Louis Antoine de Bougainville

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Louis Antoine de Bougainville
Louis Antoine de BougainvillePortrait par Jean-Pierre Franque.
Louis Antoine de Bougainville
Portrait par Jean-Pierre Franque.

Naissance
Paris
Décès (à 81 ans)
Paris
Nationalité Drapeau du Royaume de France Royaume de France
Drapeau de l'Empire français Empire français

Bâtiments La Boudeuse
Première expédition Îles Malouines
Dernière expédition Polynésie
Distinctions Grand officier de la Légion d'honneur
Ordre royal et militaire de Saint-Louis
Comte de l'Empire
Ordre de Cincinnatus
Hommage Son nom est donné à la bougainvillée
Autres activités Militaire,
Sénateur (Premier Empire), Mathématicien, Avocat

Le comte Louis-Antoine de Bougainville, né à Paris le et mort dans la même ville le , est un officier de marine, navigateur et explorateur français.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Louis-Antoine de Bougainville est né à Paris rue de la Barre-du-Bec le 12 novembre 1729. Il est le dernier d'une famille de cinq enfants dont l'aîné est l'historien Jean-Pierre. Son père, Pierre-Yves, est notaire au Châtelet et échevin de la ville. Sa mère, Marie-Françoise d'Arboulin est liée au cercle de Madame de Pompadour par son frère Joseph, administrateur général des Postes[1]. À cinq ans, Louis-Antoine perd sa mère. Il est placé sous la protection de Madame Hérault de Seychelles à Versailles. Cette dernière, veuve d'un lieutenant de police et fille du contrôleur général Moreau de Seychelles, devient sa mère de substitution et son éducatrice[2]. Il fait des études poussées au collège de l'Université où il montre des aptitudes particulières pour les études mathématiques notamment sous la direction des mathématiciens D'Alembert et Clairaut[3]. Il publie deux volumes d'un Traité de calcul intégral en 1754 et 1756[4]. Il y étudie par ailleurs le droit, son père le destinant au barreau. Avocat au parlement de Paris, à la mort de son père, il entreprend une carrière militaire, bénéficiant de la protection de son oncle maternel Joseph d'Arboulin. En 1754, il est nommé secrétaire d'ambassade à Londres et devient membre de la Royal Society le 8 janvier 1756.

Le Canada[modifier | modifier le code]

Bougainville est nommé aide-de-camp de François Chevert, puis est envoyé en 1756 au Canada où il devient aide-de-camp du brigadier-général Louis-Joseph de Montcalm. Il part de Brest sur La Licorne le 7 avril 1756 et arrive avec le dernier contingent majeur envoyé par le gouvernement de Louis XV pour maintenir la colonie[5]. Il participe à tous les engagements majeurs de ce conflit opposant la Nouvelle-France à la Nouvelle-Angleterre, notamment les victoires françaises d'Oswego (1756), de Fort William Henry (1757) et de Fort Carillon (1758) où il est blessé. Durant le siège de Québec en 1759, Bougainville est assigné à la défense de la rive nord entre Québec et la Rivière Jacques-Cartier. Montcalm le met à la tête d'une force d'environ 1 000 hommes, dont une unité de 150 cavaliers qui réussira à repousser les tentatives de débarquement anglaises en amont de Québec durant le mois d'août 1759[6]. Mais après le débarquement des troupes britanniques à l'anse au Foulon et le début de la Bataille des plaines d'Abraham, il se rapproche de la zone des combats, mais arrive après la fin de la bataille. Après la mort de Montcalm durant la bataille, il dirige le repli des troupes françaises vers Montréal et il est nommé colonel. Au printemps 1760, lui et le Chevalier de Lévis sont de retour aux portes de Québec avec l'armée française où ils infligent une défaite à l'armée britannique qui se replie dans les murs de la ville. L'arrivée de la flotte anglaise dans le fleuve Saint-Laurent anéantit tout espoir de poursuivre le combat chez les français. L'armée française se replie de nouveau vers Montréal où Bougainville remet de ses propres mains la capitulation française au général britannique Jeffery Amherst.

Bougainville, laissera des mémoires détaillées sur sa campagne de Nouvelle-France. Ses mémoires portent sur la conduite des opérations militaires, l'administration coloniale dont il critique l'inefficacité et les relations avec les peuples autochtones alliés des français.

Les Malouines[modifier | modifier le code]

En 1761, il se distingue sur les bords du Rhin. Lorsque la paix est conclue en 1763[7], il est nommé capitaine de frégate et file avec deux navires, l’Aigle et le Sphinx, vers les îles Malouines pour y établir une colonie mais, cinq ans plus tard, devant les violentes protestations des Espagnols qui revendiquent ces îles comme faisant partie de l'Amérique du Sud, il devra leur restituer, par ordre du roi Louis XV, l'archipel après une négociation pourtant favorable à la France. Les Britanniques reprendront bientôt le territoire aux Espagnols pour leur donner le nom de Falklands.

Le voyage autour du monde[modifier | modifier le code]

CircumnavigationBougainville FR.svg
La Boudeuse.

Accompagné du naturaliste Philibert Commerson, de l'ingénieur cartographe Charles Routier de Romainville, de l'astronome Pierre-Antoine Véron et de l'aventurier le prince Charles de Nassau, il part de Nantes, plus précisément de Mindin, le 15 novembre 1766, fait escale dans la rade de Brest d'où il repart le 5 décembre[8] pour un voyage autour du monde à bord de la frégate la Boudeuse. Un second bateau, l’Étoile, une flûte (navire de charge), parti de Rochefort le , le rejoint pour le tour du monde le 13 juin 1767 à Rio de Janeiro après deux rendez-vous manqués aux Malouines et dans l'embouchure du Río de la Plata. Il a aussi embarqué quatre musiciens pour maintenir le moral de ses hommes à bord[9].

Au Brésil, le botaniste Philibert Commerson embarqué sur l’Étoile découvre la fleur qu'il nommera plus tard la bougainvillée et cette fleur sera donnée à Joséphine de Beauharnais, première épouse de Napoléon.

Après avoir remis les îles Malouines aux Espagnols, sur ordre de Louis XV, il franchit le détroit de Magellan, explore l'immense et dangereux archipel des Tuamotu et mouille à Tahiti qui vient d'être découverte en juin 1767 par Samuel Wallis. Il y reste moins de dix jours, en avril 1768, puis repart avec un jeune Tahitien volontaire, Ahutoru (Aoutourou), qui fait le trajet jusqu'à Paris où Bougainville le présente au roi, l'officier de marine lui offrant comme promis au bout d'un an son voyage de retour au cours duquel il meurt de la petite vérole, après une escale à l'Île-de-France[10]. En mai 1768, il découvre à bord une supercherie : le domestique Jean Baré est en fait une femme déguisée en garçon. Compagne du botaniste Philibert Commerson, elle est ainsi la première femme à faire le tour du monde[11].

Il explore quelques semaines plus tard l'île à laquelle on donnera par la suite son nom. Il découvre ensuite la plupart des îles Samoa, qu'il appelle « îles des Navigateurs », revoit les îles Saint-Esprit de Pedro Fernández de Quirós. Il longe les Louisiades, retrouve les îles Salomon et peut enfin se ravitailler aux Moluques.

Il rentre à Saint-Malo le 16 mars 1769 et publie en 1771 sa Description d'un voyage autour du monde, où il évoque le mythe, au parfum alors sulfureux, du « paradis polynésien ». Ce journal de voyage rencontre un vif succès en Europe. Bougainville voit les apports scientifiques de son voyage éclipsés par le caractère ambigu du succès de son ouvrage. Il a néanmoins fait faire à la géographie de l'Océanie de grands progrès, trouvant des îles nouvelles, précisant la situation de beaucoup d'autres, donnant sur les mœurs des indigènes des renseignements intéressants. Ce livre suscite une réaction de Denis Diderot, qui écrit en 1772 son Supplément au voyage de Bougainville.

Guerre d'indépendance des États-Unis[modifier | modifier le code]

Il embarque ensuite sur la Terpsichore en 1775 et sur le Solitaire en 1776. Il commande en 1777 le vaisseau le Bien-Aimé, puis, de 1778 à 1779, le Guerrier. Promu chef d'escadre des armées navales le 8 décembre 1779, malgré ses origines roturières, il commande plusieurs vaisseaux dans la guerre d'indépendance des États-Unis. Il combat l'amiral Hood, à la Martinique, et participe le 5 septembre 1781 à la bataille de la baie de Chesapeake. Il retourne dans l'armée de terre avec le grade de maréchal de camp.

Son comportement à la bataille des Saintes, le 12 avril 1782, est des plus curieux. À la tête de sa division de six vaisseaux, il abandonne son amiral, le comte de Grasse, et les douze autres vaisseaux français aux prises avec les navires britanniques sous les ordres de l'amiral Rodney. Bougainville prétend ne pas avoir compris les signaux de son vaisseau amiral pour définir la manœuvre. Il lui était pourtant facile de faire faire demi-tour à sa division et de revenir en l'espace d'une heure sur le lieu du combat. Ce faisant, il aurait provoqué la panique chez les Britanniques entourant les vaisseaux français. De nombreux témoins accablèrent la désertion de Bougainville au procès de Lorient en 1784. Cependant le conseil de guerre le relaxe, car sa condamnation eût été embarrassante pour les ministres, compte tenu de ses relations[12].

Révolution et Empire[modifier | modifier le code]

Il forme un projet d'expédition au pôle Nord, qui lui est refusé par le ministre Loménie de Brienne. Il reste fidèle à Louis XVI lors de la Révolution. Il est chargé en 1790 de commander l'armée navale de Brest. Promu au rang de vice-amiral en le 1er janvier 1792, n'ayant pu rétablir l'ordre dans cette troupe indisciplinée, il se retire du service en février de la même année. Il quitte la marine après en avoir refusé le ministère en 1792 pour se consacrer à l'étude des sciences. Il est près du roi le 20 juin 1792.

Arrêté pendant la Terreur, il est libéré à la suite de la chute de Robespierre. Associé libre de l'Académie des sciences depuis 1789, il est élu membre de l'Institut de France et membre du Bureau des longitudes en 1796.

Mécène de l'horticulture[modifier | modifier le code]

Il connaissait, et se passionnait pour les plantes, son jardin était remarquable[13]. Le comte Antoine de Bougainville engagea un jeune maître jardinier, Christophe Cochet (1777-1819), âgé de 22 ans. En 1802, une pépinière voisine se mit en vente. Le comte l’offrit à Christophe pour qu’il y développe la culture des rosiers, culture dans laquelle il excellait.

Peu après, les roses de Chine arrivèrent en France, grâce à l’impératrice Joséphine. Christophe et ses fils surent en tirer profit. La collection de roses augmenta considérablement, les pépinières de Suisnes prirent une grande extension, elles atteindront bientôt 28 hectares. Trois générations et 75 ans plus tard, le petit-fils de Christophe, Scipion (1833-1896), semeur de roses et rosiériste de grande renommée, réalisa que les hybrideurs français avaient besoin de décrire et d’illustrer avec précisions leurs créations. Il fonda, à Suisnes, le Journal des Roses (1877) aidé de son ami, Camille Bernardin, avocat et homme politique. Son fils Pierre, puis son neveu Charles, prendront la relève avec brio…

Plaque commémorative au 5 rue de la Banque à Paris.

Comblé de dignités[modifier | modifier le code]

Napoléon Bonaparte le comble de dignités : sénateur en 1799, grand officier de la légion d'honneur en 1804, comte d'Empire en 1808. Il préside le conseil de guerre qui juge les responsables de la bataille de Trafalgar en 1809. Ce sera sa dernière fonction officielle.

Sépulture[modifier | modifier le code]

Il décède au no 5 rue de la Banque à Paris. Son cœur repose au cimetière du Calvaire à Montmartre, et son corps repose au Panthéon de Paris, depuis 1811, dans le caveau III.

Hommage Bicentenaire[modifier | modifier le code]

Le 31 août 2011, a eu lieu un hommage à Louis Antoine de Bougainville au Panthéon à Paris à l'occasion du bicentenaire de sa mort[14].

Louis Antoine de Bougainville - Traité du calcul intégral.jpg

Mariage et descendance[modifier | modifier le code]

Il épouse Marie Joséphine Flore de Longchamps Montendre, fille de Claude Charles de Montendre, capitaine de vaisseau, et de Yvonne du Botdéru, le 25 janvier 1781 à Brest, d'où :

  • Hyacinthe Yves Philippe Potentieu de Bougainville, né le 26 décembre 1781 à Brest, mort le 10 octobre 1846 à Paris, gentilhomme de la Chambre du roi Charles X et contre-amiral ;
  • Amand Charles Augustin de Bougainville, né en 1785, mort à l'âge de 16 ans, le 24 mai 1801 à Grisy-Suisnes, noyé en la rivière de Yères, derrière le château de ses parents. Il est inhumé au cimetière de Saint-Pierre de Montmartre avec son père et sa mère.
  • Jean Baptiste Hyacinthe Alphonse de Bougainville, né le 19 novembre 1788 à Paris, mort le 11 mai 1861 à Paris, colonel de cavalerie, marié à Henriette Eugénie Joséphine de Salvaing de Boissieu (1805-1884), fille du baron Jean Joseph de Boissieu, directeur du Génie maritime, et de Suzanne Homberg, le 7 février 1825 à Paris.
  • Adolphe Louis Olimpe de Bougainville, né le 17 mars 1796 à Paris, mort le 30 juillet 1854 à Paris.

Les papiers personnels de Louis Antoine de Bougainville sont conservés aux Archives nationales sous la cote 155AP[15]

Publications[modifier | modifier le code]

  • Traité du calcul intégral, pour servir de suite à l'Analyse des infiniment-petits de M. le marquis de l'Hôpital (2 volumes, 1754-1756) — Texte en ligne 1 2
  • Voyage autour du monde par la frégate du Roi La Boudeuse et la flute l'Étoile en 1766, 1767, 1768, et 1769 (1 volume, 1771 et 2 volumes, 1772)
  • Essai historique sur les navigations anciennes et modernes dans les hautes latitudes septentrionales. (Comptes rendus de l'Académie des Sciences), 1798 (An VI)
  • Notice historique sur les sauvages de l'Amérique septentrionale. (Comptes rendus de l'Académie des Sciences), 1799[16]
  • Écrits sur le Canada : mémoires, journal, lettres, publiés sous la direction de Roland Lamontagne, Éditions du Pélican, Sillery (Québec), 1993.

Titres[modifier | modifier le code]

Armoiries[modifier | modifier le code]

Figure Blasonnement
Ecu d'or à l'aigle de sable.svg Armes des Bougainville sous l'Ancien Régime :

D'or, à l'aigle éployée de sable.[18]

Orn ext comte sénateur de l'Empire GOLH.svg
Blason Louis Antoine de Bougainville (1729-1811).svg
Armes de Bougainville et de l'Empire

D'azur, à une ancre et deux épées croisées d'or, par-dessus un globe terrestre d'argent, franc-quartier du Sénat.[17]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Hubert Granier, Marins de France, conquérants d'empires, E.M.O.M,‎ 1990, p. 195
  2. (en) Victor J. H. Suthren, The Sea Has No End : The Life of Louis-Antoine de Bougainville, Dundurn,‎ 2004, p. 18
  3. Jean-Pierre Changeux, La lumière au siècle des Lumières & aujourd'hui, Odile Jacob,‎ 2005, p. 64
  4. Louis-Antoine de Bougainville, Traite du calcul intégral pour servir de suite a l'analyse des infiniment-petits de Mr le Marquis de L'Hospital, H. L. Guerin et L. F. Delatour,‎ 1754, p. 119
  5. Comte Louis-Antoine de Bougainville, Écrits sur le Canada : mémoires-journal-lettres, Les éditions du Septentrion,‎ 2003, p. 12
  6. (en) C. P Stacey Quebec 1759, The Siege and the Battle, Montréal, 2002, p. 93.
  7. Expédition de M. Bougainville aux Iles Malouines : David Bailie Warden, Chronologie historique de l'Amérique, Volume 3, Volume 4 de L'art de vérifier les dates, p. 360 : XVIe ‑ XIXe siècle : 1536-1828, Paris, Éditions A. Dupont et Roret,‎ 1828 (lire en ligne), (notice BnF no FRBNF31622425w)
  8. Voyage autour du monde sur Wikisource
  9. Bruno Lecoquierre, Parcourir la terre. Le voyage, de l'exploration au tourisme, Éditions L'Harmattan,‎ 2008, p. 79
  10. Philippe Prudhomme, La malédiction de la tortue : le fabuleux voyage d'Ahutoru, CreateSpace Independent Publishing Platform,‎ 2012, 264 p.
  11. Jacques Le Goff, Patrimoine et passions identitaires, Fayard,‎ 1998, p. 82
  12. Écrits sur le Canada, op. cité, p. 15
  13. Château de Suisnes
  14. Site des amis de Bougainville
  15. https://www.archives-nationales.culture.gouv.fr/siv/rechercheconsultation/consultation/pog/consultationPogN3.action?nopId=c614y148zkg-1ggghtk0c72kz&pogId=FRAN_POG_06&search=
  16. [1] Page 5. Consulté le 20/10/2013
  17. a, b et c « BB/29/974 page 28. », Titre de comte accordé à Louis, Antoine Bougainville. Bayonne (26 avril 1808)., sur chan.archivesnationales.culture.gouv.fr, Centre historique des Archives nationales (consulté le 4 juin 2011)
  18. Armorial de J.B. Rietsap - et ses Compléments

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sources et bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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