoyne livre deux batailles pour se sortir de cette situation. Elles ont lieu à dix-huit jours d'intervalle sur le même terrain, à une quinzaine de kilomètres au sud de Saratoga dans l'État de New York. Toutes deux ont échouées. Piégé par des forces américaines supérieures, sans espoir de secours en vue, Burgoyne capitule avec la totalité de son armée le 17 octobre.

La campagne de Burgoyne visant à séparer la Nouvelle-Angleterre des colonies du sud avait bien débuté, mais fut ralentie à cause de problèmes logistiques. Il obtient une petite victoire tactique sur le général Horatio Gates et l'Armée continentale le 19 septembre lors de la bataille de Freeman's Farm au prix de lourdes pertes. Ses gains sont effacés lorsqu'il attaque de nouveau les Américains le 7 octobre dans la bataille de Bemis Heights et les Américains capturent une partie des défenses britanniques. Burgoyne est alors contraint de battre en retraite et son armée est encerclée par la force américaine plus nombreuse à Saratoga, l'obligeant à se rendre le 17 octobre. Les nouvelles de la reddition de Burgoyne ont contribué à faire entrer formellement la France en guerre en tant qu'alliée des Américains, même si elle avait précédemment fourni du matériel, des munitions et des armes, notamment le canon de Vallière, qui joua un rôle important à Saratoga[8]. Cette bataille a également amené l'Espagne à rejoindre la France dans la guerre contre la Grande-Bretagne.

La première bataille, le 19 septembre, commence lorsque Burgoyne déplace certaines de ses troupes dans une tentative visant à flanquer les positions américaines établies sur Bemis Heights. Benedict Arnold, anticipant la manœuvre, place d'importantes forces sur sa route. Bien que Burgoyne ait réussi à prendre le contrôle de Freeman's Farm, cela se fit au prix de pertes importantes. Des escarmouches se poursuivent dans les jours suivant la bataille, pendant que Burgoyne attend dans l'espoir que des renforts arrivent de New York. Des forces de milice continuent d'arriver, grossissant les rangs de l'armée américaine. Des différends à l'intérieur du camp américain conduisent Gates à priver Arnold de son commandement.

Le général britannique Henry Clinton, venant de New York, tente de détourner l'attention des Américains en capturant deux forts dans les Hudson Highlands le 6 octobre, mais ses efforts sont trop tardifs pour être d'une aide quelconque à Burgoyne. Burgoyne lance de nouveau un assaut sur Bemis Heights le 7 octobre après qu'il est devenu clair qu'il ne recevra aucun soutien à temps. Après d'intenses combats, marqué par le courage d'Arnold ralliant les troupes américaines, les forces de Burgoyne sont renvoyées aux positions qu'elles occupaient avant la bataille du 19 septembre et les Américains capturent une partie des défenses britanniques.

Contexte[modifier | modifier le code]

Article principal : Campagne de Saratoga.

Après deux ans dans la guerre d'indépendance des États-Unis, les Britanniques ont changé leurs plans. Renonçant aux colonies rebelles de la Nouvelle-Angleterre, ils décident de diviser les Treize colonies et d'isoler la Nouvelle-Angleterre des colonies du centre et du sud que les Britanniques pensent être plus loyales. Le commandement britannique conçoit en 1777 un plan de grande envergure pour diviser les colonies via un mouvement en tenaille organisé selon trois directions différentes[9]. La force venant de l'ouest, sous le commandement de Barry St. Leger (en), devait avancer depuis ce qui est aujourd'hui l'Ontario à travers l'ouest de la province de New York, suivant la rivière Mohawk[10], et celle venant du sud devait remonter la vallée de l'Hudson depuis New York[11]. Celle venant du nord devait avancer depuis Montréal vers le sud et les trois forces devaient se rejoindre dans les environs d'Albany, coupant la Nouvelle-Angleterre des autres colonies[12].

Situation britannique[modifier | modifier le code]

Le général John Burgoyne, portrait réalisé par Joshua Reynolds vers 1760.

En juin 1777, le général britannique John Burgoyne, connu sous le nom de Gentleman Johnny pour ses manières, se dirige vers le sud depuis la province de Québec pour prendre le contrôle de la haute vallée de l'Hudson. Après sa précédente capture de Fort Ticonderoga, sa campagne s'est enlisée dans les difficultés[12]. Des éléments de l'armée ont rejoint le haut de l'Hudson dès la fin du mois de juillet mais des problèmes logistiques et des difficultés dans l'approvisionnement retardent l'armée principale à Fort Edward. Une tentative pour pallier ces difficultés échoue lorsque près de 1 000 hommes sont tués ou capturés à la bataille de Bennington le 16 août[13]. En outre, Burgoyne reçoit des nouvelles le 28 août annonçant que l'expédition de St. Leger descendant la vallée de la Mohawk a fait demi-tour après l'échec du siège de Fort Stanwix (en)[14].

Ajouté à cela les nouvelles annonçant que le général William Howe a quitté New York avec son armée pour mener une campagne visant à capturer Philadelphie au lieu de se rendre dans le nord pour rejoindre Burgoyne[15] et le départ de la plupart de sa force de soutien amérindienne à la suite de la défaite à Bennington, la situation de Burgoyne devient difficile[16]. Confronté à la nécessité de rejoindre des quartiers d'hiver défendables, ce qui nécessiterait de se retirer à Ticonderoga ou d'avancer jusqu'à Albany, il se décide pour cette dernière option. Consécutivement à cette décision, il prend deux autres décisions cruciales. Il décide de rompre délibérément les communications avec le nord, de sorte qu'il n'a pas besoin de maintenir une chaîne d'avant-postes lourdement fortifiés entre sa position et Ticonderoga et il décide de traverser l'Hudson tant qu'il se trouve en position de force relative[17]. Il ordonne pour cela à Friedrich Adolf Riedesel, qui commande l'arrière de l'armée, d'abandonner les avant-postes de Skenesboro au sud et fait ensuite traverser l'Hudson à l'armée juste au nord de Saratoga entre le 13 et le 15 septembre[18].

Situation américaine[modifier | modifier le code]

Le général Horatio Gates, portrait réalisé par Gilbert Stuart.

L'Armée continentale a opéré un lent et continu repli depuis la capture de Ticonderoga par Burgoyne plus tôt en juillet. À la mi-août, l'armée, alors sous le commandement du major-général Philip Schuyler, établit son campement au sud de Stillwater dans l'actuel État de New York. Le 19 août, le major-général Horatio Gates prend le commandement à la suite de Schuyler, dont les ambitions politiques ont été contrariées par la perte de Ticonderoga et la retraite qui s'ensuivit[19]. Gates et Schuyler, qui viennent de milieux très différents, ne s'entendent pas très bien et se sont précédemment querellés sur des questions de commandement dans le Département nord de l'armée[20]. Gates devient le bénéficiaire d'une armée qui ne cesse de s'agrandir, résultat de la montée de la participation dans la milice après l'appel des gouverneurs d'État, le succès à Bennington et l'indignation générale face au meurtre de Jane McCrea, fiancée d'un Loyaliste de l'armée de Burgoyne, par des Amérindiens servant sous le commandement de Burgoyne[21].

Les décisions stratégiques du commandant-en-chef américain, le général George Washington, ont également amélioré la situation de l'armée de Gates. Washington se préoccupe particulièrement des mouvements du général Howe et de ce qui pourrait être son objectif. Conscient que Burgoyne est également en train de se mouvoir, il prend quelques risques en juillet et envoie de l'aide dans le nord sous la forme du major-général Benedict Arnold, son commandant de terrain le plus agressif, et le major-général Benjamin Lincoln, un homme du Massachusetts connu pour son influence sur la milice de Nouvelle-Angleterre[22]. En août, avant qu'il ne soit certain que Howe fasse effectivement route vers le sud, il ordonne à 750 hommes provenant des forces d'Israel Putnam qui défendent les régions montagneuses de New York de rejoindre l'armée de Gates et envoie également quelques unes des meilleures forces de sa propre armée : le colonel Daniel Morgan et le Provisional Rifle Corps nouvellement créé qui se compose d'environ 500 fusiliers spécialement sélectionnés venant de Pennsylvanie, du Maryland et de Virginie, choisis pour leur habileté au tir[23]. Cette unité deviendra connue sous le nom de « Fusiliers de Morgan (en) ».

Carte montrant les mouvements des deux armées dans la campagne de Saratoga et schéma des batailles de Saratoga en encart.

Le 7 septembre, Gates ordonne à son armée de partir au nord. Un endroit connu sous le nom de Bemis Heights, juste au nord de Stillwater et à environ 16 km au sud de Saratoga, est choisi pour son potentiel défensif et l'armée passe environ une semaine à construire des ouvrages défensifs conçus par l'ingénieur polonais Tadeusz Kościuszko. Les hauteurs offrent une vue générale du secteur et contrôlent la seule route menant à Albany, où elle passe à travers un défilé entre les hauteurs et l'Hudson. À l'ouest de ces hauteurs se trouve d'autres escarpements fortement boisés qui représentent un défi de taille à n'importe quelle armée lourdement équipée[24].

Première bataille de Saratoga : Freeman's Farm (19 septembre)[modifier | modifier le code]

Prélude[modifier | modifier le code]

Avançant prudemment, depuis que le départ de sa force de soutien amérindienne l'a privé de compte-rendus fiables sur les positions américaines, Burgoyne avance vers le sud après avoir traversé l'Hudson[25]. Le 18 septembre, l'avant-garde de son armée a atteint un emplacement situé juste au nord de Saratoga, à environ 6 km de la ligne de défense américaine, et des escarmouches se produisent entre des groupes de reconnaissance américains et les éléments avancés de son armée[26].

Le camp américain est devenu un foyer d'intrigues depuis le retour d'Arnold de Fort Stanwix. Alors que Gates et lui étaient précédemment en raisonnablement bons termes en dépit de leurs ego irritables, Arnold parvient à retourner Gates contre lui en prenant comme officiers d'état-major des hommes favorables à Schuyler, l'entraînant dans la querelle en cours entre les deux hommes[27]. Ce climat tendu n'a pas encore explosé au 19 septembre, mais les événements de la journée vont contribuent à accentuer les tensions. Gates a assigné l'aile gauche des défenses à Arnold et assume lui-même le commandement de l'aile droite, qui est nominalement assignée au général Lincoln, que Gates a détaché en août avec quelques troupes pour harasser les positions britanniques derrière l'armée de Burgoyne[28].

Burgoyne et Arnold comprennent tous deux l'importance de l'aile gauche américaine, et le besoin de contrôler les hauteurs à cet endroit. Après que le brouillard matinal s'est levé vers 10 h, Burgoyne ordonne à son armée d'avancer en trois colonnes. Le baron Riedesel mène la colonne de gauche, composée de troupes allemandes et le 47e régiment à pied, sur la route longeant le fleuve, amenant l'artillerie principale et protégeant les provisions et les bateaux sur le fleuve. Le général James Inglis Hamilton commande la colonne du centre, composée des 9e, 20e, 21e et 62e régiments qui attaqueront les hauteurs et le général Simon Fraser mène l'aile droite avec le 24e régiment à pied et l'infanterie légère et des compagnies de grenadiers pour contourner le flanc gauche des Américains en négociant les hauteurs fortement boisées au nord et à l'ouest de Bemis Heights[29].

Arnold réalise aussi qu'une telle manœuvre de flanquement est probable et demande à Gates la permission de déplacer ses forces des hauteurs pour faire face à ces mouvements potentiels, où l'habileté des Américains pour le combat en forêt pourrait leur donner l'avantage[30]. Gates, dont la stratégie préférée est d'attendre l'attaque frontale prévue, autorise à contrecœur a force de reconnaissance composée des hommes de Daniel Morgan et l'infanterie légère d'Henry Dearborn[31]. Lorsque les hommes de Morgan atteignent un champ ouvert appartenant au loyaliste John Freeman au nord-ouest de Bemis Heights, ils repèrent des troupes britanniques avancées dans le champ. La colonne de Fraser est quelque peu retardée et n'a pas encore atteint le champ, tandis que la colonne d'Hamilton a également fait son chemin au travers d'un ravin et approche du terrain par l'est à travers une forêt dense et un terrain accidenté. La force de Riedesel, bien qu'elle soit sur la route, est retardée par des obstacles jetés en travers par les Américains. Le bruit des tirs à l'ouest incite Riedesel à envoyer une partie de son artillerie dans cette direction. Les troupes que les hommes de Morgan ont vues sont une compagnie avancée de la colonne d'Hamilton[32].

Bataille[modifier | modifier le code]

Morgan place des tireurs d'élite en des endroits stratégiques qui descendent pratiquement chaque officier de la compagnie avancée. Ils se mettent ensuite à charger, ignorant qu'ils se dirigent directement vers l'armée principale de Burgoyne. Bien qu'ils aient réussi à repousser la compagnie avancée, l'avant-garde de Fraser arrive juste à temps pour attaquer le flanc gauche de Morgan, dispersant ses hommes dans les bois[33]. James Wilkinson, qui avait chevauché en avant pour observer les échanges de tirs, retourne au campement américain pour appeler des renforts. Alors que la compagnie britannique se replie vers la colonne principale, l'avant-garde de cette colonne ouvre le feu, tuant un certain nombre de leurs propres hommes[34].

Vue actuelle du champ de bataille de Freeman's Farm.

Il y a ensuite une accalmie dans les combats vers 13 h comme les hommes d'Hamilton commencent à se mettre en formation sur la partie nord du terrain, et des renforts américains commencent à arriver par le sud. Ayant appris que Morgan était en difficulté, Gates envoie deux régiments supplémentaires (les 1er (en) et 3e (en) régiments du New Hampshire) pour l'assister[35], avec d'autres régiments (les 2e (en) et 4e (en) régiments de New York, le 1er régiment canadien et la milice du Connecticut) de la brigade d'Enoch Poor (en) qui doivent suivre[36]. Burgoyne déploie les hommes d'Hamilton avec le 21e sur la droite, le 20e sur la gauche et le 62e au centre, avec le 9e gardé en réserve[37].

La bataille passe ensuite par des phases alternant entre intenses combats et périodes de calme. Les hommes de Morgan se sont regroupés dans les bois et abattent officiers et artilleurs. Ils sont si efficaces à réduire ces derniers que les Américains prennent à plusieurs reprises le contrôle des pièces d'artillerie de campagne des Britanniques, ne les perdant que lors de la charge britannique suivante. À un certain moment, on a pensé que Burgoyne lui-même avait été abattu par un tireur d'élite ; il s'agissait en fait de l'un des aides de Burgoyne, montant un cheval richement décoré, qui fut la victime. Le centre de la ligne britannique est pratiquement rompue en un point et seule l'intervention du général Phillips, conduisant le 20e, permet au 62e de se reformer[38].

Le coup final de la bataille revient aux Britanniques. Vers 15 h, Riedesel envoie un messager à Burgoyne pour recevoir des instructions. Il revient deux heures plus tard avec l'ordre de garder le convoi transportant le matériel, mais aussi d'envoyer autant d'hommes qu'il peut en fournir en direction du flanc droit des Américains. Dans un risque calculé, Riedesel laisse 500 hommes pour garder le convoi de ravitaillement et se met en marche avec le reste de sa colonne en direction du combat. Deux de ses compagnies avancent rapidement et ouvrent un feu nourri sur le côté droit des Américains[39] et la force de Fraser menace de contourner leur flanc gauche. En réponse à cette dernière menace, Arnold demande des forces additionnelles et Gates l'autorise à dépêcher la brigade d'Ebenezer Learned (les 2e, 8e et 9e Régiments du Massachusetts). (Si Arnold avait été sur le terrain, ces forces auraient probablement cherché à faire face au danger plus important que représentait la force de Riedesel[40].) Heureusement pour l'aile droite américaine, l'obscurité s'installe, mettant un terme à la bataille. Les Américains se replient sur leurs défenses, laissant les Britanniques sur le terrain[7].

Burgoyne a pris possession du champ de bataille mais a subi près de 600 pertes. La plupart de celles-ci viennent de la colonne du centre d'Hamilton, où le 62e est réduit à la taille d'une seule compagnie, et les trois quarts des hommes d'artillerie ont été tués ou blessés[41]. Les Américains déplorent quant à eux près de 300 hommes tués ou sérieusement blessés[42].

Interlude[modifier | modifier le code]

Seconde bataille de Saratoga : Bemis Heights (7 octobre)[modifier | modifier le code]

Conséquences de Saratoga[modifier | modifier le code]

Tour commémorative de la bataille de Saratoga

Les soldats de John Burgoyne furent désarmés et autorisés à rentrer en Grande-Bretagne, à condition qu'ils ne s'engagent pas à nouveau dans le conflit. Le congrès continental refusa de ratifier la convention passée entre Gates et Burgoyne. Quelques officiers britanniques et allemands furent échangés contre des prisonniers américains, mais la plupart restèrent internés dans des camps de Nouvelle-Angleterre, de Virginie et de Pennsylvanie, jusqu'à la fin de la guerre d'indépendance.

William Pitt l'Ancien fit un malaise dans le Parlement britannique lorsqu'il apprit que la victoire est du côté américain. Ironiquement c'est William Pitt qui avait organisé l'invasion du Québec en 1759. La mort de William Pitt est l'objet d'une peinture célèbre (Pitt ne meurt pas immédiatement mais il ne se remettra jamais du malaise qui l'a terrassé en pleine session du Parlement pendant une discussion sur la victoire américaine[43]).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Ketchum 1997, p. 355
  2. a et b Ketchum 1997, p. 395
  3. Nickerson 1967, p. 436
  4. Luzader 2008, p. 230
  5. a et b Ketchum 1997, p. 405
  6. Ketchum 1997, p. 371
  7. a et b Ketchum 1997, p. 368
  8. Springfield Armory
  9. Ketchum 1997, p. 84–85
  10. Ketchum 1997, p. 335
  11. Ketchum 1997, p. 82
  12. a et b Ketchum 1997, p. 348
  13. Ketchum 1997, p. 320
  14. Ketchum 1997, p. 332
  15. Nickerson 1967, p. 189
  16. Nickerson 1967, p. 265
  17. Nickerson 1967, p. 290–295
  18. Nickerson 1967, p. 296
  19. Ketchum 1997, p. 337
  20. Ketchum 1997, p. 52–53
  21. Nickerson 1967, p. 288
  22. Nickerson 1967, p. 180
  23. Nickerson 1967, p. 216
  24. Ketchum 1997, p. 347–348
  25. Nickerson 1967, p. 299
  26. Nickerson 1967, p. 300
  27. Ketchum 1997, p. 351–352
  28. Ketchum 1997, p. 352, 355
  29. Ketchum 1997, p. 357
  30. Ketchum 1997, p. 356
  31. Nickerson 1967, p. 307–308
  32. Ketchum 1997, p. 358–360
  33. Ketchum 1997, p. 360
  34. Nickerson 1967, p. 309
  35. Ketchum 1997, p. 362
  36. Luzader 2008, p. 240
  37. Nickerson 1967, p. 310
  38. Nickerson 1967, p. 310–312
  39. Ketchum 1997, p. 367
  40. Luzader 2008, p. 391-392
  41. Ketchum 1997, p. 368–369
  42. Nickerson 1967, p. 319
  43. La mort de William Pitt apprenant la défaite de Saratoga

Annexes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]