Exécution de Louis XVI

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Exécution de Louis XVI
L'Exécution de Louis XVI, d'après une gravure allemande.
L'Exécution de Louis XVI, d'après une gravure allemande.
Généralités
Type Exécution
Pays Drapeau de la France France
Localisation Place de la Révolution (Paris)
Coordonnées 48° 51′ 56″ N 2° 19′ 16″ E / 48.8655, 2.321148° 51′ 56″ Nord 2° 19′ 16″ Est / 48.8655, 2.3211  
Organisateur Convention nationale
Date 21 janvier 1793 à 10h22
Participant(s) Louis XVI de France (condamné à mort)
Charles-Henri Sanson (bourreau)
Fréquentation Foule parisienne

Précédent Procès de Louis XVI

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Exécution de Louis XVI

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Exécution de Louis XVI

L'exécution de Louis XVI, en application du jugement de mise à mort du roi par décapitation prononcé par les députés de la Convention nationale à la suite de son procès, a eu lieu le 21 janvier 1793 à 10h22, à Paris, sur la place de la Révolution (ancienne place Louis XV, devenue en 1795 la place de la Concorde). C'est un événement majeur de la Révolution française, et plus généralement de l'histoire de France.

Contexte[modifier | modifier le code]

À la suite des évènements de la journée du 10 août 1792 et de l'attaque des Tuileries par le peuple parisien, Louis XVI est interné à la prison du Temple avec sa famille pour haute trahison. À l'issue de son procès, Louis XVI est condamné à mort à une courte majorité le 21 janvier 1793.

Louis XVI demanda aux représentants de la Convention qu'il rencontra les derniers jours s'ils avaient reçu des nouvelles de la Pérouse, disparu depuis environ cinq ans début 1788. Il essaya aussi de discuter des Annales de Tacite.

Déroulement de la soirée du 20 janvier[modifier | modifier le code]

Louis XVI et sa famille au Temple, 20 janvier 1793.
Lettre autographe signée de Louis XVI, à la Tour du Temple, réclamant de la Convention un délai afin de pouvoir se préparer à paraître devant Dieu et communiquer Librement avec sa famille, rédigée le 20 janvier 1793. Archives nationales.

Après avoir voté la condamnation à mort du roi, la Convention envoie une délégation annoncer le verdict à Louis XVI, retenu prisonnier à la maison du Temple. Celui-ci formule un certain nombre de requêtes, dont notamment l'octroi d'un délai supplémentaire de trois jours avant l'exécution proprement dite, et une dernière entrevue avec sa famille. Les députés ayant refusé de repousser la date de la mise à mort du roi, celui-ci sera guillotiné comme convenu le lendemain.

Le dernier dîner du condamné lui est servi vers 19 heures. Constatant l'absence de couteau et de fourchette, il s'écrie : « Me croit-on assez lâche pour attenter à ma vie ? » avant d'ajouter :

« Je mourrai sans crainte. Je voudrais que ma mort fît le bonheur des Français et pût écarter les malheurs que je prévois, le peuple livré à l'anarchie, devenu la victime de toutes les factions, les crimes se succédant, de longues dissensions déchirant la France[1]. »

Après avoir eu un premier entretien avec l'abbé de Firmont vers 20 heures, Louis XVI reçoit, comme il l'avait demandé, la famille royale dans son appartement. Marie-Antoinette entre dans la salle à manger, accompagnée de sa fille Marie-Thérèse de France dite Madame Royale, du dauphin Louis-Charles et de sa belle-sœur Élisabeth de France. Les gardes observent la scène par le biais d'une cloison en partie vitrée. Le roi demande à son fils de ne jamais vouloir venger sa mort, ce que ce dernier promet. Marie-Antoinette implore son époux de les recevoir une dernière fois le lendemain matin avant le départ pour l'échafaud. Il accepte cette entrevue pour 8 heures, avant de l'avancer à 7 heures sur l'insistance de la reine. Il ne tiendra pas sa promesse. Vers 23 heures, la famille royale se retire et Louis XVI s'entretient de nouveau avec son confesseur. Il se couche vers minuit et demi[2].

Déroulement de la journée du 21 janvier[modifier | modifier le code]

Dernières heures de Louis XVI à la tour du Temple[modifier | modifier le code]

Après une courte nuit, Louis XVI est réveillé à 5 heures par Cléry, son valet, qui avait passé la nuit sur une chaise non loin de lui. Le condamné lui dit alors "J'ai bien dormi, j'en avais besoin."[3]

Le roi se rase, retire de ses poches sa lorgnette, sa boîte à tabac et sa bourse puis se vêt d'un habit marron pâle doublé d'une toile écrue, muni de boutons dorés[4]. Il demande à son valet de lui couper les cheveux mais on refuse de leur confier une paire de ciseaux[5].

Vers 6 heures, l'abbé Henri Essex Edgeworth de Firmont les rejoint. Il aménage la commode en autel et célèbre la dernière messe du roi, servie par Cléry. Louis XVI restera à genoux pendant toute la cérémonie et recevra le viatique (la communion du mourant)[6].

Sur les conseils de l'abbé, Louis XVI évite une dernière scène d'adieux avec sa famille. Entendant les hennissements des chevaux et les canons que l'on roule sur la chaussée, Louis XVI observe : "C'est probablement la Garde nationale qu'on commence à rassembler."[7] Le dispositif de sécurité est important, d'autant plus que dans la nuit du 20 au 21 janvier a eu lieu l'assassinat de Louis-Michel Lepeletier de Saint-Fargeau, député de la Convention ayant voté la mort du roi.

À 7 heures, Louis XVI confie ses dernières volontés à l'abbé. Il transmet à Cléry son cachet aux armes de France pour le Dauphin et son alliance pour la reine ; à propos de l'anneau, il confie à son valet à l'intention de la reine : "Dites-lui bien que je le quitte avec peine."[8] Il conserve au doigt l'anneau du sacre.

Certains historiens[9] évoquent une question que le roi, peu avant son départ pour l'échafaud, aurait posée à son valet à propos de l'expédition d'Entrecasteaux en ces termes : "A-t-on des nouvelles de La Pérouse ?"

Louis XVI s'entretient une ultime fois avec son confesseur. Vers 8 heures, il est interrompu par Antoine Joseph Santerre qui commande les gardes nationaux, mais lui rétorque "Je suis en affaire, attendez-moi là, je suis à vous."[10]. Il reçoit une dernière bénédiction de l'abbé en lui confiant "Tout est consommé"[11], remet son testament à l'un des officiers municipaux présents et se remet aux mains de Santerre.

Le trajet de la prison du Temple à la place de la Révolution[modifier | modifier le code]

Louis XVI sur l'échafaud, couvert d’un gilet de molleton blanc, d’une culotte grise et de bas de soie blancs (gravure anglaise de 1798).

En ce matin du 21 janvier, la température extérieure est faible : il fait 3 °C. Un brouillard épais a enveloppé Paris[6].

Dans la seconde cour de la maison du temple, la voiture verte du maire de Paris Nicolas Chambon attend, ce dernier ayant obtenu que le roi ne soit pas conduit dans la charrette des condamnés. Louis XVI y prend place avec l'abbé et deux personnes de la milice qui s'installent face à eux. Avant de monter, le roi se tourne vers l'un des concierges de la prison et lui déclare "J'ai eu un peu de vivacité avec vous avant-hier soir, ne m'en veuillez pas !"[11]

La voiture quitte le Temple vers 9 heures au son de tambours et de trompettes. Elle tourne à droite dans la rue du Temple, pour rejoindre les grands boulevards, tandis que le roi continue de réciter les psaumes et la prière des agonisants. Paris a alors 80 000 hommes en armes (Fédérés, Gardes nationaux, fusiliers) occupant les carrefours, les places et postés le long des rues[12]. Des canons sont postés à chaque endroit stratégique. Le convoi est précédé d'environ 200 gendarmes à cheval.

Les parisiens sont venus en nombre assister à l'exécution, tant sur le trajet qu'à l'emplacement de la guillotine. Les volets sont clos et les boutiques fermées. La plupart des personnes sont silencieuses. Certains demandent grâce, d'autres au contraire fredonnent Ah ! ça ira[13].

Dans ses dernières volontés, Louis XVI avait souhaité se recueillir dans l'église Notre-Dame-de-Bonne-Nouvelle dont la première pierre fut posée en avril 1628 par son ailleule Anne d'Autriche (1601-1666), épouse longtemps délaissée de Louis XIII.[réf. nécessaire]

Dans le quartier Bonne Nouvelle, aux environs de la rue de Cléry, le baron de Batz, soutien de la famille royale qui a financé la fuite à Varennes, a convoqué 300 royalistes pour tenter de faire évader le roi. Le roi devait être caché dans une maison appartenant au comte de Marsan, rue de Cléry. Le baron de Batz s'élance : « Avec moi, mes amis, pour sauver le roi ! ». À la suite de la dénonciation de ses compagnons, seuls quelques-uns ont pu venir. Trois sont tués, mais le baron de Batz réussit à s'échapper[14].

Le cortège emmené par Santerre poursuit son trajet par les boulevards et la rue de la Révolution (actuelle rue Royale). Il débouche vers 10 h 15 sur la place de la Révolution et s'arrête au pied de l'échafaud installé entre les Champs-Élysées et le piédestal de la statue de Louis XV qui vient d'être déboulonnée et situé à 2 mètres de haut. Peint en rouge, l'échafaud est placé au milieu d'un espace vide encadré de canons et d'une troupe de fédérés, le peuple étant tenu au loin. 20 000 hommes ont été déployés pour l'entourer. Voyant l'échafaud, le roi lance : "Nous voilà arrivés, si je ne me trompe."[15]

Plaque au 52 rue Beauregard (2e arr) commémorant la tentative d'évasion

L'exécution[modifier | modifier le code]

Accueilli par le bourreau Charles-Henri Sanson à sa descente du carrosse, le monarque désigne son confesseur à l'un des bourreaux et lui dit : "Je vous recommande le prêtre que voici. Ayez soin qu'après sa mort il ne lui soit fait aucune insulte."[5] Calme, il ôte ensuite lui-même sa redingote brune et son foulard-cravate. À la demande de Sanson, il ouvre le col de sa chemise.

Voyant qu'on veut lui lier les mains, le roi refuse : "Me lier ! Non, je n'y consentirai jamais. Faites ce qui vous est commandé, mais vous ne me lierez pas, renoncez à ce projet." Évoquant l'exemple du Christ, l'abbé de Firmont réussit à le convaincre. Louis XVI déclare alors à ses bourreaux : "Faites ce que vous voulez, je boirai le calice jusqu'à la lie."[16]. On lui lie alors les mains dans le dos par son propre mouchoir ; un assistant de Sanson découpe grossièrement son col puis le rabat et lui coupe les cheveux[17]. Accompagné par des roulements de tambour, le roi, assisté de l'abbé Edgeworth, monte sur l'escalier et rejoint les cinq bourreaux (Sanson et ses quatre assistants) sur la plate-forme[18],[19].

Contre toute attente, Louis XVI s'avance sur le bord gauche de l'estrade. Il fait signe aux tambours de s'arrêter et déclare d'une voix forte : "Je meurs innocent de tous les crimes qu'on m'impute. Je pardonne aux auteurs de ma mort. Je prie Dieu que le sang que vous allez répandre ne retombe jamais sur la France."[20] Il veut poursuivre mais Santerre[21] donne l'ordre de faire battre à nouveau les tambours pour couvrir sa voix. Certains auteurs mentionnent que l'ordre a été donné par d'autres protagonistes : parmi les noms cités, ceux de de Dugazon, Beaufranchet d'Ayat ou du tambour Pierrard[22]. La légende historique attribue généralement cet acte à Santerre, mais celui-ci n'aurait fait que transmettre l'ordre du général Berruyer, commandant en second de Paris[22],[23] L'abbé de Firmont lui crie alors : "Fils de Saint Louis, montez au Ciel !"[24]

À 10h22, la planche bascule, la lunette de bois se referme sur sa tête et le bourreau Charles-Henri Sanson actionne le couperet. Gros, un assesseur du bourreau, saisit la tête sanguinolente et la présente au peuple. Certains auteurs prétendent au contraire que la tête fut prise par Henri Sanson, le fils du bourreau[25]. Quelques parisiens crient "Vive la Nation ! Vive la République ! Vive la liberté !" Quelques salves d'artillerie sont tirées et certains dansent la farandole[26]. Jacques Roux commissaire de la Commune de Paris, rédige le procès-verbal de l'exécution ; il précise que des citoyens recueillent sur l'échafaud ensanglanté le sang du roi avec leurs mouchoirs, leurs piques ou leurs sabres. Certains veulent acheter au bourreau des mèches de cheveux du roi, les bourreaux plongent leurs doigts dans le sang et se barbouillent mutuellement le visage[27]. Le biographe Éric Le Nabour note même que l'on peut voir "un ci-devant grimper sur l'estrade, se frotter les bras avec le sang de Louis XVI, puis en asperger le public par trois fois en un sinistre et ultime rituel." Cet homme, un révolutionnaire brestois, lance alors à la foule : "Républicains, le sang d'un roi porte bonheur !"[28] Le canon tonne et prévient la famille du Roi restée à la Tour du Temple que l'exécution a eu lieu[12].

Vers 10h25, un homme se trouvant près de l'échafaud, Christophe Potter, parvient à duper le groupe de sans-culottes présents autour de la guillotine : il réussit à obtenir contre un louis d'or, les cheveux du roi et un mouchoir maculé de sang. Potter disparait en se fondant dans la foule et dès que possible, il va faire passer ces compromettantes reliques en Angleterre, chez son frère George Potter, prospère marchand londonien. Ce dernier fera confectionner une bague contenant quelques cheveux de Louis XVI et l'offrira au roi, George III[29].

Inhumation de Louis XVI au cimetière de la Madeleine puis à la basilique Saint-Denis[modifier | modifier le code]

Le cadavre de Louis XVI est immédiatement déposé dans la charrette de Sanson puis transporté au cimetière de la Madeleine. La Convention a en effet refusé que les restes de Louis XVI soient inhumés auprès de son père, Louis de France, le Dauphin, à Sens. Ce sont deux vicaires assermentés, fidèles à la Révolution, qui officient pour le court service funèbre célébré à l'église de la Madeleine. Le vicaire Damoureau témoigne : « Arrivé au cimetière, je fis faire le plus grand silence. Un détachement de gendarmes nous fit voir le corps. Il était vêtu d'un gilet blanc, d'une culotte de soie grise, les bas pareils. Nous psalmodiâmes les vêpres, les prières du service des morts. Le corps mis à découvert dans la bière, fut d'après les ordres du pouvoir exécutif, jeté au fond de la fosse, sur un lit de chaux, puis d'un lit de terre, le tout fortement battu et à plusieurs reprises. La tête de Louis XVI fut mise à ses pieds ». La dépouille est ensevelie dans une fosse plus profonde qu'à l'ordinaire, pour éviter les profanations et recouverte de chaux vive[30].

Cambacérès fut chargé de surveiller les décrets de la Convention relatifs à la destruction des restes du roi, et rendit compte de sa mission avec une impassibilité dont les royalistes se souvinrent en 1816[31].

Le 21 janvier 1815, les restes de Louis XVI furent inhumés à la basilique Saint-Denis. En 1816, son frère le roi Louis XVIII fit élever un monument funéraire (statue de marbre de Louis XVI à genoux en orant) réalisé par Edme Gaulle.

Témoignages[modifier | modifier le code]

Louis XVI recevant le dernier sacrement de l'abbé Edgeworth.
Présentation de la tête du roi.

Presse contemporaine[modifier | modifier le code]

Dans Le Nouveau Paris (1798), le dramaturge et conventionnel Louis Sébastien Mercier ancien sympathisant Girondin, raconte l'exécution de Louis XVI en ces termes : « […] est-ce bien le même homme que je vois bousculé par quatre valets de bourreau, déshabillé de force, dont le tambour étouffe la voix, garrotté à une planche, se débattant encore, et recevant si mal le coup de la guillotine qu'il n'eut pas le col mais l'occiput et la mâchoire horriblement coupés ? »

Le journal le Thermomètre du Jour du 13 février, un journal républicain modéré, décrit le Roi criant : « Je suis perdu ! », en citant comme source le bourreau, Charles-Henri Sanson.

Sanson[modifier | modifier le code]

Charles-Henri Sanson, le bourreau du roi réagit à la version du Thermomètre du Jour en consignant son propre témoignage de l'exécution dans une lettre datée du 20 février 1793[32],[17] : « Arrivé au pied de la guillotine, Louis XVI considéra un instant les instruments de son supplice et demanda à Sanson si les tambours s’arrêteraient de battre. Il s’avança pour parler. On cria aux bourreaux de faire leur devoir. Pendant qu’on lui mettait les sangles, il s’écria : “Peuple, je meurs innocent !”. Ensuite, se tournant vers ses bourreaux, Louis XVI déclara : “Messieurs, je suis innocent de tout ce dont on m'inculpe. Je souhaite que mon sang puisse cimenter le bonheur des Français.” Le couperet tomba. Il était 10 heures 22. L’un des assistants de Sanson présenta la tête de Louis XVI au peuple, cependant que s’élevait un immense cri de : “Vive la Nation ! Vive la République !” et que retentissait une salve d’artillerie qui parvint aux oreilles de la famille royale incarcérée. »

Enfin Sanson souligne dans sa lettre, publiée avec ses fautes de français, dans Le Thermomètre du jeudi 21 février 1793, que le roi « a soutenu tout cela avec un sang froid et une fermeté qui nous a (sic) tous étonnés. Je reste très convaincu qu’il avait puisé cette fermeté dans les principes de la religion dont personne plus que lui ne paraissait pénétré ni persuadé »[33].

Sanson fils[modifier | modifier le code]

Alexandre Dumas père dans ses Causeries raconte une rencontre vers 1830 avec le fils de l'exécuteur, alors présent:

« Eh bien, vous disiez que vous désiriez quelque chose, monsieur Dumas ?
- Vous savez combien les auteurs dramatiques ont besoin de renseignements précis, monsieur Sanson. Il se peut qu'il arrive un moment où j'aie à mettre Louis XVI en scène. Qu'y a-t-il de vrai dans la lutte qui s'engagea entre lui et les aides de votre père, au pied de l'échafaud ?
- Oh ! je puis vous le dire, monsieur, j'y étais.
- Je le sais, et c'est pour cela que je m'adresse à vous.
- Eh bien, voici : le roi avait été conduit à l'échafaud dans son propre carrosse et avait les mains libres. Au pied de l'échafaud, on pensa qu'il fallait lui lier les mains, moins parce qu'on craignait qu'il ne se défendît que parce que, dans un mouvement involontaire, il pouvait entraver son supplice ou le rendre plus douloureux. Un des aides attendait donc avec une corde, tandis qu'un autre lui disait : "Il est nécessaire de vous lier les mains." À cette proposition inattendue, à la vue inopinée de cette corde, Louis XVI eut un mouvement de répulsion involontaire. "Jamais ! s'écria-t-il, jamais !" Et il repoussa l'homme qui tenait la corde. Les trois autres aides, croyant à une lutte, s'élancèrent vivement. De là, le moment de confusion interprété à leur manière par les historiens. Alors, mon père s'approcha, et, du ton le plus respectueux : "Avec un mouchoir, Sire" dit-il. À ce mot, Sire, qu'il n'avait pas entendu depuis si longtemps, Louis XVI tressaillit ; et, comme au même moment son confesseur[34] lui adressait quelques mots du carrosse : "Eh bien, soit; encore cela, mon Dieu !" dit-il. Et il tendit les mains. »

Selon d'autres sources[35], l'abbé Edgeworth se serait exprimé en ces termes :

« Sire, dans ce nouvel outrage je ne vois qu'un dernier trait de ressemblance entre Votre Majesté et le Dieu qui va être votre récompense. »
« Assurément, dit-il, il ne faut rien de moins que son exemple pour que je me soumette à un tel affront. »

Puis au dernier moment, craignant que le courage ne manque au roi :

« Fils de Saint Louis, montez au Ciel ! »

Madame de Staël et l'exécution de Louis XVI[modifier | modifier le code]

« Cet homme qui manqua de la force nécessaire pour préserver son pouvoir, et fit douter de son courage tant qu’il en eut besoin pour repousser ses ennemis ; cet homme dont l’esprit naturellement timide ne sut ni croire à ses propres idées, ni même adopter celles d’un autre, s’est montré tout à fait capable de la plus étonnante des résolutions, celle de souffrir et de mourir. »

(Considérations sur les principaux événements de la Révolution française)

Acte de décès de Louis XVI dans l'état civil de Paris[modifier | modifier le code]

L'acte de décès de Louis XVI est rédigé le 18 mars 1793. L'original de l'acte a disparu lors de la destruction des archives de Paris en 1871 mais il fut recopié par des archivistes :

« Du lundi 18 mars 1793, l'an Second de la République française.
Acte de décès de Louis CAPET, du 21 janvier dernier, dix heures vingt-deux minutes du matin ; profession, dernier Roy des Français, âgé de trente-neuf ans, natif de Versailles, paroisse Notre-Dame, domicilié à Paris, tour du Temple ; marié à Marie-Antoinette d'Autriche, ledit Louis Capet exécuté sur la Place de la Révolution en vertu des décrets de la Convention nationale des quinze, seize et dix-neuf dudit mois de janvier, en présence 1° de Jean-Antoine Lefèvre, suppléant du procureur général sindic du département de Paris, et d'Antoine Momoro, tous deux membres du directoire dudit département et commissaires en cette partie du conseil général du même département ; 2° de François-Pierre Salais et de François-Germain Isabeau, commissaires nommés par le conseil exécutif provisoire, à l'effet d'assister à ladite exécution et d'en dresser procès-verbal, ce qu'ils ont fait ; et 3° de Jacques-Claude Bernard et de Jacques Roux, tous deux commissaires de la municipalité de Paris, nommés par elle pour assister à cette exécution ; vu le procès-verbal de ladite exécution dudit jour 21 janvier dernier, signé Grouville, secrétaire du conseil exécutif provisoire, envoyé aux officiers publics de la municipalité de Paris cejourd'huy, sur la demande qu'ils en avaient précédemment faite au ministère de la justice, ledit procès-verbal déposé aux Archives de l'état civil ;
Pierre-Jacques Legrand, officier public (signé) Le Grand[36]. »

Commémorations de l'exécution[modifier | modifier le code]

L'endroit où fut inhumé Louis XVI et plus tard Marie-Antoinette d'Autriche (16 octobre 1793) au cimetière de la Madeleine est aujourd'hui le square Louis-XVI. L'autel de la crypte y marque l'endroit exact où Louis XVI fut inhumé.

Des messes catholiques sont organisées chaque année, le 21 janvier, en commémoration de la mort du roi Louis XVI[37].

Commémoration du 21 janvier 1993[modifier | modifier le code]

Pour célébrer le bicentenaire de l'exécution de Louis XVI, une foule importante se retrouve Place de la Concorde, en présence de plusieurs personnalités dont l'acteur Jean-Pierre Darras qui lira au micro le testament du roi. Des heurts éclatent en marge de cette cérémonie au niveau de la Place du Panthéon, où de jeunes hommes sont montés sur le toit de l'édifice[38].

Dans son édition du lendemain, le quotidien L'Humanité commente la journée : « Deux cents ans après la décapitation de Louis XVI, la fleur de lys tenait le haut du pavé. Des milliers de personnes (Scouts de France en short de cuir, jeunes filles en socquettes blanches, légitimistes à moustaches, orléanistes glabres, nostalgiques de l'Ancien Régime, gens de droite de tout poil) s'étaient rassemblés avec sono tonitruante, discours affligés et Requiem de Cherubini. Parmi elles […], Thierry Ardisson, paraît-il en larmes, Bruno Mégret du Front national, Gonzague Saint-Bris, Jean Raspail, Ambroise Roux, Jean-Pierre Darras qui a lu le testament de Louis XVI… […] En face, chez les « régicides », à l'appel de la revue Digraphe (section française des Vigilants de Saint-Just) animée par Jean Ristat, ils étaient une quarantaine autour de la traditionnelle tête de veau couronnée […]. Le chant vengeur « Ô toi, céleste guillotine » (sur l'air de La Marseillaise) a été entonné a capella par Marc Ogeret et lecture a été donnée de textes révolutionnaires (Viviane Théophilidès, Philippe Morier-Genoud, Anatole Atlas, Jean Ristat ;..). Pierre Bourgeade et Jean-Edern Hallier ont dit leur raisons d'être là. L'historien Pierre Miquel est passé en curieux. Ce jour-là, les vrais républicains, en petit nombre, n'ont pas été moins ardents qu'à l'ordinaire. »[39]

Le Figaro mentionne quant à lui la présence de Walter Curley (en), ambassadeur des États-Unis en France, venu déposer une gerbe de fleurs portant l'inscription « L'ambassade des États-Unis d'Amérique »[40].

Références[modifier | modifier le code]

  1. Pierre Lafue, op. cit;, p 277
  2. Bernard Vincent, op. cit., p. 14-16
  3. Pierre Lafue, Louis XVI, l'échec de la révolution royale, Hachette, Paris, 1942.
  4. Bernard Vincent, Louis XVI, Gallimard Folio biographies, 2006, page 12.
  5. a et b Pierre Lafue, op. cit.
  6. a et b Bernard Vincent, op. cit., p. 12.
  7. Lafue, op. cit.
  8. Simone Bertière, Marie-Antoinette l'insoumise, éd. de Fallois, Paris, 2002.
  9. Dont Bernard Vincent, qui dans son ouvrage (Louis XVI, op. cit.) cite cette anecdote en soulignant son caractère hypothétique.
  10. Bernard Vincent, op. cit., p. 15
  11. a et b Simone Bertière, op. cit.
  12. a et b L'après-Varennes émission La Fabrique de l'Histoire, France Culture, 19 janvier 2011
  13. Bernard Vincent, op. cit., p. 18.
  14. Franck Ferrand, « Il faut sauver Louis XVI », émission Au cœur de l'histoire sur Europe 1, 7 mai 2012
  15. Éric Le Nabour, Louis XVI : le pouvoir et la fatalité, ed. JC Lattès, Paris, 1988.
  16. Bernard Faÿ, Louis XVI ou la fin d'un monde, La Table Ronde, Paris, 1981.
  17. a et b Témoignage de Charles-Henri Sanson : exemplaire conservé à la BNF dont la consultation en ligne est possible via le site Gallica : [1]
  18. Anne Thoraval, Promenades sur les lieux de l'histoire : d'Henri IV à mai 68, les rues de Paris racontent l'histoire de France, Parigramme,‎ 2004, 205 p. (ISBN 978-2-840-96323-3), « L'exécution de Louis XVI », p. 60 à 69
  19. Philippe Krief, Paris Rive Droite, Paris, Massin, coll. « Petites histoires et grands secrets »,‎ 2004, 213 p. (ISBN 2-707-20488-9), p. 86 à 101
  20. Jean-Christian Petitfils, Louis XVI, Perrin, Paris, 2005.
  21. Bernard Vincent, op. cit., p. 20.e
  22. a et b Raymonde Monnier, Un bourgeois sans-culotte, le général Santerre p. 8 note 5.
  23. Le député René-Pierre Choudieu rapporte dans ses mémoires : Le 21 janvier le jugement du Roi fut exécuté. Parvenu sur l'échafaud, Louis essaya de haranguer le peuple, mais il en fut empêché par un roulement de tambour. Tous ceux qui jusqu'ici ont parlé de cette exécution assurent que ce fut le général Santerre qui donna l'ordre du roulement. Le fait n'est point exact et je puis le démentir de source certaine.
    À la fin de janvier 1793, je dînais chez le général Berruyer. Le général Valence et le général Beurnonville y vinrent à dire dans la conversation qu'ils n'approuvaient pas la conduite de Santerre. Mais Berruyer les interrompit : « On a assez calomnié ce pauvre Santerre et je ne dois pas souffrir qu'on l'accuse de ce qu'il n'a pas fait. S'il y a quelqu'un de coupable dans cette circonstance, ce n'est pas lui, c'est moi, et c'est sur moi que doit porter la responsabilité. Santerre, qui n'est que général de brigade, n'avait point d'ordres à donner là où commandait un général de division ; et c'est moi qui ai ordonné le roulement. J'ai cru bien faire et je le crois encore. » Telles furent les paroles de Berruyer. Je me fais un devoir de les rapporter.
    Cf. Mémoires et notes de Choudieu, p. 278.
  24. Théodore de Lameth, Mémoires, Paris, 1913.
  25. Éric Le Nabour, op. cit..
  26. Le Nabour, op. cit..
  27. L.Constant, Louis XVI d'après les documents authentiquesp. 213
  28. Le Nabour, op. cit.
  29. Patrice Valfré, Potter, le potier révolutionnaire et ses manufactures de Paris, Chantilly, Montereau...p. 13
  30. Bernard Vincent, op. cit., p. 21.
  31. « Cambacérès (Jean-Jacques-Régis de), duc de Parme », dans Robert et Cougny, Dictionnaire des parlementaires français,‎ 1889 [détail de l’édition] [texte sur Sycomore]
  32. L'existence de la lettre est attestée par Chateaubriand à qui elle fut montrée par son ami royaliste le baron Jean-Guillaume Hyde de Neuville, et décrite (et transcrite) par lui dans Essai sur les Révolutions (1797). Une autre transcription, du XIXe siècle, moins exacte que celle de Chateaubriand, est à la Bibliothèque Nationale (Mss Fr. 10, 268). Le 7 juin 2006, cette lettre manuscrite a été adjugée 120 000 euros lors d’une vente aux enchères à Londres par la maison Christie's.
  33. François-René de Chateaubriand, Essai historique, politique et moral sur les révolutions anciennes et modernes considérées dans leurs rapports avec la révolution française, dans les Œuvres complètes de M. le vicomte de Chateaubriand, Pourrat Frères, 1834, tome 2, p. 97.
  34. En fait, c'est l'abbé Edgeworth son confesseur qui convainc le roi de se faire lier les mains et couper les cheveux, lui rappelant que Jésus-Christ sur le chemin de Croix a accepté tous les sacrifices.
  35. La Révolution française vue par son bourreau, Journal de Charles-Henri Sanson Éditions du Cherche-midi 2007
  36. cité par Auguste Jal, Dictionnaire critique de biographie et d'histoire, Paris, Henri Plon, 1867, page 806.
  37. Association Louis XVI
  38. Journal télévisé de 20h de France 2, 21 janvier 1993.
  39. L'Humanité du 22 janvier 1993.
  40. Le Figaro, édition du 22 janvier 1993.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

nécessité de diversifier la bibliographie[non neutre]

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Paul et Pierrette Girault de Coursac ont écrit un ensemble d'ouvrages sur Louis XVI dont :

  • Louis XVI, Roi Martyr. Tequi 1982,
  • Louis XVI, un visage retrouvé. O.E.I.L. 1990.
  • La mort du Roi;G.Lenotre, André Castelot "les grandes heures de la Révolution Française" L.A.P