Décapitation

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Décapitation de saint Paul par Enrique Simonet (1887).

La décapitation désigne la séparation de la tête et du corps. Elle peut survenir de manière accidentelle, ou volontaire (exécution). Dans ce second cas, elle est usuellement réalisée à l'aide d’un « tranche-tête » (couteau, épée, sabre, hache ou guillotine). En général, dans les cas de décapitation effectuée à l'épée ou à la hache, le condamné devait au préalable poser la tête sur un billot. La décapitation peut être également réalisée sur le corps d'un homme mort.

Dans les écrits chrétiens ou de manière plus littéraire, on parle aussi de « décollation » (couper le cou) ou même de « décollement » (séparation d'un organe de son tissu).

Histoire[modifier | modifier le code]

Décollation de saint Denis, tympan du portail nord de la basilique Saint-Denis.

La décapitation comme peine de mort « honorable »[modifier | modifier le code]

La décapitation a été utilisée comme peine de mort pendant des millénaires. Dans l'Antiquité, de nombreux chrétiens connurent ce martyre dont saint Jean-Baptiste, saint Paul ou saint Denis.

Les expressions françaises « punition capitale », « crime capital » ou « peine capitale » proviennent d'ailleurs de la racine latine caput, « tête », se référant à la punition pour les infractions graves impliquant la perte de la tête[3].

La décapitation par l'épée (ou à la hache, autre arme de guerre) était considérée comme une façon « honorable » de mourir pour un aristocrate qui était, du Moyen Âge jusqu'au XIXe siècle, un guerrier susceptible de mourir par l'épée lors d'un combat, alors que la mort sur la potence, par le bûcher ou par un autre moyen était vue comme « déshonorante » par cette classe. Ainsi, en Grande-Bretagne, on pratiqua pendant cinq siècles le supplice appelé « hanged, drawn and quartered » pour punir les hommes accusés du crime de haute trahison, considéré comme plus vil que le meurtre.

Une mort sans douleur ?[modifier | modifier le code]

Pour que le coup soit fatal, l'instrument des bourreaux était le plus souvent une lourde épée ou une hache manipulée à deux mains.

Si celle-ci était bien aiguisée — et le bourreau habile ! —, la décapitation était rapide et présumée être une peine de mort indolore. Si le tranchant de l'instrument était émoussé ou le bourreau maladroit, plusieurs tentatives pouvaient être nécessaires pour trancher la tête (par exemple les exécutions de sainte Cécile, Robert Devereux, Thomas Cromwell ou Marie Ire d'Écosse). Aussi recommandait-on au condamné à mort de donner une pièce d'or au bourreau pour s'assurer qu'il ferait son travail avec soin.

En France[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Peine de mort en France.
Jacques de Flesselles, l'un des premiers décapités de la Révolution française.

En France, sous l'Ancien Régime, la décapitation, appelée « décollement », était un privilège réservé aux nobles pour les exécutions capitales, par opposition à la peine de pendaison pour les roturiers, considérée comme infamante. Elle était pratiquée à l'aide d'une épée ou d'une hache, le supplicié étant à genoux, sa tête devant parfois être préalablement posée sur un billot.

La décapitation à l'épée, considérée comme plus efficace (elle ne nécessitait souvent qu'un seul coup), fera notamment la réputation des bourreaux français qui affectionnaient cette méthode plutôt que celle utilisant la hache. À tel point que, lorsque le roi Henri VIII d'Angleterre fit exécuter sa deuxième épouse, Anne Boleyn, en 1536, il lui octroya le privilège d'être décapitée « à la française ». On fit alors venir expressément à Londres le bourreau de Calais (ville anglaise à l'époque) pour procéder à la sentence. Sa cinquième femme, Catherine Howard fut exécutée de la même manière en 1542.

Le est inscrite dans le Code pénal français la phrase « Tout condamné à mort aura la tête tranchée. » C'est ainsi que la décapitation fut la seule méthode d'exécution des civils (les militaires utilisaient le peloton d'exécution) jusqu'à son abolition définitive en 1981. La décapitation était réalisée à l'aide d'une guillotine.

Cependant, lors de la conquête de l'Algérie par la France, il était d’usage jusqu'au de faire décapiter les condamnés à mort à l'aide d'un yatagan par des bourreaux algériens. Suite à une exécution à Alger qui, le 3 mai 1842, avait tourné à la boucherie, le ministre de la Guerre, le général Amédée Despans-Cubières, fit introduire l’usage de la guillotine en Algérie française et exigea que les exécuteurs soient européens[4].

La guillotine comme décapitation exemplaire[modifier | modifier le code]

La décapitation par la guillotine était censée être un mode de châtiment égalitaire (s'appliquant à toutes les classes de la société), rapide et sans douleur, quelle que soit l'habileté du bourreau. Néanmoins plusieurs témoignages relatent que la tête du condamné pouvait rester consciente pendant une demi-minute.

Des expériences neuroscientifiques d'électro-encéphalographie sur le crâne de rats décapités en 2011 confirment ces témoignages : elles montrent que les ondes électriques de « conscience » restent visibles environ quatre secondes après la décapitation, puis disparaissent au bout de 17 secondes (ce qui correspond à un état second de torpeur sans aucune conscience) et, au-delà de 50 secondes, une onde de basse fréquence intense est enregistrée, correspondant à la mort cellulaire définitive[5].

Une pratique résiduelle au XXIe siècle[modifier | modifier le code]

Actuellement, trois pays[6] procèdent encore à ce mode d'exécution (toujours public) avec l'aide d'un sabre :

Symbolisme[modifier | modifier le code]

Scène de décapitation par un prêtre-guerrier, culture Mochica, Musée de l'armée, Stockholm.

La valeur symbolique de la décapitation a varié selon les époques et les contextes. Lorsque la France révolutionnaire l'adopte, elle est considérée comme reflétant une certaine égalité (car sous l'Ancien Régime on décapitait les nobles mais il y avait une multitude de supplices pour le tiers état). La guillotine est alors un progrès puisque la souffrance est censée être supprimée.

Mais, de nos jours, avec le recul de la peine de mort en Occident, le caractère souvent public des exécutions dans les pays où la décollation est encore pratiquée, le caractère parfois bénin du « crime » ainsi puni, elle est plutôt considérée comme une méthode barbare et sanguinaire.

Si la décapitation est realisée sur le corps d'un homme mort, la tête est ensuite exhibée, de manière à impressionner une population ou/et à humilier la personne morte, voire pour en retirer une rétribution, ou encore pour prouver le décès à la foule.

Les décapitations et expositions de têtes en Chine ont été souvent représentées, soit par le dessin[8], soit par la photographie[9].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Thème de peinture : Judith et Holopherne.
  2. Il en peignit deux sur le thème.
  3. (en) Noah Porter, Webster's Revised Unabridged Dictionary, G & C. Merriam Co,‎ 1913.
  4. « La guillotine en Algérie ».
  5. (en) Clementina M. van. Rijn et coll, « Decapitation in Rats: Latency to Unconsciousness and the ‘Wave of Death’ », PLoS One,‎ 27 janvier 2011 (lire en ligne).
  6. Martin Monestier, Peines de mort, Paris, Le Cherche midi, coll. « Documents »,‎ Octobre 1994 (réimpr. novembre 2004) (ISBN 978-2-86274-332-5)
  7. (fr) « La peine de mort : Arabie saoudite », Ensemble contre la peine de mort,‎ 2007 (consulté le )
  8. (fr) « Artworks », Institut d'Asie Orientale (consulté le )
  9. (fr) « Photographs », Institut d'Asie Orientale (consulté le )

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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