La Jérusalem délivrée

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Le Siège de Jérusalem pendant la Première Croisade, peinture anonyme.[réf. nécessaire]

La Jérusalem délivrée (La Gerusalemme liberata) est un poème épique écrit en 1581 en italien par Le Tasse, retraçant un récit largement de fiction de la Première Croisade, au cours de laquelle les chevaliers chrétiens menés par Godefroy de Bouillon combattent les Musulmans (Sarrasins) afin de lever le Siège de Jérusalem. Le poème est composé de stances de huit vers, groupées en vingt chants de longueur variable.

Contexte[modifier | modifier le code]

L'œuvre s'inscrit dans la tradition du roman de chevalerie à la Renaissance, et des poèmes épiques italiens. Le Tasse emprunte fréquemment des éléments de l'intrigue et des personnages de l'Orlando furioso de l'Arioste. Le poème contient également des éléments inspirés des contes épiques d'Homère et de Virgile (en particulier dans les sections de leurs œuvres décrivant les sièges et les tactiques de guerre).

Analyse[modifier | modifier le code]

Le choix du sujet du Tasse — un véritable conflit historique entre chrétiens et musulmans (bien que largement saupoudré d'éléments fantastiques) — possédait un arrière-plan historique, et créait des impératifs dans la narration (le sujet ne pouvait aboutir qu'à la conclusion historique, et ne pouvait s'étendre ad libitum, le conflit ayant été limité dans le temps), absents d'autres récits épiques contemporains. Cependant, comme d'autres œuvres de la même époque traitant de conflits entre Chrétiens et Musulmans, le poème suscitait de profondes résonances dans l'esprit du lectorat, l'empire turc effectuant des avancées significatives en Europe de l'Est.

Un des traits les plus caractéristiques du poème du Tasse est le tourment émotionnel enduré par ses personnages, partagés entre leurs sentiments et leurs devoirs, et leur représentation de l'amour en conflit avec les valeurs martiales comme l'honneur est une source de grande passion lyrique dans le poème.

Postérité[modifier | modifier le code]

La Gerusalemme liberata constitue la trame générale de nombreuses œuvres musicales, comme Il combattimento di Tancredi e Clorinda de Monteverdi, Armida al campo d'Egitto de Vivaldi, Armide de Lully ou de Gluck, Rinaldo de Haendel, La Forêt enchantée de Geminiani Armida de Haydn, Rossini ou Dvořák, Rinaldo de Brahms

Un grand nombre de peintres ont illustré des épisodes de La Jérusalem délivrée : notamment Giambattista Tiepolo[1], Nicolas Poussin[2], Charles Antoine Coypel[3], François Boucher[4], Antoine van Dyck[5], Jean-Honoré Fragonard[6], Annibale Carrache[7], Le Dominiquin[8], Paolo Domenico Finoglia[9], Lorenzo Lippi[10]

La Gerusalemme liberata est un film italien d'Enrico Guazzoni datant de 1913.

Résumé[modifier | modifier le code]

Le poème raconte la désunion et les échecs des chrétiens et leur victoire finale. Les passages les plus connus sont les suivants :

Sophronie, une chrétienne de Jérusalem, s'accuse d'un crime pour empêcher le massacre des Chrétiens par un roi musulman. Pour la sauver, son amant Olinde s'accuse à son tour, et chaque amant plaide pour sauver l'autre.

Clorinde reçoit le Baptême de Tancrède (1640-45) par Paolo Domenico Finoglia, Pinacotèque de Conversano.

Clorinda, une guerrière, se joint aux musulmans, mais le chevalier chrétien Tancrède tombe amoureux d'elle. Pendant une bataille de nuit où elle met le feu à la tour de siège des chrétiens, elle est tuée par erreur par son amant, mais elle se convertit au christianisme avant de mourir. Le personnage de Clorinde est inspiré en partie par Camille dans l'Énéide de Virgile et par Bradamante de l'Arioste ; les circonstances de sa naissance (dans le Caucase de parents africains) sont inspirées par le personnage principal (Chariclée) d'un roman grec Théagène et Chariclée d'Héliodore d'Émèse.

Une autre femme de la région, la princesse Herminie d'Antioche, tombe aussi amoureuse de Tancrède et trahit son peuple pour l'aider, mais elle devient jalouse quand elle apprend que Tancrède aime Clorinde. Elle retourne chez les Musulmans, puis vole l'armure de Clorinde et se joint à un groupe de bergers.

La magicienne Armide (imitée de Circé dans Homère et de la magicienne Alcina dans l'Arioste) entre dans le camp des chrétiens pour demander leur aide ; son charme divise les chevaliers les uns contre les autres et un groupe part avec elle, pour finalement être transformé en animaux par sa magie.

Armide essaie de tuer le plus grand des chevaliers chrétiens Rinaldo (son nom apparaît dans l'Orlando Furioso (III, 30) de l'Arioste ; il est le fils de Bertoldo et fut le fondateur de la maison d'Este), mais elle tombe amoureuse de lui et l'amène dans une île magique où il a la tête tournée par ses caresses et devient paresseux. Deux chevaliers chrétiens cherchent la forteresse cachée, bravent les dangers qui la gardent et, en donnant à Rinaldo un miroir de diamant, l'obligent à se voir dans son état efféminé et amoureux et à retourner à la guerre, laissant Armide le cœur brisé. Armide est affligée par cette perte et désire mourir, mais comme c'est une magicienne, elle est immortelle. Ce passage rappelle une histoire similaire dans l'Arioste : la magicienne Alcina prend au piège le chevalier Ruggiero, mais le sort est rompu par un anneau magique que la bonne magicienne Melissa lui apporte ; parmi d'autres antécédents on peut citer la tentative de Circé de garder Ulysse sur son île, et la fée Morgane emportant Ogier le Danois dans une île lointaine.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Rinaldo et Armida par Tiepolo.
  2. Renaud et Armide par Poussin.
  3. Le Sommeil de Renaud par Coypel.
  4. Renaud et Armide par Boucher.
  5. Rinaldo et Armida par van Dyck.
  6. Renaud et Armide par Fragonard.
  7. Renaud et Armide par Carrache.
  8. Renaud et Armide par Le Dominiquin.
  9. Tancrède affronte Clorinde par Finoglia.
  10. Renaud et Armide par Lippi.

Liens externes[modifier | modifier le code]