Inoculation

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Mary Wortley Montagu
Première Anglaise à avoir fait
inoculer la variole à ses enfants
selon la technique ottomane
Gravure de Samuel Freeman (en)
(1803)
d'après Godfrey Kneller
(ca 1720)

Le mot inoculation (du latin inoculatio, par l'anglais inoculation[1]) a d'abord désigné la variolisation, procédé de traitement de la variole apporté de Constantinople en Angleterre, au début du XVIIIe siècle[2] et qui consistait à protéger le sujet d'une forme grave de cette maladie en le mettant en contact avec de la substance prélevée sur les vésicules d'une personne faiblement atteinte.

La Condamine
Gravure de Choffard (en) (1768)
d'après Cochin le Jeune (1759)
L'Inoculation[3]
Louis Boilly (1807)

En France, ce n'est qu'à partir du milieu du XVIIIe siècle que s'est diffusée la pratique de la variolisation. La Condamine s'est battu pour son introduction, donnant en 1754, 1758 et 1765 trois mémoires à l'Académie des sciences sur « l'inoculation de la petite vérole[4],[5],[6] ».

Par une première extension de son sens, le mot s'est appliqué à toute introduction d'un agent infectieux dans un organisme, du fait de l'intervention humaine et dans un but thérapeutique. Ainsi d'abord de l'« inoculation de la vaccine[7] », ou vaccination, méthode également préventive et qui a succédé à la variolisation. Ainsi, plus tardivement, et pour prendre cette fois un exemple de type curatif, de l'« inoculation du paludisme[8] » dans le traitement de la syphilis par la malariathérapie.

Mais par la suite, le même mot en est venu à désigner l'introduction dans un organisme de tout agent pathogène, volontairement ou non[9], et du fait ou non de l'intervention humaine. En effet, l'agent peut être un venin, une toxine ou un poison[10], inoculé par un animal[11] aussi bien que par l'homme et, quand il l'est par l'homme, dans une tout autre intention que thérapeutique[12],[13].

L'inoculation se pratique également sur les plantes, dont on essaie par exemple d'augmenter la capacité à fixer l'azote en leur inoculant des bactéries du genre Rhizobium[14].

Source[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Les mots anglais to inoculate et inoculation conservent aussi le sens premier de « greffer un bourgeon » et « greffe de bourgeon ». (En latin, in signifie « [introduire] dans » et oculus signifie « œil », synonyme de « bourgeon » en botanique.)
  2. Bloch et Wartburg, Dictionnaire étymologique de la langue française, PUF,‎ mars 1986.
  3. Il s'agit bien ici de l'« inoculation de la vaccine », ou « vaccination ».
  4. Mémoire sur l'inoculation de la petite vérole, lu à l'assemblée publique de l'Académie royale des sciences, le mercredi 24 avril 1754, Paris, Durand,‎ 1754, 95 [sic pour 75] p., disponible sur Gallica.
  5. « Second mémoire sur l'inoculation de la petite vérole, contenant son histoire depuis 1754, lu à l'assemblée publique du 15 novembre 1758 », Histoire de l'Académie royale des sciences,‎ 1702-1797, p. 439-482 (ISSN 1967-4783), disponible sur Gallica.
  6. « Suite de l'histoire de l'inoculation de la petite vérole de 1758 jusqu'en 1765 : Troisième mémoire, lu les 17, 21 et 24 novembre 1764, sauf les additions pour 1765 », Histoire de l'Académie royale des sciences,‎ 1702-1797, p. 505-532 (ISSN 1967-4783), disponible sur Gallica.
  7. François Colon, Essai sur l'inoculation de la vaccine, ou Moyen de se préserver pour toujours et sans danger de la petite vérole, Paris, auteur et imprimerie de Testu,‎ an IX (1800-1801), 36 p., disponible sur Gallica.
  8. Léon Prussak, « Le Traitement de la paralysie générale par l'inoculation du paludisme », L'Encéphale, Paris,‎ 1928, p. 237-250 (lien OCLC?).
  9. L'inoculation peut se produire par accident lorsqu'un instrument médical, chirurgical ou de laboratoire est souillé, par insuffisance ou défaut de désinfection.
  10. Claude Bernard, «  Études physiologiques sur quelques poisons américains », Revue des deux Mondes, vol. 53,‎ 1864, p. 178 : « On inocula du curare à la jambe d’un âne, et il mourut en douze minutes. »
  11. Jean-Philippe Chippaux, « Les Envenimations ophidiennes en Guyane française », Médecine tropicale, vol. 62, no 2,‎ 2002, p. 178 (lire en ligne) : « Certaines [couleuvres de Guyane] possèdent des dents […] susceptibles d’inoculer du venin ou de la salive toxique. »
  12. François Géré, Vincent Bistoquet, « Repères sur l'attentat suicide forcé », Institut français d'analyse stratégique,‎ 12 octobre 2005 (consulté le 23 novembre 2013) : « Il a ainsi été rapporté que certains kamikazes japonais se voyaient inoculer du poison avant de prendre les commandes de leur avion-suicide. »
  13. Gilbert Rist, « La « Science » économique comme religion », dans L’Économie ordinaire entre songes et mensonges, Presses de Sciences Po,‎ 2010 (ISBN 978-2-7246-1156-4, résumé), p. 196, note 22 : « Pour prendre toute décision importante, les Azandé recouraient à toutes sortes de procédures « magiques », dont la plus connue consistait à inoculer du poison à un poulet en disant : « Si je peux faire cela [épouser telle femme, construire une case à tel endroit, etc.], que le poulet survive ; si cela m’est interdit, qu’il meure. »
  14. Abdelaly Hilali, Danielle Prévost, William J. Broughton et Hani Antoun, « Effets de l’inoculation avec des souches de Rhizobium leguminosarum biovar trifolii sur la croissance du blé dans deux sols du Maroc », Canadian Journal of Microbiology, vol. 47,‎ 2001, p. 590-593 (lire en ligne).