Déchristianisation (Révolution française)

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La déchristianisation est une politique qui, pendant la Révolution française, a pour but de supprimer le christianisme de la vie quotidienne en France : prêtres déportés ou assassinés, religieux contraints à abjurer leurs vœux, croix et images pieuses détruites, fêtes religieuses interdites, agendas supprimés, et interdiction du culte public et privé.

Le mot n'est pas très employé en 1793. Il vient de Mirabeau, qui avait dit dans ses derniers moments : « Vous n'arriverez à rien si vous ne déchristianisez la Révolution. »

Dans les campagnes, cette politique a été un choc profond pour le petit peuple. En effet jusqu'alors, au-delà de la religion, le curé était le premier serviteur[réf. nécessaire] des paysans, notamment pour ce qui était des registres d'états-civils (confié par la suite aux mairies) et de l'enseignement. Cette colère paysanne amènera de violents soulèvements populaires, dont la célèbre Guerre de Vendée.

Les événements[modifier | modifier le code]

Fête de la Raison à Notre-Dame de Paris en 1793. Une montagne est édifiée dans le chœur ; une actrice personnifie la Liberté ; la Convention vient assister à la cérémonie.

La Commune de Paris, sous l'impulsion de son procureur-syndic Chaumette, est la première à prendre, après le 10 août 1792, des mesures anticléricales : interdiction du port du costume ecclésiastique en dehors des fonctions sacerdotales (12 août), interdiction des processions et manifestations religieuses sur la place publique (16 août), réquisition des bronzes d'église pour l'armée (17 août). Toutefois, les arrêtés de la Commune ne sont pas toujours reconnus par la Convention, ni même suivis dans toutes les sections.

L'an II (septembre 1793-septembre 1794) voit l'apogée de la politique de déchristianisation. Ce sont des représentants en mission qui donnent l'impulsion décisive. L'activité de Joseph Fouché, dans la Nièvre et en Côte-d’Or, reste la plus célèbre. Sous l'influence de Chaumette (qui fait un voyage dans le département en septembre 93), il prend différents arrêtés interdisant toute manifestation extérieure du culte, rend obligatoire le mariage des prêtres pensionnés (ou à défaut, soit l'adoption par eux d'un enfant, soit l'entretien d'un vieillard indigent), et laïcise les convois funèbres ainsi que les cimetières. Sa décision d'inscrire sur les portes d'entrée des cimetières : « La mort est un éternel sommeil » connut un grand retentissement. Envoyé à Lyon avec Collot d'Herbois, il y poursuit sa politique antireligieuse : le 10 novembre 1793, il organise une grande cérémonie aux mânes de Chalier exécuté lors de l'insurrection de juin. Dans le cortège, un sans-culotte portant mitre et crosse précède un âne recouvert d'habits pontificaux, coiffé d'une mitre, portant un calice sous le cou et, attachés à sa queue, une bible et un missel[1]. D'autres représentants, appuyés par les armées révolutionnaires, passent à la fermeture et au pillage des églises.

Le 24 octobre, la Convention, après les rapports de Romme et de Fabre, adopte le calendrier républicain en remplacement du calendrier grégorien, substituant, comme ère, à la naissance du Christ la date du 22 septembre 1792, premier jour de la République, et éliminant le dimanche au profit du « décadi ».

Le 6 novembre, la Convention accorde qu'une commune est en droit de renoncer au culte catholique. Dans la nuit du 16 novembre, certains radicaux forcent Gobel, l'évêque constitutionnel qui avait été élu à Paris, à abdiquer ; le 17, il vient, avec ses vicaires, se démettre solennellement à la Convention. La Commune s'empare de Notre-Dame ; une montagne s'édifie dans le chœur ; une actrice personnifie la Liberté ; la Convention se rend à la cathédrale, baptisée « temple de la Raison » et assiste à une nouvelle présentation de la fête civique. Des sections imitent cet exemple ; le 20 novembre, des citoyens de la section de l'Unité, revêtus d'ornements sacerdotaux, défilent, chantant et dansant, devant la Convention.

Le 23 novembre 1793, sur la recommandation de Chaumette, la Commune ordonne la fermeture de toutes les églises de la capitale.

La majorité de la Convention, en adoptant le calendrier républicain, avait montré son hostilité au christianisme. Mais les mascarades antireligieuses lui déplaisent et l'abolition du culte lui paraît une faute politique. Robespierre en juge de même. Il pense que la déchristianisation cache une manœuvre politique et aggrave l'agitation, menée par les sans-culottes radicaux (hébertistes et enragés), qui dans les sections et les clubs menacent le Comité de salut public. Le 21 novembre 1793, il inaugure au Club des Jacobins sa croisade contre l'« athéisme ». Il oppose l'athéisme qui est « aristocratique » à l'idée « d'un grand Être qui veille sur l'innocence opprimée » et qui est « toute populaire ». Le 28, il déclare au club : « Nous déjouerons dans leurs marches contre-révolutionnaires ces hommes qui n'ont eu d'autre mérite que celui de se parer d'un zèle anti-religieux... Oui, tous ces hommes faux sont criminels, et nous les punirons malgré leur apparent patriotisme. » De concert avec Danton, il combat la déchristianisation, la faisant condamner par les Jacobins. Danton conjure la Convention de « poser la barrière ». Le 6 décembre, un décret affirme que la liberté des cultes subsiste ; le 29, une loi sur l'enseignement le déclare également libre, sans exclusion des prêtres. Les dirigeants hébertistes sont exécutés le 24 mars sans que les sans-culottes ne bougent. Chaumette les suit à distance de vingt jours.

Cependant, le succès du Comité resta relatif : la Commune admit que les prêtres constitutionnels pussent célébrer leur culte à titre privé, mais les églises de Paris restèrent closes et le 26 mars, la Convention suspendit le paiement des pensions ecclésiastiques.

Formes de la déchristianisation[modifier | modifier le code]

La déchristianisation s'est manifestée de différentes façons :

Il faut ajouter à cette liste la profanation de tombeaux dans la basilique Saint-Denis : les tombeaux des principaux rois de France ont été profanés, en deux vagues, en août 1793, et du 12 au 25 octobre 1793, à l'instigation de Barère, porte-parole du Comité de salut public.

Suites[modifier | modifier le code]

Le calendrier républicain a posé des problèmes de repos hebdomadaire (semaines de 10 jours), ainsi que des difficultés de traduction entre calendriers aux frontières pour les échanges commerciaux. Il fut abandonné en 1806, pendant la période de l'Empire.

Les églises sont rouvertes le 31 mai 1795. Le mouvement va continuer à décroître sensiblement après le coup d'État du 18 fructidor an V (4 septembre 1797). Le Concordat rétablit officiellement le culte en 1802.

Référence[modifier | modifier le code]

  1. Jean Tulard, Joseph Fouché, Fayard, 1998, p. 51

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Avant la déchristianisation proprement dite
Le culte de la Raison et de l'Être suprême
Le changement de calendrier
Les révolutionnaires impliqués
Autre

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Histoire de la France religieuse, sous la direction de Jacques Le Goff et René Rémond, XVIIIe siècleXIXe siècle Seuil, novembre 1991.
  • Michel Vovelle, La Révolution contre L'Église. De la Raison à l'Être Suprême, Éditions Complexe, 1998.
  • De temps en temps, Histoires de calendriers, Tallandier Historia, Claude Naudin (direction éditoriale), 2001, ISBN 2-235-02-277-4.
  • Georges Lefebvre, La révolution française, p. 376, P.U.F., 1968
  • Dominique Rondelot "Robespierre et la déchristianisation" Bull. AMRID n°28 Novembre 2003