Anne Robert Jacques Turgot

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Anne Robert Jacques Turgot, baron de l'Aulne

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Anne Robert Jacques Turgot (école française, château de Versailles).

Naissance 10 mai 1727
Paris
Décès 18 mars 1781 (à 53 ans)
Paris
Nationalité Français
Pays de résidence Drapeau du Royaume de France Royaume de France
Profession
Homme d'État et économiste
Activité principale
Autres activités
Distinctions
Ascendants
Michel-Étienne Turgot, prévôt des marchands de Paris (père)
Madeleine Françoise Martineau de Brétignolles (mère)

Anne Robert Jacques Turgot, baron de l'Aulne[1], souvent appelé Turgot, né le 10 mai 1727 à Paris où il est mort le 18 mars 1781, est un homme politique et économiste français. Partisan des théories libérales de Quesnay et de Gournay, il est nommé Secrétaire d’État à la Marine, puis contrôleur général des finances du roi Louis XVI. Néanmoins, ses mesures pour tenter de réduire la dette nationale et d'améliorer la vie du peuple échouèrent ou furent révoquées par son successeur, le baron Jean Clugny de Nuits.

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Il est le plus jeune fils de Michel-Étienne Turgot, prévôt des marchands de Paris, et de Madeleine Françoise Martineau de Brétignolles, issue d’une ancienne famille normande. Il est éduqué par l’Église, et à la Sorbonne, où il est admis en 1749. Il s’appelle alors l’abbé de Brucourt. Il remet deux dissertations latines remarquées, Les avantages que la religion chrétienne a apportés à l’espèce humaine, et sur L'Histoire du progrès dans l’esprit humain. Le premier signe de son intérêt pour l’économie est une lettre de 1749 sur le billet de banque, écrit à son camarade l’abbé de Cicé, et réfutant la défense par l’abbé Terrasson du système de Law. Il se passionne pour la poésie et tente d’introduire dans la poétique française les règles de la prosodie latine. Sa traduction du quatrième livre de l'Énéide est accueillie par Voltaire comme la seule traduction en prose où il ait trouvé le moindre enthousiasme.

En 1750, il décide de ne pas entrer dans les ordres et s’en justifie, selon Pierre Samuel Dupont de Nemours, en disant qu’il ne peut porter un masque toute sa vie. En 1752, il devient substitut, et plus tard conseiller au Parlement de Paris, et, en 1753, maître des requêtes. En 1754, il fait partie de la chambre royale qui siège pendant un exil du Parlement. En 1755 et 1756, il accompagne Gournay, alors intendant de commerce, dans ses tournées d’inspection dans les provinces, et en 1760, pendant qu’il voyage dans l’est de la France et en Suisse, il rend visite à Voltaire, avec qui il se lie d’amitié. À Paris, il fréquente les salons, en particulier ceux de Françoise de Graffigny – dont on suppose qu’il a voulu épouser la nièce, Anne-Catherine de Ligniville (« Minette »), plus tard épouse du philosophe Helvétius et son amie à vie – Marie-Thérèse Geoffrin, Marie du Deffand, Julie de Lespinasse et la duchesse d’Envilie. C’est pendant cette période qu’il rencontre les théoriciens physiocrates, Quesnay et Gournay, et avec eux Dupont de Nemours, l’abbé Morellet et d’autres économistes.

Parallèlement, il étudie les diverses branches de la science, et des langues à la fois anciennes et modernes. En 1753, il traduit les Questions sur le commerce de l’anglais Josiah Tucker, et rédige ses Lettres sur la tolérance, et un pamphlet, Le Conciliateur, en défense de la tolérance religieuse. Entre 1755 et 1756, il compose divers articles pour l'Encyclopédie, et entre 1757 et 1760, un article sur les Valeurs des monnaies, probablement pour le Dictionnaire du commerce de l’abbé Morellet. En 1759, paraît son Éloge de Gournay.

Intendant[modifier | modifier le code]

En août 1761, Turgot est nommé intendant de la généralité de Limoges, laquelle inclut certaines des régions les plus pauvres et les plus surtaxées de France. Il y resta 13 ans. Il est déjà profondément marqué par les théories de Quesnay et Gournay, et s’emploie à les appliquer autant que possible dans sa province. Sa première idée est de continuer le travail, déjà commencé par son prédécesseur Tourny, de faire un relevé du territoire (cadastre), afin d’arriver à une estimation plus exacte pour la taille. Il obtient également une large réduction dans la contribution de la province. Il publie un Avis sur l’assiette et la répartition de la taille (17621770), et comme président de la Société d’agriculture de Limoges, offre des prix pour des expérimentations sur le principe de taxation. Quesnay et Mirabeau ont eux proposé une taxe proportionnelle (« impôt de quotité »), mais c’est une taxe distributive (« impôt de répartition ») que propose Turgot. Une autre idée est la substitution en ce qui concerne les corvées d’une taxe en monnaie levée sur la province entière, la construction de routes étant donnée à des contracteurs, ceci afin d’établir un réseau solide tout en distribuant plus justement les dépenses de sa construction.

En 1769, il écrit son Mémoire sur les prêts à intérêt, à l’occasion de la crise provoquée par un scandale financier à Angoulême. Pour lui, il s'agit que la question du prêt soit traitée scientifiquement, et non plus seulement d’un point de vue dépendant des recommandations d'une morale du religieux, issue en partie de la scholastique et réprouvant le profit[2]. Parmi les autres travaux écrits pendant l’intendance de Turgot figurent le Mémoire sur les mines et carrières et le Mémoire sur la marque des fers, dans lesquels il proteste contre les normes étatiques et l’intervention de l’État, et défend la libre concurrence. En même temps, il fait beaucoup pour encourager l’agriculture et les industries locales, entre autres les manufactures de porcelaine. Pendant la famine de 17701771, il applique aux propriétaires terriens cependant l’obligation d’aider les pauvres et particulièrement leurs métayers, et organise dans tous les ateliers de la province des bureaux de charité pour fournir une activité à ceux capables de travailler, et un secours aux infirmes. Parallèlement, il condamne la charité non discriminatoire. Turgot fait des curés, quand il peut, les agents de ses charités et de ses réformes. C’est en 1770 qu’il écrit ses fameuses Lettres sur la liberté du commerce des grains adressées au contrôleur général des finances, l’abbé Terray. Trois de ces lettres ont disparu, ayant été envoyées à Louis XVI par Turgot plus tard et jamais récupérées, mais celles qui restent démontrent que le commerce libre est de l’intérêt du propriétaire foncier, du fermier et aussi du consommateur, et demandent énergiquement un retrait des restrictions.

L’un des travaux les plus connus de Turgot, Réflexions sur la formation et la distribution des richesses, est écrit au début de son intendance, au bénéfice de deux étudiants chinois. En 1766, il rédige les Éphémérides du citoyen, qui paraissent en 17691770 dans le journal de Dupont de Nemours, et sont publiés séparément en 1776. Dupont, cependant, a altéré le texte pour le mettre plus en accord avec la doctrine de Quesnay, ce qui refroidit ses relations avec Turgot.

Après avoir tracé l’origine du commerce, Turgot développe la théorie de Quesnay selon laquelle le sol est la seule source de richesse, et divise la société en trois classes, les cultivateurs, les salariés ou les artisans, et les propriétaires. Après avoir discuté de l’évolution des différents systèmes de culture, de la nature des échanges et des négociations, de la monnaie, et de la fonction du capital, il choisit la théorie de l'« impôt unique », selon laquelle seul le produit net du sol doit être taxé. En conséquence, il demande encore une fois la liberté totale du commerce et de l’industrie.

Ministre[modifier | modifier le code]

Statue de Turgot (Hôtel de Ville de Paris)

Turgot est nommé ministre de Maurepas, le mentor du Roi, auquel il a été chaudement recommandé par l’abbé de Véry, un ami commun. Sa nomination comme ministre de la Marine en juillet 1774 est bien accueillie, notamment par les philosophes. Un mois plus tard, il est nommé contrôleur général des finances. Son premier acte est de soumettre au roi une déclaration de principe : pas de banqueroute, pas d’augmentation de la taxation, pas d’emprunt. La politique de Turgot, face à une situation financière désespérée, est de contraindre à de strictes économies dans tous les ministères. Toutes les dépenses doivent désormais être soumises pour approbation au contrôleur. Un certain nombre de sinécures sont supprimées, et leurs titulaires sont dédommagés. Les abus des « acquis au comptant[3] » sont combattus, cependant que Turgot fait appel personnellement au roi contre le don généreux d’emplois et de pensions.

Il envisage également une grande réforme de la ferme générale, mais se contente, au début, d’imposer ses conditions lors du renouvellement des baux : employés plus efficaces, suppression des abus des « croupes » (nom donné à une classe de pensions) – réforme que l'abbé Terray avait esquivée, ayant noté combien de personnes bien placées y étaient intéressées. Turgot annule également certains fermages, comme ceux pour la fabrication de la poudre à canon et l’administration des messageries, auparavant confiée à une société dont Antoine Lavoisier est conseiller. Plus tard, il modernise le service de diligences en remplaçant celles-ci par d’autres plus confortables qui sont surnommées « turgotines ». Il prépare un budget ordinaire.

Les mesures de Turgot réussissent à réduire considérablement le déficit, et améliorent tant le crédit national qu’en 1776, juste avant sa chute, il lui est possible de négocier un prêt à 4 % avec des banquiers, mais le déficit est encore si important qu’il l’empêche d’essayer immédiatement la mise en place de son idée favorite, le remplacement des impôts indirects par une taxe sur l’immobilier. Il supprime cependant bon nombre d’octrois et de taxes mineures, et s’oppose sur la base des finances du pays à la participation de la France à la guerre d'indépendance des États-Unis, sans succès.

Turgot dès sa nomination aux finances s'était mis au travail pour établir le libre-échange dans le domaine des grains (suppression du droit de hallage), mais son décret, signé le 13 septembre 1774, rencontre une forte opposition dans le Conseil même du roi. Le préambule de ce décret, exposant les doctrines sur lesquelles il est fondé, lui gagne l’éloge des philosophes mais aussi les railleries des beaux esprits, aussi Turgot le réécrit-il trois fois pour le rendre « si purifié que n’importe quel juge de village pourrait l’expliquer aux paysans. » Turgot devient la cible de tous ceux qui ont pris intérêt aux spéculations sur le grain sous le régime de l’abbé Terray, ce qui inclut des princes de sang. De plus, le commerce des blés a été un sujet favori des salons et le spirituel Galiani, l’adversaire des physiocrates, a de nombreux partisans. L’opposition de l’époque est le fait de Linguet et Necker, qui en 1775 a publié son Essai sur la législation et le commerce des grains.

Pourtant, le pire ennemi de Turgot s’avère être la médiocre moisson de 1774, qui mène à la hausse du prix du pain pendant l’hiver 1774 et le printemps 1775. En avril, les perturbations surgissent à Dijon, et, au début de mai, ont lieu les grandes émeutes frumentaires connues comme la « guerre des farines », qui peut être considérée comme le signe avant-coureur de la Révolution française. Turgot fait preuve d’une grande fermeté et d’un grand esprit de décision dans la répression des émeutes, et bénéficie du soutien de Louis XVI. Sa position est affermie par l’entrée de Malesherbes parmi les ministres en juillet 1775.

Pour ce qui est de ses relations avec Adam Smith, Turgot écrit : « Je me suis flatté, même de son amitié et estime, je n’avais jamais celui de sa correspondance », mais il n’y a aucun doute qu'Adam Smith a rencontré Turgot à Paris et il est généralement admis que La Richesse des nations doit beaucoup à Turgot[4].

Enfin, Turgot présente au Conseil du roi en janvier 1776 les fameux Six Décrets de Turgot. Sur les six, quatre sont d’importance secondaire. Les deux qui ont rencontré une opposition violente sont le décret supprimant la corvée royale et la suppression des jurandes et maîtrises (corporations). Dans le préambule, Turgot annonce courageusement son objectif d’abolir les privilèges et de soumettre les trois ordres à taxation — le clergé en a ensuite été exempté, notamment à la demande de Maurepas. Dans le préambule au décret sur les jurandes, il fixe comme principe le droit de chaque homme pour travailler, sans restriction.

Il obtient l’enregistrement des décrets par le lit de justice du 12 mars, mais, à ce moment-là, presque tout le monde est contre lui. Ses attaques contre les privilèges lui ont gagné la haine de la noblesse et du Parlement ; sa réforme de la Maison du roi, celle de la Cour ; sa législation de libre-échange, celle « des financiers » ; ses avis sur la tolérance et sa campagne contre les serments du sacre vis-à-vis des protestants, celui du clergé ; enfin, son décret sur les jurandes, celui de la bourgeoisie riche de Paris et d’autres, comme le Prince de Conti, dont les intérêts sont engagés. La reine Marie-Antoinette ne l’aime guère depuis qu’il s’est opposé à l’octroi de faveurs à ses favoris, comme la duchesse de Polignac.

Tout pouvait encore aller bien si Turgot conservait la confiance du roi, mais le roi ne manque pas de voir que Turgot n’a pas l’appui des autres ministres. Même son ami Malesherbes pense qu’il est trop impétueux. L’impopularité de Maurepas va également croissante. Que ce soit par jalousie de l’ascendant que Turgot a acquis sur le roi, ou par l’incompatibilité naturelle de leurs personnages, Maurepas bascule contre Turgot et se réconcilie avec la reine. C’est vers cette époque qu’apparaît une brochure, Songe de M. Maurepas, généralement attribué au comte de Provence (futur Louis XVIII), contenant une caricature acide de Turgot.

Avec les physiocrates, Turgot croit en l’aspect éclairé de l’absolutisme politique et compte sur le roi pour mener à bien toutes les réformes. Quant aux Parlements, il s’est opposé à toute intervention de leur part dans la législation, considérant qu’ils n’avaient aucune compétence hors la sphère de la justice. Il reconnaît le danger des vieux Parlements, mais se révèle incapable de s’y opposer efficacement depuis qu’il a été associé au renvoi de Maupeou et de l’abbé Terray et semble avoir sous-estimé leur pouvoir. Il s’oppose à la convocation des États généraux préconisée par Malesherbes le 6 mai 1775, probablement en raison de l’important pouvoir qu’y ont les deux ordres privilégiés. Son plan personnel se trouve dans son Mémoire sur les municipalités qui a été soumis d’une façon informelle au roi. Dans le système proposé par Turgot, les propriétaires seuls doivent former l’électorat, aucune distinction n'étant faite entre les trois ordres. Les habitants des villes doivent élire des représentants par zone municipale, qui à leur tour élisent les municipalités provinciales, et ces dernières une grande municipalité, qui n’a aucun pouvoir législatif, mais doit être consultée pour l’établissement des taxes. Il faut y combiner un système complet d’éducation, et de charité visant à soulager les pauvres.

Louis XVI recule devant l’ampleur du plan de Turgot. Il reste à Turgot à choisir entre une réforme superficielle du système existant et une réforme totale des privilèges — mais il aurait fallu pour cela un ministre populaire et un roi fort.

Avec l'aide de son conseiller, le banquier suisse Isaac Panchaud, il prépare à la fin de son mandat la création de la Caisse d'Escompte, ancêtre de la banque de France, qui a pour mission de permettre une baisse des taux d'intérêt des emprunts commerciaux, puis publics.

La chute[modifier | modifier le code]

La cause immédiate de la chute de Turgot est incertaine. Certains parlent d’un complot, de lettres fabriquées de toutes pièces, et attribuées à Turgot, contenant des attaques sur la reine Marie-Antoinette, d’une série de notes sur le budget de Turgot préparée, dit-on, par Necker et montrée au roi pour prouver son incapacité. D’autres l’attribuent à la reine et il n’y a aucun doute sur sa haine de Turgot depuis qu’il a soutenu Vergennes dans l’affaire du comte de Guines.

D’autres l’attribuent à une intrigue de Maurepas. En effet, après la démission de Malesherbes en avril 1776, Turgot tente de placer l’un de ses candidats. Très mécontent, Maurepas propose au roi comme son successeur un nommé Amelot. Turgot, l’apprenant, écrit une lettre indignée au roi, et lui montre en termes énergiques les dangers d’un ministère faible, se plaint amèrement de l’indécision de Maurepas et de la soumission de ce dernier aux intrigues de cour. Bien que Turgot ait demandé à Louis XVI de garder la lettre confidentielle, le roi la montre à Maurepas.

Avec tous ces ennemis, la chute de Turgot est certaine, mais il tente de rester à son poste assez longtemps pour finir son projet de la réforme de la Maison du roi, avant de démissionner. Cela ne lui est même pas accordé : le 12 mai, on lui ordonne d’envoyer sa démission[5]. Il se retire dès le 13 mai 1776, partant pour La Roche-Guyon au château de la duchesse d’Enville, puis retourne à Paris, où il consacre le reste de sa vie aux études scientifiques et littéraires. En 1777, il est fait vice-président de l’Académie des inscriptions et belles-lettres.

Son tombeau se trouve auprès de celui de son père Michel-Étienne Turgot, dans la chapelle de l’ancien hôpital Laennec, à Paris 7e.

Personnalité[modifier | modifier le code]

Les commentateurs décrivent Turgot comme un homme simple, honorable et droit, passionné de justice et de vérité : un idéaliste, ou « un doctrinaire » ; les termes « des droits naturels », « la loi naturelle », se trouvent fréquemment sous sa plume. Ses amis parlent de son charme et de sa gaieté dans les relations intimes, tandis qu'entouré d’étrangers, silencieux et maladroit, il donne une impression de réserve et de dédain. Ainsi ses amis comme ses ennemis s’accordent sur un point : sa brusquerie et son manque de tact dans les relations humaines ; August Oncken[6],[7] relève et souligne le ton de « maître d’école » de sa correspondance, même avec le roi.

Les jugements sont partagés à propos de ses qualités d’homme d’État, mais on considère généralement qu’il est à l’origine d’un grand nombre des réformes et des idées de la Révolution française. Souvent ce ne sont pas ses idées propres, mais on lui doit de les rendre publiques. Concernant ses qualités d’économiste, les avis sont aussi partagés. Oncken, pour prendre le plus négatif des avis, le voit comme un mauvais physiocrate et un penseur confus, tandis que Léon Say considère qu’il est le fondateur de l’économie politique moderne et que « bien qu’il ait échoué au XVIIIe siècle, il a triomphé au XIXe siècle ». Jugement partagé par Murray Rothbard, lequel y voit le plus grand économiste du XVIIIe siècle avec Cantillon et estime[8] que, sur certains points, la théorie économique a perdu plusieurs dizaines d’années en ne s’inspirant pas de ses conceptions :

« c’était un génie unique, ce qu’il est quand même difficile de dire des Physiocrates. Sa compréhension de la théorie économique était incommensurablement supérieure à la leur, et la manière dont il traita le capital et l’intérêt est quasiment inégalée encore aujourd’hui[9]. »

Pour Schumpeter, sa théorie de la formation des prix était

« presque irréprochable et, mis à part une formulation explicite du principe marginaliste, se trouve à une distance palpable de celle de Böhm-Bawerk. »

La théorie de l’épargne, de l’investissement et du capital était « la première analyse sérieuse de ces questions » et

« a tenu remarquablement longtemps. Il est douteux qu’Alfred Marshall soit parvenu à la dépasser, et certain que J.S. Mill ne l’a pas fait. Böhm-Bawerk y a sans doute ajouté une nouvelle branche mais, pour l’essentiel, il avait repris les propositions de Turgot. »
« La théorie de l’intérêt de Turgot est non seulement le plus grand exploit […] du XVIIIe siècle, mais elle préfigurait nettement une bonne partie des meilleures réflexions des dernières décennies du XIXe siècle. »

En somme,

« il n’y a pratiquement aucune erreur discernable dans ce tout premier traité de la valeur et de la distribution, traité dont la mode allait tellement se développer dans les dernières décennies du XIXe siècle. Ce n’est pas exagérer que de dire que l’analyse économique a pris un siècle pour se retrouver où elle aurait pu en être vingt ans après la publication du Traité de Turgot si son contenu avait été correctement compris et assimilé par une profession plus éveillée ».

Principales œuvres de Turgot[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Ouvrages[modifier | modifier le code]

  • Condorcet, Vie de Monsieur Turgot, Association pour la diffusion de l’économie politique, Paris, 1997. www.economiepolitique.net
  • (en) Douglas Dakin, Turgot and the Ancient Régime in France, London, Methuen & Co.,‎ 1939
  • Edgar Faure, La disgrâce de Turgot : 12 mai 1776, Paris, Gallimard, coll. « Trente journées qui ont fait la France » (no 16),‎ 1961, 616 p. (ISBN 2-07-022347-7)
  • Lucien Laugier, Turgot, ou le mythe des réformes, Paris, Albatros
  • (en) Steven L. Kaplan, Bread, Politics and Political Economy in the Reign of Louis XV, 2 T. La Haye, Martinus Nijhoff, 1976.
  • Arnaud de Maurepas, Antoine Boulant, Les ministres et les ministères du siècle des Lumières (1715-1789). Étude et dictionnaire, Paris, Christian-JAS, 1996, 452 p.
  • (en) Ronald L. Meek, Social Science and the Ignoble Savage, Cambridge University Press, 1976
  • M. Monjean, « Turgot » in Charles Coquelin et Gilbert-Urbain Guillaumin, Dictionnaire de l'économie politique : contenant l'exposition des principes de la science. 2. J-Z / publié sous la direction de MM. Ch. Coquelin et Guillaumin, Paris, Guillaumin,‎ 1852-1853 (lire en ligne)
  • Jean-Pierre Poirier, Turgot, Perrin, 1999
  • G. Schelle, Léon Say (dir.) et Joseph Chailley (dir.), Nouveau dictionnaire de l’économie politique, t. 2 : I — Z, Paris, Guillaumin et Cie,‎ 1900, 2e éd. (lire en ligne), « Turgot », p. 1122-1135
  • Luc-Normand Tellier, Face aux Colbert : les Le Tellier, Vauban, Turgot... et l'avènement du libéralisme, Presses de l'Université du Québec, 1987, 816 p. (lire en ligne)
  • Turgot, Écrits économiques, Paris, Calmann-Lévy,‎ 1994 (ISBN 9782702105368, présentation en ligne)
  • Georges Weulersse, La Physiocratie sous les ministères de Turgot et de Necker, 1774-1781, Paris, Presses universitaires de France, 1950
  • Luc Bihl et Luc Willette, Une histoire du mouvement consommateur - Mille ans de luttes, Éd. Aubier, 1984, ISBN 9 782700 703498. Chapitre III et IV - Rééditions 1994 - 2003. Incontournable.
  • Jean-Philippe Zanco, Dictionnaire des Ministres de la Marine 1689-1958, S.P.M. Kronos, Paris 2011.
  • Catherine Salles, Le Siècle des Lumières : 1715-1789, Paris, Larousse-Sélection du Reader's Digest,‎ 1992, 172 p. (ISBN 2-7098-0353-4)

Articles[modifier | modifier le code]

  • Bernard Delmas, « Les Physiocrates, Turgot et Le grand secret de la science fiscale », Revue d’Histoire Moderne et Contemporaine, vol. 56, no 2,‎ avril-juin 2009, p. 79-103
  • Rabah Benkemoune, « Information et allocation efficace des ressources dans une économie décentralisée : Organisation des marchés chez Turgot et Gustave de Molinari », Cahiers d'économie Politique, no 50,‎ 2006 , p. 87-101 (lire en ligne).
  • Sylvie Cieply et Nicolas Le Pape, « La théorie du rationnement du crédit a-t-elle négligé Anne Robert Jacques Turgot ? », Cahiers d'économie Politique, no 50,‎ 2006 , p. 103-121 (lire en ligne).
  • Nikolas Promyslov, « Turgot en Limousin (d'apres les documents d'archives russes) », dans Les Historiens russes et française après le Communism, Société des études robespierristes, coll. « Étude révolutionnaires »,‎ 2003 (ISBN 2-908327-48-1), p. 13-24.
  • « Portrait : Turgot 1727-1781 », La nouvelle lettre, no 1062,‎ 15 janvier 2011, p. 8 (lire en ligne)
  • Francisco Vergara, « Intervention et laisser-faire chez Turgot (Le rôle de l'État selon le droit naturel) », Cahiers d'économie Politique / Papers in Political Economy, no 54,‎ 1er semestre 2008, p. 149-169 (lire en ligne).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. également orthographié « de Laune » ou « de Launes », selon les auteurs.
  2. René Taveneaux, Jansénisme et prêt à intérêt, Paris, Librairie Philosophique J. Vrin,‎ 1977, 240 p. (ISBN 9782711606962), p. 77
  3. Ordonnances pour des dépenses dont le motif n'était pas connu de la cour des comptes. (http://www.blason-armoiries.org/institutions/c/comptant.htm)
  4. séminaire autour d'A.C. Hoyng et J. Gallais-Hamonno sur la question "Adam Smith a-t-il plagié Turgot ?"
  5. Salles 1992, p. 130
  6. « Turgot and the six edicts. By Robert Perry Shepherd », sur Google Books (consulté le 30 juillet 2011)
  7. Wilhelm Oncken
  8. « L'éclat de Turgot par Murray Rothbard » [LIEN MORT ?]
  9. georgeslane.tooblog.fr [LIEN MORT ?]

Liens externes[modifier | modifier le code]

En anglais, avec des liens vers des textes en anglais et en français[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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