Bernard Faÿ

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Bernard Faÿ donnant une conférence sur Le Rôle de la Franc-Maçonnerie dans la Révolution de 1789 au théâtre des Ambassadeurs le 11 janvier 1943.

Bernard Faÿ, né le 3 avril 1893 à Paris et mort le 31 décembre 1978 à Tours, est un universitaire français, professeur au Collège de France, administrateur et écrivain français.

Croix de guerre 1914-1918 reçue à la bataille de Verdun en août 1917, il fut administrateur général de la Bibliothèque nationale sous le régime de Vichy. Condamné à l'emprisonnement à perpétuité en 1945 pour collaboration avec l'occupant, il fut gracié en 1959 par le Président Coty.

L'universitaire[modifier | modifier le code]

Il soutient en 1924 une thèse de doctorat ès lettres sur L'Esprit révolutionnaire en France et aux États-Unis à la fin du XVIIIe siècle (thèse complémentaire : Bibliographie critique des ouvrages français relatifs aux États-Unis (1770-1800)). Il est nommé chargé de cours à la faculté des lettres de Clermont-Ferrand avant de devenir professeur dans plusieurs universités. Il est un spécialiste du XVIIIe siècle, particulièrement des rapports entre la France et les États-Unis, ce qui l'amène à bien connaître la littérature américaine de son époque. Il est professeur aux universités de Columbia puis de l'Iowa aux États-Unis et effectuera plus de vingt séjours aux États-Unis durant l'entre-deux-guerres.

Il traduisit ainsi plusieurs romans de Gertrude Stein en français et s'entendit avec elle pour qu'elle traduisit et préfaçât un recueil de discours de Pétain.

Cette brillante carrière universitaire culmine avec son élection en 1932 comme professeur de civilisation américaine au Collège de France, à moins de 40 ans. Il en est démissionné en septembre 1944.

À la Bibliothèque nationale[modifier | modifier le code]

Bernard Faÿ est nommé administrateur général de la Bibliothèque nationale le 6 août 1940 à la suite de la destitution, par le gouvernement de Vichy, de Julien Cain qui avait quitté la France le 19 juin 1940 à bord du paquebot Massilia.

Faÿ applique au sein de la Bibliothèque nationale les règlements édictés par le maréchal Pétain. Martine Poulain[1], citant des extraits de l'ouvrage d'Antoine Compagnon, Le Cas Bernard Faÿ[2] détaille notamment son zèle vis-à-vis de l'occupant[3] :

« Directeur du « Musée des sociétés secrètes », en fait service de répression des francs-maçons, le 27 août de la même année, établissements où il semble avoir eu pour habitude de devancer les exigences de l’occupant dit Antoine Compagnon (...) Responsable du « Musée des sociétés secrètes » installé dans l’immeuble du Grand Orient saisi, Bernard Faÿ mène en fait une lutte sans merci contre les francs-maçons, pillant les loges, saisissant leurs biens et leurs archives, en zone nord comme en zone sud, avec l’aide de ses hommes de mains (Philippe Poirson, William Gueydan de Roussel), de la police française, mais aussi de la police nazie, sous la direction du lieutenant Moritz (Ernst Moritz Hesse [4]. » Sa dénonciation du complot judéo-maçonnique semble aux yeux des allemands suffisamment solide pour que son nom figure dans la liste de noms sélectionnés proposée le 1er mars 1941 par le SD à Otto Abetz pour diriger l'Office central juif[5].

Bernard Faÿ veut donner à la Bibliothèque nationale une véritable place au sein du nouveau régime qu'il soutient totalement. Il remet pour cela au maréchal Pétain, en 1943, un rapport où est défini le rôle de la Bibliothèque nationale dans l'effort de redressement national. La Bibliothèque manquant de personnel en ces années de guerre, il engage des vacataires qui permettent de faire tourner les services malgré les difficultés matérielles. Enfin, il s'astreint à un travail de réorganisation administrative, créant notamment le département de la Musique (1942).

Pendant ce temps, Julien Cain, son prédécesseur, est revenu en France à Marseille, puis à Clermont-Ferrand près de Vichy, puis en zone occupée à Paris où il milite avec les communistes et où il est arrêté par les Allemands, avant d'être déporté en Allemagne au camp de Buchenwald d'où il reviendra après sa libération le 11 avril 1945.

Sous la direction de Faÿ, « la B.N. devint donc très vite un instrument non seulement docile mais même pionnier de la Révolution nationale »[6]. Une « Bibliothèque d'histoire de la France contemporaine » (BHFC) instituée au sein de la BN au début de 1941 et dont la direction est confiée à Adrien Dansette, et qui fut chargée de l'étude des documents qui avaient été confisqués dans les loges maçonniques interdites[7]. 64 000 noms de maçons furent fichés par « l'équipe des sociétés secrètes ». 18 000 noms furent publiés à partir d'août 1941. 3 000 fonctionnaires perdirent alors leur emploi.

Archives de la franc-maçonnerie[modifier | modifier le code]

Bernard Faÿ joue un rôle très important dans la politique anti-maçonnique de Vichy qui considère que la franc-maçonnerie a une influence négative sur la France, causant son abaissement tant sur le plan intérieur qu'extérieur. D'opinion politique royaliste, Bernard Faÿ appartient au courant contre-révolutionnaire qui se reconnaît dans le discours passéiste et rural de Vichy qui veut remédier à ce qu'il perçoit comme le déclin de la France. Après les mesures d'interdiction du Grand orient de France et des autres sociétés secrètes, il est nommé chef du Service des sociétés secrètes (SSS), chargé de recueillir, de classer et d'étudier toutes les archives saisies dans les loges. Ce service travaillait en collaboration avec le SD allemand[8]. Selon la propagande du régime de Vichy, les francs-maçons seraient l'une des causes de la défaite de 1940. D'après l'Action française, ils auraient participé à un « complot » réunissant « le juif, le protestant, le maçon et le métèque » aussi nommé Anti-France.

Pour lutter contre ce « parasite monstrueux », Bernard Faÿ publie pendant quatre ans une revue, Les Documents maçonniques (avec comme rédacteur en chef le catholique traditionaliste Robert Vallery-Radot), qui cherche à démontrer la désastreuse influence de la franc-maçonnerie sur la France, il fait tourner un film, organise des conférences, une grande exposition au Petit Palais en octobre-novembre 1941, et crée à Paris un musée permanent des sociétés secrètes. Il entreprend surtout de répertorier tous les anciens francs-maçons dans un gigantesque fichier de près de 60 000 noms, qui sert notamment à exclure les anciens maçons de la fonction publique. Il comptera parmi ses collaborateurs Albert Vigneau[9],[10]. À la Libération, le bilan humain s'élève à environ un millier de francs-maçons français éliminés par les Allemands, soit par exécution, soit par déportation en camp de concentration.

Ses dernières années[modifier | modifier le code]

Il est arrêté le 19 août 1944 dans son bureau, à la Bibliothèque Nationale. Comme de nombreux collaborateurs, il prétend n'avoir fait qu'obéir aux ordres qui lui étaient donnés et avoir même aidé à se cacher les employés juifs de la BN. Le tribunal le condamne aux travaux forcés à perpétuité, à la confiscation de ses biens et à l'indignité nationale. Gertrude Stein et Alice B. Toklas interviennent vainement en sa faveur, convaincues qu'il leur a sauvé la vie pendant l'Occupation. Après la mort de Gertrude Stein, en juillet 1946, Alice B. Toklas continuera d'intercéder pour obtenir la grâce de Bernard Faÿ. La réalité du rôle de Bernard Faÿ – ou du moins son importance exacte – dans la relative protection dont ces deux femmes ont bénéficié est actuellement remise en cause par les spécialistes de Gertrude Stein, notamment Edward Burns et Janet Malcolm. Dans plusieurs articles du New Yorker, tout comme en 2007 dans l'ouvrage Two Lives: Gertrude and Alice[11], Janet Malcolm réexamine les faits.

Alors qu'il est soigné à l'hôpital d'Angers en 1951, Bernard Faÿ parvient à s'échapper et à quitter la France pour trouver refuge en Suisse à Fribourg, à la Villa Saint Jean et il enseignera au Collège Saint-Michel. Il est gracié en 1959 par le président Coty et meurt en 1978, sans avoir cessé de publier des études littéraires et historiques. Une messe de requiem est célébrée à Paris, en l'église Saint-Nicolas-du-Chardonnet, par Mgr Ducaud Bourget, en présence de Mgr Lefebvre.

Œuvres[modifier | modifier le code]

Histoire et histoire littéraire[modifier | modifier le code]

  • 1925 : Bibliographie critique des ouvrages français relatifs aux États-Unis (1770-1800)
  • 1925 : L'esprit révolutionnaire en France et aux États-Unis à la fin du XVIIIe siècle
  • 1925 : Panorama de la littérature contemporaine
  • 1926 : L’Empire américain et sa démocratie en 1926
  • 1927 : Faites vos jeux
  • 1928 : Vue cavalière de la littérature américaine contemporaine
  • 1929 : Benjamin Franklin, bourgeois d'Amérique
  • 1930 : Le Comte Arthur de Gobineau et la Grèce
  • 1930 : Essai sur la poésie
  • 1932 : George Washington, gentilhomme
  • 1932 : La Gloire du Comte Arthur de Gobineau
  • 1935 : La Franc-maçonnerie et la révolution intellectuelle du XVIIIe siècle
  • 1937 : Les forces de l'Espagne : voyage à Salamanque
  • 1939 : Civilisation américaine
  • 1939 : L’Homme, mesure de l'histoire. La recherche du temps
  • 1943 : L’Agonie de l'Empereur (récit historique)
  • 1952 : De la prison de ce monde, journal, prières et pensées (1944-1952)
  • 1959 : La grande révolution
  • 1961 : L’École de l'imprécation ou Les Prophètes catholiques du dernier siècle (1850-1950)
  • 1961 : Louis XVI ou la fin d'un monde
  • 1962 : L'aventure coloniale
  • 1965 : Naissance d'un monstre, l'opinion publique
  • 1966 : Les Précieux
  • 1969 : La Guerre des trois fous, Hitler, Staline, Roosevelt
  • 1970 : L’Église de Judas ?
  • 1970 : Beaumarchais ou les Fredaines de Figaro
  • 1974 : Jean-Jacques Rousseau ou le Rêve de la vie
  • 1978 : Rivarol et la Révolution
Préfaces
  • Le duc de Montmorency-Luxembourg, premier baron chrétien de France, fondateur du Grand Orient : sa vie et ses archives de Paul Filleul
Interview
  • C'est très probablement lui qui organise le long interview de Henry-Haye, ambassadeur de Vichy auprès des États-Unis, édité chez Plon en 1972, sous le titre La grande éclipse franco-américaine.

Sous Pseudonyme[modifier | modifier le code]

Bernard Faÿ a utilisé le nom de plume d'Elphège du Croquet de l'Esq[12] pour signer un ouvrage :

  • Pensées, maximes et apophtegmes choisis des moralistes français et étrangers à l'usage de la jeunesse studieuse (1954) paru chez Du conquistador en 1957 et préfacés par… Bernard Faÿ.

Traductions[modifier | modifier le code]

  • 1933 : cotraduction et préface de Gertrude Stein, Américains d'Amérique, histoire d'une famille américaine
  • 1934 : traduction de Gertrude Stein, Autobiographie d'Alice Toklas

Extraits des Documents maçonniques[modifier | modifier le code]

« Rien d'étonnant donc à voir le déclin de Louis XV correspondre à l'essor de la maçonnerie, et la mort du roi coïncider avec son triomphe… La maçonnerie tenait toutes les avenues de la cour, toutes les antichambres des ministres, l'Académie, la Censure, le Mercure de France, la Gazette de France, le ministère des Affaires étrangères, les cultes même… »

« Peu importait le régime, peu importait le souverain, pourvu qu'elle put s'incruster dans les bureaux et dans les antichambres ; ainsi la franc-maçonnerie se jugeait sûre de maintenir son influence […]. Société secrète, elle fuit la lutte en plein jour, à visage découvert, homme contre homme. Elle préfère la pénombre des corridors ministériels et la poussière des dossiers derrière laquelle l'intervention d'un scribe inconnu peut d'un trait d'écriture changer une décision ministérielle et disposer d'une place… »

— Bernard Faÿ, Documents maçonniques, août 1943, no 11

Références[modifier | modifier le code]

  1. Bulletin des bibliothèques de France n°2, 2010.
  2. Le cas Bernard Faÿ, du Collège de France à l'indignité nationale, 224 pages, éditions Gallimard, Paris, 2009, (ISBN 978-2070126194)
  3. Martine Poulain est elle-même l'auteur d'un ouvrage : Livres pillés, lectures surveillées, les bibliothèques françaises sous l'Occupation, Gallimard 2008, NRF essai, (ISBN 978-2070122950)
  4. Bulletin des bibliothèques de France, le cas de Bernard FaŸ par Martine Poulain
  5. Pascal Ory, Les collaborateurs, Points/Histoire, Seuil, 1976, p.155
  6. A. Compagnon, Le cas Bernard Faÿ du Collège de France à l'indignité nationale, Gallimard, 2012, p. 105.
  7. Lois du 11 mars 1941 complétant la loi du 11 août 1940.
  8. Jack Chaboud, La Franc-maçonnerie, histoire, mythes et réalité, Librio, 2004, p.40-41
  9. François Boulet, Leçon d'histoire de France, p.355
  10. André Combes, La franc-maçonnerie sous l'occupation, éditions du Rocher, 2001, Paris
  11. (en) Janet Malcolm, Two Lives : Gertrude and Alice, New Haven, Yale University Press,‎ 2007, 229 p. (ISBN 978-0-300-12551-1, lien LCCN?).
  12. Source BnF

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]