Médéric Louis Élie Moreau de Saint-Méry

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

Moreau de Saint-Méry

Description de cette image, également commentée ci-après

Pastel de James Sharples.

Naissance 13 janvier 1750
Fort-Royal, Martinique
Décès 28 janvier 1819 (à 69 ans)
Philadelphie
Activité principale Historien
Autres activités
Signature de Moreau de Saint-Méry.

Médéric Louis Élie Moreau de Saint-Méry, né le 13 janvier 1750 à Fort-Royal, en Martinique et mort le 28 janvier 1819 à Philadelphie, est un historien célèbre pour sa contribution à l’histoire d’Haïti.

Avocat, homme d’une vaste culture juridique, c’est aussi un acteur de la Révolution française. Moreau de Saint-Méry est un colon créole[1], érudit et propriétaire d’esclaves, en rupture avec les principes de la philosophie du droit naturel, pour revendiquer le despotisme légal du régime esclavagiste et la ségrégation contre les hommes libres de couleur par le préjugé de couleur[pas clair].

Sa formation[modifier | modifier le code]

Avocat au Parlement de Paris en 1771, il s’embarque en 1776 pour l’île de Saint-Domingue et s’installe au Cap-Français où il se voit gratifié d’un poste au Conseil supérieur de Cap. Il s’intéresse au problème de la codification des lois coloniales et publie Lois et Constitutions des colonies françaises sous le vent. En 1785, il devient franc-maçon[2].

Révolution française[modifier | modifier le code]

Il revient à Paris en 1788 où il participe à la création d’un comité colonial, destiné à empêcher toute réforme du système esclavagiste, et collabore aux travaux du club de l'hôtel Massiac, représentant les grands planteurs esclavagistes à Paris.

Le 1er juillet 1789, Saint-Méry devient président de l’assemblée générale des Électeurs parisiens, il participe au 14 juillet comme membre du Comité des électeurs et organise la distribution des armes aux révoltés. Le 18 septembre, il se fait admettre comme député de la Martinique à l’Assemblée Constituante. Il participe aux débats à l’Assemblée constituante sur la question coloniale de mai 1791 sur la question de l’appartenance ou non des Africains et de leur descendants au genre humain. Député esclavagiste, il s’opposa aux revendications du métis de Saint-Domingue, Julien Raimond, pour la citoyenneté active dans le cadre de la constitution censitaire de 1791. Moreau de Saint-Méry fut l’artisan de la consécration constitutionnelle de l’esclavage lors du vote de l’Assemblée nationale constituante pour le décret du 13 mai 1791.

Lois et constitutions des colonies françaises de l’Amérique[modifier | modifier le code]

Moreau de Saint-Méry, Président des Électeurs de Paris au Mois de Juillet 1789.

C’est son ami Jean-Jacques Fournier de Varennes, dit le marquis de Bellevue, descendant d’une grande famille de Saint-Malo, commandant de la milice et membre de chambre d’agriculture du Cap-Français de Saint-Domingue, qui l’aide à écrire son plus fameux ouvrage, Lois et constitutions des colonies françaises de l’Amérique sous le vent[3] en complète rupture avec la philosophie des Lumières.

Saint-Méry y développe une théorie arithmétique de l’épiderme dans les colonies, qui hiérarchise les cent vingt-huit combinaisons possibles du métissage noir-blanc (mulâtres, affranchis, noirs créoles, etc.). Cette démarche traduit la préoccupation majeure des colons esclavagistes : la discrimination par l’épiderme, selon le préjugé de couleur[4]. La caste des colons blancs esclavagistes constitue l’« aristocratie de l’épiderme[5]. »

Membre du club des Feuillants, nouvelle formation politique après l’expulsion du club des jacobins de membres réputés contre-révolutionnaires au nombre desquels les frères Alexandre de Lameth et Charles Malo de Lameth, Antoine Barnave, il est attaqué par les fédérés de Marseille et il se réfugie, avec sa femme et ses deux fils, aux États-Unis avant de revenir en France en 1798 où l’appui de Talleyrand lui vaut une charge au ministère de la Marine.

Administrateur à Parme[modifier | modifier le code]

Par le traité d'Aranjuez du 21 mars 1802, le duc Ferdinand Ier perd son duché au profit de la France. Présent à Parme depuis mars 1801 pour préparer ces changements, Moreau de Saint-Méry prend possession du duché en qualité d’administrateur délégué général des États parmesans, patronné par Talleyrand[6]. Par une série d’actes administratifs, il met en place d’importantes innovations dans le domaine du droit : il abolit les lois anti-hébraïques, interdit la torture, sépare complètement les lois civiles des lois pénales. Il réforme les tribunaux en introduisant de nouvelles lois, certaines dérivées de la nouvelle législation française. Le 1er juillet 1805, les réformes juridiques qu’il a mises en place disparaissent avec l’introduction du code Napoléon dans tout l’Empire.

Le mécontentement de la population lié à la conscription militaire culmine en 1806 avec la révolte des paysans de Castel San Giovanni, qui dégénère en combat avec les militaires français à Bardi, Borgotaro. Napoléon voit dans ces évènements la preuve de l’incapacité de Moreau à gérer la situation : il le fait remplacer par le général Junot qui reçoit des ordres pour une répression sévère[2]. Moreau tombe en disgrâce, sans charge ni salaire de conseiller d’État, et rentre à Paris ruiné non sans emmener des documents anciens dont un code datant du IXe siècle[2]. L’impératrice Joséphine, peut-être parce qu’elle aussi est née à la Martinique, lui accorde une maigre pension, qu’il touche jusqu’à sa mort. Il se consacre à la franc-maçonnerie et devient, en 1810, grand officier d'honneur du Grand-Orient[2]. En 1817, ces difficultés financières se résolvent lorsque Louis XVIII lui rachète ses archives et sa bibliothèque [2]. Il meurt le 28 janvier 1819 à Philadelphie où il fréquente d’autres ex-planteurs de sucre comme Jean-Simon Chaudron et devient l’une des figures de la communauté des réfugiés français de Saint-Domingue en Amérique.

Lors de son séjour à Parme, il publie une étude sur la danse dédiée « aux Créoles, par leur admirateur ».

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Entendu au sens du XVIIIe siècle de « personne de race blanche » née sous les Tropiques de parents venus d'Europe et qui s'y sont installés, par opposition aux Français, Espagnols, Portugais récemment arrivés d'Europe ou simplement de passage sur une ile tropicale et aux non-blancs.
  2. a, b, c, d et e Zannoni 2006, p. 49
  3. [1]
  4. http://www.monde-diplomatique.fr/2008/02/VENTURA/15605
  5. Description topographique de la partie française de Saint-Domingue
  6. (it) Adele Vittoria Marchi, Parma e Vienna, édition Artegrafica Silva Parma, 1988 ; Gianfranco Stella, Parma, édition Quaderni Parmensi, 1988.

Publications[modifier | modifier le code]

  • Lois et constitutions des colonies françoises de l’Amérique sous le Vent, Paris, 1784-1785, 6 vol.
  • Description topographique et politique de la partie espagnole de l’isle Saint-Domingue, Philadelphie, 1796
  • Idée générale ou abrégé des sciences et des arts à l'usage de la jeunesse, Philadelphie, 1796
  • Description topographique, physique, civile, politique et historique de la partie française de l’isle Saint-Domingue, Philadelphie, Paris, Hambourg, 1797-1798
  • Description topographique et statistique des États de Parme, Plaisance et Guastalla, 8 vol. (manuscrit inédit conservé à Parme)
  • De la danse, Parme, Bodoni, 1801 (et réédité en 1803).
  • Discours sur l'utilité du musée établi à Paris, prononcé dans sa séance publique du 1er décembre 1784, par M. L.-E. Moreau de Saint-Méry, Parme, Bodoni, 1805, 32 p. (numérisé Gallica)
  • Discours sur l'utilité des assemblées publiques littéraires, par M. L.-E. Moreau de Saint-Méry, Parme, Bodoni, 1805, 28 p. (numérisé Gallica)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (it) Emilia Carra, Gli inediti di Moreau de Saint-Méry à Parme, Parme, Fresching,‎ [1954].
  • Florence Gauthier, L’Aristocratie de l’épiderme. Le combat de la société des citoyens de couleurs, 1789-1791, Paris, CNRS Editions,‎ 2007. (ouvrage confrontant les positions de Moreau de Saint-Méry à celle de Julien Raimond pendant la période révolutionnaire)
  • (it) Adele Vittoria Marchi, Parma e Vienna : cronaca di tre secoli di rapporti fra il ducato di Parma Piacenza e Guastalla e la corte degli Asburgo, Parme, Artegrafica Silva,‎ 1988.
  • Christine Peyrard, Francis Pomponi et Michel Vovelle, dir., L'administration napoléonienne en Europe : adhésions et résistances, Aix-en-Provence, Publications de l'Université de Provence,‎ 2008.
  • (it) Gianfranco Stella, Parma, Parme, Quaderni Parmens,‎ 1988.
  • Gérard Thélier, Le Grand Livre de l’esclavage, des résistances et de l’abolition: Martinique, Guadeloupe, la Réunion, Guyane, Chevagny-sur-Guye, éditions Orphie,‎ 1998, p. 123.
  • Jacques Thibau, Le Temps de Saint-Domingue, l'esclavage et la Révolution française, Paris, Jean-Claude Lattès,‎ 1989.
  • (it) Mario Zannoni, Napoleone Bonaparte a Parma nel 1805, Parme, MUP-Fondazione Monte di Parma,‎ 2006 Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article

Biographie et sources manuscrites[modifier | modifier le code]

Catalogue des livres et manuscrits de la bibliothèque de feu M. Moreau de Saint-Méry,... dont la vente se fera le mercredi 15 décembre 1819, Paris, Merlin, novembre 1819, VIII-109 p.

Moreau de Saint-Méry, Description topographique et statistique des États de Parme, Plaisance et Guastalla, 8 vol. (manuscrit inédit).

Journal de Moreau de Saint-Méry (manuscrit inédit)

Taffin (Dominique), dir., Moreau de Saint-Méry ou Les ambiguïtés d'un créole des Lumières : actes du colloque des 10-11 septembre 2004 organisé par les Archives départementales de la Martinique et la Société des amis des archives et de la recherche sur le Patrimoine culturel des Antilles avec le concours de l'Université des Antilles et de la Guyane, Fort-de-France, Société des amis des archives et de la recherche sur le patrimoine culturel des Antilles, 2006

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]