Martyr

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Martyre de 10000 chrétiens, peinture viennoise par Albrecht Dürer.

Un martyr (du grec ancien μάρτυς / mártus (« témoin »)) est un non-violent absolu, qui consent à aller jusqu’à se laisser tuer pour témoigner de sa foi, plutôt que d’abjurer. « Martyr » appartient essentiellement, et à l'origine, à la terminologie chrétienne ; il doit être différencié du martyre qui est l’acte même de mise à mort ou les tourments infligés.

  • Polysémie : le mot martyr est parfois utilisé dans le sens plus large de « victime » (les martyrs du génocide, un martyr de la science) voire — et cela constitue un contresens — celui de « kamikaze », c’est-à-dire « celui qui se tue dans le but de tuer ». Voir également catégorie:Massacre

Références scripturaires[modifier | modifier le code]

Le mot a été utilisé pour la première fois dans un sens religieux par l’auteur des Actes des Apôtres :

« Mais vous recevrez une puissance, le Saint Esprit survenant sur vous, et vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée, dans la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre. »

— (1:8)

« Il faut donc que, parmi ceux qui nous ont accompagnés tout le temps que le Seigneur Jésus a vécu avec nous, depuis le baptême de Jean jusqu’au jour où il a été enlevé du milieu de nous, il y en ait un qui nous soit associé comme témoin de sa résurrection. »

— (1:21–22)

Dans le sens de « témoin et victime », le mot est utilisé dans l’Apocalypse dans l'adresse à l’Église de Pergame, puis lors de l'ouverture du cinquième sceau :

« Tu retiens mon nom, et tu n’as pas renié ma foi, même aux jours d’Antipas, mon témoin fidèle, qui a été mis à mort chez vous, là où Satan a sa demeure. »

— (2:13)

« Quand il ouvrit le cinquième sceau, je vis sous l’autel les âmes de ceux qui avaient été immolés à cause de la parole de Dieu et à cause du témoignage qu’ils avaient rendu. »

— (6:9)

Peu à peu, le mot « martyr » garda uniquement ce sens.

Martyr est utilisé aussi pour définir un membre d'un équipage pirate, c'est le membre qui est toujours prêt a donner sa vie pour son équipage.

Doctrine chrétienne[modifier | modifier le code]

L’Évangile indique l’attitude à adopter face à la persécution : « Si l’on vous persécute dans une ville, fuyez dans une autre » [1]. Il ne s’agit pas de rechercher le martyre de manière quasi suicidaire, par provocation. En même temps, il n’y a pas de plus bel amour que celui de mourir pour ses amis : le martyre est un idéal et une grâce. Celui qui est acculé au martyre (ayant par exemple le choix entre un geste de reniement ou de profanation ou la confession de sa foi) doit l’accepter comme une grâce ; ceux qui « trébuchent » sont appelés lapsi et ne peuvent être réintégrés dans l’Église qu’au terme d’une période de pénitence. Le Christ a promis aux martyrs l’inspiration des paroles qu’ils devront prononcer et la force pour subir leur supplice, à l’image de celui de la Croix.

Le martyre est un « baptême sanglant ». Celui qui meurt ainsi, même non baptisé, a ses péchés pardonnés et il obtient ipso facto la béatitude céleste. Dès lors, le martyr peut devenir un intercesseur. (Dans l’Antiquité, certains futurs martyrs emprisonnés ont joué ce rôle de leur vivant, ce qui n’était pas sans poser des problèmes).

Seuls les martyrs en communion avec l’Église ou exprimant in extremis le désir de l’être (comme saint Hippolyte) méritent ce titre et obtiennent cette grâce. Les victimes hérétiques ou schismatiques des persécutions (donatistes p.ex.) ne sont pas vénérées comme des saints et l’Église ne se prononce pas sur leur salut.

Saint Ignace d'Antioche conçoit le martyre comme une libation pour accomplir l'Évangile du Christ Jésus.

L’Église catholique et l'Église orthodoxe commémorent le dies natalis (jour de la naissance au Ciel) des martyrs et, en général, des saints ; le calendrier qui rappelle ces événements est appelé martyrologe.

Pour l'Église catholique, le martyre est une « exaltation de la sainteté inviolable de la Loi de Dieu », qui peut se manifester dans le « respect inconditionnel dû aux exigences absolues de la dignité personnelle de tout homme » (...) « sur qui brille la splendeur de Dieu »[2].

Martyrs célèbres chrétiens[modifier | modifier le code]

Crucifixion de saint Pierre, par Le Caravage.

Pour les chrétiens, le premier martyr (ou protomartyr) est saint Étienne, lapidé par ses auditeurs à Jérusalem, en présence de Saul, connu comme saint Paul.

Jésus fut crucifié, mais n'est pas appelé « martyr » par les chrétiens. Les chrétiens considèrent que le martyr rend témoignage de la mort de Jésus-Christ, lequel est mort pour le salut de tous les hommes.

Parmi les apôtres de Jésus-Christ, beaucoup sont réputés avoir subi le martyre, tel saint Pierre, crucifié la tête en bas, sous l'empereur Néron (64), saint Paul, tué la même année, ou saint Barthélemy, écorché vif.

Saint Jean serait le seul apôtre à avoir été martyr et à être resté vivant et indemne (Tertullien). Il était très jeune pendant la vie de Jésus sur Terre, et est mort très âgé en exil. L'évangile selon saint Jean est, parmi les quatre évangiles retenus dans le canon, le dernier écrit (vers l'an 100). Saint Jean est le seul à employer l'expression Paraclet au sujet de l'Esprit Saint. L'expression figure dans le Discours de la Cène (par exemple Jn, 14, 16), qui n'a pas d'équivalent dans les évangiles synoptiques. Saint Jean peut ainsi être considéré comme un témoin.

Les premiers saints de l'Église étaient des martyrs. Par la suite, l'expression saint a été élargie.

L’Empire romain connut plusieurs époques de persécution contre les chrétiens. On reprochait particulièrement à ceux-ci leur refus de sacrifier au culte de l’Empereur et de servir dans l’armée. Le règne de Dioclétien connut la dernière, mais aussi la plus importante de ces persécutions de l'Antiquité.

Il y a eu des martyrs à toutes les époques de l'Histoire. Tous les martyrs n'ont pu être relevés officiellement et tous les saints ne sont pas notés dans le calendrier. La fête de Tous les Saints (Toussaint, 1er novembre en Occident, Dimanche après la Pentecôte) célèbre cette foule de noms connus ou inconnus.

Parmi les martyrs célèbres ou représentatifs, par ordre chronologique :

Martyrs catholiques[modifier | modifier le code]

Martyrs orthodoxes[modifier | modifier le code]

  • Néo-Martyrs : chrétiens qui, sous l'occupation ottomane, ont été tenus pour convertis à l'islam - que ce soit réellement ou injustement - et qui, après un repentir et une mise à l'épreuve plus ou moins longue, ont décidé de s'exposer à la mort en affichant leur identité chrétienne permanente ou retrouvée.
  • Nouveaux saints russes de France : quatre des cinq sont des martyrs morts dans les camps nazis.

Dans le sikhisme[modifier | modifier le code]

Les persécutions pour la foi ont commencé très tôt dans l'histoire du sikhisme. En penjabi, un martyr se dit: shahadat, mot qui se traduit aussi par: témoignage. Des Gurus du sikhisme et de nombreux sikhs célébres sont considérés comme martyrs. Dans les temples sikhs, les gurdwaras, des dessins de martyrs sont généralement affichés. L'oppresseur moghol en Inde, en son temps, a fait de nombreux martyrs. Des sikhs sont devenus martyrs aussi bien en se battant qu'en étant non-violents[3].

Les représentations des martyrs[modifier | modifier le code]

34 fresques de Niccolò Circignani et Antonio Tempesta ornant les murs de l'église Saint-Étienne-le-Rond montrent les protomartyrs (en) bouillis, écartelés, concassés, etc[4].
  • En Occident

Les martyrs sont usuellement représentés tenant une palme dans une main, symbole du martyre, et dans l’autre main l'objet de leur supplice. Les œuvres d'art plastique sont multiples ; les martyrs ont aussi été célébrés par la musique et, plus encore, par la littérature : récits de passions, hymnes (celles de saint Ambroise et de Prudence, Peristephanon, p.ex.), etc.

  • En Orient et sur les icônes

Les martyrs sont représentés tenant une croix dans la main droite.

Les « martyrs » en dehors du contexte religieux chrétien[modifier | modifier le code]

Plaque à la mémoire des maquisards fusillés, avenue des Martyrs, Ligueil, France

Par extension, le mot désigne celui qui est torturé et/ou tué pour une cause ou un idéal. Il est parfois soumis à des dérives :

  • On a parfois parlé de « martyrs du IIIe Reich », terminologie contestée par un article du Monde mentionnant qu’on ne peut parler de « martyr » lorsque la seule caractéristique réelle de la victime est d’avoir eu le malheur de croiser le chemin de son bourreau.
  • Le mot « martyr » (« מרטיר » en hébreu) est entré récemment dans la langue hébraïque mais le judaïsme utilise le mot kadosh ou mekadesh hashem pour désigner un homme qui meurt pour la sanctification du Nom (קידוש השם en héb. kiddoush hashem).

Il importe donc lorsqu’on utilise ce mot de préciser quelle acception exacte on lui donne.

Le martyr est distinct du martyre, qui est le nom donné au supplice subi par le martyr. Au Moyen Âge, la forme « martre » était également utilisée. On la retrouve dans « Montmartre », le « mont des martyrs ».

« Martyrs » divers dans des sens variés[modifier | modifier le code]

En voici une liste :

« Martyr » : usage artisanal[modifier | modifier le code]

Les cordonniers et les ceinturiers utilisent ce mot pour désigner la pièce de cuir utilisée comme support amortisseur de la pièce travaillée afin d'éviter d'user trop rapidement l'outil de travail. Un usage similaire permet de désigner la pièce de bois servant à l'ébéniste pour jouer le même rôle. L'outil qui modifie la pièce travaillée en la perçant, la sciant, etc. au lieu de buter sur un support trop rigide (par exemple métallique) qui détériorerait à l'usage l'extrémité de cet outil, rencontre le « martyr » dont la nature est moins agressive (cuir ou bois).

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Pas une « martyre » à proprement parler, puisqu'on ne lui demanda pas d'abjurer quoi que ce soit

Références[modifier | modifier le code]

  1. Matthieu, 10:23
  2. Jean-Paul II, Veritatis Splendor, n° 90, lire en ligne
  3. The Encyclopaedia of Sikhism dirigée par Harbans Singh, tome III, pages 55 et suivantes, ISBN 8173803498
  4. (en) Roma, Michelin Travel Publications,‎ 2000, p. 146
  5. cité comme « martyr » par le journal du soir d'Arte ce 21 septembre 2008, un reportage est consacré à son probable lieu d'inhumation

Annexes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Bernard Bourrit, « Martyrs et reliques en Occident » dans Revue de l'histoire des religions, Armand Colin, 2008, p. 443-470.
  • Daniel Boyarin, Mourir pour Dieu : L'invention du martyre aux origines du judaïsme et du christianisme, Bayard, 2004

Articles connexes[modifier | modifier le code]