République

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La République nourrit ses enfants et les instruit. Tableau d'Honoré Daumier, 1848.

Une république est un régime politique où les fonctions de chef de l'État ne sont pas héréditaires mais découlent d'une élection. Cependant une république n'est pas nécessairement une démocratie (cas des régimes à parti unique ou ayant élu un dictateur), tout comme une monarchie n'est pas nécessairement absolue, cas de la monarchie constitutionnelle et parlementaire.

La république est aujourd'hui la forme d'État la plus répandue : sur 193 pays, 136 sont des républiques, 34 des royaumes ou sultanats, trois des principautés et neuf des unions ou fédérations qui peuvent mélanger plusieurs formes d’États.

Étymologie et évolution du sens[modifier | modifier le code]

Le mot « république » provient du latin res publica qui signifie au sens propre « chose publique » et désigne l’intérêt général puis le gouvernement, la politique et enfin l’État. La république (Politeia) de Platon, Le politique (Politikie) d'Aristote et De la république (De re publica) de Cicéron traitent tous des formes de gouvernement. Res, en langage juridique latin, désigne la cause plaidée (Dictionnaire étymologique latin). Historiquement il s'agit de la cause de la plèbe, plaidée par le tribun - représentant des « tribus » - devant le Sénat romain composé des patriarches des familles connues de Rome.

En 1576 Jean Bodin la définit dans Les six livres de la République comme le « droit gouvernement de plusieurs ménages et de ce qui leur est commun, avec puissance souveraine ». Cet ouvrage décrit les principes symboliques et l'organisation juridique de la monarchie française où le terme de république est, bien que complexe dans son emploi, synonyme de la souveraineté d'un prince dans l'ordre de la loi naturelle [1]. Dans Du contrat social, Jean-Jacques Rousseau la définit comme « tout État régi par des lois, sous quelque forme d'administration que ce puisse être ; car alors seulement l'intérêt public gouverne et la chose publique est quelque chose. Tout gouvernement légitime est républicain. » Le terme est clairement synonyme de « gouvernement », de « bonne gouvernance ». Plusieurs courtisans du XVIIIe siècle écrivent des poèmes où ils louent la bonne gestion par Louis XIV de la république.

République prend alors le sens de communauté d'esprit ou d'idée, dans le sens d'une recherche du bien commun dans un domaine donné [2]. On trouve chez Blaise Pascal le concept de « République chrétienne » (Pensées, liv. XXIV, 15) que reprennent Voltaire [3] ou Rousseau dans leurs écrits[4]. On voit encore apparaître celui de « République des Lettres » comme chez Montesquieu (Lettres persanes, CXLII [5]).

Au moment de la Révolution française, en référence à la République romaine qui s’est établie à la suite de la monarchie, le régime politique qui fait suite à l’Ancien Régime est baptisé « république » en référence à l'idéal de gouvernement romain. Le 21 septembre 1792, en conséquence de la proclamation de l'abolition de la royauté, la Première République française est déclarée. Cependant, à cette époque, l'opposition entre république et monarchie n'est pas encore officiellement établie puisque, en 1804, Napoléon Bonaparte se considère comme Empereur de la République française.

Par la suite, en français, le mot est devenu largement synonyme de démocratie et s’oppose alors à despotisme et monarchie [6]. Il y a évolution de sens puisque Aristote opposait le régime issu de l'élection, qu'il appelait oligarchie (qui devint par la suite la République), et un régime issu du tirage au sort qu'il appelle démocratie. Cette assimilation s’explique par l’histoire politique française.

Le régime de Vichy est fondé en opposition avec la République qui avait, aux yeux des partisans de Philippe Pétain, provoqué la décadence du pays. Le nom officiel du régime politique est alors « État français ». Du fait de cette assimilation, profondément ancrée entre « république » et « démocratie », les deux mots sont devenus synonymes. De ce fait encore, les francophones ont le sentiment de faire un oxymore lorsqu’ils parlent de république populaire et que le premier terme recouvre un régime totalitaire.

Une république islamique, indépendamment de la forme démocratique ou non du régime en place, est la forme de gouvernement prise par un État qui n'a pas de monarque et où la gouvernance s'aligne sur le dogme, dans ce cas l'islam, comme c'est le cas en Iran, en Afghanistan ou au Pakistan.

Histoire[modifier | modifier le code]

À Rome, la République romaine (instaurée en -509) fait suite à la monarchie des rois Étrusques. C’est une oligarchie patricienne. La conduite de la République est aux mains des consuls qui sont au nombre de deux et élus pour un an. Le principal organe constitutionnel est le Sénat qui réunit les représentants des familles patriciennes.

Dans la démocratie athénienne, c'est le tirage au sort qui désigne les représentants du peuple et non le vote comme pour ceux du peuple romain. Dans les deux cas, esclaves, femmes et non-citoyens sont exclus de tout rôle politique (cependant c'est par les femmes que se transmet la citoyenneté).

Au Moyen Âge, les villes s’affranchissent progressivement du pouvoir féodal. Dans le Saint-Empire romain germanique on parle de ville libre d'Empire, dans le Royaume de France de ville franche. Rétrospectivement les historiens baptiseront de « république » cette forme nouvelle de gouvernement oligarchique et bourgeois qui émerge alors. La plus célèbre, la plus riche, la plus puissante de ces villes indépendantes est alors la République de Venise, terme moderne pour désigner ce que les Vénitiens d’alors appelaient « duché » (ducato) avec, à sa tête, le doge (proprement : « le duc »). Plusieurs cités italiennes, dont Gênes, connaissent des régimes politiques que les modernes nomment républiques mais qui sont des aristocraties.

La définition humaniste d’un État libre, d’un État sans roi, se trouve chez Bartolus de Saxoferrato (De regimine civitatis, vers 1350), Coluccio Salutati (De tyranno, Florence, 1400) et Leonardo Bruni (Laudatio fiorentinae urbis, 1403-04). Ils utilisent alors le terme latin de civitas (« citoyenneté, ensemble des citoyens ») qui donne « cité » en français.

Fondée à la Renaissance, la République des Deux Nations remplace la monarchie polonaise par le gouvernement de l’aristocratie polono-lituanienne dans la droite ligne des oligarchies antiques.

En 1581, quand les Pays-Bas s’affranchissent de la tutelle espagnole et fondent la première république européenne digne de ce nom ils adoptent le nom de Provinces-Unies. Quand les Anglais secouent le joug de la royauté en 1649, ils fondent le Commonwealth, mot anglais qui est le calque du latin res publica[réf. souhaitée].

La République du Bouregreg ou république de Salé est fondée en 1627, elle est de ce fait l'une des premières républiques à avoir été fondée dans le monde.

Article détaillé : République du Bouregreg.

Dans les années qui suivent la proclamation de la République française, le modèle politique est largement exporté : la République batave nait en 1795, c’est la première et la plus durable république sœur de la France. La République ne s'oppose pas nécessairement à l'Empire. En effet toujours dans l'exemple de la République Française, en 1804 le gouvernement français remet à l'Empereur la conduite de la République ; celle-ci ne disparaît donc pas avec le nouveau régime.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Régis Debray, La République expliquée à ma fille, Le Seuil, 1998 (ISBN 2020347148)
  • Jean-Michel Ducomte, La République, Les Essentiels Milan, 2002 ;
  • Serge Berstein et Odile Rudelle (dir.), « Le modèle républicain », PUF, 1992 ;
  • Blandine Kriegel, Philosophie de la République, Plon, 1999 ;
  • Claude Nicolet, L'idée républicaine en France, Gallimard, 1982 ;
  • Hugues Jallon et Pierre Mounier, Les enragés de la République, La Découverte, 1999 ;
  • Frédéric Monera, L'idée de République et la jurisprudence du Conseil constitutionnel - Paris : L.G.D.J., 2004.
  • William R. Everdell, La fin des rois : Histoire des républiques et des républicains - Paris : Éd. Publisud, 1987.
  • Platon, La République
  • Aristote, Les politiques
  • Philippe Genestier et Jean-Louis Laville, « Au-delà du mythe républicain. Intégration et socialisation », in Le débat, novembre-décembre 1994, nr 82, p. 154-172.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Simone Goyard-Fabre, Les embarras philosophiques du droit naturel, Paris : Vrin, 2002, (ISBN 9782711615889), p. 61-62. - Gabriel-André Pérouse [et alii], L'œuvre de Jean Bodin: actes du colloque tenu à Lyon à l'occasion du quatrième centenaire de sa mort, 11-13 janvier 1996, Paris : Honoré Champion, 2004,p. 39.
  2. Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, éd. 1873 "république", sens 1 à 5.
  3. Voltaire, Histoire de la Guerre de 1741, éd. Garnier Frères, 1971, p. lx.
  4. Jean-Jacques Rousseau, Texte de J.J. Rousseau : Principes du droit de la guerre ; Écrits sur la paix perpétuelle, Paris : Vrin, 2008, p. 318.
  5. Cf. Wikisource, Lettres persanes, Lettre CXLII. Rica à Usbek.
  6. Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, éd. 1873 "république", Syn. dans le sens où « démocratie est l'opposé de l'aristocratie ou république aristocratique. »