Voltaire

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Voltaire

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Portrait de Voltaire d'après Quentin de La Tour.
(vers 1736)
Ferney, château de Voltaire
Nom de naissance François-Marie Arouet
Autres noms Voltaire
Activités Écrivain et philosophe
Naissance 21 novembre 1694
Paris (Royal Standard of the King of France.svg Royaume de France)
Décès 30 mai 1778 (à 83 ans)
Paris
Langue d'écriture Français
Mouvement Lumières
Genres roman, conte, théâtre, essai

Œuvres principales

Compléments

François-Marie Arouet, dit Voltaire, né le 21 novembre 1694 à Paris, ville où il est mort le 30 mai 1778 (à 83 ans), est un écrivain et philosophe français qui a marqué le XVIIIe siècle et qui occupe une place particulière dans la mémoire collective française et internationale.

Figure emblématique de la France des Lumières, chef de file du parti philosophique, son nom reste attaché à son combat contre le fanatisme religieux, qu’il nomme « l’Infâme », et pour la tolérance et la liberté de penser. Déiste en dehors des religions constituées, son objectif politique est celui d’une monarchie modérée et libérale, éclairée par les « philosophes ». Intellectuel engagé au service de la vérité et de la justice, il prend, sur le tard, seul et en se servant de son immense notoriété, la défense de victimes de l’intolérance religieuse et de l’arbitraire dans des affaires qu’il a rendues célèbres : Calas, Sirven, chevalier de La Barre, comte de Lally.

Son œuvre littéraire est variée : son théâtre, ses poésies épiques, ses œuvres historiques, firent de lui l’un des écrivains français les plus célèbres au XVIIIe siècle mais elle comprend également des contes et romans, les Lettres philosophiques, le Dictionnaire philosophique et une importante correspondance, plus de 21 000 lettres retrouvées.

Tout au long de sa vie, Voltaire fréquente les Grands et courtise les monarques, sans dissimuler son dédain pour le peuple, mais il est aussi en butte aux interventions du pouvoir, qui l’embastille et le contraint à l’exil en Angleterre ou à l’écart de Paris. En 1749, après la mort d’Émilie du Châtelet, avec laquelle il a entretenu une liaison houleuse pendant quinze ans, il part pour la cour de Prusse, mais, déçu dans ses espoirs de jouer un grand rôle auprès de Frédéric II à Berlin, se brouille avec lui après trois ans et quitte Berlin en 1753. Il se réfugie un peu plus tard aux Délices, près de Genève, avant d’acquérir en 1759 un domaine à Ferney, sur la frontière franco-genevoise, à l’abri des puissants. Il ne reviendra à Paris qu’en 1778, ovationné par le peuple après une absence de près de vingt-huit ans. Il y meurt à 83 ans.

Voltaire aime le confort, les plaisirs de la table et de la conversation, qu’il considère, avec le théâtre, comme l’une des formes les plus abouties de la vie en société. Soucieux de son aisance matérielle, qui garantit sa liberté et son indépendance, il acquiert une fortune considérable dans des opérations spéculatives qui préfigurent les grandes spéculations boursières sous Louis XVI et dans la vente de ses ouvrages, ce qui lui permet de s’installer en 1759 au château de Ferney et d'y vivre sur un grand pied, tenant table et porte ouvertes. Le pèlerinage à Ferney fait partie en 1770-1775 du périple de formation de l’élite européenne éclairée. Investissant ses capitaux, il fait du village misérable de Ferney une petite ville prospère. Généreux, d'humeur gaie, il est néanmoins chicanier et parfois féroce et mesquin avec ses adversaires comme Jean-Jacques Rousseau ou Crébillon[1].

Considéré par la Révolution française — avec Jean-Jacques Rousseau, son frère ennemi — comme un précurseur, il entre au Panthéon en 1791, le deuxième après Mirabeau. Célébré par la IIIe République (dès 1870, à Paris, un boulevard et une place portent son nom), il a nourri, au XIXe siècle, les passions antagonistes des adversaires et des défenseurs de la laïcité de l’État et de l’école publique, et, au-delà, de l’esprit des Lumières.

Sommaire

Biographie

Débuts (1694-1733)

Sans doute bâtard, à coup sûr, d'emblée cabotin et irrévérencieux (1694-1704)

François-Marie Arouet est né officiellement le 21 novembre 1694 à Paris et a été baptisé le lendemain à l'église de Saint-André-des-Arcs. Mais Voltaire a plusieurs fois affirmé qu'il était né en réalité le 20 février 1694 à Châtenay-Malabry. Il a contesté aussi sa paternité, persuadé que son vrai père était un certain Rochebrune[2],[3] : « Je crois aussi certain que d’Alembert est le fils de Fontenelle, comme il est sûr que je le suis de Roquebrune ». (…) Voltaire prétendit que l’honneur de Madame sa mère consistait à avoir préféré un homme d’esprit comme était Roquebrune, mousquetaire, officier, auteur, à Monsieur son père qui pour le génie était un homme très commun, et dit qu’il s’était toujours flatté d’avoir l’obligation de sa naissance à Roquebrune, client du notaire Arouet[4], « mousquetaire, officier, auteur et homme d'esprit ». Le baptême à Paris aurait été retardé du fait de la naissance illégitime et du peu d’espoir de survie de l’enfant. Aucune certitude n’existe sinon que l’idée d’une naissance illégitime et d’un lien de sang avec la noblesse d’épée ne déplaisait pas à Voltaire.

Portrait de Voltaire par Nicolas de Largillière (vers 1724-1725)
château de Versailles

Du côté paternel (officiellement), les Arouet sont originaires d’un petit village du nord du Poitou, Saint-Loup près d'Airvault, où ils exercent au XVe siècle et XVIe siècle une activité de tanneurs, les Arouet sont un exemple de l’ascension sociale de la bourgeoisie au XVIIe siècle. Le premier Arouet à quitter sa province s’installe à Paris en 1625 où il ouvre une boutique de marchand de draps et de soie. Il épouse la fille d’un riche marchand drapier et s’enrichit suffisamment pour acheter pour son fils, François, le père de Voltaire, une charge de notaire au Châtelet en 1675 assurant à son titulaire l’accès à la petite noblesse de robe. Ce dernier, travailleur austère et probe aux relations importantes, arrondit encore la fortune familiale, épouse le 7 juin 1683 la fille d’un greffier criminel au Parlement. Arouet père veut donner à son cadet une formation intellectuelle qui soit à la hauteur des dons que celui-ci manifeste.

Avec Marguerite d’Aumard, Arouet père élève cinq enfants (dont trois survivent), et revend son étude en 1696 pour acquérir une charge de conseiller du roi, receveur des épices à la Cour des comptes. Voltaire a un frère aîné, Armand, avocat au Parlement, catholique rigoriste (janséniste), et une sœur, Marie, seule personne de sa famille qui lui ait inspiré de l’affection. Épouse de Pierre François Mignot, correcteur à la Chambre des Comptes, elle sera la mère de l’abbé Mignot, qui jouera un rôle à la mort de Voltaire, et de Marie Louise Mignot, la future Madame Denis, qui partagera une partie de sa vie.' Le petit Zozo (surnom affectueux d'Arouet fils, petit enfant) perd sa mère à l’âge de sept ans.

Chez les grands privilégiés, d'emblée, et chez les Jésuites, hommes d'Église et poètes (1704-1711)

À la différence de son frère aîné chez les jansénistes, François-Marie entre à dix ans comme interne (400 puis 500 livres par an) au collège Louis-le-Grand chez les Jésuites. Le plus cher de la capitale[5], ce serait aussi l’établissement le mieux fréquenté (10 pour cent de fils de nobles étrangers du Moyen-Orient, quelques chinois) et François-Marie y reste durant sept ans. Les jésuites enseignent le latin et la rhétorique, mais veulent avant tout former des hommes du monde et initient leurs élèves aux arts de société : joutes oratoires, plaidoyers, concours de versification, et théâtre. Un spectacle, le plus souvent en latin et d'où sont par principe exclues les scènes d'amour, et où les rôles de femmes sont joués par des hommes, est donné chaque fin d'année lors la distribution des prix).

Arouet est un élève brillant, vite célèbre par sa facilité à versifier : sa toute première publication est son Ode à sainte Geneviève. Imprimée par les Pères, cette ode est répandue hors les murs de Louis-le-Grand (au grand dam ultérieurement de Voltaire adulte). Il apprend au collège Louis-le-Grand à s'adresser d’égal à égal aux fils de puissants personnages, le tout jeune Arouet tisse de précieux liens d’amitié, très utiles toute sa vie : entre bien d'autres, les frères d’Argenson, René-Louis et Marc-Pierre, futurs ministres de Louis XV et le futur duc de Richelieu. Bien que très critique en ce qui concerne la religion en général et les ecclésiastiques en particulier, il garde toute sa vie une grande vénération pour son professeur jésuite Charles Porée. Voltaire écrit en 1746 : « Rien n’effacera dans mon cœur la mémoire du père Porée, qui est également cher à tous ceux qui ont étudié sous lui. Jamais homme ne rendit l’étude et la vertu plus aimables. Les heures de ses leçons étaient pour nous des heures délicieuses ; et j’aurais voulu qu’il eût été établi dans Paris, comme dans Athènes, qu’on pût assister à de telles leçons ; je serais revenu souvent les entendre. »

Nuits blanches au Temple… de la société libertine (1711-1718)

Le Temple, détail du plan de Turgot, 1739. Le palais du grand prieur (à droite de la porte d’entrée) réunit une société libertine que fréquente assidument Arouet à la sortie du collège.

Arouet quitte le collège en 1711 à dix-sept ans et annonce à son père qu’il veut être homme de lettres, et non avocat ou titulaire d’une charge de conseiller au Parlement, investissement pourtant considérable que ce dernier est prêt à faire pour lui. Devant l’opposition paternelle, il s’inscrit à l’école de droit et fréquente la société du Temple, qui réunit dans l’hôtel de Vendôme, descendant d’un bâtard légitimé de Henri IV et grand prieur de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem, des membres de la haute noblesse et des poètes (dont Chaulieu), épicuriens lettrés connus pour leur esprit et leur amoralité, et amateurs de soupers galants où l’on boit sec. L’abbé de Châteauneuf, son parrain, qui y avait ses habitudes, l’avait présenté dès 1708. En leur compagnie, il se persuade qu’il est né grand seigneur libertin et n’a rien à voir avec les Arouet et les gens du commun. C'est aussi pour lui une école de poésie. Il va apprendre dans ce milieu de libertins sceptiques à faire des vers « légers, rapides, piquants, nourris de référence antiques, libres de ton jusqu’à la grivoiserie, plaisantant sans retenue sur la religion et la monarchie[6] ».

Son père l’éloigne un moment en l’envoyant à Caen, puis en le confiant au frère de son parrain, le marquis de Châteauneuf, qui vient d’être nommé ambassadeur à La Haye et accepte d’en faire son secrétaire privé. Mais son éloignement ne dure pas. À Noël 1713, il est de retour, chassé de son poste et des Pays-Bas pour cause de relations tapageuses avec une demoiselle. Furieux, son père veut l’envoyer en Amérique mais finit par le placer dans l’étude d’un magistrat parisien. Il est sauvé par un ancien client d’Arouet, lettré et fort riche, M. de Caumartin, marquis de Saint-Ange, qui le convainc de lui confier son fils pour tester le talent poétique du jeune rebelle. Arouet fils passe ces vacances forcées au château de Saint-Ange près de Fontainebleau à lire, à écrire et à écouter les récits de son hôte (« Caumartin porte en son cerveau/De son temps l’histoire vivante/Caumartin est toujours nouveau/À mon oreille qu’il enchante ») qui lui serviront pour La Henriade et le Siècle de Louis XIV.

Le château de Sceaux. La duchesse du Maine y tient une cour royale et exige de ses hôtes des vers sur tout et sur rien. À ces jeux, Arouet est de toute première force.

En 1715, c’est la Régence. Arouet a 21 ans. Il est si brillant et si amusant que la haute société se dispute sa présence. Il aurait pu devenir l’ami du Régent mais se retrouve dans le camp de ses ennemis. Invité au château de Sceaux, centre d’opposition le plus actif au nouveau pouvoir[7], où la duchesse du Maine, mariée au duc du Maine, bâtard légitimé de Louis XIV, tient une cour brillante, il ne peut s’empêcher de faire des vers injurieux sur les relations amoureuses du Régent et de sa fille, la duchesse de Berry, qui vient d'accoucher clandestinement.

Le 4 mai 1716, il est exilé à Tulle[8]. Son père use de son influence auprès de ses anciens clients pour fléchir le Régent qui, bon prince, remplace Tulle par Sully-sur-Loire où il s’installe dans le château du jeune duc de Sully, une connaissance du Temple, qui vit avec son entourage dans une succession de bals, de festins et de spectacles divers. À l’approche de l’hiver, il sollicite la grâce du Régent qui, sans rancune, pardonne. Le jeune Arouet recommence sa vie turbulente à Saint-Ange (Caumartin est aussi un ennemi du Régent) et à Sceaux, profitant de l’hospitalité des nantis et du confort de leurs châteaux. Mais, pris par l’ambiance, quelques semaines plus tard, il récidive. S'étant lié d'amitié avec un certain Beauregard, en réalité un indicateur de la police chargé de le faire parler, il lui confie être l'auteur de nouveaux ouvrages de vers satiriques contre le Régent et sa fille[9].

Le 16 mai 1717, il est envoyé à la Bastille par lettre de cachet. Arouet a vingt-trois ans. Il restera onze mois à la Bastille.

Premiers succès littéraires, Œdipe et La Henriade et retour à la Bastille (1718-1726)

Voltaire devient célèbre à 24 ans grâce au succès de sa tragédie Œdipe (1718).
« Il fit croire, des Enfers, Racine revenu » écrit le prince de Conti.

À sa première sortie de la prison de la Bastille, conscient d’avoir jusque-là gaspillé son temps et son talent, il veut donner un nouveau cours à sa vie, et devenir célèbre dans les genres les plus nobles de la littérature de son époque, la tragédie et la poésie épique.

Pour rompre avec son passé, avec sa famille surtout, pour effacer un patronyme aux consonances vulgaires, équivoque (à rouer), il se crée un nom euphonique, Voltaire. On ne sait pas à partir de quels éléments il l'a élaboré. De nombreuses hypothèses ont été avancées (inversion de la petite ville d'Airvault proche de Saint-Loup le berceau de la famille Arouet, anagramme d’Arouet l.j. (le jeune), personnage de théâtre nommé Voltare), toutes vraisemblables.

Le 18 novembre 1718, sa pièce, Œdipe, obtient un immense succès (quarante-cinq représentations plus quatre au Palais-Royal, nombre de spectateurs évalué à 25 000). Le public, qui voit en lui un nouveau Racine, aime ses vers en forme de maximes[10] et ses allusions impertinentes au roi défunt et à la religion (« Nos prêtres ne sont pas ce qu’un vain peuple pense / Notre crédulité fait toute leur science[11]. »). Ses talents de poète mondain triomphent dans les salons et les châteaux. Il devient l’intime des Villars qui le reçoivent dans leur château de Vaux et l’amant de Madame de Bernières, épouse du président à mortier du parlement de Rouen.

Après l’échec d’une deuxième tragédie, il connaît un nouveau succès en 1723 avec La Henriade, poème épique de 4 300 alexandrins se référant aux modèles classiques (Iliade d'Homère, Énéide de Virgile) dont le sujet est le siège de Paris par Henri IV et qui trace le portrait d’un souverain idéal, ennemi de tous les fanatismes : 4 000 exemplaires vendus en quelques semaines (soixante éditions successives du vivant de l’auteur). Pour ses contemporains admiratifs, Voltaire va être longtemps l'auteur de La Henriade, le Virgile français, le premier à avoir écrit une épopée nationale[12].

Bastonné par les laquais du Chevalier de Rohan et retour en Bastille
Article détaillé : Altercation Voltaire-Rohan.

En janvier 1726, il subit une humiliation qui va le marquer toute sa vie[13]. Le chevalier de Guy-Auguste de Rohan-Chabot, jeune gentilhomme arrogant, appartenant à l'une des plus illustres familles du royaume, l’apostrophe à la Comédie-Française : « Monsieur de Voltaire, Monsieur Arouet, comment vous appelez-vous ? ». Sa réplique est cinglante : « Voltaire ! Je commence mon nom et vous finissez le vôtre ». Quelques jours plus tard, on le fait appeler alors qu’il dîne chez son ami le duc de Sully. Dans la rue, il est frappé à coups de gourdin par les laquais du chevalier qui surveille l’opération de son carrosse. Blessé, humilié, il veut obtenir réparation, mais aucun de ses amis aristocrates ne prend son parti. Le duc de Sully refuse de l’accompagner chez le commissaire de police pour appuyer sa plainte. Il n’est pas question d’inquiéter un Rohan pour avoir fait rouer de coups un écrivain. « Nous serions bien malheureux si les poètes n’avaient pas d’épaules », dit un parent de Caumartin. Le prince de Conti fait un mot sur les coups de bâtons : « Ils ont été bien reçus mais mal donnés ». Voltaire veut venger son honneur par les armes, mais son ardeur à vouloir se faire rendre justice indispose tout le monde. Les Rohan obtiennent que l’on procède à l’arrestation de Voltaire, qui est conduit à la Bastille le 17 avril. Il n’est libéré, deux semaines plus tard, qu’à la condition qu’il s’exile.

En Angleterre, « terre de Liberté » (1726-1728)

Écrites en partie en Angleterre, les Lettres philosophiques sont « la première bombe lancée contre l’Ancien Régime » (Gustave Lanson). Elles vont faire à Paris en 1734 un énorme scandale et condamner leur auteur à l’exil.

Voltaire a 32 ans. Cette expérience va le marquer d’une empreinte indélébile. Il est profondément impressionné par l'esprit de liberté de la société anglaise (ce qui ne l'empêche pas d'apercevoir les ombres du tableau, surtout vers la fin de son séjour). Alors qu’en France règnent les lettres de cachet, la loi d’Habeas corpus de 1679 (nul ne peut demeurer détenu sinon par décision d’un juge) et la Déclaration des droits de 1689 protègent les citoyens anglais contre le pouvoir du roi. L'Angleterre, cette « nation de philosophes », rend justice aux vraies grandeurs qui sont celles de l'esprit. Présent en 1727 aux obsèques solennelles de Newton à Westminster Abbey, il fait la comparaison : à supposer que Descartes soit mort à Paris, on ne lui aurait certainement pas accordé d'être enseveli à Saint-Denis, auprès des sépultures royales. La réussite matérielle du peuple d’Angleterre suscite aussi son admiration. Il fait le lien avec le retard de la France dans le domaine économique et l’archaïsme de ses institutions. Il estime que, là où croît l’intensité des échanges marchands et intellectuels, grandit en proportion l’aspiration des peuples à plus de liberté et de tolérance.

Il ne lui faut que peu de temps pour acquérir une excellente maitrise de l’anglais. En novembre 1726, il s’installe à Londres. Il rencontre des écrivains, des philosophes, des savants (physiciens, mathématiciens, naturalistes) et s’initie à des domaines de connaissance qu’il ignorait jusqu’ici. Son séjour en Angleterre lui donne l'occasion de découvrir Newton dont il n'aura de cesse de faire connaître l'œuvre. Ainsi s’esquisse la mutation de l’homme de lettres en « philosophe », qui le conduit à s’investir dans des genres jusqu’alors considérés comme peu prestigieux : l’histoire, l’essai politique et plus tard le roman. C’est en Angleterre qu’il commence à rédiger en anglais l’ouvrage où il expose ses observations sur l’Angleterre, qu’il fera paraître en 1733 à Londres sous le titre Letters Concerning the English Nation et dont la version française n’est autre que les Lettres philosophiques.

Il se rapproche de la cour de Georges Ier puis de Georges II et prépare une édition de la Henriade en souscription accompagnée de deux essais en anglais qui remporte un grand succès (343 souscripteurs) et renfloue ses finances. Une souscription analogue ouverte en France par son ami Thériot n’en rassemble que 80 et fera l’objet de nombreuses saisies de la police.

Retour d'Angleterre, loterie et mise sur orbite (1728-1733)

À l’automne 1728, il est autorisé à rentrer en France pourvu qu’il se tienne éloigné de la capitale. L’affaire Rohan remonte à plus de trois ans. Voltaire procède précautionneusement, séjournant plusieurs mois à Dieppe où il se fait passer pour un anglais. Il obtient en avril l’autorisation de venir à Paris, mais Versailles lui reste interdit.

Voltaire veut être riche pour être un écrivain indépendant. À son retour d’Angleterre, il n’a que quelques économies qu’il s’emploie activement à faire fructifier. Il gagne un capital important (avec d’autres et sur une idée du mathématicien La Condamine) en participant à une loterie d’État mal conçue[14]. Puis, il part à Nancy spéculer sur des actions émises par le nouveau duc de Lorraine, opération dans laquelle il aurait « triplé son or[15] ». Il reçoit aussi en mars 1730 sa part de l’héritage paternel. Ces fonds vont être judicieusement placés[16] dans le commerce, « les affaires de Barbarie », vente des blés d’Afrique du Nord vers l’Espagne et l’Italie où elle est plus lucrative qu’à Marseille et les « transactions de Cadix », échange de produits des colonies françaises contre l’or et l’argent du Pérou et du Mexique. En 1734, il confie ses capitaux aux frères Pâris dans leur entreprise de fournitures aux armées. Enfin, à partir de 1736, Voltaire va surtout prêter de l’argent à des grands personnages et des princes européens, prêts transformés en rentes viagères selon une pratique courante de l'époque (à lui d'actionner ses débiteurs, désinvoltes mais ayant du répondant, pour obtenir le paiement de ses rentes). « J’ai vu tant de gens de lettres pauvres et méprisés que j’ai conclu dès longtemps que je ne devais pas en augmenter le nombre. » Programme réalisé à son retour d’Angleterre.

En 1730, un incident, dont il se souviendra à l’heure de sa mort, le bouleverse et le scandalise. Il est auprès d’Adrienne Lecouvreur, une actrice qui a joué dans ses pièces et avec laquelle il a eu une liaison, lorsqu’elle meurt. Le prêtre de la paroisse de Saint-Sulpice refuse la sépulture (la France est alors le seul pays catholique où les comédiens sont frappés d’excommunication). Le cadavre doit être placé dans un fiacre jusqu’à un terrain vague à la limite de la ville où elle est enterrée sans aucun monument pour marquer sa tombe. Quelques mois plus tard meurt à Londres une comédienne, Mrs Oldfield, enterrée à Westminster Abbey. Là encore, Voltaire fait la comparaison.

Voltaire fait sa rentrée littéraire à Paris par le théâtre (mais il travaille selon son habitude à plusieurs œuvres à la fois). Sans beaucoup de succès avec Brutus, La mort de César et Eriphyle. Mais Zaïre en 1732 remporte un triomphe comparable à celui d’Œdipe et est joué dans toute l’Europe (la 488e représentation a eu lieu en 1936).

La mise sur orbite avec les Lettres philosophiques ou Lettres anglaises, publiées en 1734 apparaît le premier grand travail des Lumières.

Vingt-cinq lettres abordent des sujets assez variés : la religion, les sciences, les arts, la politique ou la philosophie (de Pascal notamment).

L'ouvrage est destiné à un peuple plus ou moins cultivé, capable de lire mais nécessitant une éducation certaine.

Ce sont des lettres ouvertes, destinées à être lues par un plus grand nombre grâce à leur parution sous forme d’un livre.

Le quadra (1733-1749) : ma femme Émilie

Émilie du Châtelet (1706-1749) à sa table de travail tenant un compas sur un cahier ouvert (portrait de Quentin de La Tour)
Voltaire à 41 ans.
« Il est maigre, d’un tempérament sec. Il a la bile brulée, le visage décharné, l’air spirituel et caustique, les yeux étincelants et malins. Vif jusqu’à l’étourderie, c’est un ardent qui va et vient, qui vous éblouit et qui pétille[17]. »

Sexe et bas bleus (1733-1735)

Depuis des mois, sa santé délabrée fait que Voltaire vit sans maîtresse. En 1733, il devient l’amant de Mme du Châtelet. Émilie du Châtelet a 27 ans, 12 de moins que Voltaire. Fille de son ancien protecteur, le baron de Breteuil, elle décide pendant seize ans de l’orientation de sa vie, dans une situation quasi conjugale (son mari, un militaire appelé à parcourir l’Europe à la tête de son régiment, n’exige pas d’elle la fidélité, à condition que les apparences soient sauves, une règle que Voltaire « ami de la famille » sait respecter). Ils ont un enthousiasme commun pour l’étude et sous l’influence de son amie, Voltaire va se passionner pour les sciences. Il « apprend d’elle à penser[18] » dit-il. Elle joue un rôle essentiel dans la métamorphose de l’homme de lettres en « philosophe ». Elle lui apprend la diplomatie, freine son ardeur désordonnée. Ils vont connaître dix années de bonheur et de vie commune. La passion se refroidit ensuite. Les infidélités sont réciproques (la nièce de Voltaire, Mme Denis, devient sa maitresse fin 1745, secret bien gardé de son vivant ; Mme du Châtelet s’éprend passionnément de Saint-Lambert en 1748), mais ils ne se sépareront pas pour autant, l’entente entre les deux esprits demeurant la plus forte. À sa mort, en 1749, elle ne sera jamais remplacée. Mme Denis, que Voltaire aimera tendrement, va régner sur son ménage (ce dont ne se souciait pas Mme du Châtelet), mais elle ne sera jamais la confidente et la conseillère de ses travaux.

Émilie est une véritable femme de sciences. L’étendue de ses connaissances en mathématiques et en physique en fait une exception dans le siècle. C’est aussi une femme du monde qui mène une vie mondaine assez frénétique en dehors de ses études. Elle aime l’amour (elle a déjà eu plusieurs amants, dont le duc de Richelieu ; elle devient en 1734 la maîtresse de son professeur de mathématiques, Maupertuis, que lui a présenté Voltaire) et le jeu, où elle perd beaucoup d’argent. Elle cherche un homme à sa mesure pour asseoir sa réussite intellectuelle : Voltaire est un écrivain de tout premier plan, de réputation européenne, avide de réussite lui aussi.

1734 est l’année de la publication clandestine des Lettres philosophiques, le « manifeste des Lumières[19] », grand reportage intellectuel et polémique sur la modernité anglaise, publié dans toute l’Europe à 20 000 exemplaires, selon l’estimation de René Pomeau[20], chiffre particulièrement élevé à l’époque. L’éloge de la liberté et de la tolérance anglaise est perçu à Paris comme une attaque contre le gouvernement et la religion. Le livre est condamné par le Parlement à majorité janséniste et brulé au bas du grand escalier du Palais. Une lettre de cachet est lancée contre Voltaire qui s’enfuit à Cirey, le château champenois que possèdent les Châtelet. Un an plus tard, après une lettre de désaveu où il « proteste de sa soumission entière à la religion de ses pères », il sera autorisé à revenir à Paris si nécessaire, mais la lettre de cachet ne sera pas révoquée.

Pendant les dix années suivantes passées pour l’essentiel à Cirey, Voltaire va jouer un double jeu : rassurer ses adversaires pour éviter la Bastille, tout en continuant son œuvre philosophique pour gagner les hésitants. Tous les moyens sont bons : publications clandestines désavouées, manuscrits dont on fait savoir qu’il s’agit de fantaisies privées non destinées à la publication et qu’on lit aux amis et visiteurs qui en répandent les passages les plus féroces (exemple La Pucelle qui ridiculise Jeanne d’Arc). Son engagement est inséparable d’un combat antireligieux. L’intolérance religieuse, qu’il rend responsable de retard en matière de civilisation, est pour lui l’un des archaïsmes dont il voudrait purger la France.

Voltaire restaure Cirey grâce à son argent. Les journées sont studieuses : discussions, lectures et travaux en communs, travaux personnels, portant sur la science et la religion. Voltaire fait des expériences scientifiques dans le laboratoire d’Émilie pour le concours de l’Académie des sciences. Aidé par Émilie du Châtelet, il est l'un des premiers à vulgariser en France les idées de Newton sur la gravitation universelle en publiant l'Épitre sur Newton (1736) et les Éléments de la philosophie de Newton (1738). Il commence La Pucelle (pour s’amuser dit-il) et Le Siècle de Louis XIV (pour convaincre son amie qui n’aime pas l’histoire), prépare L’Essai sur les mœurs, histoire générale de l’Occident chrétien où il dénombre les horreurs engendrées par le fanatisme. Toujours du théâtre avec Alzire (qui fait « perdre la respiration » au jeune Rousseau) et Mérope qui est un grand succès. Un poème, où il fait l’apologie du luxe (« Le superflu, chose très nécessaire »), Le Mondain, et évoque la vie d’Adam[21], scandalise à Paris les milieux jansénistes. Prévenu, il s’enfuit en Hollande par crainte des représailles. En 1742, sa pièce Mahomet est applaudie à Paris. Mais les mêmes milieux accusent Voltaire de taxer d’imposture, à travers l’Islam, le Christianisme lui-même. Ils obtiennent du pouvoir royal plutôt réticent l’interdiction de fait de la pièce, que Voltaire, toujours sous le coup de la lettre de cachet de 1734, doit retirer après la 3e représentation. Elle ne sera reprise qu’en 1751. Voltaire apparaît de plus en plus comme un adversaire de la religion.

En 1736, Voltaire reçoit la première lettre du futur roi de Prusse. Commence alors une correspondance qui durera jusqu’à la mort de Voltaire (interrompue en 1754, après l’avanie de Francfort, elle reprendra en 1757). « Continuez, Monsieur, à éclairer le monde. Le flambeau de la vérité ne pouvait être confié à de meilleures mains[22] », lui écrit Frédéric qui veut l’attacher à sa cour par tous les moyens. Voltaire lui rend plusieurs fois visite, mais refuse de s’installer à Berlin du vivant de Mme du Châtelet qui se méfie du roi-philosophe.

Pour cette raison peut-être, Madame du Châtelet pousse Voltaire à chercher un retour en grâce auprès de Louis XV. De son côté, Voltaire ne conçoit d’avenir pour ses idées sans l’accord du roi. En 1744, il est aidé par la conjoncture : le nouveau ministre des Affaires étrangères est d’Argenson, son ancien condisciple de Louis-le-Grand et surtout il a le soutien de la nouvelle favorite Mme de Pompadour, qui l’admire. Son amitié avec le roi de Prusse est un atout. Il se rêve en artisan d’une alliance entre les deux rois et accepte une mission diplomatique, qui échoue. Grâce à ses appuis, il obtient la place d’historiographe de France, le titre de « gentilhomme ordinaire de la chambre du roi » et les entrées de sa chambre. Dans le cadre de ses fonctions, il compose un poème lyrique, La Bataille de Fontenoy et un opéra, avec Rameau, à la gloire du roi. Mais Louis XV ne l’aime pas et Voltaire ne sera jamais un courtisan.

De même, la conquête de l’Académie française lui paraît « absolument nécessaire ». Il veut se protéger de ses adversaires et y faire rentrer ses amis (à sa mort, elle sera majoritairement voltairienne et aura à sa tête d'Alembert qui lui est tout dévoué). Après deux échecs et beaucoup d’hypocrisies (un éloge des Jésuites et le canular de la bénédiction papale[23]), il réussit à se faire élire le 2 mai 1746.

La même année, Zadig, un petit livre publié clandestinement à Amsterdam est désavoué par Voltaire : « Je serais très fâché de passer pour l’auteur de Zadig qu’on ose accuser de contenir des dogmes téméraires contre notre sainte religion[24]. » Outre ses aspects philosophiques, Zadig apparaît comme un bilan autocritique qu'établit Voltaire à 50 ans, estime Pierre Lepape[25]. La gloire ne s'obtient qu'au prix du ridicule et de la honte du métier de courtisan, le bonheur est saccagé par les persécutions qu'il faut subir, l'amour est un échec, la science une manière de se cacher l'absurdité de la vie. L'histoire de l'humanité est celle d'un cheminement de la conscience malgré les obstacles : ignorance, superstition, intolérance, injustice, déraison. Zadig est celui qui lutte contre cette obscurité de la conscience : « Son principal talent était de démêler la vérité, que tous les hommes cherchent à s'obscurcir[26]. »

En septembre 1749, Mme du Châtelet, enceinte de Saint-Lambert, officier de la cour du roi Stanislas et poète, meurt dans les jours qui suivent son accouchement.

À la mort de Madame du Châtelet, avec laquelle il avait cru faire sa vie jusqu’à la fin de ses jours malgré leurs querelles et infidélités réciproques, Voltaire est désemparé et souffre de dépression (« la seule vraie souffrance de ma vie », dira-t-il). Il a 56 ans. Il ne reste que six mois à Paris. L’hostilité de Louis XV et l’échec de sa tragédie Oreste le poussent à accepter les invitations réitérées de Frédéric II.

La maturité avérée (1749-1768)

Bonjour et au revoir à Berlin (1749-1753)

Frédéric II en 1745.
« Je redouble d’envie de vous revoir, c’est-à-dire de parler de littérature, et de m’instruire de choses que vous seul pouvez m’apprendre (Lettre du 20 janvier 1750 à Voltaire) »
Les soupers dans la salle de marbre du château de Sans-Souci (on reconnaît Voltaire parmi les invités).
«Le roi avait de l’esprit et en faisait avoir », dit Voltaire.

Il part en juin 1750 pour la cour de Prusse. Le 27 juillet, il est à Berlin. C’est l’enchantement. Magnifiquement logé dans l’appartement du maréchal de Saxe, il travaille deux heures par jour avec le roi qu’il aide à mettre au point ses œuvres. Le soir, des soupers délicieux avec la petite cour très francisée de Potsdam où il retrouve Maupertuis, président de l’Académie des sciences de Berlin, La Mettrie, d’Argens. Il a sa chambre[27] au château de Sans-Souci et un appartement dans la ville au palais de la Résidence. En août, il reçoit la dignité de chambellan, avec l’ordre du Mérite.

Voltaire va passer plus de deux ans et demi en Prusse (il y termine Le Siècle de Louis XIV et écrit Micromégas). Mais après l’euphorie des débuts, ses relations avec Frédéric se détériorent, les brouilles se font plus fréquentes, parfois provoquées par les imprudences de Voltaire (affaire Hirschel[28]).

Un pamphlet de Voltaire contre Maupertuis (ce dernier avait commis, en tant que président de l’Académie des sciences, un abus de pouvoir contre l’ancien précepteur de Mme du Châtelet, König, académicien lui aussi) provoque la rupture. Le pamphlet, La Diatribe du docteur Akakia, est imprimé par Voltaire sans l’accord du roi et en utilisant une permission accordée pour un autre ouvrage. Se sentant berné, furieux que l’on attaque son Académie, Frédéric fait saisir les exemplaires qui sont brulés sur la place publique par le bourreau. Voltaire demande son congé.

Il quitte la Prusse le 26 mars 1753 avec la permission du roi. Il ne se dirige pas tout de suite vers la France, faisant des arrêts prolongés à Leipzig, Gotha et Kassel où il est fêté, mais à Francfort, ville libre d’empire, Frédéric le fait arrêter le 31 mai par son résident le baron von Freytag, pour récupérer un livre de poésies écrit par lui et donné à Voltaire, dont il craint que ce dernier ne fasse mauvais usage (Voltaire en fait dans son récit de l’évènement [29] « l’œuvre de poéshie du roi mon maitre »). Pendant plus d’un mois, Voltaire, en compagnie de Mme Denis venue le rejoindre, est humilié, séquestré, menacé et rançonné dans une série de scènes absurdes et ubuesques. Enfin libéré, il peut quitter Francfort le 8 juillet.

Sexagénaire, et recherche d'un gîte à la frontière de la France (1753-1755)

Le Souper des philosophes (Huber). Voltaire lève la main pour imposer le silence. À sa gauche Diderot, puis le père Adam[30], Condorcet, d'Alembert, l'abbé Maury et La Harpe. La scène se passe à Ferney en 1772. Elle est fictive, mais seul Diderot ne s'est jamais rendu à Ferney.

Jusqu'à la fin de l’année, il attend à Colmar[31] la permission de revenir à Paris, mais le 27 janvier 1754, l'interdiction d'approcher de la capitale lui est notifiée. Il se dirige alors, par Lyon, vers Genève. Il pense trouver un havre de liberté dans cette république calviniste de notables et de banquiers cultivés parmi lesquels il compte de nombreux admirateurs et partisans.

Grâce à son ami François Tronchin[32], Voltaire achète sous un prête-nom (les catholiques ne peuvent pas être propriétaires à Genève) la belle maison des Délices et en loue une autre dans le canton de Vaud pour passer la saison d'hiver. Les Délices annoncent Ferney. Voltaire embellit la maison, y mène grand train, reçoit beaucoup (la visite du grand homme, au cœur de la propagande voltairienne, devient à la mode), donne en privé des pièces de théâtre (le théâtre est toujours interdit dans la ville de Calvin). Très vite, les pasteurs genevois lui « conseillent » de ne rien publier contre la religion tant qu’il habite parmi eux.

Tremblement de terre et lancement d'un livre : Candide (1755-1759)

Il travaille aussi beaucoup : théâtre, préparation de Candide, sept volumes de l’Essai sur les mœurs[33] tiré à 7000 exemplaires, Poème sur le désastre de Lisbonne[34], révision des dix premiers volumes de ses Œuvres complètes chez Gabriel Cramer son nouvel éditeur[35], qui a un réseau de correspondants européens permettant de diffuser les livres interdits[36].

Voltaire collabore aussi à l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert (125 auteurs recensés). Ce grand dictionnaire vendu dans toute l’Europe[37] (la souscription coûte une fortune) défend aussi la liberté de penser et d’écrire, la séparation des pouvoirs et attaque la monarchie de droit divin[38]. Voltaire rédige une trentaine d’articles[39], mais il est en désaccord sur la tactique (« Je voudrais bien savoir quel mal peut faire un livre qui coûte cent écus. Jamais vingt volumes in-folio ne feront de révolution ; ce sont les petits livres portatifs à trente sous qui sont à craindre[40] »). Il voudrait imposer sa marque, faire de l’Encyclopédie l’organe du combat antichrétien, l’imprimer hors de France, mais, s’il possède en d’Alembert un allié de poids, il ne peut gagner Diderot à ses vues.

Largement inspiré par Voltaire, l’article « Genève[41]» de d’Alembert paru dans le volume VII en 1757 fait scandale auprès du clergé genevois.

En France, après l’attentat de Damiens contre Louis XV, une offensive antiphilosophique se déclenche : après le livre d’Helvétius, De l’Esprit, interdit en août 1758, l’Encyclopédie est interdite à son tour le 8 mars 1759, par décret royal.

Pour mieux assurer son indépendance et échapper aux tracasseries des pasteurs de Genève, Voltaire achète le château de Ferney (et celui de Tourney qui forme avec le précédent un vaste ensemble d’un seul tenant) et s’y installe en octobre 1758. Ferney est dans le Pays de Gex, en territoire français, mais loin de Versailles et à quatre kilomètres de la république genevoise où il peut trouver refuge et où se situe son éditeur Cramer et bon nombre de ses partisans dans les milieux dirigeants.

Le Vignoble de la vérité (1759-1763)

Le château de Ferney.
« Je ne connais d'autre liberté que celle de ne dépendre de personne ; c'est celle où je suis parvenu après l'avoir cherchée toute ma vie[42] »

Ferney est la période la plus active de la vie de Voltaire. Il va y résider vingt ans jusqu’à son retour à Paris. C’est à Ferney qu’il va acquérir une nouvelle stature, celle d’un champion de la justice et de l’humanité et livrer ses grandes batailles. Il a 64 ans, un âge au XVIIIe siècle où la vie approche de son terme.

Voltaire est devenu riche et en est fier : « Je suis né assez pauvre, j’ai fait toute ma vie un métier de gueux, de barbouilleur de papier, celui de Jean-Jacques Rousseau, et cependant me voilà avec deux châteaux, 70 000 livres de rente et 200 000 livres d’argent comptant[43] », écrit-il à son banquier en 1761. Sa fortune lui permet de reconstruire le château, d’en embellir les abords, d’y construire un théâtre, de faire de son vivant du village misérable de Ferney une petite ville prospère[44] et aussi de tenir table et porte ouvertes, jusqu’à ce que l’afflux de visiteurs et la fatigue l’obligent à restreindre l’accueil.

C’est la nièce et compagne de Voltaire, Madame Denis, qui reçoit comme maitresse de maison. Lui ne se montre qu’aux repas, se réservant d’apparaître à l’improviste si cela lui convient, car il se ménage de longues heures de travail (« J’ai quelquefois 50 personnes à table. Je les laisse avec Mme Denis qui fait les honneurs, et je m’enferme[45]. »). Ses visiteurs, qui l’attendent impatiemment, sont en général frappés par le charme de sa conversation, la vivacité de son regard, sa maigreur, son accoutrement (habituellement Voltaire ne « s’habille » pas). Il aime conduire ses hôtes dans son jardin et leur faire admirer le paysage. Les grandes heures sont celles du théâtre (« Rien n'anime plus la société, rien ne donne plus de grâce au corps et à l'esprit, rien ne forme plus le goût. », dit-il). Installé à côté du château, il peut contenir 300 personnes. Voltaire et Mme Denis y jouent eux-mêmes leurs rôles préférés.

Lutte contre l'injustice : Calas, Sirven et La Barre (1761-1765)

À partir de l'affaire Calas, le mot d'ordre « Écrasez l'Infâme » apparaît sous sa plume.

Le 22 mars 1761, Voltaire est informé que, par ordre du parlement de Toulouse, un vieux commerçant protestant, nommé Calas, vient d’être roué, puis étranglé et brulé. Il aurait assassiné son fils, qui voulait se convertir au catholicisme. Voltaire apprend bientôt qu’en réalité Calas a été condamné sans preuves. Des témoignages le persuadent de son innocence. Convaincu qu’il s’agit d’une tragédie de l’intolérance, que les juges ont été influencés par le fanatisme ambiant, il entreprend la réhabilitation du supplicié et l’acquittement des autres Calas qui restent inculpés. Pendant trois ans (1762-1765), il mène une intense campagne : écrits, lettres, mettent en mouvement tout ce qui a de l'influence en France et en Europe. C'est à partir de l'affaire Calas que le mot d'ordre « Écrasez l'Infâme » (chez Voltaire, la superstition, le fanatisme et l'intolérance), abrégé à l'usage en Ecr.linf., apparaît dans sa correspondance à la fin de ses lettres. Il élève le débat par un Traité sur la tolérance (1763). Une sentence d’un parlement n’étant pas susceptible d’appel, le seul recours est le Conseil du royaume, présidé par le roi. Seul Voltaire a assez de prestige pour saisir une telle instance. De Ferney, n’ayant que son écritoire et son papier, il parvient à faire casser l’arrêt du Parlement et à faire indemniser la famille. « Par lui – par lui seul – le procès Calas deviendra l’affaire Calas, une de ces affaires qui marquent la conscience des hommes. », écrit René Pomeau.

Il réussit de même à faire réhabiliter Sirven, un autre protestant condamné par contumace le 20 mars 1764 à être pendu, avec sa femme, pour le meurtre de leur fille que l’on savait folle et qu’on trouva noyée dans un puits. On accusait son père et sa mère de l’avoir assassinée pour l’empêcher de se convertir. Les deux parents vont solliciter Voltaire qui obtient leur acquittement après un long procès.

L’affaire La Barre surpasse en horreur celles de Calas et de Sirven. À Abbeville, le 9 août 1765, on découvre en pleine ville, sur le Pont-Neuf, un crucifix de bois mutilé. Une enquête est ouverte. Les soupçons se portent sur un groupe de jeunes gens qui se sont fait remarquer en ne se découvrant pas devant la procession du Saint-Sacrement, en chantant des chansons obscènes et en affectant de lire le Dictionnaire philosophique de Voltaire. Deux s’enfuient. Le chevalier de La Barre, âgé de 19 ans, est condamné à avoir la langue coupée, puis à être décapité et brulé. Le Parlement de Paris confirme la sentence. L’exécution a lieu le 1er juillet 1766. Le Dictionnaire philosophique est brulé en même temps que le corps et la tête du condamné. Voltaire rédige l’exposé détaillé de l’affaire, fait ressortir le scandale, provoque un revirement de l’opinion. Le juge d’Abbeville est révoqué, les coïnculpés acquittés. « Ce sang innocent crie, et moi je crierai aussi ; et je crierai jusqu’à ma mort. » écrit Voltaire à d’Argental.

Son engagement pour combattre l'injustice va durer jusqu'à sa mort (réhabilitation posthume de Lally-Tollendal, affaires Morangiés, Monbailli, serfs du Mont-Jura). « Il faut dans cette vie combattre jusqu’au dernier moment[46] », déclare-t-il en 1775.

D comme Dictionnaire (portatif…), D comme Danger (1764-1768)

Le lever de Voltaire de Jean Huber (vers 1768-1772)
Voltaire enfile sa culotte en dictant une lettre.

À Ferney, Voltaire va s’affirmer comme le champion de la « philosophie », cette pensée des Lumières portée par de très nombreux individus – mais dispersés et constamment engagés entre eux en d’âpres discussions. Sa production imprimée pendant ces années va être considérable. « J’écris pour agir[47] » affirme-t-il. Il veut gagner ses lecteurs à la cause des Lumières. Il choisit pour sa propagande des œuvres « utiles et courtes[48] ». Contrairement à L’Encyclopédie avec ses gros volumes facilement bloqués chez l’éditeur, il privilégie les brochures de quelques pages qui se dissimulent aisément, échappent aux perquisitions de la douane et de la police et se vendent pour quelques sous.

À Paris, il peut compter sur une équipe de fidèles, en premier lieu d’Alembert, futur secrétaire de l'Académie française, dont les relations mondaines et littéraires lui sont de précieux atouts, et qui n’hésite pas à le mettre en garde ou à corriger ses erreurs, mais aussi Grimm, Mme d’Épinay, Helvétius, Marmontel, Mme du Deffand, et aussi sur des appuis politiques comme Richelieu ou Choiseul (qui ne sont ni philosophes, ni libéraux, mais à qui Voltaire plaît).

Quand il s’installe à Ferney, la diffusion clandestine de Candide, son chef-d’œuvre, a commencé. « Jamais Voltaire n’a aussi bien exprimé le monde tel que le voit son humeur : vision désolée et gaie, décapante mais tonique. » écrit René Pomeau, qui calcule qu’il a dû se vendre en 1759 environ 20 000 Candide, chiffre énorme à l’époque où L’Encyclopédie même ne dépasse pas 4 000 exemplaires[49].

En France, le pouvoir et les milieux conservateurs ont lancé une campagne contre les idées nouvelles : interdiction de L’Encyclopédie, discours de Le Franc de Pompignan à l’Académie, comédie de Palissot contre les philosophes au Théâtre-Français, attaques de Fréron, grand journaliste et polémiste redoutable. De Ferney, Voltaire organise la contre-offensive : articles, brochures, petits vers (l’épigramme contre Fréron est restée célèbre : L’autre jour au fond d’un vallon, /Un serpent piqua Jean Fréron ;/Que croyez-vous qu’il arriva ?/Ce fut le serpent qui creva.), comédies, pièces, tout est bon pour faire taire les ennemis des philosophes.

En 1764, le Dictionnaire philosophique portatif, bilan de la réflexion philosophique de Voltaire, en même temps qu’outil pédagogique destiné au public cultivé, se répand, toujours clandestinement, en Europe. Considéré comme impie, il est condamné en France par le Parlement le 19 mars 1765 (Louis XV, après avoir pris connaissance du livre aurait demandé : « Est-ce qu’on ne peut pas faire taire cet homme-là ? »), mais aussi à Genève et à Berne où il est brûlé. Manifeste des Lumières (Voltaire en donne quatre nouvelles éditions de 1764 à 1769 chaque fois enrichies d’articles nouveaux), le Dictionnaire est composé de textes brefs et vifs, rangés dans l’ordre alphabétique. « Ce livre n’exige pas une lecture suivie, écrit Voltaire en tête de volume, mais, à quelque endroit qu’on l’ouvre, on trouve de quoi réfléchir. »

Derniers feux (1768-1778): du jardin au cimetière

Le déiste toujours en lutte (1768-1769)

« J’ai été pendant 14 ans l’aubergiste de l’Europe[50] », écrit-il à Madame du Deffand. Ferney se trouve sur l’axe de communication de l’Europe du Nord vers l’Italie, itinéraire du Grand Tour de l’aristocratie européenne au XVIIIe siècle. Les visiteurs affluent pour le voir et l’entendre. Les plus nombreux sont les Anglais qui savent que le philosophe aime l’Angleterre (trois ou quatre cents affirme Voltaire), mais il y a aussi des Français, des Allemands, des Italiens, des Russes. Leurs témoignages permettent de connaître la vie quotidienne à Ferney.

À Ferney, l’artiste genevois Jean Huber, devenu un familier de la maison, a fait d’innombrables croquis et aquarelles de Voltaire, à la fois comique et familier, dans l’ordinaire de sa vie quotidienne. En 1768, l'impératrice Catherine II lui commande un cycle de peintures voltairiennes dont neuf toiles sont conservées au musée de l’Ermitage.

Les capitaux que Voltaire investit tirent Ferney de la misère. Dès son arrivée, il améliore la production agricole, draine les marécages, plante des arbres, achète une nouveauté dont il est fier, la charrue à semoir et donne l’exemple en labourant lui-même chaque année un de ses champs. Il fait construire des maisons pour accueillir de nouveaux habitants, développe des activités économiques, soieries, horlogerie surtout. « Un repaire de 40 sauvages est devenu une petite ville opulente habitée par 1 200 personnes utiles », peut-il écrire en 1777.

À la fin des années 1990, l'État français a acheté le château de Ferney-Voltaire qui est administré par le Centre des monuments nationaux. En cours de restauration, il est ouvert aux visiteurs.

Dans l'expectative (1769-1773)

Bien avant la mort de Louis XV, Voltaire souhaite revenir à Paris après une absence de près de 28 ans.

Le combat de la dernière ligne droite (1773-1776)

Depuis le début de février 1773, Voltaire souffre d'un cancer de la prostate (diagnostic rétrospectif établi de nos jours grâce au rapport de l’autopsie pratiquée le lendemain de son décès[51]). La dysurie est majeure, les clochers fébriles fréquents ainsi que les pertes de connaissance. Les jambes gonflées font parler d'hydropisie (affection dont son probable père biologique serait mort en 1719). Le 8 mai, il informe d'Alembert : "Je vois la mort au bout de mon nez". Les mictions sont difficiles. L'été 1773, des forces reviennent, mais la crise de rétention aiguë d'urines de février 1773, le reprend en mars 1774. En mai 1774, il perd sa plus jeune nièce de tuberculose, Élisabeth, marquise de Florian (ex Mme de Fontaine, née Mignot). Suit moins triste, pour Voltaire, la mort de Louis XV de petite vérole le 10 mai 1774.

Le dernier acte (1776-1778)

Les nouvelles autorités font comprendre à ses amis qu’on fermerait les yeux s’il se rendait aux répétitions de sa dernière tragédie. Après beaucoup d’hésitations, il se décide en février 1778 à l’occasion de la création d'Irène à la Comédie-Française. Il arrive le 10 février et s’installe dans un bel appartement de l’hôtel du marquis de Villette (qui a épousé en 1777 sa fille adoptive, Mlle de Varicourt surnommée « Belle et Bonne ») au coin de la rue de Beaune et du quai des Théatins (aujourd’hui quai Voltaire).

Dès le lendemain de son arrivée, Voltaire a la surprise de voir des dizaines de visiteurs envahir la demeure du marquis de Villette qui va devenir pendant tout son séjour le lieu de rendez-vous du Tout-Paris « philosophe ».

Le 30 mars 1778 est le jour de son triomphe à l’Académie, à la Comédie-Française et dans les rues de Paris. Sur son parcours, une foule énorme l’entoure et l’applaudit. L’Académie en corps vient l’accueillir dans la première salle. Il assiste à la séance, assis à la place du directeur. À la sortie, la même foule immense l’attend et suit le carrosse. On monte sur la voiture, on veut le voir, le toucher. À la Comédie-Française, l’enthousiasme redouble. Le public est venu pour l’auteur, non pour la pièce. La représentation d’Irène est constamment interrompue par des cris. À la fin, on lui apporte une couronne de laurier dans sa loge et son buste est placé sur un piédestal au milieu de la scène. À la sortie, il est retenu longtemps à la porte par la foule qui réclame des flambeaux pour mieux le voir. On s’exclame : « Vive le défenseur des Callas ! ».

Voltaire peut mesurer ce soir-là l’indéniable portée de son action, même si la cour, le clergé et l’opinion antiphilosophique lui restent hostiles et se déchaînent contre lui et ses amis philosophes, ennemis de la religion, des bonnes mœurs et de la monarchie.

Comme une chandelle (mars-mai 1778)

« Je meurs en adorant Dieu, en aimant mes amis, en ne haïssant pas mes ennemis, et en détestant la superstition ».

Voltaire a 83 ans. Atteint d’un mal qui progresse insidieusement pour entrer dans sa phase finale le 10 mai 1778, les mois qui lui restaient à vivre ont été pour lui, nous l'avons vu, à la fois ceux de l’apothéose et du martyre. Voltaire maintenant n'a plus que 6 semaines à vivre. Mais il se comporte comme s'il était indestructible. Il ne se sent pas bien, même si son état de santé et son humeur changent d’un jour à l’autre. Il envisage son retour à Ferney pour Pâques, mais il se sent si bien à Paris qu'il pense sérieusement à s'y fixer. Madame Denis, ravie, part à la recherche d'une maison. Il veut se prémunir contre un refus de sépulture[52]. Dès le 2 mars, il fait venir un obscur prêtre de la paroisse de Saint-Sulpice, l’abbé Gaultier, à qui il remet une confession de foi minimale[53](qui sera rendue publique dès le 11 mars) en échange de son absolution.

Le 28 mars, il écrit à son secrétaire Wagnière les deux lignes célèbres : « Je meurs en adorant Dieu, en aimant mes amis, en ne haïssant pas mes ennemis, et en détestant la superstition. »

À partir du 10 mai 1778, malgré l'assistance du docteur Théodore Tronchin, ses souffrances deviennent intolérables. Pour calmer ses douleurs, il prend de fortes doses d’opium qui le font sombrer dans une somnolence entrecoupée de phases de délire. Mais une fois passée l’action de l’opium, le mal se réveille pire que jamais[54].

La conversion de Voltaire, au sommet de sa gloire, aurait constitué une grande victoire de l’Église sur la « secte philosophique ». Le curé de Saint-Sulpice et l’archevêque de Paris, désavouant l’abbé Gaultier, font savoir que le mourant doit signer une rétractation franche s’il veut obtenir une inhumation en terre chrétienne. Mais Voltaire refuse de se renier. Des tractations commencent entre la famille et les autorités soucieuses d’éviter un scandale. Un arrangement est trouvé. Dès la mort de Voltaire on le transportera « comme malade » à Ferney. S’il décède pendant le voyage, son corps sera conduit à destination.

Plaque commémorative, sise au 27, quai Voltaire, rappelant la mort de Voltaire en ce lieu.

Voltaire meurt le 30 mai dans l'hôtel de son ami le marquis de Villette, « dans de grandes douleurs, excepté les quatre derniers jours, où il a fini comme une chandelle », écrit Mme Denis. Le 31 mai, selon sa volonté, M. Try, chirurgien, assisté d’un M. Burard, procède à l'autopsie. Le corps est ensuite embaumé par M. Mitouart, l'apothicaire voisin qui obtient de garder le cerveau, le cœur revenant à Villèle (voir en Informations complémentaires l'histoire de ces deux organes).

Le neveu de Voltaire, l’abbé Mignot, ne veut pas courir le risque d’un transport à Ferney. Il a l’idée de l’enterrer provisoirement dans la petite abbaye de Sellières près de Troyes, dont il est abbé commendataire. Le 31 mai, le corps de Voltaire embaumé est installé assis, tout habillé et bien ficelé, avec un serviteur, dans un carrosse qui arrive à Scellières le lendemain après-midi. Grâce au billet de confession signé de l’abbé Gaultier, il est inhumé religieusement dans un caveau de l’église avant que l’évêque de Troyes, averti par l’archevêque de Paris Christophe de Beaumont, n’ait eu le temps d’ordonner au prieur de Scellières de surseoir à l’enterrement.

Le Panthéon

Après la mort de Voltaire, Mme Denis, légataire universelle, vend Ferney à Villette (la bibliothèque, acquise par Catherine II, est convoyée jusqu’à Saint-Pétersbourg par Wagnière). Villette, s’apercevant que le domaine est lourdement déficitaire, le revend en 1785. Le transfert de la sépulture à Ferney devient impossible. L’abbé Mignot veut commander un mausolée pour orner la dalle anonyme sous laquelle repose Voltaire, mais les autorités s’y opposent.

En 1789, l’Assemblée constituante vote la nationalisation des biens du clergé. L'abbaye de Sellières va être mise en vente. Il faut trouver une solution. Villette fait campagne pour le transfert à Paris des restes du grand homme (il a déjà débaptisé de sa propre autorité le quai des Théatins en y apposant une plaque : « Quai Voltaire »). C’est lui qui lance le nom de Panthéon et désigne le lieu, la basilique de Sainte-Geneviève.

Le 30 mai 1791, jour anniversaire de sa mort, l’Assemblée, malgré de fortes oppositions (les membres du clergé constituent le quart des députés) décide le transfert. Le 4 avril, après la mort de Mirabeau survenue le 2, l’Assemblée décrète que « le nouvel édifice de Sainte-Geneviève sera destiné à recevoir les cendres des grands hommes ». Mirabeau est le premier « panthéonisé ». Voltaire le suit le 11 juillet. Comme le corps de Mirabeau fut retiré de ce monument des suites de la découverte de l'armoire de fer, Voltaire est devenu le plus ancien hôte du Panthéon.

Le cortège comprend des formations militaires, puis des délégations d’enfants. Derrière une statue de Voltaire d’après Houdon, portée par des élèves des beaux-arts costumés à l’antique, viennent les académiciens et gens de lettres, accompagnés des 70 volumes de l’édition de Kehl, offerts par Beaumarchais. Sur le sarcophage se lit une inscription : « Il vengea Calas, La Barre, Sirven et Monbailli[55]. Poète, philosophe, historien, il a fait prendre un grand essor à l’esprit humain, et nous a préparés à être libres. »

L'œuvre de Voltaire

Voltaire assis par Houdon.
L'original en marbre orne le foyer de la Comédie-Française. Mme Denis, qui n’avait pas souhaité garder le Voltaire nu de Pigalle, commanda la statue à Houdon et en fit don à la Comédie-Française. L'œuvre a été reproduite en terre cuite, en plâtre et bronze dans différents formats.

La production littéraire de Voltaire est immense. Elle englobe le théâtre, l’histoire, la philosophie, la poésie, les textes polémiques publiés à propos de tout et à jet continu, les contes, et une prodigieuse correspondance. De son vivant, ses Œuvres complètes comptent déjà 40 volumes in-8° (édition de Genève de 1775). Après sa mort, l’édition de Kehl (1783-1790) de Beaumarchais incluant la correspondance (mais de nombreux détenteurs de lettres ont refusé de les communiquer) comprend 70 volumes in-8°. L’édition en cours de publication à Oxford en comptera près de 200.

Les contes

Voltaire n’attribuait à ses contes qu’une faible importance, mais c’est sans doute aujourd’hui la partie de son œuvre la plus éditée et la plus lue. « C’est là que l’on retrouve, aussi libre que dans sa correspondance, l’esprit de Voltaire » écrit René Pomeau[56]. Ils font partie des textes incontournables du XVIIIe siècle et occupent une place de choix au sein de la culture française. Ce sont, entre autres, le Songe de Platon, Micromégas, Le Monde comme il va, Zadig, Les Deux Consolés, Candide, l’Histoire d'un bon bramin, Jeannot et Colin, L'Ingénu, l’ L'Homme aux quarante écus, Le Taureau blanc.

La correspondance

Exilé à Ferney, Voltaire correspond avec tout ce qui compte en Europe. L’abondance de sa correspondance (de l’ordre de 23 000 lettres retrouvées, 13 tomes dans la bibliothèque de la Pléiade) rend nécessaire la publication de lettres choisies.

Citons, entre autres, la correspondance suivie avec Madame du Deffand, âgée et aveugle, sceptique désabusée et lucide qui réunit dans son salon tout le grand monde parisien (« avec Voltaire, dans la prose, le classique le plus pur de cette époque[57] » selon Sainte-Beuve). « Le pessimisme de Mme du Deffand est tellement absolu », écrit Benedetta Craveri[58], « qu’il oblige son correspondant à se prononcer sur le destin de l’homme, avec une précision qu’on ne retrouve pas dans le reste de son œuvre ». « C’est dans ses lettres qu’il faut chercher l’expression la plus intime de la philosophie de Voltaire ; sa manière d’accepter la vie et d’affronter la mort, ses idées métaphysiques et son scepticisme, ses luttes passionnées au nom de l’humanité et ses accès de résignation mystiques[59]. »

Les écrits philosophiques

Voltaire n’apporte pas de réponses rassurantes, mais enseigne à douter, parce que c’est par le doute que l’on apprend à penser. La partie philosophique de son œuvre est toujours actuelle : Les Lettres philosophiques, le Traité sur la tolérance, le Dictionnaire philosophique portatif, les Questions sur l’Encyclopédie.

Le théâtre

Le théâtre de Voltaire, qui a fait sa gloire et passionné ses contemporains, est aujourd’hui largement oublié. Voltaire a cependant été le plus grand auteur dramatique du XVIIIe siècle et a régné sur la scène de la Comédie-Française de 1718 à sa mort. Il a écrit une cinquantaine de tragédies qui, selon l’estimation de René Pomeau[60], ont été applaudies, rarement sifflées, par environ deux millions de spectateurs. À Paris, ses plus grands succès sont, dans l’ordre, Zaïre (1732), Alzire, (1736), Mérope (1743), Sémiramis (1748), Œdipe (1718), Tancrède (1760), L'Orphelin de la Chine (1755) et Mahomet (1741).

L’œuvre poétique

La versification, pratiquée dès l’enfance, était devenue pour Voltaire un mode d’écrire naturel. Sa production poétique a été évaluée à 250 000 vers [61]. Il n’avait pas son pareil pour manier l’alexandrin. Longtemps il sera pour ses contemporains l’auteur de la La Henriade que Beaumarchais place au même niveau que l’Iliade et qui connaitra encore 67 éditions entre 1789 et 1830 avant d’être rejetée dans l’oubli par le Romantisme. Cette œuvre versifiée (La Pucelle d’Orléans, Le Mondain, le Poème sur le désastre de Lisbonne) est moins lisible pour nous aujourd’hui, mais il existe, en particulier à travers ses épitres, un Voltaire poète de la gaîté et du sourire, à la verve inventive, inspiré souvent par l’esprit satirique.

L’œuvre historique

Elle ne survit (Le Siècle de Louis XIV, Histoire de Charles XII, Histoire de l’empire de Russie sous Pierre le Grand), comme celle de Michelet, que parce qu’elle est l’œuvre d’un écrivain, même si sa perspective de l’histoire « philosophique » (Essai sur les mœurs et l'esprit des nations), consistant à suivre les efforts des hommes en société pour sortir de l’état primitif, reste valable.

L’œuvre scientifique

Elle est périmée même si Voltaire fut l’un des pionniers du newtonisme avec ses Éléments de la philosophie de Newton (1738).

La morale de Voltaire

Voltaire nu par Pigalle.
En 1770, dans le salon de Mme Necker, une souscription[62] est ouverte pour ériger une statue au grand homme. Pigalle choisit de le représenter en nu héroïque, à l'antique, sans masquer la vérité anatomique d’un corps marqué par l’âge, en magnifiant par contraste la tête pleine d’espérance. L’œuvre, défendue par Diderot, va susciter de nombreuses critiques[63].

Le libéralisme

Dans la pensée du philosophe anglais John Locke, Voltaire trouve une doctrine qui s’adapte parfaitement à son idéal positif et utilitaire. John Locke apparaît comme le défenseur du libéralisme en affirmant que le pacte social ne supprime pas les droits naturels des individus. En outre, c’est l’expérience seule qui nous instruit ; tout ce qui la dépasse n’est qu’hypothèse ; le champ du certain coïncide avec celui de l’utile et du vérifiable. Voltaire tire de cette doctrine la ligne directrice de sa morale : la tâche de l’homme est de prendre en main sa destinée, d’améliorer sa condition, d’assurer, d’embellir sa vie par la science, l’industrie, les arts et par une bonne « police » des sociétés. Ainsi, la vie en commun ne serait pas possible sans une convention où chacun trouve son compte. Bien que s’exprimant par des lois particulières à chaque pays, la justice, qui assure cette convention, est universelle. Tous les hommes sont capables d’en concevoir l’idée, d’abord parce que tous sont des êtres plus ou moins raisonnables, ensuite parce qu’ils sont tous capables de comprendre que ce qui est utile à la société est utile à chacun. La vertu, « commerce de bienfaits, leur est dictée à la fois par le sentiment et par l’intérêt. Le rôle de la morale, selon Voltaire, est de nous enseigner les principes de cette « police » et de nous accoutumer à les respecter.

Cepandant, la conception oligarchique et hiérarchisée de la société de Voltaire ne nous permet pas de le situer clairement parmi les philosophes du libéralisme démocratique : il affirme également dans Essai sur les mœurs et l’esprit des Nations que « L’esprit d’une nation réside toujours dans le petit nombre qui fait travailler le grand nombre, est nourri par lui, et le gouverne »[64].

Le déisme

Étranger à tout esprit religieux, Voltaire se refuse cependant à l’athéisme d’un Diderot ou d’un d’Holbach. Il ne cessa de répéter son fameux distique :

L’univers m’embarrasse, et je ne puis songer
Que cette horloge existe et n’ait point d’horloger.

Ainsi, selon Voltaire, l’ordre de l’univers peut-il nous faire croire à un « éternel géomètre ». C'est pour lui une évidence rationnelle. Mais au-delà il ne voit qu'incertitudes. « J'ai contemplé le divin ouvrage, et je n'ai point vu l'ouvrier; j'ai interrogé la nature, elle est demeurée muette[65]. » Il conclut: « Il m'est impossible de nier l'existence de ce Dieu », ajoutant qu'il est « impossible de le connaître ». Il rejette toute incarnation, « tous ces prétendus fils de Dieu ». Ce sont « des contes de sorciers ». « Un Dieu se joindre à la nature humaine ! J'aimerais autant dire que les éléphants ont fait l'amour à des puces, et en ont eu de la race: ce serait bien moins impertinent[66]. »

S’il reste attaché au déisme, il dénonce comme dérisoire le providentialisme (dans Candide par exemple) et repose cette question formulée dès saint Augustin et qu’il laisse sans réponse : « Pourquoi existe-t-il tant de mal, tout étant formé par un Dieu que tous les théistes se sont accordés à nommer bon ? »

Enfin, pour Voltaire, la croyance en un Dieu est utile sur le plan moral et social. Il est l'auteur du célèbre alexandrin :

Si Dieu n'existait pas, il faudrait l'inventer[67].

On lui attribue aussi cette phrase : « Nous pouvons, si vous le désirez, parler de l’existence de Dieu, mais comme je n’ai pas envie d’être volé ni égorgé dans mon sommeil, souffrez que je donne au préalable congé à mes domestiques. »[68].

L'humanisme

Dès La Henriade en 1723, toute l’œuvre de Voltaire est un combat contre le fanatisme et l’intolérance : « On entend aujourd’hui par fanatisme une folie religieuse, sombre et cruelle. C’est une maladie qui se gagne comme la petite vérole. » Dictionnaire philosophique, 1764, article « Fanatisme ».

Il a en tout cas lutté contre le fanatisme, celui de l’Église catholique romaine comme celui du protestantisme, symboles à ses yeux d’intolérance et d’injustice. Tracts, pamphlets, tout fut bon pour mobiliser l’opinion publique européenne. Il a aussi misé sur le rire pour susciter l’indignation : l’humour, l’ironie deviennent des armes contre la folie meurtrière qui rend les hommes malheureux. Les ennemis de Voltaire avaient d’ailleurs tout à craindre de son persiflage, mais parfois les idées nouvelles aussi. Quand en 1755, il reçoit le Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes de Jean-Jacques Rousseau, Voltaire, qui désapprouve l’ouvrage, répond en une lettre aussi habile qu’ironique :

« J’ai reçu, monsieur, votre nouveau livre contre le genre humain, je vous en remercie. […] On n’a jamais employé tant d’esprit à vouloir nous rendre bêtes ; il prend envie de marcher à quatre pattes quand on lit votre ouvrage. Cependant, comme il y a plus de soixante ans que j’en ai perdu l’habitude, je sens malheureusement qu’il m’est impossible de la reprendre et je laisse cette allure naturelle à ceux qui en sont plus dignes que vous et moi. […] » (Lettre à Rousseau, 30 août 1755)

Le « patriarche de Ferney » représente éminemment l’humanisme militant du XVIIIe siècle. Selon Sainte-Beuve, « […] tant qu’un souffle de vie l’anima, il eut en lui ce que j’appelle le bon démon : l’indignation et l’ardeur. Apôtre de la raison jusqu’au bout, on peut dire que Voltaire est mort en combattant. »

Sa correspondance compte plus de 23 000 lettres connues ainsi qu'un gigantesque Dictionnaire philosophique qui reprend les axes principaux de son œuvre, une trentaine de contes philosophiques et des articles publiés dans l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert. Cependant, son théâtre, qui l’avait propulsé au premier rang de la scène littéraire (Mérope, Zaïre et d’autres), ainsi que sa poésie (La Henriade, considérée comme la seule épopée française au XVIIIe siècle) sont oubliés.

C’est à Voltaire, avant tout autre, que s’applique ce que Condorcet disait des philosophes du XVIIIe siècle, qu’ils avaient « pour cri de guerre : raison, tolérance, humanité ».

La justice

Voltaire s’est passionné pour plusieurs affaires et s’est démené afin que justice soit rendue.

La liberté d'expression

Voltaire à 84 ans.
Houdon a su capter l’âge et la souffrance, la malice et la vitalité de l’écrivain dans ce buste réalisé quelques semaines avant sa mort.

L’attachement de Voltaire à la liberté d’expression serait illustré par la très célèbre citation qu’on lui attribue :

« Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’à la mort pour que vous ayez le droit de le dire. »

Certains commentateurs (Norbert Guterman, A Book of French Quotations, 1963), prétendent que cette citation est extraite d’une lettre du 6 février 1770 à un abbé Le Riche où Voltaire écrirait : « Monsieur l’abbé, je déteste ce que vous écrivez, mais je donnerai ma vie pour que vous puissiez continuer à écrire. » En fait, cette lettre existe, mais la phrase n’y figure pas, ni même l’idée. (Voir le texte complet de cette lettre à l’article Tolérance.) Le Traité de la tolérance auquel est parfois rattachée la citation ne la contient pas non plus.

De fait, la citation est absolument apocryphe (elle n’apparaît nulle part dans son œuvre publiée) et trouve sa source en 1906, non dans une citation erronée, mais dans un commentaire de l’auteure britannique Evelyn Hall, dans son ouvrage The Friends of Voltaire[69], où, pensant résumer la posture de Voltaire à propos de l’auteur d’un ouvrage publié en 1758 condamné par les autorités religieuses et civiles, elle écrivait « “I disapprove of what you say, but I will defend to the death your right to say it” was his attitude now » (« “Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je défendrai jusqu’à la mort votre droit de le dire” était désormais son attitude »). Les guillemets maladroitement utilisé par Evelyn Hall ont été interprétés comme permettant d’attribuer la déclaration à Voltaire. En 1935, elle déclara « I did not intend to imply that Voltaire used these words verbatim, and should be much surprised if they are found in any of his works » (« Je n’ai pas eu l’intention de suggérer que Voltaire avait utilisé exactement ces mots, et serais extrêmement surprise qu’ils se trouvassent dans ses œuvres »)[70],[71].

L’affaire à propos de laquelle Evelyn Hall écrivait concernait la publication par Helvétius en 1758 de De l’Esprit, livre condamné par les autorités civiles et religieuses et brulé. Voici ce que Voltaire écrivait dans l’article « Homme » des Questions sur l’Encyclopédie :

« J’aimais l’auteur du livre De l’Esprit. Cet homme valait mieux que tous ses ennemis ensemble ; mais je n’ai jamais approuvé ni les erreurs de son livre, ni les vérités triviales qu’il débite avec emphase. J’ai pris son parti hautement, quand des hommes absurdes l’ont condamné pour ces vérités mêmes. »

Autre passage pertinent : « En général, il est de droit naturel de se servir de sa plume comme de sa langue, à ses périls, risques et fortune. Je connais beaucoup de livres qui ont ennuyé, je n’en connais point qui aient fait de mal réel. […] Mais paraît-il parmi vous quelque livre nouveau dont les idées choquent un peu les vôtres (supposé que vous ayez des idées), ou dont l’auteur soit d’un parti contraire à votre faction, ou, qui pis est, dont l’auteur ne soit d’aucun parti : alors vous criez au feu ; c’est un bruit, un scandale, un vacarme universel dans votre petit coin de terre. Voilà un homme abominable, qui a imprimé que si nous n’avions point de mains, nous ne pourrions faire des bas ni des souliers [Helvétius, De l’Esprit, I, 1] : quel blasphème ! Les dévotes crient, les docteurs fourrés s’assemblent, les alarmes se multiplient de collège en collège, de maison en maison ; des corps entiers sont en mouvement et pourquoi ? Pour cinq ou six pages dont il n’est plus question au bout de trois mois. Un livre vous déplaît-il, réfutez-le ; vous ennuie-t-il, ne le lisez pas. » Voltaire, Questions sur l’Encyclopédie, article « Liberté d’imprimer ».

À propos de

Voltaire et Rousseau

Je suis tombé par terre,
C'est la faute à Voltaire,
Le nez dans le ruisseau,
C'est la faute à Rousseau[72].

« Le public a toujours pris plaisir à faire aller de pair ces deux hommes à jamais célèbres. Tous les deux, avec de si grands moyens, se sont proposé le même but, le bonheur du genre humain[73] », écrit dés 1818 Bernardin de Saint-Pierre, l’ami de Rousseau, dans son Parallèle de Voltaire et de J.-J. Rousseau, premier d’une suite innombrable.

Tout oppose les deux grandes figures des Lumières que la Révolution française a installé l’un à côté de l’autre au Panthéon, Voltaire en 1791, Rousseau en 1794.

Voltaire est un fils de bourgeois parisien, sujet d’une monarchie absolue. Il reçoit une éducation classique dans le meilleur collège de la capitale. Son esprit se forme dans la fréquentation de la société du Temple et de la cour de Sceaux. Il aime l’argent, le luxe, le monde, le théâtre. Il fréquente les princes et les rois. Persuadé que la liberté d’esprit est inséparable de l’aisance matérielle, il devient riche et mène à Ferney une vie de seigneur. Il se pense en chef de parti, en responsable du clan philosophique. Son objectif est de faire pénétrer peu à peu les Lumières au sommet de l’État. C’est un écrivain engagé. Il est pessimiste mais d’humeur gaie. Déiste, il hait la religion chrétienne. Extraverti, il a horreur de l'introspection et parle peu de lui dans ses Mémoires[74]. Esprit précis et positif, son arme est l’ironie et c’est à l’esprit qu’il s’adresse.

Rousseau est un fils d’horloger genevois, citoyen d’une république. Il est autodidacte et campagnard. Il aime la vie simple, le travail humble, la solitude, la nature. S’il bénéficie, comme beaucoup de gens de lettres, de la protection des grands (prince de Conti, maréchal de Luxembourg), il ne veut pas des bienfaits dont la société est prête à l’accabler. Il reste pauvre, persuadé qu’il se met moralement du bon côté et gagne son pain en copiant de la musique. Chez lui, tout est adhésion individuelle à une doctrine élaborée par un individu unique. Ce n’est pas un écrivain engagé. Il est foncièrement optimiste mais d’humeur ombrageuse. Protestant de Genève, il reste toujours chrétien par le cœur, sinon par le dogme et la conduite. Égotiste, il se livre intimement dans ses Confessions. Il a l’âme poétique, rêveuse, aisément émue. Son arme, c’est l’éloquence, et c’est au sentiment qu’il parle.

Les deux hommes ont entretenu longtemps des relations courtoises avant leur rupture en 1760.

Rousseau, qui admire Voltaire, lui envoie en 1755 son Discours sur l’inégalité qui fait suite à son Discours sur les sciences et les arts de 1750. Il lui rend « l’hommage que nous vous devons tous comme à notre chef[75] ». La critique de la civilisation, la dénonciation du « luxe », de l’inégalité sociale et de la propriété, l’exaltation du primitivisme de Rousseau ne peuvent que rencontrer l’incompréhension de Voltaire. Mais Rousseau participe au combat philosophique, c’est un ami de Diderot et d’Alembert, un collaborateur de l’Encyclopédie. Voltaire lui répond ironiquement : « J’ai reçu, Monsieur, votre nouveau livre contre le genre humain, je vous en remercie (…) On n’a jamais tant employé d’esprit à vouloir nous rendre bêtes ; il prend envie de marcher à quatre pattes quand on lit votre ouvrage. Cependant, comme il y a plus de soixante ans que j’en ai perdu l’habitude, je sens malheureusement qu’il m’est impossible de la reprendre[76]. » Rousseau répond sans acrimonie. Leur échange de lettres est publié dans le Mercure de 1755.

En 1756, lorsque Voltaire envoie à Rousseau son Poème sur le désastre de Lisbonne, l’incompréhension est cette fois du côté de ce dernier. Il répond : « Rassasié de gloire et désabusé des vaines grandeurs, vous vivez libre au sein de l’abondance : vous ne trouvez pourtant que mal sur terre ; et moi, homme obscur, pauvre, tourmenté d’un mal sans remède, je médite avec plaisir dans ma retraite et trouve que tout est bien. D’où viennent ces contradictions apparentes ? Vous l’avez-vous-même expliqué : vous jouissez, moi j’espère, et l’espérance adoucit tout[77]. » Voltaire ne répond pas sur le fond. Dans les Confessions, Rousseau dit que la véritable réponse lui fut donnée avec Candide (1759).

En 1758, à la suite de la parution de l’article de D'Alembert, « Genève », dans l’Encyclopédie, Rousseau publie sa Lettre à d’Alembert sur les spectacles. Il rompt à cette occasion avec Diderot, l’ami de ses débuts et avec les Encyclopédistes. Visant Voltaire qui milite pour faire autoriser la comédie à Genève (elle le sera en 1783), il reprend la thèse de son premier Discours : le théâtre à Genève favoriserait le luxe, accroîtrait l’inégalité, altérerait la liberté et affaiblirait le civisme. Pour Voltaire, nier la valeur morale et humaine du théâtre, c’est nier l’évidence. Mais il ne veut pas répondre. « Moi », écrit-il à d’Alembert, « je fais comme celui qui pour toute réponse à des arguments contre le mouvement se mit à marcher. Jean-Jacques démontre qu’un théâtre ne peut convenir à Genève, et moi j’en bâtis un (Il s’agit de l’ouverture d’une salle de spectacle dans son château de Tourney en 1760)[78]. »

L’affrontement est cependant resté courtois jusqu’à la véritable déclaration de guerre (publiée plus tard dans les Confessions, livre X) que Rousseau adresse à Voltaire le 17 juin 1760 : « Je ne vous aime point, Monsieur ; vous m’avez fait tous les maux qui pouvaient m’être les plus sensibles, à moi, votre disciple et votre enthousiaste. Vous avez perdu Genève, pour le prix de l’asile que vous y avez reçu ; vous avez aliéné de moi mes concitoyens pour le prix des applaudissements que je vous ai prodigués parmi eux ; c’est vous qui me rendez le séjour de mon pays insupportable ; c’est vous qui me ferez mourir en terre étrangère (…) Je vous hais, enfin, puisque vous l’avez voulu ; mais je vous hais en homme plus digne de vous aimer si vous l’aviez voulu. De tous les sentiments dont mon cœur était pénétré pour vous il n’y reste que l’admiration qu’on ne peut refuser à votre beau génie, et l’amour de vos écrits. »

Cette fois, Voltaire est ulcéré : « Une telle lettre de la part d’un homme avec qui je ne suis pas en commerce me paraît merveilleusement folle, absurde et offensante. », écrit-il à Mme du Deffand, « Comment un homme qui a fait des comédies peut-il me reprocher d’avoir fait des spectacles chez moi en France ? Pourquoi me fait-il l’outrage de me dire que Genève m’a donné un asile ? Je n’ai pas assurément besoin d’asile, et j’en donne quelquefois (…) il imprime que je suis le plus adroit et le plus violent de ses persécuteurs. Je ne crois pas qu’on puisse faire à un homme injure plus atroce que de l’appeler persécuteur[79]. »

À la parution en 1761 du roman de Rousseau, La Nouvelle Héloise (l’un des grands succès d’édition du siècle), il se venge dans un pamphlet, trouvant « sot, bourgeois, impudent, ennuyeux » ce récit en six tomes qui ne contient que « trois à quatre pages de faits et environ mille de discours moraux[80] ».

Les choses sérieuses commencent en 1762, lorsque, Rousseau décrété de prise de corps après la publication de ses grands ouvrages, le Contrat social et l’Émile, doit s’enfuir de France. À Genève, l’auteur est menacé d’arrestation s’il vient dans la ville et ses livres sont brulés. Pour Rousseau, malade, déprimé, ces persécutions sont le résultat, direct ou indirect, de l’influence dont jouit Voltaire à Genève comme à Paris. Dans les Lettres sur la Montagne, il accuse Voltaire d’être complice de ses persécuteurs, de préférer au raisonnement la plaisanterie, de publier des ouvrages abominables et de ne pas croire en Dieu.

Voltaire répond par un libelle anonyme (Rousseau n’a jamais su qu’il en était l’auteur), le Sentiment des Citoyens où il suggère l'exécution de Rousseau : « si on châtie légèrement un romancier impie, on punit capitalement un vil séditieux » [81]. Il se livre à des attaques personnelles : il révèle ainsi, ce que ne connaissaient alors que quelques personnes, que l’auteur de l’Émile a fait porter et déposer ses enfants aux Enfants-trouvés. Il tient Rousseau pour un fou et un misérable et estime justifiées les plus basses attaques (les problèmes urinaires de Rousseau sont le fruit de ses « débauches »), au point de perdre tout sens de la mesure (ainsi dans le poème burlesque La Guerre civile de Genève où il s’acharne particulièrement contre Rousseau et sa compagne). Animé par la rage, il le poursuit jusque dans son exil en Angleterre, faisant paraître anonymement dans les journaux de Londres la Lettre au Docteur Jean-Jacques Pansophe (1760) pour le brouiller avec ses hôtes.

Désormais, Voltaire va mener contre Rousseau une campagne d’insultes et de railleries, même s’il écrit en 1767 : « Pour moi, je ne le regarde pas comme un fou. Je le crois malheureux à proportion de son orgueil : c’est-à-dire qu’il est l’homme du monde le plus à plaindre[82]. »

Voltaire et les femmes

Voltaire à la résidence de Frédéric II à Potsdam, en Prusse. Détail d’une gravure de Pierre Charles Baquoy, d’après N. A. Monsiau.

La vie et l’œuvre de Voltaire dévoilent une place intéressante accordée aux femmes. Plusieurs de ses pièces sont entièrement dédiées aux vies exceptionnelles de femmes de pouvoir de civilisations orientales. Cette vision des femmes au pouvoir peut éclairer l’attachement de Voltaire à une femme savante comme Émilie du Châtelet.

En 1713, jeune secrétaire d’ambassade à La Haye, Voltaire s’éprend d’Olympe Dunoyer (ou du Noyer), alias Pimpette. C'est très vite le grand amour. La mère de cette jeune fille, une huguenote française exilée en Hollande, haïssant la monarchie française, va porter plainte à l'ambassadeur. Furieux, craignant un scandale, celui-ci renvoie Voltaire en France[83].

C’est largement grâce aux femmes que Voltaire se faufile dans la haute société de la Régence. Louise Bénédicte de Bourbon, duchesse du Maine réunissait dans son château de Sceaux une coterie littéraire qui complotait contre le duc Philippe d’Orléans (1674-1723). On y poussa Voltaire à exercer sa verve railleuse contre le Régent, ce qui valut à l’auteur un début de notoriété, et onze mois de Bastille. Les fréquentations féminines de Voltaire ne sont pas toutes de nature littéraire : c’est surtout pour favoriser ses affaires qu’il séduit l’épouse d’un président à mortier au parlement de Rouen, le marquis de Bernières, qu’il associe à ses spéculations, et aux ruses coûteuses déployées pour éditer La Henriade en dépit de la censure royale.

Grâce au succès de sa première tragédie Œdipe, Voltaire fait la connaissance de la duchesse de Villars, dont il s’éprend, mais sans que la réciproque soit vraie ; reste, là aussi, l’introduction dans le cercle aristocratique éclairé gravitant autour de Charles Louis Hector, maréchal de Villars, qui recevait en son château de Vaux (Vaux-le-Vicomte). Quant à l’amour, Voltaire s’en dit « guéri », au profit de l’amitié, qu’il cultivera effectivement toute sa vie.

Voltaire a d’éphémères liaisons avec quelques actrices, notamment Suzanne de Livry et Adrienne Lecouvreur, mais de santé précaire, il s’est toujours préservé des excès, y compris amoureux. La relation avec Gabrielle Émilie Le Tonnelier de Breteuil, marquise du Châtelet-Lomont est en revanche plus sérieuse. La traductrice de Newton est très douée pour les lettres autant que pour les sciences ou la philosophie. Elle est mariée, mais le marquis du Châtelet est un éternel absent, et Émilie, que tout passionne, tombe amoureuse sans mesure du prestigieux poète, qui lui est présenté en 1733, et qu’elle aimera jusqu’à sa mort, seize ans plus tard. Cirey (Cirey-sur-Blaise), le château de famille des Châtelet abrite leurs amours ; Voltaire en entreprend la restauration et l’agrandissement à ses frais.

Leur vie est quasi maritale, mais des plus mouvementée ; les échanges intellectuels intenses : Voltaire qui, jusque-là s’était consacré au « grand genre », la tragédie et le poème épique, opte résolument pour ce qui fera la particularité de son œuvre : le combat politique et philosophique contre l’intolérance. Une relation fusionnelle, donc, autant que studieuse et féconde.

C’est par une tromperie philosophique que s’engagera la fin d’une l’idylle de dix ans : la marquise renonce au matérialisme newtonien pour lui préférer le déterminisme optimiste de Leibniz, ce à quoi Voltaire ne saurait consentir. Moins sentimentale désormais, l’alliance persiste malgré tout. La marquise sauve plusieurs fois Voltaire des conséquences de ses insolences, et Voltaire éponge parfois les colossales dettes de jeu d’Émilie.

La situation se complique singulièrement lorsque Mme du Châtelet s’éprend du marquis de Saint-Lambert (Jean-François de Saint-Lambert). Émilie est enceinte, et Voltaire concocte un stratagème pour que le mari de la marquise se croie le père de l’enfant. Émilie meurt peu après l’accouchement, laissant Voltaire désespéré : il devait à Émilie du Châtelet ses années les plus heureuses.

En 1745, Voltaire devient, à cinquante ans, l’amant de sa nièce (l’une des deux filles de sa sœur aînée) Marie-Louise Denis. Voltaire a soigneusement dissimulé cette passion incestueuse et « adultère » (il est toujours l’amant en titre de la très jalouse Mme du Châtelet). Mme Denis n’est du reste pas des plus fidèles, et ne dédaigne pas de profiter de la fortune (considérable) du poète. Le couple ne cohabite vraiment qu’à la mort de Mme du Châtelet en 1749. Sauf pendant l’épisode prussien, Voltaire et sa nièce ne se sépareront plus. Marie-Louise Denis va régner sur le ménage de Voltaire jusqu'à sa mort. Bourgeoise, elle sait conduire une maisonnée, ce dont ne se souciait pas Mme du Châtelet. Mais elle ne sera jamais, comme elle, la confidente et la conseillère de ses travaux.

Mme d’Épinay a fait de Mme Denis un portrait caricatural lors de sa visite aux Délices en novembre 1757 : « La nièce de M. de Voltaire est à mourir de rire, c’est une petite grosse femme, toute ronde, d’environ cinquante ans, femme comme on ne l’est point, laide et bonne, menteuse sans le vouloir et sans méchanceté ; n’ayant pas d’esprit et en paraissant avoir ; criant, décidant, politiquant, versifiant, déraisonnant, et tout cela sans trop de prétention et surtout sans choquer personne, ayant par-dessus tout un petit vernis d’amour masculin qui perce à travers la retenue qu’elle s’est imposée. Elle adore son oncle, en tant qu’oncle et en tant qu’homme. Voltaire la chérit, s’en moque, la révère : en un mot cette maison est le refuge de l’assemblage des contraires et un spectacle charmant pour les spectateurs »[84]. Mais le portrait qu'a laissé d'elle Van Loo montre un visage bien dessiné, un regard agréable et une certaine sensualité. « Prenez soin de maman… » aurait été l'une des dernières paroles de Voltaire mourant[85].

Voltaire et l'homosexualité

Dans le Dictionnaire Philosophique, Voltaire qualifie l'homosexualité (ou ce qu'il appelle pédérastie ou Amour Socratique) d'« attentat infâme contre la nature » (encore faut-il lire la phrase entière, "Comment s’est-il pu faire qu’un vice, destructeur du genre humain s’il était général ; qu’un attentat infâme contre la nature, soit pourtant si naturel ?"), d'« abomination dégoûtante », ou encore de « turpitude ». Il écrit notamment:

« Sextus Empiricus & d’autres, ont beau dire que la pédérastie était recommandée par les loix de la Perse ; qu’ils citent le texte de la loi, qu’ils montrent le Code des Persans ; & s’ils le montrent, je ne le croirai pas encor, je dirai que la chose n’est pas vraye, par la raison qu’elle est impossible ; non, il n’est pas dans la nature humaine de faire une loi qui contredit, & qui outrage la nature, une loi qui anéantirait le genre humain si elle était observée à la lettre. »[86]

Daniel Borrillo et Dominique Colas, dans leur ouvrage L’Homosexualité de Platon à Foucault, ont un jugement très critique envers les positions de Voltaire: « Voltaire aborde la question dans son dictionnaire philosophique sous le chapitre Amour nommé socratique d’une manière si légère et si violente qu’il semble avoir été écrit par un théologien du Moyen Âge plutôt que par un philosophe de la Raison. »[87] Voltaire ne fait toutefois aucune référence à la Bible, à la différence de l'article "Sodomie" de l'Encyclopédie paru en 1765. Par ailleurs l'article du Dictionnaire philosophique a été très développé dans les Questions sur l'Encyclopédie (à partir de 1770).

Selon Roger-Pol Droit, « Pareil acharnement est d'autant plus curieux qu'il est difficile de l'imputer au climat de l'époque (…). La plupart des philosophes des Lumières sont d'ailleurs plus que tolérants envers les partenaires de même sexe. Au contraire, Voltaire n'a cessé de juger ces mœurs contre nature, dangereuses, infâmes. »[88]

Voltaire et l'esclavagisme

Certains auteurs modernes[Qui ?], cherchant à écorner l’image[non neutre] d’un Voltaire philanthrope et apôtre des droits de la personne humaine désignent parfois Voltaire comme « esclavagiste ». Ils s’appuient notamment sur le fait que Voltaire écrive, de manière ironique[réf. nécessaire], dans son Essai sur les mœurs et l’esprit des Nations : « Nous n’achetons des esclaves domestiques que chez les Nègres ; on nous reproche ce commerce. Un peuple qui trafique de ses enfants est encore plus condamnable que l’acheteur. Ce négoce démontre notre supériorité ; celui qui se donne un maitre était né pour en avoir. »

Cependant, Voltaire a fermement condamné l’esclavagisme. Le texte le plus célèbre est la dénonciation des mutilations de l’esclave de Suriname dans Candide[89] mais son corpus comporte plusieurs autres passages intéressants. Dans le « Commentaire sur l’Esprit des lois » (1777), il félicite Montesquieu d’avoir jeté l’opprobre sur cette odieuse pratique[90].

Il s’est également enthousiasmé pour la libération de leurs esclaves par les quakers de Pennsylvanie en 1769[réf. nécessaire].

De la même manière le fait qu’il considère en 1771 que « de toutes les guerres, celle de Spartacus est la plus juste, et peut-être la seule juste[91] », guerre que des esclaves ont menée contre leurs oppresseurs, plaide assurément en faveur de la thèse d’un Voltaire antiesclavagiste.

Lors des dernières années de sa vie, en compagnie de son avocat et ami Christin, il a lutté pour la libération des « esclaves » du Jura qui constituaient les derniers serfs présents en France et qui, en vertu du privilège de la main-morte, étaient soumis aux moines du chapitre de Saint-Claude (Jura). C’est un des rares combats politiques qu’il ait perdu ; les serfs ne furent affranchis que lors de la Révolution française, dont Voltaire inspira certains des principes.

À tort, on a souvent prétendu que Voltaire s’était enrichi en ayant participé à la traite des noirs. On invoque à l’appui de cette thèse une lettre qu’il aurait écrite à un négrier de Nantes pour le remercier de lui avoir fait gagner 600 000 livres par ce biais. En fait, cette prétendue lettre est un faux[92].

Voltaire, le racisme et l'antisémitisme

Les avis divergent hautement.

Pour Christian Delacampagne, « Voltaire, il faut s’y résoudre, est à la fois polygéniste[93], raciste et antisémite[94] ». Ainsi dans l’introduction de l’Essai sur les mœurs et l’esprit des nations, Voltaire écrit :

« Il n’est permis qu’à un aveugle de douter que les blancs, les nègres, les albinos, les Hottentots, les Chinois, les Américains, soient des races entièrement différentes… Leurs yeux ronds, leur nez épaté, leurs lèvres toujours grosses, leurs oreilles différemment figurées, la laine de leur tête, la mesure même de leur intelligence, mettent entre eux et les autres espèces d’hommes des différences prodigieuses. Et ce qui démontre qu’ils ne doivent point cette différence à leur climat, c’est que les nègres et les négresses, transplantés dans des pays les plus froids, y produisent toujours des animaux de leur espèce… ».

Bien sûr, cet extrait doit être lu avec les yeux du XVIII°siècle : les scientifiques s'accordaient alors sur des vérités fausses, que personne n'allait venir contester. En outre, le mot "race" à cette époque n'a pas du tout le sens que lui a donné le XIX°siècle, de même que "l'intelligence". "Race" désigne davantage un genre, un type, et "intelligence" le degré d'évolution.

De même la lecture de certains passages du « Dictionnaire Philosophique » ou des « Essais sur les Mœurs » pose la question de l’antisémitisme[95] de Voltaire. Dans l’article « Tolérance » il écrit :

« C’est à regret que je parle des Juifs : cette nation est, à bien des égards, la plus détestable qui ait jamais souillé la terre. Mais tout absurde et atroce qu’elle était, la secte des saducéens fut paisible et honorée, quoiqu’elle ne crût point l’immortalité de l’âme, pendant que les pharisiens la croyaient[96] ».

Il écrit aussi :

« Si ces Ismaélites [les Arabes] ressemblaient aux Juifs par l'enthousiasme et la soif du pillage, ils étaient prodigieusement supérieurs par le courage, par la grandeur d'âme, par la magnanimité […] Ces traits caractérisent une nation. On ne voit au contraire, dans toutes les annales du peuple hébreu, aucune action généreuse. Ils ne connaissent ni l'hospitalité, ni la libéralité, ni la clémence. Leur souverain bonheur est d'exercer l'usure avec les étrangers ; et cet esprit d'usure, principe de toute lâcheté, est tellement enracinée dans leurs cœurs, que c'est l'objet continuel des figures qu'ils emploient dans l'espèce d'éloquence qui leur est propre. Leur gloire est de mettre à feu et à sang les petits villages dont ils peuvent s'emparer. Ils égorgent les vieillards et les enfants ; ils ne réservent que les filles nubiles ; ils assassinent leurs maitres quand ils sont esclaves ;ils ne savent jamais pardonner quand ils sont vainqueurs : ils sont ennemis du genre humain. Nulle politesse, nulle science, nul art perfectionné dans aucun temps, chez cette nation atroce. (Essais sur les Mœurs, Voltaire, éd. Moland, 1875, t. 11, chap. 6-De l’Arabie et de Mahomet, p. 231) ».

Il faut cependant noter que cette détestation s'oriente sur les Hébreux de l'Ancien Testament, et sur les anciens juifs en général. Il n'y a absolument aucune preuve que Voltaire ait détesté les juifs. On a d'ailleurs une preuve de sa main, dans une lettre à M. Pinto, juif portugais, du 21 juillet 1762 :

A M. PINTO, JUIF PORTUGAIS, A PARIS. Aux Délices, 21 juillet
    
Les lignes dont vous vous plaignez, monsieur, sont violentes et injustes. Il y a parmi vous des hommes très instruits et très respectables ; votre lettre m’en convainc assez. J’aurai soin de faire un carton dans la nouvelle édition. Quand on a un tort, il faut le réparer ; et j’ai eu tort d’attribuer à toute une nation les vices de plusieurs particuliers.
 Je vous dirai, en toute franchise, que bien des gens ne peuvent souffrir ni vos lois, ni vos livres, ni vos superstitions. Ils disent que votre nation s’est fait de tout temps beaucoup de mal à elle-même, et en a fait au genre humain. Si vous êtes philosophe comme vous paraissez l’être, vous pensez comme ces messieurs, mais vous ne le direz pas. La superstition est le plus abominable fléau de la terre ; c’est elle qui, de tous les temps, a fait égorger tant de juifs et tant de chrétiens ; c’est elle qui vous envoie encore au bûcher chez des peuples d’ailleurs estimables. Il y a des aspects sous lesquels la nature humaine est la nature infernale. On sécherait d’horreur si on la regardait toujours par ces côtés ; mais les honnêtes gens, en passant par la Grève où l’on roue, ordonnent à leur cocher d’aller vite, et vont se distraire à l’Opéra du spectacle affreux qu’ils ont vu sur leur chemin.
Je pourrais disputer avec vous sur les sciences que vous attribuez aux anciens Juifs, et vous montrer qu’ils n’en savaient pas plus que les Français du temps de Chilpéric ; je pourrais vous faire convenir que le jargon d’une petite province, mêlé de chaldéen, de phénicien et d’arabe, était une langue indigente et aussi rude que notre ancien gaulois ; mais je vous fâcherais peut-être, et vous me paraissez trop galant homme pour que je veuille vous déplaire. Restez Juifs, puisque vous l’êtes ; vous n’égorgerez point quarante-deux mille hommes pour n’avoir pas prononcé shiboleth, ni vingt-quatre mille pour avoir couché avec des Madianites ; mais soyez philosophe, c’est tout ce que je peux vous souhaiter de mieux dans cette courte vie.
    J’ai l’honneur d’être monsieur, avec tous les sentimens qui vous sont dus, votre très humble, etc.
VOLTAIRE, chrétien,
Et gentilhomme ordinaire de la chambre du roi très chrétien.

Voltaire, qui signe en chrétien, méprise le juif, à l'origine de "l'Infâme". Mais il évacue toute idée de détestation raciale ou de haine perverse. Voltaire tolère, mais Voltaire combat par les idées.

Pour Bernard Lazare (+ 1903), « si Voltaire fut un ardent judéophobe, les idées que lui et les encyclopédistes représentaient n’étaient pas hostiles aux Juifs, puisque c’étaient des idées de liberté et d’égalité universelle[97] ». L’historien de la Shoah, Léon Poliakov[98] fait de Voltaire, « le pire antisémite français du XVIIIe siècle[99] ». Selon lui, ce sentiment se serait aggravé dans les quinze dernières années de la vie de Voltaire. Il paraîtrait alors lié au combat du philosophe contre l’Église. Certes, Voltaire déteste les Hébreux de l’Ancien Testament qui prétendent être le peuple élu : nul peuple n’est tel pour lui. Mais Voltaire n’appelle pas sur les juifs la persécution raciale à la différence des antisémites du XIXe siècle et du XXe siècle.

Pour Pierre-André Taguieff[100], « Les admirateurs inconditionnels de la « philosophie des Lumières », s’ils prennent la peine de lire le troisième tome (De Voltaire à Wagner) de l’Histoire de l’antisémitisme, paru en 1968, ne peuvent que nuancer leurs jugements sur des penseurs comme Voltaire ou le baron d’Holbach, qui ont reformulé l’antijudaïsme dans le code culturel « progressiste » de la lutte contre les préjugés et les superstitions ».

D’autres notent que l’existence de passages contradictoires[101] dans l’œuvre de Voltaire ne permet pas de conclure péremptoirement au racisme ou à l’antisémitisme du philosophe. « L’antisémitisme n’a jamais cherché sa doctrine chez Voltaire[102] », indique ainsi Roland Desné, qui écrit : « Il est non moins vrai que ce n’est pas d’abord chez Voltaire qu’on trouve des raisons pour combattre l’antisémitisme. Pour ce combat, il y a d’abord l’expérience et les raisons de notre temps. Ce qui ne signifie pas que Voltaire, en compagnie de quelques autres, n’ait pas sa place dans la lointaine genèse de l’histoire de ces raisons-là[103]. »

Voltaire et l'islam

Mahomet (1741).

Déiste, Voltaire était attiré par la rationalité apparente de l’islam, religion sans clergé, sans miracle et sans mystères. Reprenant la thèse déiste de Henri de Boulainvilliers, il apercevait dans le monothéisme musulman une conception plus rationnelle que celle de la Trinité chrétienne[104].

Dans sa tragédie Le Fanatisme ou Mahomet, Voltaire considère Mahomet comme un « imposteur », un « faux prophète », un « fanatique » et un « hypocrite »[105],[106]. Toutefois selon Pierre Milza, la pièce a surtout été « un prétexte à dénoncer l’intolérance des chrétiens - catholiques de stricte observance, jansénistes, protestants - et les horreurs perpétrées au nom du Christ »[107]. Pour Voltaire, Mahomet « n’est ici autre chose que Tartuffe les armes à la main »[108].

Voltaire écrira en 1742 dans une lettre à M. de Missy : « Ma pièce représente, sous le nom de Mahomet, le prieur des Jacobins mettant le poignard à la main de Jacques Clément »[109].

Plus tard, après avoir lu Henri de Boulainvilliers et Georges Sale[110], il reparle de Mahomet et de l’islam dans un article « De l’Alcoran et de Mahomet » publié en 1748 à la suite de sa tragédie. Dans cet article, Voltaire maintient que Mahomet fut un « charlatan », mais « sublime et hardi »[111] et écrit qu’il n’était en outre pas un illettré[112]. Puisant aussi des renseignements complémentaires dans la Bibliothèque orientale d’Herbelot, Voltaire, selon René Pomeau, porte un « jugement assez favorable sur le Coran » où il trouve, malgré « les contradictions, les absurdités, les anachronismes », une « bonne morale » et « une idée juste de la puissance divine » et y « admire surtout la définition de Dieu »[113]. Ainsi il « concède désormais »[110] que « si son livre est mauvais pour notre temps et pour nous, il était fort bon pour ses contemporains, et sa religion encore meilleure. Il faut avouer qu’il retira presque toute l’Asie de l’idolâtrie » et qu’« il était bien difficile qu’une religion si simple et si sage, enseignée par un homme toujours victorieux, ne subjuguât pas une partie de la terre ». Il considère que « ses lois civiles sont bonnes ; son dogme est admirable en ce qu’il a de conforme avec le nôtre » mais que « les moyens sont affreux ; c’est la fourberie et le meurtre »[114].

Après avoir estimé plus tard qu’il avait fait dans sa pièce Mahomet « un peu plus méchant qu’il n’était »[115], c’est dans la biographie de Mahomet rédigée par Henri de Boulainvilliers que Voltaire puise et emprunte, selon René Pomeau, « les traits qui révèlent en Mahomet le grand homme »[116]. Dans son Essai sur les mœurs et l’esprit des Nations dans lequel il consacre, en historien cette fois, plusieurs chapitres à l’islam[117],[118], Voltaire « porte un jugement presque entièrement favorable »[110] sur Mahomet qu’il qualifie de « poète »[119], de « grand homme » qui a « changé la face d’une partie du monde »[120],[121] tout en nuançant la sincérité de Mahomet qui imposa sa foi par « des fourberies nécessaires ». Il considère que si « le législateur des musulmans, homme puissant et terrible, établit ses dogmes par son courage et par ses armes », sa religion devint cependant « indulgente et tolérante »[122].

Cependant, Voltaire est fondamentalement déiste et dénonce clairement l’Islam et les religions monothéistes en général. Profitant de la définition du théisme dans son Dictionnaire philosophique, il jette dos à dos Islam et Christianisme :

« [le théiste] croit que la religion ne consiste ni dans les opinions d’une métaphysique inintelligible, ni dans de vains appareils, mais dans l’adoration et dans la justice. Faire le bien, voilà son culte ; être soumis à Dieu, voilà sa doctrine. Le mahométan lui crie : « Prends garde à toi si tu ne fais pas le pèlerinage à La Mecque ! » « Malheur à toi, lui dit un récollet, si tu ne fais pas un voyage à Notre-Dame de Lorette ! » Il rit de Lorette et de La Mecque ; mais il secourt l’indigent et il défend l’opprimé[123]. »

Néanmoins, dans un contexte français marqué par l’emprise liberticide du catholicisme sur la société française, Voltaire nuance parfois son jugement sur l’Islam, comprenant qu’il peut s’agir d’une arme redoutable contre le clergé catholique.

Ses propos sur Mahomet lui valent d’ailleurs les foudres des jésuites et notamment de l’abbé Claude-Adrien Nonnotte[124],[125].

Dans l’Essai sur les mœurs, Voltaire se montre également « plein d’éloges pour la civilisation musulmane et pour l’islam en tant que règle de vie »[110]. Il compare ainsi le « génie du peuple arabe » au « génie des anciens Romains »[126] et écrit que « dans nos siècles de barbarie et d’ignorance, qui suivirent la décadence et le déchirement de l’Empire romain, nous reçûmes presque tout des Arabes : astronomie, chimie, médecine »[127],[128] et que « dès le second siècle de Mahomet, il fallut que les chrétiens d’Occident s’instruisissent chez les musulmans » [129].

Il y a donc deux représentations de Mahomet chez Voltaire, l’une religieuse selon laquelle Mahomet est un prophète comme les autres qui exploite la naïveté des gens et répand la superstition et le fanatisme, mais qui prêche l’unicité de Dieu et l’autre, politique, selon laquelle Mahomet est un grand homme d’État comme Alexandre le Grand et un grand législateur qui a fait sortir ses contemporains de l’idolâtrie[130]. Ainsi selon Diego Venturino la figure de Mahomet est ambivalente chez Voltaire, qui admire le législateur, mais déteste le conquérant et le pontife, qui a établi sa religion par la violence[131]. Pour Dirk van der Cruysse l’image plus nuancée de Mahomet dans l’Essai sur les mœurs est nourrie en partie par « l’antipathie que Voltaire éprouvait à l’égard du peuple juif ». Selon lui, les « inefficacités de la révélation judéo-chrétienne » comparées au « dynamisme de l’islam » soulève chez Voltaire une « admiration sincère mais suspecte ». Van der Cruysse considère le discours voltairien sur Mahomet comme un « tissu d’admiration et de mauvaise foi mal dissimulé » qui vise moins le prophète lui-même que les spectres combattus par Voltaire à savoir le « fanatisme et l’intolérance du christianisme et du judaïsme »[132].

Ce qu'il ne faut donc pas perdre de vue, c'est que Voltaire admire le Mahomet conquérant, réformateur et législateur, qu'il apprécie des caractéristiques du dogme mais seulement quand il les compare à d'autres, et qu'enfin il exècre l'Islam en tant que religion, et, dans les textes qui montrent l'éloge à Mahomet, on lit aussi une dénonciation virulente de la barbarie, du fanatisme, et de l'obscurantisme.

Voltaire et le christianisme

Le christianisme, dont il souhaite la disparition, n’est pour Voltaire que superstition et fanatisme. En 1767, il écrit à Frédéric II : « Tant qu’il y aura des fripons et des imbéciles, il y aura des religions. La nôtre est sans contredit la plus ridicule, la plus absurde, et la plus sanguinaire qui ait jamais infecté le monde[133] ».

Toute sa vie, Voltaire a répandu des écrits anti-chrétiens, tout en affirmant qu’il était étranger à ces publications (ce qui en général ne trompait personne, mais lui évitait des poursuites personnelles[134]) et en feignant à Ferney la pratique religieuse, par exemple en faisant ses pâques en 1768[135](ses bons paysans seraient « effrayés », explique-t-il dans ses lettres[136], s’ils le voyaient agir autrement qu’eux, s’ils pouvaient imaginer qu’il pense différemment).

Ses attaques contre la croyance et les pratiques du christianisme, ses railleries sur la Bible, surtout l’Ancien Testament (dont il est un lecteur assidu), sont le propre de ce qu’on a appelé « l’esprit voltairien » et ont suscité contre lui des haines profondes.

Elles se font en effet toujours sous une forme particulièrement blessante pour les croyants, ainsi dans Le Dîner du comte de Boulainvilliers (1767), son réquisitoire contre la messe et la communion :

« Un gueux qu’on aura fait prêtre, un moine sortant des bras d’une prostituée, vient pour douze sous, revêtu d’un habit de comédien, me marmotter dans une langue étrangère ce que vous appelez une messe, fendre l’air en quatre avec trois doigts, se courber, se redresser, tourner à droite et à gauche, par devant et par derrière, et faire autant de dieux qu’il lui plaît, les boire et les manger, et les rendre ensuite à son pot de chambre ! »

Voltaire et le protestantisme

L’engagement de Voltaire pour la liberté religieuse est célèbre, et un des épisode les plus connus en est l’affaire Calas. Ce protestant, injustement accusé d’avoir tué son fils qui aurait voulu se convertir au catholicisme est mort roué en 1762. En 1763, Voltaire publie son Traité sur la tolérance à l’occasion de la mort de Jean Calas qui bien qu’interdit aura un retentissement extraordinaire et amènera à la réhabilitation de Calas deux ans plus tard. Au départ, il n’éprouvait pas pour lui de sympathies particulières, au point d’écrire le 22 mars 1762, dans une lettre privée au conseiller Le Bault : « Nous ne valons pas grand’chose, mais les huguenots sont pires que nous, et de plus ils déclament contre la comédie ». Il venait alors d’apprendre l’exécution de Calas et, encore mal informé, il croyait à sa culpabilité. Mais des renseignements lui parviennent et, le 4 avril, il écrit à Damilaville : « Il est avéré que les juges toulousains ont roué le plus innocent des hommes. Presque tout le Languedoc en gémit avec horreur. Les nations étrangères, qui nous haïssent et qui nous battent, sont saisies d’indignation. Jamais, depuis le jour de la Saint-Barthélemy, rien n’a tant déshonoré la nature humaine. Criez, et qu’on crie. » Et il se lance dans le combat pour la réhabilitation. En 1765, Voltaire prend fait et cause pour la famille Sirven, dans une affaire très similaire ; cette fois-ci il réussira à éviter la mort aux parents. Cependant, bien qu’impressionné par la théologie des quakers, et révolté par le massacre de la Saint-Barthélemy (Voltaire était pris de malaises tous les 24 août), Voltaire n’a pas de sympathie particulière pour le protestantisme établi[137]. Dans sa lettre du 26 juillet 1769 à la duchesse de Choiseul, il dit bien crûment : « Il y a dans le royaume des Francs environ trois cent mille fous qui sont cruellement traités par d’autres fous depuis longtemps. »

Informations complémentaires

  • À la mort de Voltaire, son corps avait été, selon sa volonté, autopsié. Le marquis de Villette s’était approprié le cœur, l'apothicaire ayant procédé à l'embaumement, M. Mitouard, avait obtenu de garder le cerveau. Villette, ayant fait l'acquisition de Ferney, décida de faire de la chambre de l’écrivain un sanctuaire. Il y dressa un petit mausolée abritant un coffret de vermeil contenant la relique. Une plaque indiquait en lettres d’or : « Son esprit est partout et son cœur est ici ». Quand il dut vendre Ferney en 1785, le marquis rapporta le cœur rue de Beaune à Paris. Il échut à son héritier, qui était devenu sous la Restauration un royaliste ultra et qui légua, à sa mort en 1859, tous ses biens au comte de Chambord. D’autres héritiers des Villette, en pleine querelle testamentaire, tentèrent alors de s’opposer à ce que le cœur du philosophe devint la propriété du prétendant légitime au trône de France. Ils perdirent leur procès en première instance et en appel, mais l’emportèrent en cassation. Ils décidèrent d’en faire don en 1864 à l’empereur Napoléon III. Le cœur de Voltaire fut déposé à la Bibliothèque nationale dans le socle du plâtre original du « Voltaire assis » de Jean-Antoine Houdon où l’on peut lire l’inscription : « Cœur de Voltaire donné par les héritiers du marquis de Villette ». Cette cérémonie de remise du 16 décembre 1864 se fit en présence de Victor Duruy, ministre de l'Instruction, qui déclara le cœur de Voltaire bien national[138]. Le cerveau de Voltaire fut exposé dans l'officine de Mitouart pendant plusieurs années. Son fils voulut en faire don en 1799 à la Bibliothèque nationale. Le Directoire refusa. De nouvelles propositions furent faites en 1830 et 1858, suivies de nouveaux refus. Il échoua en 1924 à la Comédie française (il aurait été cédé par une descendante des Mitouart contre deux fauteuils d’orchestre[139]) et fut placé dans le socle d'une autre statue de Houdon où il se trouve encore[140].
  • On qualifia souvent Voltaire de franc-maçon sans tablier, car il s'était tenu à l'écart de cette confrérie bien qu'il eût des conceptions voisines. En 1778 il accepta pourtant d'entrer dans la loge des Neuf Sœurs (que fréquentait aussi Benjamin Franklin). On le dispensa vu son âge des habituelles épreuves ainsi que du rite du bandeau sur les yeux, celui-ci semblant déplacé sur un homme qui avait été considéré par beaucoup comme l'un des plus clairvoyants de son époque. Il revêtit à cette unique occasion le tablier de Claude-Adrien Helvétius, qu'il embrassa avec respect. Les honneurs funèbres lui furent rendus en loge le 28 novembre de cette même année[141],[142].
  • Il est courant d'entendre que Voltaire disait à propos de Marivaux et d'autres : « Grands compositeurs de rien, pesant gravement des œufs de mouche dans des balances de toiles d'araignées ». Or, s'il est exact que cette expression se rencontre effectivement chez Voltaire, elle ne vise nullement Marivaux. On la trouve dans sa lettre du 27 avril 1761 à l'abbé Trublet où il écrit : « Je me souviens que mes rivaux et moi, quand j'étais à Paris, nous étions tous fort peu de chose, de pauvres écoliers du siècle de Louis XIV, les uns en vers, les autres en prose, quelques-uns moitié prose, moitié vers, du nombre desquels j'avais l'honneur d'être ; infatigables auteurs de pièces médiocres, grands compositeurs de riens, pesant gravement des œufs de mouche dans des balances de toile d'araignée. » Quant au nom de l'auteur du Jeu de l'amour et du hasard, il ne se trouve pas une seule fois dans la lettre.
  • Le billet de banque 10 francs Voltaire a été émis en janvier 1964.
  • Il devint végétarien en 1762 et déclare à cette époque : « Je regrette l'inhumanité avec laquelle nous traitons les animaux, nos confrères. »[réf. nécessaire]

Notes et références

  1. Dans Étude sur la vie et le théâtre de Crébillon (p. XXXIII), Maurice Dutrait évoque les « mesquineries » et les « fourberies chez un aussi grand personnage que Voltaire » ; il rappelle le jugement de Saint-Beuve sur les « misères » de cet écrivain qu’il admire, et cite le chevalier du Alleurs à ce sujet : « Le caractère de Voltaire dégoûtera toujours de son talent. »
  2. En 1756, à l’occasion d’une visite de d’Alembert aux Délices, Jean Louis du Pan, témoin de la scène, rapporte ses propos]]
  3. René Pomeau, Voltaire en son temps, tome I, p. 23)
  4. notaire de Ninon de Lenclos
  5. L'enseignement dans les collèges jésuites était gratuit (voir le Ratio Studiorum). Des bourses d'études étaient octroyées par des bienfaiteurs de l'institution. L'élève François-Marie Arouet, dont la famille est de condition modeste, en a sans doute bénéficié
  6. Pierre Lepape, Voltaire le conquérant, Seuil, 1994, p. 27.
  7. La duchesse et ses amis seront arrêtés en 1718 dans le cadre de la conspiration de Cellamare.
  8. Revue rétrospective, t. II,‎ 1834 (notice BnF no FRBNF32861344, lire en ligne), « Détentions de Voltaire »
  9. Le rapport de Beauregard au lieutenant de police, qui a été conservé, est détaillé dans le tome 1 de Voltaire en son temps par Réné Pomeau (p. 95-96). On y lit la réponse d'Arouet quand Beauregard lui demande pourquoi il s'acharne contre le Régent : « Comment ! vous ne savez pas ce que ce bougre-là m'a fait ? Il m'a exilé parce que j'avais fait voir au public que sa Messaline de fille était une p… » Se répandant en propos injurieux contre la fille du Régent, Arouet ajoute que la Duchesse de Berry, derechef enceinte, s'est retirée au Château de la Muette (Paris) pour y accoucher en secret.
  10. En 1807, à l'entrevue de Tilsitt, le tsar Alexandre accueillera Napoléon par ce vers d'Œdipe : « L'amitié d'un grand homme est un bienfait des dieux. » (Voltaire en son temps, tome 1, p. 124)
  11. Œdipe, acte IV, scène 1).
  12. L'épopée de Voltaire, chef-d'œuvre pour ses contemporains, n'est pas passée à la postérité et a été repoussée dans l'oubli par le romantisme au XIXe siècle. Signalons pour la petite histoire qu'un exemplaire de La Henriade a été placé dans le ventre de la statue de Henri IV sur le Pont Neuf lors de son rétablissement en 1818 après sa destruction à la Révolution.
  13. L'incident est raconté, avec quelques variantes, par deux récits contemporains : celui de Mathieu Marais dans deux lettres de février 1726 au président Bouhier et celui de Montesquieu dans son Spicilège.
  14. Proposée par un inventif et imprudent Contrôleur général (ministre des Finances) Le Pelletier-Desforts, cette loterie mensuelle dura près d’un an, avant le renvoi du Contrôleur et coûta cher à l’État. Le mécanisme de l’opération est résumé par René Pomeau dans Voltaire en son temps, tome 2, p. 259-260.
  15. René Pomeau, Voltaire en son temps, tome 1, p. 261.
  16. René Pomeau, Voltaire en son temps, tome 2, p. 10 et suivantes.
  17. Extrait d’un portrait (anonyme et malveillant) de Voltaire, homme et auteur. de quatre pages qui a circulé vers 1734-1735 (donné par René Pomeau dans Voltaire en son temps, tome 1, p. 336 – orthographe et ponctuation modernisées).
  18. Lettre du 3 août 1735 à Cidevillle.
  19. Titre du chapitre 19, tome 1 de Voltaire en son temps par René Pomeau.
  20. René Pomeau, Voltaire en son temps, tome 1, p. 330.
  21. « On suppose dans ce pernicieux libelle », écrit Voltaire le 24 novembre 1736, « qu'Adam caressait sa femme dans le paradis terrestre; or dans les anecdotes de sa vie trouvées par Saint-Cyprien, il est dit expressément que le bonhomme ne bandait point, et qu'il ne banda qu'après avoir été chassé et de là vient le mot "bander de misère". »
  22. Lettre de Frédéric à Voltaire du 9 février 1737.
  23. Voltaire envoie au pape Benoit XIV Mahomet et La Bataille de Fontenoy avec ses respects et ses vœux. Son objectif est faire accepter sa tragédie par le pape et de recevoir ses remerciements. Ce dernier remercie pour Fontenoy sans citer Mahomet et termine en donnant sa bénédiction apostolique à son « cher fils ». Voltaire retranscrit la lettre du pape en y rajoutant un remerciement pour « la sua bellissima tragedia di Mahomet, laquale leggemo con sommo piacere » et la fait circuler dans Paris.
  24. Lettre du 14 octobre 1748 à Ferriol.
  25. Pierre Lepape, Voltaire le conquérant, Seuil, 1994, p. 193.
  26. Voltaire, Zadig, dans Romans et contes, Paris, 1979, p. 71.
  27. Un petit buste de Voltaire y est aujourd'hui exposé
  28. Toujours à l'affût des opérations avantageuses, Voltaire spécule avec deux hommes d'affaires juifs, les Hirschel, sur un emprunt d'état de la Saxe. L'affaire se complique. Voltaire porte plainte et fait arrêter l'un des Hirschel. Suit un procès que Voltaire va gagner malgré l'opinion qui lui est hostile. Frédéric est furieux que son chambellan se compromette ainsi.
  29. Mémoires pour servir à la vie de M. de Voltaire.
  30. Jésuite recueilli par Voltaire à Ferney après la suppression de la Compagnie. Il lui sert de chapelain et de partenaire aux échecs. La plaisanterie habituelle de Voltaire est de le présenter ainsi : « Voici le P. Adam, qui n'est pas le premier des hommes ».
  31. Il n'apprécie qu'assez peu la ville où, dans ces circonstances, il ne sent pas très bien : « Colmar, une ville mi-allemande, mi-française et tout à fait iroquoise »
  32. La « tribu » Tronchin (selon le mot de Voltaire), grande famille de banquiers et de notables genevois, est nombreuse. Voltaire entretient des relations, souvent amicales, avec la plupart de ses membres. François (1704-1798) est l'un des vingt-cinq membres du Petit-Conseil chargé de l'exécutif de Genève. C'est pour Voltaire un ami constant et un médiateur efficace avec les autorités de la ville. Jean-Robert Tronchin (1702-1788), le frère de François, banquier à Lyon, administre les fonds de Voltaire. Théodore Tronchin, un cousin, est son médecin. Un autre cousin, Jean-Robert Tronchin (1710-1793), procureur général à Genève, le soutient. Citons encore deux frères de François, Pierre, membre du Conseil des Deux Cents à Genève, et Louis, pasteur et professeur de théologie.
  33. qui s’appelle encore Essai sur l’histoire générale.
  34. Des milliers de personnes ont péri le 1er novembre 1755 dans un raz-de-marée qui a détruit une partie de la ville.
  35. Voltaire, Lettres inédites à son imprimeur Gabriel Cramer, édition, introduction et notes par Bernard Gagnebin, Genève-Lille, Droz-Giard, 1952
  36. Bernard Gagnebin, "La diffusion clandestine des œuvres de Voltaire par les frères Cramer", in: Cinq siècles d'imprimerie à Genève : 1478-1978, Genève, Impr. Kundig, 1978, p. 173-194. - Repris dans: Annales de l'Université de Lyon, 3e série, Lettres, Lyon, Fasc. 39, p. 119-132.
  37. Robert Darnton (L’Aventure de l’Encyclopédie, Cambridge, 1979, Paris, 1982) a montré que l’Encyclopédie a été vendue davantage à l’étranger qu’en France.
  38. article « Autorité politique » rédigé par Diderot : « Aucun homme n’a reçu de la nature le droit de commander aux autres (…) Le gouvernement n’est pas un bien particulier mais un bien public, qui par conséquent ne peut jamais être enlevé au peuple, à qui seul il appartient essentiellement et en pleine propriété. » (tome I de l’Encyclopédie).
  39. « Histoire », « Français », « Gens de lettres », « Généreux », « Galant »… « Fornication » (il « ne peut ni dire, ni faire beaucoup sur ce mot », plaisante-t-il dans une lettre à d'Alembert).
  40. Lettre à d’Alembert du 5 avril 1766.
  41. extrait : « On se plaint moins à Genève qu’ailleurs des progrès de l’incrédulité, ce qui ne doit par surprendre ; la religion y est presque réduite à l’adoration d’un seul Dieu, du moins chez tout ce qui n’est pas peuple : le respect pour J.-C. et pour les Écritures sont peut-être la seule chose qui distingue d’un pur déisme le christianisme de Genève. »
  42. Lettre du 18 décembre 1759.
  43. Lettre du 21 janvier 1761 à Tronchin.
  44. Zufferey Jonathan, Le village mobile : population et société à Ferney-Voltaire, 1700-1789, La ligne d'ombre, 2011 (ISBN 978-2-9528603-9-0)
  45. Lettre du 19 mars 1961 à D’Olivet.
  46. Lettre à Richelieu du 30 mars 1775.
  47. Lettre du 15 avril 1767 à Jacob Vernes.
  48. Lettre du 15 mai 1763 à Helvétius.
  49. René Pomeau, Voltaire en son temps, tome 4, p. 9.
  50. Lettre du 30 mars 1768 à Mme du Deffand.
  51. René Pomeau, Voltaire en son temps, tome 5, p. 319.
  52. D'Alembert témoigne dans une lettre à Frédéric II : « Quelques jours avant sa maladie, il m'avait demandé, dans une conversation de confiance, comment je lui conseillerais de se conduire, si pendant son séjour, il venait à tomber grièvement malade. Ma réponse fut celle que tout homme sage lui aurait faite à ma place, qu'il ferait bien de se conduire en cette circonstance comme tous les philosophes qui l'avaient précédé, entre autres Fontenelle et Montesquieu, qui avaient suivi l'usage et reçu ce que vous savez avec beaucoup de révérence. Il approuva beaucoup ma réponse : « Je pense de même, me dit-il, car il ne faut pas être jeté à la voirie, comme j'ai vu jeter la pauvre Lecouvreur. » Il avait, je ne sais pourquoi, beaucoup d'aversion pour cette manière d'être enterré. » (cité par René Pomeau, Voltaire en son temps, T.5, p. 281)
  53. Il ne dit pas qu'il est catholique, mais « qu'il meurt dans la religion catholique ». Il ne renie rien de ce qu'il a écrit, mais déclare que s'il a scandalisé l'Église, il en demande pardon. Il refuse la communion sous prétexte qu'il crache le sang. L'abbé Gaultier donne alors à Voltaire l'absolution.
  54. Voir M.J. Gaberel - Voltaire et les Genevois ainsi que Récit complet et détaillé de l'arrivée et du séjour de Voltaire á Paris en 1778, Edouard Damilaville, 1878
  55. Condamné à mort ainsi que sa femme pour parricide sans aucune preuve, ni même aucun indice sérieux, Monbailli est exécuté en 1770. Voltaire est saisi de l'affaire. Il publie un exposé de la cause, fait appel au chancelier Maupéou et sauve Mme Monbailli. Son mari est réhabilité.
  56. Voltaire en son temps, T.2, p. 343.
  57. Sainte-Beuve, Causeries du lundi, Garnier, T.1, p. 413.
  58. Madame du Deffand et son monde, Seuil, 1987, p. 309.
  59. Norman L. Torrey, The spirit of Voltaire, New York, 1930, p. 170.
  60. Voltaire en son temps, T.5, p. 154.
  61. André Versaille, Dictionnaire de la pensée de Voltaire, introduction de René Pomeau, Éditions Complexe, 1994, p. 8.
  62. À destination des gens de lettres, Fréron et Palissot (deux violents ennemis de Voltaire) en étant exclus. L’élite du monde littéraire du moment souscrivit, ainsi que des aristocrates éclairés et des souverains étrangers. La souscription de Rousseau fut admise, malgré la protestation de Voltaire. Pigalle fit le voyage à Ferney pour capter le visage de son modèle.
  63. Achevée en 1776, la statue, objet de critiques, ne fut pas exposée au public. Le petit-neveu de Voltaire la donna en 1806 à l’Académie française qui l’échangea en 1962 avec le Louvre contre le mausolée de Mazarin. Depuis 1993, elle est au centre de la salle Pigalle dans l’aile Richelieu du musée.
  64. Voir la citation dans son contexte dans Œuvres complètes de Voltaire: vol. (VII, 1064 p.) (1156 p.) Par Voltaire, Marie Jean Antoine Nicolas Caritat de. - Condorcet
  65. Lettres de Memmius (1773), Œuvres complètes de Voltaire, éd. Louis Molland, 1877, t.18, p. 442
  66. Lettres de Memmius, p. 443.
  67. Épitre À l'auteur du livre des Trois imposteurs (1768), réponse de Voltaire à un manifeste athée, le Traité des trois imposteurs (Moïse, Jésus-Christ, Mahomet).
  68. On rencontre cette idée dans le Dictionnaire philosophique à l’article « Enfer » : « Il n’y a pas longtemps qu’un théologien calviniste, nommé Petit-Pierre, prêcha et écrivit que les damnés auraient un jour leur grâce. Les autres ministres lui dirent qu’ils n’en voulaient point. La dispute s’échauffa ; on prétend que le roi, leur souverain, leur manda que puisqu’ils voulaient être damnés sans retour, il le trouvait très bon, et qu’il y donnait les mains. Les damnés de l’église de Neuchâtel déposèrent le pauvre Petit-Pierre, qui avait pris l’enfer pour le purgatoire. On a écrit que l’un d’eux lui dit : « Mon ami, je ne crois pas plus à l’enfer éternel que vous ; mais sachez qu’il est bon que votre servante, que votre tailleur, et surtout votre procureur, y croient. » Le roi en question était Frédéric II de Prusse, qui était à l’époque souverain de Neuchâtel.
  69. publié sous le pseudonyme de Stephen G. Tallentyre.
  70. Paul F. Boller Jr. et John George, (en)They never said it : a book of fake quotes, misquotes, & misleading attributions, Oxford University Press, New-York, 1989, p. 125.
  71. http://www.tsr.ch/video/emissions/mise-au-point/390840-decodeur-voltaire-n-a-jamais-ecrit-je-ne-suis-pas-d-accord-avec-vous-mais-je-me-battrai-pour-que-vous-puissiez-le-dire.html
  72. chante Gavroche en mourant sur une barricade en 1832 (Victor Hugo, Les Misérables).
  73. «Voltaire, tout occupé de ce qui peut nuire aux hommes, attaque sans cesse le despotisme, le fanatisme, la superstition, l’amour des conquêtes ; mais il ne s’occupe guère qu’à détruire. Rousseau s’occupe à la recherche de tout ce qui peut nous être utile, et s’efforce de bâtir. »
  74. Mémoires pour servir à la vie de M. de Voltaire. (1770).
  75. Leigh, Correspondance complète de Jean-Jacques Rousseau, 1965, lettre no 319 de 1755.
  76. Lettre du 30 août 1755 à Rousseau.
  77. Rousseau, Lettre sur la Providence.
  78. Lettre du 15 octobre 1759 à d’Alembert.
  79. Lettre à Mme du Deffand du 27 juin 1764.
  80. Lettres sur la Nouvelle Héloise.
  81. Cf. le Sentiment des Citoyens [1]
  82. Lettre du 1er mai 1766 au chevalier Pierre de Taulès.
  83. Lettres 6 à 20 in Voltaire (auteur), Oeuvres Complètes, t. 33, Garnier,‎ 1880 (lire en ligne)
  84. Épinay (Louise Florence d’), Mémoires, Paris, Charpentier, 1865 II, p. 421, lettre de Mme d’Épinay à Grimm.
  85. René Pomeau, Voltaire en son temps, tome 5, p. 330.
  86. Dictionnaire Philosophique, article Amour nommé Socratique, Voltaire, Londres, 1767.
  87. Daniel Borrillo et Dominique Colas, L'homosexualité de Platon à Foucault, Paris, Plon, 2005.
  88. La face cachée de Voltaire, Roger-Pol Droit, Le Point, 2 août 2012.
  89. Chapitre 19 de Candide.
  90. « Si quelqu’un a jamais combattu pour rendre aux esclaves de toute espèce le droit de la nature, la liberté, c’est assurément Montesquieu. Il a opposé la raison et l’humanité à toutes les sortes d’esclavage : à celui des nègres qu’on va acheter sur la côte de Guinée pour avoir du sucre dans les îles Caraïbes ; à celui des eunuques, pour garder les femmes et pour chanter le dessus dans la chapelle du pape ; […] », Œuvres complètes de Voltaire, tome XXXI, « Commentaire sur l’Esprit des lois », Section « Esclavage », édition de 1893, p. 305.
  91. Aucun législateur de l’antiquité n’a tenté d’abroger la servitude ; au contraire, les peuples les plus enthousiastes de la liberté, les Athéniens, les Lacédémoniens, les Romains, les Carthaginois, furent ceux qui portèrent les lois les plus dures contre les serfs. Le droit de vie et de mort sur eux était un des principes de la société. Il faut avouer que, de toutes les guerres, celle de Spartacus est la plus juste, et peut-être la seule juste, Voltaire, Questions sur l’Encyclopédie, « Esclavage », 1771.
  92. Lumières et esclavage de Jean Ehrard, André Versaille éditeur, 2008, p. 28.
  93. « Aveuglé par sa passion antireligieuse, il poursuit d’une même haine le christianisme et le judaïsme. Et comme il lui faut à tout prix se démarquer des doctrines défendues par ces deux religions, il se croit obligé d’attaquer avec vigueur le monogénisme. » Christian Delacampagne, Une histoire du racisme, Livre de poche, 2000, p. 153.
  94. ibidem, p. 152.
  95. Il faut toutefois rappeler que ce terme n’a été forgé qu’un siècle après la mort de Voltaire. cf.www.phdn.org.
  96. « Tolérance », sur Voltaire oeuvres complètes - voir aussi l’article « Juifs », sur Voltaire œuvres complètes.
  97. Bernard Lazare, L’Antisémitisme : son histoire et ses causes, « VI. L’antijudaïsme depuis la Réforme jusqu’à la Révolution française », 1894 (sur Wikisource).
  98. Poliakov a intitulé De Voltaire à Wagner le tome III de son Histoire de l’antisémitisme.
  99. Poliakov [PDF], Souvenirs des temps passés, « Revue de la Shoah no 158 », p. 23.
  100. dans sa préface de la réédition de l’ouvrage de Poliakov, La Causalité diabolique.
  101. Dans le Traité sur la tolérance par exemple, notamment les chapitres XXII et XXIII. Voir aussi ce texte dans lequel Voltaire préconise la solidarité de tous, incluant explicitement les Juifs : Mélanges, Éditions Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », Avis au public sur les parricides imputés aux Calas et aux Sirven, « Remèdes contre la rage des âmes » 1961, p. 828.
  102. On trouve pourtant Voltaire antijuif, par Henri Labroue, agrégé d'histoire et docteur ès lettres, Éditions Les Documents contemporains, Paris, 1942.
  103. « Voltaire était-il antisémite ? », La Pensée, no 203, janvier-février 1979, p. 70-84, repris in Maris-Hélène Cotoni (éd), Voltaire/Le Dictionnaire philosophique, Klincksieck, col. Parcours critique, 1994, p. 125.
  104. René Pomeau, La religion de Voltaire, A. G Nizet, 1995, p. 158.
  105. Voltaire, Le Fanatisme ou Mahomet le prophète (1741), Œuvres complètes,  éd. Garnier, 1875, tome 4, p. 135.
  106. Mahomet le fanatique, le cruel, le fourbe, et, à la honte des hommes, le grand, qui de garçon marchand devient prophète, législateur et monarque, Recueil des Lettres de Voltaire (1739-1741), Voltaire,  éd. Sanson et Compagnie, 1792, Lettre à M. De Cideville, conseiller honoraire du parlement (5 mai 1740), p. 163.
  107. Pierre Milza, Voltaire, Librairie Académique Perrin, 2007, p. 638.
  108. Je sais que Mahomet n’a pas tramé précisément l’espèce de trahison qui fait le sujet de cette tragédie… Je n’ai pas prétendu mettre seulement une action vraie sur la scène, mais des mœurs vraies, faire penser les hommes comme ils pensent dans les circonstances où ils se trouvent, et représenter enfin ce que la fourberie peut inventer de plus atroce, et ce que le Fanatisme peut exécuter de plus horrible. Mahomet n’est ici autre chose que Tartuffe les armes à la main. Je me croirai bien récompensé de mon travail, si quelqu’une de ces âmes faibles, toujours prêtes à recevoir les impressions d’une fureur étrangère qui n’est pas au fond de leur cœur, peut s’affermir contre ces funestes séductions par la lecture de cet ouvrage., Voltaire, Lettre à Frédéric II, Roi de Prusse, 20 janvier 1742.
  109. Voltaire, Lettres inédites de Voltaire, Didier, 1856, t. 1, Lettre à M. César De Missy, 1er septembre 1743, p. 450.
  110. a, b, c et d René Pomeau, Voltaire en son temps, Fayard, 1995, t. 1, Avec Madame du Châtelet par René Vaillot, p. 407.
  111. Morceau écrit et publié en 1748 dans le tome IV des Œuvres de Voltaire, à la suite de sa tragédie de Mahomet. Cet article présent dans certaines éditions posthumes très augmentées du Dictionnaire philosophique, sous le titre Questions sur l'Encyclopédie, ne figure pas dans la version originale du Dictionnaire philosophique qui comporte seulement 118 articles parus du vivant de Voltaire dans sa dernière version en 1769 (cf. Dictionnaire philosophique, Raymond Naves et Olivier Ferret, Garnier, 2008):
    • C’était un sublime et hardi charlatan que ce Mahomet, fils d’Abdalla.
    • Le Koran est une rapsodie sans liaison, sans ordre, sans art ; on dit pourtant que ce livre ennuyeux est un fort beau livre ; je m’en rapporte aux Arabes, qui prétendent qu’il est écrit avec une élégance et une pureté dont personne n’a approché depuis. C’est un poème, ou une espèce de prose rimée, qui contient six mille vers. Il n’y a point de poète dont la personne et l’ouvrage aient fait une telle fortune. On agita chez les musulmans si l’Alcoran était éternel, ou si Dieu l’avait créé pour le dicter à Mahomet. Les docteurs décidèrent qu’il était éternel ; ils avaient raison, cette éternité est bien plus belle que l’autre opinion. Il faut toujours avec le vulgaire prendre le parti le plus incroyable.
    • On l’excuse sur la fourberie, parce que, dit-on, les Arabes comptaient avant lui cent vingt-quatre mille prophètes, et qu’il n’y avait pas grand mal qu’il en parût un de plus. Les hommes, ajoute-t-on, ont besoin d’être trompés. Mais comment justifier un homme qui vous dit « Crois que j’ai parlé à l’ange Gabriel, ou paye-moi un tribut ? »
    • Combien est préférable un Confucius, le premier des mortels qui n’ont point eu de révélation ; il n’emploie que la raison, et non le mensonge et l’épée. Vice-roi d’une grande province, il y fait fleurir la morale et les lois : disgracié et pauvre, il les enseigne il les pratique dans la grandeur et dans l’abaissement ; il rend la vertu aimable ; il a pour disciple le plus ancien et le plus sage des peuples.
    • Le comte de Boulainvilliers, qui avait du goût pour Mahomet, a beau me vanter les Arabes, il ne peut empêcher que ce ne fût un peuple de brigands ; ils volaient avant Mahomet en adorant les étoiles ; ils volaient sous Mahomet au nom de Dieu. Ils avaient, dit-on, la simplicité des temps héroïques ; mais qu’est-ce que les siècles héroïques ? c’était le temps où l’on s’égorgeait pour un puits et pour une citerne, comme on fait aujourd’hui pour une province.
  112. Les moines qui se sont déchaînés contre Mahomet, et qui ont dit tant de sottises sur son compte, ont prétendu qu’il ne savait pas écrire. Mais comment imaginer qu’un homme qui avait été négociant, poète, législateur et souverain, ne sût pas signer son nom? Si son livre est mauvais pour notre temps et pour nous, il était fort bon pour ses contemporains, et sa religion encore meilleure. Il faut avouer qu’il retira presque toute l’Asie de l’idolâtrie. Il enseigna l’unité de Dieu ; il déclamait avec force contre ceux qui lui donnent des associés. Chez lui l’usure avec les étrangers est défendue, l’aumône ordonnée. La prière est d’une nécessité absolue ; la résignation aux décrets éternels est le grand mobile de tout. Il était bien difficile qu’une religion si simple et si sage, enseignée par un homme toujours victorieux, ne subjuguât pas une partie de la terre. En effet les musulmans ont fait autant de prosélytes par la parole que par l’épée. Ils ont converti à leur religion les Indiens et jusqu’aux nègres. Les Turcs même leurs vainqueurs se sont soumis à l’islamisme., Voltaire, 1748, Ibid.
  113. René Pomeau, La religion de Voltaire, A.G Nizet, 1995, p. 157.
  114. Morceau écrit et publié en 1748 dans le tome IV des Œuvres de Voltaire.
  115. Il n’appartenait assurément qu’aux musulmans de se plaindre ; car j’ai fait Mahomet un peu plus méchant qu’il n’était, Lettre à Mme Denis, 29 octobre 1751, Lettres choisies de Voltaire, Libraires associés, 1792, t. 2, p. 113.
  116. René Pomeau, La religion de Voltaire, A.G Nizet, 1995, p. 156-157.
  117. Voltaire, Essais sur les Mœurs, 1756, chap. VI. — De l’Arabie et de Mahomet.
  118. Voltaire, Essais sur les Mœurs, 1756, chap. VII. — De l’Alcoran, et de la loi musulmane. Examen si la religion musulmane était nouvelle, et si elle a été persécutante.
  119. Avez-vous oublié que ce poète était astronome, et qu’il réforma le calendrier des Arabes ?, « Lettre civile et honnête à l’auteur malhonnête de la "Critique de l’histoire universelle de M. de Voltaire" » (1760), dans Œuvres complètes de Voltaire, Voltaire,  éd. Moland, 1875, t. 24, p. 164.
  120. Ce fut certainement un très grand homme, et qui forma de grands hommes. Il fallait qu’il fût martyr ou conquérant, il n’y avait pas de milieu. Il vainquit toujours, et toutes ses victoires furent remportées par le petit nombre sur le grand. Conquérant, législateur, monarque et pontife, il joua le plus grand rôle qu’on puisse jouer sur la terre aux yeux du commun des hommes ; mais les sages lui préféreront toujours Confutzée, précisément parce qu’il ne fut rien de tout cela, et qu’il se contenta d’enseigner la morale la plus pure à une nation plus ancienne, plus nombreuse, et plus policée que la nation arabe., Remarques pour servir de supplément à l’Essai sur les Mœurs (1763), dans Œuvres complètes de Voltaire, Voltaire,  éd. Moland, 1875, t. 24, chap. 9-De Mahomet, p. 590.
  121. J’ai dit qu’on reconnut Mahomet pour un grand homme ; rien n’est plus impie, dites-vous. Je vous répondrai que ce n’est pas ma faute si ce petit homme a changé la face d’une partie du monde, s’il a gagné des batailles contre des armées dix fois plus nombreuses que les siennes, s’il a fait trembler l’Empire romain, s’il a donné les premiers coups à ce colosse que ses successeurs ont écrasé, et s’il a été législateur de l’Asie, de l’Afrique, et d’une partie de l’Europe., « Lettre civile et honnête à l’auteur malhonnête de la Critique de l’histoire universelle de M. de Voltaire » (1760), dans Œuvres complètes de Voltaire, Voltaire,  éd. Moland, 1875, t. 24, p. 164.
  122. « Essai sur les Mœurs et l’Esprit des Nations » (1756), dans Œuvres complètes de Voltaire, Voltaire,  éd. Moland, 1875, t. 11, chap. VII-De l’Alcoran, et de la loi musulmane, p. 244.
  123. « Théiste », dans Dictionnaire philosophique, http://www.voltaire-integral.com/Html/20/theiste.htm
  124. Les chrétiens n’avaient regardé jusqu’à présent le fameux Mahomet que comme un heureux brigand, un imposteur habile, un législateur presque toujours extravagant. Quelques Savants de ce siècle, sur la foi des rapsodies arabesques, ont entrepris de le venger de l’injustice que lui font nos écrivains. Ils nous le donnent comme un génie sublime, et comme un homme des plus admirables, par la grandeur de ses entreprises, de ses vue, de ses succès, Claude-Adrien Nonnotte, Les erreurs de Voltaire, Jacquenod père et Rusand, 1770, t. I, p. 70.
  125. M. de Voltaire nous assure qu’il [Mahomet] avait une éloquence vive et forte, des yeux perçants, une physionomie heureuse, l’intrépidité d’Alexandre, la libéralité et la sobriété dont Alexandre aurait eu besoin pour être un grand homme en tout… Il nous représente Mahomet comme un homme qui a eu la gloire de tirer presque toute l’Asie des ténèbres de l’idolâtrie. Il extrait quelques paroles de divers endroits de l’Alcoran, dont il admire le Sublime. Il trouve que sa loi est extrêmement sage, que ses lois civiles sont bonnes et que son dogme est admirable en ce qu’il se conforme avec le nôtre. Enfin pour prémunir les lecteurs contre tout ce que les Chrétiens ont dit méchamment de Mahomet, il avertit que ce ne sont guère que des sottises débitées par des moines ignorants et insensés., Nonnotte, Ibid., p. 71.
  126. Il est évident que le génie du peuple arabe, mis en mouvement par Mahomet, fit tout de lui-même pendant près de trois siècles, et ressembla en cela au génie des anciens Romains., « Essais sur les Mœurs » (1756), dans Œuvres complètes de Voltaire, Voltaire,  éd. Moland, 1875, t. 11, chap. VI-De l’Arabie et de Mahomet, p. 237.
  127. « Préface de l’Essai sur l’Histoire universelle » (1754), dans Œuvres complètes de Voltaire, Voltaire,  éd. Moland, 1875, t. 24, p. 49.
  128. Si ces Ismaélites ressemblaient aux Juifs par l’enthousiasme et la soif du pillage, ils étaient prodigieusement supérieurs par le courage, par la grandeur d’âme, par la magnanimité., « Essai sur les Mœurs et l’Esprit des Nations » (1756), dans Œuvres complètes de Voltaire, Voltaire,  éd. Moland, 1875, t. 11, chap. VI-De l’Arabie et de Mahomet, p. 231.
  129. « Essais sur les Mœurs » (1756), dans Œuvres complètes de Voltaire, Voltaire,  éd. Moland, 1875, t. 11, chap. VI-De l’Arabie et de Mahomet, p. 237.
  130. Sadek Neaimi, L’Islam au siècle des Lumières, Harmattan, 2003, p. 248.
  131. « Imposteur ou législateur ? Le Mahomet des Lumières », in Religions en transition dans la seconde moitié du dix-huitième siècle, Voltaire Foundation, 2000, p. 251 (ISBN 978-0-7294-0711-3).
  132. Dirk van der Cruysse, « De Bayle à Raynal, le prophète Muhammad à travers le prisme des Lumières », in De branche en branche : études sur le XVIIe et XVIIIe siècles français, Peeters Publishers, 2005, p. 125.
  133. Lettre à Frédéric II, roi de Prusse, datée du 5 janvier 1767.
  134. Dans la législation de l'époque, c'était l'aveu de l'auteur qui avait valeur de preuve et l'exposait à des poursuites personnelles. Au contraire, tant qu'il n'avouait pas, il demeurait officiellement inconnu, bien que tout le monde sût ce qu'il en était.
  135. En 1769, l'évêque veut lui interdire de communier s'il ne renie pas, devant notaire, ses écrits anti-chrétiens. Voltaire s'empresse de relever le défi. S'ensuit une comédie (avec de nombreux épisodes et une profession de foi non signée) à l'issue de laquelle Voltaire se faisant passer pour moribond réussit à communier. L'évêque réagit par une lettre qu'il rend publique. À Paris, parmi ses amis, l'effet est facheux. Voltaire ne récidivera plus les années suivantes.
  136. A Mme du Deffand le 18 avril 1768 ou au comte de la Touraille, le 20 avril 1768.
  137. La préface de Voltaire et les Genevois de Jean Gaberel.
  138. Almanach de la littérature du théatre et des beaux-arts, Pagnerre,‎ 1866, p. 92-93
  139. Clémentine Portier-Kaltenbach, Histoires d'os et autres illustres abattis : Morceaux choisis de l'Histoire de France, Jean-Claude Lattès,‎ 4 avril 2007, 264 p. (ISBN 2-7096-2830-9)
  140. Guitard Eugène-Humbert, « Le cerveau de Voltaire », Bulletin de la Société d'histoire de la pharmacie, vol. 16, no 57,‎ 1928, p. 17-18
  141. Voltaire franc-maçon de la Loge « Les Neuf Sœurs » Précis historique de l'Ordre de la Franc-maçonnerie jusqu'en 1829 (tome II) Jean-Claude Bésuchet de Saunois - 1829.
  142. Au sujet de son appartenance à la Franc-maçonnerie, voir : Jean van Win, Voltaire et la franc-maçonnerie sous l'éclairage des rituels du temps, Télètes, Paris, 2012.

Voir aussi

Bibliographie

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Ressources bibliographiques

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  • Barr, Mary Margaret Harrison. A Century of Voltaire Study. A Bibliography of Writings on Voltaire, 1825-1925, New York: B. Franklin, 1972.
  • Bengescu, George. Voltaire, bibliographie de ses œuvres, Paris: Perrin, 1882-1890 (Reproduction anastatique: Nendeln, Lichtenstein: Kraus Reprint, 1977-1979 (4 volumes).
    • t. 1. Théâtre. Poésies. Grands ouvrages historiques. Dictionnaire philosophique et Questions sur l'Encyclopédie. Romans.
    • t. 2. Mélanges. Ouvrages édités par Voltaire. Ouvrages annotés par Voltaire.
    • t. 3. Correspondance. Cent lettres de Voltaire non recueillies dans les diverses éditions de ses œuvres. Répertoire chronologique de la correspondance de Voltaire de 1711 à 1778, avec l'indication des principales sources de chaque lettre.
    • t. 4. Œuvres complètes de Voltaire. Principaux extraits de Voltaire. Ouvrages faussement attribués à Voltaire.
  • Bestermann, Theodore. Some Eighteenth-century Voltaire editions unknown to Bengesco, Banbury, Voltaire Foundation, 1973.
  • Spear Frederick A. avec la participation de Elizabeth Kreager, Bibliographie analytique des écrits relatifs a Voltaire: 1966-1990, Oxford: Voltaire Foundation, 1992.

Études

Triple hommage à Voltaire.
  • Sébastien Longchamp [Valet de chambre et copiste de Voltaire, de 1746 à 1751.], Anecdotes sur la vie privée de Monsieur de Voltaire. Texte établi par Frédéric S. Eigeldinger. Présenté et annoté par Raymond Trousson. Éditions Honoré Champion, 2009. vol. , 344 p., relié, 15 × 22 cm. (ISBN 978-2-7453-1861-9)
  • André Bellessort, Essai sur Voltaire, Perrin, 1938
  • Rémy Bijaoui, Voltaire avocat. Calas, Sirven et autres affaires…, Paris, Tallandier, 1994 (ISBN 978-2-235-02118-0)
  • Guy Chaussinand-Nogaret, Voltaire et le siècle des Lumières, Bruxelles, Éditions Complexe, 1994
  • Paul Cunisset-Carnot, La Querelle du président de Brosses avec Voltaire (1888)
  • Eugène Noël, Voltaire à Ferney, Brière et fils, Rouen, 1867.
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  • Jean Goldzink, Voltaire, la légende de saint Arouet, Paris, Gallimard, 1989
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  • Véronique Le Ru, Voltaire newtonien. Le combat d’un philosophe pour la science, Paris, Vuibert/ADAPT, 2005 (ISBN 978-2-7117-5374-1)
  • Xavier Martin , Voltaire méconnu : aspects cachés de l’humanisme des Lumières (1750-1800), Paris, Dominique Martin Morin, 2006 (ISBN 978-2-85652-303-2)
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  • Sylvain Menant, Esthétique de Voltaire, Paris, SEDES, 1995 (ISBN 978-2-7181-1555-9)
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    • Voltaire en son temps, Voltaire Foundation, Oxford, 1988 Document utilisé pour la rédaction de l’article
      • Tome 1 : D'Arouet à Voltaire (1694-1734)
      • Tome 2 : Avec Madame du Châtelet (1734-1749)
      • Tome 3 : De la Cour au Jardin (1750-1759)
      • Tome 4 : Écraser l'Infâme (1759-1770)
      • Tome 5 : On a voulu l'enterrer (1770-1778)
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  • André Versaille (éd.), Dictionnaire de la pensée de Voltaire, Bruxelles, éditions Complexe, 1994Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Ghislain Waterlot, Voltaire : le procureur des Lumières, Paris, Michalon, 1996

Filmographie

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