Gilbert du Motier de La Fayette

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Gilbert du Motier de La Fayette
Portrait de Gilbert Motier, marquis de La Fayette, en uniforme de lieutenant-général de 1791, peint par Joseph-Désiré Court en 1834.
Portrait de Gilbert Motier, marquis de La Fayette, en uniforme de lieutenant-général de 1791, peint par Joseph-Désiré Court en 1834.

Surnom La Fayette
Naissance 6 septembre 1757
Château de Chavaniac, Auvergne, Royal Standard of the King of France.svg Royaume de France
Décès 20 mai 1834 (à 76 ans)
Paris (ancien 1er arrondissement), Drapeau français Royaume de France
Origine Français
Allégeance Drapeau du Royaume de France Royaume de France
Drapeau des États-Unis États-Unis
Drapeau français Royaume de France
Arme Cavalerie
Garde nationale
Grade Major-général US-O8 insignia.svg
Lieutenant général
Général de division
Années de service 1775 – 1830
Conflits Guerre d'indépendance des États-Unis
Guerres de la Révolution
Commandement Troupes américaines, dont la division des Virginiens, Dragons du roi, puis brigade d'infanterie,
Garde nationale,
Armée du Nord
Garde nationale (1831)
Faits d'armes Bataille de Brandywine
Bataille de Barren Hill
Bataille de Gloucester
Bataille de Monmouth
Bataille de Rhode Island
Bataille de Yorktown
Distinctions Ordre de Cincinnatus Ordre de Cincinnatus
Chevalier de Saint-Louis Chevalier de Saint-Louis
Hommages Citoyen d'honneur de plusieurs états après 1781
Citoyen d'honneur des États-Unis d'Amérique
Nom gravé sous l'Arc de triomphe de l'Étoile (3e colonne)
Autres fonctions Homme politique et militaire
Famille Motier de La Fayette
Signature
Signature Lafayette 1787.svg

Gilbert du Motier, marquis de La Fayette (état civil complet : Marie-Joseph Paul Yves Roch Gilbert du Motier), dit « La Fayette », né le 6 septembre 1757 à Saint-Georges-d'Aurac (province d'Auvergne, actuellement Chavaniac-Lafayette en Haute-Loire) et mort le 20 mai 1834 à Paris (ancien 1er arrondissement), est un aristocrate d'orientation libérale, officier et homme politique français, qui a joué un rôle décisif dans la guerre d'indépendance des États-Unis et l'émergence d'un pouvoir royal moderne, avant de devenir une personnalité de la Révolution française jusqu'à son émigration en 1792 puis un acteur politique majeur des débuts de la monarchie de Juillet.

Après la révolution de 1789, La Fayette décide de signer tous ses courriers d'un « Lafayette » en un seul mot, en réaction contre le système nobiliaire. C'est aussi la graphie utilisée par ses contemporains jusqu'à sa mort.

Il a été fait citoyen d'honneur des États-Unis en 2002.

Sommaire

Biographie[modifier | modifier le code]

Origines familiales et jeunesse[modifier | modifier le code]

Issu d'une ancienne famille militaire d'Auvergne dont les origines connues remonteraient au XIe siècle[réf. nécessaire] (un de ses illustres ancêtres, Gilbert Motier de La Fayette, est maréchal de France au XVe siècle), Gilbert du Motier naît au château de Chavaniac le 6 septembre 1757. Le nom de la famille trouve son origine à La Fayette, actuelle commune d'Aix-la-Fayette (Puy-de-Dôme), site d'une motte castrale documentée[1]. Le nom complet de Marie-Joseph Paul Yves Roch Gilbert du Motier, marquis de La Fayette est rarement utilisé : il est généralement désigné comme marquis de La Fayette ou Lafayette. Son biographe Louis R. Gottschalk (en) précise que Gilbert orthographie son nom aussi bien en Lafayette qu'en La Fayette[2].

Son père, Michel Louis Christophe[3] du Motier, marquis de La Fayette (13 août 17331er août 1759), colonel aux Grenadiers de France, est tué en Westphalie à l'âge de vingt-six ans par un boulet lors de la bataille de Minden, le 1er août 1759, dans les bras du duc de Broglie. Sa mère, Marie Louise Jolie de La Rivière, riche aristocrate de Saint-Brieuc[4], née en 1737, se retire à Paris au Palais du Luxembourg ; elle meurt le 3 avril 1770[5].

À l'âge de 12 ans, le marquis de La Fayette se trouve donc orphelin et seul héritier potentiel de la fortune de son grand-père maternel, le marquis de La Rivière, qui meurt le 24 avril 1770 et lui laisse une rente de 25 000 livres. À la même époque un autre oncle meurt et lui laisse un revenu annuel de 120 000 livres, faisant de lui l'un des hommes les plus riches de France[6]. C'est donc son arrière-grand-père, le comte de La Rivière, ancien lieutenant général des Armées du Roi, qui le fait venir à Paris pour son éducation[7].

Il étudie jusqu'en 1771 au collège du Plessis (actuel lycée Louis-le-Grand) et suit parallèlement une formation d'élève officier au régiment des Mousquetaires noirs du Roi[8]. L'armée deviendra pour lui une deuxième famille. Il suit également les cours de l'Académie militaire de Versailles.

Le 11 avril 1774, à 17 ans, il épouse Marie Adrienne Françoise de Noailles (1759-1807) fille du duc d'Ayen, dotée de 200 000 livres[N 1]. C'est un « mariage arrangé », qui peu à peu se muera toutefois en une belle histoire d'amour même si Gilbert trompera régulièrement sa femme[9]. Sa belle-famille, une des plus anciennes de la Cour de France et apparentée à Madame de Maintenon, permet à La Fayette d’être présenté à la Cour au printemps 1774[10]. De ce mariage naîtront quatre enfants, un fils et trois filles :

À la cour de Louis XVI, il n'obtient aucun succès. Attaché à ses libertés et dépourvu d'esprit courtisan, il fait avorter les tentatives de son beau-père visant à lui faire obtenir une situation intéressante[12],[N 2].

Après son mariage, il quitte volontiers la Cour dont il maîtrise mal les codes et rejoint le régiment de Noailles de son beau-père avec d'abord un grade de sous-lieutenant avant d'être progressivement promu au rang de capitaine des dragons. Son chef est le duc de Broglie, ancien ami de son défunt père. À l'exemple de ce dernier, il choisit alors de suivre une carrière militaire et entre dans la Maison militaire du roi[13].

La guerre d'indépendance américaine[modifier | modifier le code]

La participation de La Fayette à la Guerre d'indépendance des États-Unis (1775-1783) lui a valu une immense célébrité et une place symbolique pour avoir été le trait d'union entre les Américains et la France, lui valant d'être surnommé « le héros des deux mondes ». Et ce qui fait de La Fayette le symbole du soutien français aux insurgés d'Amérique, comme ce qui en fait la figure du héros romantique qu'on en conserve, c'est son jeune âge (19 ans) et les circonstances de son départ de France (sans l'autorisation officielle du roi encore favorable à la paix), finançant le voyage de ses propres deniers. Cependant, bien qu'il ait eu un rôle notable sur le plan militaire, celui-ci est moindre par rapport au bilan politique qu'il suscita.

L'arrivée de La Fayette en Amérique[modifier | modifier le code]

En août 1775, le capitaine Gilbert de La Fayette est envoyé par son beau-père, le duc d'Ayen, en garnison à Metz pour y parfaire sa formation militaire. Il raconte dans ses Mémoires qu'il participe le 8 août à un grand souper offert par le comte de Broglie, gouverneur de la ville, au duc de Gloucester, frère du roi d'Angleterre, qui y évoque le soulèvement des Insurgents[N 3]. C’est le jour même de ce « fameux dîner de Metz » que le jeune officier prend la décision de partir combattre pour l'indépendance de l'Amérique[14].

De retour à Paris à l’automne, La Fayette participe à des sociétés de pensée qui débattent de l'engagement de la France dans la Révolution américaine. Lors de ces réunions, un conférencier, l'abbé Raynal, insiste sur les « Droits de l'homme » et la fin des colonies, critique le clergé comme la noblesse. Censuré, il exprime dès lors secrètement ses vues auprès de loges maçonniques, entre autres celle dont La Fayette est membre[15].

Le jeune capitaine se fait réformer de l'armée le 11 juin 1776 puis, grâce au soutien du comte de Broglie et à ses futurs protecteurs le baron de Kalb et Silas Deane, diplomate et commissaire des insurgents, signe à Paris le 7 décembre 1776 son engagement dans l'armée « américaine » comme major général. Le comte de Broglie, chef du « cabinet secret » de Louis XV qui souhaite aider discrètement les Insurgents contre la Couronne britannique, lui fait financer secrètement l'achat de La Victoire, un navire de 200 tonneaux, avec seulement 2 canons, trente hommes d’équipage et comme cargaison 5 à 6 000 fusils[16].

George Washington par Charles Willson Peale (1776)

Après un voyage en Angleterre destiné à tromper espions anglais et opposants français à son entreprise, il s'échappe et gagne Bordeaux. Là, il embarque ouvertement pour l'Espagne et le port basque de Pasajes de San Juan (Le Passage) près de Saint-Sébastien, drôle de destination pour qui veut partir pour les Amériques[12]. Revenu rapidement à Bordeaux, il y apprend qu'il serait sous le coup d'un ordre d'arrestation à l'origine duquel se trouve son beau-père qui réclamerait à son encontre une lettre de cachet auprès du roi qui lui avait déjà interdit officiellement de quitter le pays après que des espions britanniques eurent découvert son plan.

Obéissant à un ordre lui enjoignant de partir pour Marseille, il feint d'en prendre la route en chaise de poste mais après quelques lieues, la voiture change de direction et file sur Bayonne. Arrivé à Pasajes de San Juan le 17 avril 1777, il embarque sur la Victoire avec quelques fidèles et, le 26 avril, appareille pour l'Amérique. Suivant une route passant bien au large des Antilles où les flottes anglaises et françaises pouvaient lui faire barrage et après une traversée longue de sept semaines, il touche terre le 13 juin à South Inlet, près de Georgetown où les fusils sont vendus pour armer la milice de Géorgie[17].

Il fait prêter à ses compagnons le serment de vaincre ou de périr, puis rencontre le major Benjamin Huger (en) ; il est adopté par George Washington qu'il rencontre le 1er août 1777 (il est affecté à son état-major comme aide de camp avec le titre de major général) et, malgré un accueil au début mitigé des membres d'un Congrès à Philadelphie, il participe aux combats dès l’été. Il reçoit une balle à la jambe à la bataille de Brandywine, le 11 septembre 1777[18].

Mission de propagande en France[modifier | modifier le code]

Le marquis de La Fayette en uniforme de l'armée continentale.

Par sa motivation, son désintéressement[N 4], et sa constante présence à la tête du régiment de Virginie, même pendant l'hiver rigoureux qu'ils passèrent à Valleyforge, il finira par convaincre les chefs de la Révolution américaine qu'il pouvait leur être utile[19].

Le 6 février 1778, une alliance officielle est enfin instaurée entre la France et le nouveau pays. Une flotte d'une douzaine de bateaux, commandée par l'amiral d'Estaing est envoyée. Le mois suivant, La Fayette établira également des alliances avec plusieurs tribus indiennes.

En février 1779, de retour en France, La Fayette sait très habilement rendre populaire la cause des Insurgents et son expédition américaine auprès de l'opinion publique en France[20]. La sanction qu'il reçoit pour avoir désobéi et quitté la France n'est que symbolique, puisqu'elle n'est limitée qu'à une dizaine de jours d'arrêts, qu'il passe chez lui auprès de sa femme, Adrienne.

La Fayette en Virginie ; Yorktown[modifier | modifier le code]

De retour aux États-Unis en 1780 à bord de L'Hermione, il reçoit de George Washington le commandement des troupes de Virginie. Chargé d'opérer en Virginie contre des forces quatre fois supérieures en nombre, il sacrifie encore une partie de sa fortune pour maintenir ses soldats sous ses ordres, et arrive par des marches forcées et des retours subits, à tellement fatiguer Cornwallis et harceler ses troupes, que le général britannique est forcé de le considérer comme un adversaire redoutable[N 5].

La Fayette fait sa jonction avec les troupes de George Washington et du comte de Rochambeau, commandant le corps expéditionnaire français de 6 000 hommes (dont Axel de Fersen), pour se concentrer sur l'encerclement de Cornwallis à Yorktown[21].

Les troupes anglaises sont bientôt coincées dans la baie de Chesapeake, dans l'impossibilité de recevoir des secours par mer du fait du blocus effectué par la flotte de l'amiral de Grasse. C'est ainsi que les alliés franco-américains remportent la victoire décisive de Yorktown le 17 octobre 1781.

La Fayette est fait citoyen d'honneur des États-Unis par le Congrès en 1781, après cette bataille[22]. Il rentre en France en 1782 et est promu maréchal de camp.

La fin de l'Ancien Régime (1782-1789)[modifier | modifier le code]

Paris[modifier | modifier le code]

La Fayette rentre en France vers la fin de 1781. Sa participation aux opérations militaires sur le sol américain est sa première tentative pour appliquer les théories d'indépendance américaine à la société française. L'intention de La Fayette est de brusquer les réformes qu'il méditait. Mais Washington, avec qui il ne cesse de correspondre, le ramène à plus de mesure : « C'est une partie de l'art militaire de connaître le terrain avant de s'y engager. On a souvent plus fait par les approches en règle que par une attaque à force ouverte ». Cette observation ralentit un peu la fougue du jeune réformateur, et il renonce à emporter de haute lutte ce que Louis XVI opèrera de lui-même sans secousse, peu de temps après.

Rencontre entre Lafayette et Washington à Mount Vernon en 1784. (Louis Rémy Mignot)

En mai 1784, La Fayette écrit une lettre enthousiaste à propos des travaux du médecin allemand Franz Anton Mesmer à George Washington, moins convaincu, et influencé par Benjamin Franklin fortement dubitatif : « Un docteur allemand nommé Mesmer, ayant fait la plus grande découverte sur le magnétisme animal, a formé des élèves, parmi lesquels votre humble serviteur est appelé l'un des plus enthousiastes »[23]. Cette lettre est suivie d'une lettre de Mesmer lui-même le 16 juin à laquelle Washington répond cinq mois plus tard en confirmant qu'il a bien rencontré La Fayette[24]. Ce dernier a entre-temps donné une ou deux leçons de magnétisme animal et rencontré une communauté de Shakers ayant vu une similarité entre les pratiques de transe de ces derniers et les crises mesmériennes. Lafayette participa également à des rituels nord-amérindiens, persuadé que le magnétisme animal était la redécouverte d'une pratique ancienne et primitive[25].

La Fayette repart pour l'Amérique le 1er juillet 1784. C'est un voyage privé, sur invitation de Washington. Le 4 août 1784, il est acclamé à New York par la foule qui l’accueille. Après trois jours de réceptions, il part faire un grand tour des provinces, partout accueilli avec la même chaleur. De grands banquets lui sont offerts à Philadelphie, Baltimore et Boston. Après un séjour à Mount-Vernon, chez Washington, La Fayette passe par New York, avant de remonter l’Hudson et de signer un traité de paix avec des Hurons et des Iroquois. La Fayette continue son voyage par Boston, Chesapeake, Yorktown et Richmond, avant de quitter le pays à New York le 21 décembre 1784[26].

La Fayette vient à Paris dans les derniers jours de 1785. Son retour excite un enthousiasme considérable. La reine Marie-Antoinette, qui assistait alors à une fête à l'hôtel de ville, veut conduire madame de La Fayette dans sa propre voiture à l'hôtel de Noailles, où vient de descendre son époux. Le lendemain, il est reçu à la cour, et ne cesse d'être, pendant plusieurs jours, l'objet des hommages et de la curiosité publics.

La Fayette, accueilli en héros à Paris, peut jeter son dévolu avec succès sur l'une des plus célèbres beautés de l'époque, Aglaë de Barbentane, comtesse d'Hunolstein[27] puis la comtesse de Simiane dont le mari, le comte de Simiane, se tue en 1787 en apprenant que sa femme est la maîtresse de La Fayette[28].

La Guyane[modifier | modifier le code]

L'émancipation graduelle des esclaves est une de ses utopies favorites. Désireux d'appeler à son secours un commencement d'expérience, il achète une plantation considérable dans la Guyane française, et s'y livre à divers essais encore aujourd'hui méconnus et qu'interrompent les événements de la Révolution française. Il provoque, en 1787, la formation d'un comité chargé de discuter l'abolition du monopole des tabacs, et il y plaide avec chaleur la cause du commerce américain, que ce monopole frappait d'un préjudice de près de trente millions.
Les efforts plus heureux qu'il déploie en faveur de la nation américaine, lors de la négociation du traité que la France conclut avec elle, provoquent de sa part de nouveaux témoignages de reconnaissance, en resserrant les liens d'amitié qui l'unissent à George Washington, son glorieux libérateur. La correspondance établie entre ces deux hommes si unis d'intentions, si différents de caractère, ne prend fin qu'à la mort de Washington, qui survient le 14 décembre 1799[N 6].

L'assemblée des notables (1787)[modifier | modifier le code]

La Fayette participe à la première assemblée des notables, réunie à Versailles au mois de février 1787, et appartient au bureau présidé par le comte d'Artois. Il saisit avidement cette occasion de produire quelques-unes des réformes qu'il a méditées, fait voter la suppression de la gabelle et la mise en liberté des personnes détenues à l'occasion de cet impôt, réclame l'abolition des lettres de cachet et des prisons d'État, et la révision des lois criminelles. Il est de ceux qui obtiennent le renvoi du ministre Calonne en 1787. Il formule même le vœu d'une convocation des États généraux, comme le seul remède efficace aux maux de la situation ; mais ce vœu demeure sans écho. Il fait la motion expresse (mot prononcé pour la première fois) de la convocation de la nation représentée par ses mandataires.

L'année 1789[modifier | modifier le code]

Épée maçonnique de La Fayette.

Porte-parole de l'aristocratie libérale, député de la noblesse d'Auvergne aux États généraux et chef de la Garde Nationale, il est membre de la société des amis des Noirs. Comme de nombreux militaires à cette époque, il a été initié comme franc-maçon dès 1775[29].

Médaille à l'effigie de Lafayette. Date : 1791 Description avers : Buste de Lafayette en uniforme à gauche. Traduction avers : (Lafayette, député à l’Assemblée Nationale Constituante, né en 1757) .

Les États-Généraux de 1789[modifier | modifier le code]

D'abord favorable à des réformes, La Fayette fait partie des États généraux comme député de la noblesse d'Auvergne. Il ne remplit aucun rôle dans ces premiers engagements, où domine presque seule la figure de Mirabeau. II appuie la motion de Mirabeau sur l'éloignement de la menace des troupes qui encerclent la capitale, et présente un projet de Déclaration des Droits de l'homme à l'Assemblée constituante, fait décréter la responsabilité des ministres, et, ce qui est peut-être le plus marquant de son action, l'établissement d'une garde civique, dont il sera élu commandant.

Projet de Déclaration des droits de l'Homme (juillet)[modifier | modifier le code]

Cent jours après le rapport de Jean-Joseph Mounier sur la constitution française, le 11 juillet 1789, il inaugure sa carrière parlementaire par la présentation d'un des projets de Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, que l'Assemblée ne retient pas. Ce projet, emprunté à la déclaration d'indépendance des États-Unis d'Amérique, est le premier monument direct de cet esprit d'assimilation entre deux peuples si divers d'origine, de situation et de caractère. La Déclaration des droits qu'il proposait constituait un véritable corps de jurisprudence révolutionnaire qui considérait que le peuple français était abusivement soumis au roi de France, comme celui de l'Amérique l'était à la couronne de Grande-Bretagne, et qu'il convenait qu'il prît son indépendance et se gouvernât lui-même[N 7].

Commandant de la Garde nationale (fin juillet)[modifier | modifier le code]

La Garde nationale est née sous la pression des troubles qui ensanglantent Paris dans les journées des 12 et 15 juillet, et composée de quarante-huit mille citoyens, enregistrés en un jour. L’assemblée élit La Fayette à la tête de la Garde nationale, au moment où, comme vice-président de l'assemblée, il vient de féliciter les électeurs de Paris, réunis à l'hôtel de ville, de la conquête de la Bastille. Le vicomte de Noailles, son beau-frère, lui est adjoint en qualité de major général, et Bailly est élevé au poste de maire de la capitale.

Son acte suivant comme commandant de la garde nationale est de faire démolir la Bastille (16 juillet). Le 26 juillet, il présente aux électeurs de Paris les nouvelles couleurs nationales, la cocarde tricolore[N 8].

Par sa fermeté, La Fayette sauve la vie à un grand nombre de personnes que menacent les fureurs populaires, et contient la faction d'Orléans, qui aspire à réorganiser les anciennes gardes françaises. Mais il ne peut empêcher le massacre de Foulon et de Berthier de Sauvigny, et ce témoignage de son impuissance le porte à se démettre du commandement dont il est revêtu ; des acclamations unanimes viennent de le rappeler à ses fonctions, lorsque surviennent les évènements des 5 et 6 octobre.

Les journées des 5 et 6 octobre[modifier | modifier le code]

Lors de la Journées des 5 et 6 octobre 1789, où des Parisiens[N 9] montent à Versailles pour demander du pain à Louis XVI, la Garde nationale est en retard[N 10], laissant dans un premier temps le roi face au peuple. Chargé de la sécurité du château, il se montre incapable d'empêcher son invasion.

Article détaillé : Journées des 5 et 6 octobre 1789.

Le 6, il sauve à Versailles la famille royale, et la ramène à Paris où vient s'établir aussi l'Assemblée constituante. Il demande le jury britannique, les droits civils des hommes de couleur, la suppression des ordres monastiques, l'abolition de la noblesse héréditaire, l'égalité des citoyens.

1790[modifier | modifier le code]

L'insurrection est le plus saint des devoirs[modifier | modifier le code]

Les premiers jours de 1790 sont marqués par l'arrestation et le supplice du marquis de Favras, accusé d'un complot contre-révolutionnaire avec la participation de Monsieur, frère du roi. Le discours que ce prince prononce à l'Hôtel de ville, pour désavouer son loyal et infortuné mandataire[30], excite l'indignation de La Fayette, qui s'est fort exagéré l'importance de cette affaire, et devient entre ces deux personnages la source d'une inimitié jamais démentie.

C’est dans ce contexte que l'assemblée a à discuter la loi sur les attroupements, et dans cette discussion, La Fayette fait entendre à la tribune une phrase devenue célèbre : « Pour la révolution, il a fallu des désordres, car l'ordre ancien, n'était que servitude, et, dans ce cas, l'insurrection est le plus saint des devoirs ; mais pour la constitution, il faut que l'ordre nouveau s'affermisse, et que les lois soient respectées[N 11]. » Il faut reconnaître que La Fayette, fidèle, du moins à cette époque, aux conditions du principe qu'il avait posé, ne cesse de se montrer le plus ferme adversaire de l'anarchie[N 12]. Sa fermeté déconcerte plusieurs séditions qui pouvaient devenir fatales à la sécurité publique. Le 11 février 1790, il fait arrêter 234 émeutiers.

Le club des Feuillants[modifier | modifier le code]

Il s'entend avec Bailly pour fonder le club des Feuillants, société destinée à contrebalancer l'influence du club des Jacobins. Lorsque l'assemblée promulgue la constitution du clergé, La Fayette, plein des idées américaines sur l'égalité pratique des religions, protège, dans l'intérêt même de la liberté, le culte non assermenté, et ce culte est constamment en usage dans sa propre famille. Enfin, il propose au roi le rappel de ses gardes du corps, licenciés après les évènements d'octobre ; mais la reine s'y oppose de peur de mettre en péril la vie de ces fidèles militaires[N 13].

La fête de la Fédération (14 juillet)[modifier | modifier le code]

Il prend en charge l'organisation de la fête de la Fédération (14 juillet 1790) qui symbolise la réconciliation du roi avec la révolution. Le général paraît avec éclat à la fête de la Fédération, à la tête d'une députation de dix-huit mille gardes nationaux, entouré d'un nombreux état-major et monté sur le cheval blanc qui lui sert ordinairement dans ces solennités, il favorise avec beaucoup de zèle les acclamations adressées au roi, et dont la chaleur ranime chez tous les amis de l'ordre et du trône des espérances qui devaient trop promptement s'évanouir.

Le retour du duc d'Orléans devient le signal des premières hostilités du parti jacobin contre les constitutionnels et contre La Fayette, que les clubs et les groupes populaires commencent à désigner du nom de traître. L'énergie avec laquelle il se prononce pour la répression des désordres occasionnés par l'affaire de Nancy, la révolte de trois régiments de ligne qui avaient chassé leurs officiers, fortifie ces dispositions. Sa popularité décline visiblement. Un nouvel épisode révolutionnaire vient constater cette défaveur.

1791[modifier | modifier le code]

Les troubles de début 1791[modifier | modifier le code]

Le 28 février 1791, La Fayette est informé qu'un attroupement conduit par Santerre s'est porté sur le donjon de Vincennes, pour faire éprouver sans doute à ce château le même sort qu'à la Bastille[N 14]. Aidé de quelques cavaliers, il attaque les factieux, qui se replient sur le faubourg Saint-Antoine, dont ils disputent avec acharnement l'accès au corps demeuré fidèle. La Fayette triomphe de leur résistance et rentre dans Paris aux acclamations de tous les amis de l'ordre public.

Au même instant, une scène d'une autre nature se passe au château des Tuileries. Les périls de la famille royale, évidemment menacée par ce mouvement séditieux, y ont attiré un certain nombre de royalistes en armes. L'accueil empressé que leur font la reine et Madame Elisabeth excite l'ombrage et les murmures de la garde nationale, et Louis XVI, informé de ces rumeurs, ordonne à ces gentilshommes de déposer leurs armes entre ses mains. Ils obéissent avec résignation, lorsque La Fayette arrive au château. Il prend avec ardeur le parti de la garde qu'il commande ; il souffre que ce petit nombre de chevaliers fidèles[N 15] soit chargé de menaces et d'outrages, et expulsé, sous ses yeux, du palais qu'ils sont venus défendre. Le lendemain, dans un ordre du jour, le commandant général flétrit « le zèle très justement suspect qui a porté quelques hommes à oser se placer entre la garde nationale et le roi » et ajoute que « le roi de la constitution ne devait et ne voulait être entouré que des soldats de la liberté[N 16] ».

Les problèmes politiques[modifier | modifier le code]

Ces timides ménagements sont désormais impuissants à sauver la royauté. Chaque jour aggrave les périls qui la menacent. L'émigration, commencée dès le 15 juillet 1789, se propage avec une effrayante activité. Quelques esprits songent à appeler l'intervention étrangère dans les débats intérieurs français ; Louis XVI a secrètement adressé, dès le 3 décembre 1790, un mémoire aux cabinets européens pour solliciter l'établissement d'un congrès continental destiné à en imposer, par sa seule existence, aux factieux qui conjuraient la ruine du trône. Ces démarches sont activement secondées par le comte d'Artois et par les nombreux émigrés qui ont fui d'imminentes persécutions.

La Fayette sert l'ordre sans zèle pour le roi. La mort de Mirabeau porte le dernier coup à la cause royale[N 17].

Le 18 avril, Louis XVI, qui a annoncé hautement l'intention d'aller remplir à Saint-Cloud ses devoirs religieux, en est empêché par une multitude ameutée sur le bruit que ce départ n'est qu'un commencement d'évasion. La Fayette ordonne vainement à la garde nationale de rendre la circulation libre : il n’est point obéi ; et le roi, forcé de rentrer dans ses appartements, se plaint, sans plus d'effet, à l'assemblée, de la violence qui lui a été faite.

Du 11 au 15 mai, après l'annonce de la mort du mulâtre de Saint-Domingue, Vincent Ogé, se déroule à la Salle du Manège le débat sur les droits des hommes de couleur discriminés par les assemblées coloniales dominées par les Blancs. Conformément à ses opinions de membre de la Société des amis des Noirs, La Fayette défend la cause des Noirs. À la suite du premier vote parlementaire du 12 mai, son nom figure dans une liste de colons hostiles de 276 députés « qui ont voté pour l'Angleterre dans l'affaire des colonies ».

La fuite et l'arrestation du roi (juin)[modifier | modifier le code]

Le général conçoit alors et exécute le projet de se démettre du commandement qu'il exerce. Mais sa résolution fléchit une seconde fois devant les instances et les protestations de la milice citoyenne, et il a le malheur de se trouver à sa tête, lorsque la fuite et l'arrestation du roi (20 juin) aggravent la responsabilité de ce commandement.

Retour de Varennes. Arrivée de Louis XVI à Paris, le 25 juin 1791 (Jean Duplessis-Bertaux d'après un dessin de Jean-Louis Prieur).

Lors de la fuite du Roi et de sa famille jusqu'à Varennes (20 juin 1791), il répand le bruit que l'on a enlevé la famille royale. Cette tentative du roi n'a été en aucune façon prise au sérieux par La Fayette, depuis la mort de Mirabeau, tête pensante du projet, en avril, et que rassurent, indépendamment de précautions minutieuses, les affirmations précises du roi[N 18].

L'exaspération populaire est très vive contre La Fayette, qu'on accuse hautement de connivence avec la cour ; il calme par degrés ces dispositions menaçantes en s'avançant seul et sans escorte au-devant de la multitude, répandue sur la place de Grève. Mandé à l'assemblée, il se borne à confirmer les explications qu'a fournies son adjoint Gouvion, à qui la garde du château était spécialement confiée. Cependant il demande secrètement au président Beauharnais et au maire de Paris si, dans leur opinion, l'arrestation du roi importe au salut de l'État ; et, sur leur réponse affirmative, il dépêche un aide de camp sur la route de Montmédy, présumant que ce prince chercherait à s'y réunir au corps commandé par Bouillé[N 19].

Lorsque Louis XVI fut descendu aux Tuileries, La Fayette se présente à lui avec attendrissement et respect[N 20]. L'effet de cette infructueuse tentative rend plus étroite la surveillance à laquelle est soumise la famille royale, et La Fayette se trouve, par ses fonctions, l'instrument naturel de ces sévérités[N 21].

Au milieu de ces rigueurs, La Fayette ne dément point un reste de sentiments monarchiques. Il appuie la motion de Barnave tendant à maintenir l'autorité royale à Louis XVI, et il ajoute à cette occasion que ce prince est « le meilleur de sa famille et le meilleur des souverains de l'Europe. » Inculpé de tyrannie envers le roi par le marquis Louis de Bouillé, son cousin, dans une lettre menaçante à l'assemblée, il se borne à répondre « qu'il est prêt à verser son sang » pour le gouvernement établi.

Le 13 juillet, Muguet de Nanthou, rapporteur de l'enquête ouverte sur l'évènement de Varennes, conclut que ce voyage n'avait rien de coupable, et que d'ailleurs le roi était protégé par son inviolabilité constitutionnelle. Cette conclusion pacifique est accueillie par un décret de l'assemblée qui arrache de vives clameurs au parti jacobin, et il est décidé qu'une pétition ayant pour objet le report de ce décret sera portée le dimanche au Champ de Mars, où chaque citoyen pourra la signer sur l'autel de la patrie.

L'épisode du Champ de Mars (17 juillet)[modifier | modifier le code]

La Fayette se joint à Bailly pour empêcher la réunion des patriotes au Champ de Mars le 17 juillet 1791 pour signer la pétition relative au pouvoir royal ; mais il ne peut réussir.

Une foule considérable se réunit au lieu et au jour indiqués. La Fayette s'y présente bientôt, à la tête d'un détachement de la garde nationale ; il renverse quelques barricades et essuie un coup de feu qui ne l'atteint pas. Deux invalides, qu'une imprudente curiosité avait attirés sous l'autel, sont saisis, entraînés au comité du Quartier du Gros-Caillou et égorgés par le peuple.

Invité par l'assemblée nationale à pourvoir à la répression de ces désordres, Bailly se rend au Champ de Mars, accompagné de plusieurs officiers municipaux et d'une nombreuse escorte de la Garde nationale. Il fait déployer le drapeau rouge et adresse les sommations légales aux factieux, qui ne répondent que par une grêle de pierres ; un groupe armé tire sur le maire de Paris et/ou sur La Fayette. Le général fait tirer quelques coups en l'air ; mais cette démonstration ne faisant qu'enhardir les perturbateurs, la Garde nationale ouvre le feu sur l'ordre de Bailly. Une centaine de ces forcenés tombent morts ou blessés. Quelques officiers veulent employer l'artillerie ; La Fayette s'y oppose avec force et pousse même résolument son cheval devant la bouche des canons[31]. Cet épisode est connu sous le nom de « Fusillade du Champ-de-Mars ».

La loi martiale est proclamée, le sang coule, et cette journée vaut à Bailly l'échafaud à quelque temps de là, et à La Fayette, la perte de sa popularité. Il est haï de la Cour, et les révolutionnaires doutent de sa sincérité patriotique. Marat se lance dans une grande campagne de presse contre lui. Il l'appelle « l'infâme Motier ».

La nouvelle constitution (septembre)[modifier | modifier le code]

Article connexe : Constitution de 1791.

La constitution, achevée à la hâte, est sanctionnée par le roi le 13 septembre. Cette solution cause une joie universelle : la révolution semble terminée. La Fayette appuie et fait décréter la proposition d'une amnistie générale. C’est son dernier vote à l'assemblée constituante. Privé de la plupart des qualités oratoires, il n'a guère exercé sur cette assemblée que l'espèce d'ascendant qui dérive de l'estime personnelle et d'une constance inébranlable dans des opinions conçues avec ardeur et courageusement défendues. Son commandement militaire lui paraît terminé par l'acceptation de l'acte constitutionnel et par l'installation de l'assemblée législative, et il fait supprimer l'emploi de colonel général de la garde nationale. Mais Jacques Pierre Brissot, un des fondateurs de la Société des amis des Noirs en 1788, lui reproche d'avoir le 24 septembre, trahi les mulâtres en s'abstenant prudemment de venir à l'assemblée constituante, lorsque son nouvel ami feuillant, Barnave a fait révoquer leurs droits obtenus le 15 mai 1791[32].

La démission (octobre)[modifier | modifier le code]

Le 8 octobre, il adresse à la milice citoyenne une lettre d'adieu noblement formulée, et résigne ses pouvoirs entre les mains du conseil général de la commune. Quelques hommages remarquables honorent sa retraite[N 22].

II se retire aussitôt à Chavaniac-Lafayette, d'où un grand nombre d'électeurs songeront plus tard à le rappeler, en remplacement de Bailly, dans le poste difficile et périlleux de maire de Paris. Mais Pétion est nommé à une forte majorité, et ce choix avance rapidement la défaite du parti constitutionnel.

Général à Metz (décembre)[modifier | modifier le code]

Cependant la guerre est imminente sur les frontières du Nord et de l'Est. En décembre 1791, trois armées sont constituées sur le front pour repousser les Autrichiens, et La Fayette est placé à la tête de l'armée du Centre, puis de l'armée du Nord. Trois corps d'armée, formant environ cent cinquante mille hommes, y sont réunis sous le commandement de Luckner, de Jean-Baptiste Donatien de Vimeur de Rochambeau et de La Fayette.

La Fayette, qui a été promu quelques mois auparavant (30 juin) au grade de lieutenant général, est chargé du commandement de l'une des trois armées lors de la première coalition. Il part le 25 décembre pour Metz, où il établit son quartier général. Il introduit dans le service des améliorations utiles, il rétablit la discipline, imagine le système des tirailleurs, organise l'artillerie légère, crée le corps des artilleurs à pied, et organise celui des artilleurs à cheval[N 23].

1792[modifier | modifier le code]

L'armée du Nord[modifier | modifier le code]

La guerre ayant été déclarée dans les premiers jours d'avril, il entre immédiatement en campagne et se porte, avec vingt-cinq mille hommes de très belles troupes, sur la rive droite de la Meuse, près de Givet, ayant son avant-garde à quatre lieues de là, dans les bois au-delà de Philippeville. Cette dernière position est mal choisie. Les Autrichiens, qui occupent Mons avec des forces supérieures, tombent un matin à l'improviste sur ce corps de troupes, composé d'environ trois mille hommes, et le dispersent avant que le général ait eu le temps d'être informé de cet engagement.

Quelques jours après, La Fayette va prendre une autre position dans le camp retranché de Maubeuge[33], ayant encore son avant-garde très loin de lui, dans les bois de Malplaquet et de la Glisuelle. Cette avant-garde est encore surprise par le même corps autrichien, parti de Mons à la faveur de la nuit. Le bataillon des volontaires de la Côte-d'Or a beaucoup à souffrir dans cette rencontre, qui coûte la vie au général Gouvion, aide de camp et ami dévoué de La Fayette. Le général survient, rétablit le combat et force l'ennemi à se replier en désordre sur la route de Mons. Mais ce faible avantage n'est guère propre à balancer l'influence fâcheuse que ces deux échecs, quoique peu considérables en eux-mêmes, peuvent exercer sur le moral de l'armée au début d'une campagne.

Mieux avisé, La Fayette se retranche à Tesnières, sous Bavay[34], dans l'intention d'y tenir en échec le général autrichien Clairfayt, lequel manœuvre pour se réunir à l'armée ennemie, qui campe sous Tournai. Mais il est aussitôt appelé au commandement de l'armée du Nord, en remplacement de Rochambeau, et porte son quartier général à Cerfontaine, à Longwy, puis à Sedan. Il bat l'ennemi à la bataille de Florennes. Voulant se porter de Metz sur Namur, il apprend à Dinant la défaite des deux corps de Dillon et de Biron, et se hâte d'opérer sa retraite.

La crise de la monarchie constitutionnelle[modifier | modifier le code]

Cependant, les événements de plus en plus graves de l'intérieur de la France attirent toute l'attention de La Fayette. Élevé au prix de tant de sang et de sacrifices, l'édifice constitutionnel s'écroulait rapidement sous les coups redoublés des Jacobins et des Girondins. La Fayette présume d'un reste de popularité pour espérer que l'exposition de ses idées sur cette alarmante situation pourra produire un effet utile. Voyant que la vie du couple royal est, chaque jour, de plus en plus menacée, il s'oppose au Club des Jacobins, avec l'intention d'utiliser son armée pour rétablir une monarchie constitutionnelle.

La lettre du 16 juin 1792[modifier | modifier le code]

Le 16 juin, il écrit, de son camp de Maubeuge, une longue lettre à l'assemblée législative, où il dénonce avec énergie la faction jacobine comme l'instigatrice évidente de tous les désordres dont souffre le pays. Il s'applique ensuite à prévenir toute inculpation personnelle en parlant noblement, de lui-même, de son intervention dans la Guerre de l'Indépendance, de son zèle à défendre la liberté et la souveraineté des peuples et rappelle la Déclaration des droits, dont il a été le promoteur. Il adjure enfin l'assemblée de rétablir l'égalité civile et la liberté religieuse sur leurs véritables bases, de faire respecter l'intégrité du pouvoir royal, et d'anéantir le régime des organisateurs des clubs et des sociétés secrètes. La lecture de cette lettre, dont La Fayette a adressé une copie au roi, provoque dans l'assemblée de vives réactions.

La droite seule l'approuve et en fait décréter l'impression. Les Girondins, par l'organe de Vergniaud et de Guadet, s'efforcent d'alarmer leurs collègues sur les dangers que font courir à la liberté de pareilles remontrances, adressées à une assemblée délibérante par un chef militaire, et affectent des doutes hypocrites sur l'authenticité de sa signature ; ils demandent que la lettre soit renvoyée à un comité, afin que l'assemblée puisse venger le général du lâche qui a osé se couvrir de son nom. Cette proposition est adoptée, et quelques voix réclament sans succès l'envoi de ce manifeste aux départements. Mais, peu de jours après, soixante-quinze administrations départementales adhèrent formellement aux considérations développées par le général.

Cette lettre est mal reçue de la majorité. La Fayette en apprend le mauvais effet en même temps que la journée du 20 juin. Il ne peut marcher sur Paris, son armée stationnée à Pont-sur-Sambre refuse de le suivre, notamment par l’opposition de Gobert.

La journée du 20 juin 1792[modifier | modifier le code]

Lors de cette journée du 20 juin 1792, autre Journée révolutionnaire, au Louvre, la Garde nationale est absente, laissant le peuple aborder le roi en tête-à-tête[N 24].

Plusieurs amis de La Fayette, et notamment Dupont de Nemours, lui mandent que cette journée a produit dans le public un sentiment de réaction assez vif pour que sa présence à Paris puisse lui imprimer une impulsion décisive. La Fayette n'hésite pas.

La Fayette devant l'Assemblée (fin juin)[modifier | modifier le code]

Malgré les avis timorés de Luckner, La Fayette quitte aussitôt son armée, et le 28 il est à la barre de l'Assemblée. Il avoue hautement la lettre qui a été lue en son nom, et déclare qu'il a été chargé, par tous les corps de son armée, d'improuver les insultes faites au roi et de demander la destruction de cette secte qui envahissait la souveraineté, et dont les projets étaient connus.

L'allocution de La Fayette est accueillie avec enthousiasme par la droite, et par un morne silence à gauche[N 25].

En quittant l'assemblée, La Fayette se rend chez le roi, qui l'accueille avec bienveillance, mais avec réserve. Madame Elisabeth, présente à cette entrevue, conseille à son frère de s'en remettre à lui ; mais la reine s'est déjà prononcée contre toute tentative d'évasion à laquelle le général pourrait prendre part ; elle déclare qu'elle aime mieux mourir que de lui devoir sa délivrance[N 26]. L'indécision de Louis XVI et la répugnance de la reine font avorter ce projet. La Fayette quitte ensuite Paris pour rejoindre son armée et il est brûlé en effigie dans les rues de Paris. C’est la fin de sa popularité qui a pris naissance sur les ruines de la Bastille, pour s'éteindre dans les journées du 20 juin et du 10 août. Sa démarche n'a rendu au pouvoir exécutif qu'une vigueur passagère ; le maire et le procureur de la commune sont suspendus pour leur conduite au 20 juin ; mais l'assemblée annule bientôt cette décision.

À son retour à l'armée, La Fayette veut tenter un dernier effort ; il pense qu'une victoire pourrait changer l'état des esprits, et fait proposer à Luckner, par le colonel Bureau de Pusy, son ancien collègue et son ami, d'attaquer les Autrichiens à Jemappes ; mais le maréchal s'y refuse formellement[N 27].

Les accusations des Jacobins[modifier | modifier le code]

Le député Vaublanc, qui fut l'un de ceux qui défendit La Fayette à l'Assemblée législative en août 1792.

Tandis que les jacobins lui suscitent à l'armée mille tracasseries de détail, lui refusent les renforts dont il a besoin, interceptent ou dénaturent ses dépêches, circonscrivent son commandement, et appellent Luckner, exclusivement à lui, à la fédération du 14 juillet, ses ennemis, d'un autre côté, ne demeurent point inactifs. Il s'écoule peu de jours avant qu'il ne soit dénoncé à la barre de l'assemblée par quelque section de la capitale, comme un citoyen rebelle, comme un autre Cromwell, qui aspire à substituer le despotisme militaire au régime légal et à renverser la constitution par la constitution elle-même. Ces dénonciations rencontrent d'imposants appuis chez les députés Vergniaud et Delaunay, qui prononcent l'un et l'autre de longs discours sur les dangers de la patrie[N 28].

Ces vagues inculpations se compliquent d'un incident qui, plus adroitement combiné, aurait pu devenir fatal à La Fayette. Gobet, évêque constitutionnel de Paris, reçoit Luckner à dîner chez lui, et extorque à ce vieillard, au milieu d'une orgie, en présence de six députés jacobins, l'aveu que La Fayette lui a fait proposer par Jean-Xavier Bureau de Pusy, de marcher avec leurs corps d'armée, non contre l'ennemi, mais contre l'assemblée nationale. Cette intrigue échoue devant les dénégations écrites de Luckner, et surtout devant un démenti formel de Bureau de Pusy, qui s'explique à la barre de l'assemblée avec beaucoup de précision et d'énergie. Cependant, dans la séance du 6 août, Debry, organe de la commission à laquelle a été déféré l'examen de la conduite du général, conclut à sa mise en accusation ; mais cette proposition, soutenue par Jacques Pierre Brissot, et combattue avec chaleur par Vienot-Vaublanc et de Quatremère de Quincy, est repoussée à la majorité de 406 voix contre 224. Cette décision manque de peu de coûter cher aux députés qui l'ont provoquée. Au sortir de la séance ils sont assaillis, frappés, menacés de mort, et ne doivent leur salut qu'à la protection de la garde nationale. Hippolyte Taine commente cet épisode en ces termes : « Quant au principal défenseur de La Fayette, M. de Vaublanc, assailli trois fois, il eut la précaution de ne pas rentrer chez lui ; mais des furieux investissent sa maison en criant que « quatre-vingt citoyens doivent périr de leur main, et lui le premier » ; douze hommes montent à son appartement, y fouillent partout, recommencent la perquisition dans les maisons voisines, et, ne pouvant l'empoigner lui-même, cherchent sa famille ; on l'avertit que s'il rentre à son domicile, il sera massacré »[35].

Galiot Mandat de Grancey le remplace à la tête de la Garde nationale. Mais, le 10 août, il est massacré et La Fayette, destitué et décrété d'accusation. À la nouvelle du 10 août 1792, le premier soin de La Fayette est de se rendre au directoire du département des Ardennes, le corps constitué le plus rapproché de lui ; il lui déclare son refus de reconnaître le nouveau gouvernement, et une assemblée évidemment opprimée par la faction qui domine à Paris.

Il adresse ensuite aux troupes une proclamation énergique, et tente d'organiser, entre plusieurs départements de l'Est, une fédération dans le but de résister aux jacobins ; mais le duc de Brunswick ayant alors commencé son invasion en France, cette entreprise ne peut avoir aucune suite. La Fayette se borne à faire arrêter trois commissaires envoyés à son armée par l'assemblée. Cette levée de boucliers aurait pu déterminer une impulsion salutaire, si ses compagnons d'armes l'avaient secondé : mais Rochambeau se démet de son commandement, Luckner mollit ; le général Biron, ami du duc d'Orléans, soutient les jacobins, et Dillon traite avec Dumouriez, au lieu de punir sa désobéissance aux ordres de Luckner, qui lui a demandé de venir le joindre. Ces défections successives rendent la situation de La Fayette fort critique.

La Fayette déclaré « traître à la nation » (août)[modifier | modifier le code]

Le 19 août 1792, il est déclaré traître à la nation. L'assemblée, dans sa séance du 19 août, l'a décrété d'accusation, et le directoire de Sedan a ordonné son arrestation. Il a un moment la pensée d'aller se présenter en personne à ses accusateurs ; mais cette démarche lui paraît aussi stérile que dangereuse. Réduit par l'infériorité et l'abandon de ses troupes à l'impuissance d'attaquer l'ennemi avec avantage, il songe à chercher un asile en pays étranger.

Après quelques précautions destinées à assurer le salut de son armée, il part secrètement de Sedan, dans la nuit du 19 août, avec César de Latour-Maubourg, Alexandre de Lameth, Bureau de Pusy et quelques autres officiers, et se dirige vers la forêt des Ardennes, sous prétexte de faire une reconnaissance. Il veut alors passer en pays neutre, obligé de se réfugier à Liège.

La captivité et l'exil[modifier | modifier le code]

La capture de La Fayette par les Autrichiens[modifier | modifier le code]

Bureau de Pusy est envoyé à Rochefort (actuellement en Belgique, mais dans les Pays-Bas autrichiens à l'époque) pour demander le passage « en faveur d'officiers forcés de quitter l'armée française », ce qui est accordé. Mais, à son entrée à Rochefort, La Fayette est reconnu et contraint de se nommer. Informé de cette capture inespérée, le feld-maréchal autrichien Johann von Moitelle, qui commandait à Namur, y fait amener les fugitifs sous bonne escorte, et l'on prévient La Fayette que le prince Charles de Lorraine va venir de Bruxelles pour le consulter sur l'état intérieur de la France[N 29]. Le général, Lameth, Latour-Maubourg et Bureau de Pusy sont conduits au château de Luxembourg. Avant son départ, La Fayette dicte à Romeuf, son aide de camp, une déclaration destinée à être rendue publique dans le cas où il succomberait dans sa captivité : déclaration énergique et même menaçante pour les gouvernements absolus[36].

La captivité en Prusse[modifier | modifier le code]

Peu de jours après, les prisonniers sont remis par l'Autriche à la Prusse, et transférés dans la citadelle de Wesel en dépit des interventions des États-Unis et de la femme de La Fayette. Il est accueilli à la citadelle par le colonel prussien Friedrich August Albrecht von Tschirschky qui remplaçait au commandement de la forteresse de Wesel le général Romberg qui venait de mourir. Quand on amena Lafayette, von Tschirschky lui fit voir la caserne entourée de palissades, et, ne sachant pas un mot de français, lui dit : « Bastille ! Bastille ! ». La Fayette tombe dangereusement malade[N 30]. Il est transféré à Magdebourg, où il passe un an dans un appartement souterrain et humide, en butte à la surveillance la plus inhumaine, et réduit à recourir à un cure-dent trempé dans de la suie délayée pour correspondre secrètement avec quelques amis.

Transféré à Neisse, en Silésie, il y est traité un peu moins rigoureusement. Enfin, au mois de mai 1795, par suite du traité de paix conclu entre la France et la Prusse, La Fayette, Bureau de Pusy et Latour-Maubourg sont rendus aux Autrichiens et conduits dans la forteresse d'Olomouc en Moravie, où ils sont séparés et privés de toute communication avec le dehors ; il y subit toutes les tortures pendant cinq ans[37].

Tandis que La Fayette essuie ainsi toutes les angoisses de la plus dure captivité, la faction qui domine alors en France n'omet aucune persécution propre à se venger d'une retraite qui a dérobé sa tête à l'échafaud[N 31].

La Terreur en France[modifier | modifier le code]

Madame de La Fayette, arrêtée dans sa terre au mois de septembre 1792, est relâchée par l'ordre de Brissot, à qui elle s'est plainte de cet acte de rigueur, mais consignée dans son château de Chavaniac, puis incarcérée de nouveau en 1794 dans un premier temps à Brioude et transférée à Paris (ordre du 27 mai 1794) ; elle ne recouvre définitivement la liberté que le 21 janvier 1795, après avoir vu périr sur l'échafaud révolutionnaire la maréchale de Noailles, sa grand-mère, la duchesse d'Ayen, sa mère, et la vicomtesse de Noailles, sa sœur. Cette femme réussit, après mille difficultés, à aller jusqu'à Vienne, où elle obtient de partager, avec ses deux filles, la captivité de son mari, dans la forteresse d'Olmutz. Elle y reste jusqu'à la libération de son mari malgré de très graves ennuis de santé.

Tentative d'évasion (octobre 1794)[modifier | modifier le code]

La présence de Mme de La Fayette est le premier adoucissement que le sort du général ait encore éprouvé. Mais il aggrave bientôt le poids de sa détention par une tentative infructueuse d'évasion entreprise au mois d'octobre 1794, de concert avec le docteur Bollemann, et un jeune Américain nommé Huger, qui se sont dévoués à ses intérêts. La faculté de se promener autour de la citadelle lui fut retirée, ainsi qu'aux deux autres prisonniers[N 32]. Le caractère de La Fayette ne se dément point devant ces longues et pénibles épreuves. Une seule préoccupation domine dans tous les rapports qu'il peut entretenir au-dehors, celle du tort que pourront faire à la cause de la liberté les persécutions qu'il a souffertes au sein de sa patrie. Il s'applique dans ce but, avec une pieuse sollicitude, à atténuer ses propres griefs ; il ne veut pas que l'offense d'un obscur citoyen nuise au succès de tout un principe. Il conserve, sans ostentation, sans amertume, sous les verrous d'Olmutz, l'intrépidité de sa foi politique et de son dévouement aux intérêts de la liberté. Une circonstance douloureuse a troublé cependant cette foi si bien affermie[38].

La délivrance (septembre 1797)[modifier | modifier le code]

Cependant l'heure de la délivrance approche. La campagne de 1796 vient de s'accomplir, et le Traité de Leoben s'en est suivi : Napoléon Bonaparte et Clarke, s'arrogeant le droit de traiter au nom de la République française, ont insisté pour la mise en liberté des trois captifs comme une des conditions de la paix du traité de Campo-Formio (19 septembre 1797), à la condition qu'ils ne pourraient rentrer, immédiatement, sur le territoire français. Le Directoire lui interdit de rentrer en France. Après cinq mois de pourparlers, La Fayette et ses deux compagnons de captivité sont libres, sous leur simple promesse de quitter dans douze jours les États de l'empereur. Arrivés à Hambourg, leur premier soin est de remercier le général Bonaparte du miracle de leur résurrection.

Les contacts avec Bonaparte[modifier | modifier le code]

La Fayette passe ensuite dans les Provinces-Unies, où il est bien accueilli, et se fixe quelque temps à Utrecht, épiant avec impatience l'occasion de rentrer en France, où un parti puissant, ayant à sa tête l'ancien constituant Sieyès, s'agite en sa faveur. C’est là qu'il apprend le débarquement de Napoléon Bonaparte, au port de Fréjus, d'où sa marche vers Paris n'a été qu'une course triomphale. La Fayette écrit à Bonaparte pour le complimenter sur son retour ; mais cette démarche, probablement intéressée, n'amène aucun résultat. Ses relations avec Napoléon sont complexes. Ainsi il lui exprime par écrit sa gratitude pour sa libération et il le félicite aussi lors de son retour d'Égypte[39]. Mais Napoléon, sans l'avoir rencontré, lui est hostile et lui interdit de s'installer à Paris.

La période napoléonienne[modifier | modifier le code]

Le retour en France (1800)[modifier | modifier le code]

Enfin, en 1800, las du rôle de proscrit, le général fait savoir au Premier Consul que la prolongation de son exil ne convient ni au gouvernement, ni à lui-même, et qu'il arrive à Paris. Ce retour imprévu cause au chef de l'État une humeur qu'il ne peut dissimuler. Chacun remarque l'affectation avec laquelle, dans l'éloge de Washington que Fontanes prononce à cette époque par son ordre, l'orateur omet jusqu'au nom de son brillant auxiliaire[40].

Cependant La Fayette se retire dans son château de La Grange Blesneau entre Rozay-en-Brie et Courpalay, (Seine-et-Marne), dans une propriété de sa femme qu'il avait héritée de sa belle-mère, et cet acte de prudence calme graduellement les dispositions ombrageuses du Premier Consul. La Fayette se lie d'amitié avec Joseph Bonaparte et dans un premier temps se voit accorder quelques faveurs. Il est rayé de la liste des émigrés, reçoit une retraite de 6 000 francs tandis que son fils, Georges Washington de La Fayette, devient officier dans un régiment de hussards. Il obtient pour son fils un grade dans l'armée et pour lui le titre de membre du conseil général de la Haute-Loire, avec le maximum de la pension de retraite de son grade.

Rencontre avec Bonaparte[modifier | modifier le code]

Finalement Napoléon et La Fayette se rencontrent, par l'intermédiaire de Lebrun, peu après la bataille de Marengo[N 33]. La Fayette refuse la dignité de sénateur qui lui est offerte par Talleyrand et par Cabanis, en ajoutant que le lendemain de sa promotion il se verrait obligé de dénoncer le Premier Consul et son administration. Il refuse aussi la légation des États-Unis, se regardant, dit-il, comme trop Américain pour y jouer le rôle d'étranger.

Bien qu'un peu blessé de ces refus successifs, le vainqueur de Marengo montre à La Fayette de l'ouverture et de la simplicité[N 34]. Lors de la votation du consulat à vie, La Fayette déclare qu'il ne l'approuvera pas tant que la liberté publique ne sera point garantie, et il développe cette opinion dans une lettre dont la franchise ne paraît pas trop déplaire au maître de la France ; cependant, c’est alors que les relations de ces deux hommes cessent entièrement. La rupture intervient en 1802 car La Fayette s'oppose au titre de consul à vie de Napoléon dans une lettre écrite le 20 mai[N 35].

La Fayette s'élève avec énergie contre l'exécution du duc d'Enghien. Il refuse, à plusieurs reprises, d'entrer au Sénat et ne cache pas son hostilité au régime.

L'Empire[modifier | modifier le code]

L'avènement du Premier Consul à l'Empire est pour l'austère démocrate le sujet d'une vie encore plus retirée. Il s'abstient de toute participation, même indirecte, aux affaires publiques. En 1804, il vote contre le titre d'Empereur. À partir de cet instant, La Fayette se tient à l'écart de la vie publique et s'adonne à l'agriculture et l'élevage dans son domaine briard.

À l'époque de l'institution de la Légion d'honneur, l'empereur lui fait proposer, par le comte de Ségur, son parent, d'être un des dignitaires de l'ordre ; mais La Fayette refuse ce cordon comme un ridicule, et par la suite, l'on n'y revint plus. Son isolement finit par indisposer Napoléon, qui supporte difficilement toute position en dehors de son gouvernement ; et, lorsque, après la campagne d'Ulm, Georges de La Fayette, fils unique du général, qui sert comme lieutenant de hussards, est proposé pour un grade supérieur, l'empereur lui-même repousse cette promotion avec persévérance.

Les splendeurs croissantes de l'Empire achèvent de condamner La Fayette à une obscurité absolue. Ses ennemis supposent qu'il endure cette situation avec peine ; aussi, une chute grave qu'il fait sur la glace, à cette époque, ayant excité quelque intérêt, on prétend que le héros des deux mondes n'a trouvé que ce moyen de faire parler de lui. On le sollicite vivement alors de visiter l'Amérique, ce théâtre de ses premiers exploits ; mais il s'en défend par la crainte que le gouvernement impérial ne mette obstacle à son retour. Cette appréhension n'est pas sans fondement. Napoléon, qui ne le perdait pas de vue, disait un jour au conseil d'État : « Tout le monde en France est corrigé, excepté La Fayette : vous le voyez tranquille, eh bien ! je vous dis, moi, qu'il est prêt à recommencer. »

Le ralliement aux Bourbons (1814)[modifier | modifier le code]

Il se rallie aux Bourbons en 1814. Avec Fouché, il participe à la déchéance de l'Empereur. Le général nous apprend lui-même, dans ses Mémoires, qu'il revit avec plaisir le régime pacificateur de la Restauration, dont les princes, ses contemporains, avaient été ses compagnons d'enfance ou de jeunesse. Cédant à l'entraînement universel, il paraît aux Tuileries avec l'uniforme d'officier général et la cocarde blanche, et il y est bien accueilli. Cette visite, toutefois, est la seule qu'il ait rendue aux frères de Louis XVI ; l'esprit général du gouvernement, des attaques semi-officielles dirigées contre lui, ne tardent pas à réveiller ses anciens ressentiments, et il s'abstient de reparaître au château. À cette époque, La Fayette a plusieurs conférences avec l'empereur de Russie, et ce souverain libéral d'un État despotique se plaint ouvertement à lui du peu de libéralisme de cette dynastie que la mauvaise foi, bien plus que l'erreur, lui a si souvent reproché d'avoir imposée à la France.

Les Cent Jours (1815)[modifier | modifier le code]

Malgré la défaveur personnelle que la famille royale inspire à La Fayette, il voit avec effroi, au mois de mars 1815, le retour de Napoléon, qui remet en question cette paix européenne achetée au prix de tant de sacrifices. Quelques royalistes étant venus lui demander si le gouvernement des Bourbons pouvait, dans la ligne de ses opinions, compter sur son dévouement, il répond oui sans hésiter : ne doutant pas, dit-il, qu'à la faveur d'une opposition bien dirigée, on ne puisse tirer meilleur parti de Louis XVIII que de celui qu'il regarde depuis longtemps comme le plus redoutable ennemi de la liberté.

Dans une réunion à laquelle il est appelé, chez Laine, pour débattre le parti le plus convenable aux circonstances, il propose sérieusement de mettre le duc d'Orléans à la tête des troupes, et de réunir tous les membres survivants des assemblées nationales depuis 1789, afin d'opposer une grande force morale à la puissance matérielle de Bonaparte. Cette opinion, comme on pense, demeure sans écho.

La Fayette demeure trois jours à Paris, comme pour faire parade de sécurité personnelle, puis il va s'ensevelir, dans son château de La Grange. Napoléon est rentré aux Tuileries sans coup férir. Un républicain moins austère et moins désintéressé que La Fayette, Benjamin Constant, qui s'est récemment signalé par l'ardeur de son hostilité contre le régime impérial, vient d'accepter le titre de conseiller d'État[N 36].

Cependant il promet de concourir à repousser les étrangers et les Bourbons, en mettant à ses services la même condition qu'il a imposée aux Bourbons eux-mêmes, à savoir : la réunion d'une chambre de représentants librement convoquée et largement élue.

Appelé à la présidence du collège électoral de Seine-et-Marne, puis à la députation de ce département lors des Cent-Jours, il est incité à revenir sur le devant de la scène politique. Il voit se rouvrir pour lui, après vingt-trois ans d'interruption, la carrière parlementaire, dans les conjonctures les plus favorables à ses théories d'opposition et de démocratie.

Un concours imposant de suffrages l'élève à la vice-présidence de la chambre des représentants, et il fait partie, en cette qualité, de la députation chargée de recevoir Napoléon au palais de la chambre, lorsqu'il vient en personne ouvrir sa courte session[41]. La Fayette ne prend pour ainsi dire aucune part aux débats de la chambre des Cent-Jours : il semble se réserver tout entier pour de plus hautes circonstances. La bataille de Waterloo éclate comme un coup de foudre sur la capitale et sur la France entière.

Napoléon reparaît, et mille bruits de dissolution et de dictature militaire agitent les esprits. C’est alors que La Fayette monte à la tribune lors de la séance du 21 juin. « Pour la première fois depuis bien des années, j'élève une voix que les vrais amis de la liberté reconnaîtront » commence-t-il. Appelé à « parler des dangers de la patrie » à sauver, il juge le temps venu de se rallier « autour du vieil étendard tricolore, celui de 89, celui de la liberté, de l'égalité et de l'ordre public ; « C'est celui-là seul que nous avons à défendre contre les prétentions étrangères et contre les tentatives intérieures ». « Vétéran de cette cause sacrée, qui fut toujours étranger à l'esprit de faction », M. de La Fayette soumet à la chambre, sous des applaudissements, une résolution de 5 articles dont 4 sont adoptés :

  • Déclaration que l'indépendance nationale est menacée (art. 1) ;
  • Constitution en permanence de la chambre, qui regardera toute tentative de dissolution comme un acte de haute trahison (art. 2) ;
  • Proclamation du mérite de la patrie en faveur des armées de ligne et des gardes nationales au combat (art. 3) ;
  • Plein pouvoir au ministre de l'intérieur sur l'État-major et la garde nationale parisienne, pour défendre la capitale d'éventuelles exactions propres aux situations de crise (art. 4 - écarté pendant les débats) ;
  • Mandatement des ministres à la barre pour y rendre compte de la situation de la France (art. 5)[42].

Cette énergique motion n'est pas moins intempestive qu'inconstitutionnelle. La Fayette n'est, en cette occasion, que l'instrument d'une intrigue habilement ourdie par Joseph Fouché qui l'a rencontré la veille. En outre, juste après la présentation de la proposition de M. de La Fayette, une motion identique (et jointe à celle du héros des deux mondes par le président de la séance) a été soutenue par Jean de Lacoste. Or Lacoste était proche de Fouché. D'après le célèbre biographe de Fouché, Louis Madelin, le ministre de l'intérieur risquait à la fois Vincennes avec le retour de Napoléon, et la fin de sa carrière avec le retour des Bourbons. Il n'a pas de mal à convaincre La Fayette qu'il est l'homme de la situation. La Fayette a peu de considération pour Fouché mais pense dominer la situation. Personne ne pouvait penser qu'une substitution de Napoléon par La Fayette était viable. En réalité, Fouché, désespérant du succès de ses vœux secrets en faveur du duc d'Orléans, accepte la branche aînée des Bourbons comme un pis-aller[43].

Napoléon consent avec peine à laisser aller ses ministres à la chambre, et leur adjoint Lucien Bonaparte, qui défend avec beaucoup de véhémence les intérêts de son frère. Cet orateur ayant, dans la chaleur de l'improvisation, parlé de la légèreté des Français, La Fayette répond que cette imputation est calomnieuse, et que si la nation n'avait pas suivi Napoléon dans les sables d'Égypte, dans les déserts de la Russie, et sur cinquante champs de bataille, le pays n'aurait pas trois millions de Français à regretter. Le lendemain matin, il fait prévenir l'empereur que, s'il ne se décide pas à abdiquer, lui-même va proposer sa déchéance. Napoléon abdique, les chambres proclament Napoléon II, et la commission de gouvernement, sur la proposition de Fouché qui la préside, députe aux souverains alliés des plénipotentiaires chargés d'arrêter leur marche sur Paris, et de traiter de la paix au nom de la France.

La Fayette et Voyer d'Argenson font partie de cette députation dont l'objet apparent est de détourner les puissances étrangères du projet de rétablir les Bourbons sur le trône de France. Mais cette frivole ambassade n'a pas d'autre but, en réalité, que d'amuser l'impatience du parti révolutionnaire, et d'éloigner un agitateur propre à contrarier les projets de restauration auxquels Fouché s'était dévoué. Les plénipotentiaires se dirigent sur Mannheim, puis sur Haguenau ; mais ils ne peuvent être admis auprès de l'empereur Alexandre de Russie, dont La Fayette sollicite vainement une audience, et leurs négociations se bornent à quelques conférences sans résultats avec des commissaires désignés par ce prince et par les autres souverains coalisés. C’est dans l'un de ces pourparlers que le commissaire britannique fait entendre que la France n'obtiendra la paix qu'en livrant Napoléon aux puissances coalisées[44]. Napoléon, abattu, inspire à cette grande âme la sympathie que La Fayette avait refusée constamment à sa haute fortune. Il fait offrir à son ancien libérateur les moyens d'assurer son passage aux États-Unis ; mais l'ex-empereur, qui garde jusqu'au tombeau le souvenir de sa dernière agression, préfère se confier à la générosité britannique.

La Restauration (1815-1830)[modifier | modifier le code]

Le retour des Bourbons ne peut être vu avec faveur par celui qui vient de les repousser. La mission d'Haguenau a brisé sans retour les faibles rapports qui s'étaient établis durant la première Restauration entre la cour et La Fayette. Il est trop compromis pour être réconciliable. Le général passe dans une retraite absolue les trois premières années de la restauration de 1815, période d'incriminations et de violences, où la ferveur outrée de la réaction royaliste eût difficilement permis une position politique à l'ancien promoteur de la Déclaration des droits.
Au mois de novembre 1818, le collège électoral de la Sarthe l'envoie à la chambre, et il vient prendre, à l'extrême gauche, la place qu'il ne cessera plus d'occuper jusqu'à la révolution de 1830.

Député[modifier | modifier le code]

Il vote contre la proposition Barthélémy, qui tendait à modifier la loi électorale de 1817, et se montre, dès le début, pénétré des mêmes doctrines qu'il a professées toute sa vie. Plein de l'idée que le gouvernement des Bourbons marche, tantôt ouvertement, tantôt par des voies détournées, à la destruction des libertés dont leur retour avait doté la France, on le voit toujours au premier rang des adversaires du pouvoir, harcelant les ministres de ses énergiques provocations, luttant sans cesse contre le fantôme insaisissable de la contre-révolution, encourageant sans relâche, du haut de la tribune, les peuples voisins à la résistance contre les prétendus oppresseurs de leurs droits.

Ses principaux discours sont ceux qu'il prononce, en 1819 sur la pétition pour le rappel des bannis et sur le budget de cette année, et en 1820, pour solliciter la réorganisation de la garde nationale, sur le maintien de la loi d'élection, sur les projets de loi relatifs à la liberté individuelle, à la censure et aux élections[N 37]. Les révolutions espagnole et napolitaine, auxquelles ses encouragements n'avaient eu que trop de part, viennent d'échouer par suite des mesures prises de concert entre les souverains alliés. Cette impuissance jointe au ressentiment de plus en plus vif du général contre les hommes et le système de la Restauration, explique la résolution qui le précipite dans les complots. Lui-même, dans un sentiment de droiture, a pris soin de déclarer à la tribune qu'il se regardait comme délié de ses serments par les violations qu'avait, selon lui, éprouvées la charte constitutionnelle.

La voie de la conspiration[modifier | modifier le code]

Chez lui, la foi monarchique est essentiellement subordonnée au respect du gouvernement pour les droits du peuple, entendus dans leur acception la plus illimitée. Tout acte en dehors de ce cercle redoutable lui semblait une espèce de sacrilège auquel il ne se faisait aucun scrupule de répondre par l'insurrection. Le temps n'a soulevé que lentement le voile qui couvrait ces associations mystérieuses, et La Fayette lui-même s'est montré fort discret, dans ses Mémoires, sur la mesure exacte de sa participation.

La première conspiration dans laquelle son nom se trouve mêlé d'une manière sérieuse est le complot militaire d'août 1820, où plusieurs déclarations le désignent comme un des chefs du mouvement. Ces révélations paraissent insuffisantes, toutefois, pour autoriser une action légale. Dans le procès intenté au mois de mars à Goyet et à Sauquaire-Souligné, prévenus d'attentat contre la sûreté de l'État, La Fayette paraît comme témoin, et le ministère public n'hésite point à attribuer aux encouragements consignés dans ses lettres, qui sont produites à l'audience, le dangereux entraînement qui a placé les prévenus sous la main de la justice. L'une de ces lettres, adressée aux jeunes gens du Mans, offre alors les caractères d'une provocation à la révolte. Vertement interpelé à cette occasion par le président de la cour d'assises, La Fayette répond fièrement qu'il persiste dans des opinions dont il n'est responsable qu'à la chambre des députés.

L'échec de ces premiers complots contre la Restauration inspire bientôt à l'esprit de faction l'établissement de sociétés secrètes permanentes, destinées à stimuler et à régulariser ces tentatives, à les lier entre elles, et à marquer les temps et les lieux où les conjurés pourraient agir efficacement. La Fayette entre dans la plus importante de ces associations et en devient bientôt le membre le plus influent par l'illustration attachée à son passé politique, par la facilité de son accès, par sa docilité à répondre à toutes les propositions insurrectionnelles et à encourager tous les complots[N 38].

Prodigue en effet d'encouragements et d'espérances, le vétéran de l'insurrection ne s'engage dans aucune entreprise avant d'en avoir calculé avec soin les ressources et les moyens d'action[45],[46], et il n'y participe qu'après avoir pris toutes les précautions propres, en cas d'échec, à garantir sa sécurité personnelle. Il abandonne aux conspirateurs subalternes le lot de l'agression et du péril, ne s'exposant qu'avec une extrême prudence aux atteintes d'un gouvernement dénué de vigueur et d'initiative, et dont la politique ménage secrètement dans La Fayette un principe de résistance et de contrepoids aux ardeurs des ultra-royalistes.

La Charbonnerie[modifier | modifier le code]

C’est sous les auspices de la charbonnerie à laquelle il adhère en 1821[N 39] que se forme, dans la ville de Belfort, un vaste complot dont les conjurés fixent l'exécution aux premiers jours de 1822. Le général devait quitter Paris pour se mettre à leur tête. Des circonstances particulières le portent à différer son départ de vingt-quatre heures. C'est à ce retard qu'il doit de n'être pas surpris en flagrant délit de conspiration. Avertis de l'avortement du complot par Saint-Amand Bazard, à peu de distance de la ville de Lure, le général et son fils peuvent changer immédiatement de route, descendre la vallée de la Saône et se rendre à Gray, d'où ils regagnent précipitamment Paris. Leur voiture, qui pouvait servir de témoignage de leur présence, est enlevée par les soins de MM. Kœchlin, qui la font transporter au-delà du Rhin, où on la réduit en cendres.
Demeuré disponible pour d'autres complots, La Fayette est bientôt signalé par des déclarations précises comme l'un des instigateurs du mouvement séditieux entrepris sur Saumur par le général Breton dans le mois de février 1822, et qui a échoué par la trahison du sous-officier Woelfel. Un magistrat ardent, mais probe, le procureur général Mangin, touché de la concordance de ces témoignages, ne craint pas de les reproduire dans son acte d'accusation. Il présente comme établis les rapports de La Fayette avec les principaux conjurés, et enveloppe dans la même inculpation plusieurs députés de l'opposition, entre autres le général Foy, Voyer d'Argenson et Benjamin Constant. Cet énergique manifeste soulève le 1er août une tempête violente au sein de la chambre.

Le général Foy désavoue, avec une chaleur probablement sincère, la complicité qui lui est attribuée, et soutient que « de telles infamies sont l'œuvre du ministère ». La Fayette monte à la tribune au milieu du tumulte, et fait entendre quelques paroles qu'on peut considérer comme la provocation la plus audacieuse peut-être dont ait jamais retenti une assemblée délibérante[N 40]. On a généralement supposé que cette provocation s'adressait à Louis XVIII lui-même, et qu'elle avait trait à quelque particularité peu connue de la conduite de ce prince envers le marquis de Favras. Quoi qu'il en soit, pour trancher cet éclatant défi, il fallait à La Fayette une conscience bien profonde de la puissance de ses révélations ou de la faiblesse du gouvernement qu'il accablait ainsi du sentiment de son impunité.

Rien n'est plus véritable, en effet, que la complicité du général avec les conjurés de Saumur. C'est dans l'hôtel même de La Fayette, et en sa présence, que deux d'entre eux, Grandmesnil et Baudrillet, ont formé le plan et concerté les principales dispositions du complot. Ces circonstances ont été révélées à la justice par Baudrillet ; mais une inqualifiable omission en a fait évanouir l'importance[N 41]. On se figure aisément les proportions qu'un tel évènement eût données aux débats et les révélations dont il fût devenu la source. La préoccupation de la chambre lui a dérobé cet incident, qui n'a été divulgué que bien des années plus tard[47].

Lorsqu'un mois après, les débats du procès de Breton ont lieu devant la cour d'assises de Poitiers, M. Mangin soutient avec force ses premières affirmations, et fait entendre des paroles qui ne caractérisent que trop fidèlement les rapports de La Fayette avec les conjurés[N 42]: le complot de Breton est le dernier auquel se trouva mêlé le nom de La Fayette, et les « ventes » du carbonarisme prirent fin elles-mêmes en 1823.

La guerre d'Espagne de 1823[modifier | modifier le code]

Lors de l'expulsion de Manuel, il est du nombre des soixante-quatre députés qui protestent contre cet acte de violence parlementaire. Dans une réunion de députés de l'opposition qui a lieu à cette époque, il va jusqu'à proposer de déclarer nettement par une proclamation au peuple, que l'impôt a cessé d'être obligatoire depuis cette violation de la charte ; mais cet avis extrême est unanimement repoussé. L'issue favorable de la guerre d'Espagne de 1823 a imprimé aux esprits une forte impulsion monarchique, et cette disposition générale, secondée par les efforts actifs du ministère, écarte de la chambre des députés la plupart des chefs de l'opposition. Réélu député en novembre 1822, à Meaux, La Fayette n’est pas réélu et est battu aux élections de 1824.

Le voyage en Amérique (1824)[modifier | modifier le code]

Il profite de cette inaction forcée pour accomplir un vœu qui lui tient à cœur : celui de revoir l'Amérique, théâtre de sa première gloire, et de visiter ce peuple qu'il a soutenu dans la conquête de son indépendance. Cette entreprise, contrariée dix-huit ans auparavant, est un hommage implicite à la tolérance du régime dont La Fayette n'a cessé de conspirer le renversement. Informé de son désir, le congrès américain l'invite avec empressement à le réaliser, et met à sa disposition un vaisseau de l'État. Il retourne en Amérique pour une tournée triomphale dans 182 villes de juillet 1824 à septembre 1825.

Réception de l'hôte de la nation aux États-Unis, un grand homme appartient à l'univers entier - Bové - Lithographie colorée

Le général part du Havre en juin 1824, accompagné de son fils et d'un secrétaire, sur un simple bâtiment de commerce. Il débarque le 16 août dans la baie de New York, où il est accueilli avec un enthousiasme considérable par les deux tiers des habitants de la ville. Une escadre de neuf vaisseaux à vapeur, pavoisés et montés par plus de six mille citoyens de tous âges, de tout sexe et de toute condition, est en station dans le port. Le vice-président des États-Unis et l'ancien gouverneur du New Jersey viennent le recevoir à son bord. La Fayette se rend au milieu d'un cortège imposant, au bruit des salves d'artillerie et des acclamations, à l'hôtel de ville, où il est complimenté par tous les ordres de l'État.

Les portes de l'édifice sont ouvertes, et le général est livré pendant plus de deux heures à l'adoration d'une foule en délire. Un banquet nombreux, les toasts les plus flatteurs, de brillantes illuminations, terminent cette première journée triomphale. La Fayette visite successivement les États de New-York, du Massachusetts, de New Hampshire, de Pennsylvanie, de Baltimore, de Virginie, du Maryland, de Caroline du Nord et de Caroline du Sud, de la Géorgie, d'Alabama, s'arrête à Boston, à Portsmouth, à Newburgh, à Hudson, à Albany, à Philadelphie, à Baltimore ; et partout il est accueilli avec les mêmes transports d'enthousiasme. Les populations rurales, dit M. Levasseur, historien de ce voyage, accouraient de plus de vingt milles à la ronde au-devant de lui. À Washington, siège du Congrès, La Fayette est reçu par le président Monroe, qui donne en son honneur un dîner splendide, auquel assistent tous les ministres étrangers, excepté ceux de France, du Royaume-Uni et de Russie.

Il visite à Mount Vernon le tombeau de Washington, ainsi que sa maison et son jardin, descend le Potomac, et s'arrêt à Yorktown, théâtre d'une des actions les plus mémorables de la guerre d'Indépendance. Le colonel Lewis, qui l'accueille à son débarquement dans cette ville, l'engage à s'installer en Amérique[N 43] Le général fait une courte excursion parmi les tribus indiennes d'Uchee-Cruk et de Line-Cruk, qui l'accueillent avec cordialité.

Il est présenté le 10 décembre aux deux chambres du Congrès par leurs présidents. Enfin, le 20 décembre, le Congrès adopte à l'unanimité un bill par lequel il reçoit du peuple américain 200 000 dollars et 12 000 hectares en Floride, en récompense de ses services et en indemnité des dépenses qu'il a faites dans la guerre de l'Indépendance. L'université de Princeton lui décerne à cette occasion un doctorat honoris causa, attribué en 1790.

La Fayette visite Fayetteville, Charlestown, Savannah, où il pose la première pierre d'un monument à la mémoire du général Greene ; puis, remontant le Mississippi, il parcourt La Nouvelle-Orléans, dont l'ancienne population française lui témoigne un vif empressement.

Son séjour en Amérique se prolonge pendant quatorze mois, qui ne sont qu'une marche à peine interrompue dans les vingt-quatre États de l'Union, et une succession continuelle d'honneurs.

Chargé par la famille de Washington d'envoyer le portrait de son illustre chef à Bolivar, il y joint une lettre flatteuse pour le libérateur de la Colombie, qui répond que le Washington donné par La Fayette est la plus sublime des récompenses que puisse ambitionner un homme. En remontant l'Ohio, à la suite d'une tournée dans les provinces du sud-ouest, le bateau à vapeur qui porte le général heurte un écueil et coule, à cent vingt-cinq milles environ de Louisville, où il se rendait ; mais cet accident n'a aucun effet sérieux, et le général avec sa suite est immédiatement reçu à bord d'un autre bâtiment, sur lequel il achève sa traversée par Cincinnati, Pittsburg, Utica, Boston et New-York.

Le Gal Lafayette posant, le 17 juin 1825, la première pierre [...] de Bunker's Hill - Langlumé, d'après un dessin de Mlle d'Hervilly - 1825

À Boston, le 17 juin 1825, a lieu un immense cérémonie d'anniversaire de la bataille de Bunker Hill. Lors de ce grand rassemblement, 200 000 personnes sont présentes. Selon le rituel maçonnique, La Fayette est chargé de poser la première pierre du bâtiment à la mémoire de cette bataille. La fête se termine par un grand banquet de 4 000 couverts[48].

Après avoir séjourné de nouveau pendant quelques semaines à Washington, chez le nouveau président, John Quincy Adams, La Fayette se met en devoir de retourner en France. Le 7 septembre 1825, il reçoit les adieux des ministres, de tous les chefs civils et militaires de l'État, et d'une foule de citoyens réunis dans l'hôtel du président de la république. Celui-ci, dans un discours étendu, récapitule la vie de La Fayette, rappelle son dévouement à la cause américaine, et la fermeté avec laquelle, pendant quarante ans, il a soutenu la cause de la liberté. Le général répond par une glorification de l'Amérique républicaine et exhorte les États à la concorde et à l'union. Il quitte ensuite le pays sur la frégate la Brandywineet parvient au Havre le 5 octobre 1825. L'aspect politique de la France s'est favorablement modifié pendant son absence.

La Fayette, avec d'autres philhellènes, profite aussi de son séjour pour plaider la cause de la Grèce insurgée contre l'Empire ottoman[49].

Le règne de Charles X (1825-1830)[modifier | modifier le code]

La Fayette vers 1825.

L'avènement de Charles X avait paru éteindre ou affaiblir les discordes des partis. L'apparition du fameux mémoire de M. de Montlosier met brusquement fin à la courte trêve qu'ils s'étaient tacitement accordée. La dissolution de la garde nationale de Paris augmente le mécontentement en désarmant l'autorité royale des forces nécessaires pour en réprimer les effets, et les troubles de la rue Saint-Denis révèlent tout le succès que le génie de la sédition peut se promettre encore d'un appel aux passions populaires.

C'est dans ces circonstances que les électeurs de Meaux députent La Fayette à la chambre, au mois de juin 1827, en remplacement de M. Pinteville-Cernon[50]. De nouvelles élections ramènent sur les bancs de l'opposition la plupart des anciens membres que le ministère avait fait écarter de la chambre septennale, et La Fayette est encore appelé par l'arrondissement de Meaux à prendre part à cette dernière lutte contre la Restauration[51].

Dans un discours prononcé le 23 juin, sur le budget de 1828, La Fayette reproche au gouvernement ses tendances rétrogrades et bat impitoyablement en brèche les abus qu'il avait signalés à diverses reprises. L'année suivante, dans un discours sur les crédits supplémentaires, il dénonce la Sainte-Alliance comme une vaste et puissante ligue dont le but est d'asservir et d'abrutir le genre humain, et relève par une allusion les expressions inconsidérées par lesquelles Louis XVIII, en 1814, avait remercié le prince régent de son concours[N 44].

Buste de La Fayette par le sculpteur David d'Angers (1828).

C’est, comme il arrive souvent, par une mesure extrême que Charles X espère franchir les difficultés de sa situation[N 45].

La Fayette, absent de Paris depuis la fin de la session, est allé passer quelques jours, après quatorze ans de séparation, à Chavaniac, lieu de sa naissance. C’est à son passage au Puy qu'il apprend l'avènement du ministère Polignac. Un banquet lui est aussitôt offert par les chefs de l'opposition libérale. Là retentissent, sous la forme d'énergiques toasts, les premières protestations populaires contre les nouveaux conseillers de Charles X.

Le voyage du général prend dès lors un caractère exclusivement politique ; le choix des villes qu'il affecte de traverser et les démonstrations extraordinaires dont il y est l'objet révèlent le but réel de cette tournée, évidemment destinée à en imposer au gouvernement, par une parade menaçante des forces populaires. La Fayette visite successivement Grenoble, Vizille[N 46], Voiron, La Tour-du-Pin, Bourgoin, Vienne, et le 5 septembre il se met en route pour Lyon, où le délire révolutionnaire a préparé une réception presque royale au patriarche de la démocratie française[52].

La Fayette fait son entrée à Lyon en présence d'un concours innombrable de spectateurs et y reçoit des députations des villes de Chalon et de Saint-Étienne[N 47]. De toutes parts, on se prépare à la résistance contre les tentatives liberticides du ministère ; des associations se forment pour le refus de l'impôt, et de nouvelles sociétés secrètes, organisées à la manière des carbonari de 1822, s'établissent au sein de la capitale[53].

La Fayette les encourage hautement, exprime même l'avis que les chambres doivent refuser le budget jusqu'à ce que la France ait reçu une organisation démocratique, et se met en rapport direct avec la plus séditieuse de ces associations, connue sous le nom de Conspiration La Fayette qui a pour organe La Tribune des départements. La fameuse adresse des 221, par laquelle la chambre dénie son concours à un ministère dont le système lui est encore inconnu, ne stimule que trop ces dispositions perturbatrices.

La Fayette ne prend aucune part ostensible aux débats qui la précèdent. Les meneurs de l'opposition sont trop habiles pour ne pas comprendre à quel point l'influence de son nom et de ses doctrines aurait compromis le succès d'une lutte aussi décisive. La situation, cependant, est loin d'être désespérée. Le parti le plus logique et le plus sage était de dissoudre à la fois la chambre et le ministère, et d'en appeler aux électeurs. Mais ce parti ne prévaut point. Un sentiment exagéré de la prérogative monarchique, une certaine impatience, et, disons-le, certaine dignité propre au caractère de Charles X, l'emportent, et l'imprévoyant monarque se plaît à resserrer, par un renvoi pur et simple de la chambre des 221, l'étroite impasse dans laquelle le pouvoir royal se trouve engagé. Les élections, faites sous l'influence de l'irritation populaire, ramènent une opposition plus nombreuse et plus animée. De cette situation violente sortent les ordonnances du 28 juillet, moyen fatal et désespéré de dégager la royauté imprudemment acculée dans ses derniers retranchements, mais qui prend facilement la couleur d'un odieux parjure aux yeux d'une population hostile et prévenue.

La Révolution de 1830[modifier | modifier le code]

Les Trois Glorieuses[modifier | modifier le code]

La Révolution de Juillet, révolution française à la faveur de laquelle un nouveau régime, la monarchie de Juillet, succède à la Seconde Restauration, se déroule sur trois journées, les 27, 28 et 29 juillet 1830, dites les « Trois Glorieuses ».

Après une longue période d’agitation ministérielle puis parlementaire, le roi Charles X tente un coup de force constitutionnel par ses ordonnances de Saint-Cloud du 25 juillet 1830. En réaction, un mouvement de foule se transforme rapidement en révolution républicaine. Le peuple parisien se soulève, dresse des barricades dans les rues, et affronte les forces armées, commandées par le maréchal Marmont, au cours de combats qui font quelque 200 tués chez les soldats et près de 800 chez les insurgés.

Charles X et la famille royale fuient Paris. Les députés libéraux, majoritairement monarchistes, prennent en main la révolution populaire et, au terme de l’« hésitation de 1830 », conservent une monarchie constitutionnelle, au prix d’un changement de dynastie. La maison d’Orléans, branche cadette de la maison de Bourbon, succède à la branche aînée ; Louis-Philippe Ier est proclamé « roi des Français » et non plus « roi de France ».

La chute de Charles X[modifier | modifier le code]

Mémorial de La Fayette à Olomouc (République tchèque).

La première impression qu'excite la fuite de Charles X est la stupeur ; l'absence de forces militaires respectables encourage la résistance, et une suite de dispositions mal conçues, mollement exécutées, font bientôt prendre à l'émeute le caractère d'une vaste insurrection.

Lors de la révolution dite des Trois Glorieuses, en 1830, retrouvant sa popularité de l'année 1789, La Fayette a ses propres partisans qui le poussent à jouer un rôle de premier plan. Absent lors de la promulgation des ordonnances, il se met en route dans la soirée du 26 et accourt de Lagrange à Paris au milieu de la nuit, sans que le gouvernement, dans son incurie ou dans son respect mal entendu pour la liberté individuelle, ait songé à contrarier cette dangereuse assistance ; il est adopté comme un drapeau par les chefs de l'insurrection. Le général paraît le lendemain à la réunion des députés assemblés chez Audry de Puyraveau et à celles qui la suivent ; mais, son attitude répond mal à l'attente des meneurs qui commencent à le diriger. Il ne cesse d'exhorter au calme et à l'inaction la jeunesse turbulente qui vient à plusieurs reprises solliciter sa coopération[54].

Lorsque l'assemblée décide l'envoi d'une députation au duc de Raguse, dans le but de suspendre les hostilités, La Fayette insiste pour qu'elle tienne au maréchal un langage sévère, et qu'on mette sous sa responsabilité tout le sang qui serait répandu[N 48].

À la réunion du 28 au soir, lorsque la révolution a pris tout son développement, le général, frappé du nombre croissant des victimes, s'écrie avec la plupart de ses collègues, qu'il faut diriger les efforts du peuple, adopter son étendard, et se déclare prêt à occuper le poste qu'on voudrait lui assigner. La Fayette passe une partie de la nuit à stimuler et à diriger l'activité populaire : il visite plusieurs des barricades qui s’élèvent sur les différents points de la capitale, et sa présence est saluée de vives acclamations. L'abandon inopiné du Louvre procure, dans la matinée du 29 la victoire au peuple[N 49]. Une foule immense et enthousiaste remplit les rues. La Commission municipale provisoire, dont le général a refusé de faire partie, lui défère le commandement de toutes les gardes nationales du royaume. Dès lors il se trouve investi de la plus haute influence peut-être que jamais citoyen ait exercée en aucun pays.

C’est dans ces circonstances que, le 29 au soir, Huguet de Sémonville, grand-référendaire de la Chambre des pairs, et le comte d'Argout, se présentent, au nom du roi Charles X, à la commission municipale, et font part à ses membres réunis de la révocation des ordonnances du 28 et l'appel d'un nouveau ministère sous la présidence du duc de Mortemart. La Fayette, mandé dans le sein de la commission, écoute sans rien objecter la communication du grand référendaire, et se borne à lui demander si la conquête du drapeau tricolore ne serait pas du moins le prix de la victoire du peuple parisien. M. de Sémonville répond évasivement, et l'on se sépare.

Dans la matinée du 30, La Fayette, quittant une attitude d'observation qui n'est guère dans son caractère, fait adresser aux corps de troupes réunis autour de Saint-Cloud l'audacieuse sommation de déposer les armes[N 50]. Le duc de Mortemart, par des raisons particulières, n'ayant pu présenter lui-même à la réunion des députés les ordonnances de révocation, cette mission est remplie par Jean-Baptiste Henry Collin de Sussy, qui est écouté sans faveur. II comprend que le gouvernement de fait qui siège à l'hôtel de ville est le seul tribunal où la cause de Charles X et de sa dynastie puisse à cette heure s'agiter encore avec utilité. Collin de Sussy est admis avec peine auprès de La Fayette, qu'environne un cortège menaçant de délégués des sociétés populaires, de gardes nationaux et d'ouvriers. « C'est aujourd'hui le plus beau jour de ma vie, lui dit le général avec enthousiasme ; vous me voyez entouré d'amis qui étaient las comme moi du despotisme des quinze dernières années. Permettez que nous prenions tous ensemble connaissance de votre message »[N 51]. M. de Sussy ayant témoigné le désir d'être présenté à la commission municipale, La Fayette lui-même le met en rapport avec MM. de Lobau, Mauguin et Audry de Puyraveau. Mais à peine a-t-il commencé la communication dont il s'est chargé qu'il est interrompu par les exclamations répétées : « II est trop tard ! il est trop tard ! Charles X a cessé de régner ; le peuple a acquis par son sang le droit de se choisir un autre souverain ! » Malgré cette réponse si péremptoire de la commission, le général, dont la mesure et la politesse ne se sont pas un instant démenties, croit devoir rendre hommage à son principe favori en faisant connaître la mission de M. de Sussy au peuple qui se presse dans l'intérieur de l'hôtel de ville. Il passe à cet effet dans la grande salle, et, après avoir réclamé le silence, il se met en devoir de donner lecture des dernières ordonnances de Charles X. Mais à ce nom seul, un cri de réprobation se fait entendre sur tous les points de la salle. La lecture des ordonnances excite de nouvelles vociférations. C’est au milieu de cet ouragan populaire que La Fayette fait entendre à travers un sourire ces simples paroles, qui devaient être un arrêt fatal : « Vous le voyez, il faut vous résigner ; c'est fini des Bourbons ! »[55],[56]. En prenant congé du général, Collin de Sussy tente vainement de l'écarter de l'hôtel de ville, sous prétexte d'une conférence au Luxembourg avec le duc de Mortemart ; il répond que le délégué du peuple ne peut avoir rien de commun avec l'envoyé de la monarchie déchue, et l'entretien est terminé.

La Fayette rejette hautement l'offre qui lui est faite d'être le régent du comte de Chambord, Henri d'Artois, et le général Talon, l'un des chefs de la garde royale, l'ayant engagé à s'expliquer sur l'effet des ordonnances du 29, il répond le 31 par un billet autographe qui se termine ainsi : « Toute réconciliation est impossible, et la famille royale a cessé de régner. »

Le parti bonapartiste, de tout temps antipathique à La Fayette, s'était agité sans aucune chance de succès. Restait à opter entre deux autres combinaisons gouvernementales, la république et la monarchie du duc d'Orléans. L'appel de ce prince à la lieutenance générale du royaume, dans la journée du 30 juillet, est un grand pas dans la voie de cette solution ; mais il importe de décider La Fayette, qui ne voit dans cette résolution précipitée qu'une mesure purement provisoire. Fils de l'ennemi personnel du général, ce prince ne se recommande à son suffrage par aucune prédilection particulière ; mais ses partisans se mettent activement à l'œuvre. Ils font valoir l'origine révolutionnaire du prince, ses antécédents patriotiques, alors assez mal connus, ses vertus de famille, son opposition permanente au système de la Restauration. Ces considérations, habilement présentées, surmontent les instigations des sociétés établies à l'hôtel de ville, et font pencher définitivement la balance en sa faveur[57],[56]. Une circonstance fortuite ou préparée achève de fixer l'indécision du général : William Cabell Rives, ministre américain à Paris, étant venu le visiter à l'hôtel de ville : « Que vont dire nos amis des États-Unis, s'écria La Fayette en s'avançant vers lui avec empressement, s'ils apprennent que nous avons proclamé la république en France ? - Ils diront, répondit froidement M. Rives, que quarante ans d'expérience ont été perdus pour les Français. » La Fayette, qui a refusé avec désintéressement la présidence de la république, renonce, momentanément du moins, à son utopie favorite.

L'avènement du duc d'Orléans[modifier | modifier le code]

Médaille La Fayette par Gatteaux.

Le 31, il reçoit une lettre de Charles X[N 52] qui lui fait les plus séduisantes propositions. Par défiance ou par conviction, et aussi peut-être du fait de ses 73 ans, il refuse, et répond : « II n'est plus temps ». Le même jour, il reçoit à l'hôtel de ville de Paris le duc d'Orléans, Louis-Philippe Ier, qui vient demander son investiture à l'arbitre naturel du dénouement de la révolution.

Il traverse les salles de l'hôtel de ville, et ces dispositions ne prennent un autre cours que lorsque le prince et le général s'unissent sur le balcon de l'hôtel par une accolade qui paraît proclamer ou consommer l'adoption populaire[N 53]. Le lendemain, 1er août, La Fayette, déférant au vœu exprimé par plusieurs membres de la commission municipale, se rend au Palais-Royal dans l'intention plus ou moins avouée de pressentir le futur roi des Français sur son système de gouvernement. Il débute par un éloge de la constitution américaine, que le prince n'adopte pas sans réserve, et que le général modifie lui-même en se bornant à demander « un trône populaire entouré d'institutions républicaines ».

Le duc d'Orléans paraît accepter avec empressement ce programme, si célèbre depuis sous le nom de Programme de l'hôtel de ville, et qui défraie pendant plusieurs mois les illusions du patron de la nouvelle monarchie. Tandis que le prince, par une politique habile, s'approprie ainsi les fruits d'une lutte à laquelle il n'a point concouru, Charles X lui défère de son côté le titre de lieutenant général et abdique la couronne en faveur de son petit-fils.

Ces actes demeurant sans effet, la cour paraît se disposer à une lutte que le nombre et le dévouement des troupes qui l'entourent la mettent en état de soutenir avec avantage. Des commissaires sont dépêchés à Rambouillet pour exhorter le roi à s'éloigner. Leurs instances étant vaines, on obtient du duc d'Orléans la permission de provoquer cet éloignement par une manifestation décisive. La Fayette, qui paraît prendre sur lui toute cette démonstration, fait battre le rappel dans Paris, et réunit cinq cents hommes dans chaque légion de la garde nationale pour marcher sur Rambouillet. En un instant, toute la capitale est en rumeur. Il se forme aux Champs-Élysées un corps d'à peu près dix mille hommes, dont le général Pajol prend le commandement. Il choisit pour aide de camp Georges de Lafayette, fils du général, et cette troupe, qui se grossit en route de cinq à six mille volontaires, arrive dans la nuit aux environs de Rambouillet.

Le départ de la famille royale, déterminé par des rapports sur l'importance de cette expédition populaire, prévient un engagement qui, selon toute apparence, eût été fatal aux agresseurs. La Fayette annonce au peuple de la capitale, dans un ordre du jour, cette victoire sans combat. La chambre élue sous Charles X ouvre, dans les premiers jours d'août, la discussion qui abandonne le principe de la légitimité. Le parti républicain, profondément irrité de l'issue des événements, menace de la troubler par des désordres que les exhortations de La Fayette réussissent à prévenir. Lui-même n'y prend part que pour combattre l'hérédité de la pairie et pour lancer contre l'aristocratie nobiliaire quelques-uns de ces anathèmes qui lui sont familiers. Le 7 août, les deux chambres portent au duc d'Orléans la résolution qui lui défère la couronne. Ce prince, cédant aux acclamations populaires, se montre sur le balcon du Palais-Royal, accompagné de La Fayette, qu'il embrasse avec effusion. Le général paraît profondément ému : « Voilà, dit-il au peuple en lui montrant son nouveau roi, voilà le prince qu'il nous fallait ; voilà ce que nous avons pu faire de plus républicain[58]! »
Il s'agit de savoir quel nom prendrait le nouveau roi. Quelques-uns de ses conseillers avaient imaginé de l'appeler Louis XIX ou Philippe VII, afin de le rattacher d'une manière continue à la chaîne des souverains de la troisième race. La Fayette combat cette idée si logique comme impliquant une pensée dangereuse de légitimité, et fait prévaloir son avis.

La Monarchie de Juillet[modifier | modifier le code]

Nouveaux honneurs[modifier | modifier le code]

Au mois d'août 1830, La Fayette fait l'objet de nombreux honneurs, parmi lesquels on peut compter les innombrables publications, ainsi que les créations artistiques et poétiques. De plus, la population parisienne lui témoigne son attachement en lui offrant le 3 août deux petits canons, que La Fayette fait ramener dans son château de Lagrange. De plus, le 15 août le ville de Paris offre un grand banquet de 350 couverts en l'honneur du Général, où sont présents les ministres, des membres de la chambre des pairs, ainsi que des députés, des militaires, les maires de Paris et autres agents royaux. Le chanteur Nourrit y récite Lafayette en Amérique de Béranger[59], ainsi que La Parisienne : Marche nationale, de Delavigne[60]. La Fayette y prononce un discours politique faisant le lien entre la révolution de 1830 et celle de 1789 :

« Lorsque la population parisienne s’est levée spontanément pour repousser l’agression et reconquérir ses droits, nos droits à tous, les imprescriptibles droits du genre humain, elle a daigné se souvenir d’un vieux serviteur de la cause des peuples : en me proclamant son chef, en associant mon nom à ses triomphes, elle a récompensé les vicissitudes d’une vie entière. [En 1789] naquit le funeste système de division et d’anarchie dont vous connaissez les déplorables suites. […] Mais le sens exquis de la population actuelle nous préservera de ce malheur. […] Vous êtes les élèves de la révolution et votre conduite dans les grandes journées de gloire et de liberté vient d’en montrer la différence[61]. »

Commandant de la Garde nationale[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Garde nationale (1831).
Lafayette, lieutenant-général des Gardes nationales de France - Desfeuilles - Gravure - 1830

La Fayette retrouve le commandement de la Garde nationale pour quelques mois. Durant les premiers mois du règne de Louis-Philippe, le général paraît s'effacer en quelque sorte de la scène politique pour se concentrer uniquement dans la réorganisation de la garde nationale du royaume. Il retrouve pour cette opération favorite le zèle et l'activité de ses jeunes années. Dix-sept cent mille gardes nationaux, pourvus d'artillerie, reçoivent par ses soins une institution régulière, il se montre fidèle à ses principes en rendant à cette milice citoyenne l'élection de ses principaux officiers. Journellement occupé à recevoir et à haranguer des députations départementales, La Fayette n'aspire à aucune influence immédiate sur la direction des affaires d'État, ni sur les modifications ministérielles qui, dans cette première phase du nouveau gouvernement, se succèdent avec rapidité.

Le procès des ministres de Charles X[modifier | modifier le code]

La garde joue un rôle décisif pour maintenir le calme dans Paris en décembre 1830, à l'occasion du procès des ministres de Charles X. Il appuie la proposition de son ami, Victor Destutt de Tracy, pour l'abolition de la peine de mort, proposition qui emprunte au prochain jugement des ministres de Charles X une généreuse opportunité. Il dénonce avec énergie le mouvement homicide qui, dans le courant d'octobre, a conduit une troupe de perturbateurs autour du donjon de Vincennes, où ils étaient détenus, mouvement auquel le gouverneur Daumesnil a opposé une énergique résistance.

La décision de ce procès est pour l'établissement du 7 août, un moment de crise redoutable. Sous le cri de : Mort aux ministres ! les agitateurs déguisent à peine le dessein de renverser le gouvernement qui s'est rendu le bénéficiaire de la révolution de juillet. Les exhortations répétées de La Fayette n'ont inspiré à la garde nationale qu'une vigueur incertaine. L'effusion d'une goutte de sang peut livrer Paris et la France entière à d'incalculables désordres.

La Fayette s'applique sans relâche à prévenir cette collision redoutée ; il multiplie les précautions et les ordres du jour, et fait circuler de nombreuses patrouilles. Cependant le palais du Luxembourg est plusieurs fois sur le point d'être forcé par la multitude ameutée. Le 21 décembre, jour de la clôture des débats, on donne l'ordre de reconduire les prisonniers à Vincennes, sage disposition destinée à les soustraire à l'exaspération populaire, dans le cas prévu d'absence d'une condamnation capitale. Cet ordre est exécuté par les soins du comte de Montalivet, ministre de l'intérieur, qui escorte les accusés au péril de sa vie. Leur enlèvement produit un mécontentement dont l'explosion menace pendant plusieurs heures le Palais-Royal.

Enfin La Fayette contribue, par la fermeté de ses dispositions et par son influence personnelle, à pacifier ce formidable conflit, et le roi lui écrit à cette occasion une lettre pleine des témoignages de l'admiration que sa conduite lui a inspirée. Affectées ou sincères, ces démonstrations touchent à leur terme.

La loi sur la Garde nationale[modifier | modifier le code]

Une fois ce cap passé, Louis-Philippe réalise le risque qu'il y a à conserver un tel instrument dans les mains de La Fayette, qu'il juge peu fiable. Le 24 décembre, à son instigation, la Chambre des députés adopte une loi qui supprime le titre de commandant de toutes les gardes nationales de la France, jugé contraire à la Charte de 1830. La chambre, dans la discussion du projet de loi sur la garde nationale, adopte, avec le concours du ministère, un amendement qui interdit à toute personne de commander les gardes nationales d'un département entier. Cette résolution implique nécessairement la déchéance de La Fayette. Quelques députés s'efforcent vainement de la faire modifier : leurs propositions sont repoussées. Le roi, proteste de son ignorance personnelle, de la bonne volonté de ses ministres, et se flatte de faire revenir le général sur sa démission.

La démission[modifier | modifier le code]

Le roi n'épargne aucune séduction propre à désarmer son interlocuteur : il lui propose le titre de commandant honoraire, que La Fayette a précédemment refusé comme une décoration insignifiante. Un peu piqué de cette insistance : « Votre Majesté » lui dit le général « se contenterait-elle d'être un roi honoraire ? » Le président du Conseil, Jacques Laffitte, et le ministre de l'Intérieur, Camille de Montalivet, lui-même colonel de la garde nationale, cherchent à trouver un compromis, mais La Fayette pose des conditions extravagantes : il veut la formation d'un nouveau ministère où n'entreraient que ses amis, la dissolution de la Chambre des députés et l'abolition de l'hérédité de la pairie.

Louis-Philippe demande vingt-quatre heures pour réfléchir ; mais ce délai n'ayant amené aucun changement dans les négociations, La Fayette croit devoir se dépouiller définitivement du pouvoir exorbitant dont il était revêtu. La Fayette donne sa démission dès le lendemain, non sans avoir rendu visite à Louis-Philippe, qu'il menace de se retirer dans son château de La Grange-Bléneau : une explication a lieu entre le monarque et La Fayette, dans laquelle celui-ci, donnant cours aux sentiments qu'il concentrait depuis longtemps, déclare au roi que la dissidence de leurs doctrines politiques et l'ombrage qu'inspirait son autorité ne lui permettent pas d'en prolonger l'exercice.

– « Et que ferez-vous sans l'appui de ma popularité ? » demande La Fayette.
– « Si vous retourniez à La Grange ? Eh bien, je vous y laisserais[62]! »

Il rend sa démission publique par un ordre du jour du 27 décembre, et développe le même jour à la tribune de la chambre les motifs de sa détermination, en déclarant que si sa conscience d'ordre public est satisfaite, il n'en est pas de même de sa conscience de liberté. Le 26, il maintient sa démission. Louis-Philippe en prend aussitôt acte dans une brève et sèche lettre de regret. « L'essentiel, constatera plus tard La Fayette, était de passer sans encombre la grande crise du procès des ministres. On m'aimait tant pendant ce temps-là ! Mais vous voyez qu'ensuite, on n'a pas perdu un jour. »[63]

Tout porte à croire que le sacrifice de La Fayette était depuis longtemps arrêté dans l'esprit du roi. Mais Louis-Philippe commençait à subir les conséquences du mode accidentel de son élévation ; il ne pouvait se séparer impunément des hommes qui y avaient concouru par leurs démarches. L'éloignement de La Fayette, suivi bientôt de celui de Dupont de l'Eure et de Laffitte, lui est reproché comme un acte éclatant d'ingratitude, et cette triple séparation consomme sa rupture avec le parti démocratique, dont les derniers événements ont naturellement accru les forces et les exigences.

L'opposition parlementaire[modifier | modifier le code]

Rendu à une existence purement parlementaire, La Fayette reprend à l'extrême gauche de la Chambre la place qu'il avait occupée durant la Restauration, et il ne tarde pas à redevenir le principal chef de l'opposition. Peu à peu il subit, ainsi que ses amis politiques, la loi qui veut que tout ce qui procède de la violence n'ait pas de durée. Cet homme, qui a défait un roi et en a fait un autre, se retrouve membre toujours mécontent de l'extrême opposition à la Chambre des députés.

Le système agressif de La Fayette présente pour caractère essentiel son application à la politique extérieure du gouvernement. Le parti démocratique, qui aspirait généralement à l'annulation des onéreux traités de 1814 et de 1815, est divisé sur les moyens d'y parvenir. Une fraction notable, excluant toute agression décidée, se prononce pour un système qui garantisse aux peuples le libre développement de leurs forces, C'est le système de la non-intervention entendue dans son acception la plus absolue. Cette opinion est celle de La Fayette, et, bientôt avec lui celle du ministère installé le 3 novembre sous la présidence de Laffitte[64].

La politique européenne[modifier | modifier le code]

Mais les événements postérieurs ont fait voir combien, d'accord sur le principe, ils différaient sur l'application. La révolution belge, qui éclate à la fin d'août, est le premier contrecoup de la révolution française. La Fayette refuse dignement la royauté de ce peuple et l'exhorte à porter son choix sur un de ses citoyens[65].

Son désir secret est que la Belgique se constitue en république fédérative, de manière à former une Suisse septentrionale dans l'alliance intime et sous la garantie immédiate de la France. L'insurrection polonaise, qui suit de près, excite ses vives sympathies. Par des documents dont le cabinet essaie vainement d'infirmer la valeur, il établit que l'effet de ce mouvement a été de retenir sur les bords de la Vistule les armées russes prêtes à envahir le territoire français. On sait que ses efforts n'aboutirent qu'au vœu stérile du maintien de la nationalité polonaise, formulé depuis 1831 dans toutes les communications des chambres avec le roi.

La Fayette obtient du ministère la reconnaissance des nouveaux États de l'Amérique ; mais sa politique est moins heureuse à l'égard des insurgés espagnols, avec lesquels il entretenait également des rapports depuis la junte insurrectionnelle de 1823. Ferdinand VII s'étant, dans le principe, obstinément refusé à reconnaître la royauté de Louis-Philippe, le cabinet français prête d'abord une oreille complaisante aux instigations propagandistes du patriarche de la démocratie européenne ; des fonds sont distribués aux insurgés ; mais le gouvernement espagnol ayant menacé d'encourager, de son côté, des rassemblements d'émigrés royalistes sur les frontières méridionales françaises, ces rebelles, livrés à eux-mêmes, échouent dans deux tentatives désespérées. Enfin, le peu de succès des insurrections de Modène et de Bologne, auxquelles La Fayette a procuré les encouragements et l'appui du ministère, lui apporte bientôt des déceptions encore plus cuisantes.

Politique intérieure[modifier | modifier le code]

La défection dont le cabinet se rend coupable en cette occasion est un des textes sur lesquels l'hostilité parlementaire de La Fayette s'exerce avec le plus d'avantage et de fondement. Il ne néglige d'ailleurs aucune occasion de censurer en même temps le système de politique intérieure adopté par le gouvernement. L'imprudente démonstration du 14 février, dans l'église de Saint-Germain-l'Auxerrois, l'amène à exposer ouvertement à la tribune l'esprit démocratique dans lequel il suppose que la révolution de juillet s'est accomplie, et la marche qu'elle lui semble devoir suivre. Mais il blâme vivement les profanateurs de ce temple et les démolisseurs de l'archevêché, et fait offrir au prélat fugitif un asile dans son propre hôtel. Il s'indigne aussi de l'acte de condescendance du roi, qui a fait disparaître ses armes des édifices de la capitale. C’est dans ces circonstances que Casimir Perier saisit les rênes du pouvoir, et son premier soin est la dissolution de la chambre.

La Fayette croit devoir adresser à ses électeurs un compte détaillé de ses travaux parlementaires. Il y rend un hommage à la dernière révolution, mais il y décrie avec amertume la direction suivie par le régime qui en est issu, et invoque, pour en affirmer la violation, ce prétendu programme de l'hôtel de ville auquel ses illusions seules ont prêté quelque consistance. Ce manifeste agressif cause à la cour un profond mécontentement et consomme la scission personnelle du général avec le roi. « Nous sommes, dit La Fayette, comme deux gentlemen qui se sont donné un démenti mutuel : les circonstances ne nous permettent pas d'aller au bois de Boulogne, mais elles nous empêchent de nous faire des visites. »[66]. La compression momentanée du parti démagogique et l'attitude plus décidée de l'administration ne découragent point ses efforts. Lors de la seconde insurrection des Romagnols, en 1832, il flétrit avec énergie l'épithète de factieux qui leur a été donnée dans une note diplomatique.

La Fayette combat hautement l’hérédité de la pairie, et fait rayer du Code pénal l'article qui punit l'usurpation des titres nobiliaires. C’est lui qui, après la session de 1832, fait adopter aux députés de l'opposition l'idée d'exprimer, sous la forme d'un compte-rendu, leurs idées sur la politique intérieure et extérieure. Trois jours avant la publication de cette pièce, le chef du ministère, Casimir Perier, est mort sans avoir assisté au rétablissement de l'ordre, auquel il avait immolé son repos et prodigué l'énergie de son caractère.

Les funérailles du général Lamarque, qui ont lieu peu de jours après, deviennent le signal des troubles les plus sérieux qui, depuis les journées de juillet, ont ensanglanté la capitale. La Fayette assiste à ces obsèques, et il vient de prononcer une allocution sur la tombe du général, lorsque l'apparition subite d'un bonnet rouge au milieu de l'innombrable cortège met toute la population en rumeur. Des cris séditieux sont proférés. Quelques hommes suspects s'approchent du général et l'exhortent à se rendre à l'hôtel de ville en lui offrant ce symbole : mais il le repousse avec dédain, monte en voiture et se fait conduire à son hôtel sous l'escorte d'une populace menaçante. L'insurrection prend des proportions formidables. Un grand nombre de députés de l'opposition se réunit le soir chez Laffitte, et l'on délibère sur les moyens propres à arrêter l'effusion du sang. La Fayette combat sans succès l'idée d'une députation au roi et refuse d'en faire partie. Il accompagne ce refus de quelques mémorables paroles de douleur sur les infructueux efforts qu'il a faits, aux deux plus grandes époques de sa vie, pour résoudre le problème d'une monarchie assise sur les bases de la souveraineté nationale.

Informé qu'on l'inculpe d'avoir reçu le bonnet rouge et qu'on parle de l'arrêter, La Fayette demeure quelques jours à Paris, pour « regarder en face », dit-il, le gouvernement de « l'état de siège » ; puis il regagne sa terre de La Grange, un peu étonné que « ce retour au plus complet arbitraire » n'ait pas excité plus d'émotion dans les esprits. Il se démet aussitôt de ses fonctions de maire et de conseiller municipal, ne voulant pas, dit-il, conserver aucun rapport avec la « contre-révolution » de 1830.

Lors du premier attentat sur la personne de Louis-Philippe, le 19 novembre 1832, il refuse de se joindre à ceux de ses collègues qui se rendent aux Tuileries, objectant que depuis le démenti donné par le roi au programme de l'hôtel de ville, « sa place ne lui paraît plus là ». Dans la session de 1833, il parle sur la loi d'organisation départementale, et appuie la demande d'une pension au profit des vainqueurs de la Bastille. La police ayant arrêté dans sa terre même de La Grange, et presque sous ses yeux, le réfugié polonais Joachim Lelewel, auquel il donnait asile, il se plaint vivement de ce procédé inouï, dit-il, « sous la Restauration elle-même », et contraint le ministre de l'Intérieur à désavouer cet acte de brutalité.

La mort de La Fayette[modifier | modifier le code]

Mort du général Lafayette, gravure sur bois coloriée par Gondelfinger, 1834.

La discussion de l'adresse au Trône, en janvier 1834, est le dernier débat parlementaire auquel La Fayette prend part. Une maladie de vessie, dont il avait recueilli le germe aux obsèques de Dulong, s'aggrave rapidement et finit par l'emporter. La Fayette meurt le 20 mai 1834, dans sa 77e année, au 6 rue d'Anjou-Saint-Honoré (ancien 1er arrondissement), actuellement 8 rue d'Anjou dans le 8e arrondissement de Paris[67].

Son cercueil est accompagné à l'église de l'Assomption par un nombreux cortège, qui se compose de l'élite des deux chambres, des académies, de l'administration civile et militaire, de la garde nationale et des étrangers alors à Paris. Étroitement surveillées par l'armée, malgré les protestations de la gauche, ses obsèques ne donnent lieu à aucune manifestation républicaine, le parti républicain venant d'être décapité à la suite de la seconde révolte des Canuts à Lyon en avril.

La sépulture de la Fayette au cimetière de Picpus

Des représentants choisis dans chacun de ces corps et dans la légation des États-Unis portent les coins du drap mortuaire. Après la célébration du service religieux, le convoi, suivi d'une foule immense, se dirige vers le cimetière de Picpus, à Paris le 22 mai, où, suivant son désir, le général est inhumé à côté de sa femme. La terre utilisée pour l'enterrer provient partiellement d'Amérique, ramenée par lui-même dix ans auparavant lors de son dernier voyage et destinée spécialement à cet usage. Les deux chambres du congrès américain lui décernent les mêmes honneurs funèbres qu'au président George Washington[9].

Jusqu'à la fin de la session, les salles des séances sont tendues de noir, et MM. John Quincy Adams, Edward Everett, J. Upham et le général Tailmadge prononcent son éloge en présence de tous les corps de l'État.

Jugements de contemporains sur La Fayette[modifier | modifier le code]

Les talents de La Fayette ont été diversement appréciés. Exalté tour à tour comme l'émule de Washington et comme le glorieux promoteur de la régénération française, il ne fut, au dire de Napoléon « qu'un niais sans talents civils ni militaires, un esprit borné, un caractère dissimulé[68] », et de Chateaubriand qu'une espèce de monomane, « à qui l'aveuglement tenait lieu de génie[69] » car « il n'avait qu'une seule idée, et heureusement pour lui elle était celle du siècle ; la fixité de cette idée a fait son empire. » Chateaubriand voit surtout en La Fayette l'homme dont les actions furent souvent en contradiction avec ses pensées : « Royaliste, il renversa en 1789 une royauté de huit siècles ; républicain, il créa en 1830 la royauté des barricades : il s'en est allé donnant à Philippe la couronne qu'il avait enlevée à Louis XVI […] Dans le Nouveau Monde, M. de La Fayette a contribué à la formation d'une société nouvelle ; dans le monde ancien, à la destruction d'une vieille société : la liberté l'invoque à Washington, l'anarchie à Paris[70] ».

Madame de Staël disait :

« Qui l'avait observé pouvait savoir d'avance avec certitude ce qu'il ferait dans toute occasion[71]. »

Dans ses Souvenirs, la duchesse légitimiste de Maillé commente ainsi la mort de La Fayette :

« M. de La Fayette vient de mourir. Le héros des deux mondes est allé dans le troisième. Sa mort n'a fait aucun effet politique. Il était devenu incommode et inutile à son parti, il était odieux aux autres, son rôle était fini[72]. »

Odilon Barrot porte un jugement davantage élogieux dans ses Mémoires :

« C’est le 20 mai 1834 que s’éteignit ce grand citoyen. J’ai peut-être été trop son ami pour en parler avec une entière impartialité. […] Je n’ai rencontré dans aucun homme plus de grandeur d’âme, unie à plus de bonté et de simplicité. […] Si même on peut adresser un reproche à cette noble nature, c’est l’exagération de ses qualités. Soupçonnant difficilement dans autrui le mal, qui n’était pas en lui, le général Lafayette accordait trop facilement sa confiance et on en a souvent abusé. Emporté par le besoin de se dévouer, il était trop disposé à préférer les tentatives, où il exposait sa vie aux efforts patients et persévérants de la lutte légale[73] »

Hommages[modifier | modifier le code]

Aux États-Unis[modifier | modifier le code]

Aux États-Unis, plus de 600 lieux s'appellent La Fayette[9]. Une montagne, sept comtés et quarante localités portent notamment son nom[74].

Auguste Bartholdi sculpte une statue de La Fayette à la fin du XIXe siècle pour la ville de New York. Inaugurée en 1876, elle se trouve aujourd'hui dans Union Square Park.

Le rôle du marquis de La Fayette dans l'histoire de l'indépendance américaine est consacré de longue date dans la ville de Washington, par un square à son nom devant la Maison-Blanche avec sa statue à l'une des quatre extrémités.

Tous les ans, le 4 juillet, jour de la Saint-Florent et anniversaire de la Déclaration d'indépendance des États-Unis, en signe de reconnaissance, l'ambassade des États-Unis en France dépose une gerbe de fleurs sur sa tombe, au cimetière de Picpus, à Paris[9],[75].

Lafayette Square est le nom d'un parc de la ville de Los Angeles et de Saint-Louis.

De plus, le 8 août 2002, il est élevé à titre posthume au rang de citoyen d'honneur des États-Unis d'Amérique[74], privilège rare qui n'a été accordé auparavant qu'à cinq reprises dans l'histoire américaine.

Il est, avec Churchill, l'étranger le plus populaire et le plus reconnu aux États-Unis[réf. nécessaire].

En France[modifier | modifier le code]

À Paris, une rue porte le nom de La Fayette[74]. La ville de Lyon lui a consacré un pont et une longue rue, le cours Lafayette.

La Statue Lafayette du XIXe siècle, au Puy-en-Velay.

Au Puy-en-Velay, dans son département natal, la Haute-Loire, la Statue Lafayette, dans le square éponyme, du sculpteur Ernest-Eugène Hiolle, est érigée en son honneur en 1883, sur le boulevard Saint-Louis. Elle est inscrite Monument Historique en 2005 : « C'est le seul monument commémoratif notable de la reconnaissance de la Haute-Loire à son enfant le plus connu. »[76] En décembre 2013, elle est commémorée pour les 70 ans de son enlèvement de son socle par les résistants : en décembre 1943, par crainte que le régime allemand ne récupère son métal en la faisant fondre, elle sera cachée durant deux années dans une bergerie, et retrouvera son socle en décembre 1945. Pour cette commémoration de 2013 : « Le square La Fayette arbore depuis cette année un éclairage tricolore qui illumine la statue à la nuit tombée, pour garder en mémoire cet acte héroïque qui nous a permis de préserver un monument local et national. »[77]

À Dangé-Saint-Romain, une ancienne cité américaine porte depuis la fin des années 1950 le nom de Résidence La Fayette.

À Metz, d'où il décida de partir pour les Amériques, une statue équestre en bronze, réalisée en 2004 par Claude Goutin, est installée dans le jardin de Boufflers derrière le palais de justice de Metz.

À Pauillac-Médoc, une esplanade porte son nom, en bordure des quais d'où il est parti en 1777. Une stèle commémorant son départ y est installée.

Lors de sa visite aux États-Unis en novembre 2007, le président français Nicolas Sarkozy évoque La Fayette dans son discours au Congrès américain[74]. En 2007 s'ouvre une polémique sur le transfert au Panthéon des cendres de La Fayette. Nicolas Sarkozy y est favorable, Jean-Noël Jeanneney s'y oppose car il décrit le personnage de La Fayette comme un monarchiste qui n'a jamais eu des idées républicaines. Cependant, l'écrivain Gonzague Saint-Bris (auteur d'une biographie sur La Fayette) réplique ensuite dans la presse que « les hommes d’exception ont toujours servi l’intérêt de la France plus que celui d’un régime, que ce soit au temps de la monarchie ou de la république[74]. »

Le nom de La Fayette est perpétué sur la mer par des bâtiments de la Marine nationale :

La Fayette dans l'audio-visuel[modifier | modifier le code]

Anecdotes[modifier | modifier le code]

  • La Fayette considérait la chasse comme son sport favori. Il chassait surtout le gros gibier, principalement le loup. Il s'intéressa beaucoup à l'affaire de la bête du Gévaudan.
  • Mirabeau, son principal adversaire au sein du « parti patriote », l'avait surnommé « Gilles César », en référence au dictateur romain. Antoine de Rivarol reprit le mot sous la forme « César Gille[78] ».
  • Lors de leur débarquement en France en 1917, le général Pershing, général en chef des armées américaines, se serait exclamé : « La Fayette nous voilà ! ». Cette formule fut prononcée, en réalité, par l'aide de camp du général américain, le colonel Charles Stanton[74], lors d'une cérémonie organisée le 4 juillet 1917, devant la tombe du Français, au cimetière de Picpus, avant d'y déposer une couronne[79],[80].
  • La première unité composée de volontaires américains fut l'escadrille aérienne La Fayette, avant même l'entrée en guerre officielle des États-Unis.
  • Au mois de juin 2007, la frégate furtive La Fayette F710 de la Marine Nationale s'est rendue aux États-Unis dans le cadre de la commémoration du 250e anniversaire de la naissance du marquis. Le 5 juin le La Fayette faisait escale à La Nouvelle-Orléans. Accompagnée du consul général de France à La Nouvelle-Orléans, une délégation d'une quarantaine de membres de l'équipage, conduite par son commandant, s'est rendue dans la ville de Lafayette. Ils y ont été reçus par le maire de la ville entouré d'officiels au centre culturel Jean-Lafitte où sont exposés documents et objets sur le marquis et son époque, ainsi qu'une maquette de son navire L'Hermione à bord duquel il est arrivé aux États-Unis avec ses volontaires le 10 mars 1780.

Armoiries[modifier | modifier le code]

Figure Blasonnement
French heraldic crowns - marquis v2.svg
Blason fam fr Motier de La Fayette.svg
Armes des Motier de La Fayette :

De gueules à la bande d’or et à la bordure de vair.[81]

Sources et Bibliographie[modifier | modifier le code]

Sources imprimées[modifier | modifier le code]

  • Les papiers personnels de Gilbert du Motier de la Fayette sont conservés aux Archives nationales sous la cote 252AP[82].
  • Bérenger LP, Mémoires historiques, et pièces authentiques sur M. De La Fayette, pour servir à l'histoire des révolutions, Paris 1790
  • Regnault-Varin, Mémoires pour servir à son histoire, 1824, 2 vol. in-8°
  • Biographie universelle ancienne et moderne : nouvelle édition revue, corrigée et considérablement augmentée, vol. 22, Paris et Leipzig, Michaud éditeur (lire en ligne), p. 448 à 473. Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Histoire du général La Fayette (traduction), Paris, 1825
  • Voyage du général La Fayette aux États-Unis, Paris, 1826
  • A. Levasseur, Lafayette en Amérique en 1824 et en 1825, 1829, 2 vol. carte EU in-8°
  • Mémoires du comte de M***_ (Pontgibaud), Paris, 1828
  • A. Châteauneuf, Le général Lafayette, mémoires authentiques, Paris, 1831, in-8°
  • Histoire complète de la vie civile, politique et militaire, du général Lafayette, contenant de longs développements sur la révolution de 89, Par M. B. Bécherand, J. Paris, 1831
  • La Fayette en Amérique, par M. Regnault-Varin. Paris, 1832
  • Lafayette et la Révolution de 1830, par Sarrans jeune, 1832, 2-vol. in-8°
  • Jules Cloquet, Souvenirs sur la vie privée du général La Fayette, Paris, 1836, in-8°
  • Le portrait que Rivarol a tracé de Lafayette dans son pamphlet intitulé Vie politique, fuite et capture de M. de Lafayette, est une des productions les plus piquantes et les plus satiriques de cet écrivain.
  • La famille du général a publié en 1837 et 1838, ses Mémoires et ses manuscrits, 6 vol. in-8°. M. de Gorcelles, petit-gendre du général, a accompagné cette intéressante collection de notes qui se recommandent par le ton de vérité et de modération sur lequel elles sont généralement écrites. Parmi les morceaux originaux dont elle se compose, on distingue surtout la lettre de La Fayette au bailli de Ploën sur la révolution de 1789, celle qu'il écrivit à M. de Latour-Maubourg à l'occasion de la mort de sa femme, une foule de confidences curieuses sur les événements remarquables auxquels il a pris part, et sous ce titre : Mes rapports avec le Premier Consul, un aperçu plein de finesse et d'élévations sur le caractère politique et militaire de Napoléon Bonaparte.
  • « Gilbert du Motier de La Fayette », dans Charles Mullié, Biographie des célébrités militaires des armées de terre et de mer de 1789 à 1850,‎ 1852 [détail de l’édition]
  • Discours de Lafayette pour la Polognie (Pologne). Introduction d'Armand Levy sur les devoirs de la France envers la Pologne. Mickiewicz Ladislas, 1864
  • « Gilbert du Motier de La Fayette », dans Louis-Gabriel Michaud, Biographie universelle ancienne et moderne : histoire par ordre alphabétique de la vie publique et privée de tous les hommes avec la collaboration de plus de 300 savants et littérateurs français ou étrangers, 2e édition,‎ 1843-1865 [détail de l’édition]
  • Lafayette en Amérique et en France. Par Privat Joseph Claramond comte Pelet de la Lozère, Paris, 1867
  • Thomas Balch, Les Français en Amérique pendant la guerre de l’Indépendance des États-Unis 1777-1783, 1872 [détail de l’édition]

Ouvrages historiographiques et bibliographiques[modifier | modifier le code]

  • Damien Mahiet, Music for Lafayette, 1780s-1830 : A catalog, Ithaca (N.Y.), Cornell University, 2009
  • Lloyd S. Kramer, « Lafayette and the historians : Changing symbol, changing needs, 1834-1984 », dans Historical Reflections, 1984
  • Philippe Olivier, Bibliographie des travaux relatifs à Gilbert du Motier, marquis de Lafayette, Clermont-Ferrand : Institut d’études du Massif Central, 1979
  • Chantal de Tourtier-Bonazzi, Lafayette : Documents conservés en France, catalogue, Paris : Archives nationales, 1976
  • Louis R. Gottschalk, Phyllis S. Pestieau et Linda J. Pike, Lafayette : A guide to the letters, documents, and manuscripts in the United States, Ithaca (N.Y.), Cornell University Press, 1975
  • Stuart W. Jackson, La Fayette, a bibliography, New York, Rudge, 1930

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Philippe Schneider, La popularité de Lafayette en France et aux États-Unis de 1824 à 1834, thèse d’École des chartes, Paris, 2014. Position de thèse disponible en ligne.
  • Marc Leepson, Lafayette : Lessons in leadership from the idealist General, New York, Palgrave Macmillan, 2011.
  • Philippe Bourdin, François Weil et Fabrice Boyer, La Fayette, entre deux mondes, Clermont-Ferrand, Presses universitaires Blaise-Pascal, 2009.
  • Pascal Payen-Appenzeller, Hommage de l'Amérique au Général Lafayette, Paris, Yvelinédition, 2008.
  • Jacques Arlet, Le général La Fayette, gentilhomme d'honneur, Paris, L'Harmattan,‎ 2008
  • Daniel Binaud, L'épopée américaine La Fayette, Paris, La Découverte, 2007.
  • Gonzague Saint Bris, La Fayette, Paris, Télémaque, 2006, (ISBN 2-7533-0039-9).
  • Robert Legrand, La Guerre d'indépendance américaine et La Fayette, Abeville, Imprimerie F. Paillard, 2006.
  • Bernard Vincent, La Fayette et la guerre d'Indépendance, neuf lettres inédites, Orléans, Université d'Orléans, 2004.
  • Gregory Payan, Marquis de Lafayette : French hero of the American Revolution, New York, PowerPlus Books, 2002.
  • Étienne Taillemite, La Fayette, Paris, Fayard, 1989.
  • Stanley J. Idzerda, Anne C. Loveland et Marc H. Miller, Lafayette, hero of two worlds : The art and pageantry of his farewell tour of America, 1824-1825, Flushing (N.Y.), Queens Museum, 1989.
  • Olivier Bernier, La Fayette : Héros des deux mondes, Paris, Payot, 1988.
  • Philippe Olivier, Bibliographie des travaux relatifs à Gilbert Du Motier, marquis de Lafayette (1757-1834) et à Adrienne de Noailles, marquise de Lafayette (1759-1807), Clermont-Ferrand, Institut d'études du Massif central, 1979.
  • Arnaud Chaffanjon, La Fayette et sa descendance, Paris, Berger-Levraud, 1976.
  • André Castelot, My friend La Fayette mon ami Washington, Paris, Librairie académique Perrin, 1976.
  • Marion Vandal et Paul Lesourd, La Fayette ou le sortilège de l'Amérique, Paris, Éditions France-Empire, 1976.
  • Duc de Castries, La Fayette, pionnier de la liberté, Paris, Hachette, 1974
  • François Ribadeau Dumas, La destinée secrète de La Fayette ou le messianisme révolutionnaire, Paris, Robert Laffont, 1972.
  • Anne C. Loveland, Emblem of liberty : The image of Lafayette in the American mind, Baton Rouge, Louisiana State Univ. Press, 1971
  • Jean Rousselot, La vie passionnée de La Fayette, Éditions Gérard, 1957.
  • Jacques Debû-Bridel, La Fayette, une vie au service de la liberté, éditions de la Nouvelle France, 1945.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Sa dot théorique est de 200 000 livres mais sa mère Anne Louise Henriette d'Aguesseau, petite-fille du Ministre des Finances du royaume de France, parvient à ne donner que 10 000 livres.
  2. Mirabeau apporte une autre explication, avançant « qu'il y gâta par la gaucherie de ses manières, un langage obséquieux jusqu'à l'humilité. » (Correspondance entre Mirabeau et le comte de Lamarck, t. 2, p. 26, cité dans « Gilbert du Motier de La Fayette », dans Louis-Gabriel Michaud, Biographie universelle ancienne et moderne : histoire par ordre alphabétique de la vie publique et privée de tous les hommes avec la collaboration de plus de 300 savants et littérateurs français ou étrangers, 2e édition,‎ 1843-1865 [détail de l’édition], article « La Fayette», p. 448)
  3. Appelés Insurgents par les Britanniques, Bostoniens par les Français et Patriots par les Américains.
  4. « Je ne suis pas là pour enseigner, je suis là pour apprendre », dira-t-il à propos de son commandement
  5. « La nation était loin d'être prête pour les éventualités. Un esprit de lassitude et d'égoïsme régnait dans le peuple. L'armée, mal disciplinée et mal payée, était très inquiète. Les milices de Pennsylvanie et de New Jersey s'étaient révoltées au commencement de l'année. Le gouvernement était encore impuissant, la Confédération faible, le Congrès inerte, quoique existant toujours. Quand on lit que ce corps était prêt à livrer le Mississippi à l'Espagne, bien plus, à abandonner la reconnaissance expresse de l'Indépendance de l'Amérique, comme le préliminaire indispensable des négociations avec la Grande-Bretagne, quand on lit cela, on peut bien se figurer qu'il y avait quelques préparatifs pour se soumettre aux exigences du moment. Le baron allemand de Steuben, qui rassemblait des troupes en Virginie au moment de l'invasion, fut rejoint après par La Fayette, dont les troupes avaient été habillées pendant la marche aux frais de celui-ci. Sur mer, la flotte française était occupée à défendre les côtes contre les envahisseurs. Il semble que les étrangers étaient les seuls défenseurs de la Virginie et de l'Amérique. » Samuel Eliot, Manual of United States History, Boston, 1856, 258 p.
  6. « Plus d'une fois le Cincinnatus américain essaya de tempérer, par les inspirations de sa haute prudence, l'entraînement de La Fayette vers d'inapplicables théories. Mais que pouvaient les froides leçons de l'expérience contre le torrent irrésistible des circonstances et contre cette insatiable ambition de popularité, à laquelle son illustre ami s'était montré insensible après tant d'éminents services rendus à sa patrie ! » Biographie universelle, p. 450.
  7. Qui, semblait toujours autoriser l'emploi de la violence pour faire prévaloir une opinion, une volonté, un intérêt particulier sur les constitutions fondamentales de la société. M. de Barante, de la Déclaration des droits, etc., 1849
  8. «Cette cocarde, dit-il, fera le tour du monde. »
  9. D'après Gonzague Saint Bris, ceux-ci auraient été instrumentalisés par Choderlos de Laclos, agissant au nom du duc d'Orléans
  10. La Fayette, mal réveillé, y gagnera le surnom de « général Morphée », d'après Gonzague Saint Bris
  11. Cette proposition est extraite d'un mémoire sur les États généraux, publié en 1788 par le comte d'Entraigues. La maxime insurrectionnelle de La Fayette justifiait implicitement les récents excès des 5 et 6 octobre, et tendait à encourager de nouveaux désordres. Cette maxime est devenue par la suite en quelque sorte la préface habituelle de toutes les révolutions du XIXe siècle
  12. On le voit plus d'une fois exposer sa vie pour faire rentrer dans l'ordre une multitude échappée au frein des lois, mais dont les grands mouvements, dit Charles de Lacretelle, « conservaient toujours pour son esprit fasciné quelque chose de sublime et de sacré. »
  13. Le retour apparent de La Fayette aux idées monarchiques n'inspirait aucune confiance à Marie-Antoinette, bien qu'il s'efforçât de la persuader par le ton d'une austère franchise : « Si je croyais, lui disait-il, que la destruction de la royauté fût utile à mon pays, je ne balancerais pas ; car ce qu'on appelle les droits d'une famille au trône n'existe pas pour moi ; mais il m'est démontré que, dans les circonstances actuelles, l'abolition de la royauté constitutionnelle serait un malheur public. » Biographie universelle, p. 453.
  14. Après avoir brisé les meubles qui garnissaient le fort, le peuple commence la démolition des parapets de la plate-forme, lorsque le général accourt à la tête des grenadiers de la garde nationale. Il est accueilli par les cris : A bas La Fayette ! et ces cris sont répétés par une partie des grenadiers même qui marchent à sa suite. La Fayette ordonne aux perturbateurs de sortir des rangs ; sa voix est méconnue. Biographie universelle, p. 454.
  15. Parmi lesquels il pouvait reconnaître plusieurs parents ou d'anciens amis. Biographie universelle, p. 454.
  16. Cette conduite, soit qu'elle fût motivée par un vain amour de popularité, ou par le désir de calmer les passions de la multitude, a été amèrement reprochée à La Fayette. Biographie universelle, p. 454.
  17. Ramené tardivement à des sentiments conservateurs par les libéralités de la cour et par la perspective des catastrophes qui menaçaient la société, le tribun avait fait adjurer sans succès La Fayette d'en détourner l'explosion par l'alliance de leurs forces communes. Un fait, préparé, a-t-on dit, par ses derniers conseils, vint constater ouvertement l'état de captivité du monarque. Biographie universelle, p. 454.
  18. Le soir même de l'évasion, le général déclarait à Bailly que les issues des Tuileries étaient tellement gardées qu'« une souris n'en pourrait sortir » (M. le comte de Sèze, Histoire de l'évènement de Varennes, 1843.) Biographie universelle, p. 454.
  19. La Fayette s'applaudit, dans ses Mémoires, que l'exécution de cet ordre n'ait été d'aucune influence sur l'arrestation des augustes fugitifs. Malgré la contrariété secrète que lui causait ce résultat, il fit bonne contenance, et contribua à protéger, contre la fureur populaire, les trois gardes du corps qui avaient servi de courriers à la famille royale ; ces militaires comme on sait, arrivèrent à Paris exposés sur le siège de la voiture dans laquelle elle y fit son entrée funèbre. Biographie universelle, p. 454-455.
  20. Il trouve le roi très calme, « Votre Majesté, lui dit-il, connaît mon attachement pour elle ; mais je ne lui ai pas laissé ignorer que si elle séparait sa cause de celle du peuple, je resterais du côté du peuple. Cela est vrai, répondit Louis XVI, vous avez suivi vos principes. Jusqu'à ces derniers temps, j'avais cru être dans un tourbillon de gens de votre opinion, dont vous m'entouriez à dessein ; j'ai bien reconnu dans ce voyage que je m'étais trompé, et que c'est aussi l'opinion de la France. — Votre Majesté, reprit La Fayette, a-t-elle quelques ordres à me donner ? — II me semble, répondit en souriant le monarque, que je suis plus à vos ordres que vous n'êtes aux miens. » Biographie universelle, p. 455.
  21. Dans ses Mémoires, auxquels nous avons emprunté la plupart des détails qui précèdent, on lit qu'il s'efforça de concilier les tristes devoirs de son ministère avec les égards dus aux illustres captifs. On ne peut se dissimuler toutefois que la démarche de Louis XVI n'eût jeté une certaine irritation dans son esprit, et cette disposition ne demeura probablement pas étrangère à la rigueur des précautions qu'il employa pour couvrir sa responsabilité dans ces graves conjonctures. Il se fit communiquer la liste des personnes que la cour désirait recevoir, et il assujettit tous les visiteurs à un minutieux contrôle. Il ne fit rendre à Louis XVI aucun des honneurs dus à la royauté, sous prétexte que ce prince, par son manifeste adressé à l'assemblée, avait abdiqué son droit constitutionnel pour réclamer le droit divin. Ces précautions furent excédées, comme il arrive toujours, par les agents placés sous les ordres du général, et la position de la famille royale devint de plus en plus intolérable. Moins libre que le dernier de ses sujets, le roi ne conservait que la faculté de se promener le matin dans les Tuileries, avant que le jardin fût ouvert au public. Biographie universelle, p. 455.
  22. La garde nationale lui offrit une épée à garde d'or avec cette inscription : « À La Fayette, l'armée parisienne reconnaissante ». Une pétition adressée à l'assemblée sollicita pour lui une indemnité proportionnée aux sacrifices qu'il s'était imposés, et la municipalité de Paris frappa une médaille en son honneur et lui fit présent d'une statue en marbre de Washington, chef-d'œuvre du sculpteur Houdon, « afin, dit-elle, qu'il eût toujours sous les yeux celui qu'il avait si glorieusement imité. » Biographie universelle, p. 455-456.
  23. Deux armes importantes dont il avait étudié l'emploi dans son voyage de Prusse, en 1785. Biographie universelle, p. 456.
  24. C'est lors de cette journée que Louis XVI but une bouteille de vin rouge proposée par un manifestant, et marcha dans une bouse de vache pour montrer qu'il était « comme le peuple »). Marie-Antoinette, qui ne pouvait plus le souffrir, dira de lui : « Je sais bien que M. de La Fayette nous protège. Mais qui nous protégera de M. de La Fayette ? »)[réf. souhaitée]
  25. Guadet, reprenant le ton de l'ironie, attribua la présence du général à la disparition des ennemis extérieurs ; et, rentrant dans le vrai, il blâma sa démarche comme un acte d'infraction à la discipline, et de désobéissance envers la constitution. Il fit échouer les efforts du général. Ramond défendit hautement le général, et une majorité de cent voix fit adopter l'ordre du jour. Biographie universelle, p. 457.
  26. Parmi les plans conçus pour le salut du roi, il en existait un auquel La Fayette avait promis son concours, et dont l'exécution n'offrait rien qui excédât les limites de la constitution : le monarque devait annoncer à l'assemblée le projet de se retirer à Compiègne, où le général se disposait à l'entourer d'une force suffisante ; il devait ensuite adresser à ses frères et aux émigrés une proclamation pour les exhorter à marcher contre l'ennemi commun, et rentrer dans Paris quand ces dispositions auraient déconcerté les espérances coupables et ramené le calme dans les esprits. Biographie universelle, p. 457.
  27. Peut-être aussi n'était-il plus temps. La coalition venait de mettre en mouvement une nombreuse armée, et les ennemis de l'intérieur pressaient de plus en plus, dans son étroit asile, le trône constitutionnel. Les dernières démarches de La Fayette étaient devenues le signal d'agressions multipliées contre lui. Biographie universelle, p. 457.
  28. Le premier demanda qu'il fût fait un rapport spécial sur la conduite de La Fayette, et le second s'éleva amèrement contre l'audacieux militaire qui se croyait le chef d'une faction dont il n'était que l'instrument, et sans vouloir, dit-il, comparer La Fayette à Jules César, il rappela que, lorsque du fond des Gaules, ce conquérant dicta des leçons au sénat, il était bien près de passer le Rubicon. » Le général fut défendu avec chaleur par Mathieu Dumas, qui s'écria que La Fayette ne « serait pas digne d'être appelé le héros de la liberté, si, comme Washington, son frère d'armes et son modèle, il ne buvait jusqu'à la lie le calice de l'ingratitude populaire. » Un obscur orateur, Torné, évêque constitutionnel, attaqua, avec un surcroît de violence « le héros des deux mondes, » comme l'appelaient alors ses partisans, et Condorcet le compara à Monk, « sacrifiant à son roi la liberté qu'il avait d'abord servie. » Biographie universelle, p. 457
  29. Le général répondit fièrement « qu'il ne supposait pas que personne lui adressât des questions auxquelles il ne jugerait pas convenable de répondre. » Un ordre supérieur ayant prescrit au général autrichien Chasteler de s'emparer du trésor de l'armée, qu'on supposait à la disposition de La Fayette : « Sans doute, dit froidement celui-ci, Leurs Altesses Impériales, à ma place, l'eussent emporté. » Biographie universelle, p. 458.
  30. On lui promet d'adoucir sa captivité s'il voulait donner des plans contre la France. Ayant répondu avec mépris à cette proposition, il est jeté sur une charrette et transféré à Magdebourg[réf. souhaitée]
  31. L'assemblée législative confisque tous ses biens, et la commune de Paris fait briser, par la main du bourreau, le coin de la médaille frappée en son honneur. Biographie universelle, p. 458.
  32. À cette sévérité se joignaient une alimentation repoussante, la privation complète d'encre, de plumes, de meubles de propreté, l'abréviation des soirées d'hiver et la prolongation des nuits par une obscurité rigoureuse, l'absence de tous égards de la part de leurs gardiens, une foule de vexations inutiles, et jusqu'au remplacement de leurs noms par de simples numéros. Biographie universelle, p. 459.
  33. À son retour de Marengo, il accueillit le général avec bienveillance. « Vous avez-dû, dit-il à La Fayette, trouver les Français bien refroidis pour la liberté ; les boutiquiers de Paris n'en veulent plus. » Le général répondit que les Français étaient encore en état de la recevoir et qu'ils l'attendaient de lui. Biographie universelle, p. 459.
  34. Celui-ci s'était expliqué avec la liberté habituelle à son langage et aussi, quelqu'un l'ayant accusé, en présence du Premier Consul, de fronder, son gouvernement : « Laissez donc, répondit celui-ci, il n'en dira pas plus qu'il ne m'en a dit à moi-même ! » Biographie universelle, p. 459.
  35. Le texte suivant reflète l'opinion de Napoléon sur La Fayette : « La Fayette était un niais ; il n'était nullement taillé pour le haut rôle qu'il avait voulu jouer. Sa bonhomie politique devait le rendre constamment dupe des hommes et des choses. Son insurrection des Chambres, au retour de Waterloo, avait tout perdu. Qui avait donc pu lui persuader que je n'arrivais que pour les dissoudre, moi qui n'avais de salut à espérer que par elles ? Tout le monde en France est corrigé des idées extrêmes de liberté ; il n'y a qu'un homme qui ne le soit pas, et cet homme, c'est La Fayette. En effet, qui a proclamé le principe de l'insurrection comme un devoir ? Qui a adulé le peuple en le proclamant à une souveraineté qu'il est incapable d'exercer ? Qui a détruit la sainteté et le respect des lois en les faisant dépendre, non des principes sacrés de la justice, de la nature des choses et de la justice civile, mais seulement d'hommes étrangers à la connaissance des lois civiles, criminelles, administratives, politiques et militaires ? Cet homme qui a joué un si grand rôle dans nos premières dissensions politiques, avait servi sous Washington et s'y était distingué, c'était un homme sans talents ni civils ni militaires ; esprit borné, caractère dissimulé, dominé par des idées vagues de liberté, mal digérées chez lui et mal conçues ; du reste, dans la vie privée, La Fayette était un honnête homme. » Napoléon, Mémorial de Sainte-Hélène, voir Biographie universelle, p. 472.
  36. Son exemple et ses exhortations ne persuadèrent point La Fayette : « Dans ce peu de jours et au milieu de ses brillantes promesses, dit-il à l'ancien tribun, Napoléon a déjà cent fois plus violé les libertés publiques que les Bourbons dans leurs dix mois de règne. » II repousse avec la même énergie les séductions plus hautes et plus puissantes de l'ex-roi d'Espagne, Joseph Bonaparte, en ajoutant qu'il ne pouvait voir dans Napoléon « qu'un soldat venu de corps de garde en corps de garde jusqu'aux Tuileries, » et refuse toute entrevue qui lui est proposée avec lui. Biographie universelle, p. 460.
  37. Celui que La Fayette fit entendre à cette dernière occasion (27 mai) fut un véritable manifeste dans lequel il donna une ample carrière à ses ressentiments politiques et même à ses rancunes personnelles contre le système de la Restauration. L'octroi de la charte, le principe de la légitimité, l'émigration, les caducités de l'ancien régime, et jusqu'à la tentative du 23 juin 1789, tout fut attaqué par La Fayette avec une liberté de violence presque inouïe jusqu'alors ; aucun moyen ne fut négligé pour émouvoir les passions politiques au-dedans comme au-dehors. Ce discours attira à l'orateur une vive et éloquente réplique de M. de Serre, qui lui reprocha d'imputer aux victimes de la révolution tous les maux qu'elle avait fait peser sur eux : « Si les insurgés au-dehors, continua le ministre, séduits par les provocations imprudentes qu'il a fait entendre, se portent à la sédition, je demande sur la tête de qui devrait retomber le sang versé par le glaive de la révolte ou par le glaive de la loi ? » M. de Puymaurin déplora que l'homme qui se recommandait par tant de qualités personnelles rentrât dans les rangs de la révolution « pour en devenir de nouveau l'instrument ou le jouet. » Peu touché de ces apostrophes et de ces allusions, La Fayette, à l'occasion du budget de 1821, s'éleva avec une nouvelle violence contre la diplomatie actuelle, « où le système, les agents, le langage, tout lui paraissait étranger à la France nouvelle », et se plaignit que « par les déviations et l'apostasie temporaire d'une révolution de liberté et d'égalité, on eût fini par voir l'Europe surchargée de deux assortiments complets de dynasties, de noblesses et de privilèges. » Biographie universelle, p. 461.
  38. Comme ses amis lui recommandaient la prudence, « Bah ! leur répondit-il en souriant, j'ai déjà beaucoup vécu, et il me semble que je couronnerais dignement ma carrière politique en mourant sur l'échafaud pour la liberté (Histoire des deux Restaurations. par A. de Vaulabelle, t. 6, p. 275). » La conduite réelle de La Fayette offre, toutefois, moins de témérité que cette bravade ne le ferait supposer. Biographie universelle, p. 462.
  39. François-René de Chateaubriand, dans ses Mémoires d'Outre-tombe, écrit qu'il « s'abaissa jusqu'à se laisser nommer le vénérable des ventes du carbonarisme » (livre XLIII, chap. 3).
  40. « [J]e m'unis à mes amis pour demander, autant qu'il est en nous, la plus grande publicité, au sein de cette Chambre, en face de la nation ; c'est là que nous pourrons, mes accusateurs et moi, dans quelque rang qu'ils soient placés, nous dire, sans compliment, ce que, depuis trente-trois années, nous avons eu mutuellement à nous reprocher. », dans Prosper Duvergier de Hauranne, Histoire du gouvernement parlementaire en France : 1814 – 1848 sur Google Livres, vol. 7, Lévy, 1865, p. 79
  41. Le juge d'instruction avait négligé de recueillir des explications précises sur le signalement du général, et il était devenu facile au révélateur, mieux avisé, d'égarer les recherches postérieures de l'autorité. Le surlendemain du jour où La Fayette avait couvert de son audace cette situation fausse et défectueuse, M. de Saint-Aulaire proposa à la chambre de mander le procureur général à sa barre pour répondre aux plaintes portées contre lui. Cette proposition fut repoussée à une forte majorité ; mais, tandis que ce débat préoccupait la chambre, il se passait un fait curieux. Un des principaux conjurés, Grandménil, parvenu à se dérober aux recherches de la justice, avait été secrètement introduit par M. de la Pommeraye, député du Calvados, dans une tribune d'où il suivait attentivement la discussion. Il entendit avec indignation le général Foy le qualifier d'agent provocateur, et, dans l'excès de son émotion, il voulut s'élancer de sa place pour lui infliger un éclatant démenti. Il fut contenu avec grand’peine par M. de la Pommeraye et par Georges de La Fayette. Biographie universelle, p. 463.
  42. Les preuves matérielles nous manquent contre les premiers instigateurs du complot. Pourquoi ? Ce n'est point parce qu'ils sont inconnus, mais parce qu'ils se cachent derrière leurs séides, parce qu'ils s'enveloppent de mystère… Ils ont insinué que nous les frappions par derrière, que nous étions des lâches… Les lâches et les perfides sont ceux qui précipitent dans l'abîme des conspirations des hommes simples et crédules, qui les trompent et les désavouent ensuite… Voilà les véritables pourvoyeurs des bourreaux. Biographie universelle, p. 463-464.
  43. « Nous craignons, lui dit-il, votre retour en Europe, où les despotes jaloux de votre gloire et de vos vertus, peuvent vous enfermer encore dans les murailles de leurs donjons ». Biographie universelle, p. 464.
  44. Cependant, il est exact de dire que La Fayette se montra généralement plus indulgent pour le cabinet de 1828 que pour ceux qui l'avaient précédé. Charles X, dont il connaissait la loyauté, lui inspirait une estime personnelle, et ce prince, en passant à Meaux, lors de son voyage en quelque sorte triomphal dans l'est de la France, s'était exprimé à son tour dans les termes les plus obligeants sur le compte du général. Mais ces déférences particulières, dominées par d'incurables dissentiments politiques, ne pouvaient amener aucun résultat. Le fatal retrait des lois départementale et communale fit évanouir la dernière espérance de conciliation, et le ministère Martignac, brouillé sans retour avec la gauche, abandonné du côté droit et de la cour, plein du pressentiment de formidables orages, mais impuissant à les conjurer, emporta dans sa retraite, en retour des embarras qu'il léguait à la couronne, le stérile avantage d'avoir été le cabinet le moins impopulaire de la Restauration. Biographie universelle, p. 466.
  45. Pénétré et presque triomphant de l'inutilité des concessions qu'on lui avait en quelque sorte arrachées, il appela à la tête du nouveau conseil un patricien justement recommandable par la fidélité éprouvée de ses sentiments monarchiques, mais dont le nom était frappé de cette longue et irrémédiable impopularité qui rend tout difficile à l'homme d'État. Le parti libéral regarda comme un éclatant défi, et fit ouïr d'amères imprécations. Biographie universelle, p. 466.
  46. Berceau de la révolution de 1789.
  47. Il assista le lendemain à une fête brillante sur l'île Barbe, et le jour suivant à un banquet que lui offrit la ville de Lyon, et où la santé du roi fut portée pour la première fois depuis le commencement de cette tournée patriotique. À son départ, le 8 septembre, il est accompagné jusqu'à deux lieues de la ville par une escorte de jeunes cavaliers. Ces audacieuses ovations, dont le gouvernement fut plusieurs fois, dit-on, sur le point de troubler le cours par une résolution hardie, propagèrent l'esprit de défiance et de sédition sur tous les points de la France. Biographie universelle, p. 466.
  48. Il fut compris dans l'ordre d'arrestation tardivement décerné par le ministère contre les chefs présumés de la rébellion ; mais la rapidité de ses progrès n'en permit pas l'exécution. Biographie universelle, p. 467.
  49. Les députés se réunirent en grand nombre chez Laffitte, et La Fayette, porté par un vote unanime à la tête de la garde nationale, se mit aussitôt en marche, suivi d'un nombreux cortège pour aller recevoir de nouveau, à l'hôtel de ville, après trente-neuf-ans d'interruption, ce commandement auquel se rattachaient tous ses souvenirs et ses affections. Biographie universelle, p. 467.
  50. Sommation qui, disons-le pour l'honneur militaire, demeura sans effet. Biographie universelle, p. 468.
  51. Louis Rozet, Chronique de juillet 1830, Nabu Press, 2012.
  52. Charles X, dans une audience qu'il donnait à M. de Ségur en 1829, lui dit : « M. de La Fayette est un être complet ; je ne connais que deux hommes qui aient toujours professé les mêmes principes : c'est moi et M. de La Fayette, lui comme défenseur de la liberté, moi comme roi de l'aristocratie. » Puis, en parlant de la journée du 6 octobre 1789: « Des préventions à jamais déplorables firent qu'on refusa ses avis et ses services. » Jules Cloquet, Souvenirs sur la vie privée du Général La Fayette, 109.
  53. François-René de Chateaubriand commente ainsi la scène : « M. de La Fayette donne au duc d'Orléans un drapeau tricolore, s'avance sur le balcon de l'Hôtel-de-Ville, et embrasse le prince aux yeux de la foule ébahie, tandis que celui-ci agitait le drapeau national. Le baiser républicain de La Fayette fit un roi. Singulier résultat de toute la vie du héros des Deux-Mondes ! » (Mémoires d'Outre-tombe, livre XXXIII, chap. 15.)

Références[modifier | modifier le code]

  1. Joseph Gagnaire, Les Fortifications médiévales de l'arrondissement d'Ambert et ses abords, ACVAM, Issoire, 2002.
  2. (en) Louis Gottschalk, Lafayette comes to America, Read Books,‎ 2007 (ISBN 978-1-4067-2793-7), p. 53-54
  3. Michel Louis Christophe Roch Gilbert Paulette du Motier, marquis de La Fayette
  4. Philippe Bourdin, La Fayette, entre deux mondes. History. 2009. p. 24
  5. Généalogie de la Maison Motier de la Fayette
  6. (en) Gottschalk, op. cité, p. 3-5
  7. (en) David A. Clary, Adopted son : Washington, Lafayette, and the friendship that saved the Revolution, Bantam Books,‎ 2007 (lire en ligne), p. 11–13
  8. Joseph Delteil, La Fayette, 1928, Éditions Grasset, 1997, 280 p. chapitre II, Marie-Antoinette & Agénor Bardoux, La jeunesse de La Fayette 1717-1792, Paris Calmann-Lévy 1892, 409. p. & Henri Doniol, La famille, l'enfance la première jeunesse du Marquis de La Fayette, Orléans, éditions Ernest Colas, 1876 & Antoine Vallauri, mémoire de séminaire 4e année La Fayette dans la mémoire collective introduction page 8, Institut Politique de Lyon, 2011.
  9. a, b, c et d Nicole Bacharan, « La Fayette », émission Au cœur de l'histoire sur Europe 1, 26 juin 2013
  10. Arlet 2008, p. 11
  11. Royal-Mimich : Reine Paola, descendante du Marquis et de la Marquise de La Fayette, née Noailles (+ autres liens généalogiques)
  12. a et b Arlet 2008, p. 13
  13. Arlet 2008, p. 14
  14. Jack Kolbert, « Les quatre voyages américains de La Fayette, contés par ses lettres à Adrienne », Annales de Bretagne et des pays de l'Ouest, vol. 84, no 3,‎ 1977, p. 266
  15. (en) David Clary, Adopted Son : Washington, Lafayette, and the Friendship that Saved the Revolution, Bantam Books,‎ 2007 (ISBN 9780553804355), p. 28
  16. Étienne Charavay, Le Général la Fayette, Slatkine,‎ 1777 (lire en ligne), p. 8
  17. Arlet 2008, p. 22
  18. Arlet 2008, p. 25
  19. (en) Sabra Holbrook, Lafayette, Man in the Middle, Atheneum,‎ 1977, p. 20
  20. François Devoucoux du Buysson, Lafayette, génie de la communication, dans Catalogue de l'exposition Obama à Lafayette, MB Éditions, mars 2009.
  21. Rapports archives militaires. G. Perreault, La revanche américaine.
  22. Biographie universelle, p. 450.
  23. Mémoires, Correspondance et Manuscrits du général Lafayette publiés par sa famille, Londres, 1837.
  24. (en) Robin A. Waterfield, Hidden Depths. The Story of Hypnosis, Routledge, 2003, p. 132.
  25. (en) Robin A. Waterfield, Hidden Depths. The Story of Hypnosis, Routledge, 2003, p. 133.
  26. Arlet 2008, p. 52-53
  27. Robert Kalbach, Les porteurs de lumière : La Fayette, art royal et indépendance américaine, Atlantica-Séguier,‎ 2007, p. 116
  28. Marquis de Bombelles, Journal, Librairie Droz,‎ 1982, p. 174
  29. Chevalier Pierre, Histoire de Saint-Jean d’Écosse du Contrat social, 2002, (ISBN 2-913882-16-1)
  30. Voir, dans La Revue des deux Mondes 15 juin 1851, le travail de M. de Valon sur le prétendu complot du marquis de Favras.
  31. Biographie universelle, p. 455.
  32. Jacques Pierre Brissot, Le Patriote Français, 26 septembre 1791, Jean-Daniel Piquet, L'émancipation des Noirs dans la Révolution française (1789-1795), Paris, Karthala, 2002, p. 114-116.
  33. « Le camp retranché de Maubeuge », Racines et patrimoine en Avesnois, no 1, p. 14-19.
  34. Auguste Aimé Boullée, Notice sur le général Lafayette, Desenne, 1841, oclc 33298799, p. 68
  35. Taine, Les origines de la France contemporaine, L'ancien régime, La révolution, L'anarchie, La conquête jacobine, tome 1, Bouquin, Robert Laffont, 1986, page 691. (ISBN 2-221-05186-6)
  36. Cette déclaration se terminait ainsi : « L'aristocratie et le despotisme sont frappés à mort, et mon sang, criant vengeance, donnera à la liberté de nouveaux défenseurs. »[réf. souhaitée] Le duc de Saxe-Teschen, oncle de l'empereur, à qui La Fayette avait fait demander un passeport, répondit que « puisque le chef de l'insurrection française était tombé entre les mains des princes alliés, on le garderait jusqu'à ce que son souverain, dans sa clémence ou dans sa justice, eût décidé de son sort. » Biographie universelle, p. 458.
  37. Comme, en les installant, on éloignait d'eux, tous les objets qui pouvaient servir au suicide, le général fit observer qu'« il n'était pas assez prévenant pour se tuer ». Biographie universelle, p. 458.
  38. En apprenant le massacre de La Rochefoucauld, son ami, La Fayette écrit que, sans cesser de regarder comme sacrée la cause du peuple, « le charme est détruit. » Biographie universelle, p. 459.
  39. Chantal de Tourtier-Bonazzi, article La Fayette du Dictionnaire Napoléon (direction Jean Tulard), tome 2, édition 1999, p. 132.
  40. Napoléon interdit que le nom de La Fayette soit cité lors de l'éloge funèbre de George Washington aux Invalides le 8 février 1800.
  41. Mis en présence, le démocrate et l'empereur se mesurèrent quelques instants du regard ; puis, après avoir couvert leurs longs dissentiments sous un petit nombre de paroles insignifiantes, ils se séparèrent plus divisés, plus irréconciliables que jamais. Biographie universelle, p. 461.
  42. Chambre des représentants, Séance du 21 juin 1815, Archives parlementaires, Recueil complet des débats législatifs et politiques des Chambres françaises de 1800 à 1860, faisant suite à la réimpression de l'ancien "Moniteur" et comprenant un grand nombre de documents inédits, 2e série, 1800-1860, SER2, T14 (3 décembre 1814 au 9 juillet 1815) BNF.
  43. Lire la partie Le Duc d'Otrante de la célèbre biographie de Fouché par Louis Madelin, de l'Académie française (1901), Paris, Librairie Plon, Les Petits-Fils de Plon et Nourrit, 1947, 2e édition.
  44. « Je m'étonne, milord, répondit La Fayette, que, pour proposer cette lâcheté au peuple français, vous vous adressiez de préférence à un prisonnier d'Olmütz. » Biographie universelle, p. 461.
  45. Histoire de la chute des Bourbons, par Albert Maurin, livre 3.
  46. Biographie universelle, p. 463.
  47. Histoire des deux restaurations, t. 6, p. 264. - Histoire de la chute des Bourbons…, livre 3. - M. Royer-Collard, faisant, en 1832, allusion à cette circonstance, dit au général La Fayette : « Vous avez été indignement calomnié par M. Mangin. - J'ai été outragé, répondit le général, mais non calomnié. - En ce cas, vous avez été impuni. »
  48. Philippe Schneider, La popularité de Lafayette durant son voyage triomphal aux États-Unis de 1824 à 1825, Université Paris-Sorbonne, Paris, 2013, p. 99, 133 et 173-174.
  49. Paul C. Pappas, « Lafayette's Efforts to Send American Aid to Revolutionary Greece », Journal of Modern Greek Studies, tome 2-1, mai 1984, p. 105-116.
  50. Les événements se pressaient. M. de Chateaubriand avait suscité une opposition redoutable au ministère le plus long et le plus habile qu'elle eût encore enfanté. La majorité, jusque-là si compacte, en fut ébranlée, et cette circonstance entraîna la dissolution de la chambre. Biographie universelle, p. 465.
  51. Charles X, cédant aux exigences de la France électorale, composa son conseil d'hommes estimables, éclairés, mais dépourvus de direction fixe. Un cabinet placé dans de telles conditions ne pouvait qu'affaiblir l'autorité royale, déjà si énervée. Ce fut le sort des concessions essayées par le ministère Martignac. Les intentions les plus conciliantes et les plus libérales ne purent lui faire trouver grâce devant les organes du parti démocratique. Biographie universelle, p. 466.
  52. Biographie universelle, p. 466. : cinq cents cavaliers, plus de mille piétons et un grand nombre de voitures allèrent à sa rencontre jusqu'aux limites du département (Voyage du général La Fayette en 1829, par M. Morin). M. Prunelle harangua le général, qui, dans sa réponse fière et presque menaçant, se félicita « d'avoir reconnu partout sur son passage cette fermeté calme et presque dédaigneuse d'un grand peuple qui connaissait ses droits, qui sentait sa force et serait fidèle à ses devoirs. »
  53. La Révolution de 1830 et le véritable parti républicain, par A. Fabre.
  54. Victor de Nouvion, Histoire du règne de Louis-Philippe, t. 1, Hachette Livre BNF, 2012, p. 185. - Louis Blanc, Révolution française, Histoire de dix ans 1830-1840, t. 1, p. 255.
  55. Jean-Paul Barbier, Collin de Sussy, Horizons d'Argonne no 84, 2007.
  56. a et b Biographie universelle, p. 468.
  57. Bernard Alexis Sarrans, Louis-Philippe et la contre-révolution de 1830, Nabu Press, t. 2.
  58. Nous reproduisons ici le langage textuel de La Fayette et le seul avoué par lui. Les mots tant répétés : Voilà la meilleure des républiques ! appartiennent au rapport adressé par la commission municipale au nouveau roi quelques jours après son avènement (Moniteur du 4 septembre 1830), et ont été mal à propos attribués au général. Celui-ci affirme ne pas avoir utilisé ces mot. Il écrit, par exemple, dans une lettre publiée dans les journaux américains: « Je n’ai pas dit, comme certains journaux l’ont rapporté, que « c’était la meilleure des républiques ». J’ai au contraire fait profession de mes doctrines, qui sont celles de l’école américaine. Mais je considérais que, d’après les circonstances, c’était la meilleure chose à faire. Et de ce que j’ai vu depuis du nouveau roi et de sa famille, je suis conforté dans l’opinion que nous avons bien fait.» (Southern Recorder de Milledgeville (Ga.), 30 octobre 1830, disponible en ligne)
  59. P.-J. Béranger, « Lafayette en Amérique », dans Œuvres complètes de Béranger, Paris : Fournier, 1839, t. II., p. 240-241.
  60. C. Delavigne, La Parisienne : Marche nationale, Paris : Ladvocat, 1830.
  61. 'Banquet patriotique offert par la Ville de Paris au Général Lafayette, (15 août 1830)', Paris : Impr. Royale, 1830, p. 8-10.
  62. Cité par Guy Antonetti, Louis-Philippe, Paris, Librairie Arthème Fayard, 2002, p. 638.
  63. Cité par Guy Antonetti, Op. cit., p. 639
  64. Biographie universelle, p. 470-471.
  65. Michaud, Biographie universelle ancienne et moderne, nouvelle édition revue et augmentée, tome 22, p. 471.
  66. Michaud, Biographie universelle ancienne et moderne, nouvelle édition revue et augmentée, p. 471.
  67. Acte de décès de La Fayette, extrait du registre d'état civil du 1er arrondissement de Paris : Du 20 mai 1834, à une heure du soir. Acte de décès de sieur Marie-Joseph-Paul-Roch-Yves-Gilbert Dumottier Lafayette, lieutenant général, membre de la Chambre des députés, âgé de soixante-seize ans passés, veuf de dame Marie-Adrienne-Françoise de Noailles, ledit défunt né à Chavagnac (Haute-Loire) et décédé à Paris en son domicile rue d'Anjou-Saint-Honoré, no 6, ce jourd'hui, à quatre heures et demie du matin. Constaté par nous Charles Gabillot, chevalier de la Légion d'honneur, adjoint au maire du 1er arrondissement de Paris, faisant les fonctions d'officier d'état civil, sur la déclaration des sieurs Alexandre-César-Victor-Charles Destutt de Tracy, député, âgé de cinquante-deux ans, demeurant rue d'Anjou-Saint-Honoré, no 38, Antoine-François Carbonel, maréchal de camp, âgé de cinquante-sept ans, demeurant rue d'Anjou-Saint-Honoré, no 6, lesquels ont signé avec nous, après lecture faite. Signé : V. Tracy, Carbonel, Gabillot. Les originaux des registres paroissiaux et d'état civil à Paris antérieurs à 1860 ont disparu dans les incendies de la Commune de Paris de 1871, mais l'acte a été recopié et est cité dans Étienne Charavay, Le général La Fayette 1757-1834, Paris, 1898, rééd. 1977, pages 595-596.
  68. Le Mémorial de Sainte-Hélène.
  69. Mémoires d'Outre-tombe, Livre XLIII, chapitre 3, édition Gallimard La Pléiade 1969, p. 876.
  70. Mémoires d'Outre-tombe, XLIII, 3.
  71. Biographie universelle, p. 473., Considérations sur la Révolution française, 2e part., ch. 3.
  72. cité par Guy Antonetti, Louis-Philippe, Paris, Fayard, 2002, p. 723
  73. O. Barrot, Mémoires posthumes, Paris : Charpentier, 1875, t. I., p 275-276. Disponible en ligne sur Gallica
  74. a, b, c, d, e et f Laurent Zecchini, « La Fayette, voilà tes maires ! », dans Le Monde du 28 décembre 2007, mise en ligne le 27 décembre 2007, [lire en ligne]
  75. https://twitter.com/USEmbassyFrance/status/352793692639227904
  76. La Statue Lafayette du Puy-en-Velay, sur le site des Monuments Historiques.
  77. « Il y a 70 ans, la statue Lafayette quittait son socle et fuyait l'ennemi. » , article 'Zoom d'ici', du 16 décembre 2013.
  78. François-René de Chateaubriand, Mémoires d'Outre-tombe, livre XLIII, chap. 3, Gallimard, coll. La Pléiade, 1969, p. 875.
  79. Encyclopédie des Mots historiques ; tome 2, éditée par Historama, Paris, 1970.
  80. Encyclopédie Larousse, article Marquis de La Fayette
  81. roglo.eu lien
  82. Archives nationales