Jean Racine

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Jean Racine

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Portrait de Racine

Activités Dramaturge, historiographe du roi
Naissance 22 décembre 1639
La Ferté-Milon, Drapeau du Royaume de France Royaume de France
Décès 21 avril 1699 (à 59 ans)
Paris, Drapeau du Royaume de France Royaume de France
Langue d'écriture français
Mouvement classicisme
Genres tragédie essentiellement, comédie
Distinctions Hommes illustres (Louvre)

Œuvres principales

Jean Racine, né à La Ferté-Milon le 22 décembre 1639 et mort à Paris le 21 avril 1699, est un dramaturge et poète français considéré comme l'un des plus grands auteurs de tragédies de la période classique en France sous Louis XIV.

Issu d'une famille de petits notables et vite orphelin, il est éduqué par les « Solitaires » de Port-Royal et reçoit une solide éducation littéraire et religieuse (peu marquée par les nuances théologiques du jansénisme). Il choisit ensuite de se consacrer à la littérature et particulièrement au théâtre en faisant jouer La Thébaïde en 1664 et Alexandre le Grand en 1665, qui est son premier succès et qui lui vaut le soutien du jeune roi Louis XIV, tandis qu’il se brouille avec Molière.

Le succès d'Andromaque en 1667 ouvre une décennie de grande création où l'on trouve à côté d'une unique comédie (Les Plaideurs en 1668) six grandes tragédies : Britannicus (1669), Bérénice (1670), Bajazet (1672), Mithridate (1673), Iphigénie (1674) et Phèdre (1677). Élu à l'Académie française en 1672, et parvenu au faîte de la gloire grâce à Iphigénie et Phèdre tout en ayant acquis une confortable aisance financière, il se laissa convaincre par ses appuis haut placés à la Cour (notamment Mme de Montespan et sa sœur Mme de Thianges) d'abandonner le « métier de poésie » pour briguer le « glorieux emploi » d'historien du roi [1]. Devenu l'un des courtisans les plus proches du Roi-Soleil, il n'abandonna quelquefois son travail d'historien que pour répondre à la demande de Madame de Maintenon en donnant deux tragédies aux sujets bibliques aux jeunes filles de Saint-Cyr : Esther (en 1689) et Athalie (en 1691), ou pour écrire dans le plus grand secret son Abrégé de l'histoire de Port-Royal (publié seulement cinquante ans après sa mort). L'énorme travail auquel il avait consacré l'essentiel des vingt dernières années de sa vie, l'histoire de Louis XIV, disparut entièrement dans l'incendie de la maison de son successeur, Valincour.

Privilégiant les sujets grecs, Racine, cherchant à rivaliser avec Pierre Corneille, a néanmoins traité trois sujets romains, et un sujet moderne, Bajazet (1672), mais décalé dans l'espace puisque se déroulant dans l'Empire ottoman. On a pu lui reprocher le manque de vérité historique (dans Britannicus ou Mithridate par exemple) et le manque d'action (particulièrement dans Bérénice), mais on a salué la musique de ses vers, son respect assez strict des unités de temps, de lieu et d'action qui renforcent la densité et le sentiment tragique, ainsi que de la vraisemblance psychologique : les passions de chacun deviennent en effet les instruments du destin. Parmi ces passions, l'amour tient la première place et Racine l'analyse avec ses manifestations physiologiques (ex. : Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue ;// Un trouble s'éleva dans mon âme éperdue, Phèdre, v.272-273). La passion anime et détruit les personnages pourtant tout-puissants (rois, empereurs, princesses...) qui tentent en vain de lutter contre la pente fatale de l'entraînement des passions. Racine est ainsi parvenu à montrer si puissamment ce cheminement inexorable propre à faire naître la frayeur et la pitié (Aristote les présentait comme les deux émotions fondamentales du genre tragique) que la critique a longtemps estimé qu'il avait cherché à associer la prédestination janséniste et le fatum des tragédies de l'Antiquité.

L'économie des moyens (densité du propos avec un nombre restreint de mots pour toutes ses œuvres, utilisation du confident pour rendre plus naturelle l'expression des personnages), la rigueur de la construction (situation de crise menée à son acmé), la maîtrise de l'alexandrin et la profondeur de l'analyse psychologique font des œuvres de Jean Racine un modèle de la tragédie classique française.

Biographie[modifier | modifier le code]

Né dans une famille de notables de La Ferté-Milon : son père était greffier et ses deux grands-pères occupaient des positions-clés au grenier à sel de La Ferté-Milon et de Crépy-en-Valois ; l'on vit longtemps, sur la façade de la maison des Racine, rue de la Pêcherie, leurs armes parlantes[2] : d'azur, au rat et au cygne d'argent[3]. Orphelin à l'âge de trois ans (sa mère décède en 1641 et son père en 1643), il est recueilli par ses grands-parents paternels et semble être entré très tôt aux petites écoles de Port-Royal (peu après que sa jeune tante ait été accueillie comme professe au monastère de Port-Royal de Paris). Devenu le pupille de son riche et puissant grand-père maternel (Pierre Sconin) à la mort du grand-père Racine en 1649, il est laissé quelque temps à Port-Royal, avant d'être envoyé faire ses humanités et sa rhétorique au collège de la ville de Beauvais. Au lieu d'y faire ses deux années de philosophie, il retourne à Port-Royal, où sa grand-mère avait rejoint sa fille qui y était religieuse. Les petites écoles ayant été fermées sur ordre royal, il y est éduqué presque seul et reçoit ainsi de solides leçons des meilleurs pédagogues du temps, et à la différence de la presque totalité des écoliers de son temps il apprend le grec ancien, l'italien et l'espagnol. Il a pour maîtres les célèbres Claude Lancelot, Pierre Nicole et Antoine Le Maistre, ainsi que Jean Hamon. Cependant, le théâtre y était totalement absent, car les jansénistes considéraient que, plus que toute autre forme de fiction, il empoisonne les âmes. Il est ensuite envoyé compléter sa formation au collège d'Harcourt et il y fait ses deux années de philosophie.

À 18 ans, Racine est donc orphelin et dépourvu de biens (mais non pas pauvre, contrairement à la légende, car il est toujours soutenu par son riche tuteur), mais possède à la fois un très vaste savoir (il connaît, outre le latin et le grec, l'italien et l'espagnol) et les plus grandes qualités de « civilité » (un des points forts de l'enseignement à Port-Royal). Il peut en outre s'appuyer sur le réseau de relations des jansénistes. Il découvre la vie mondaine grâce à son cousin Nicolas Vitart qui l'héberge dans ses appartements de l'Hôtel de Luynes (où il réside en tant qu'intendant du duc de Luynes). C'est là qu’il écrit ses premiers poèmes, dans la veine galante, telle qu'on la pratiquait alors dans tous les salons. Bien conseillé par Vitart, il ne laisse pas passer l'occasion de se faire remarquer à l'occasion du mariage de Louis XIV : à l'été 1660, il soumet à l'académicien Jean Chapelain un long poème encomiastique dédié à la Reine, La Nymphe de la Seine. Chapelain le corrige et l'encourage et le poème est bientôt imprimé (à compte d'auteur, sans doute avec l'aide de Vitart, qui semble n'avoir ménagé ni son admiration ni son argent pour son jeune cousin).

La même année, il écrivit sa première pièce de théâtre, une Amasie, dont on ne sait rien, sinon qu'elle a été refusée par le directeur du Théâtre du Marais auquel elle avait été soumise. Quelques mois plus tard, au printemps 1661, il se lança dans un nouvel essai théâtral, consacré à Ovide et à la « seconde Julie » (la petite-fille de l'empereur Auguste); le projet est bien accueilli par la troupe de l'Hôtel de Bourgogne; mais tombé gravement malade d'une fièvre qui sévit dans tout le nord de la France, il ne peut l'achever, et il est envoyé passer sa convalescence à Uzès.

Le choix d'Uzès s'explique par le fait que l'un de ses oncles, le Père Sconin, y réside, et espère pouvoir lui faire obtenir l'un de ses bénéfices ecclésiastiques, ce qui permettrait à Racine de pouvoir se consacrer pleinement à l'écriture tout en étant assuré sur le plan matériel par le revenu d'une cure ou d'un prieuré (il suffisait pour cela d'étudier un peu de théologie, de recevoir la tonsure et de porter un discret habit à petit collet). Il recommence à écrire des vers, mais ne reprend pas sa pièce de théâtre sur Ovide, et se désespère loin de ses amis dans sa lointaine province, d'autant que les affaires de son oncle sont embrouillées et qu'il voit la perspective d'obtenir rapidement le bénéfice du Père Sconin s'éloigner. Rentré à Paris bredouille près de deux ans plus tard (printemps de 1663) — mais Vitart et le Père Sconin continuent à s'activer pour ce bénéfice dans la coulisse, et il finira par l'obtenir, sans quitter Paris, en 1666 —, il profite d'une rougeole royale vite guérie pour se faire remarquer à nouveau par un deuxième poème d'éloge, Ode sur la Convalescence du Roi (elle aussi encouragée et retouchée par Chapelain). Grâce à elle (et à Chapelain) il est inscrit durant l'été (1663) sur la première liste des gratifications royales pour la somme de 600 livres. Il remercie aussitôt avec une nouvelle ode, la Renommée aux Muses, qui lui permet d'être présenté au duc de Saint-Aignan, puis au roi, tout en préparant sa première tragédie, la Thébaïde, qui, achevée en décembre et acceptée par l'Hôtel de Bourgogne (mais programmée pour de longs mois plus tard) est finalement créée en juin 1664 par la troupe de Molière au Palais-Royal — l'interdiction de Tartuffe, qui, après sa première représentation à la Cour le 12 mai 1664 devait être créé en juin au Palais-Royal avait créé un trou dans la programmation. La pièce, ainsi apparue sur la scène à la plus mauvaise période de l'année pour une tragédie[4], obtient un succès très moyen.

En décembre 1665, il fait jouer Alexandre le Grand qui obtient un succès considérable sur la scène du Palais-Royal. Elle est confiée quelques jours plus tard, en pleine exclusivité, à la troupe de comédiens la plus admirée dans le genre tragique, à l'Hôtel de Bourgogne, sans doute pour permettre à Louis XIV (à qui la pièce devait être présentée dans une représentation privée) de se reconnaître dans Alexandre incarné par le célèbre Floridor, alors considéré comme le meilleur acteur tragique de son temps[5]. Les comédiens en profitent (avec la bénédiction de Racine) pour monter la pièce aussitôt après sur la scène même de l'Hôtel de Bourgogne, ce qui provoque l'effondrement des recettes au Palais-Royal, qui au bout de quelques jours renonce à garder la pièce à l'affiche. C'est cette affaire qui entraîna une brouille définitive entre Molière et Racine.

Prenant pour lui une attaque de son ancien maître Pierre Nicole contre les auteurs de théâtre traités d'« empoisonneurs des âmes », et furieux de se voir mis en cause au moment où il accède à la gloire, Racine publie un pamphlet contre Port-Royal et ses anciens maîtres et, malgré l'intercession de Nicolas Vitart, se brouille avec Port-Royal, au plus fort des persécutions contre le monastère et les Messieurs. Il rédige un second pamphlet, qu'il menace de publier mais qu'il garde finalement dans ses tiroirs (le texte ne sera publié qu'après sa mort).

Le triomphe de la tragédie Andromaque, placée sous la protection de Madame Henriette d'Angleterre, (1667) assure définitivement sa réputation et l'on commence à le présenter comme le seul digne de pouvoir être un jour comparé à Corneille. Après une unique comédie, les Plaideurs, en 1668, il donne successivement Britannicus (1669), Bérénice (1670), qui est l'occasion d'une joute théâtrale avec Corneille dont la propre pièce, Tite et Bérénice, est sous-titrée « comédie héroïque » (c'est Racine qui l'emporte indéniablement), Bajazet (début 1672), Mithridate (fin 1672), Iphigénie (1674) et Phèdre (1677). Toutes ces pièces sont créées par la troupe de l'Hôtel de Bourgogne.

Sur le plan matériel, sa petite rente de prieur de l'Épinay et les très importants revenus du théâtre (vente de chaque pièce aux comédiens, puis vente de chaque pièce aux libraires-éditeurs[6]), aussitôt convertis en rentes à 5 %, grâce aux conseils de l'habile financier qu'était Nicolas Vitart, assurent une aisance toujours plus grande à Racine. En 1674, la faveur royale lui permet d'obtenir la charge de Trésorier de France à Moulins (purement lucrative en ce qui le concerne, et anoblissante), ce qui le conduit à renoncer à son bénéfice ecclésiastique.

Après le grand succès de Phèdre, qui triomphe rapidement d'une Phèdre et Hippolyte concurrente due à Pradon et jouée sur le théâtre de l'Hôtel Guénégaud, Racine se tourne vers une autre activité : comme Boileau, il devient historiographe du roi, grâce à l'appui de Mme de Montespan, maîtresse du roi, et de sa sœur, Mme de Thianges. Pour préparer son entrée dans l'entourage du roi, il quitte sa maîtresse, épouse une héritière issue comme lui de la bourgeoisie de robe anoblie[7], Catherine de Romanet, avec qui il aura sept enfants. La correspondance révèle que le mariage d'intérêt, préparé par Nicolas Vitart, s'est mué en union amoureuse. Racine fait savoir qu'il n'écrira plus pour le théâtre afin de se consacrer entièrement à « écrire l'histoire du Roi ».

Au cours des quinze années qui suivent il ne déviera de cette entreprise — qui l'amène à suivre régulièrement Louis XIV dans ses campagnes militaires, prenant des notes et rédigeant ensuite des morceaux dont il discute sans cesse avec Boileau — qu'à quatre reprises. Une première fois en 1685 en composant les paroles de l’Idylle sur la Paix (mise en musique par Lully, à la demande du marquis de Seignelay, fils et successeur de Colbert). Puis en 1689, en écrivant à la demande de Madame de Maintenon une tragédie biblique pour les élèves de la Maison Royale de Saint-Louis, un pensionnat pour jeunes filles, à Saint-Cyr (actuelle commune de Saint-Cyr-l'École). Ce fut Esther, courte tragédie en trois actes jouée et chantée (musique de Jean-Baptiste Moreau) à plusieurs reprises en représentations privées devant le roi et un grand nombre de courtisans triés sur le volet par Mme de Maintenon durant le carnaval de 1689. Le succès de l'expérience incita Mme de Maintenon à demander à Racine de tenter de la renouveler et il écrivit une tragédie plus ambitieuse, Athalie, destinée elle aussi à être accompagnée de musique et de chants. Elle ne fut pas prête pour le carnaval de 1690 et les jeunes demoiselles de Saint-Cyr recommencèrent à jouer Esther, mais les désordres que cela provoqua dans la communauté incitèrent Mme de Maintenon à interrompre les représentations avant leur terme. Athalie ne fit donc pas l'objet d'une création en grande pompe, et le roi ne vit la tragédie qu'à l'occasion d'une répétition ouverte à la famille royale. Devenu progressivement dévot au cours des années 1680, en même temps que le roi (influencé par Mme de Maintenon), il était désormais résolument hostile au théâtre dit « mercenaire »[citation nécessaire](même s'il se refusait à renier son œuvre passée, qu'il polissait d'édition en édition). Mais les tragédies écrites pour Saint-Cyr furent, du point de vue de la commanditaire comme du sien, des œuvres pédagogiques et morales (auxquelles le talent de Racine ne pouvait que conférer une valeur poétique supérieure). Troisième et dernière entorse à l'écriture exclusive de l'histoire du roi, à la fin de l’été 1694 il composa — toujours à la demande de Mme de Maintenon —, quatre Cantiques spirituels, dont trois furent mis en musique par Jean-Baptiste Moreau et un par Michel-Richard de Lalande (n°II°)[8].

Récompensé par une charge de Gentilhomme ordinaire de la Maison du Roi (1691), Racine se rapprochait toujours plus du roi, qu'il suivit régulièrement dans son petit château de Marly avec les courtisans les plus proches du couple royal, et à qui il arriva qu'il fît la lecture durant des nuits d'insomnie consécutives à une maladie, à la place des lecteurs en titre. Il obtint ensuite la survivance de cette charge pour son fils aîné Jean-Baptiste Racine, puis se sentit obligé d'acheter en 1696 une charge de Conseiller-Secrétaire du Roi qui ne lui apportait rien de plus en termes de reconnaissance et qui lui coûta une forte somme.

Depuis 1666, Racine s'était brouillé avec les jansénistes, mais il semble s'être rapproché d'eux au plus tard au lendemain de son mariage. Malgré les persécutions dont ils recommencèrent à être victimes à partir de 1679, Racine se réconcilie avec eux. Il les soutient notamment dans leurs démêlés avec le pouvoir (Louis XIV leur étant hostile). Sa présence aux funérailles d'Arnauld en 1694 confirme la réconciliation de Racine avec ses anciens maîtres. Il écrit secrètement un Abrégé de l'Histoire de Port-Royal qui parut après sa mort. Surtout, neveu chéri d'une religieuse qui gravit tous les échelons de la hiérarchie du monastère de Port-Royal des Champs pour en devenir abbesse en 1689, il œuvra auprès des archevêques de Paris successifs afin de permettre au monastère de retrouver une vraie vie (depuis 1679 il lui était interdit de recevoir de nouvelles religieuses et son extinction était ainsi programmée). Tout cela le conduisit au milieu des années 1690 à entreprendre secrètement un Abrégé de l'histoire de Port-Royal, qui ne fut publié qu'au XVIIIe siècle.

Racine meurt rue des Marais-Saint-Germain à Paris (paroisse Saint-Sulpice) le 21 avril 1699[9], à l'âge de cinquante-neuf ans, des suites d'un abcès ou d'une tumeur au foie. Louis XIV accéda à la demande qu'il avait formulé d'être inhumé à Port-Royal, auprès de la tombe de son ancien maître Jean Hamon[10]. Après la destruction de Port-Royal par Louis XIV en 1710, ses cendres ont été déplacées à l'église Saint-Étienne-du-Mont de Paris).

L’affaire des poisons[modifier | modifier le code]

Longtemps après sa mort, les historiens découvrent dans les archives de La Bastille que Racine avait été suspecté dans l'affaire des Poisons qui a éclaté entre 1679 et 1681. La Voisin avait accusé Racine d'avoir fait assassiner, dix ans auparavant, son ancienne maîtresse « Du Parc ». En réalité, l'actrice connue de Racine, nommée « Du Parc », est morte des complications d'un avortement provoqué. Elle avait été confondue avec une autre Du Parc qui était une avorteuse et victime dans l'affaire des poisons. Racine a donc été disculpé en interne par la police, sans jamais être informé des poursuites dont il aurait pu faire l'objet[11]. En réalité, précise l'historien Raymond Picard, la lettre d'arrestation de Racine signée par Louvois était prête, mais le magistrat Bazin de Bezon ne donna pas suite.

Ses différentes maîtresses[modifier | modifier le code]

Depuis l'époque romantique, les biographes de Racine et les critiques de son théâtre se sont étonnés qu'un homme ait pu traduire si bien la violence des passions, en particulier féminines, et ils en ont déduit qu'il devait être animé, si ce n'est par une âme féminine, du moins par un très fort penchant pour les femmes. Certains biographes ont parlé d'infidélité constante et ont mis au compte de cette légèreté sa prétendue disgrâce auprès du roi et de Mme de Maintenon à la fin de sa vie. En fait, outre que la disgrâce est une légende[12], on ne lui connaît que deux maîtresses avant son mariage (deux comédiennes: Mlle Du Parc, puis Mlle de Champmeslé). Aucun document du XVIIe siècle ne permet de penser qu'il aurait été ensuite infidèle à Catherine Romanet, qu'il épousa en 1677 après avoir quitté la Champmeslé.

Œuvres[modifier | modifier le code]

Le théâtre racinien[modifier | modifier le code]

Le théâtre de Racine peint la passion comme une force fatale qui détruit celui qui en est possédé. On retrouve ici les théories jansénistes : soit l'homme a reçu la grâce divine, soit il en est dépourvu, rien ne peut changer son destin, il est condamné dès sa naissance. Réalisant l'idéal de la tragédie classique, le théâtre racinien présente une action simple, claire, dont les péripéties naissent de la passion même des personnages.

Les tragédies profanes (c'est-à-dire Esther et Athalie exclues) présentent un couple de jeunes gens innocents, à la fois unis et séparés par un amour impossible parce que la femme est dominée par le roi (Andromaque, Britannicus, Bajazet, Mithridate) ou parce qu'elle appartient à un clan rival (Aricie dans Phèdre). Cette rivalité se double souvent d'une rivalité politique, sur laquelle Racine n'insiste guère.

Dans ce cadre aristocratique qui, à partir de Bajazet, devient un lieu commun prétexte à la naissance d'une crise, les personnages apprennent que le roi est mort ou vaincu : ils se sentent alors libres de déchaîner leurs passions. Or, l'information est rapidement démentie. Le retour du roi met les personnages devant leurs fautes et les pousse, selon leur nature intérieure, à se repentir ou à aller jusqu'au bout de leur rébellion.

Les sources d'inspiration gréco-latines[modifier | modifier le code]

Les sources d'inspiration de Jean Racine sont nombreuses et variées.

Le professeur J. Scherer mentionne, dans son étude sur Bérénice, (éditions du Sedes, p. 14, 1974) que Racine, afin de fixer le personnage, cite Suétone, notamment le chapitre VII de sa Vie de Titus. Il établit également qu'il existe un parallèle entre Virgile et Racine, fondé sur des notions assez conventionnelles. Jean-Pol Caput, dans sa présentation de Britannicus (Paris, Classiques Larousse, 1963), note que Racine a puisé dans les Annales de Tacite (livres XI à XV) non seulement l'essentiel des faits qui forment la trame de la tragédie, mais encore l'esprit dans lequel l'historien latin les traite. Racine aurait aussi lu le traité de Sénèque Sur la clémence et la tragédie du même auteur Octavie qui ont inspiré certains détails au poète.

Jean Racine lui-même ne dissimule pas ses sources gréco-latines et les indique ouvertement. En effet, dans sa préface à Phèdre, Racine écrit : Voici encore une tragédie dont le sujet est pris dans Euripide. Quoique j'ai suivi une route un peu différente de celle de cet auteur pour la conduite de l'action, je n'ai pas laissé d'enrichir ma pièce de tout ce qui m'a paru plus éclatant dans la sienne. Racine cite également Sénèque dans sa préface, ajoutant qu'il a suivi l'histoire de Thésée, telle qu'elle figure dans Plutarque.

Liste des pièces de Racine[modifier | modifier le code]

Œuvres de Racine, édition bruxelloise de 1700.
Gravure de J. Harrewyn
Liste des œuvres pour le théâtre de Jean Racine
(par ordre chronologique)
Œuvres Genre Création
La Thébaïde Tragédie en cinq actes et en vers 21 juin 1664
Alexandre le Grand Tragédie en cinq actes et en vers 4 décembre 1665
Andromaque Tragédie en cinq actes et en vers 17 novembre 1667
Les Plaideurs Comédie en trois actes et en vers novembre 1668
Britannicus Tragédie en cinq actes et en vers 13 décembre 1669
Bérénice Tragédie en cinq actes et en vers 21 novembre 1670
Bajazet Tragédie en cinq actes et en vers 1er janvier 1672[13]
Mithridate Tragédie en cinq actes et en vers 23 décembre 1672[14]
Iphigénie Tragédie en cinq actes et en vers 18 août 1674
Phèdre[15] Tragédie en cinq actes et en vers 1er janvier 1677
Esther Tragédie en trois actes et en vers 26 janvier 1689
Athalie Tragédie en cinq actes et en vers 5 janvier 1691

Essais[modifier | modifier le code]

Traductions[modifier | modifier le code]

Réception[modifier | modifier le code]

Les Petits Chanteurs de Passy chantent le Cantique de Jean Racine

Gabriel Fauré a mis en musique un de ses poèmes dans le Cantique de Jean Racine.

Iconographie[modifier | modifier le code]

(liste non exhaustive)

Dessins, peintures[modifier | modifier le code]

Sculptures[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

1. Éditions de référence

  • Paul Mesnard, Œuvres de Jean Racine, Paris, Hachette,‎ 1865-1873 (Les Grands Écrivains de la France, 9 volumes) [consulter cette édition sur Wikisource]
  • Raymond Picard, Racine : Œuvres complètes, Paris, Gallimard,‎ 1950 (théâtre et poésies) et 1952 (prose) (Bibliothèque de la Pléiade, 2 volumes)

2. Études et biographies

  • Roland Barthes, Sur Racine, Paris, Seuil, 1963 (ce livre, emblème de la « nouvelle critique », a été sévèrement - et justement, selon ses adversaires, mais injustement, selon ses partisans - critiqué par Raymond Picard dans Nouvelle critique ou nouvelle imposture et par René Pommier dans Le « Sur Racine » de Roland Barthes).
  • Charles Bernet, Le Vocabulaire des tragédies de Jean Racine. Étude statistique, Genève-Paris, Slatkine-Champion, 1983.
  • Christian Biet, Racine, in collection Portraits Littéraires, Paris, Hachette Éducation, 1996.
  • Marie-Florine Bruneau, Racine. Le jansénisme et La modernité, Paris, José Corti, 1986.
  • Roy Clement Knight, Racine et la Grèce, Paris, Boivin, 1950.
  • Maurice Delcroix, Le sacré dans les tragédies profanes de Racine, Paris, Nizet, 1970.
  • Maurice Descotes, Les grands rôles du théâtre de Racine, Paris, PUF, 1957.
  • Jean Dubu, Racine aux miroirs, Paris, Sedes, 1992.
  • Jean Giraudoux, Jean Racine, Paris, Grasset, 1950.
  • Lucien Goldmann, Le Dieu caché. Étude sur la vision tragique dans les Pensées de Pascal et dans le théâtre de Racine, Paris, Gallimard, 1955.
  • Lucien Goldmann, Situation de la critique racinienne, Paris, L'Arche, 1971 (réed. 1997).
  • Georges Forestier, Jean Racine, Paris, Gallimard, 2006 (ISBN 2-07-075529-0)
  • René Jasinski, Vers le vrai Racine, Paris, Armand Colin, 1958.
  • Gustave Larroumet, Racine, Paris, Hachette, 1887, coll. Les grands écrivains français.
  • Thierry Maulnier, Racine, Paris, Gallimard, 1934.
  • François Mauriac, La vie de Jean Racine, Paris, Plon, 1928.
  • Charles Mauron, L'inconscient dans l'œuvre et la vie de Jean Racine, Paris, Ophrys, 1957.
  • Daniel Mornet, Jean Racine, Paris, Aux Armes de France, coll. "Écrivains et penseurs", 1944.
  • Alain Niderst, Racine et la tragédie classique, Paris, PUF, 1978.
  • Gérard Pélissier, Etude sur la Tragédie racinienne , Paris, Ellipses, 1995, coll. "Résonances".
  • Raymond Picard, La Carrière de Jean Racine, Paris, Gallimard, 1961.
  • Jean Rohou, Jean Racine : entre sa carrière, son œuvre et son Dieu, Paris, Fayard, 1992.
  • Jean Rohou, L'Évolution du tragique racinien, Paris, Sedes, 1991.
  • Jean-Jacques Roubine, Lectures de Racine, Paris, Armand Colin, 1971.
  • Leo Spitzer, L'effet de sourdine dans le style classique : Racine (traduction d'Alain Coulon) in Études de style, précédé de Leo Spitzer et la lecture stylistique par Jean Starobinski, traduit de l'anglais et de l'allemand par Éliane Kaufholz, Alain Coulon et Michel Foucault, Paris, Gallimard, 1970 p. 208-335.
  • Alain Viala, Racine, la stratégie du caméleon, Paris, Seghers, 1990.
  • Eugène Vinaver, Racine et la poésie tragique, Paris, Nizet, 1951.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. les deux formules sont de Boileau, promu en même temps que Racine à l'emploi d'historiographe
  2. Formées ici sur un rébus (C. Wenzler, le Guide de l'héraldique, éditions Ouest-France, 2002, p. 64)
  3. Racine n'en conserva que le cygne, que l'on peut voir sur sa pierre tombale, à Saint-Étienne-du-Mont, jugeant le rat malséant
  4. On créait les tragédies de novembre à mars, et les comédies plutôt l'été: voir Samuel Chappuzeau, Le Théâtre françois, 1674.
  5. Georges Forestier, Jean Racine, Gallimard, 2006
  6. Il n'existait pas de droit d'auteur à cette époque
  7. Elle était fille et sœur de Trésoriers de France, charge anoblissante dont Racine était lui-même titulaire depuis 1674
  8. Denise Launay, La musique religieuse en France du Concile de Trente à 1804, p.457, Société française de musicologie Paris 1993
  9. Extrait du registre paroissial de l'église Saint-Sulpice à Paris : Le vingt-unième jour d'avril 1699 a été fait le convoi à l'église de Port-Royal des Champs de Messire Jean-Baptiste Racine, conseiller secrétaire du Roi et gentilhomme ordinaire de sa chambre, âgé de cinquante-neuf ans, décédé le jour même entre trois et quatre du matin en sa maison, rue des Marets ; et ont assisté au convoi et transport maître Claude-Pierre Colin de Morambert, seigneur de Riberpré, avocat en Parlement, gendre dudit sieur défunt, et maître Germain Willard, bourgeois de Paris, ami dudit défunt, qui ont signé. (Registre détruit par l'incendie de 1871 mais acte cité par Paul Mesnard dans Œuvres de Jean Racine, Paris, Hachette, 1865, page 193).
  10. Jean Racine, « enfant de Port-Royal » (1639-1699), Société des amis de Port-Royal, novembre 2006
  11. France Inter 2000 ans d'histoire, 2 mai 2007
  12. Georges Forestier, Jean Racine, 2006, p. 820 Bibliothèque de la Pléiade.
  13. Sur cette date, voir les explications sur le site CESAR
  14. Sur cette date, voir les explications sur le site CESAR
  15. À partir de 1687. La pièce était initialement appelée Phèdre et Hippolyte.

Liens externes[modifier | modifier le code]

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Liens internes[modifier | modifier le code]