Manifeste de Brunswick

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Le manifeste de Brunswick est une proclamation attribuée au chef de l’armée prussienne, Charles-Guillaume-Ferdinand, duc de Brunswick en date du 25 juillet 1792, et adressée au peuple de Paris.

Destiné à intimider Paris, ce manifeste, qui promettait que si la famille royale française était épargnée, les civils français ne seraient pas atteints, ne servit au contraire qu’à radicaliser un peu plus la Révolution française.

Contexte[modifier | modifier le code]

Ce texte émane en réalité d'émigrés ayant fui la révolution : il fut rédigé par Jacques Mallet du Pan, Geoffroy de Limon[1] et Pellenc, ancien secrétaire de Mirabeau[réf. nécessaire]. Inspiré par Axel de Fersen[2], et très dur à l'égard des révolutionnaires, il entraîna sans doute la prise des Tuileries et l'emprisonnement de la famille royale[réf. nécessaire]. Proclamé à Coblence, le manifeste est publié le 3 août dans le Moniteur[3]. On ne sait si le duc a réellement signé le manifeste. Issu d’une famille de princes éclairés, il était considéré comme un prince tempéré.

Le manifeste[modifier | modifier le code]

« Cas du manifeste du Duc de Brunswick. »
Caricature anonyme de 1792.
Quatre personnages représentant les nations étrangères montrent leur hostilité au manifeste de Brunswick. La Renommée plane dans le ciel en tenant une pancarte portant les mots République française.

Extraits :

« Sa Majesté l’Empereur et Sa Majesté le roi de Prusse appellent et invitent à retourner sans délai aux voies de la raison et de la justice, de l’ordre et de la paix. C’est dans ces vues que moi, soussigné général commandant en chef des deux armées déclare :

Que les généraux, officiers, bas-officiers et soldats des troupes de la ligne française sont tous sommés de revenir à leur ancienne fidélité et de se soumettre sur le champ au roi leur légitime souverain.

Que la ville de Paris et tous ses habitants sans distinction seront tenus de se soumettre sur le champ et sans délai au roi, de mettre ce prince en pleine et entière liberté et de lui assurer, ainsi qu’à toutes les personne royales, l’inviolabilité et le respect auxquels le droit de la nature et des gens obligent les sujets envers les souverains ; leurs Majestés impériale et royale rendant personnellement responsables de tous les évènements, sur leur tête, pour être jugés militairement sans espoir de pardon, tous les membres de l’Assemblée Nationale, du département, du district, de la municipalité et de la garde nationale de Paris, les juges de paix et tous autres qu’il appartiendra, sur leur foi et parole d’empereur et de roi.

Que si le château des Tuileries est forcé ou insulté, que s’il est fait la moindre violence, le moindre outrage à Leurs Majestés, le roi, la reine et la famille royale, s’il n’est pas pourvu immédiatement à leur sûreté, à leur conservation et à leur liberté, elles (note : l’empereur et le roi de Prusse) en tireront une vengeance exemplaire et à jamais mémorable en livrant la ville de Paris à une exécution militaire et à une subversion totale, et les révoltés coupables d’attentats aux supplices qu’ils auront mérités. »

Dans ce texte les forces contre-révolutionnaires coalisées menacent Paris d’une « exécution militaire et une subversion totale » s’il était fait « la moindre violence, le moindre outrage à LL. MM. le roi et la reine ». Le texte repose sur une conception réactionnaire des événements : Pour les dirigeants de la coalition contre la France, la Révolution ne serait pas souhaitée par la nation qui n’adhèrerait pas aux nouvelles institutions, le peuple de France ne reconnaîtrait pour autorité que la senior pars du royaume et la monarchie devrait être restaurée. En définitive, le manifeste révèle de façon éclatante combien le processus révolutionnaire avait été peu compris par ses rédacteurs.

Portée et impact d'un faux[modifier | modifier le code]

Le manifeste fut connu à Paris début août. Il entraînera directement l'assaut sur les Tuileries le 10 août 1792. Louis XVI et sa famille seront alors dans un premier temps réfugiés à l'Assemblée Nationale, qui décrète immédiatement la déchéance du pouvoir exécutif du roi, avant d'être incarcérés à la prison du Temple en attente de leur procès qui se tiendra en décembre 1792 et janvier 1793.

Entre ces événements, les troupes françaises battront les coalisés lors de la bataille de Valmy le 20 septembre 1792, ce qui marque un succès décisif pour la Révolution. Par ailleurs, il fut présenté par les auteurs des tueries comme une justification ou une explication des massacres de Septembre. Cette thèse a été reprise par certains historiographes qui ne s'étaient pas posés la question de savoir si le manifeste était un faux.

Alors que le bruit courait que la famille royale allait s'enfuir, le 6 août 1792, le commandant des Fédérés du Finistère écrivait : « La capitale est pour le moment dans un état de crise dont il est difficile de se faire une idée ; chaque jour voit éclore de nouveaux projets de la part de nos ennemis ; et chaque jour est mis en usage par les patriotes pour faire avorter ces mêmes projets[4]. »

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Michel Winock, L’échec au roi, 1791-1792, Olivier Orban, ISBN 2-85565-552-8, p. 262
  2. Stefan Zweig, Marie-Antoinette.
  3. Winock, op. cit., p. 263
  4. Cité par J.-C. Martin, La Révolution française, 1789-99, une histoire socio-politique, Belin, 2004.

Bibliographie et sources[modifier | modifier le code]

  • H. A. Barton, « The Origins of the Brunswick Manifesto », French Historical Studies, vol. 5, no 2, 1967, p. 146-169.
  • Jacques Godechot, La Contre-Révolution : doctrine et action, 1789-1804, Paris, PUF, 1961.
  • Mathurin Lescure, Rivarol et la société française pendant la Révolution et l’Émigration, 1753-1801, Paris, Poulet-Malassis, 1867.

Document[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]